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[RP] Au bon souvenir du Rocher

Hervald



C'est l'été, les oiseaux sont heureux, les jeunes amoureux aussi. Tout le monde se dénude à moitié et profite du soleil pour respirer et oublier le froid de l'hiver, les pluies, les maladies. Tout le monde, même le froid Duc de Mortain.

Perché sur sa barque, de confection personnelle fallait-il le préciser, Blackney pêchait, comme il aimait tant le faire au moins deux fois par semaine. En ce Dimanche, après avoir prié en solitaire à Saint Sernin, Sa Grâce Azurée avait prit le chemin de l'Ariège pour y pêcher la truite. Ou toute autre espèce capable de finir dans le ventre d'un homme. Allongé bien confortablement dans l'embarcation , à l'abri du soleil sous sa toque blanche, Hervald se sentait bien, même si ça ne mordait pas. Et quand bien même cela mordrait...il était de toute manière hors de condition pour réagir, plus proche de l'endormissement que du réflexe de pêcheur de rivière. Ses pensées étaient bien loin, entre Paris et Normandie. Il avait laissé Mortain entre de bonnes mains, son fidèle Rhys étant chargé d'organiser les ménages et d'entretenir les locaux. Pour l'intendance, tout sauf un souci également et le village se portait bien, Dieu merci. Le Duc avait cependant hâte d'y retourner, pour d'autres raisons. Un soupir vint s'ajouter à cette pensée. D'autant plus qu'il n'avait pas été élu ici, à peu de choses certes, mais il était resté sur le bas-côté. Pas de chance, mais il était heureux que cinq de ses compagnons puissent siéger au Conseil et faire en sorte que les choses avancent dans le bon sens. Si on leur en laissait la possibilité, bien entendu.

Il avait confiance en son amie de "Comtesse"pour cela. Asphodelle était-elle d'ailleurs son amie ? Leur relation était étrange. Oui, ils s'appréciaient fortement. Mais pouvait-on parler d'amitié alors qu'une sorte de rivalité perpétuelle les opposait depuis leur rencontre ? C'était au Rocher, alors qu'il revenait afin de voir Père. Et elle était là, solide comme un Roc, protégeant le Vicomte et donnant corps à son rôle de Capitaine du Mont. Le menaçant d'ailleurs. Après le soupir vint le sourire : celle femme là était un morceau bien épais et avait les braies bien remplies, plus que certains hommes. Au sens figuré bien sûr, même s'il ne comptait pas aller vérifier. Ils avaient en eux une certaine confiance, autre chose que de l'amitié. De la compréhension, des idées en commun. Une tension permanente les unissait et leur faisait prendre des chemins convergents. La confiance, voilà le terme approprié. Peu de mots, mais de la confiance.

D'ailleurs....n'était-ce pas elle qu'il entendait chanter, ce qui troublait sa concentration ? Le Duc se releva, patraque et à moitié rouge. Un regard vers la terre ferme pour voir la Comtesse errer seule, chantant Sainte Illinda seule savait quoi. Qui sait, peut-être avait-elle passé la soirée à picoler en taverne avec les autres membres de la liste et il n'avait pas été invité. Ou alors soignait-elle ses soucis avec l'alcool. Ou alors était-elle juste heureuse. Mais Hervald voulait entendre le bruit de l'eau et il cria :


Ohé ! Capitaine ! Vous chantez pour faire venir la pluie ? Vous voulez que ma barque se fasse foudroyer par l'orage et que je doive rentrer à la nage ? Je suis un administré qui pêche, bon sang !

Et dans son excitation, la canne tomba à l'eau, emportant le petit coffre qui allait lui servir de déjeuner. Plop...
Bien fait, Monsieur le Duc.
Elle allait se moquer....pour sûr....
La journée commençait mal....

_________________
Asphodelle
Le lien s'appelait "Alcalnn".


Les marbrures de cette Terre de Vérone* un peu brillante, accrochées aux merveilles célestes de cette après-midi où nagent ensemble nuages et rayons de soleil, se perdent dans une circonvolution de rêves où le passé défile.

Il a l'odeur de l'écume, ce passé là, et l'embrun passe comme un souffle sur sa joue. Le vent ici, le vent du Nord, impose sa loi, il siffle derrière les volets ouvragés, et en contrebas les galops de la Mer rattrapent les langues sablonneuses découvertes par l'attraction lunaire.

On a des lampées dangereuses, de mouvance sous le pas, et gare à l'imprudent qui s'attarde ou se perds : lorsque sonne l'instant où la marée se déclare Haute, elle ne fait pas dans le détail. Sa fureur explose sur les rochers de la Merveille, et l'isole encore pour ce million de fois depuis sa naissance, emportant le crabe, avec lui le bateau, avec lui les milliers de livres de sable déplacés.


Cette Terre de Vérone qui fonde la nuance menthe de son iris, s'accroche dans un rêve de Mont Saint Michel. La tête rousse dans l'herbe folle, le cul vissé sur l'écorce terrestre, les jambes repliées et les mains sur son ventre, elle observe couchée, les passages venteux des cotonnades blanches et grises, couvre-chef du monde.

