Ceriera

[Premiers jours de décembre, entre Castres et l'Auvergne, détour par Monclar]
Il y a des gens qui ne savent pas qu'ils vous font du bien. Ils comptent sur vous, ont peut-être l'impression de vous être redevable, mais ce sont eux qui vous soignent. C'était le cas d'Antoynette, qui avait cheminé avec Cerièra de Foix à Castres, et qu'elle venait de laisser là-bas avec leurs amis.
Cerièra, qui avait toute sa vie voyagé seule, prenait plaisir depuis quelques mois à la coordination de voyages en groupe, ce qui lui avait valu le surnom de «Maman poule», à force de veiller en route à ne perdre aucun de ses petits poussins. Mais lui, elle l'avait perdu en route, pour ne plus jamais le retrouver.
Antoynette, par sa confiance, en comptant sur elle, avait entamé un travail de conjuration. Elle ne remercierait jamais assez la pèlerine de l'avoir aidée à ne pas perdre ça. Car ça, c'est constitutif de Cerièra. Au même titre que l'amour, au même titre que la foi. L'amour, ce sentiment merveilleux cet amour qui l'avait portée, qui lui avait donné de l'énergie cet amour-là la laissait vide aujourd'hui.
La foi la foi qui lui avait donné patience et confiance dans de nombreux aspects de sa vie. Ne pas perdre la foi, cette pierre angulaire de la patience, la confiance, la force, l'amour
Retrouver le goût du voyage ? Les événements l'y poussaient, étant incapable de demeurer chez elle. De les organiser ? de les encadrer ? Grâce à Antoynette, et grâce au projet de voyage de lecture, ça se mettrait en place peu à peu.
Retrouver l'amour ? Un imprudent s'était aventuré à le lui suggérer, compliments à l'appui. Elle l'avait planté là, trouvant insultante l'idée-même de remplacer Alexandre aussi vite. C'était mépriser ce qu'ils avaient vécu, mépriser sa peine. Certains hommes ne sont vraiment que des charognards.
Retrouver la foi ? Non qu'elle l'avait complètement perdue, sinon elle n'envisagerait même plus d'officier la Saint-Noël. Mais elle était passablement bousculée, et en bonne cérébrale, Cerièra avait besoin d'y voir clair. «Ça n'a aucun sens» lui avait dit Asphodelle. C'était impossible. Tout avait toujours du sens, sinon la foi ne serait pas basée sur la raison. Si ça n'avait aucun sens, alors soit la religion nen avait aucun non plus, soit Dieu la détestait, et la punissait. Mais de quoi ?
✒ «Si vous avez besoin, venez à Monclar ( ) Nous pourrons en parler. J'espère de vous une réponse positive»
Il était temps de laisser Pèire se reposer. Quelle autre réponse positive apporter que prendre la route ? *Mais c'est où Monclar au juste ?*
Elle avait étudié sa carte la veille au soir : elle partirait tôt, suivrait la vallée de l'Agout, et n'aurait plus que quelque menu relief pour ralentir sa route et retarder son arrivée. En temps, c'était sans doute le plus court. Elle avait posé la tête contre Caminaire, son ami à quattre pattes
Tu ne me lâches pas hein mon beau ? Montferrièr, Monclar, c'est de la gnognote j'ai besoin de toi pour aller aux pieds des volcans après
[Fuxéenne en approche]
Inventaire. Devant la grille de Monclar : Cerièra, ses cheveux pleins de poussière du voyage, ses yeux tristes, son corback, son cheval, son fatras avec ses carnets, ses aquarelles, et sa «médecine douce». Si elle ne savait pas Asphodelle capable d'originalité et de simplicité, elle aurait eu honte de se présenter ainsi.
Ceci dit, la lettre de la rouquine inquiétait Cerièra : elle non plus n'avait pas l'air d'aller fort. Elle ne s'imposerait pas longtemps, et prendrait assez vite le chemin de l'Auvergne. Après tout, elle était là pour la voir, pas pour vider ses cuisines. Et puis, elle n'avait pas très faim.
