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[RP] Monclar ~ Allo Aspho bobo

Ceriera
[Premiers jours de décembre, entre Castres et l'Auvergne, détour par Monclar]

Il y a des gens qui ne savent pas qu'ils vous font du bien. Ils comptent sur vous, ont peut-être l'impression de vous être redevable, mais ce sont eux qui vous soignent. C'était le cas d'Antoynette, qui avait cheminé avec Cerièra de Foix à Castres, et qu'elle venait de laisser là-bas avec leurs amis.
Cerièra, qui avait toute sa vie voyagé seule, prenait plaisir depuis quelques mois à la coordination de voyages en groupe, ce qui lui avait valu le surnom de «Maman poule», à force de veiller en route à ne perdre aucun de ses petits poussins. Mais lui, elle l'avait perdu en route, pour ne plus jamais le retrouver.
Antoynette, par sa confiance, en comptant sur elle, avait entamé un travail de conjuration. Elle ne remercierait jamais assez la pèlerine de l'avoir aidée à ne pas perdre ça. Car ça, c'est constitutif de Cerièra. Au même titre que l'amour, au même titre que la foi. L'amour, ce sentiment merveilleux… cet amour qui l'avait portée, qui lui avait donné de l'énergie… cet amour-là la laissait vide aujourd'hui.
La foi… la foi qui lui avait donné patience et confiance dans de nombreux aspects de sa vie. Ne pas perdre la foi, cette pierre angulaire de la patience, la confiance, la force, l'amour…

Retrouver le goût du voyage ? Les événements l'y poussaient, étant incapable de demeurer chez elle. De les organiser ? de les encadrer ? Grâce à Antoynette, et grâce au projet de voyage de lecture, ça se mettrait en place peu à peu.

Retrouver l'amour ? Un imprudent s'était aventuré à le lui suggérer, compliments à l'appui. Elle l'avait planté là, trouvant insultante l'idée-même de remplacer Alexandre aussi vite. C'était mépriser ce qu'ils avaient vécu, mépriser sa peine. Certains hommes ne sont vraiment que des charognards.

Retrouver la foi ? Non qu'elle l'avait complètement perdue, sinon elle n'envisagerait même plus d'officier la Saint-Noël. Mais elle était passablement bousculée, et en bonne cérébrale, Cerièra avait besoin d'y voir clair. «Ça n'a aucun sens» lui avait dit Asphodelle. C'était impossible. Tout avait toujours du sens, sinon la foi ne serait pas basée sur la raison. Si ça n'avait aucun sens, alors soit la religion n’en avait aucun non plus, soit Dieu la détestait, et la punissait. Mais de quoi ?


✒ «Si vous avez besoin, venez à Monclar (…) Nous pourrons en parler. J'espère de vous une réponse positive»

Il était temps de laisser Pèire se reposer. Quelle autre réponse positive apporter que… prendre la route ? *Mais c'est où Monclar au juste ?*
Elle avait étudié sa carte la veille au soir : elle partirait tôt, suivrait la vallée de l'Agout, et n'aurait plus que quelque menu relief pour ralentir sa route et retarder son arrivée. En temps, c'était sans doute le plus court. Elle avait posé la tête contre Caminaire, son ami à quattre pattes…


Tu ne me lâches pas hein mon beau ? Montferrièr, Monclar, c'est de la gnognote… j'ai besoin de toi pour aller aux pieds des volcans après…


[Fuxéenne en approche]

Inventaire. Devant la grille de Monclar : Cerièra, ses cheveux pleins de poussière du voyage, ses yeux tristes, son corback, son cheval, son fatras avec ses carnets, ses aquarelles, et sa «médecine douce». Si elle ne savait pas Asphodelle capable d'originalité et de simplicité, elle aurait eu honte de se présenter ainsi.

Ceci dit, la lettre de la rouquine inquiétait Cerièra : elle non plus n'avait pas l'air d'aller fort. Elle ne s'imposerait pas longtemps, et prendrait assez vite le chemin de l'Auvergne. Après tout, elle était là pour la voir, pas pour vider ses cuisines. Et puis, elle n'avait pas très faim.

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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦
Asphodelle
Elle faisait des inhalations de lavande et d'hellébore séchée à la poudre de scolopendre...