Hervald est un ersatz de ce sang, du sang de cet homme qu'elle aima comme l'étoile aime le soleil, à qui elle doit sa brillance.

A bien y songer, il n'était pas possible de définir une sorte d'amour plutôt qu'une autre : il avait fait d'elle le Capitaine du Mont, il l'appelait "Penthésilée", la Reyne des Amazones, et elle, elle dévorait des yeux celui que l'on appelait "le Chat" quand il était près d'elle.

Alcalnn et elle n'ont jamais consommé, leurs lèvres ne se sont jamais touchées. Il était veuf, et elle, emmurée dans sa virginité de piété. Mais....mais....

D'une pointe d'admiration, d'un soupçon de désir taillé dans le diamant, d'un état naturel sans besoin d'explications, il était "lui" un autre "lui" avec elle, et elle, était simplement "elle", mais rallumée, intensifiée, rendue à sa forme la plus rayonnante et irradiante, avec lui. Ensemble, les possibles étaient hurlants, mais ils les faisaient taire, car il avait laissé tombé la vie, depuis la mort de son épouse, et elle, elle était trop retenue, trop taiseuse, trop distante, trop pieuse, pour déclarer sa flamme.

Il l'avait amenée à l’hyménée d'Ingeburge et d'Actarius comme sa cavalière.
Elle l'avait suivi comme son double, drapée dans la fragrance qu'il marquait dans son corps, et instillait dans son coeur.
Il était ensuite parti rejoindre le front du Sud, contre les croisés qui défiaient le Roy Eusaias. Et puis, en Juin, il y est mort.




Ce qu'il y avait à s'accrocher ainsi à la parcelle de songe venant d'un trépassé, d'une passion contenue mais pourtant physiquement et chimiquement définie par aucune formule pouvant être résolue, c'était la suite d'une fuite où il était pratique de laisser ici-bas la réalité contrite et douloureuse, le désir marqué de se dissoudre dans la virtualité de moments définitivement révolus.

Les morts ne blessent ni ne vous bouleversent. Ils ne vous attrapaient pas par le cœur pour vous le retourner, le ventre serré et la chair marquée, la gorge attrapée à pleines mains, le corsage déchiré sous la poigne, les corps-à-corps gorgés de soupirs aux accents d'éternité, ils ne vous les rendent pas, et ils ne posent pas dans le quotidien ce qu'est la simplicité d'un amour vécu au jour le jour, avec ses plus, et ses moins.

Alcalnn était un firmament, même pas un regret, c'était un souffle, une respiration, une prière, une incantation. Mais Alcalnn n'était pas là. Ce n'était pas lui qui d'un revers de main séchait ses larmes, ce ne sont pas ses mains qui enserrent sa taille, ni son regard qui supplie au matin de rester plus longtemps.

Alcalnn était ce nuage ou bien celui-là, une entité vaporeuse, une molécule évanescente diffusée dans son organisme. Mais la couleur de son sang, la chaleur de son sein, le frémissement de sa peau, ce n'était pas lui, et ce n'était pas à lui.

La mélodie venait elle de sa bouche? le saurait on dans ce pays de sorciers. Les bouleaux jouent aux formes tortueuses et dans les genêts, on garde l'ail pendu à son cou.

Pourtant c'est bien une chanson qui résonne....

«No, me meravilh si s'amors me te pres
Que genser cors no crei qu'el mon se mire,
bels et blancs es, e frescs e gai e les,
Et totz aitals com en volh e dezire»
**

La voix du Filh déchire la tranquillité de l'air. Elle quitte la Merveille, et le visage non si beau du Chat se dissout dans l'atmosphère.
C'est un sourire en coin qui accompagne le "plouf" du précieux chargement livré six pieds sous eau, basculé par maladresse.

Elle se redresse et bien-sûr, se gausse, car elle aimait piquer le fils qui avait laissé le Padre, mais qui aujourd'hui était son seul trait d'union avec lui. Pourtant, elle portait l'adoration terrestre de ses nouvelles chaînes, terrestres et charnelles, réelles et brutes...vivantes.
Alors elle ne traverse pas le "Pont".

S'approchant de la berge, elle chante comme le merle, et trille cette cascade de consonnes et de voyelles :


Et bien Blackney !? On se retrouve Grosjean comme devant?
Peut-être comptez-vous pêcher avec un autre ver?


Elle s'esclaffe, et ôte le Tulle de son décolleté, la cotte et le surcot de cendal bleu.
La chainse crème de lin grossier apparait sur sa peau fine, et ainsi vêtue comme de nuit, elle vise l'eau, s'incline, se ramasse féline, et d'un bond vise la surface écorchée en bordure par les iris d'eau.

Le bond est rapide et la détente ne marque pas la jambe boiteuse depuis longtemps.
L'eau glacée la réveille, le courant se mesure sous l'envergure de ses bras, et de brasses après d'autres, se rapproche de l'embarcation.



* Couleur appartenant aux nuances des verts
**«Je ne m'étonne point que l'amour me retienne prisonnier, car je ne pense pas qu'un corps plus noble puisse se voir au monde, il est beau et blanc, frais, joyeux et lisse, et tout à fait comme je le veux et le désire» - Bernard de Ventadour (XIIIème s.)

