Aimelin
[Juillet, le moulin, quelques jours après]
"Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau bleue, de l'eau pure, de l'eau claire
Mais aussi l'eau brouillée par la pluie..."
(J. Lapointe - La rivière)
Le regard gris pétillait en découvrant les mots couchés sur le parchemin qu'il venait de dérouler et qu'il avait trouvé le matin même sur la selle d'Altaïr. Assis sur le ponton qui séparait la rivière et la petite marre qui s'était creusée naturellement au fil du temps, il souriait. Un regard sur le cailloux lisse et tiède posé à côté de lui et une petite moue amusée laissant ses yeux revenir parcourir la missive. "... un caillou comme ceux que nous avions fait voler en cette journée d'avril...".
Son regard se dirigea vers l'eau qui courait. Franchir la rive, braver le courant et se poser de l'autre côté, à l'abri. La rivière. Si elle pouvait parler combien d'histoires raconterait elle. Les paroles d'Aliénor lui revinrent en mémoire : " C'est comme cette rivière, elle semble si paisible aujourd'hui, sans doute s'est-elle mise en colère un jour, sans doute est-elle déjà sortie de son lit. "
Il était comme cette cette rivière lui aussi. Des colères il en avait eu qui l'avait fait sortir de son lit, même si aujourd'hui il était en partie apaisé après avoir vécu, tourmenté et changeant au fil des mois et des années. L'été cinquante sept lui avait donné son lot de colère et désillusions dans ce comté du sud du royaume. L'eau qui voyageait devant ses yeux lui apporta tout un flot d'images.
-- Retour arrière, juillet 57, le Béarn. --
" Il y aura des îles avec des plages
A côté, des torrents de malheurs
Des rapides et des quais de passage
Où on laisse des morceaux de son coeur"
Un sourire en regardant la rose et le petit parchemin qui l'enveloppait et qu'il déroule. Le neuf juillet, un jour comme un autre, pourtant cette rose embellit sa journée. Dance, elle n'a pas oublié ce jour où une année de plus vient s'ajouter à la liste de celles que le jeune ébouriffé a vécu... dix neuf aujourd'hui. Envolées les tourments lorsqu'il pense à cette maudite soirée de fin janvier où sa fiancée l'a trahi ouvertement en taverne. Aujourd'hui après bien des mois, elle se pose enfin en amie au fond de son coeur et il se sent serein.
Mais une autre haine a pris la place. Une haine qui le dévore et qu'il essaie de chasser depuis le mois de mai. Ce commandant ost, petit seigneur irrespectueux, vulgaire et imbu de sa personne, et son fidèle lieutenant, catin de bas étage servant son maître, deux soldats à l'âme plus noire que n'importe quelle oubliette du casteth de Pau. Mensonges, diffamations, provocations... le lot du jeune gars. Une discussion de fin juillet le décide. Cette haine dans son ventre, il doit l'évacuer. Un accord, et son nom finit au milieu d'autres sur un parchemin présenté en place publique de Pau.
Nous sommes le 1er août 1457.
Refus des négociations, il intègre l'armée Vae Victis aux portes de la ville de Lourdes*. Armée composée d'hommes et de femmes qui veulent la démission du coms. Se battre il n'en a jamais été question dans ces discussions. Mais fidèle à ses idéaux que sont la liberté et la justice, il se battra pour donner aux béarnais ce qui leur est dû, le respect. Ce respect que la comtesse a oublié dès linstant de son intronisation. Ce respect qui permet de vivre en harmonie entre frères.
Ont ils tort ou raison
Anneau gravé de son prénom qu'il donne à Dance, caporal de l'ost dans l'armée opposée. Un baiser volé, une promesse de se retrouver. Mais le lendemain les deux frères co-généraux disparaissent dans la nature, et Aimelin se retrouve aux côtés de Madg co générale, qu'il conseille du mieux qu'il peut pour éviter que le sang ne coule. Chef de section et logisticien, il veille sur ceux dont il est responsable.
