Aimelin
[Compiègne, un soir de septembre]
"Ces solitudes dignes au milieu des silences,
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées,
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés" (Goldman - veiller tard)
Ses prunelles s'étaient posées sur le godet qui tournait doucement entre ses doigts. Il écoutait l'homme assis non loin de lui, lui répondait, laissant tournoyer ses pensées autour des mots qu'ils échangeaient. Est ce que tout ça valait la peine.
Des visages défilaient tandis que les deux hommes continuaient à parler meublant le silence de la taverne des Chevaliers de l'Aube, laissant de temps à autre de courts silences prendre le dessus.
Il secoua la tête et sentit une étrange brume l'envahir, de ces brumes qui laissent des sensations de mal être et de solitude.
Etait ce cette étrange ambiance au conseil où deux bonshommes maintenaient volontairement des tensions et se faisaient un malin plaisir à envenimer les choses, juste parce qu'ils pensaient tout savoir. Etait ce le fait qu'elle soit là, qu'elle soit revenue et qu'il ne trouve pas le temps suffisant pour la croiser, la voir, lui parler, la toucher, ce qui le minait même s'il n'en parlait pas. Etait ce le fait de cet enfant qui allait sans nul doute changer tant de choses pour lui, cet enfant qui le ramenait à sa propre enfance, à sa précieuse dont on l'avait privée et qu'il avait retrouvée avec la peur de la perdre à nouveau.
Cette brume qui telle un voile l'enveloppait et se faisait un peu plus pesante de jour en jour. "Je suis déjà ton garde du corps, tu es mon précieux, et sil fallait donner ma vie pour sauver la tienne, pas un instant je nhésiterais". Ces mots qu'elle avait prononcés ce soir là et qui l'avait secoué.
Avait il fait les bons choix, avait il raison dans ce qu'il désirait et dont il avait parlé avec Aliénor.
Il soupira doucement. A trop vouloir penser aux autres, à trop vouloir penser à ce Duché qu'il aimait, il en oubliait l'essentiel, les siens. Deux années étaient passées depuis son retour et sa rencontre avec sa blondinette. Deux années pendant lesquelles il avait vécu une épée à la main.
Ses prunelles l'avaient suivi lorsqu'elle était sortie de la taverne des Chevaliers. Sa jumelle, la seule famille qu'il lui restait, du moins celle du sang. Le même sang coulait dans leurs veines, ils étaient semblables.
Jamais il n'avait ressenti cela avant de la rencontrer et de la reconnaitre sur cette place enneigée au début de l'an 60.
Jamais ça ne s'arrêtera... les mots résonnaient. Jamais. Et pourtant elle voulait repartir pour ne pas sombrer dans l'habitude dangereuse d'une famille. Comment lui en vouloir, lui qui vivait comme elle avant son retour en Champagne, sans attache, avec seulement la liberté au bout du chemin.
Le visage de sa blonde se mélangeait aux autres visages du passé et du présent.
Il devait lui parler, ils devaient le faire avant que quelque chose ne les empêche à nouveau.
[Quelques jours plus tard, Sainte Ménéhould]
Kawa était repartie après lui avoir promis qu'elle serait là en pensée et dans son coeur. S'il avait eu du mal à accepter son absence, il n'avait pas cherché à la retenir. La retenir c'était la perdre et c'était la dernière chose qu'il voulait. Il la préférait loin et dans son coeur, que présente telle un fantôme. Des recommandations de prudence, des silences qui en disaient bien plus que des mots, et il avait regardé la silhouette de sa précieuse, son double, s'éloigner avec un pincement au coeur. Ce qu'il ne savait pas à ce moment là, et qu'il n'apprendrait que plus tard, c'était qu'il la voyait pour la dernière fois. La vermine des chemins se chargerait peu de jours après, de les séparer à nouveau, et ce pour l'éternité.
La journée touchait à sa fin, il avait fermé la porte de son bureau du castel pour tenter de profiter des siens, de cette famille qu'il se créait au fil des mois. Il fallait profiter que les siens étaient réunis ; il devait parler à Aliénor.