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦

Il y a des gens qui ne savent pas qu'ils vous font du bien. Ils comptent sur vous, ont peut-être l'impression de vous être redevable, mais ce sont eux qui vous soignent. C'était le cas d'Antoynette, qui avait cheminé avec Cerièra de Foix à Castres, et qu'elle venait de laisser là-bas avec leurs amis.
Cerièra, qui avait toute sa vie voyagé seule, prenait plaisir depuis quelques mois à la coordination de voyages en groupe, ce qui lui avait valu le surnom de «Maman poule», à force de veiller en route à ne perdre aucun de ses petits poussins. Mais lui, elle l'avait perdu en route, pour ne plus jamais le retrouver.
Antoynette, par sa confiance, en comptant sur elle, avait entamé un travail de conjuration. Elle ne remercierait jamais assez la pèlerine de l'avoir aidée à ne pas perdre ça. Car ça, c'est constitutif de Cerièra. Au même titre que l'amour, au même titre que la foi. L'amour, ce sentiment merveilleux cet amour qui l'avait portée, qui lui avait donné de l'énergie cet amour-là la laissait vide aujourd'hui.
La foi la foi qui lui avait donné patience et confiance dans de nombreux aspects de sa vie. Ne pas perdre la foi, cette pierre angulaire de la patience, la confiance, la force, l'amour
Retrouver le goût du voyage ? Les événements l'y poussaient, étant incapable de demeurer chez elle. De les organiser ? de les encadrer ? Grâce à Antoynette, et grâce au projet de voyage de lecture, ça se mettrait en place peu à peu.
Retrouver l'amour ? Un imprudent s'était aventuré à le lui suggérer, compliments à l'appui. Elle l'avait planté là, trouvant insultante l'idée-même de remplacer Alexandre aussi vite. C'était mépriser ce qu'ils avaient vécu, mépriser sa peine. Certains hommes ne sont vraiment que des charognards.
Retrouver la foi ? Non qu'elle l'avait complètement perdue, sinon elle n'envisagerait même plus d'officier la Saint-Noël. Mais elle était passablement bousculée, et en bonne cérébrale, Cerièra avait besoin d'y voir clair. «Ça n'a aucun sens» lui avait dit Asphodelle. C'était impossible. Tout avait toujours du sens, sinon la foi ne serait pas basée sur la raison. Si ça n'avait aucun sens, alors soit la religion nen avait aucun non plus, soit Dieu la détestait, et la punissait. Mais de quoi ?
✒ «Si vous avez besoin, venez à Monclar ( ) Nous pourrons en parler. J'espère de vous une réponse positive»
Il était temps de laisser Pèire se reposer. Quelle autre réponse positive apporter que prendre la route ? *Mais c'est où Monclar au juste ?*
Elle avait étudié sa carte la veille au soir : elle partirait tôt, suivrait la vallée de l'Agout, et n'aurait plus que quelque menu relief pour ralentir sa route et retarder son arrivée. En temps, c'était sans doute le plus court. Elle avait posé la tête contre Caminaire, son ami à quattre pattes
Tu ne me lâches pas hein mon beau ? Montferrièr, Monclar, c'est de la gnognote j'ai besoin de toi pour aller aux pieds des volcans après
[Fuxéenne en approche]
Inventaire. Devant la grille de Monclar : Cerièra, ses cheveux pleins de poussière du voyage, ses yeux tristes, son corback, son cheval, son fatras avec ses carnets, ses aquarelles, et sa «médecine douce». Si elle ne savait pas Asphodelle capable d'originalité et de simplicité, elle aurait eu honte de se présenter ainsi.
Ceci dit, la lettre de la rouquine inquiétait Cerièra : elle non plus n'avait pas l'air d'aller fort. Elle ne s'imposerait pas longtemps, et prendrait assez vite le chemin de l'Auvergne. Après tout, elle était là pour la voir, pas pour vider ses cuisines. Et puis, elle n'avait pas très faim.
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦






