Matalena
Détestable féminité.
Exécrable faiblesse.
Du corps, du cur ?
En se mordant l'intérieur des joues, sa bouche s'emplit de la saveur métallique du sang. Elle le cracha sur la grand route en une flaque pourpre, s'essuyant les lèvres d'un geste rageur et tâchant sa chemise de toile. Nouveau juron. Ses yeux brûlaient, paupières qui cillent et vision trouble. Putain... Comment savoir comment une femme réagirait dans cette situation. Une grande et belle dame de glace, de celles dont la classe n'égale que le froid de leur cur. Ferait-elle mine de rien, opposant une superbe insouciante à qui voudrait la constater ? Se dirait-elle qu'après tout peu importe la considération des autres tant qu'on entretient l'admiration de sa propre personne ? Au contraire, irait-elle s'enquérir de l'homme de ses pensées pour lui cracher au visage, feu et flammes comprises, ses quatre vérités ? Elle ne savait pas. Et ce n'était certainement pas son livre des vertus qui offrirait réponse satisfaisante à cet épineux problème.
Adossée à un arbre, la jeune femme se laissât glisser le long de l'écorce jusqu'à rencontrer le sol et son herbe rase qui, de ci de là, reprenait déjà les couleurs chatoyantes du renouveau printanier. On allait pas tarder à entendre les oiseaux chanter, les ruisseaux glouglouter, les amoureux gazouiller, et tout ce petit monde se reproduire en s'ébattant gaiment dans le plus guimauve des foutoirs. Gerbant tableau de perpétuation de l'espèce.
Remâchant sa rancur aigrie, la donzelle entreprit de gâter la blancheur de ses dents en tirant comme une furieuse sur sa pipe de bois, à défaut d'autre chose ça détend toujours... Oubliant en cela la brume qui se levait à l'aube, et dont la douceâtre bruine ne tarda pas à humidifier ses herbes, coupant court à son instant de détente.
Inspiration.
Calme.
A croire que la nature entière se liguait contre sa poire ce jour là. Parce que décidément, elle se sentait investie de l'âme de ce fruit plus que tout autre depuis quelques temps. Par dessus son épaule, un regard noir de teinte comme d'expression se fixa sur les contours du dormeur qui, roulé en boule dans une couverture passable, lui présentait son dos.
Nouveau soupir.
Lui écrire ce qu'elle ne parvenait à formuler ? Pour dire quoi ? A l'écrit comme en voix, elle ne saurait trouver les mots. Et à quoi bon au juste ?
« Vraiment trop conne... Trop conne... »
Marmonna-t-elle en shootant dans une pierre qui, loin de bouger d'un iota de son emplacement initial, lui entama la pointe des orteils avec la cruauté tacite dont seule une pierre contre un orteil sait faire preuve. Et soudain, au travers de la douleur fulgurante de son ongle retourné, l'illumination lui vint comme rayon divin au travers du crâne d'un prophète. Bien entendu. Tout était là, limpide sous ses yeux, depuis le début. Et elle n'avait rien compris.
Ainsi l'enfant ne devient-il grand qu'en se libérant des dernières chimères qui le vouaient aux douceurs. La vérité, nue devant elle, lui glaça les entrailles, avant de lapaiser de son étrange placidité. Lisse, sans surprises, réconfortant de vide.
Le calme, enfin.
Une pensée pour sa rousse, sa belle, sa tourmentée, dans les affres de sentiments incontrôlés, incontrôlables, qu'elle s'efforçait de dompter et enrageait de n'y point parvenir. C'était donc à cela que ressemblait l'amour ? Sourire sur sa face de sinistre pasteur.
T'y arriveras, belette de mon cur. Et moi, et bien...
Je serai la même.
Toujours la même.
_________________
« Ne confondez pas le sombre avec l'obscur. L'obscur accepte l'idée de bonheur; le sombre accepte l'idée de grandeur. »
Victor Hugo
Exécrable faiblesse.