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"Ces solitudes dignes au milieu des silences,
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées,
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés" (Goldman - veiller tard)
Ses prunelles s'étaient posées sur le godet qui tournait doucement entre ses doigts. Il écoutait l'homme assis non loin de lui, lui répondait, laissant tournoyer ses pensées autour des mots qu'ils échangeaient. Est ce que tout ça valait la peine.
Des visages défilaient tandis que les deux hommes continuaient à parler meublant le silence de la taverne des Chevaliers de l'Aube, laissant de temps à autre de courts silences prendre le dessus.
Il secoua la tête et sentit une étrange brume l'envahir, de ces brumes qui laissent des sensations de mal être et de solitude.
Etait ce cette étrange ambiance au conseil où deux bonshommes maintenaient volontairement des tensions et se faisaient un malin plaisir à envenimer les choses, juste parce qu'ils pensaient tout savoir. Etait ce le fait qu'elle soit là, qu'elle soit revenue et qu'il ne trouve pas le temps suffisant pour la croiser, la voir, lui parler, la toucher, ce qui le minait même s'il n'en parlait pas. Etait ce le fait de cet enfant qui allait sans nul doute changer tant de choses pour lui, cet enfant qui le ramenait à sa propre enfance, à sa précieuse dont on l'avait privée et qu'il avait retrouvée avec la peur de la perdre à nouveau.
Cette brume qui telle un voile l'enveloppait et se faisait un peu plus pesante de jour en jour. "Je suis déjà ton garde du corps, tu es mon précieux, et sil fallait donner ma vie pour sauver la tienne, pas un instant je nhésiterais". Ces mots qu'elle avait prononcés ce soir là et qui l'avait secoué.
Avait il fait les bons choix, avait il raison dans ce qu'il désirait et dont il avait parlé avec Aliénor.
Il soupira doucement. A trop vouloir penser aux autres, à trop vouloir penser à ce Duché qu'il aimait, il en oubliait l'essentiel, les siens. Deux années étaient passées depuis son retour et sa rencontre avec sa blondinette. Deux années pendant lesquelles il avait vécu une épée à la main.
Ses prunelles l'avaient suivi lorsqu'elle était sortie de la taverne des Chevaliers. Sa jumelle, la seule famille qu'il lui restait, du moins celle du sang. Le même sang coulait dans leurs veines, ils étaient semblables.
Jamais il n'avait ressenti cela avant de la rencontrer et de la reconnaitre sur cette place enneigée au début de l'an 60.
Jamais ça ne s'arrêtera... les mots résonnaient. Jamais. Et pourtant elle voulait repartir pour ne pas sombrer dans l'habitude dangereuse d'une famille. Comment lui en vouloir, lui qui vivait comme elle avant son retour en Champagne, sans attache, avec seulement la liberté au bout du chemin.
Le visage de sa blonde se mélangeait aux autres visages du passé et du présent.
Il devait lui parler, ils devaient le faire avant que quelque chose ne les empêche à nouveau.
[Quelques jours plus tard, Sainte Ménéhould]
Kawa était repartie après lui avoir promis qu'elle serait là en pensée et dans son coeur. S'il avait eu du mal à accepter son absence, il n'avait pas cherché à la retenir. La retenir c'était la perdre et c'était la dernière chose qu'il voulait. Il la préférait loin et dans son coeur, que présente telle un fantôme. Des recommandations de prudence, des silences qui en disaient bien plus que des mots, et il avait regardé la silhouette de sa précieuse, son double, s'éloigner avec un pincement au coeur. Ce qu'il ne savait pas à ce moment là, et qu'il n'apprendrait que plus tard, c'était qu'il la voyait pour la dernière fois. La vermine des chemins se chargerait peu de jours après, de les séparer à nouveau, et ce pour l'éternité.
La journée touchait à sa fin, il avait fermé la porte de son bureau du castel pour tenter de profiter des siens, de cette famille qu'il se créait au fil des mois. Il fallait profiter que les siens étaient réunis ; il devait parler à Aliénor.
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