Aimelin
[Sainte Ménéhould, 26 juin]
"Mais il est un peu tard
Ote toi du chemin
Vagabond contre moi
Je vais la retrouver
Quelque part je la vois
Qui me touche la main
Y'a-t-il quelqu'un ? "
(Raphael - La Mémoire Des Jours)
Sainte Ménéhould. Dieu que ce simple nom réveillait en lui de grandes quantités de souvenirs à chaque fois qu'il le lisait ou l'entendait, des larmes et des rires, des rencontres aussi diverses les unes que les autres, allant du simple villageois qu'il était du haut de ses dix sept ans, à des nobles, qui à l'époque il fallait bien l'avouer, il ne portait pas en son coeur. Pour lui, noblesse était synonyme de mépris et d'indifférence... et d'ailleurs, il en était toujours persuadé, même quelques années plus tard, à la différence près c'est qu'il savait que tous n'étaient pas ainsi, parce que sa jeune vie lui avait fait cotoyer bon nombre de ces personnes. Et puis le destin avait voulu qu'il devienne Seigneur champenois, l'été 58, mais il était des choses que l'on ne pouvait refuser lorsqu'elles étaient offertes avec le coeur, et lorsque des liens vous liaient à certaines personnes. Il s'efforçait juste de ne pas changer, et il gérait son domaine de façon bienveillante.
Aux derniers jours de juin 56, le jeune ébouriffé avait quitté Sainte et la Champagne, tournant le dos à son passé, pour suivre son amie de toujours Shandra, la jeune veuve de Farell, en direction du Béarn comté que l'on disait florissant au sud du royaume, niché aux pieds des Pyrénées, afin de retrouver quelques champenois partis s'installer dans ce Comté, notamment Lara et Lily. Comté alors sous l'autorité de Juliano Di Juliani, premier Coms du Béarn. Peu de jours apres son arrivée, le jeune champenois avait intégré la Garde Comtale alors sous les ordres de Morphée von Frayner. Depuis il était toujours Lame, section inemployée mais non détruite... les mystères béarnais, et s'était dispersé entre fonctions comtales, Ost, Prévôté, mairie et quelques bêtises, le tout entrecoupé de deux belles histoires d'amour, dont la dernière avait fait voler son coeur en éclats lorsqu'Aristote avait rappelé à lui sa blonde en ce maudit jour de juillet de l'été dernier. Depuis, il vivait le présent, le mordait à belles dents sans jamais penser à plus loin, de peur que le sort ne prenne encore un malin plaisir à tout détruire.
La Champagne, il n'y était revenu qu'en décembre de cette même année 56 avec Quasi, lors d'un voyage où il avait retrouvé Malt et Richard, Francis de Joachim, Lily et Pompoko elles aussi en voyage, Ysa et Magdeleine. Et le destin s'amusait avec lui encore et encore le faisant revenir en Champagne ce printemps de l'année 59 pour y retrouver Aliénor, la fille de Magd.
Sainte Ménéhould. Il faisait chaud en ce début d'apres midi de fin juin, et le regard gris du jeune homme balayait le paysage qui s'offrait à ses yeux. Altaïr renâclait un peu, à l'embranchement de la voie de Compiègne et de Reims, et de la rue Chanteraine et sentier des Prés, tandis que son cavalier semblait hésiter. La rue Chanteraine descendait vers le lac, le sentier des Prés montait vers son moulin et l'ancienne maison Farell.
Laisser tourner Altaïr sur lui même, comme pendant ces secondes qui précédaient le moment où il s'élançait sur la lice. Hésitation du jeune lieutenant alors qu'il suffisait d'un simple geste de sa main pour qu'il descende vers la lac et ses souvenirs. Ce jour de mai où il avait dû se baigner nu pour aller récupérer Sosso qui dérivait dans sa barque, et puis les rires de Shan, qui cachée derrière un buisson, lui avait accroché ses braies dans un cerisier. Un sourire sur ses lèvres, en repensant à ces fins de journées et aux rires qui les accompagnaient souvent. Le temps de l'insouciance.
La taverne de la Famille, sa cousine Loïs et d'autres visages qui apparaissaient tandis qu'il chassait certaines images bien moins agréables, en caressant l'encolure de son étalon et que d'un petit mouvement de la main, il se décidait à le faire s'engager pour gravir le sentier des Prés.
Etrange impression de revenir seul avec pour toute compagnie le chant de la rivière qui dévalait pour plonger dans le lac. Une taverne à la place de l'ancien moulin de May, au 5 rue des moulins, devant laquelle il ne s'arrêta pas, et puis la maison de Shan sur la droite du sentier des Prés, où il fit stopper l'étalon, le temps de laisser son regard parcourir la bâtisse à l'abandon et ses alentours.
