Alienor_vastel
[Tente médicale de Compiègne - Matin du 1er octobre]
"On tient, on étreint
La vie comme une maîtresse
On se fout de tout brûler pour une caresse
Elle s'offrira et n'aura pas d'autre choix"
Mozart l'opéra rock - "Vivre à en crever"
Une larme, pour adoucir sa peur. Et dieu sait combien elle avait peur, devant le corps inerte d'Aimelin, qu'il ne se réveille pas. Car malgré ses amis, ses proches, malgré la vie qu'elle avait réussi à se construire, malgré l'équilibre qu'elle croyait avoir enfin trouvé, tout semblait pouvoir à nouveau disparaître brutalement. Comme à la mort de ses parents.
L'on ne mesure vraiment ce à quoi l'on tient que lorsque l'on risque de le perdre. Elle avait failli perdre la vie deux jours plus tôt, et s'y était accrochée de toutes ses forces. Et là, à l'idée de peut-être perdre celui qui partageait son existence depuis plusieurs mois déjà, elle se rendait compte à quel point elle s'était habituée à sa présence à ses côtés, combien elle s'était attachée à lui, davantage qu'elle ne voulait se l'avouer en tout cas. Ne pas mettre un nom sur ce sentiment, qu'est-ce qu'un mot après tout, seules importaient cette complicité et cette connivence entre eux deux, ces sourires, ces non-dits et ces silences entre eux qui bien souvent en disaient bien plus que les paroles.
Combien il était reposant pour elle de parfois faire tomber les barrières qu'elle avait dressées autour d'elle pour se protéger d'une tempête qui pourrait la balayer tel un fétu de paille projeté par les vents déchaînés, pour se préserver du débordement d'un torrent qui pourrait l'emporter tel un caillou bousculé par le courant fougueux ; et combien il était précieux pour elle qu'il la comprenne sans qu'elle n'ait besoin de dire mot.
Oh bien sûr, ils ne s'étaient fait aucune promesse, hormis celle de vivre au jour le jour, de recevoir et de donner, ardemment, intensément, sans envisager l'avenir, conscients qu'ils étaient que tout pouvait finir un jour. Mais la vie ne pouvait être à ce point injuste pour lui retirer une fois encore un être qu'elle aimait, pas comme ça en tout cas, pas maintenant. Un jour peut-être, sans doute, ils décideraient de poursuivre leur route chacun de leur côté, après qu'elles se soient croisées et mélangées un moment. Mais ce serait alors de leur propre choix, et pas parce que la mort, cette absence définitive, l'aurait décidé.
Tous ces sentiments, tous ces doutes, toutes ces peurs qu'elle exprimait dans les quelques phrases qu'elle venait de lui dire. Et un murmure comme une réponse, si faible, si fragile que si elle n'avait pas été aussi proche, l'esprit autant tourné vers lui, elle ne l'aurait pas entendu au milieu du bruit ambiant. Avait-elle d'ailleurs entendu, ou était-ce son imagination, son désir impérieux de le voir se réveiller qui le lui avait fait entendre?
Une pression dans sa main, si légère, pour lui confirmer que non, elle n'avait pas rêvé le murmure, et qu'Aimelin était là, si loin et si proche à la fois. Une pression à laquelle elle répondit, tenter de lui donner sa chaleur à défaut de la force qu'elle n'avait pas.
Les doigts qui caressaient le visage du jeune homme se portèrent à celui de la petite blonde, pour effacer sur sa joue la trace humide laissée par la larme. Effacer la peur, et les doutes aussi, du moins pour l'instant, rien n'importait plus maintenant que ce murmure qu'elle entendait si fort, ce frisson des doigts qui la réchauffait.
Un mouvement de la main du blessé attira son attention, pervenches qui suivent le lent cheminement des doigts vers la chaîne qu'il portait à son cou. Sachant ce qui y était accroché, le médaillon et l'anneau de son amour disparu.
La main de la blondinette se porta machinalement à son propre médaillon, celui que sa mère lui avait donné avant de partir. Et des mots qui dansent devant ses yeux. "Vis, avec honneur et courage..." Un objet, un simple objet, chacun le sien, et pourtant tant de symboles y étaient portés. Continuer sans elles, malgré elles, pour elles. A cause d'elles. Continuer d'avancer, de braver le courant comme ces cailloux qui volent sur l'eau pour aller se poser sur l'autre rive, garder précieusement ces souvenirs qui construisaient l'histoire de chacun. Et savourer intensément chaque moment qui passe, car une fois de plus ils venaient d'avoir la preuve que ce moment-là pouvait être le dernier.
Alors un murmure à son tour, dans lequel fait passer le léger sourire qui vient de s'afficher sur ses lèvres en même temps qu'elle dégage avec tendresse une mèche de cheveux sur le front du jeune homme Je suis là, Aime...
Oui elle était là, pour l'aider à revenir, et pour l'aider à vivre tout comme il le faisait pour elle. Vivre pour celles et ceux qui les avaient quittés, mais aussi pour eux. Et vivre pleinement, passionnément, pour ne rien regretter lorsque l'histoire se finirait.
Mais l'histoire ne se finirait pas ici, et pas maintenant.