Je suis pas sûre que ça marche.... et de soupirer grand train se demandant si c'était le scolopendre ou l'hellébore qui la convainquait le moins.

Et pendant ce temps, Cerièra arrivait à la herse. Le Garde habilité à recevoir les gens s'occuperait donc de la faire entrer. Ne sachant pas l'heure exacte d'arrivée de la jeune femme, elle ne put empêcher ce «drame».

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Michel.de.bourgogne
-Hey! De la pommière! Bien le bonjour jeune individu farouche et avide de quelques stries maléfiques dans ce fruit de l'amour et de la tentation! Ah! Que cela fait plaisir à voir des larges courbes féminines et appétissantes, belle amie.

Voici que Michel de Bourgogne, le garde de la herse, se montrait bien heureux de la venue d'une jeune femme du village, cette jeune femme surnommée la "pommière" pour être celle qui s'occupe le mieux des pommes du village. Lorsqu'il y en a.
Et derrière cette jeune femme, une autre avec un corbac et un cheval et quelques attirails étranges.
Bien entendu, Michel n'est pas très physionomiste et a un sens particulier des priorités fixées dans ce bas monde. Alors il ne s'occupe pas de la seconde invitée, et se penche vers le première.


-Dis-moi, ta recette de la dernière fois était fameuse, mais je pense que nous pourrions éventuellement rajouter un petit peu de ces herbes, là. Tu sais, le truc étrange que portaient les rois de l'ancien temps sur les cheveux! Quelle idiotie, d'ailleurs! T'imagines, toi, avoir des feuilles sur la tête! Il voulait peut-être se transformer en cassoulet et y mettre un peu de goût, j'en sais rien. Mais ça me rappelle la fois où j'étais allé voir le Duc de Bourgogne, et qu'en passant je m'étais tapé les pieds dans un tapis et la tête directement dans une soupe d'ortie! Ben c'était vachement bon pour des plantes qui piquent, qui grattent et qui sont vraiment pénible! Ah, c'était l'bon vieux temps, ça. Et le petit Jimmy qui allait gratter la terre à ses huit ans avec ses frères, Eudes et Jean, et qui s'en revenaient toujours la trogne pleine de boue. Ah la belle Huguette hurlait lorsqu'ils étaient sales dans leurs habits du dimanche. Et moi, j'étais là, je regardais la scène tout en songeant à la charmante Huguette, la rombière de Philippe, qui me jetait des regards intéressants et très très très érotiques. Je peux te dire que l'Huguette, je lui aurai bien conté fleurette, si seulement elle n'avait pas eu un problème de gangrène à la jambe qui a du faire suivre à une amputation bilatéral....

Il resta ainsi songeur, se caressant le menton.

-Si tu veux mon avis, c'était pas son moignon le plus gros problème. C'était son mari, il était pas partageur le bougre. Comme on dit: mieux vaut partager que d'se faire voler! Hen que j'ai raison?

Sans laisser place à la réponse, il enchaina. Et ça dura, ça dura, ça dura. De nombreuses minutes. Sans se lasser de parler, continuellement.

-Pour en revenir à ta tourte de pigeon, c'était vraiment fameux. Il y a des contrées perdues au loin, genre en Artois, où ils devraient apprendre à connaître ça afin de survivre. Ils n'ont que la peau sur les os à cause des coups de grisou qui s'abattent sur eux tous les jours! Tu sais, là-bas il fait toujours des températures négatives, et ils parlent étrangement. Ils font ce qu'ils appellent du pain au raisin alors que ça doit être des raisintine! Franchement! C'est déroutant et...

Et ses yeux heurtèrent enfin la brune qui semblait tout de même s'impatienter. Il la montra du doigt, sans retenue.

-Dis, c'est ta copine la mignonne, là? Elle pourrait au moins causer! Parce qu'on parle, on parle, on parle et on parle, même, mais du coup je ne connais même pas son prénom. Et comme je dis tout le temps: "femme qui ne dit pas son prénom, femme moitié dans le son". Et oui. À moitié, parce qu'elle ne parle pas. Enfin, tu comprends, pas besoin d'expliquer d'avantage. Quoi? Non? Elle n'est pas venue avec toi?! Ah ben ça, alors! C'est sûrement une intruse. Je m'en vais l'éclipser comme qu'on eclipse les cafards.

Il s'approcha de Ceriera, son hallebarde tenue à l'envers et la piquant, de ce fait, avec le bout de bois et non le bout en fer.

-Hey! De toi là qui va! Que veux-tu? Que fais-tu? Quo vadis? Et fili spiritu tuo et continuum espace-temps et tout ce qui s'en suit? T'es devant la demeure de Monflar!

Il plissa les yeux un instant. Puis s'estomaqua.

-Billy? C'est toi, Billy?

Forcément, il ne s'adressait pas à la femme en la nommant Billy, ce serait grotesque. Il disait cela à propos du corbeau.

-Ah mais oui! C'est mon Billy! Alors, t'as trouvé une nouvelle graine? Tu t'y sens bien? Je savais qu'un jour tu aurais une meilleure épaule que celle que tu as quitté précédemment. L'ancienne était mauvaise et cabossée. En plus, ça puait l'anis à plein nez. Eurk! C'était l'épaule de Josiane? Ah, ça, on trouve toujours meilleure épaule que ce que l'on a. Vraiment!

Il baissa son hallebarde et indiqua la marche à suivre de sa main.

-Faut me suivre! Les amis de Billy sont mes ennemis! Alors avançons! Je vais vous faire pénétrer Monflar et vous allez en avoir les yeux ébahus! Allons-y! Prestement! Prestement! Allez, filons, filons!

Et de gueuler à l'attention de la bastide.

-MONFLAR! T'AS DES INVITÉS, ET Y'A BILLY!

Voilà.
Voilà.
Voilà.

C'était une intervention gracieusement offerte par Michel de Bourgogne.


-VA FALLOIR PRÉPARER LA DINDE ET LES HORS D'OEUVRE, MONFLAR! ILS ONT L'AIR AFFAMÉ. Et moi aussi, d'ailleurs.
Ceriera
Ah, âmes qui vivent ! Il faut dire que Cerièra était arrivée assez tôt dans la journée, il n'était pas étonnant qu'elle trouve grille close.
Peu accoutumée à se présenter à ce genre d'endroit, elle avait attendu patiemment un petit instant, se mettant sous la dent un morceau de cette viande indéfinissable de Grandefille, mais au prix si intéressant… rien ne pressait à la minute.

Elle observa celui qui semblait être le garde s'occuper d'une dite «Pommière» ? Elle ne s'imposerait pas… se remémorant les contes de son enfance, elle s'amusa à penser que c'était lui le dragon, qui gardait la princesse bien enfermée dans son donjon, et qu'il convenait donc de ne pas le contrarier. Sinon, c'était faire demi-tour.
Pelant une… pomme justement, que la vie est cocasse, elle écoutait distraitement l'homme déblatérer, plaignant quelque peu celle à qui il s'adressait.

*C'est pas poli de montrer du doigt*, mais peu importait. Voilà qu'elle avait son attention, ce qui lui laissa échapper un petit sourire un brin narquois. *Oh mais je parlerais bien, si vous m'en laissiez la place !* C'est qu'il battait des records en bavardage le bougre. Quel est l'imbécile qui a dit le premier que les femmes étaient des pipelettes ? Un homme, à n'en point douter.
Stoïque, Cerièra le laissait continuer jusqu'à ce qu'il s'adresse à elle directement. Son prénom ? Il suffit de le lui demander. Non point intruse non plus, elle ne tiqua pas à ces mots.


-Hey! De toi là qui va! Que veux-tu?

Je suis devant la demeure de MonClar, en effet ! lui rétorqua-t-elle en insistant sur le C. Avec un C, comme l'initiale de mon prénom, Cerièra. Ou celle du second prénom de votre maîtresse, qui m'a invitée à venir.

Peine perdue, il n'écoutait rien. Ce type était un spectacle vivant, elle aurait mieux fait de rester spectatrice et d'économiser sa salive.
Elle regarda amusée Pèire se faire appeler Billy, et commençant à craindre pour le malheureux bavard, elle chuchota à l'emplumé :


Non, Pèire, pas lui. Je sais que tu affectionnes les crânes de gardes, mais pas lui.

Finalement le garde ouvrait, et semblait vouloir les mener à Asphodelle. Pfiouuu ! Monclar, ça se mérite ! Si la MammaSantissima avait cherché une redoutable arme anti-boulets, elle n'aurait pas trouvé mieux.
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦
Asphodelle
Des appartements ont été préparés, dans l'immense corps de logis qui faisait la fierté de Monclar.
Suite aux appartements de Julian Léopold, ceux de Mary, ceux de Robert, ceux de Samaele, ceux d'Ettore, ceux de Dione, ceux d'Hélène, et maintenant ceux de Cerièra, le château commençait à prendre des couleurs, et son aspect rance de château fantôme tendait à s'estomper, même si les absences freinaient le processus.

Elle avait fait préparer ce qu'il fallait pour que le séjour de la jeune femme soit en tout, doux, reposant, et régénérant.


Ma belle...je suis contente de ta venue...viens, installe toi près de moi sur ce siège près du feu. Tu n'as pas été trop gênée par mon Garde à l'entrée? je l'ai choisi pour sa verve insupportable, mais ça a des inconvénients.

Comment te sens-tu? Oh ... quel beau corbeau ! il est apprivoisé, c'est épatant...Bastet !
- son gros chat à tête à claques trainait dans le coin - n'y pense pas où je te fais dormir avec Robert ce soir, sois mignon - le chat ne peut pas se le blairer et c'est réciproque.
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Ceriera
Invitée auprès d'un feu, voilà qui serait bienvenu : la saison commençait vraiment à être froide. D'ordinaire peu frileuse, grandir à la montagne aidant, Cerièra avait froid en permanence, jusque dans les os, depuis quelques jours. Elle posa son sac sur le sol et la rejoignit près de l'âtre.

Le garde ? Oh… un haussement d'épaules… c'était vraiment le cadet de ses soucis, au fond. Vous êtes bien gardée.

– Oh ... quel beau corbeau !

Pèire ! Qu'est-ce que tu fais là, tu aurais du rester dehors enfin ! À regarder partout autour d'elle en arrivant, et la fatigue du trajet aidant, elle n'avait même pas remarqué qu'il l'avait suivie à l'intérieur. Elle le regarda aller se poser sur l'épaule d'Asphodelle et lui fit de gros yeux noirs. Pèire ! Un geste du bras, l'index pointé vers la sortie… *Tu parles, il s'en fiche !*
Excusez-le, d'habitude il reste dehors. Même dans ma taverne il ne rentre pas, uniquement à la maison. Par contre il n'est pas très sociable d'habitude, il a ses têtes.

Asphodelle ne semblait pas traumatisée par sa présence, elle lui frotterait donc les plumes plus tard. *Tu n'aurais pas éludé la question à tout hasard ?* Ben si… comment se sentait-elle ? Éluder ne servait à rien, après tout, elle était venue discuter.

Vide. Un gros soupir… Je ne sais même pas comment j'ai eu l'a force d'arriver jusqu'ici. Je me laisse porter par les événements : j'ai d'abord suivi Lyviia à Castres, puis j'ai suivi l'Agout et suis passée par Lavaur pour arriver ici. Je… heu… ne vous dérangerai pas plus que nécessaire… toujours cette fichue peur de déranger ! je réponds aussi à l'invitation d'un couple d'amis gitans en Auvergne. Tout ce qui peut me mener loin de Foix pour le moment m'est bon à prendre. Chez moi je n'arrive plus à dormir. Il est partout. Sur la route je trouve un peu de répit.

Le regard perdu dans les flammes… c'est peut-être plus facile de parler de l'infini désordre qu'on a au fond de soi quand on focalise son attention sur les mouvements et le crépitement du feu.

En colère aussi. Je n'arrive pas à dépasser ça. Pourquoi on nous fait ça à nous ? «On», c'était histoire de ne pas insulter le Très-Haut, mais c'est bien contre lui qu'elle avait une dent. Asphodelle vous savez ce qui nous préoccupait… si encore nous avions péché, je comprendrais ! Inutile de préciser lequel des sept. Ce voyage était censé éloigner nos tourments, nous rapporcher… la voix se noue au fur et à mesure, et les larmes lui viennent aux yeux. Alors elle reste le regard tourné vers le feu, et les essuie discrètement… elle n'a jamais aimé s'épancher.

Décalée aussi. Je ne supporte ni de rester seule, ni mon entourage. Je ne supporte plus leurs conversations du quotidien, je ne sais déjà pas comment je vais continuer à vivre, alors je me fiche du prix du maïs ! La voix se fait tranchante, amère… elle eut un peu honte de se laisser aller à s'énerver ainsi et se reprit. Sinon, leurs silences. Je les ressens comme des injonctions à le taire. Je me dis qu'en route, au moins, je rencontrerai des étrangers. D'eux au moins je comprendrai qu'ils préfèrent parler de maïs que de lui.

C'était à peu près tout ce qui lui venait… son regard revint vers celui de d'Asphodelle alors qu'elle s'attaquait à sa pique en corne pour libérer ses cheveux. Elle avait «déballé son sac», elle se libérait de quelques entraves, et pouvait enfin s'enquérir de son état, à elle :

Mais… et vous, comment vous sentez-vous ? Dans votre courrier, je ne vous ai pas perçue très en forme.

Elle n'allait pas lui dire «vous avez une sale tête», vu la sienne… mais elle la sentait fatiguée. Ce qui lui confirmait son idée première, de faire un saut, mais de ne pas s'éterniser pour la laisser se reposer. Et puis, elle n'était pas d'une formidable compagnie…
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦
Asphodelle
Croââââ qu'elle dit au corbeau.
Le cou étiré en arrière et de côté, elle regarde la bête dans les yeux.

Ne me crève pas les yeux. Mais si tu trouves ma charogne sur le chemin tu peux me manger. Classe.

Ne vous attardez pas sur le ton de mes lettres ma belle amie. Je suis incapable d'écrire une lettre aimable. Elles sont toujours expéditives, directes. Pourtant, ce n'est pas ce que je ressens, mais j'ai pris l'habitude à la Garde Épiscopale d'avancer mes tâches sans trainer, et c'est loin d'être plaisant je le conçois.

Les sentiments d'Asphodelle étaient fluctuants, elle n'avait jamais été simple, d'un autre côté. Elle s'était trouvée, ou retrouvée, mais l'amertume parfois lui faisait baisser les yeux. Alors elle se souvenait qu'elle s'était promise de tout balancer aux ordures et d'y mettre le feu. Et il lui semblait que c'était en effet la dernière chose auquel s'accrocher. Une fois fait, ou refait, ou se souvenant d'une bouteille enterrée à Saint Cyprien, ça allait mieux, et un jour elle le savait : tout le souvenir de ces choses ne lui ferait plus ni chaud ni froid.

Comme toutes les femmes, j'ai eu mon lot de déceptions, et j'ai même perdu un fiancé un jour. J'ai failli me marier, oui, il y a six ans de cela. Philippe m'a laissée sur le carreau bien longtemps, avant que je ne me remette à concevoir de commencer une autre histoire.

Alors, si j'ai quelques conseils à vous donner...surtout vivez l'instant tel quel. Si vous êtes triste, pleurez, si vous voulez hurler, hurlez, si vous ne voulez voir personne alors restez proscrite. Ces états sont vitaux et vous devez les passer pour aller mieux. Si vos amis vous insupportent, ne vous obligez pas à sourire...s'ils sont vos amis, ils comprendront. Et ne leur en voulez pas de ne pas vous accompagner, toujours comme il le faudrait. La vieille France est pudique, et réservée. Ce genre de chose ne se fait pas, on se signe, on prie, on apporte parfois un panier d’œufs et on détourne le sort en parlant du maïs.

Vous pouvez rester ici ... les murs sont épais et vous avez des serviteurs pour vous nourrir. C'est la seule chose que je vous dirai...et je sais combien cela est difficile.


La dernière fois qu'Asphodelle avait décidé de briser son âme, elle était montée à la Cour des Miracles, et s'était nourri de liquide doré pendant trois jours, cassant tout ce qui pouvait l'être. Et c'était pas grave, c'était chez sa reum.

Mangez, ne laissez pas la tristesse atteindre votre intégrité physique, car vous avez besoin de vous révolter, la révolte est salutaire, et pour se révolter il faut des forces.

Un chou à la crème?