Pour essayer d'arrêter tout ça, il écrit à la comtesse lui demandant de venir, ce qu'elle fait après bien des échanges courrier où ni l'un ni l'autre ne cèdent. Il reçoit aussi missive de Monseigneur Navigius, Grand Aumônier de France, désireux de les aider à trouver le chemin de la paix.
Mais les discussions avec le coms sont interrompues, le 6 août, sans se soucier de la comtesse présente dans le camp de Vae, faisant fi de ses ordres, l'armée face à eux lance l'attaque.
-- Lourdes le jeudi 6 août 57, Vae Victis, première bataille. --
"... Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau calme, de l'eau douce, de l'eau fraîche
Mais aussi l'eau noire comme la nuit..."
Se battre contre des béarnais, contre des amis peut être. Comment arrêter cette folie. Il ne veut pas n'a jamais voulu tout ça. Utopie de penser que l'ont peut changer les choses parce qu'on le désire ardemment et qu'on les pense justes. Lui qui s'est battu pour son Roy en Champagne, voila qu'il se bat contre son peuple pour défendre sa propre vie.
Le premier soldat qui lui fonce dessus évite sa lame qu'il a abaissé et dont le bruit le rassure ... il préfère le bruit des fers qui se croisent que celui qui pénètre les chairs. Est ce la fatigue de cette journée où son épée qui pèse le poids. Son bras est lourd comme s'il refusait de lever cette épée qui s'abattrait implacable sur celui ou celle qui en voudrait à sa vie. Un autre choc des cris à côté mais pas le temps de tourner la tête il faut éviter ce soldat qui lui fonce dessus. Le bouclier de Lily se place entre lui et la lame qui le frappe avec force. Il grimace et frappe de son autre bras. Bruits des épées, les cris de rage quand Aimelin projette son ennemi au sol sauvagement. Survivre il le leur a promis.
Où est elle. Ses yeux fixent devant lui le moindre assaillant. La blondeur le frappera il ne pourra pas la manquer, il ne pourra pas lever son épée s'il la voit.. Mais pas le temps de distinguer, il ne voit que des ombres, des silhouettes des armes qui volent. Un autre cri non loin de lui pendant qu'il se retrouve un peu à l'écart. Eviter cette lame qui lui frôle le bras pour aller se planter dans la terre. Il grimace, recule, le fracas assourdissant des armes qui s'entrechoquent. Il croit entendre crier son nom et il se retourne pour voir ses compagnons se battre, et il la voit, elle, son amie Ptit, à quelques pas de lui, elle ne bouge pas, se tient debout face à une amie. Son regard se pose sur ses mains et il hurle en se précipitant sur elle.
Elle tombe au sol et il tombe agenouillé à ses côtés, l'appelle, la prend dans ses bras en lui disant qu'elle ne va pas partir, qu'elle ne va pas les laisser, elle n'a pas le droit, ce n'est pas l'heure elle a encore tant de choses à faire.
La nuit est déjà avancée lorsqu'il s'écroule sur sa paillasse, les yeux fixés sur la toile de tente au-dessus de lui. Des larmes ont coulé, les retenir devant les autres, par fierté, par pudeur, pour ne pas montrer ses faiblesses. Mais comment ne pas les montrer quand son amie gît entre la vie et la mort. Lutter contre la mort après avoir lutté pour sauver sa vie. Dotch lui a promis de veiller sur elle et a obligé le jeune béarnais à prendre du repos.
Il serre l'anneau au creux de sa main, si fort, que la marque se dessine sur sa paume. Crois en toi, crois en celui qui veille sur nous, et tu auras la force de continuer ton combat. Dieu qu'il est fatigué. Son corps entier le fait souffrir tant il le malmène depuis des jours. Il doit dormir et prendre quelques forces pour être devant ses hommes. Par chance aujourd'hui aucun n'a été blessé. En sera-t-il de même le lendemain.