"S'il faut mourir
Autant vivre à en crever
Tout retenir pour tout immoler
S'il faut mourir
Sur nos stèles je veux graver
Que nos rires ont berné
La mort et le temps"
Idem
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"Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours" (Gandhi)
"On tient, on étreint
La vie comme une maîtresse
On se fout de tout brûler pour une caresse
Elle s'offrira et n'aura pas d'autre choix"
Mozart l'opéra rock - "Vivre à en crever"
Une larme, pour adoucir sa peur. Et dieu sait combien elle avait peur, devant le corps inerte d'Aimelin, qu'il ne se réveille pas. Car malgré ses amis, ses proches, malgré la vie qu'elle avait réussi à se construire, malgré l'équilibre qu'elle croyait avoir enfin trouvé, tout semblait pouvoir à nouveau disparaître brutalement. Comme à la mort de ses parents.
L'on ne mesure vraiment ce à quoi l'on tient que lorsque l'on risque de le perdre. Elle avait failli perdre la vie deux jours plus tôt, et s'y était accrochée de toutes ses forces. Et là, à l'idée de peut-être perdre celui qui partageait son existence depuis plusieurs mois déjà, elle se rendait compte à quel point elle s'était habituée à sa présence à ses côtés, combien elle s'était attachée à lui, davantage qu'elle ne voulait se l'avouer en tout cas. Ne pas mettre un nom sur ce sentiment, qu'est-ce qu'un mot après tout, seules importaient cette complicité et cette connivence entre eux deux, ces sourires, ces non-dits et ces silences entre eux qui bien souvent en disaient bien plus que les paroles.
Combien il était reposant pour elle de parfois faire tomber les barrières qu'elle avait dressées autour d'elle pour se protéger d'une tempête qui pourrait la balayer tel un fétu de paille projeté par les vents déchaînés, pour se préserver du débordement d'un torrent qui pourrait l'emporter tel un caillou bousculé par le courant fougueux ; et combien il était précieux pour elle qu'il la comprenne sans qu'elle n'ait besoin de dire mot.
Oh bien sûr, ils ne s'étaient fait aucune promesse, hormis celle de vivre au jour le jour, de recevoir et de donner, ardemment, intensément, sans envisager l'avenir, conscients qu'ils étaient que tout pouvait finir un jour. Mais la vie ne pouvait être à ce point injuste pour lui retirer une fois encore un être qu'elle aimait, pas comme ça en tout cas, pas maintenant. Un jour peut-être, sans doute, ils décideraient de poursuivre leur route chacun de leur côté, après qu'elles se soient croisées et mélangées un moment. Mais ce serait alors de leur propre choix, et pas parce que la mort, cette absence définitive, l'aurait décidé.
Tous ces sentiments, tous ces doutes, toutes ces peurs qu'elle exprimait dans les quelques phrases qu'elle venait de lui dire. Et un murmure comme une réponse, si faible, si fragile que si elle n'avait pas été aussi proche, l'esprit autant tourné vers lui, elle ne l'aurait pas entendu au milieu du bruit ambiant. Avait-elle d'ailleurs entendu, ou était-ce son imagination, son désir impérieux de le voir se réveiller qui le lui avait fait entendre?
Une pression dans sa main, si légère, pour lui confirmer que non, elle n'avait pas rêvé le murmure, et qu'Aimelin était là, si loin et si proche à la fois. Une pression à laquelle elle répondit, tenter de lui donner sa chaleur à défaut de la force qu'elle n'avait pas.
Les doigts qui caressaient le visage du jeune homme se portèrent à celui de la petite blonde, pour effacer sur sa joue la trace humide laissée par la larme. Effacer la peur, et les doutes aussi, du moins pour l'instant, rien n'importait plus maintenant que ce murmure qu'elle entendait si fort, ce frisson des doigts qui la réchauffait.
Un mouvement de la main du blessé attira son attention, pervenches qui suivent le lent cheminement des doigts vers la chaîne qu'il portait à son cou. Sachant ce qui y était accroché, le médaillon et l'anneau de son amour disparu.
La main de la blondinette se porta machinalement à son propre médaillon, celui que sa mère lui avait donné avant de partir. Et des mots qui dansent devant ses yeux. "Vis, avec honneur et courage..." Un objet, un simple objet, chacun le sien, et pourtant tant de symboles y étaient portés. Continuer sans elles, malgré elles, pour elles. A cause d'elles. Continuer d'avancer, de braver le courant comme ces cailloux qui volent sur l'eau pour aller se poser sur l'autre rive, garder précieusement ces souvenirs qui construisaient l'histoire de chacun. Et savourer intensément chaque moment qui passe, car une fois de plus ils venaient d'avoir la preuve que ce moment-là pouvait être le dernier.
Alors un murmure à son tour, dans lequel fait passer le léger sourire qui vient de s'afficher sur ses lèvres en même temps qu'elle dégage avec tendresse une mèche de cheveux sur le front du jeune homme Je suis là, Aime...
Oui elle était là, pour l'aider à revenir, et pour l'aider à vivre tout comme il le faisait pour elle. Vivre pour celles et ceux qui les avaient quittés, mais aussi pour eux. Et vivre pleinement, passionnément, pour ne rien regretter lorsque l'histoire se finirait.
Mais l'histoire ne se finirait pas ici, et pas maintenant.
"S'il faut mourir
Autant vivre à en crever
Tout retenir pour tout immoler
S'il faut mourir
Sur nos stèles je veux graver
Que nos rires ont berné
La mort et le temps"
Idem
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"Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours" (Gandhi)