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Youp...youp...youp...
Hervald
Folle ? Possédée ? Il ne savait pas. N'empêche qu'elle venait de se dévêtir à moitié et de plonger dans l'Ariège, encore froide à cette heure de la journée. Et elle nageait. En sa direction.
Le Duc sourit en pensait à quelque plaisanterie qu'il pourrait faire : s'il prenait ses rames et décidait d'avancer....à votre avis...qui serait le plus rapide ? Hervald avec sa barque ou Asphodelle avec ses bras ?


Je vais bientôt attraper un sacré poisson....bientôt bientôt...


Il se dit cela à haute voix, dans un rire. La Comtessà élue en Avril dernier avait un caractère trempé, tel l'acier. Et tel son corps maintenant.


Allez...on étire les bras, on fait la grenouille avec les jambes. Poussez Doña, poussez....et si vous trouvez mon déjeuner...n'hésitez pas à le remonter.

Passant une jambe par dessus bord et restant assis sur le rebord désagréable et inconfortable, Blackney attendait l'arrivée de la Di Césarini, prêt à lui tendre la main. Point d'impact. Maintenant.


Vous savez qu'il aurait été plus simple de m'attendre ? Ca vous prend souvent de plonger dans une rivière pour rejoindre des pêcheurs tranquillement installés dans leur barque ?

Asphodelle la sanguine, capable d'être à la fois si intense et si réfléchie. Capable de s'émouvoir d'un papillon pourpre volant de fleur en fleur.....et cinq minutes plus tard de vous menacer avec un poignard parce que vous marchez un demi-pied à senestre de la ligne blanche légale. Asphodelle la Bicéphale, mais pas Charybde. Ni Scylla. Pas encore du moins...le danger était encore dans l'eau.

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Asphodelle
La poignée de main claque et est vigoureuse quand elle rejoint la paume ouverte du Blackney.

Pour toute réponse, elle sourit en coin derrière cette malice qui luit dans sa pupille, et lâche :


Je fais ce que j'veux.

Elle se hisse dégoulinante, et cette échappée fraiche qui ravine sur ses rondeurs lui fait du bien. La sortie de cet univers d'anguilles, aux flots courants, aux algues ondulantes, et aux monstres et bêtes faramines qui lui font un peu peur, n'est pas gracieuse : la barque tangue un peu, trop de poids d'un seul bord, et elle se râpe la cuisse.

S'échalandant comme un brochet qui splatche sur le bois usé, ses fesses ont rendez-vous avec la coque avec un bruit de caraque ayant traversé Gibraltar par grains* d'hiver.
Elle grogne un instant boudeuse, mais souriante comme la gosse qui vient de s'écorcher en faisant le mur...et en ayant réussi, et d'un plat de main blanche sous l'éclat solaire, se frotte la peau à mi-cuisse.

Ainsi vêtue, les cheveux plaqués en boucles auburn sur ses joues roses, les jambes qui fusellent encore musclées malgré cette vilaine cicatrice qui ravine, le tissu se plaquant sur ses formes et les deux Monts des Chevrettes qui tétonnent, elle pourrait avoir l'image de la tentatrice, la sirène qui ne se contente pas de chanter pour ravir le marin. Mais Asphodelle s'en fout : elle n'est pas sirène, et Hervald n'est pas marin.
Hervald, c'était toujours dans son esprit l'image du beau-fils potentiel, si - si seulement si - le Chat avait changé son destin et avait décidé d'embrasser la vie, et elle avec, fougueusement, si possible.


Je ne fais que ce que je veux...même ce que je ne peux pas faire, je veux bien ne pas le faire. Et l'église augustine qui envoyait braire Saint Benoît était la meilleure preuve.
On peut lui proposer tous les sceptres du monde : jamais elle ne déviera, parce qu'elle ne le veut pas. Seule, sous les avaries, et les coups de Rome, et de la Réforme, elle s'en fout. Elle suit sa ligne et les laisse de côté. Qu'ils fassent donc leurs simagrées sur son dos, elle s'en fout.

Elle s'en fout mais elle mesure :
il y à pourtant des choses que je voudrais, mais qui ne viennent pas. Car au fond, mariés à une vivante qui ne rejoint plus le lit - pour son cousin Sabotin, il y à 3 ans - une morte - pour Alcalnn, il y à un an, ou un fantôme fantasmagorique bleuté là et pas là - pour "X", ils se lient tous à un être absent, incomplet, quand elle, est bien présente, respirant et essoufflée parfois, vibrante et chaude, débordante d'énergie et de soif d'aventure, de projets et du délié d'une vie qui choisit, un élu et un seul. VDM !

Elle observe un instant le Filh, et se redressant en essorant ses cheveux dans un geste un peu féminin, constate la pesanteur de son derrière sans le quotidien des entrainements, et sourit en demandant :


Dites moi Blackney...vous m'aviez pas demandé de vous épouser? vous savez? j'avais écrit à Violette...vous m'aviez répondu crénom...qu'avez vous souscrit comme conditions déjà? car c'est sûr, je ne me rappelle plus mais vous avez conditionner...l'animal était distant, comme son père.

Non attendez...ne me répondez pas de suite....dites moi d'abord : si je voulais m'enfuir d'ici...vous m'amèneriez où?
J'ai besoin de rêver un peu...et après voir s'il y à des rapides...allons y voir si la barcasse est assez solide pour les traverser...mais après on revient : j'ai laissé du cendal sur la berge, et ça coûte trois bras.


Non mais elle est tout à fait sérieuse.


*un grain en mer = une tempête
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Youp...youp...youp...
Hervald
La Comtessà se hissa sur la barque telle une anguille, glissante et humide. Le résultat qui se relève dans la barque est détonnant : le tissu collant à la peau rend les formes de la Di Césarini parfaitement visibles, des parties publiques aux plus intimes. Moment de silence, de toute manière le Blackney savait bien qu'elle s'en fichait éperdument et se sentait libre d'agir comme elle le souhaitait, et c'est ce qu'il appréciait le plus chez elle.

Je fais ce que je veux, avait-elle dit. Sans blague ? Et quelles choses ne viendraient pas à Asphodelle avec le temps ? Un regard perçant, un sourire, un essorage capillaire. Puis la question cinglante. Cette femme était étonnante, capable de vous mettre le nez dans la flaque au moment impossible, dans la situation la plus improbable. D'où sortait-elle cet échange de missives via Violette, au moins plus d'une année après......alors qu'elle se retrouvait à moitié nue dans sa barque, le corps exposé comme jamais ou presque ? Les femmes sont diablesses, croyez-moi. Ou alors leur mentalité dépasse l'entendement masculin.


Rêver Comtessà....rêver.

Hervald aussi rêvait. Ou en avait besoin, ou bien les deux. La barque était assez solide, le menuisier n'était pas manche. Ni seau. Encore moins sot. Un peu plus loin, l'Ariège se déversait dans la Garonne, provoquant un regain de courant et quelques activités dangereuses possibles.
Le Duc regarda celle qui était pour lui « son Capitaine », sans déshonneur : il ne voulait pas profiter de sa condition pour en voir plus qu'il ne devrait ….car elle risquait, en plus de lui rappeler son toupet, de lui mettre une avoine.


Vous évader.....

Mortain se redressa, regardant au loin dans l'azur de l'horizon.

Pour fuir, il faut passer à autre chose Asphodellà. Vous qui aimez tant le khôl...le cendal...
J'irai bien avec vous au delà de toutes ces terres du Saint Empire, de là où notre langue est inutile. Nous pourrions aller au delà des îles de l'Egée, vous qui êtes instruite, vous savez situer ce dont je parle. Nous irions sur les rives du Bosphore, sur la côte de Marmara. Il y a de bons ports là-bas...même si peu de français s'y sont risqués. Les ports de Şarköy ou de Gemlik feraient l'affaire....
Vous y trouveriez des soieries différentes, des façons d'habiller la peau, d'autres manières de faire ou de sentir la vie. S'évader...n'est-ce pas rencontrer la différence Capitaine ?


Blackney demeurait un éternel sauvage dans l'âme, lui qui avait tant vagabondé dans le Royaume, mais aussi dans les régions hispaniques. L'Orient ne le laissait pas de glace mais il fallait d'autres moyens pour s'y risquer, qu'il n'avait pas malgré sa condition. Etre Duc réclamait également de s'investir pour sa terre, et il ne pouvait pas la délaisser ainsi pour connaître ces endroits emplis de fantasmes et de mystères. Mais s'il fallait s'enfuir...

On se la fait cette descente?

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Asphodelle
"Passer à autre chose" et "Asphodellà" dans la même phrase, ça c'était un coup rude.

Hervald parle comme son père. Alcalnn lui avait appris le mot "donà", et lui versait du "Masenhora". C'était un peu ambigu quand on y pense..."Ma"..."senhora"..

Elle fronce légèrement les sourcils, un air grave sur le bout du nez, un regard sans fond où l'univers s'abîme dans un trou noir.


Vous parlez comme votre père, vous savez? Elle s'était tournée vers l'eau, une main frôlant la surface et l'autre bras replié sous son menton. Elle observait les Féeries dangereuses et se demandait si l'une d'elles allait sortir de l'eau pour lui arracher le visage.

Je pense qu'on a une seule chance au monde d'être heureux. Je pense que si ce dénouement ne se fait pas, on l'a perdu, à jamais.

Et lorsqu'on le sait, on se résigne, et peut-être que sa résignation rends plus fort, et plus déterminé. De quoi a t-on peur, quand on a déjà vécu toutes les plus crasses des épreuves? de quoi a t-on peur, quand on sait qu'on n'a plus rien à attendre, et qu'on ne nous demande plus d'attendre quoique ce fut?

Elle regarde la fin de la rivière à l'horizon sans fin où les choses se déroulent toutes nouvelles à son regard, à mesure qu'on avance.


Votre père....vraiment...il aurait pu perdre Mortain, et le Mont de la Merveille aussi...il aurait pu finir pauvre et désœuvré, j'ai beau y songer à présent...elle soupire à l'aube d'un secret et d'une révélation que personne, jamais, ne sut...le Filh serait le premier à apprendre de sa bouche cette passion infinie qu'elle avait révéré au Chat deux ans auparavant....de cette vie qu'il aurait changé s'il s'était pris en main au moment de se comporter comme un homme... ni Scelet, ni Darkun, ni Daktair, ni Japy....ni Azariel....ni Philippe...oy la longue liste de fiancés, morts, infidèles, et bref de vrais casseurs d'épousailles, des massacreurs de rubans d'soie... tous aujourd'hui six pieds sous terre...si seulement...si seulement si...mais au moment de dégainer son colt et de sortir son cheval blanc, le Prince a crevé sa Pontiac devant l'garage. Pas un seul au fond n'aurait pu me combler...et s'il...s'il revenait ne serait-ce qu'un jour....

Et elle ne finit pas l’aveu suspendu, et le non-dit hurlant qui avait passé ses lèvres rougies par la fraicheur. Elle se redresse plutôt. Sans déc' révolte toi un peu, et arrête les atermoiements ! t'en as pas marre de subir?

Elle inspire et bloque, et ouais là c'était vrai que vraiment "à bien y songer" . .... elle plisse le nez et regarde Hervald, pointant un doigt rageur sur lui, fâchée en définitive :


S'il revenait même un jour je lui collerai un vireton bien placé entre les jambes ! parce qu'à bien "y songer", il était fort pour ses petites phrases ambiguës et son comportement un peu tangent, mais pas une fois il a collé sa langue dans ma bouche cet handicapé du sentiment !*...

Il ne fallait pas se demander quel était ce décalage apporté par cette déclaration ni si Hervald méritait cet enguirlandage interposé. Après tout, le Chat était mort.

Rageuse, elle ne savait pas pourquoi tout lui revenait là maintenant, si c'était une bouée pour une femme à la mer, ou l'accroche d'un passé qu'il fallait commencer à délester, et laisser derrière bientôt.


C'est...c'est chiant ! c'est passé de justesse, oui. Et ça arrive. C'était tellement rageant que ses yeux se mouilleraient presque, lestés sous un flot de chagrin intarissable car il n'y à pire deuil que des choses qui ne se sont pas faites, de serments qui n'ont pas aboutis, de ce que l'on pleure et qui "aurait pu être"...et ça mélange tout, et c'est comme une tempête tout se rajoute...mais sa fierté l’empêche, et elle se tourne un instant par pudeur avant de lâcher : en plus....y à pas de rapides sur la Garonne...

Décidée à ennuyer le filh pour le Padre?
Mortain, vous vous en occupez bien? Ce Chateau où elle pourrait être aujourd'hui, un enfançon dans les bras...il s'en occupe bien?
Et ses vassaux? que sont ils devenus ses vassaux? Ses vassaux comme Anya, qui auraient été les siens, à réunir lors des grandes fêtes des Semailles où les femmes étendent le grand linge sur les blé...il en a fait quoi de ces vassaux là?
SHTONK ! un tronc d'arbre en travers l'arrête là et la bascule sur le côté où elle se mange la coque dans le sourcil qui s'ouvre...et ça pisse rouge et ça tâche la chainse de lin. Au final tout ça finit la tête au-dessus de l'eau à se passer de l'eau froide pour endiguer le flot juteux et sanguin en râlant de plus belle.

Raaaa........la nature fait bien les choses quand elle intervient, et maintenant tu risques vraiment d'appeler les Féeriques démoniaques à te manger le visage. Elles t'apprendront peut-être à cesser de te lamenter sur le passé, et à saisir le futur sans un regard en arrière, quand leurs dents pointues se seront enfoncées dans tes tempes, et te traineront vers les enfers froides au fond des algues lamineuses... !


*inspiration : une réplique culte de Jude dans Bridjet Jones à propos de Darcy^^
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Youp...youp...youp...
Hervald
Comme le Padre. Celui dont on parlait si souvent mais qu'il ne connaissait finalement que trop peu. Celui dont il avait hérité, ce qui avait provoqué bien des jalousies. Asphodelle parla de la nécessité de ne pas rater ses opportunités, de croire en l'amour, d'y faire attention. Elle avait raison, il n'avait d'ailleurs aucun doute à ce sujet. La preuve...n'était-il pas, en ce moment même, dans une phase où la vie changeait pour lui. La Comtesse n'avait pas l'habitude de se laisser aller ainsi à la confidence, et le ton employé surprenait le Chat-Dragon. N'ayez crainte mesdames et messieurs qui suivez cette histoire fantastique, Asphodelle retrouva vite ses habitudes. Regard perçant, doigt menaçant, un vrai despote accusant le majordome d'avoir cassé le pot de fleurs. Et vas y que je te parle de coup de pied entre les jambes...d'ailleurs rien que d'y penser, Mortain plaça une main devant ses futurs enfants, en protection. Qui sait, elle allait peut-être s'essayer avec le Filh, une fois que le Padre ne pouvait plus recevoir la colère orientale ! Par tous les saints, la boîte de Pandore était une farce à côté de la Boîte d'Asphodelle : ouvrez le coffret et l'ensemble du spectre sentimental humain pouvait vous submerger à tout moment, même à contre-courant de ce que vous ressentez à l'instant présent.
Et puis le calme. Après la tempête...mais aussi, et sûrement, avant une autre qui s'annonce. Et puis les questions....auxquelles il devant répondre. D'un trait, puisqu'il sentait qu'il pouvait enfin parler sans être brisé par l' « Aspho Box »


Je pense m'occuper correctement de Mortain. Avec respect en tout cas. J'ai fait rénover le domaine qui avait besoin d'un coup de neuf, j'ai fait en sorte que le village garde son activité artisanale...
C'est un bel espace. Je n'y ai pas de vassaux en revanche....chaque chose doit venir avec son temps. Au décès du Padre, je n'avais plus qu'à décider de la continuité d'un seul lien, celui de la Dame de Sourdeval. Puisqu'elle se trouvait chez les sœurs depuis presque une année ….j'ai jugé préférable de lui retirer la terre, car elle semblait elle même retirée du monde.


Une respiration, une pensée. Je ne suis pas mon père...que j'ai abandonné trop longtemps pour connaître comme il se doit. Sans doute le connaissiez-vous mieux que moi. Il avait, je le sais, une manière particulière de penser les liens , l'amour. Sans doute avait-il des sentiments forts pour vous...et je pense que vous auriez été une bonne compagne pour lui. Mais la raison et des intérêts autres passaient avant les sentiments qu'il éprouvait.
Un regard dans l'eau. J'ai rencontré une Dame. J'éprouve des sentiments pour elle....et j'ai envie de bien faire les choses, de me comporter comme un Homme. Même si elle n'a pas mon rang...je suivrai la volonté du cœur si je le peux. Même si ce n'est pas le meilleur pour la famille....ce qui compte...c'est que ce ne soit pas mauvais. Et ce qui est vrai ne peut être mauvais. Non ?

Pas le temps d'attendre la réponse. Un choc, un glissé, un tombé, une ouverture. Du sang qui coule...la tête en bas, en train de se mettre de l'eau dessus. Ca doit faire mal....oh pauvre ! Utilisation des rames pour éviter d'aller trop loin ….mieux vaut rester dans le coin et retourner près des affaires de l'élue toulousaine, car vu le déferlement rouge qu'il pouvait percevoir...ça sentait le soin médical.

Asphodellà ? Rassurez-moi...vous n'allez pas vous évanouir ? Vous restez avec moi même s'il vous manque un bout de sourcil ? Je vais vous venger en coupant ce tronc d'arbre. Et au retour....je ferai cramer cette barque, promis.

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Asphodelle
M'éva...m'éva...mais...mais noon rooo...mais noonn...vous m'vexez Hervald vous m'vexez.

De fait, après avoir pris sa première raclée depuis longtemps par la ligne de tonture de l'embarcation, elle affirme sa reddition totale penchée au-dessus du maître-bau, la partie de la coque la plus large du bateau, épanchant ce que l'on connait comme point sans gravité mais terriblement hémorragique. Mais lorsqu'elle lève la tête elle a effectivement l'air de rentrer de Franche Comté après le passage de Thoros. Non. Pas Franche-Comté, Champagne. Oui ça commençait à dater tout ça.

Enfin, ce n'était pas la première, ni la dernière fois qu'elle aurait une torgnole à encaisser. Les premières étaient maternelles, elle fut bien entrainée dès son plus jeune âge.

Evidemment, elle ne lâche pas, son espèce était celle des Sauvagines :
"la raison et des intérêts autres"...son oeil ne vacille pas et le jeune Blackney ne sait pas où il a mis les pieds, visiblement. La mort ! c'est une raison ça? ! choisir la "mort" est une raison?! elle se tut : ce n'est pas la mort qu'Alcalnn avait choisi, et elle le savait, d'autant plus qu'elle-même était croyante et avait accompagné personnellement son âme en tant qu'archevêque de France dans le grand passage vers le Paradis Solaire.
Mais elle n'en dit rien de plus, cela commençait à devenir trop personnel, cela commençait à souligner des vérités fondamentales qu'elle fuyait depuis trop longtemps.

Un regard en coin alors qu'elle s’étend, blessure au soleil, que ça sèche pendant que l’œuf sur l'arcade violace. Le bateau avait dérivé doucement et poursuivait sa course.


Une Dame? .... pas de votre rang...pas des intérêts de la famille...

Elle fait une petite moue réfléchie et cache un peu sa surprise...ça pour une nouvelle ! avant de s'accouder et de regarder droit dans son noeil le Filh :

Ecoutez-moi Hervald...votre père n'a peut-être pas collé sa langue dans ma bouche, et il a peut-être choisi les nuées solaires et...elle ne poursuit pas, le blanc nommant de lui-même ... à ma personne terrestre, mais ce me semble au moment de son départ précipité j'étais toujours Capitaine et Protectrice du Mont, et c'est à moi qu'il confia l'évocation et la bonne garde de son testament et de son héritage.

Elle éprouve alors le besoin de se lever, debout, comme on doit l'être quand on porte de lourdes charges ou de lourds souvenirs.

Mains sur les hanches, plonger le regard dans les orées sombres et fraiches où les poissons s'abritent par cette chaude journée, lui fait du bien.


Il me semble que je suis la dernière vassale en ce monde à être aussi ... loyale, à feu votre père. Elle le regarde en biais : dans la famille, dans le meilleur côté de ma famille, on place la loyauté au-dessus de tout : de l'amour, de l'amitié, des choses du monde et de ses changements. Je ne fus que deux fois vassales et ce ne fut jamais à la légère : mon cousin Leg, et votre père. Des serments que j'ai contracté, je n'en ai aboli qu'un seul de ma main : celui de Rome. Mais je poursuis celui d'Isenduil, malgré tout, même si je ne fais plus le rituel. Pour les plus récents, ça se terminera par une fémorale ouverte, croyez-moi...ou bien ça ne se terminera pas. A savoir quelle fémorale, ça.

La Libellule fragile qui tourne autour de ses épaules et fait son analyse, se pose pour finir sur la quille. Deux battements doux d'ailes, et elle s'y trouve peut-être assez bien en définitive, alors reste là, tranquille.

Je vous le dis aussi sûrement que je suis debout devant vous : vous ferez mariage qui servira aux intérêts de votre famille. Vous porterez avec force le nom des Blackney. Vous agirez en Premier Né ! en Héritier ! Pas de compromis devant l'importance de la lignée ! vous avez la chance de pouvoir la faire perdurer ! vous n'êtes pas un renégat et vous êtes jeune.

Ainsi ferez comme je le dis.
S'abaissant et pliant son genou droit, le gauche ne servant plus guère, elle se met à son niveau : jusqu'à ce que le meilleur soit à portée, vous attendrez pour épousailles.

Son visage portait pourtant une étrange douceur dans les nuances mentholées de sa prunelle. Elle était cependant terriblement déterminée à prendre soin des intérêts d'Alcalnn, comme une belle-mère, comme une veuve, comme un Capitaine et comme une vassale.
Hervald n'avait plus le guide du Chat qui menait ses affaires d'une main qui ne tremblait jamais, une main dure, très dure. Asphodelle voulait reprendre le flambeau, jusqu'à ce que le Filh ait la carrure de son père, et puisse alors faire perdurer la chose la plus importante, la plus précieuse, la plus incroyable et la plus....immense des choses en cet univers : la transmission à la descendance...l'héritage aux enfants...la poursuite de la lignée...car après nous, la poussière.

Elle ne se pardonnait pas d'avoir échouer avec Enzo. Du vivant du père, il lui fut donné de prendre soin de lui, dès le premier jour à la Garde Episcopale où pareillement, elle s'était sentie la madre du jeune Blackney, et pourquoi cette famille? et pourquoi avant même de se mettre au service du Mont, son sang de di Césarini avait vibré pour la lignée du Chat?
Dernièrement, il y à quelques semaines, elle avait vu dans son arbre qu'un de ses ancêtres, Camille DiCésarini avait épousé une Guérande. Elle n'avait fait de recherches, mais les destinées étaient tellement étranges.

Quoiqu'il en soit, elle suit son instinct et ne fait pas comme sa mère, à lire dans les cartes. Enzo était allé à la lanterne rouge, et son âme y fut perdue. Elle lui manda démission immédiate, et ce fut à ce propos, sa première blessure. Ensuite...elle le sortit de sa vie.


J'aimerai la rencontrer.
Elle eut un sourire : l'amour...c'est bien aussi, quand c'est possible.

Quand c'est possible.
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Youp...youp...youp...
Hervald
Asphodelle était plutôt jolie femme, osons se l'avouer. Avec son air abrupt, son côté féroce...elle avait du chien. Du chien qui montre les dents et peut mordre aux sangs, mais du chien quand même. Cependant, avec cette ouverture.....nous passions un cap : œuf violacé, la face de la Comtessà venait de perdre de sa superbe, mais Mortain se garda de le signaler : imaginez la violence d'un coup dans les roupettes ! Et comme elle en avait émis l'envie quelques minutes plus tôt, Hervald gara sa remarque sur le côté, créneau en marche arrière, frein à main et tutti quanti : certaines parties du corps étaient précieuses, sans compter qu'elles avaient un rôle futur à jouer. Ahem.

Avait-il eu raison de lui parler de ses sentiments ? Oui, car Asphodelle avait été de bon conseil pour la famille, tout le temps. Ce qu'elle disait était vrai,oui. Mais dans l'esprit d'Hervald, ce qu'elle venait de dire correspondait justement à ce qu'il voyait en la Dame qu'il estimait.


Je pense justement que ce dont la famille a besoin....c'est de sincérité. D'une personne avec un esprit chaleureux, capable d'administrer de belle manière mais d'apporter un peu de velours dans le fer que je peux parfois être au premier abord. Je ne parle pas de naïveté, attention. Mais de bonté, de maternité....une femme sachant trouver l'équilibre entre ce qui est bon pour les Blackney et ce qui est humain. Une personne juste, car la famille avait la réputation d'être droite et entière. Non pas calculatrice et allant au gré du vent. N'ai-je pas choisi, pour devise, « D'un seul coeur » ?

Mortain se permit de regarder Asphodelle dans les yeux pour lui dire :
Je pense qu'elle est cette femme...et je vous la mènerai, soyez en certaine. Vous l'apprécierez. Dans le fond et la forme...vous avez des points communs.