Du corps, du cur ?
En se mordant l'intérieur des joues, sa bouche s'emplit de la saveur métallique du sang. Elle le cracha sur la grand route en une flaque pourpre, s'essuyant les lèvres d'un geste rageur et tâchant sa chemise de toile. Nouveau juron. Ses yeux brûlaient, paupières qui cillent et vision trouble. Putain... Comment savoir comment une femme réagirait dans cette situation. Une grande et belle dame de glace, de celles dont la classe n'égale que le froid de leur cur. Ferait-elle mine de rien, opposant une superbe insouciante à qui voudrait la constater ? Se dirait-elle qu'après tout peu importe la considération des autres tant qu'on entretient l'admiration de sa propre personne ? Au contraire, irait-elle s'enquérir de l'homme de ses pensées pour lui cracher au visage, feu et flammes comprises, ses quatre vérités ? Elle ne savait pas. Et ce n'était certainement pas son livre des vertus qui offrirait réponse satisfaisante à cet épineux problème.
Adossée à un arbre, la jeune femme se laissât glisser le long de l'écorce jusqu'à rencontrer le sol et son herbe rase qui, de ci de là, reprenait déjà les couleurs chatoyantes du renouveau printanier. On allait pas tarder à entendre les oiseaux chanter, les ruisseaux glouglouter, les amoureux gazouiller, et tout ce petit monde se reproduire en s'ébattant gaiment dans le plus guimauve des foutoirs. Gerbant tableau de perpétuation de l'espèce.
Remâchant sa rancur aigrie, la donzelle entreprit de gâter la blancheur de ses dents en tirant comme une furieuse sur sa pipe de bois, à défaut d'autre chose ça détend toujours... Oubliant en cela la brume qui se levait à l'aube, et dont la douceâtre bruine ne tarda pas à humidifier ses herbes, coupant court à son instant de détente.
Inspiration.
Calme.
A croire que la nature entière se liguait contre sa poire ce jour là. Parce que décidément, elle se sentait investie de l'âme de ce fruit plus que tout autre depuis quelques temps. Par dessus son épaule, un regard noir de teinte comme d'expression se fixa sur les contours du dormeur qui, roulé en boule dans une couverture passable, lui présentait son dos.
Nouveau soupir.
Lui écrire ce qu'elle ne parvenait à formuler ? Pour dire quoi ? A l'écrit comme en voix, elle ne saurait trouver les mots. Et à quoi bon au juste ?
« Vraiment trop conne... Trop conne... »
Marmonna-t-elle en shootant dans une pierre qui, loin de bouger d'un iota de son emplacement initial, lui entama la pointe des orteils avec la cruauté tacite dont seule une pierre contre un orteil sait faire preuve. Et soudain, au travers de la douleur fulgurante de son ongle retourné, l'illumination lui vint comme rayon divin au travers du crâne d'un prophète. Bien entendu. Tout était là, limpide sous ses yeux, depuis le début. Et elle n'avait rien compris.
Ainsi l'enfant ne devient-il grand qu'en se libérant des dernières chimères qui le vouaient aux douceurs. La vérité, nue devant elle, lui glaça les entrailles, avant de lapaiser de son étrange placidité. Lisse, sans surprises, réconfortant de vide.
Le calme, enfin.
Une pensée pour sa rousse, sa belle, sa tourmentée, dans les affres de sentiments incontrôlés, incontrôlables, qu'elle s'efforçait de dompter et enrageait de n'y point parvenir. C'était donc à cela que ressemblait l'amour ? Sourire sur sa face de sinistre pasteur.
T'y arriveras, belette de mon cur. Et moi, et bien...
Je serai la même.
Toujours la même.
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« Ne confondez pas le sombre avec l'obscur. L'obscur accepte l'idée de bonheur; le sombre accepte l'idée de grandeur. »
Victor Hugo



