Alienor_vastel
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"... J´ai dessiné le monde à ton image
Avec des tons plus doux mais pas trop sages
En tattendant"
Isabelle Boulay - "En t'attendant"
[Hôtel Di Favara, Reims - Mi avril]
Margauuux !!!
La douce -sisi- voix d'Aliénor passa la porte ouverte des appartements qu'elle occupait avec Aimelin dans l'hôtel Di Favara, résonna à travers les couloirs aux murs couverts de tapisseries. Nulle gêne de la part de la blondinette à crier ainsi, après tout elle ne dérangerait que les serviteurs affairés, les autres occupants quittant les lieux dès potron minet, comme tous les jours depuis le début de leur séjour en la capitale champenoise, et ne rentrant que tard le soir. Au pire, elle aurait en réponse les jappements de Pustule, si lui et sa maîtresse étaient dans le coin, mais rien d'inhabituel en somme.
La jeune fille, quant à elle, traînait son désuvrement. Si, dans les premiers jours qui avaient suivi leur arrivée, elle avait, conformément à la demande de la maîtresse des lieux, accessoirement sa suzeraine et plus récemment sa mère adoptive, supervisé au ménage de l'hôtel -qui soit dit en passant avait eu bien besoin d'un coup de frais après avoir été déserté aussi longtemps-, si, prise d'une frénésie de propreté, elle avait exigé même que ce fut fait une seconde fois de fond en comble, maintenant que les étains reluisaient, que les coffres et les meubles brillaient d'avoir été cirés encore et encore, que les pièces embaumaient des vases de fleurs qu'elle y avait fait arranger, que les tentures finissaient de sécher à la chaleur du soleil qui s'était installé depuis quelques jours, maintenant donc que tout rutilait et qu'elle n'avait plus rien à faire, elle s'ennuyait.
Elle avait pris du recul sur les événements qui avaient secoué la Champagne, et même passer en grand place de Reims, écouter les âneries que certains détracteurs débitaient comme d'aucuns marchands déballent la même litanie pour tenter de vendre leur camelote faisandée, ne l'amusait plus.
Semblant plongée dans une léthargie, sa vie défilait comme tranquillement. Sauf que, ainsi que l'écrira Voltaire dans quelques siècles, "c'est une belle chose que la tranquillité, mais l'ennui est de sa famille."
Pour tromper cet ennui qui s'installait doucement mais surement, elle avait bien essayé de s'occuper en s'essayant à l'art culinaire. La tentative n'avait pas fait long feu, à la différence de la tourte à la préparation de laquelle elle s'était aventurée et qui avait davantage ressemblé à du charbon qu'à un mets comestible à la sortie du four. Ce qui lui avait valu, de la part de la cuisinière qui lui avait gentiment mais fermement fait observer qu'il serait de mauvais aloi qu'elle empoisonnât la mesnie au vu de ses maigres compétences, la suggestion de s'orienter vers une autre activité moins risquée pour tous.
Alors, depuis, elle usait ses jupons sur les bancs de l'université. Et ce soir là justement, alors qu'elle appelait Margaux de cette si mélodieuse façon, elle revenait du cours du jour. Un cours qu'au demeurant elle aurait été incapable de résumer à qui le lui aurait demandé, ayant somnolé aussi discrètement qu'il en était possible dès le premier tour de sablier. Que c'était agaçant, d'ailleurs, cette propension qu'elle avait dernièrement à piquer du nez dans la journée. A se demander si elle s'était remise tout à fait du truc qu'elle avait couvé le mois précédent, et qui l'avait indisposée au point de ne pouvoir avaler quelqu'aliment au matin sans que celui-ci ne fasse le chemin inverse. Si depuis, l'appétit était revenu, il restait cette fatigue continuelle, même si elle la cachait à ses proches, sa famille, ne voulant pas les inquiéter.
Margaux n'arrivait pas, et Aliénor se décida à bouger pour se rendre elle-même au pigeonnier envoyer la missive qu'elle venait de rédiger. De toute façon, cela ne lui coûterait rien de faire quelques pas, à force d'inactivité et de manque d'exercice elle avait prit quelques formes ces derniers temps. Les hanches s'étaient un peu élargies, la poitrine arrondie au point qu'elle avait quelques difficultés à en fermer sa robe. Aimelin s'en était-il aperçu, était-ce la raison pour laquelle il lui avait offert, quelques jours auparavant, une fibule en argent gravée de ses initiales et qui fermait le haut de son corsage, une façon de lui faire remarquer qu'elle se laissait aller ?
Et c'est en grimaçant à cette pensée qu'elle se dirigea vers le pigeonnier où elle confia sa lettre à un volatile. Quelques instants à le regarder prendre son envol vers sa destinataire, et la petite blonde rebroussa chemin à travers le jardin. Doucement, lentement, profitant de la douceur de l'atmosphère et du silence juste brisé par le chant des oiseaux et le frémissement de l'eau du bassin qu'entourait une nature qui se réveillait de son sommeil hivernal, renaissait de son inertie.
Elle songea un bref instant qu'elle devrait en faire de même, et une petite lueur brillante vint éclairer ses pervenches en même temps que ses pas se portaient vers le point d'eau auprès duquel elle ôta ses chausses, savourant la sensation de l'herbe nouvelle sous ses orteils. Un regard vers la droite, un autre vers la gauche pour s'assurer qu'il n'y avait personne en vue, et elle s'avança encore, relevant le bas de sa robe jusqu'à ce que ses pieds nus pénètrent dans l'onde froide qui la fit frissonner.
Les yeux fermés, un grand sourire sur les lèvres, elle leva alors le visage vers le ciel, l'offrant à la chaleur du soleil couchant.
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Déplacé par {Belphegor}
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