Hervald faisait voguer tranquillement la barque, vers leur point initial. Mais les pensées du jeune Duc carburaient, et il en profita pour les partager :

Mes enfants doivent connaître le goût du savoir et de la justice. Ils doivent connaître la vérité du monde et avoir, à leur portée, les clefs de leurs plus grandes décisions d'homme ou de femme. Lorsque je porte ce coup à l'ennemi, pourquoi le fais-je ? Quelles valeurs suis-je en train de défendre, quelle grandeur ? Il est bon de savoir se battre, mais encore faut-il savoir pourquoi nous le faisons, pourquoi il est parfois important de le faire et parfois indigne. Il y a l'art et la manière Donha Asphodellà. Vous le savez mieux que quiconque, vous qui défendez votre façon de voir la foi au péril de votre vie, car c'est ce que vous faites en vérité. Un curé qui se contente de reproduire ce que lui disent les Hommes...peut-il se dire homme religieux ? J'ai la prétention de croire qu'un vrai théologien....c'est autre chose.

Fermement, il termina :
Donc un Homme...un vrai...c'est celui qui a les clefs de ses décisions. Et qui reste fidèle à des principes de droiture. Mieux vaut mourir fier que vivre déshonoré. Non ? Je veux une femme partageant cet idéal, car c'est ce que je veux que l'on pense lorsque l'on croisera, dans quinze ou vingt ans, un Filh Blackney au détour d'une rue. Je veux que l'on dise : « Ce garçon est juste , il n'a jamais trahi sa parole ni ma confiance. C'est un bon noble ».

Un dernier regard, souriant presque : Parce que la noblesse de pâté....vous la connaissez comme moi Donhà. Tout dans le gras, rien dans la tête. Certains seraient capables de vendre leur âme pour un morceau de terrain entre un ruisseau et une mare de bouse. Madre mia... Où avait-elle laissé son cendal? Encore loin?

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Asphodelle
Oui...elle hoche de la tête...Oui tout à fait...et son index bat la mesure à chaque vérité profonde énoncée par le Filh.

Mmm...vrai de vrai..."Sine Honor nihil Vitam"...devise de ma famille.

Si vous n'avez pas d'identité, votre famille aura l'argent, mais pas d'envergure, ni aucune matière. Pourtant...
elle eut un sourire en coin et son regard le harponne.

Pourtant il ne faut jamais perdre de vues qu'une famille passe à la postérité, aussi, par la tenue de son rang.
Elle ne dira pas que, clair, c'est la trop haute tolérance de Leg aux mariages d'amour qui a à moitié décimé la sienne.

Vous êtes Duc...vous n'épouserez pas à moins d'une vicomtesse ! parce que la vie c'est pas une partie de fleurs et d'eau fraiche pour les suzerains qui veulent garder leur héritage et le fruit de la sueur de leurs ancêtres.

C'est...
elle plissa le nez et accuse le changement de vie qui s'annonce pour elle-même, et qu'elle ne sait par quel enfoiré de miracle elle parviendra à se faire sans se perdre totalement...c'est le prix à payer pour l'élévation à ce genre de responsabilités vassaliques.

Quand on est gens du peuple, on s'en fout ! on prends la vie comme elle vient, on épouse qui on veut...et même, on n'épouse pas. On batifole dans les blés, on prends la route, seul...on s'habille comme la veille...on n'a pas à répondre au ban, on est libre, libre...tellement libre.

Vous n'êtes pas libre, c'est une grande estouffade que de le croire. Surtout vous, premier né !

Alors...
elle se lève et lui colle l'index sous le menton...le Filh...vous épouserez en conséquence, vous ferez mariage de rang et ferez honneur à la sueur d'el Padre. Et vous aurez de l'ambition, sinon les Blackney iront respirer le nez de la poussière et vos fils trembleront de froid dans des châteaux trop grands impossible à entretenir en vue de la bourse si maigre, et vous en porterez la responsabilité. Ils se feront appeler "les petits seigneurs" et leurs gens auront des maisons aux toits percés et à la misère crasseuse, jusqu'à ce qu'une famille plus puissante les reprenne, et heureusement.

Mais...j'ai hâte de rencontrer cette jeune fille. Je suis sûre qu'elle sait à quoi s'attendre. Entendu que tous deux fréquentez, qu'il n'y aura pas de visites nocturnes, ni de maison partagée, qu'il n'y aura de bâtard en route sous la robe avant l'autel, et tout le tralala nécessaire pour vous éviter bien des stupeurs sur votre nom.
Un fin sourire dérobe le calme de sa mine. Il lui est resté au corps la rigueur de la Maison des Châteaux de Savoie, là où la noblesse est puissante sur les désirs de l'Empereur.

Nous voici de retour? oui je reconnais la petite grotte sous le dénivelé...je repars comme je suis venue...et s'apprêtant à plonger, se retourne en lâchant :

Quant à vous jeune Blackney : ramez...ramez....avant de disparaitre sous la surface de l'eau dans un rond bouillonnant, rejoignant le plancher solide des vaches et son cendal qui coûte trois bras.

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Youp...youp...youp...
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