* rp ici
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue
"Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau bleue, de l'eau pure, de l'eau claire
Mais aussi l'eau brouillée par la pluie..."
(J. Lapointe - La rivière)
Le regard gris pétillait en découvrant les mots couchés sur le parchemin qu'il venait de dérouler et qu'il avait trouvé le matin même sur la selle d'Altaïr. Assis sur le ponton qui séparait la rivière et la petite marre qui s'était creusée naturellement au fil du temps, il souriait. Un regard sur le cailloux lisse et tiède posé à côté de lui et une petite moue amusée laissant ses yeux revenir parcourir la missive. "... un caillou comme ceux que nous avions fait voler en cette journée d'avril...".
Son regard se dirigea vers l'eau qui courait. Franchir la rive, braver le courant et se poser de l'autre côté, à l'abri. La rivière. Si elle pouvait parler combien d'histoires raconterait elle. Les paroles d'Aliénor lui revinrent en mémoire : " C'est comme cette rivière, elle semble si paisible aujourd'hui, sans doute s'est-elle mise en colère un jour, sans doute est-elle déjà sortie de son lit. "
Il était comme cette cette rivière lui aussi. Des colères il en avait eu qui l'avait fait sortir de son lit, même si aujourd'hui il était en partie apaisé après avoir vécu, tourmenté et changeant au fil des mois et des années. L'été cinquante sept lui avait donné son lot de colère et désillusions dans ce comté du sud du royaume. L'eau qui voyageait devant ses yeux lui apporta tout un flot d'images.
-- Retour arrière, juillet 57, le Béarn. --
" Il y aura des îles avec des plages
A côté, des torrents de malheurs
Des rapides et des quais de passage
Où on laisse des morceaux de son coeur"
Un sourire en regardant la rose et le petit parchemin qui l'enveloppait et qu'il déroule. Le neuf juillet, un jour comme un autre, pourtant cette rose embellit sa journée. Dance, elle n'a pas oublié ce jour où une année de plus vient s'ajouter à la liste de celles que le jeune ébouriffé a vécu... dix neuf aujourd'hui. Envolées les tourments lorsqu'il pense à cette maudite soirée de fin janvier où sa fiancée l'a trahi ouvertement en taverne. Aujourd'hui après bien des mois, elle se pose enfin en amie au fond de son coeur et il se sent serein.
Mais une autre haine a pris la place. Une haine qui le dévore et qu'il essaie de chasser depuis le mois de mai. Ce commandant ost, petit seigneur irrespectueux, vulgaire et imbu de sa personne, et son fidèle lieutenant, catin de bas étage servant son maître, deux soldats à l'âme plus noire que n'importe quelle oubliette du casteth de Pau. Mensonges, diffamations, provocations... le lot du jeune gars. Une discussion de fin juillet le décide. Cette haine dans son ventre, il doit l'évacuer. Un accord, et son nom finit au milieu d'autres sur un parchemin présenté en place publique de Pau.
Nous sommes le 1er août 1457.
Refus des négociations, il intègre l'armée Vae Victis aux portes de la ville de Lourdes*. Armée composée d'hommes et de femmes qui veulent la démission du coms. Se battre il n'en a jamais été question dans ces discussions. Mais fidèle à ses idéaux que sont la liberté et la justice, il se battra pour donner aux béarnais ce qui leur est dû, le respect. Ce respect que la comtesse a oublié dès linstant de son intronisation. Ce respect qui permet de vivre en harmonie entre frères.
Ont ils tort ou raison
Anneau gravé de son prénom qu'il donne à Dance, caporal de l'ost dans l'armée opposée. Un baiser volé, une promesse de se retrouver. Mais le lendemain les deux frères co-généraux disparaissent dans la nature, et Aimelin se retrouve aux côtés de Madg co générale, qu'il conseille du mieux qu'il peut pour éviter que le sang ne coule. Chef de section et logisticien, il veille sur ceux dont il est responsable.
Pour essayer d'arrêter tout ça, il écrit à la comtesse lui demandant de venir, ce qu'elle fait après bien des échanges courrier où ni l'un ni l'autre ne cèdent. Il reçoit aussi missive de Monseigneur Navigius, Grand Aumônier de France, désireux de les aider à trouver le chemin de la paix.
Mais les discussions avec le coms sont interrompues, le 6 août, sans se soucier de la comtesse présente dans le camp de Vae, faisant fi de ses ordres, l'armée face à eux lance l'attaque.
-- Lourdes le jeudi 6 août 57, Vae Victis, première bataille. --
"... Tout le long, le long de ta rivière
Il y aura, cailloux blancs, cailloux gris
De l'eau calme, de l'eau douce, de l'eau fraîche
Mais aussi l'eau noire comme la nuit..."
Se battre contre des béarnais, contre des amis peut être. Comment arrêter cette folie. Il ne veut pas n'a jamais voulu tout ça. Utopie de penser que l'ont peut changer les choses parce qu'on le désire ardemment et qu'on les pense justes. Lui qui s'est battu pour son Roy en Champagne, voila qu'il se bat contre son peuple pour défendre sa propre vie.
Le premier soldat qui lui fonce dessus évite sa lame qu'il a abaissé et dont le bruit le rassure ... il préfère le bruit des fers qui se croisent que celui qui pénètre les chairs. Est ce la fatigue de cette journée où son épée qui pèse le poids. Son bras est lourd comme s'il refusait de lever cette épée qui s'abattrait implacable sur celui ou celle qui en voudrait à sa vie. Un autre choc des cris à côté mais pas le temps de tourner la tête il faut éviter ce soldat qui lui fonce dessus. Le bouclier de Lily se place entre lui et la lame qui le frappe avec force. Il grimace et frappe de son autre bras. Bruits des épées, les cris de rage quand Aimelin projette son ennemi au sol sauvagement. Survivre il le leur a promis.
Où est elle. Ses yeux fixent devant lui le moindre assaillant. La blondeur le frappera il ne pourra pas la manquer, il ne pourra pas lever son épée s'il la voit.. Mais pas le temps de distinguer, il ne voit que des ombres, des silhouettes des armes qui volent. Un autre cri non loin de lui pendant qu'il se retrouve un peu à l'écart. Eviter cette lame qui lui frôle le bras pour aller se planter dans la terre. Il grimace, recule, le fracas assourdissant des armes qui s'entrechoquent. Il croit entendre crier son nom et il se retourne pour voir ses compagnons se battre, et il la voit, elle, son amie Ptit, à quelques pas de lui, elle ne bouge pas, se tient debout face à une amie. Son regard se pose sur ses mains et il hurle en se précipitant sur elle.
Elle tombe au sol et il tombe agenouillé à ses côtés, l'appelle, la prend dans ses bras en lui disant qu'elle ne va pas partir, qu'elle ne va pas les laisser, elle n'a pas le droit, ce n'est pas l'heure elle a encore tant de choses à faire.
La nuit est déjà avancée lorsqu'il s'écroule sur sa paillasse, les yeux fixés sur la toile de tente au-dessus de lui. Des larmes ont coulé, les retenir devant les autres, par fierté, par pudeur, pour ne pas montrer ses faiblesses. Mais comment ne pas les montrer quand son amie gît entre la vie et la mort. Lutter contre la mort après avoir lutté pour sauver sa vie. Dotch lui a promis de veiller sur elle et a obligé le jeune béarnais à prendre du repos.
Il serre l'anneau au creux de sa main, si fort, que la marque se dessine sur sa paume. Crois en toi, crois en celui qui veille sur nous, et tu auras la force de continuer ton combat. Dieu qu'il est fatigué. Son corps entier le fait souffrir tant il le malmène depuis des jours. Il doit dormir et prendre quelques forces pour être devant ses hommes. Par chance aujourd'hui aucun n'a été blessé. En sera-t-il de même le lendemain.
* rp ici
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue





