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[RP] La confrèrie des tueurs de mouches

Anseis
[une prière]

Au travers du tissu de ses braies, il pouvait sentir la fraicheur de la pierre tout le long de sa jambe. Agenouillé devant la statue, l’homme gardait les mains jointes. Serrant l’enfant Christos entre ses bras, la jeune fille de pierre déposait un regard compréhensif en direction de sa tête inclinée.

Elais

La jeune femme s’était tout simplement volatilisée. Il avait espéré être accueilli par son sourire, la faire rire par sa folie nocturne, mais n’avait trouvé qu’une porte close qui avait versé sur son âme une froideur encore plus glaciale que n’était cet hiver.

Respirant un grand coup, Anseis tenta de libérer son cœur de l’étau qui l’enserrait … en vain. Cet effort rejoignait ceux aussi futiles qu’il avait accompli depuis. Oh, à force de parcourir la ville en long et en large, d’interroger tous ceux qu’il croisait - du nourrisson qui venait tout juste d’apprendre à parler au vénérable ancêtre qui se contentait de soupirer assis sur son banc – il avait appris plus. Oui, des individus s’étaient renseigné sur son aimée, la connaissant apparemment par son ancien nom. Mais il n’en savait guère plus sur eux. Tantôt un homme, tantôt une femme, parfois les deux. Lui était brun, non blond, ou encore chauve. Elle avait à peine dix ans ou bien la trentaine. Ils étaient bien vêtus ou en haillons. Avaient distribués pièces d’or … à moins qu’elles ne fussent que de simples deniers ? Et leur accent… des bretons assurément ! Mais non voyons, ils prononçaient le « i » comme des berrichons.

D’autres anciens de la meute ? Des brigands engagés par Dieu seul savait qui pour la retrouver ? Frustré, désespéré, il s’était résigné à patrouiller les remparts, observant tout nouveau voyageur ou groupe qui se présentait aux diverses portes, jusqu’à ce matin …

Ses jambes lourdes l’avaient trainé sans but jusqu’à ce que ses yeux rougis se posent sur le porche de l’église. Sans trop y penser, il en avait poussé l’imposante porte pour marcher jusqu’au bénitier et se signer par habitude, avant de rejoindre une des alcôves qui accueillait la mère de Christos. Il s’était laissé tomber à ses pieds et n’avait depuis fait d’autre geste que celui de joindre ses mains, doigts entrecroisés. A part courir la campagne sans direction précise, il ne savait plus que faire et la prière semblait son dernier recours.


Sainte Marie … Père…je vous en supplie. Aidez moi à la retrouver. Prenez ma vie s’il le faut en guise de paiement… Tout ce que vous voudrez mais … pas elle … protégez la.
_________________
Valexan
Domaine de Salers


Le mardi, à Salers, c'est jour de lecture du courrier reçu. Et il y en a, des parchemins, qui sont parvenus au domaine! Installer dans le grand fauteuil qui orne son bureau, Valexan est en plein tri des messages reçus... Et une facture pour l'entretien du carrosse, graissage des essieux et remplacement d'une roue, 350 écus... et une facture pour le payement du feu fiscal, 500 écus... et une autre pour le paiement de la dîme, 1500 écus... facture de vin et spiritueux, 220 écus, hum il faudra quand même qu'il dise à la cuisinière qu'elle n'est pas obligée de goûter le vin à chaque fois qu'elle prépare un lapin chasseur... devis de réfection de la toiture du château, 2500 écus, oui ben cela ça attendra...

Quelque peu agacé de ces nouvelles peu réjouissantes, le Montbazon en vient au final à seulement regardé le chiffre correspondant aux sommes demandées! 35 écus... 412 écus... 107 écus... 22 écus... 15000 écus... quoi?? 15000 écus!!! Le Vicomte écarte les yeux en relisant la somme! 15000 écus! Abasourdi, l'homme en laisse tomber le parchemin sur le bureau. 15000 écus! Comment est-ce possible?? Natafael lui avait bien dit la veille au soir qu'en faisant les boutiques à Clermont elle avait craqué pour une jolie petite robe idéale pour le printemps et pour des chausses merveilleusement assorties et que, et qu'elle espérait qu'il ne lui en voudrait pas pour la somme assez importante qu'elle, avait dépensé, mais... quand même! 15000 écus!! Ils étaient fait en quoi ces chausses??? En peau de fesse de duc qui ne s'assied que sur des chaises percées??

Après avoir vidé son verre de vin, histoire de faire passer la pilule, il finit par reprendre en main le parchemin, histoire de savoir le nom de cet artisan, ou plutôt de cet escroc qui se faisait des "corrones" en or avec des chausses. La lecture des premiers mots lui fait la même impression que s'il venait de recevoir un violent coup de poing dans le ventre... Le Grand Sénéchal de la confrérie des tueurs de mouches... qui donc pouvait être au courant de cette anecdote de son passé d'enfant qu'il avait enfoui dans sa mémoire?? Immédiatement, son regard se porte en bas de la lettre, sur le nom de l'auteur... Carembert... Les sourcils de Valexan se froncent soudain, il pose la lettre sur le bureau, se lève, et se dirige jusqu'à la porte qu'il ferme d'un tour de clef. Revenu dans son fauteuil, il reprend la lettre et poursuit sa lecture...

Les derniers mots parcourus, il ne peut s'empêcher de serrer les poings, froissant au passage le parchemin. S'il y a une chose à laquelle il ne s'attendait pas, c'est bien que l'âme damnée de son beau-père, aujourd'hui décédé, son bras armé refasse irruption dans sa vie... Les moments de cette période de sa vie lui reviennent aussitôt en mémoire, les bons moments tout d'abord, passés avec ses sœurs, la cadette qu'il aimait tant, leur complicité de tous les instants, les promesses de ne jamais se séparer, et la plus petite, Thealis, le bébé qu'il adorait bizouillé, cet enfant dont chaque "areu" lui tirai un sourire... puis la déchirure de la séparation forcée par un homme qui refusait d'élever une progéniture autre que la sienne, les coups reçus, le regard rempli de larme de sa cadette au moment ou ce Carembert l'emmenait loin d'elle, les pleurs de la plus petite qui, malgré son age, semblait deviner le drame qui se nouait prêt d’elle...

Quittant à nouveau son fauteuil, il se dirige vers la fenêtre, et perdant son regard vers le lointain se remémore les mots lus... Carembert a enlevé sa sœur.. laquelle?? La petite ou la grande? Il lui demande de venir à Montpensier... Pourquoi? Se pourrait-il que l'une de ses sœurs y vive? Pendant des années il a recherché sa fratrie sans succès, se pourrait-il que l'une d'elle vive si prêt de lui? Et l'autre, où est-elle? Son esprit est submergé de question, d'images... Mais bientôt, une seule idée occupe son esprit, il doit se rendre à Montpensier sur-le-champ!

Se dirigeant vers la porte, il tourne la clef dans la serrure, pour l'ouvrir cette fois, et appelle la gouvernante


Bertillllllleeeeeee!!!


Celle-ci s'approchant en courant, il lui dit :


Bertille, je dois me rendre à Montpensier dès ce soir, veuillez préparer mes bagages je vous prie ainsi que ceux de la Vicomtesse et faire sceller nos montures.


La gouvernante partie, il retourne dans son bureau, et prenant plume et parchemin commence à écrire une lettre à l'intention de son épouse, qui se trouve à la chancellerie :



Citation:
Ma Nata,

Je viens de recevoir au château une missive pour le moins singulière en rapport avec ma famille ; Un homme que j'ai connu enfant m'y annonce ni plus ni moins qu'il a enlevé ma sœur! Oui, tu entends bien, ma sœur! Je sais qu'une telle annonce peut prêter à caution, mais les détails qu'il donne dans cette missive laissent peu de place à la véracité de cette annonce. Il me demande en échange de sa libération 15000 écus, et me demande de me rendre à Montpensier.

Tu dois te douter que je ne veux attendre un instant avant de m'y rendre. La perspective de revoir une de mes sœurs, enfin... la savoir entre les mains de ce scélérat... bref j'ai demandé à Bertille de préparer nos bagages et nos montures. Oui, j'ai bien dis "nos"... Je sais que tu es terriblement occupée en ce moment à la chancellerie, mais... j'avoue que j'ignore ce qu'il va se passer là-bas, je suis un peu perdu, et j'aimerais que tu m'y accompagnes, J'aimerais t'avoir à mes cotés en ces instants si particulier, si difficiles...

Dès que bagages et chevaux seront préparés je me mettrai en route et viendrai directement à la chancellerie pour t'y chercher.

Je t'aime ma Nata

Ton Val


La missive scellée, Valexan appelle un valet et lui confit la lettre avec ordre de la faire parvenir par pigeon à son épouse. Finalement, à nouveau seul dans son bureau, le Montbazon se dirige vers une malle fermée à clef; il sort la clef d'une de ses poches, ouvre le lourd couvercle de bois, et plongeant ses mains dans la malle en sort son épée... Il la tire de son fourreau, examine un instant la lame, et murmure

Carembert... touche à un cheveu de ma sœur.. Et tu goûteras à cette lame.. je le jure devant Aristote...

_________________
Elais
[Dans la mine]

Douce et pacifiste, elle l'était. Cependant la vision irréelle de sa chaine enserrant progressivement le cou de la rousse, apaisait sans peine la fureur cuisante qui naissait dans ses entrailles. Cela lui aurait presque arraché un sourire carnassier si la douleur lancinante de son crâne ne s'évertuait à lui rappeler les conditions dans lesquelles elle se trouvait. Elle était face à une rivale arrogante et présomptueuse, or il n'en fallait plus pour lui donner l'envie démesurée de sauter sur la demoiselle et lui faire ravaler le fiel qui sortait de sa bouche. Mais, elle se devait de rester sage, pendant un temps... juste le temps de satisfaire sa curiosité sur les raisons de sa détention.

Aussi garda-t-elle le silence, se contentant de la regarder s'éloigner sans baisser les yeux. Lorsqu'elle fut enfin hors de vue, elle laissa ses épaules retomber et poussa un profond soupir avant de venir s'adosser à la paroi de la mine. Sous la fine chemise, le contact frais et agréable de la pierre lui fit fermer les paupières et porter la main à son front. Elle avait besoin d'un peu de repos, juste un peu, le temps de faire cesser ce terrible martèlement dans sa tête.

Ce n'est pour autant que son esprit se tranquillisa.
Les pensées affluèrent, nonchalantes, ressassant les derniers évènements, et sa situation lui apparut dans toute son amère réalité. Elle s'était encore mise dans un sacré pétrin ! Il avait été si facile de l'enlever... Elle qui s'était toujours méfiée de tout et de tout le monde, elle qui s'évertuait à toujours passer son chemin, ne laissant jamais un brin de confiance à qui que ce soit... Hélas, tout cela semblait être révolu, plus le temps passait et moins elle se préoccupait de sa sécurité, plus elle faisait preuve d'inattention. La vieillesse pointait-elle déjà le bout de son nez ?

Elle sourit. Même dans les cas aussi lamentables, elle ne pouvait s'empêcher de se moquer d'elle-même. Il n'y avait probablement pas de raison à sa négligence et la vieillesse était une bien piètre excuse... Peut-être était-ce dû simplement à son esprit qui, ces derniers temps, s'évadaient sans cesse vers deux yeux azurés tant aimés... Ils ne la quittaient jamais. Au levé, dans la journée, au couché, ils semblaient être là à chaque instant, rendant la vie de la jeune femme beaucoup plus douce, légère et... insouciante ? Un autre sourire se dessina sur ses lèvres, un sourire plus délicat, plus rêveur qui laissa deviner de plus tendres pensées. Si ils en étaient la cause, lors même qu'elle fusse damnée pour cela, elle ne voulait qu'il en soit autrement.

Elle eut soudain le sentiment d'une présence, mais surtout la présence d'une odeur nauséabonde qui lui donna un haut-le-coeur. S'arrachant prestement de sa rêverie, elle ouvrit de nouveau les yeux et tomba nez à nez avec son ravisseur.

Seigneur... ne vous lavez-vous donc jamais ?

La question avait été prompte et à peine réfléchie. A vrai dire, passer de l'image de son bien-aimé à celle-ci en aurait choqué plus d'un, c'était inéluctable. Toutefois l'avait-il entendue ou bien son sourire édenté en disait-il assez long sur le peu d'importance de ses paroles ? Il préférait sans doute l'ignorer.

Je vois qu'au final je n'ai pas frappé trop fort; J'en suis ravit, je m'en serais voulu de vous avoir blessé.. Alors, dites-moi, comment vous sentez-vous, ma chère... Thealis?

Tealhis... Tealhis... Tealhis... Pourquoi n'en était-elle pas surprise ? Ce nom maudit sonnait à chaque fois qu'elle se trouvait dans une situation fâcheuse. Ce nom qu'elle avait porté tant d'années au sein de la meute, qu'eux seuls connaissaient, semblait vouloir la poursuivre où qu'elle aille et quoi qu'elle fasse. Ses partisans vivaient encore et toujours, et n'étaient pas prêts de la lâcher. Elle n'était plus une enfant, il était vraisemblablement temps de les affronter.

Comme vous pouvez le constater, je vais très bien.

Portant son attention sur le bol d'eau, mais tout de même un oeil sur l'individu, elle attrapa le linge jeté plus tôt au visage et se laissa glisser jusqu'au récipient pour l'y tremper.
Que croyait-il ? Qu'elle allait se mettre à larmoyer sur son sort en lui avouant que sa tête était prête à exploser ? Qu'elle allait lui avouer qu'elle voulait rentrer chez elle pour dormir de tout son soûl et oublier ? Qu'en plus de s'être faite enlever, elle devait supporter l'odeur pestilentielle de ses ravisseurs qui auraient fait jalouser un bouc ?
Le pauvre linge imbibé se vit écrasé, tassé et serré fortement dans l'eau pour calmer les nerfs de la jeune femme. L'instant passé, plus détendue, elle le sortit de l'eau et s'essuya le visage avec avant de le tendre à l'homme.


Vous devriez essayer, car à ce rythme c'est votre odeur qui risque de faire des victimes.

Elle n'attendit pas qu'il fasse un geste et le posa non loin de lui. Sait-on jamais, à trop provoquer on finit par se brûler... Elle se réinstalla au même endroit sur sa paillasse, ajusta sa chaine à ses côtés et s'adossa à nouveau à la pierre, puisant un peu de sa force pour contenir son cœur qui battait bien trop vite sous l'angoisse ainsi que le tremblement fugace de ses mains. Elle ne devait rien laissait paraitre de tout ceci et s'obligea à nouer ses bras autour d'elle afin de se maitriser.


Alors, dites-moi à votre tour, comment se fait-il qu'ils ont fait appel à … Elle le détailla de haut en bas puis reprit …à vous ? Vous ne faites certainement pas partie de cette phratrie ignoble qu'ils nomment la meute. Ils vous ont donc employés. Quel est votre intérêt là-dedans ? Un bon pécule ? Le plaisir de tuer ?

Elle resserra un peu plus ses bras autour d'elle. A quoi jouait-elle ? Toutes ces questions… tout cela lui importait peu. Il n'y avait qu'une question à laquelle elle voulait qu'il réponde, la seule qui la conforterait dans ce qu'elle présageait déjà.


Que veulent-ils de moi ?


***
Beths
[Château de Clermont]


Un sourire béat aux lèvres, doucement, Beths referma la porte contre son montant. Elle ne put s’empêcher un petit rire niais alors qu’elle songeait comment elle avait malmenée cette porte à son arrivée, un vlan sonore, presque aussi mélodieux que sa voix, et là désormais c’était avec délicatesse et élégance qu’elle avait manipulé la porte pour sa sortie.
S’adossant contre la fraicheur du chêne, elle se ressassa en esprit les … non … trois bonnes heures ? Oui c’était bien cela, trois heures qui venaient de s’écouler et qu’elle avait passées aux côtés de son époux. Papillonnement de ses paupières alors qu’elle retenait difficilement ses larmes de joies. Enfin, enfin ils avaient pu parler, expier ce qu’ils avaient mutuellement sur le cœur, avouer leurs fautes passées, leurs frustrations réciproques, et … se retrouver amoureusement, sauvagement … rougeurs en songeant à ce baiser qu’il lui avait donné … et ce regard …. Son regard … tout pouvait exister dans un regard, la vie ne pouvait être comprise qu’en regardant en arrière, mais, et ils savaient l’un comme l’autre, que l’on ne peut vivre sa vie qu’en regardant en avant.

Bref, tout allait pour le mieux dans le monde des Billy. Futur père attentionné, vigilent, passionné et fier, il avait tenu à l’accompagner chez eux. Mais il lui avait aussi appris son avancement, et elle se doutait qu’il avait du travail. Et puis elle-même devait se rendre à la prévôté. Après divers échanges où elle s’était presque exprimée arguant ses compétences, mais surtout lui promettant de ne plus disparaitre, sur un dernier baiser, et une caresse réconfortante sur leur enfant à naitre, ils s’étaient quittés, et elle se tenait là, telle une jeune première qui venait de recevoir son premier baiser contre sa porte. Et elle aurait l’air maline s’il ouvrait la porte à cet instant et qu’elle se retrouva les quatre fers en l’air … ou bien dans ses bras … hmmmm … plus tard …

Elle se décida enfin à se décoller du bois, lorsqu’un valet arriva jusqu’à elle.



Dame la Duchesse ?

Mince, déjà repérée pensa Beths la mine confite

Une missive pour vous


Machinalement, elle tendit la main pour recevoir un parchemin. Diantre qui lui écrivait ? Et puis un sourire passa sur son visage se rappelant les missives qu’elle avait envoyées des heures plus tôt. Oui, certains avaient largement eu le temps de recevoir son mot et d’y répondre. Impatiente, elle s’empressa de lire les nouvelles.


Citation:
Dame Beths,

Votre lettre m’a fait grand plaisir, car elle annonce votre retour ce qui m’enchante. Je vous remercie pour vos nouvelles et espère que vous ainsi que la vie en vous se portent aussi bien l’une que l’autre.

Comme souvent, vous vous jugez durement. Il n’y a point de sottise à se retirer et prendre le temps de réfléchir. La vie vous a éprouvée ces derniers mois et prendre le temps de vous ressourcer est plutôt preuve de sagesse.

Je reste à votre service lorsque vous en aurez besoin. Je dois cependant vous informer que … ma bien aimée vient de disparaitre, probablement enlevée. Je ne sais ni qui est derrière cela , ni pourquoi , mais j’ai bien l’intention de la retrouver et les faire regretter tel acte, qui qu’ils soient.

Qu’Aristote veille sur vous.

Anseis



Dire que son visage se décomposa fut un doux euphémisme. La promise d’Anseis … kidnappée ?! Diantre, mais pourquoi ? Et qui ? Et … elle ne pouvait pas rester bras ballants. Elle se mordit doucement la lèvre tout en dirigeant son regard vers son ventre … Quelle aide pouvait-elle donc apporter dans son état ! Peste soit du corps des femmes !
Elais … le visage de la jeune femme se matérialisa dans son esprit … Elais, sa collègue douanière, toujours discrète, douce … Beths n’avait compris leurs sentiments respectifs que le jour de son départ pour les sœurs.
Sans Anseis, elle ne serait plus de ce monde, se rappelant parfaitement son intervention salvatrice lorsque lui, cet homme infâme, celui qui avait voulu la perte de sa famille, la sachant alors prévôt royal, avait tenté de l’assassiner dans son sommeil. Et puis … elle avait pu chasser les démons de son passé, là encore grâce à son secrétaire. Non, elle ne pouvait pas rester les mains croisées, se désolant de la disparition de la jeune femme. Elle devait aider Anseis. Oui, mais ne venait-elle de promettre à son époux de ne plus disparaitre ?

Cruel dilemme que le sien … Et puis un raisonnement … Montpensier était bien sur le chemin pour se rendre sur le domaine de Billy … si elle s’y arrêtait quelques instants, elle pourrait toujours prétexter auprès de son époux qu’elle voulait simplement prendre des nouvelles de ses amis : Rick, Tia, Herma, Aigue … hum … cela tenait parfaitement debout.
Et puis, elle n’aurait pas besoin de préciser qu’elle aurait fait une halte à Thiers pour prendre au cœur de la malle qui l’avait suivie de chez les nonnes, son épée … elle ne la portait plus à son côté du jour où elle était entrée au couvent. Il était évident qu’elle avait perdu son agilité, néanmoins, une rapière restait une lame et pouvait aider parfois à transmettre ou faire comprendre quelques messages.

Sa décision était prise : la prévôté attendrait, elle irait à Montpensier via Thiers pour tenter de trouver Anseis. Elle n’écrirait pas de mot à son époux sans quoi, tout le BA risquait de l’entendre hurler lorsqu’il en aurait pris connaissance, et les quolibets ne manqueraient pas de dire qu’elle avait déteint sur le héraut.


Quelques heures plus tard, fourreau contenant épée à la main, Beths arriva en coche sur la place de Montpensier. Sur un questionnement auprès d’un villageois, elle su où elle devait se rendre pour trouver Anseis …

_________________
--Pol
[domaine de Chaptuzat]




Carembert

Nom honnis qui la ramènent quelques vingt ans en arrière , vers un moment qu’elle n’évoque qu’avec réticence mais deux mains pressent les siennes . Un gris la fixe attentif et débordant de questions , et elle retrouve celui que posait sur elle une petite fille au tendre temps de l’enfance
Carembert , qui faisait la paire avec le comte


Carembert était l’homme à tout faire de ton beau père , et tu peux me croire qu’il se faisait un plaisir de répondre à ses ordres , tant ces deux là se ressemblaient


Un silence , un temps qu’elle laisse s’égrainer comme si ce nom issu du passé ouvrait brusquement les vannes des souvenirs


Racontes , racontes moi Pol, je n’ai que des bribes de souvenirs de cette époque

Tu te souviens de quoi ?

D’ avant et puis de cet été , tu sais la confrérie des mouches , quand Valexan et moi, nous avions décidé de les chasser , de Théalis bien sur aussi , même si notre frère était beaucoup plus protecteur de notre petite sœur que moi, son statut d’aîné sans doute qu’il prenait très au sérieux
Je revois aussi son arrivée , son air , surtout ce regard glacial , tu sais que j’en ai fait des cauchemars ? et puis aussi de ce jour où Valexan et moi on a reçu une raclée mémorable


Une pause , la jeune femme se perd un peu dans ce passé puis reprend

Tu sais que je lui redirais ? je te hais, sans hésitation aucune ?

Regarde sa nourrice

Racontes moi le reste Pol, je l’ai effacé et j’ai besoin de savoir , surtout maintenant

Long soupir

Tout a basculé ce jour où il a décidé qu’il fallait qu’il s’occupe du domaine, maintenant , avec le recul, je pense plutôt qu’il tentait de se faire oublier un moment , il avait du se passer quelque chose
Là-bas , à la cour ta mère a toujours été très discrète sur ce sujet , même avec moi
Ta pauvre mère , c’est de ma faute si tout est arrivé
Elle s’est retrouvée veuve très jeune avec trois enfants , dont un bébé, un domaine à gérer , son troisième accouchement l’ avait affaiblie et le décès de ton père n’a rien arrangé



Mon père , je revois surtout sa haute silhouette , quand il me soulevait j’avais l’impression de grimper vers les nuages , j’ai son rire aussi dans les oreilles

Tu sais, à cette époque , les rires fusaient, tes parents étaient heureux et l’atmosphère légère , tu as le gris de ses yeux que je retrouve en toi et le rire léger de ta mère
Pourquoi a-t-il fallu qu’il réponde à ce lever de bans ? je sais bien qu’il était noble mais il n’est jamais revenu, il a été fauché dans une plaine du Nord en pleine charge vers l’ennemi
Je n’ai plus jamais entendu ta mère rire

Sa famille lui a conseillé de se remarier , pour le domaine , pour vous , et j’ai abondé dans leur sens , elle ne voulait pas et j’aurais du la soutenir et puis elle a réfléchi et s’est décidée à rejoindre des cousins qui , parait –il ,connaissait la perle rare
ah, il cachait bien son jeu, il a su réconforter ta mère , être attentif à son chagrin , il a su la séduire et elle a dit oui . Ce n’est qu’après le mariage qu’il a révélé l’ être dur qu’il était , mais ta mère était alors sous sa coupe et amoureuse et , à sa manière , il l'aimait aussi

Ils sont revenus au château et ça a été le jour et la nuit . Le carrosse dont tu te souviens était suivi d’une troupe dont le chef était ce Carembert , le second de ton beau père

Je devrais plutôt dire son exécuteur des basses besognes , paradant devant les servantes , brutal , profitant de son autorité

Ton frère s’était un jour rebellé contre lui , lorsqu’il avait tranché d’un coup d’épée l’oreille d’un pauvre bougre qui ne s’ était pas écarté assez vite , devant son cheval, provoquant une ruade de la
bête

et puis c’est lui qui ………….


Une pause que la jeune femme respecte , et Pol poursuit , plus bas

C’est lui qui en ce jour funeste a été chargé de vous trouver une famille d’accueil , et pour s’en charger !!.... il vous a trouvé une famille pour chacun , je l’ai entendu l’annoncer au comte , j’ai entendu leurs rires , la fratrie séparée

Ça lui apprendra la vie à cette marmaille

J’ai serré les poings et me suis jurée de vous retrouver , le destin devait m’en donner l’occasion quelques semaines après

Alors que je me rendais dans la grange , j’y ai surpris Carembert avec une jeune servante sur laquelle ton beau père avait aussi jeté son dévolu , il n’en menait pas large , tu peux le croire
J’avais la confiance de ta mère , donc intouchable . Il le savait , et j’en ai profité , je lui ai mis le marché en main
Il me disait où vous étiez et , de mon côté, je me taisais . Il accepta, sans doute un peu vite, ce dont j’aurais du me méfier mais j’ étais trop obnubilée par la possibilité de vous retrouver

Bref, il me roula, pour Valexan et Théalis , il me donna le nom de familles dont personne n’avait entendu parlé , et malgré mes recherches , mes multiples questions au marchands ambulants , aux trouvères et autres qui passaient par le château , aucune trace d’eux

Pour toi, ma belle, le nom évoqua quelque chose à un pauvre hère , un mendiant qui avait entendu parler de "De nirim ou De nevril " , en une région assez lointaine où il avait trainé ses hardes

J’ai alors préparé mon départ , sans rien dire à quiconque , la peur peut faire délier les langues et les servantes vivaient dans la peur . Un jour de fête, dans la cohue des préparatifs, j’ai prétexté un oubli, j’ai pris un cheval pour me rendre au village en arguant que ce serait plus rapide , ça a marché
J’avais caché dans une vielle cabane de bûcherons un sac que j’ai récupéré et suis partie . Il m’a fallu du temps pour te retrouver , les indications du vagabond étaient assez imprécises , mais j’y suis arrivée . Pour toi, j’avais au moins réussi


Elle repense à cette joie ressentie lorsque la petite fille , prévenue qu’une personne était là pour elle , s’était jetée dans ses bras en la reconnaissant et en répétant

Pol, Pol on ze quitte plus hein ? tu restes hein ?

Elle regarde la jeune femme , proche d’elle et sourit , non, elle ne l’a plus quittée
--Carembert



Dans la mine


C'est avec un regard amusé que Carembert voit la jeune femme, voilà un instant à peine recroquevillée sur elle-même, se redresser comme elle peut malgré les chaînes et le regarder d'un regard fier et intransigeant avant de lui parler.

Seigneur... ne vous lavez-vous donc jamais ? Comme vous pouvez le constater, je vais très bien.

Premières paroles vindicatives, l'homme n'en est guère surpris; pour avoir pas mal bourlingué, il sait combien la haine et le ressentiment exprimé est un bon moyen de contenir la peur. Croit-elle vraiment qu'il soit dupe? Il en doute; Elle sait qu'il est en position de force, lui libre de ses faits et gestes, alors qu'elle est entravée, à sa merci. Combien de temps ses nerfs parviendront-ils à lui faire garder bonne contenance? 1h? Une journée? Il y a de nombreux moyens de faire céder les personnes les plus solides : en les affament, en les privant d'eau, en les empêchant de dormir...

Alors que la jeune femme s'essuie le visage, Carembert en profite pour parcourir du regard le corps de sa captive; plutôt jolie la donzelle! Un visage fin avec de jolis yeux, une peau qui semble douce. Sa poitrine? Guère visible à travers la chemise qu'elle porte; sans doute est-elle menue; mais, comme on dit, il y en a toujours assez pour amuser les mains d'un singe! La taille est frêle, joliment dessinée, les braies laissent facilement deviner des cuisses sans doute fines et agréables aux caresses; Une question pointe soudain dans son esprit : un homme a-t-il déjà eut le loisir de découvrir les trésors cachés de la jeune femme? Il serait prêt à parier que non. Peut-être pourra-t-il en avoir le cœur net d'ici la fin de la captivité. Le risque est grand que par la suite Nemesis lui tranche la gorge pour se venger, mais bon... A toute bonne chose il y a des risques.

Il prend en souriant le linge que Thealis a posé prêt de lui, gardant toujours le silence, tel un loup en train d'étudier sa proie.


Vous devriez essayer, car à ce rythme c'est votre odeur qui risque de faire des victimes. Alors, dites-moi à votre tour, comment se fait-il qu'ils ont fait appel à … à vous ? Vous ne faites certainement pas partie de cette phratrie ignoble qu'ils nomment la meute. Ils vous ont donc employés. Quel est votre intérêt là-dedans ? Un bon pécule ? Le plaisir de tuer ? Que veulent-ils de moi ?

Encore quelques instants à garder le silence, histoire de la torturer un peu plus, avant finalement d'éclater de rire, d'un de ces rires sonores qui résonnent dans la mine, tout en applaudissant des mains.

Bravo, Thealis! Vous ne manquez vraiment pas de courage ni de ressource! Oh, je ne suis pas vraiment surpris. Le regard... la beauté... le sourire... Il ne vous manquait plus que le caractère pour ressembler un peu plus à votre mère.

Nouveau silence, histoire d'observer la réaction de la jeune femme aux paroles qu'il vient de prononcer, avant de poursuivre :


Oh mais j'y pense! Votre mère! Vous ne devez pas avoir beaucoup de souvenir d'elle! Vous étiez tellement jeune quand vous l'avez vu pour la dernière fois... 1 an? 2? Ma mémoire me fait défaut à ce sujet, mais je me souviens encore parfaitement de vous enfant... Une chialeuse!! Il en a fallu de peu que je vous abandonne au bord du chemin pour reposer un peu mes oreilles...

Et hop, encore un instant de silence; le visage de la jeune femme marque à présent l'incompréhension... Serait-il déjà parvenu à la troubler, à briser l'armure qu'elle s'est faite? décevant...

La meute? tssss... vous me décevez de croire qu'un homme tel que moi ai pu rejoindre cette bande de brigands! Enfin! Je vaux bien mieux que cela, ne pensez-vous pas? Non, non, mon seul employeur et ma bourse, bien trop vide à mon goût, et que vous allez concourir à remplir si tout se passe bien et si vous êtes coopérative, ce dont je ne doute point.
Legowen
[Chaptuzat]

Les mains dans les siennes qui ne les ont pas lâchées , juste pour remonter sur ses épaules et la serrer tendrement

Merci ma Pol pour être venue, merci pour la petite fille que j’ étais et la femme que je suis grâce à toi. Si tu n’avais pas été là………….


Elle n’achève pas sa phrase , pas vraiment la peine , reprend

Ce Carembert, nous lui ferons payer sa cruauté , ses mensonges , nous lui ferons payer le saccage de notre fratrie
Et lorsque j’aurai retrouvé ma sœur alors nous nous unirons pour rechercher notre frère . Un jour , tu nous auras tous autour de toi comme avant


La voix s’est faite sourde et le gris vire au sombre des orages d’été , ce qu’elle vient de prononcer ne sont pas de vains mots .Elle est tenace Leg et les promesses qu’elle se fait , elle les tient
Elle voit l’inquiétude emplir les yeux de sa nourrice , réalise que sa main s’est crispée sur son épaule , reflétant la colère qui remonte de nouveau . Alors elle l’ enlève , fait quelques pas et se tournant vers Pol, d’un air qu’elle veut apaisant

Ne crains rien........ tu me connais.........

mots qui s’échappent , qu’elle n’aurait jamais du prononcer ,justement
Une grimace , un sourire un peu piteux

Je te promets que je ferai attention, que........que je ne serai pas seule

Reprend le parchemin, l’examine et se répète, pourquoi Montpensier ? croit-il pouvoir mieux s’y cacher ? ne sait –il pas que la prévôté dont elle vient est une grande famille et qu’il lui suffit d’alerter ses amis maréchaux , ses amis de la COBA aussi pour qu’une surveillance discrète se fasse ? pas besoin de lui donner l’alerte , mais le moindre geste , le moindre fait suspect sera relevé
En parlant de COBA ,elle va devoir en parler à son brigadier, va falloir qu’elle demande quelque jours , à moins qu’elle puisse le concilier avec une patrouille ? c’est à voir avec lui , et selon les ordres reçus, elle avisera
Pour le moment ,elle doit se préparer, une lettre à répondre, qui ne peut attendre , une lettre de sa filleule qu’elle a décachetée avec joie , il y a quelques heures , en reconnaissant le sceau
S’installant à la table proche de la fenêtre , elle tire un vélin de l’écritoire , une plume



Citation:

Ma chère filleule

Quelles bonnes nouvelles , celles que tu m’annonces , ta sortie de retraite et ta ferme intention de reconquérir Marty .
Reconquérir, n’est ce pas un mot trop fort ? car tu sais bien au fond de toi qu’il ne peut avoir cessé de t’aimer . Un entêtement, certes , deux caractères forts qui ne veulent céder , mais je suis sure qu’au bout du compte, il ne demande qu’ à te retrouver

Lorsque tu l’auras en face de toi, tu le verras à ses yeux, tu le verras à cette lueur que l’on ne peut réfréner et qui est le reflet de l’ âme et du cœur . Et en parlant de cœur, sache que je le suis , avec toi, avec vous , je suis sure que vous serez bientôt, amoureusement réunis

Tu me dis que tu es proche d’accoucher, alors prépares toi à voir une marraine arriver aussi . Que veux tu , faut bien que l’une des premières prévenues, soit sur place lorsque le terme sera là et puis je ne pourrais vraiment pas être à cent lieux
Par contre , ma chère filleule, retiens le encore un peu , si autant que faire se peut, ce petit Duc ou cette petite Duchesse car je vais devoir faire un détour par Montpensier
Je t’expliquerai pourquoi ensuite , n’aies craintes , d’ailleurs je crois bien que je vais te noyer sous les nouvelles , enfin, noyer , je pense qu’on évitera

Ma chère filleule, à très bientôt

Je t’embrasse

Leg


Et une autre lettre , lui doit connaître les moindres recoins de cette route menant à Montpensier , et puis tout simplement, elle a besoin de son aide et elle sait qu'elle peut compter sur lui

Citation:

Cher Arthur

Nous nous sommes croisés il y a peu en taverne, et bon sang comme j’ai été contente de te revoir après tout ce temps passé et de discuter avec nos amis . Tu ne peux savoir le bien que m’a fait cette soirée , me confortant un peu plus dans ma décision de ne pas faire de conseil avant un long moment
Tu vois, même si j’aime mon Duché, rien ne peut remplacer le plaisir de se retrouver entre amis et il est bien d’autres façons de servir le BA . Je crois bien que sur ce point , je ne suis pas trop en reste

Mais ce n’est pas pour te parler du BA que je t’écris . Arthur, j’ai besoin de toi ….. hummm vas-tu dire, comme un air de déjà vu , et je te vois soulever un sourcil et sourire en coin

Non là c’est plutôt pour quelque chose qui me touche particulièrement , un courrier reçu qui fait ressurgir un passé dont je n’avais que quelques souvenirs , durs à évoquer qui ont refait surface suite à ce message
Pourrait-on se retrouver en taverne ? peut –être aussi pourras tu me dire s’il existe vers Montpensier des endroits susceptibles de servir de caches ?
je sais que je dois t’intriguer mais je préfère ne pas trop donner de détails par courrier

à très bientôt mon adjoint préféré

petit clin d'oeil entre eux , de l'époque où elle était maire

Leg




Et puis , ce mot qu’elle laissera ici , s’il vient à passer , car elle ne peut faire autrement que de le prévenir de son départ . D’autant qu’elle va devoir le faire à sa garnison Mais , elle lui laisse un message volontairement succin et imprécis . Elle se doute bien sinon, qu’il voudrait l’accompagner et il a tant à faire . De plus, bien qu’il ne dise rien, elle se rend parfaitement compte que sa blessure le fait encore souffrir . Cette manie aussi de ne pas s’écouter , combien de fois la plaie s’est t-elle rouverte ? deux , trois fois ?

Aussi trace t-elle ces mots

Citation:

Mon amour

Suite à un message reçu tantôt, je vais devoir m’absenter de Chaptuzat pour quelques jours . Je dois partir dès maintenant mais serai vite rentrée

se mord un peu les lèvres , sachant que ce n’est pas du tout sur , mais on peut être optimiste de temps en temps , continue


Ne t’inquiètes pas , à mon retour , j’aurai surement une très bonne nouvelle à t’apprendre . Prends soin de toi
Je t’aime

Ta Leg


La jeune femme sable les deux premiers courriers et les tend à Pol

Tu peux dire à Haplo de les faire partir de suite s'il te plait ? Pendant ce temps , je vais me préparer, , je n’en ai que pour quelques minutes


Quelques affaires qu’elle met dans un sac, pas vraiment le temps pour un coffre .Ce n’est pas une visite de courtoisie qu’elle s’apprête à faire , et Illuin ira beaucoup plus vite qu’un carrosse , en plus elle a horreur d’ être enfermée dans ces boites cahotantes
Rajoute quand même une robe, on ne sait jamais , fixe sa dague , ceint par-dessus son uniforme son baudrier , épée à dextre . Une cape pour se prémunir des derniers frimas de l’hiver , qui , comme chacun sait , ne sont pas les plus doux ^^ et c’est d’un pas vif qu’elle descend le grand escalier faisant résonner ses bottes sur le dallage

Un petit sourire à sa nourrice qu’elle veut rassurant

Ne t’en fais pas , tout ira bien, j’ te donnerai des nouvelles

Quelques instants plus tard , le grand étalon, piaffant dans la cour d’honneur, s’élançait vers Moulins puis Montpensier , sous le regard inquiet de Pol . Elle n’ avait pas fini de se ronger les sangs , en plus elle savait mieux que quiconque que Leg n’était pas une assidue des courriers


_________________
Guy_kdr
[Chaptuzat]

Quelle foutue journée !

Le grand Thiernois était sur les rotules, fatigué autant physiquement que nerveusement.

Cette fois c'était bon, il s'était enfin arrangé pour se caler une petite soirée de repos ! Un petit moment privilégié avec sa fiancée, en son domaine de Chaptuzat, voilà qui le remettrait d'aplomb. Rien que d'y penser il en était déjà détendu, il la voyait déjà, blottie dans ses bras, creusant la laine du nez comme un chat en quête de chaleur.

Passées les grilles du domaine, il laissa son cheval aux écuries puis entra dans le logis seigneurial, hop, la grande salle, paf, le voilà le cul sur un moelleux divan ! Soupir de bonheur.


Mon coeur ?! Tu es là ? lance-t-il à la cantonade.

L'envie de la voir est plus forte que sa soudaine envie de se laisser exceptionnellement aller à la plus stricte fainéantise. C'est pas souvent alors autant le faire bien ! Il se lève néanmoins et passe devant une table sur laquelle repose un petit mot.

Citation:
Mon amour

Suite à un message reçu tantôt, je vais devoir m’absenter de Chaptuzat pour quelques jours . Je dois partir dès maintenant mais serai vite rentrée

Ne t’inquiètes pas , à mon retour , j’aurai surement une très bonne nouvelle à t’apprendre . Prends soin de toi
Je t’aime

Ta Leg


Gné ?
Déception, quand tu nous tiens. Plusieurs jours en plus...
Mais bon, ça doit être important, et si cela cache une bonne nouvelle, alors, il ne peut que s'en réjouir, pour elle, donc pour eux, donc pour lui (ahhhh l'amour, pffffff ).

Et au Sénéchal de se laisser choir à nouveau de tout son poids dans le tas de coussins, bras et jambes écartées, savourant ce repos, grimaçant au craquement louche du canapé gémissant sous sa masse corporelle (musculaire hein, attention !).

Ferme les yeux, se laisse bercer par les bruits au dehors, il a passé les quatre dernières nuits à dormir sur son bureau de l'EM, il pourrait dormir au milieu d'un champ de bataille s'il le fallait...
Ahhh, repos, douuuux repos.

Rouvre les yeux. Froncement de sourcil. Une sensation étrange s'empare de lui, mais impossible de percevoir ce qui cloche...

Guy est occupé à trouver de quoi il s'agit lorsque des pas se font entendre. Serait-elle rentrée, finalement !?
Mais c'est la silhouette de la veille femme qui se dessine dans l'encadrement de la porte.

Ah, c'est vous Pol. Bonsoir!

Bonsoir Messire Guy.

La veille, habituellement aux petits soins avec lui, s'apprête à repartir vaquer à ses occupations. Même pas un petit mot pour s'enquérir de son rétablissement...

Dites moi Pol, savez-vous où s'est rendue Legowen ?

Il a lâché ça le plus simplement du monde.
Lui répond le silence, suivi d'un bredouillement.

Le Soleillant se redresse légèrement, laissant sa tête apparaître de derrière le canapé. La veille semble gênée, ses mains se triturent l'une l'autre malgré l'air jovial qu'elle tente de plaquer sur son visage.
Malheureusement pour elle, ses années de commandement ont appris au Sénéchal à déceler le mensonge, chez ses soldats tout comme chez la plupart des gens. Et là, pour le coup, ça saute aux yeux. Un sourcil se lève.


Et bien?

Elle ne m'en a rien dit, messire Guy.


Le Sénéchal se lève et s'approche.

Pol, je me demande bien pourquoi vous me cachez la vérité.
Dites moi où elle est, je vous prie.

Je....

Dites moi !


Il n'a pas haussé le ton, il ne se le permettrait pas avec la fidèle servante de sa belle, celle qui l'a élevée comme son enfant, de ce qu'il en sait. Il y a simplement mis plus de profondeur, plus d'impact. Et ce ton là, les soldats qui ont servi sous ses ordres un minimum de temps apprennent à le reconnaître.

La vieille le détaille de pied en cap, hésite une dernière fois, puis bat en retraite. C'est alors un vrai torrent de paroles qui se déverse dans la pièce. En quelques phrase hâchées, elle lui apprend l'essentiel de l'affaire. La fratrie, le camembert (^^ il pue non?), la rançon, Montpensier.

Palsembleu !

Lui d'ordinaire si réfléchi, le voilà qui tourbillonne dans la pièce. De temps à autre, une main dépasse et se saisi d'une cape, d'un baudrier, d'une bourse....Quelques instants plus tard, la tornade passe la porte, laissant la Pol toute seule.

Veillez sur elle, je vous en prie....

Veillez sur elle.


Dehors, le fracas des sabots retentit déjà sur les pavés.
_________________
Arthurdayne
[Moulins, une chaumière perdue dans la campagne]

Le redoux arrivait, et avec lui, la fonte des neiges laissaient apparaître les dégâts que l'hiver avaient causé. Dégâts insidieux, jamais direct, que l'on ne découvre bien souvent qu'à l'occasion du retour du printemps. C'est ainsi qu'Arthur s'était aperçu, un matin, que la charpente de fortune soutenant le coin de la petite écurie qu'il avait construite l'année précédente n'avait pas bien supporté le poids des neiges importantes tombées lors de ce rude hiver. Cette écurie, attenante à la chaumière, Arthur l'avait construite lorsque Stase avait établi ses quartiers avec Jeau-Eudes, le cheval qu'elle avait hérité d'Apolonie. Ajouté au sien, Althaïr, cela faisait deux chevaux à la chaumière, donc une bonne raison de leur construire un toit. Ce qui fut fait.

Et fut à refaire. Il était donc perché sur une échelle, à jouer du maillet et des tasseaux pour renforcer la soupente, quand un pigeon porteur d'un message se posa juste sous son nez. Là, il fallait être rapide. Manquant de se déséquilibrer, Arthur attrapa le pigeon d'un geste vif, juste avant que n'atterrisse, pile à l'emplacement d'où il venait d'arracher le volatile, le chat gris qu'il appelait Barristan. Celui ci s'était fait une spécialité des pigeons égarés. Voyant qu'Arthur avait été plus rapide, le chat se posa sur son séant, le contempla d'un air indifférent, se lécha la patte et la passa derrière son oreille.


C'est ça... fais comme si tu t'en fichais... et fais pleuvoir demain, en plus... ou neiger...

Demi sourire en coin, Arthur dévala l'échelle et, bien arrivé sur la terre ferme, ôta le parchemin enroulé de la patte du pigeon, déposa le volatile sur la table de bois que, chaque jour, il arrosait de graines. Le pigeon en picora quelques unes et repris son vol, tandis qu'Arthur déroulait le parchemin.

Cette écriture, il la reconnut avant même d'en avoir lu le moindre mot. C'était Leg. Il avait suffisamment parcouru de ses lettres, qui avaient été comme un lien indéfectible avec Moulins, avec la vie, lorsqu'il était parti en longue errance sur les terres du royaume. Leg qu'il avait revu quelques jours plus tôt, en taverne, où elle s'était faite tellement rare quand elle siégeait au conseil.

Demi sourire en coin, Arthur parcourut la missive. Et le demi sourire s'effaça, lentement, lorsqu'il prit connaissance des dernières lignes tracées par la main de son amie.

"J'ai besoin de toi..." "Quelque chose qui me touche particulièrement..."

"ressurgir un passé"... "souvenirs, durs à évoquer"...

"Qui ont refait surface."

Hmm... Le passé de Leg, il n'en connaissait pas grand chose. A cet égard, son amie restait aussi mystérieuse que lui, et ils n'avaient que rarement évoqué ce qui s'enfonçait trop loin dans les brumes du souvenir. Et quelque chose semblait avoir émergé de ces brumes...

Mais la fin de la missive le surprit plus encore que les lignes précédentes ne l'avaient intriguées.

"peut-être aussi pourras tu me dire s'il existe vers Montpensier des endroits susceptibles de servir de caches..."

De caches? Diable... Pourquoi avait-elle besoin de... caches? La route entre Moulins et Montpensier... oui, il la connaissait. Et oui, quelques endroits lui venaient bien à l'esprit pour un traquenard, mais...

Bien... Retrouvons nous en taverne, avait-elle dit...


[Plus tard, aux remparts de Moulins]

Et en taverne ils s'étaient retrouvés. Explications furent données par une Leg visiblement troublée. Plus déstabilisée qu'elle ne voulait bien le montrer. Et surtout en qui bouillonnait une rage qu'Arthur ne lui avait jamais connu. Ils avaient donc convenu qu'ils iraient vers Montpensier dès que possible. Ils n'avait pas vraiment réfléchi à la manière dont ils géreraient les choses, une fois là bas, mais une chose était sûre. Leg était déterminée à libérer sa soeur. Et Arthur était déterminé à l'aider, comme elle avait su être là pour lui par le passé.

Il attendait donc, perché sur le dos d'Althaïr. Il ne savait pas vraiment qui se joindrait à leur expédition. Leg n'avait dit mot sur Guy, et Arthur ne l'avait pas interrogé à ce propos. C'était à elle de décider à qui parler de cette histoire. Quelques propositions d'aide avaient fusé dans la taverne, mais Arthur ignorait qui Leg aurait choisi. Ce qui était sûr, c'est qu'elle avait planté le gris de son regard dans celui d'Arthur, et lui avait dit: "Toi."

Il était donc là. Sous les remparts de Moulins. Epée au flanc, arc et carquois sur le dos. Dague à la ceinture. Prêt à s'élancer vers le sud. Vers Montpensier. Il n'attendait plus que Leg.

_________________
"Je vivais à l'écart de la place publique
Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique."
Elais
[Toujours dans la mine]

Il ne vous manquait plus que le caractère pour ressembler un peu plus à votre mère.

Sa mère ? Ce mot résonna plusieurs fois dans son esprit, semblant vouloir atteindre la zone délicate de la perception affective de son cerveau, sans vraiment y parvenir. Elle cilla à peine. Avait-elle eu un jour une mère ? Non. Certes, elle avait appris, par hasard, alors qu'elle fouillait dans les parchemins de la bibliothèque de son père pour y trouver un peu de lecture, qu'il fallait une génitrice pour engendrer un enfant, mais elle n'avait jamais eu concrètement de Mère. Alors que venait faire cette soit-disant femme dans cette affaire ?

Désireuse d'en apprendre un peu plus, en silence, elle fit fi des éloges quelque peu emphatiques de l'homme et haussa sciemment les sourcils pour refléter l'incompréhension de ses propos, sachant pertinemment qu'il ne s'en tiendrait pas à cette simple phrase.


Votre mère! Vous ne devez pas avoir beaucoup de souvenir d'elle! Vous étiez tellement jeune quand vous l'avez vue pour la dernière fois... 1 an? 2?


En effet, elle avait peu de souvenirs de sa génitrice, elle n'en avait même aucun. Son père avait tenu, très tôt parce qu'il n'acceptait la dissimulation, à ce qu'elle sache qu'elle avait été abandonnée sur les marches d'une église puis adoptée dès son plus jeune age. Cette révélation ne l'avait vraiment affectée. Qui étaient ses parents ? Vivaient-ils toujours ? Avait-elle des frères ? Des sœurs ? Pensaient-ils à elle ? Pourquoi avaient-ils dû se séparer d'elle ? En avaient-ils été malheureux ? Ou bien en étaient-ils plus heureux ? Toutes ces questions lui avaient traversé l'esprit, bien sûr, au début. Puis l'amour profond que lui avait apporté son père, les avait anéanties une par une, ne laissant que le vague chagrin de ne pas être la fille légitime du moine. Mais cela également avait vite été balayé quand ce dernier avait soupçonné la tristesse de son enfant, et lui avait expliqué, avec la douceur de cette voix de la compassion à chaque problème, que les liens du sang avaient beaucoup moins de valeur que les liens du cœur... Jusqu'à ce jour, elle n'avait donc plus songé à cette famille qui la reliait seulement par le sang.

Ma mémoire me fait défaut à ce sujet, mais je me souviens encore parfaitement de vous enfant... Une chialeuse!! Il en a fallu de peu que je vous abandonne au bord du chemin pour reposer un peu mes oreilles...

Les yeux de la jeune femme se rétrécirent dangereusement. Il était si proche qu'elle se voyait déjà bondir sur lui pour lui arracher l'étincelle malsaine qui brillait dans ses yeux et l'étouffer en lui faisant avaler ses deux globes oculaires pour arrêter le flot de ses paroles acerbes. Les mains crispées à s'en blanchir les phalanges sur ses bras, elle s'exhorta au calme. Elle devait demeurer patiente. Il restait cette question de savoir ce qu'elle faisait là et qui ne semblait avoir de réponse substantielle pour le moment, si ce n'est une bien étrange raison concernant sa mère. Elle le laissa continuer.

La meute? tssss... vous me décevez de croire qu'un homme tel que moi ait pu rejoindre cette bande de brigands! Enfin! Je vaux bien mieux que cela, ne pensez-vous pas ? Non, non, mon seul employeur et ma bourse, bien trop vide à mon goût, et que vous allez concourir à remplir si tout se passe bien et si vous êtes coopérative, ce dont je ne doute point.

Elle fut déçue qu'il change si vite de sujet et eut un moment d'hésitation afin d'assimiler toutes les données qui venaient de lui être transmises. Son ravisseur ne connaissait vraisemblablement pas la meute, ou du moins, aux vues de la désinvolture dont il faisait preuve en parlant d'elle, semblait-il connaître une bande de brigand qui se nommait ainsi et qui n'avait rien d'analogue aux guerriers qu'elle avait jadis côtoyés. Il ne travaillait donc pour eux. A vrai dire comment avait-elle pu y songer en regardant le misérable individu qui se tenait face à elle ? Les partisans de la meute avaient beau être porteurs de mort, il y avait néanmoins chez eux une éducation et un maintien qui leur avaient été inculqués dès l'enfance par les moines afin de se fondre dans la masse de la population pour mieux tromper et ainsi mieux régner, mais aussi, il y avait cette froideur effrayante dans leurs pupilles, qui avait toujours bouleversé les sens de la jeune femme, ce qui faisait grandement défaut à son ennemi actuel.

Ce que je pense ?

Une étincelle amusée dans l'œil, accompagnée par l'apparition fugace de la blancheur d'une dentition entre ses lèvres, elle répliqua avec ironie.

Vous vous placez bien haut dans votre propre estime... Sans doute votre arrogance vous persuade-t-elle que vous valez bien mieux qu'eux, mais sachez qu'à mes yeux même un rat d'égout aurait plus d'attrait que vous. Cependant méfiez-vous de cette vanité que vous arborez... tout comme Narcisse vous risquez d'y trouver une fin tragique.

Elle ne lui laissa le temps de la répartie. Elle se fichait bien de lui et de son ego, ou de cette conversation qui n'avait d'appétence que pour lui. Elle le regarda avec attention, pensive. Il avait mentionné en dernier sa coopération pour remplir sa bourse. Tout n'était pas encore clair dans son esprit, mais petit à petit, elle commençait à comprendre son rôle. Un fait qui la troubla légèrement et éveilla d'autant plus sa curiosité. Elle rajouta, articulant chaque syllabe pour bien qu'il comprenne sa demande qui pouvait se montrer totalement incongrue.

Hum... Vous vous apprêtez donc à demander une rançon ...Pour moi... Et cela à celle que vous supposez être ma génitrice ?

Elle aurait pu en rire. Une rançon ? pour elle ? La situation était tout de même désopilante, mais elle resta grave. Elle n'était pas convaincue du bon discernement de cet homme qui était arrivé comme un cheveu sur la soupe, avec toutes les réponses sur son existence, sa naissance... Certaines choses lui échappaient encore, il fallait qu'il parle.

Mais expliquez moi un fait qui me semble le plus étrange dans votre petite histoire... Comme vous le prétendez, je n'étais qu'une enfant lorsque j'ai été abandonnée, et d'après mon père, il m'a trouvée devant une église, vous ne pouviez donc le connaître, alors qu'est-ce qui vous fait croire que je suis la bonne personne ? Une simple ressemblance ?

***

Edit : Il y a des fautes qui se promènent
Valexan
Montpensier


La route fut plus longue que prévu en fait, la faute à un cheval qui a refusé d'y mettre du sien et s'est mis à boiter après avoir perdu un fer; S'il l'avait pu, pour ne pas perdre de temps, Valexan aurait bien porté la monture sur ses épaules, mais cela n'aurait guère été raisonnable pour son dos. Étape fut donc faite dans la capitale, Clermont, pour remettre en état la bête. L'occasion aussi pour le couple Roserey-Montbazon Navailles de s'offrir un petit repas en amoureux dans l'une des meilleures auberges de la ville, chose qu'ils n'avaient que trop peu l'occasion de faire de part leurs occupations respectives.

La route reprise dès le lendemain à l'aube, une bonne journée de cheval leur fut nécessaire pour finalement arriver en vu des remparts de Montpensier. L'obligatoire passage aux douanes effectué, ils purent enfin prendre la direction de l'une des auberges du village pour y louer une chambre et y poser leurs bagages.

Son épouse quelque peu éprouvée par le voyage, Valexan la laissa de bonne grâce se reposer, et un tendre baiser échangé et une promesse faite qu'il reviendrait rapidement plus tard, le Vicomte sortait de la haute bâtisse.

Montpensier... Une ville qu'il ne connaissait qu'à peine en fait; Il s'y était bien rendu une ou deux fois, enfin, disons plutôt qu'il y était bien passé à quelques occasions, sans vraiment s'y arrêter. La ville lui avait semblé plutôt jolie et animée, et il ne lui déplaisait pas d'avoir l'occasion d'y revenir, même si la raison de sa présence en cette ville était grave.

La nuit étant déjà tombée, Mais malgré cela il ne pouvait s'empêcher de vouloir débuter ses recherches; d'abord parce qu'il avait besoin de savoir qui était cette sœur qui avait été kidnappée; et ensuite parce qu'évoqué cette disparition était la meilleure façon de prévenir les ravisseurs qu'il se trouvait en ville... il ne restait que bien peu d'endroit où il pouvait se rendre pour interroger les gens sur une éventuelle disparition survenue voilà peu de temps dans la région. L'idéal aurait sans nul doute été de se rendre à la mairie du village pour questionner le maire, sans nul doute la personne la mieux informée sur le devenir de ses concitoyens, mais les portes de celle-ci étaient assurément closes à cette heure. Il pourrait également se rendre dans les bureaux de la maréchaussée, mais il ignorait où elle se trouvait, et n'avait guère envie de se perdre.

Aussi axa-t-il dans un premier temps ses recherches dans les échoppes encore ouvertes : Boulangerie, boucherie, tisserand... A chaque fois, les mêmes questions posées telle une litanie sans fin


Pas de rumeurs sur une récente disparition inexpliquée d'une jeune femme?... Avez vous entendu parler d'une jeune femme nommée Thealis, ou bien encore Legowen?...

Et toujours les même réponses, aucune jeune femme répondant à ces prénoms à Montpensier, et pour ce qui est des disparitions bien sûr que si, comme cela se produit chaque jour dans n'importe qu'elle ville...

Visiblement, ses recherches s'annonçaient ardues et elles auraient du mal à aboutir.. Pourtant, il devait y parvenir, et vite! La vie de sa sœur était en danger, et il ne se pardonnerait jamais de la perdre alors qu'elle semblait être plus proche de lui qu'elle ne l'avait été depuis des années!

Encore quelques tavernes visitées et occupants questionnés, malgré l'air méfiant qu'ils semblaient témoigner face à cet homme qui n'était pas du village et posait beaucoup de questions à leur goût, des mendiants et autres poivrots rencontrés au hasard du chemin et interrogés après les avoir réveillés par quelques claques, et finalement Valexan rentrait à l'auberge et regagnait sa chambre et les bras de Natafael qui, voyant sa mine déçue, avait immédiatement compris que ses premières recherches s'étaient révélées infructueuses...

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Satyne
[ Montpensier. Le dos en feu, la bouche sèche, le ventre vide. ]

La cloche de l'église vibrait dans l'air frais depuis 10 bonnes minutes, attirant une nuée de moutons vers la large porte de bois. Là, un prêtre en tenue d'apparat donnait des poignées de main à ces soi-disant fidèles : les même "pochtrons" que Satyne avait croisé au soir en taverne, de prétendus bons maris qui se bourraient le pif pour mieux tripoter les donzelles... La jeune femme jeta un regard morne vers le bâtiment plein à craquer. Ce que ça l'agaçait ce besoin évident de courir les pavés d'une pièce sombre pour s'agenouiller fébrilement devant une croix rouillée! Ils avaient quoi de plus à tremper leurs mimines dans de l'eau crade ? Elle maugréa, de méchante humeur et donna un coup de pied dans une pierre une grimace de douleur figea son visage. Fichtre ! Ce duché aurait sa peau...

Son dos la lançait depuis un bon moment, tant et si bien qu'elle n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit, tournant et retournant sur sa paillasse inconfortable. Levée du pied gauche, les reins en feu, elle avait parcouru les ruelles de Montpensier aux premiers rayons de soleil, pestant sur tout ce qui bougeait. La marche était encore la seule chose qui pouvait calmer sa blessure récente. La marche, et le vin.

Alors qu'elle observait les gens se hâtant vers la célébration dominicale, elle ne put s'empêcher de repenser à ces derniers mois en apercevant un jeune couple, main dans la main, rentrer dans l'église.

Elle s'était faite harponner il y avait plusieurs semaines de cela sur la route de Montbrisson par des fils de chèvres, laissant ainsi derrière elle plus de 3 000 écus, et une flèche figée dans les reins. La gamine s'était retrouvée sans le sou, ballotante sur son cheval, le dos en sang quand un jeune couple l'avait trouvé, soigné et veillé. Elle n'avait pas vraiment su qui ils étaient, car peu de mots avaient été échangés les quelques jours où délirante de fièvre et prostrée à cause de la douleur ils s'étaient occupés d'elle. Leur devait-elle vraiment la vie ? Etait-elle au bord du gouffre quand ils l'avaient trouvé ? Sa fierté de brigande, du moins d'ancienne voleuse, lui disait que non, mais l'orgueil de la donzelle en avait pris un coup, elle qui depuis sa naissance détestait dépendre des autres. Leurs prénoms lui avaient échappé, mais par Lucifer, pas leurs têtes ! Aussi de temps en temps se retournait-elle sur son chemin quand elle croisait des mines ressemblantes à celles de ses sauveurs. Elle s'était promise à demi mots de leur redevoir cela : une sorte de gagure de brigande à angelots.

La jeune femme s'était rétablie sur Montbrisson, et enfin de là, elle avait filé les routes avec une dame vers Montpensier. La rencontre avait été fortuite, et même si Satyne se refusait à l'admettre elle lui avait ouvert l'esprit sur ce qu'elle considérait comme trop sombre pour y penser simplement : la religion. Effectivement, sa compagne de route s'était avérée être à son grand dam une bonne sœur! C'était en tout cas pour cela, que ce jour, inconsciemment elle tournait autour de l'église du village critiquant ce qu'elle ne comprenait pas.

Toutes à ses pensées elle ne prêta pas attention aux chants glorifiants Aristote qui prenaient fin, ni aux groupes de fidèles qui quittaient les lieux progressivement. Ce n'est que quand quelqu'un la bouscula sans une excuse qu'elle leva les yeux et sortit de sa torpeur en tressaillant. Là-bas, près des grandes portes une silhouette familière rentrait dans l'église. C'était lui, elle en aurait mis sa bourse à voler ! La jeune femme hâta le pas et rentra à la suite de l'homme qui à genoux priait. Un brin gêné Satyne avança d'un pas gauche qui inmanquablement tapa dans un candelabre de fer créant un vacarme du tonnerre. Toute timidité envolée elle poussa un juron qui couvrit les prières du jeune homme.


Fichtre dieu ! Aïeuuh...
_________________
Satyne, rien que Satyne,
Mais bien plus : c'est inévitable...
--Nemesys


Dans la mine

Les volatiles expédiées Némésys revient dans les profondeurs de la mine, s’assoit dans un coin, le dos contre la pierre froide, les jambes allongées et croisées devant elle, une de ses dagues en main qu’elle affute en vue de la suite qui s’annonce à coup sur plus que mouvementé. Tout en aiguisant le plus possible son arme qu’elle a déjà utilisée de nombreuses fois, elle fait le guet. Pour le moment rien à signaler du côté de l’entrée de la mine si ce n’est une goutte d’eau qui tombe au sol à intervalle régulier, probablement des infiltrations, rien de bien méchant de ce côté-là. De sa place, impossible de la surprendre, elle verrait les lueurs d’un flambeau de loin, les pas ne pourraient se faire discrets, les voix encore moins par la résonnance des lieux, vraiment une bonne idée cette mine.

Rassurée de ce côté-là elle regarde maintenant sa moitié s’amuser avec sa victime. Némésys doit retenir à plusieurs reprise son rire qui lui vient aux lèvres d’entendre la donzelle, pense t elle vraiment l’atteindre par de si petites attaques ? Au moins elle ne posera pas de soucis du côté de la répartie pense t elle en changeant sa lame de côté. Ses gestes sont habiles et montrent son habitude à la tâche si bien qu’elle peut se permettre de les regarder se faire face. Son visage amusé change pour devenir aussi noir qu’une nuit sans lunes, aussi noir que le fond de la mine ou ils sont en ce moment même quand elle voit la façon dont Carembert regarde sa proie.
Némésys connaît bien ce regard, elle sait parfaitement à quoi il pense à ce moment là, elle sait qu’il aimerait goûter le fruit défendu, qu’il aimerait bien la toucher, la connaître jusqu’au plus profond de son être. Malgré elle sa main tenant la pierre à aiguiser ripe le long de la lame et vient heurter son pouce, lui arrachant par la même un juron.
Foutrement agacée de ce regard et de son pouce éraflé, Némésys agit par instinct afin de lui faire savoir son mécontentement. D’un geste vif elle fait sauter sa dague juste devant elle pour ensuite la rattraper côté lame avant de la lancer avec force en direction de son homme, visant sa besace qu’elle touche en plein centre. Aucun mot n’accompagne son geste, pas besoin, rien que part son regard colérique et son acte il saura comprendre qu’il finira en rondelles s’il ose mettre son idée en pratique. Sans en faire plus, préférant de loin le laisser cogiter dans son coin, Némésys prend sa seconde dague et entreprend la même tâche, espérant avoir un peu action pour satisfaire ses envies de carnages, ses envies de richesses. Juste avoir quelqu’un sur qui se défouler un peu étant donné qu'elle n'a pas le droit de jouer comme le voudrai avec cette donzelle.
Ce n'est pourtant pas le manque d'idée qui la retient, elle possède toute une panoplie d'idées plus sadiques les unes que les autres pour « s'amuser » comme elle aime le dire. Sachant que cette Thealis l’attire les pires tourments lui viennent en tête. Némésys retrouve son habituel sourire en coin lorsqu’elle hésite mentalement entre la faire dévorer lentement par des rats affamés ou la transpercer par des dizaines de petites lames en prenant soin d’éviter tout organe vital pour faire durer le plaisir.


Si je pouvais … murmure t elle pour elle sans cesser de sourire, sans cesser son bruit de lame qui laisse planer le danger dans les méandres de la mines abandonnée.
Anseis
Il y avait un lieu où l’attention du vagabond se relâchait. Formé dès son plus jeune âge à respecter et craindre le Seigneur, jamais aurait-il pu imaginer un instant que l’on puisse pénétrer en Sa maison avec pensée belliqueuse. Le bruit retentissant aussi qu’inattendu du métal contre la pierre le fit littéralement bondir sur ses pieds, sa senestre cherchant vainement la garde d’une lame déposée à l’entrée des lieux saints, comme à l’accoutumée.

Fichtre dieu ! Aïeuuh…

Le juron qui ensuivit le fit se signer prestement alors qu’il tentait de discerner les traits du visage de la responsable de tout ce chamboulement, cachés par un contre-jour. Sans trop y réfléchir Anseis se pencha pour redresser le candélabre, puis se saisir de quelques uns des bâtons de cire. Et ce n’est que lorsque la jeune femme s’accroupit pour faire de même qu’il la reconnut enfin.

C’était il y a un mois de cela qu’Elais et lui l’avaient trouvée, tenant encore par miracle sur sa monture qui errait sur un des multiples chemins d’Auvergne. Ils avaient donc fait une pause dans leur propre voyage pendant quelques jours pour la veiller, après lui avoir administré rudimentaires soins. Le Très Haut devait veiller sur elle, car après deux jours de fièvre elle avait commencé à retrouver santé au point de pouvoir faire route jusqu’à Montbrisson.

Curieusement il ne connaissait son nom. La jeune femme n’avait été guère loquace – si l’on exceptait les jurons et différentes images fleuries qu’elle avait employés sous le coup de la fièvre et de la douleur. Il avait bien vu dans les sombres prunelles de son aimée la curiosité briller, mais jamais n’aurait-elle osé demander d’elle-même aussi s’était-elle contenté de sourire. Il avait donc fait de même, gardant ses questions pour lui jusqu’à ce qu’ils laissassent l’inconnue aux bons soins d’un moine de service dans la maladrerie qui servait aussi d’hôpital.

Une pointe de tristesse piqua son cœur lorsque lui revint en mémoire le sourire qu’ils avaient tous deux échangé après avoir conclu qu’ils ne sauraient probablement jamais ce qui s’était passé et qu’il y avait de grandes chances qu’il ne croisassent plus non plus leur patiente pour quelques jours.

Par quel étrange caprice du destin se trouvait-il maintenant à fixer ces deux pupilles d’où s’échappaient fougue, effronterie ainsi qu'un soupçon de colère en lieu des deux perles qui emplissaient tant son cœur ? Alors qu’il s’apprêtait à murmurer à l’inconnue pour la convier à sortir de l’église afin de discuter, une autre ombre s’approcha d’eux.


M’sieur… m’sieur …. c’est vous qu’avez proposé une pièce si quelqu’un demandait à trouver une Tealhis ?

Détournant le regard pour observer l’enfant qui venait de s’adresser à lui, il plongea la main dans sa bourse pour tendre une pièce. Le gamin la fit disparaitre dans un sourire avant de reprendre.

Un riche fort bien vêtu. L’a posé des questions sur vot’ dame et une certaine Legowen. L’est allé ensuite à l’auberge la plus chère de la ville. Même qu’y aurait une duchesse qui a réservé une chambre là bas.

Anseis se releva, relâchant les quelques bougies qu’il avait encore en main et remontant sans plus attendre la nef. Son esprit perdu en pensées, il réalisa à peine la présence de la jeune femme qui s’était mise à le suivre.

Et lorsque, armé de nouveau il quitta l’église pour prendre la direction de la fameuse auberge, il ne répondit que par un murmure inintelligible aux questions qu’elle lui posa. Il ne ralentit non plus son pas lorsqu'il passa près de la silhouette arrondie de Beths qui lui lança un regard curieux lorsqu'elle nota qu'il ne l'avait reconnu.


Qui était cet homme ? Que savait-il ? S’il la cherchait il ne devait être le ravisseur …et cette histoire d’une personne répondant au nom de Legowen. Cela avait-il un lien avec la Dame de Chaptuzat ?

Toujours suivi par l’inconnue, ainsi que de la duchesse un peu plus loin, il ouvrit la porte de l’auberge – la tenant inconsciemment pour laisser entrer les deux jeunes femmes - puis tourna son regard vers l’assemblée présente dans la salle principale.

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Satyne
Il fallait toujours qu'elle laisse traîner ses mains de rustre quelque part, sans compter ses deux pieds gauches. Ho ça sur un champ de bataille elle était agile, mais au coeur d'une église il n'y avait certainement pas plus empotée qu'elle ! Le rouge lui monta aux joues quand elle vit que l'homme qui l'avait soigné semblait gêner par cette intrusion. De diou, voilà qu'il se signait comme devant le diable...

Prestement la jeune femme se baissa en même temps que lui, ramassant avec un air buté les bâtons de cire épars. Que faisait-il ici ? Il était du coin ? Pourquoi priait-il ? Aristotélimachin sans aucun doute... Jusqu'aux bouts des ongles sûrement... Satyne observa les mains blanches de l'inconnu qui s'activaient autour du candélabre. Il faisait propre sur lui, mais une lueur de tristesse dansait dans ses yeux. Etrange... Il avait l'air si serein extérieurement.

La donzelle allait ouvrir la bouche, histoire de rompre ce silence pesant quand un gosse fit irruption dans la petite chapelle. Il posa une question étrange sur des renseignements demandés, et alors que la donzelle allait protester sur la somme quémandée par le gamin : son inconnu lui donna sans broncher. Riche avec ça ? Puis c'était qui cette Théalis ? Quel genre de renseignements il cherchait son inconnu ? A ce rythme il allait vider sa bourse pour que dalle !


Un riche fort bien vêtu. L’a posé des questions sur vot’ dame et une certaine Legowen. L’est allé ensuite à l’auberge la plus chère de la ville. Même qu’y aurait une duchesse qui a réservé une chambre là bas.

Même elle, la reine des informations, n'avait pas le culot de se faire payer autant pour une peccadille ! La jeune femme allait attraper le gamin par le col quand son vis à vis remonta la nef d'un pas assuré. Elle lâcha l'informateur médusé qui ne demanda pas son reste pour filer en courant, tandis qu'elle même accélérait le pas pour ne pas perdre de vue l'homme à qui elle devait la vie. Dubitative, elle se posait un tas de questions. Que se passait-il ici ? Etait-ce un jeu de piste ? Une chasse à l'homme ? Les pas devinrent de plus en plus rapides, et elle dût s'accrocher pour ne pas se faire larguer au coin d'une rue. Pffff... Il n'entendait même pas ce qu'elle avait à lui dire, pourtant sa remarque concernant sa bourse ouverte à sa ceinture était des plus importante... Elle se retint de ne pas y glisser la main et pénétra à sa suite dans une taverne bondée, une jeune femme toute ronde sur ses talons.

Mais que cherchez vous morte couille ?!
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Satyne, rien que Satyne,
Mais bien plus : c'est inévitable...
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