Des images qui se bousculaient, comme ce soir de juillet 55 après cette terrible journée en enfer* et le visage de sa blonde amie, dont il n'avait plus nouvelles aujourd'hui apres qu'elle soit partie voyager. Abandonnant ses rêveries il remit Altaïr en marche pour se diriger vers le moulin qu'il apercevait à quelques foulées un peu plus haut sur la gauche à travers les arbres. Il n'y était revenu qu'avec Quasi, et seulement pour deux nuits. Il avait trouvé un ancien meunier qui passait de temps en temps s'occuper du moulin et le garder en état, Aime avait tenu à ce qu'il reste comme il était.
[Le moulin de l'Ebouriffé]
Le portail de bois devant lequel il s'arrêta, était toujours fermé par un crochet de fer. Maintenant qu'il avait son domaine en Champagne et qu'il y venait régulièrement, il lui faudrait s'occuper du moulin également, mais le courage lui manquait. Trop de souvenirs. Il mit pieds à terre et souleva le crochet avant de pousser le portail qui émit un grincement, comme s'il se lamentait de cette main insolente qui venait le déranger dans sa solitude. Les rênes de l'étalon dans une main, il s'avança d'une dizaine de pas face à la Bâtisse et s'arrêta à nouveau, ses yeux gris parcourant la façade avant d'obliquer vers la droite, du côté de cet arbre qui abritait toujours le banc de pierres, puis son regard glissa encore un peu plus à droite, à quelques pas en retrait, vers une petite croix de fer gravée de trois étoiles qu'il devinait au milieu de quelques fleurs sauvages.
Il ferma les yeux quelques secondes pendant que l'étalon s'amusait avec ses cheveux, le bousculant doucement comme pour le faire réagir. Ce terrible matin de janvier revenait sans cesse à chaque fois qu'il revenait ici. La neige, le calme, et puis les cris, ces images, cet homme qui avait dévalé les escaliers, la peur qui lui avait broyé l'estomac avant que la douleur ne le pousse à tuer celui qui venait de transformer son avenir en passé. Il s'était ensuite écroulé dans la neige avant de venir se réfugier dans les escaliers où Sosso l'avait trouvé quelques heures plus tard, inquiète de ne pas le voir. **
Il inspira un grand coup et s'avança vers le moulin, laissant Altaïr livré à lui même. La grosse clé en fer était toujours à la même place sous sa pierre. Une hésitation avant de la faire tourner dans la serrure et de pousser la porte.
* RP "Une journée en enfer"
** RP Un beau soir l'avenir s'appelle le passé
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue
"Mais il est un peu tard
Ote toi du chemin
Vagabond contre moi
Je vais la retrouver
Quelque part je la vois
Qui me touche la main
Y'a-t-il quelqu'un ? "
(Raphael - La Mémoire Des Jours)
Sainte Ménéhould. Dieu que ce simple nom réveillait en lui de grandes quantités de souvenirs à chaque fois qu'il le lisait ou l'entendait, des larmes et des rires, des rencontres aussi diverses les unes que les autres, allant du simple villageois qu'il était du haut de ses dix sept ans, à des nobles, qui à l'époque il fallait bien l'avouer, il ne portait pas en son coeur. Pour lui, noblesse était synonyme de mépris et d'indifférence... et d'ailleurs, il en était toujours persuadé, même quelques années plus tard, à la différence près c'est qu'il savait que tous n'étaient pas ainsi, parce que sa jeune vie lui avait fait cotoyer bon nombre de ces personnes. Et puis le destin avait voulu qu'il devienne Seigneur champenois, l'été 58, mais il était des choses que l'on ne pouvait refuser lorsqu'elles étaient offertes avec le coeur, et lorsque des liens vous liaient à certaines personnes. Il s'efforçait juste de ne pas changer, et il gérait son domaine de façon bienveillante.
Aux derniers jours de juin 56, le jeune ébouriffé avait quitté Sainte et la Champagne, tournant le dos à son passé, pour suivre son amie de toujours Shandra, la jeune veuve de Farell, en direction du Béarn comté que l'on disait florissant au sud du royaume, niché aux pieds des Pyrénées, afin de retrouver quelques champenois partis s'installer dans ce Comté, notamment Lara et Lily. Comté alors sous l'autorité de Juliano Di Juliani, premier Coms du Béarn. Peu de jours apres son arrivée, le jeune champenois avait intégré la Garde Comtale alors sous les ordres de Morphée von Frayner. Depuis il était toujours Lame, section inemployée mais non détruite... les mystères béarnais, et s'était dispersé entre fonctions comtales, Ost, Prévôté, mairie et quelques bêtises, le tout entrecoupé de deux belles histoires d'amour, dont la dernière avait fait voler son coeur en éclats lorsqu'Aristote avait rappelé à lui sa blonde en ce maudit jour de juillet de l'été dernier. Depuis, il vivait le présent, le mordait à belles dents sans jamais penser à plus loin, de peur que le sort ne prenne encore un malin plaisir à tout détruire.