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Ceriera
Oh, il ne vous fera rien. S'il vous approche, c'est qu'il vous a à la bonne. Parlant du corback.
Et c'est bon signe, il est assez intuitif sur les gens. Six mois qu'il l'accompagnait, la brune, l'emplumé… ça crée des liens, on finit par se connaître. Elle savait «lire» Pèire, jusque dans ses retours de mission courrier «oui, il a été livré, ouvert, lu…» l'oiseau ne réagissait pas de la même manière à son retour. Comme elle savait quand il avait de quelqu'un une bonne intuition. Ça lui était parfois utile, même si concernant Asphodelle, elle n'avait eu aucun doute que ça se passerait bien.
L'inverse était vrai aussi : elle notait ceux qui s'attachaient aux plumes noires et à la mauvaise réputation de l'oiseau. Non que ce soient de mauvaises personnes, mais en tout cas pas de celles qui préfèrent savoir avant de juger.


Incapable d'écrire une lettre aimable Asphodelle, selon elle ? Cerièra n'en croyait pas un traitre mot, tant la rouquine lui avait souvent démontré l'inverse… elle avait si souvent trouvé les mots juste et rassurants pour la brune, et lui avait déjà assuré par écrit son soutien comme son affection. Non, ça ne collait pas. C'est pourtant sans mot dire qu'elle l'écouta s'emmêler dans ses histoires de Garde Épiscopale. Ce qu'elle avait gardé de l'époque ? Un côté expéditif ? Peut-être, ou peut-être pas… mais un joli bouclier en tout cas.

– Comme toutes les femmes, j'ai eu mon lot de déceptions, et j'ai même perdu un fiancé un jour. J'ai failli me marier, oui, il y a six ans de cela. Philippe m'a laissée sur le carreau bien longtemps, avant que je ne me remette à concevoir de commencer une autre histoire.

Ah, voilà pourquoi le sujet de l'amour était toujours encore à Asphodelle qui en parlait souvent avec détachement. De Robert comme d'un «ami», par exemple, alors que quand Cerièra avait un «ami» elle devenait débile, à la «je l'aiiiimeeuuuh !»
Alors elle lui prend la main, Cerièra. Elle lui prend la main comme quand, avec bienveillance, on veut réconforter quelqu'un, mais aussi comme soi-même on s'accroche à une bouée. Un peu des deux.


Oh, je suis navrée si je vous ai remémoré de tels souvenirs.

Elle ne lui en demanderait pas davantage, et ça n'était pas nécessaire. Une seule malheureuse suffisait. Il ne manquerait plus qu'elles se mettent à chialer toutes les deux devant le feu. Ah on serait bien menés !

Une autre histoire… comme si je pouvais ne serait-ce qu'y songer.

Et puis il y a des choses qui ne se disent pas à une archevêque, même dans un contexte entre amies. Qu'elle avait souhaité le rejoindre, mais n'en aurait jamais eu le courage. Qu'elle voudrait pouvoir le ramener, mais que c'était impossible. Alors qu'un autre homme ne fasse ne serait-ce que l'approcher un peu trop… pour l'heure elle ne voulait garder que le souvenir de son empreinte.
Elle écouta ses quelques conseils, auxquels elle ne pouvait de toute façon pas se soustraire : quand elle était en pétard, ça sortait, quand le chagrin ne pouvait plus être contenu, ça coulait.
Mais sa crainte, sa plus grande crainte, ne trouverait de réconfort ni dans des murs épais, ni dans de la nourriture même servie avec attention, hélas.


– Un chou à la crème?


Merci mais… j'ai bien peur qu'il ne passe pas.

En fait elle ne pouvait rien avaler, ou pas grand chose. C'était symbolique sans doute, quand il y a des événements qu'on a du mal à digérer. Elle osa prudemment sa question, sa crainte…

Dites-moi Asphodelle : quand… Philippe, enfin… comment n'avez-vous pas perdu la foi ?

Le perdre lui était déjà trop dur, alors si en plus elle devait perdre la foi… elle l'avait écrit à Zézé, son amie des chemins, «sans amour et sans foi, je ne serais plus rien».
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦
Asphodelle
Elle la rassure : ne vous en faites pas, vraiment...c'était il y a longtemps. j'ai beaucoup souffert mais c'est du passé.

Pour la question de la foy...et bien...j'ai reçu la grâce pendant mon baptême et...depuis, quoiqu'il arrive, je ne la perd pas. Ce n'est pas la mort de Philippe qui me fit la perdre, ou d'autres déboires...mais ça m'est arrivée une fois, et c'était parce que pendant si longtemps j'étais si persuadée que Rome représentait Dieu.
Alors, quand je me suis aperçue des dessous de cette Allée d'autres Courtisans...oui là j'ai failli perdre la Foy...et ma vie en serait devenue si vide de sens et d'intérêt alors.

Mais...
elle souligne sa réflexion...je me suis raisonnée et je me suis dit "Dieu est-il à Rome? je ne sais pas, mais je sais qu'il est dans le Livre." Alors, j'ai relu le Livre des Vertus. Ce qu'il y a dedans n'était il pas bon? Et je me suis morigénée car Dieu n'est pas responsable. J'allais l'abandonné pour ce dont il n'est pas responsable.

Souvent...nous vivons des malheurs par les fautes des autres, les nôtres par notre manque de jugement...et puis sinon...on est au mauvais endroit au mauvais moment.
Ce monde n'est pas forgé que de choses bonnes pour l'homme.
Il y a des choses comme les poisons, utiles aux uns et pas à l'autre. Et nous ne sommes pas incassables. Alors, Dieu n'y peut rien si au moment de traverser la rue, nous sommes distrait et qu'un carrosse passe.
Nous avons traversé la trajectoire d'un objet plus lourd et nous nous sommes brisés dessus...voila tout.

A ce moment ci, je ne peux remercier le Très-haut quand tout va bien, et vouloir l'abandonner quand cela va mal.

Il est au contraire, surtout là quand ça va mal et après ce vacillement...je me suis jurée de ne plus laisser rien ni personne me faire perdre la Foy, ou influencer...

Il a toujours été là pour moi. Il m'écoute, il me guide et m'amène, il me parle, et je le sens pas loin.

Dieu est le meilleur ami que j'ai jamais eu. Une fois en trépas...je serai heureuse de le retrouver et je défend quiconque de pleurer pour moi...pleurer pour lui-même s'il juge mon absence très grande, oui, mais pas pour moi.


Elle a un sourire : sa création c'est ce qui fait qu'il parle de belles choses chaque jour...je ne saurai plus l'éviter maintenant. Et je la regarde longtemps pour m'apaiser. Je me sens partie de ce grand tout.
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Ceriera
Tout en commençant d'écouter Asphodelle, Cerièra alla s'assoir par terre en tailleur plus près du feu. Sa longue attente devant la grille, dans un petit matin encore humide, lui avait laissé «le froid dessus».
Elle eut un petit sourire à l'évocation de Rome, celle qui était en passe de ne plus être romaine. D'ailleurs, elle n'en avait, contrairement à Asphodelle sans doute, jamais attendu grand chose. Elle avait toujours été romaine «parce que c'est comme ça», Cerièra, parce que là où elle avait grandi on ne remettait pas en question ces choses-là. On croit, et si on croit c'est dans le cadre romain, point. Rome c'est un peu comme l'armoire de grand-maman : elle a toujours été là, elle bouffe la moitié de la pièce, mais il ne viendrait à l'idée de personne de la mettre au feu. Ni d'en attendre grand chose de plus que d'y ranger ce qui ne sert jamais.

Elle opina doucement du chef, quand Asphodelle lui parla du Livre des Vertus. Peut-être ferait-elle bien d'y replonger le nez dedans, quand elle retrouverait trois forces. La non-responsabilité de Dieu ? Qu’est-ce que c'est que cette histoire ? Fronçant en sourcil, elle écouta la suite, elle qui pensait que tout provenait de Lui.


– Alors, Dieu n'y peut rien si au moment de traverser la rue, nous sommes distrait et qu'un carrosse passe. (…) A ce moment ci, je ne peux remercier le Très-haut quand tout va bien, et vouloir l'abandonner quand cela va mal.

Ceci faisait sens. Pour notre cérébrale de brunòta, c'était un argument. Dieu ne peut pas être responsable du fait que des connards vauriens aient poignardé son amour, sinon c'en était fini du libre-arbitre, et donc fini du parcours spirituel et de l'amour de Dieu lui-même. Elle sortit son calepin espérant ne pas froisser la rouquine en notant ce qui venait de lui passer par la tête. Sans doute par la suite relierait-elle ceci à autre chose, pour toujours tisser davantage de sens, à condition de ne pas l'oublier. Et vu son état de fatigue…
Elle reposa vite le calepin par contre. Elle n'était pas en cours, mais à écouter la foi d'une amie. Et ça, ça se respecte, avec toute l'attention que ça mérite. Et puis, elle était venue pour ça, écouter, plus que parler. Vider son sac elle l'avait fait, d'une partie de ses obscures pensées. Pour le reste, elle serait toujours à même de trouver un confesseur, en temps voulu.


– Il a toujours été là pour moi. Il m'écoute, il me guide et m'amène, il me parle, et je le sens pas loin.

Asphodelle la sensitive, la mystique. Cerièra la cérébrale. Elle l'enviait un peu à ce moment-là d'avoir une si belle relation à leur Créateur. Elle esquissa un sourire :

Vous avez une belle foi, Asphodelle.

«Sa création», elle comprenait, elle souriait la brune, car elle partageait cela : plus à l'aise pour prier et méditer dans la nature, et ce depuis toujours, cette grande solitaire. Le texte de l'ermite sonnait d'ailleurs pour elle comme un garde-fou, car si elle se laissait aller à sa nature…
Elle laissa passer un silence.


Donc… un peu gênée de poser une question si stupide à la suite de toutes ces belles choses dites, mais ce sentiment ne la quittait pas dernièrement … selon vous, Dieu ne me déteste pas ? Il ne me punit pas ? Encore fragile dans la voix, les yeux humides, puis les mains ouvertes, comme impuissante :
Et cette colère, j'en fais quoi ?
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❦ Πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη ❦
Asphodelle
    Il y eu une surprise non feinte, mais point non plus moqueuse, plutôt compatissante de la part d'Asphodelle à ces mots.

    Oooh noon...Cerièra pour l'amour de Dieu, non...il ne vous déteste pas, et il ne vous punit pas.
    Elle s'approche d'elle et prend ses mains, rassurante :

    Souvenez-vous des textes. Dieu nous a conçu, avec quoi nous a t-il conçu? avec son amour, il prit tout l'amour en lui et en fit notre esprit.

    Peut-on aimer et châtier aussi cruellement? Peut-on aimer et en même temps détester?

    Dieu peut détester bien-sûr, mais il déteste la haine, les vices, la créature Sans Nom. Il ne déteste pas les humains, mais il peut parfois détester leurs actes. Mais vous détester alors que vous faites tout pour lui plaire? Voila un Dieu bien méchant si cela était le cas.

    Et il ne punit pas...cette idée de punition, c'est Rome qui l'a inventée pour que les petites gens aient peur de lui, et donc, aient peur de Rome.
    Dieu ne punie pas. Il soulage, réconforte, accompagne.
    Le reste...c'est la faute à "pas de chance"...et parfois la notre, car nos mauvais jugements nous mettent dans des situations difficiles.


    Elle se lève, elle va simplement poser sa main sur la pierre de la cheminée :

    Regardez la pierre... sa beauté, sa capacité à se transformer en pièce utile pour notre bien. Regardez sa diversité, ses stries, sa puissance, ses multiples usages, en pratique, en art, en architecture.
    Mais quand on prend une pierre sur la tête, ça fait très mal.

    Regardez le feu, comme il réchauffe...il éclaire, il cuit nos aliments.
    Mais si on le touche, ça fait très mal.

    Pour autant la pierre et le feu sont ils de mauvais éléments? non tout a été fait pour notre bonheur. Mais il existe des concomitances où l'humain se fera mal.

    Ce qui a tué Alexandre, est de ces choses là. C'est...c'est comme ça. Mais ce n'est pas Dieu qui l'a voulu. Son univers n'est juste pas un univers dénué de danger. C'est pour cela qu'il nous a doté de la capacité de chercher des protections, des remèdes, des moyens d'échapper ou d'éviter le danger.

    Et si nous mourrons malgré tout, le juste n'est pas mélangé à l'injuste, et ceux qui restent sont dotés de force.


    Si vous êtes en colère, ne soyez pas en colère contre le Créateur, mais dirigez la pour la transformer en bien. S'il est mort de maladie, aidez à lutter contre la maladie. Disposez de ce sentiment pour en faire un combustible porté à la construction, et cela alors, ne vous détruira pas, mais vous construira.

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