La Champagne, il n'y était revenu qu'en décembre de cette même année 56 avec Quasi, lors d'un voyage où il avait retrouvé Malt et Richard, Francis de Joachim, Lily et Pompoko elles aussi en voyage, Ysa et Magdeleine. Et le destin s'amusait avec lui encore et encore le faisant revenir en Champagne ce printemps de l'année 59 pour y retrouver Aliénor, la fille de Magd.
Sainte Ménéhould. Il faisait chaud en ce début d'apres midi de fin juin, et le regard gris du jeune homme balayait le paysage qui s'offrait à ses yeux. Altaïr renâclait un peu, à l'embranchement de la voie de Compiègne et de Reims, et de la rue Chanteraine et sentier des Prés, tandis que son cavalier semblait hésiter. La rue Chanteraine descendait vers le lac, le sentier des Prés montait vers son moulin et l'ancienne maison Farell.
Laisser tourner Altaïr sur lui même, comme pendant ces secondes qui précédaient le moment où il s'élançait sur la lice. Hésitation du jeune lieutenant alors qu'il suffisait d'un simple geste de sa main pour qu'il descende vers la lac et ses souvenirs. Ce jour de mai où il avait dû se baigner nu pour aller récupérer Sosso qui dérivait dans sa barque, et puis les rires de Shan, qui cachée derrière un buisson, lui avait accroché ses braies dans un cerisier. Un sourire sur ses lèvres, en repensant à ces fins de journées et aux rires qui les accompagnaient souvent. Le temps de l'insouciance.
La taverne de la Famille, sa cousine Loïs et d'autres visages qui apparaissaient tandis qu'il chassait certaines images bien moins agréables, en caressant l'encolure de son étalon et que d'un petit mouvement de la main, il se décidait à le faire s'engager pour gravir le sentier des Prés.
Etrange impression de revenir seul avec pour toute compagnie le chant de la rivière qui dévalait pour plonger dans le lac. Une taverne à la place de l'ancien moulin de May, au 5 rue des moulins, devant laquelle il ne s'arrêta pas, et puis la maison de Shan sur la droite du sentier des Prés, où il fit stopper l'étalon, le temps de laisser son regard parcourir la bâtisse à l'abandon et ses alentours.
Des images qui se bousculaient, comme ce soir de juillet 55 après cette terrible journée en enfer* et le visage de sa blonde amie, dont il n'avait plus nouvelles aujourd'hui apres qu'elle soit partie voyager. Abandonnant ses rêveries il remit Altaïr en marche pour se diriger vers le moulin qu'il apercevait à quelques foulées un peu plus haut sur la gauche à travers les arbres. Il n'y était revenu qu'avec Quasi, et seulement pour deux nuits. Il avait trouvé un ancien meunier qui passait de temps en temps s'occuper du moulin et le garder en état, Aime avait tenu à ce qu'il reste comme il était.
[Le moulin de l'Ebouriffé]
Le portail de bois devant lequel il s'arrêta, était toujours fermé par un crochet de fer. Maintenant qu'il avait son domaine en Champagne et qu'il y venait régulièrement, il lui faudrait s'occuper du moulin également, mais le courage lui manquait. Trop de souvenirs. Il mit pieds à terre et souleva le crochet avant de pousser le portail qui émit un grincement, comme s'il se lamentait de cette main insolente qui venait le déranger dans sa solitude. Les rênes de l'étalon dans une main, il s'avança d'une dizaine de pas face à la Bâtisse et s'arrêta à nouveau, ses yeux gris parcourant la façade avant d'obliquer vers la droite, du côté de cet arbre qui abritait toujours le banc de pierres, puis son regard glissa encore un peu plus à droite, à quelques pas en retrait, vers une petite croix de fer gravée de trois étoiles qu'il devinait au milieu de quelques fleurs sauvages.
Il ferma les yeux quelques secondes pendant que l'étalon s'amusait avec ses cheveux, le bousculant doucement comme pour le faire réagir. Ce terrible matin de janvier revenait sans cesse à chaque fois qu'il revenait ici. La neige, le calme, et puis les cris, ces images, cet homme qui avait dévalé les escaliers, la peur qui lui avait broyé l'estomac avant que la douleur ne le pousse à tuer celui qui venait de transformer son avenir en passé. Il s'était ensuite écroulé dans la neige avant de venir se réfugier dans les escaliers où Sosso l'avait trouvé quelques heures plus tard, inquiète de ne pas le voir. **
Il inspira un grand coup et s'avança vers le moulin, laissant Altaïr livré à lui même. La grosse clé en fer était toujours à la même place sous sa pierre. Une hésitation avant de la faire tourner dans la serrure et de pousser la porte.
* RP "Une journée en enfer"
** RP Un beau soir l'avenir s'appelle le passé
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue





