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[RP] Pour la gloire de mon père

Aymeric
[Hiver 1458-1459 ]

Pour ne pas changer, Aymeric fut convoquer dans le bureau du directeur pour une histoire de cailloux dans la soupe de la cantine. Il avait fait le coup avec des amis, dont l'ainé d'un officier royal, mais il avait été le seul à se dénoncer. Inutile qu'il se fasse tous sanctionner, et puis, il avait l'habitude des châtiments corporels de l'austère religieux. Dans ce collège pour progéniture de familles aisées, aucun écart de conduite n'était toléré, ce qui n'empêchait pas l'adolescent de se rebeller contre l'autorité.

Une fois de plus, vous prouvez que votre cas est désespéré.

La voix de l'homme résonne dans la pièce. Il tourne en rond derrière son bureau, vêtu d'une robe noire, les mains croisés dans son dos. Le visage d'une quarantaine d'années rougi par la colère, il semble essayer de garder son calme pour trouver une sanction appropriée, une punition à laquelle il n'avait pas encore pensé pour faire obéir cet esprit dissident.

Devant lui, la tête inclinée, le regard rivé sur le sol, silencieux, Aymeric, qui écoutait les réprimandes, les mêmes que la semaine derrière, et que la semaine avant encore. Il se sentait enfermé dans les salles de classe, il sentait mourir à petit feu lorsque tout le monde mangeait sa soupe au même rythme, sous l'œil peu avenant des surveillants, il rêvait de liberté lorsqu'à de rares occasions, il pouvait voir un paysage. Son père l'avait envoyé ici pour apprendre, mais il avait le sentiment qu'il aurait été mieux formé à ses côtés. Il comprenait néanmoins cet homme qui voyait son bâtard comme une erreur de jeunesse.


Votre père a eu la bonté de vous payer une bonne éducation pour faire quelqu'un de vous, mais vous vous comportez comme un mécréant.

L'homme s'arrête, l'observe avec mépris. Le renvoyer aurait été une solution efficace, mais qui priverait l'établissement d'une pension. La maigre main ouvre un tiroir. Les yeux d'Aymeric se lèvent légèrement. Il sait ce qu'il est entrain de faire. Il ne sourcille pas en sachant que ce que ses longs doigts squelettiques tiennent fermement, c'est le manche du fouet.

Cela ne fait jamais plaisir au berger de punir ses brebis, dit-il d'une voix adoucie pour se donner bonne conscience. Un jour, vous me remercierez.

A ces mots, la mâchoire du jeune homme se crispe. Imperceptiblement, il resserre ses poings. Il le déteste. Il le hait pour sa façon de légitimer ses méthodes. L'idée de s'emparer de l'instrument de souffrance pour le retourner contre son maitre lui vient à l'idée, mais jamais il ne le fera. Il est en colère, mais pas assez pour ça.

Un long silence plane dans la pièce. Aymeric sait ce qu'attend l'homme, et il s'exécute. La tête toujours baissée, l'expression sur son visage est grave tandis qu'il retire sa veste aux couleurs de l'école. Il déboutonne ensuite sa chemise blanche, la fait glisser sur ses frêles épaules, la pose sur la veste avec lenteur pour retarder inutilement l'échéance.

Les mains posées sur le rebord du bureau, légèrement courbé pour offrir son dos décharné déjà marqué par d'autres châtiments à la violence de l'autorité. L'homme, satisfait de le voir se plier ainsi à la sanction, contourna le bureau pour se placer derrière le jeune homme. Il déplia la corde de chanvre, leva le bras et attendit que le supplicié commence à réciter l'ode à la foi Aristotélicienne, comme il est de coutume. Il articula chaque mot distinctement, presque avec ferveur, mais son esprit était ailleurs, dans une chambre d'auberge élégamment décorée où il attendait patiemment, presque une décennie auparavant.


Grâce à la pensée et la création du Très-Haut,
Nous pouvons vivre sur ce monde.
Grâce à l'éducation du prophète Aristote,
Nous avons retrouvé la voie Divine.
Grâce à Christos montré en exemple,
Nous savons de qui nous inspirer.


A la fin de la première strophe, le fouet s'abattit sur sa peau fine, y laissant un sillage rougeâtre. Les doigts crispés sur le bois du bureau, Aymeric dut lutter pour desserrer la mâchoire et continuer de réciter la prière car s'il ne le faisait pas, il devrait tout recommencer.
Pour oublier la douleur lancinante, il se concentra sur son souvenir, lorsqu'il était plus jeune, assis sur son lit, les pieds se balançant dans le vide, et qu'il entendit des pas dans l'escalier.


Tout les jours nous en sommes reconnaissant,
De vivre et prospérer pour Sa gloire.
Tout les jours nous en sommes reconnaissant,
de vivre dans la Foi et Sa lumière.


Nouveau coup de fouet. La pointe vient s'abattre sur la chair tendre de son flanc. Il se plie sur le côté, des larmes naissent au coin de ses yeux fermés avec force. Ses lèvres restent closes alors qu'il a envie de gémir, il ne veut pas faire entendre à son bourreau à quel point son travail est bien fait.
Dans sa tête, il voit la poignée tourner, la porte qui lui semblait si grande s'ouvre lentement pour laisser apparaitre une imposante silhouette vêtue d'un mantel sombre.


La Créature sans Nom,
Essaie de nous détourner.
La Créature sans Nom,
Veut qu'on s'égare de la voie divine.
La Créature sans Nom,
Nous trompe avec ses paroles.


Le religieux frappe encore, plus fort, pour ancrer cette strophe dans sa chair labourée. Il sent des gouttes de sang chaud ruisseler dans son dos. Il essaie de ne pas imaginer les larges traits qui s'entrecroisent sur son corps. Ses bras tremblent, tout son corps frémit. Ses lèvres, mordues avec force, laissent échapper un soupire de douleur. Son corps souffre, son esprit s'est replié sur lui-même.
L'immense silhouette retire son mantel et ses bottes, s'installe confortablement dans un large fauteuil et soupire d'aise. Lui, saisit le dessin qu'il avait fait : il y avait trois personnages, lui, plus petit que les deux autres, un homme couronné et une femme avec un tablier. Tous souriant devant un grand château au milieu de plein de verdure. Il s'approche de l'homme et lui donne son cadeau.


Mais grâce à la raison,
Qui nous donne le pouvoir de résister.
Mais grâce à la Foi,
Qui nous aide à passer les tromperies.
Mais grâce à l'amour,
Que Dieu Créateur et Père nous inspire.


Dernier coup donné. Dernière souffrance pour aujourd'hui. Les têtes grimaçantes qui sentent croustiller du gravier sous leurs dents ne valaient pas ce mal, mais c'était le prix à payer pour affirmer sa liberté. Les jambes, faibles, plient sous le poids de son corps qui lui semble si lourd. Les paupières mi closes, il voudrait de l'eau fraiche pour éteindre le feu qui lui brûle le dos ; il voudrait s'asseoir et prendre un repos bien mérité ; mais il se redresse en appuyant sur ses bras amaigris par les privations de nourriture. Il essaie de rester droit autant qu'il peut tandis que l'homme observe, espérant faire couler la discorde à travers les plaies béantes.

Et dans son souvenir, l'ombre sourit en saisissant le vélin, observe un instant le dessin et le chiffonne, agacé, devant les yeux brillants de l'enfant. Son cadeau finit dans l'âtre de la cheminée, rongé par les flammes. A l'époque, il ne comprenait pas.

L'ecclésiastique retourne s'asseoir à son bureau, tandis que l'adolescent entrouvre ses lèvres carminées pour l'ultime provocation, la fin de la prière prononcée comme un reproche envers l'homme qui rangeait l'instrument souillé.


Nous savons nous défendre de la tentation et des péchés...

Il relève la tête, fier d'avoir passé cette épreuve, mais dans ses yeux brillent de la haine. Intimidé par tant de volonté, le directeur le congédia d'un mouvement de la main. Aymeric récupéra ses vêtements et sortit en claquant la porte derrière lui. Ce n'est qu'alors qu'il put se laisser aller, sans le regard de quiconque mis à part du Très-Haut. Il s'appuya contre le mur pour se laisser glisser au sol, le dos encore douloureux. Des larmes perlèrent sur ses joues tandis qu'il marmonna un appel à l'homme de son souvenir.

Père...
_________________
Dariusz
[Dijon. Pour se détendre en bonne compagnie]

Une journée de plaisir, de liberté se dessine à qui ont la possibilité de s'octroyer quelques jours de congés, et cela, pour un Duc, ce n'est point fort complexe.
Soleil radieux. Midi sonnant. Une légère brise caressant mon visage aux traits fins et calmes.
Cette même brise qui pousse si délicatement les nuages vers les sillons lointains laissant en offrande un ciel d'un bleu intense. Le printemps pointe le bout de son nez. Eole exécute magnifiquement son travail.
Je profite de cette grâce pour passer au milieu des chênes, des hêtres, des bouleaux de cette forêt éclairées par certains endroits.
Une béatitude complète.
Une vie parfaite.
Sans aucune tâche.

C'est à cet instant, sans que je le sache encore, qu'un volatile vint s'installer dans le dédale de poutres du pigeonnier de l'auberge où je passe mes nuits et quelques moments de ma journée.
Un pigeon qui détient un message qui sera glissé un peu plus tard sous la porte de ma chambre.
Une missive si bien cachetée qui n'apporte pas que des bienfaits à son lecteur.

Pendant que l'aubergiste s'affairait, je m'octroyais une sieste à l'ombre des feuillages.
Dans mes pensées, je respirais, paisiblement. Je remettais en place mes idées, mes projets, mes conversations à venir avec de charmantes personnes.
Cependant, c'est sans compter les cauchemars que l'on fait parfois lorsque l'on joue à refouler ses souvenirs. Et je vis mon fils, du moins mon bâtard. Pour une raison que j'ignorais à l'instant, je sentais qu'il avait quelques soucis ou qu'il allait me causer des problèmes.
Et là, toutes mes souffrances resurgirent d'un coup, d'un seul, m'emportant dans un passé avec cette femme qui mit au monde mon seul enfant, une progéniture désirée, mais malheureusement rejetable de par son statut.
Pourquoi donc a t'il fallu en une soirée que l'on use de nos charmes de façon peu aristotéliciennes?
Pourquoi a t'il fallu qu'un gamin vienne déranger la vie paisible d'un veuf et lui rappeler ses égarements futiles?
A présent, je me retrouve avec une mauvaise réputation, à jamais, sur mes épaules.

Le réveil fut rude, et la tristesse laissa place aux recouvrement du ciel, moins jovial qu'au début.
Complètement abattu par ce coup du sort, je préférai rentrer à l'auberge afin de faire effacer ce moment de mon esprit.
C'était sans compter la fameuse lettre qui se trouvait apposée au sol, sur le parquet, vicieuse et mesquine.
Je la scrutais nerveusement.
A dire vrai, je n'aimais guère les lettres, surtout lorsqu'elles sont présentées de la sorte avec pour sceau la signification que mon fils aura encore présenté quelques troubles à son école.
Ce n'était aucunement la première fois qu'il avait des nouvelles de la sorte, des nouvelles perturbantes et dérangeantes. Surtout au niveau de la bourse qui se désemplit toujours un petit peu plus.
A lui souhaiter une éducation meilleure pour redorer le blason de la famille, voilà qu'il fait l'inverse de ce qui est souhaitable.
Si je le tenais à portée de main, cette dernière se trouverait sur le visage du gamin.

Soupire de désolation.
Ouverture du bout de papier.
Lecture.




A Sa Grâce de Wroclaw,
Bienveillantes salutations,

Cette missive écrite dans le sens de vous mettre en prévention de l'agissement de votre fils, Aymeric de Wroclaw.
Insoutenable personne qui n'agit aucunement dans le sens prescrit de notre établissement.
Par maintes fois, il aura su causer multiples erreurs, à répétition.
La responsabilité de notre corps enseignant en devient de plus en plus rude et je doute, avec regret, que votre progéniture daigne s'améliorer afin que l'on accepte le garder plus longuement encore.
L'art d'être un gentilhomme est fort complexe à faire assimiler à des jeunes gens, cependant primordial.
Si vous consentez à nous offrir les moyens dont nous avons besoin, une nouvelle fois, nous pourrons faire l'effort de persévérer à son égard.
Autrement, nous devrons le rejeter.
Nous sommes certains que vous comprendrez notre désarroi face à cette situation peu habituelle, et nous sommes certains que vous ferez le nécessaire pour son avenir ainsi que le votre.

Pax Vobiscum,
Collège de Saint-Bernard


Après relecture, et souffrance morale vint la réduction en cendre de ces nouvelles. Non point pour les refouler, mais c'est ce que je faisais à chaque fois pour éviter de la relire encore et encore.
Bien, il fallait donc faire parvenir à ce collège une ou deux bourses d'or ainsi qu'un message d'excuse.
Ce que je fis sans attendre davantage. Prétextant que mon fils était sans doute plus intelligent qu'il n'y paraissant et que, sans doute, il devait s'ennuyer durant les cours.
J'appuyais seulement un peu plus sur le fait qu'il ne fallait pas lésiner sur les punitions corporelles, il n'y a que comme cela qu'il se calmera.
Du moins, c'était à croire, c'est ce que je souhaitais croire.



[Flashback!]

Quelques années après le décès de ma fiancée.
Une douleur aigüe toujours présente, me fouettant l'âme.
Je passais mes journées à boire, seul, ou en compagnie. Compagnie qui pouvait être très chaleureuse à certains moments.
Il fallait que j'oublie. Mais à chaque fois que je poussais la porte de la chambre où j'avais mes quartiers, ce gamin venait à chaque fois me présenter un dessin ou tout autre chose qui me rappelait comment il est complexe d'oublier. Même après quelques barils d'alcools forts.

Ce soir là, j'allais pour me reposer dans le fauteuil si confortable qui se trouvait dans ma chambre. Je montais les escaliers. Il était tard, j'étais éreinté.
Je poussais la porte qui feint de s'écraser durement contre le mur. La refermant, me dirigeant vers le confort, m'y faisant tomber lourdement.
Je soupirais.
Il vint à moi, m'offrant un dessin. Encore un fois, il représentait là ce que je n'appréciais aucunement de voir.
Le feu allait devoir s'en nourrir, comme tout les autres.
Ce qu'il fait à la perfection.
Mon regard se tourna vers l'enfant, plutôt sombre et peu aimable pour quelqu'un de cet âge.


Prépare tes affaires. Demain, on prend la route.

Sans rien ajouter de plus, je me levais et alla me coucher.
Le lendemain, l'enfant saura qu'il devra passer sa jeunesse dans un établissement d'étude. Qu'il ne reverra pas son père avant d'être un gentilhomme, bien éduqué.
Je le laissais là, sans me retourner pour partir plus seul que jamais.



[Retour à l'instant présent!]

Je couchais sur le papier quelques mots à destination de ce bâtard.
Je prenais soin de ne pas indiquer un lien qui nous unissait, je voulais qu'il sache que je serai fier de lui que lorsqu'il fera quelque chose de bien de sa vie.




A Aymeric de Wroclaw,

Une nouvelle fois ma bourse se vide.
Une nouvelle fois, je sens que cela ne donnera rien de bon.
A la prochaine bévue, je monterai à Paris, je te trouverai.
Sache seulement que si j'en viens à me déplacer, le prix à payer en sera énorme.

Dariusz de Wroclaw
Duc de Wroclaw
Baron de Plok


Sobre et efficace.
Direct et clair.

_________________
Aymeric
[Retour à Paris sous la neige]

Pendant plusieurs jours, il ne fut pas rare pour ses camarades de dortoir d'entendre des sanglots étouffés. A l'heure où tout le monde dormait, blottis dans leur couverture, Aymeric était allongé sur le ventre, sans rien sur le dos malgré la fraicheur ambiante. Il pleurait toutes les larmes de son corps, le visage enfoui dans son oreiller pour cacher sa tristesse.
Il avait mal, parce que son père a préféré payer une pension plutôt que s'occuper de lui, parce que même un drap réveille les plaies de son dos.
Il souffrait, parce que son existence faisait honte à son père, parce que le religieux le brisait peu à peu avec ses supplices.

La joue écrasait dans l'humidité de son oreiller, il finit par s'endormir, épuisé, vaincu par la fatigue, à bout de forces. Et dans son rêve, il vit son père qui lui souriait, qui lui ébouriffait les cheveux après qu'il ait retiré son casque. Il semblait si fier de voir son fils enfin chevalier. Il vit aussi sa mère, morte à sa naissance, qui ressemblait à ce qu'on lui avait décrit : ses cheveux blonds ondulés dans le vent et une lueur de joie brillait dans ses yeux émeraudes. Tous les trois étaient heureux car ils formaient une vraie famille. Bonheur éphémère qui ne dura que l'instant d'une nuit.



[La glace fond, le Soleil brille et les adolescents bourgeonnent]

Après l'hiver vint le printemps. Les plaies s'étaient transformées en cicatrices, une servante avait eu pitié de lui et l'avait soigné avec ce qu'elle avait sous la main. Et la lutte contre l'autorité continuait, plus dure encore. De mauvaises farces, il était passé à la destruction de tout ce qui lui passait sous la main. Certains le suivaient dans sa folie furieuse, il était l'investigateur de la vendetta qui s'installa bientôt entre les murs du collège.

Ainsi, le bureau du directeur fut saccagé : le fouet fut découpé en petits bouts avec un large couteau de chasse ; le plancher était jonché de papiers et de débris de verre ; la grande armoire gisait sur le sol, inerte. Le peu d'objets décoratifs qu'Aymeric trouva, il les jeta aussi loin qu'il put dans les jardins. S'il n'avait pas été averti par ses complices que quelqu'un approchait, peut-être aurait-il eu le temps d'allumer un feu avec les rideaux.

L'emblème de l'école, un gros matou câlin bien dodu au poil gris et fin, aimé des adultes comme des enfants, fut retrouvé par les cantinières à l'heure de leur service. Le cadavre rigide de l'animal était suspendu par la queue par un énorme clou rouillé au dessus de la porte d'entrée. Éventré vivant, Aymeric avait attendu que l'animal finisse d'agoniser pour lui retirer les yeux avec une cuillère, devant les visages écœurés de ses amis. Il eut un pincement au cœur de torturer ainsi cet animal qui venait parfois lui lécher le bout des doigts avec sa petite langue râpeuse, mais il n'y avait pas un prix qu'il n'était prêt à payer pour se venger, pour lire la peur dans les yeux de ces adultes tyranniques lorsqu'ils le regarderaient en face. Ainsi, il avait pris sur lui-même pour plonger son index dans la plaie béante de l'animal pour inscrire son message sur le mur.


Nigris terris insistere faceret unquam viridi

La devise de sa famille écrite en lettres de sang. Si les gens en avaient connaissance, sûrement l'ecclésiastique lui aurait lui-même brisé les coudes à coup de barre de fer. Mais il n'en savait rien. Il ne pouvait que le soupçonner, comme le reste du monde, mais en homme mûr, il savait qu'en essayant de faire un exemple, il ne ferait en vérité qu'un martyr, et tous les autres élèves se rebelleraient. Alors le vieil homme n'eut d'autre choix que d'écrire au père d'Aymeric, espérant ainsi le faire renvoyer en toute discrétion, ou au moins mettre un peu d'argent de côté pour ses vieux jours.


[A l'extérieur : la guerre ; à l'intérieur : la révolution]

Les actes de vandalisme continuaient par vagues : des parterres de fleurs saccagés, des portes enfoncées, des lampes cassées. Il avait même dû s'en prendre à un surveillant qui a failli les surprendre entrain de piller les réserves. Heureusement, l'homme eut très vite le nez écrasé contre le mur et les adolescents disparurent au détour d'un couloir.

Tous les élèves étaient en étude, silencieux, concentrés sur leurs devoirs, même Aymeric, lorsque le surveillant au nez cassé fit irruption dans la grande salle, marchant d'un pas rapide jusqu'au jeune homme qui s'était redressé.


Une lettre pour toi, dit-il en tendant la missive d'un air impatient.

Comment va ton nez ? demanda-t-il, moqueur, tout en se saisissant du pli.

La ferme, sale bâtard ! s'exclama-t-il pour lui rappeler sa condition, avant de lui mettre une tape sur la tête, ce qui ne fit pas disparaitre le sourire goguenard.

Il songeait que bientôt, il lui rendra chaque coup ; mais avant, il déplia la lettre avec curiosité tout d'abord, sa joie disparut très vite au fil des mots, ses yeux s'emplissant de larmes incontrôlées.

Sa bourse se vide, il n'est donc qu'un investissement d'argent pour son père.
Il ne donnera rien de bon, car c'est un bâtard, une erreur de jeunesse, le mouton noir qu'il faut cacher.
Il montera à Paris pour le trouver, pour le corriger lui-même, puisque le collège auquel il l'a confié n'y arrive pas.
Le prix sera énorme, comme celui de sa naissance, une enfance loin de tout amour paternel, la honte de son père incarnée.

Les larmes coulent sur ses joues. Il sait que cela ne sert à rien de pleurer, mais ça soulage. Plus personne ne s'étonne de le voir si triste, eux qui revoient leurs parents à chaque vacances. D'un geste rageur, il essuie son visage sur sa manche.

Un jour, il sera la fierté de son père. Il fera tout pour y arriver. Pour commencer, regagner sa liberté.

_________________
Aymeric
[Voir si l'herbe est plus verte en dehors de ces terres brûlées]

Il avait mûri son plan pendant plusieurs jours, les yeux grands ouverts dans le noir. Les hostilités avaient cessé pendant tout ce temps, c'était le calme qui annonçait la tempête. Personne ne se doutait de ce qui allait se passer cette nuit là, même pas ses plus proches amis, car c'était sa vengeance à lui, sa lutte contre sa nature de bâtard qui lui a valu d'être enfermé ici, comme un chien à la fourrière, pour être dressé. Et s'il finissait boiteux, éborgné ou manchot, tant pis, on le noierait dans un lac ou on le tuerait à la tâche. Lui voulait montrer à tous qu'il était aussi méritant qu'un fils légitime.

Ils avaient attendu que le surveillant de garde soit passé pour sortir du dortoir en courant. Il fallait faire vite, des lits vides ne passaient pas inaperçus face à la lampe d'un surveillant. Aymeric et ses amis s'arrêtèrent devant la grande porte menant à la cour. Un long silence s'installa où tous se regroupèrent autour de lui. L'air grave, car c'était peut-être la dernière fois qu'il les voyait, il leur dit :


Vous savez ce que vous avez à faire.

Hochements de tête. Le temps jouait contre eux, ce n'était pas le moment de se souhaiter bonne chance, même si le cœur y était. Eux sortirent dehors tandis que le jeune homme emprunta le couloir menant au bureau du directeur, le cœur battant à tout rompre mais il était déterminé. Aujourd'hui était jour de paye, les pensions des familles étaient arrivées et le vieil avare aurait passé sa nuit à faire les comptes si la porte de son bureau ne s'était pas ouverte. Il ne leva pas la tête, pensant que c'était un surveillant zélé qui venait lui demander s'il voulait quelque chose à grignoter. La porte se referma doucement sans qu'aucune voix ne s'éleva. Ce n'est qu'alors qu'il releva la tête de ses comptes pour voir avec stupéfaction Aymeric qui se tenait devant lui.

La surprise peut-être, la peur sûrement, l'empêcha de demander au jeune homme ce qu'il faisait là, seul. La chemise entrouverte à moitié sortie de son pantalon, ses chausses nouées avec négligence, il se tenait droit devant son bourreau. L'ombre des bougies faisaient danser sur son visage des ombres qui accentuaient l'air froid de son visage. Car la vengeance est un plat qui mange froid.


Aymeric... C'est vous ? Que signifie votre présence ici en pleine nuit ?

La voix essayait de se faire autoritaire, mais le tremblement de sa voix trahissait la peur qu'il éprouvait. Pourtant, il aurait dû s'attendre au jour où il aurait à payer toutes ses punitions ; et ce n'est pas son nouveau fouet qu'il était entrain de discrètement sortir du tiroir qui allait le sauver. Aymeric, lui, releva sa chemise, laissant voir une partie de ses côtes maigres et un large couteau de cuisine. Il en saisit le manche et le sortit de sa ceinture, serrant si fort l'arme dans sa main que les jointures de ses doigts devinrent blanches.

Il s'avança, silencieux, les sourcils légèrement froncés, son souffle rauque témoignait de la rage qui lui comprimait les entrailles. Il avait tant rêvé à ce moment, et maintenant qu'il y était, il ne pouvait plus hésiter devant le fouet brandit, devant les injures et les menaces de son tortionnaire qui se retrouvait dos au mur, sans possibilité de fuite.

Pour la première fois de sa vie, il se sentait fort dans cette pièce. L'homme en face de lui n'était qu'un minable ecclésiastique qui tremblait de peur devant la lumière qui se reflétait dans la lame aiguisée. Un sourire mauvais prit naissance le visage d'Aymeric qui sentait la libération proche, autant que la distance qui les sépare tous deux. Il contourne le bureau sans le quitter des yeux, la crainte d'avoir mal avait disparu, aussi, il ne recula pas lorsque la corde de chanvre vint lui barrer le torse d'une nouvelle marque. Le corps raidit par la douleur, il expira profondément et d'un geste vif, balafra sans hésitation le visage du directeur qui s'écroula en gémissant de douleur, ses longs doigts pleins de sang sur la plaie.

Animé d'un profond dégoût pour cet homme qui lui avait fait vivre un enfer pendant une partie de son enfance, il posa la lame souillée sur le bureau à côté de lui et le laissa à ses prières entrecoupées de sanglots. C'était à lui d'appeler le Très-Haut, maintenant, et d'arborer une cicatrice qu'il ne pourra pas dissimuler. C'était un juste échange contre toutes les marques cachées sous la chemise qui disparut derrière la porte.

Après s'être remis de ses émotions, il rejoignit ses amis qui attendaient, tapis dans la nuit, au pied du grand mur qui entourait l'école. Ils avaient installé l'échelle volée au jardinier dans son débarras pour permettre au fugueur de passer de l'autre côté du mur.

Mais avant, il fallait leur dire au revoir. La Lune, seule témoin des pleurs enfantins, d'accolades amicales, de promesses de se retrouver. Ils étaient comme des frères, comme cette famille qu'il n'a jamais eu, ils n'avaient pas besoin de père qui ne les aimaient pas. Et pourtant, s'il faisait tout cela, c'était pour le sien. Pour qu'il soit fier de lui et qu'il le voit comme son digne héritier.

Les marches furent vite escaladées. A cheval sur le mur, Aymeric jeta un dernier regard à ses complices. Son visage était inondé de larmes, il eut un pincement au cœur de les abandonner ainsi. Il leur fit un dernier signe de la main, un adieu provisoire, et sauta vers la liberté, sur le matelas pris au dortoir qu'ils avaient placé là pour lui, et qui ne fut pas assez épais pour lui épargner la douleur du sol dur sous son corps qui retombe en un bruit sourd. Il se releva péniblement, leva la tête vers le mur pour écouter leurs interminables souhaits de réussite, jusqu'à ce qu'une voix, bien plus grave, celle d'un surveillant, ne recouvre leurs voix. Puis plus rien. Il était seul maintenant, livré à lui-même. Il regarda autour de lui toutes ces rues mais mal éclairées, tous ces coupes-gorges dont il fallait se méfier. Ainsi il partit à l'aventure, rencontrer la gloire, pour faire la fierté de son père.



[Lutter ou suivre le courant de ce long fleuve agité qu'est la vie]

La guerre faisait rage à l'Ouest, parait-il. C'est donc à l'Ouest qu'il irait. Les élèves avaient le droit, fréquemment, de consulter les dernières nouvelles publiées par la Kingdoms Associated Press ; ainsi, il avait suivi avec grande attention les récits de la Croisade contre l'Angevinisme. Il voulait rejoindre les armées fidèles à l'Église et ainsi commencer sa carrière militaire, pour espérer être un jour un grand stratège.

Sauf qu'il avait sous-estimé le temps du trajet. Arrivé à Saumur, la guerre était déjà finie. Vêtu comme un lépreux, affamé et sans rien d'autre que la force de ses bras. Il n'aurait pas survécu longtemps s'il n'était pas entré au service d'Aurile Valmont-Merteuil de Penthièvre, une jeune demoiselle plus jeune que lui de quelques années, en tant qu'écuyer. Assuré d'être nourri et logé, il la suivit partout dans ses voyages : de la tentative de prise de Périgueux à son anoblissement dans le Limousin en passant par leur voyage jusqu'au Maine pour récupérer la mère de l'angevine qui avait décidé de piller une mairie sur un coup de tête.

Un soir, dans une chambre d'auberge à Limoges, alors qu'il repensait à tout le chemin qu'il avait parcouru pour arriver jusqu'ici, Aymeric décida de prendre de l'encre et une plume pour écrire à son père qui n'avait aucun moyen de savoir où il était. Il ne doutait pas que l'homme fut à peine toucher d'apprendre la fuite de son bâtard, cela lui a épargné la peine de verser des pensions supplémentaires pour une bouche indésirable, mais il espérait que son géniteur ait eu de la peine, au fond de lui, de savoir sa chair et son sang disparaitre ainsi dans la nature. La main tremblante à l'idée que l'homme lise ces mots.




A Sa Grâce Dariusz de Wroclaw,
en son hôtel particulier de Cahors en Guyenne,

Père,

Je vous écris cette courte lettre pour vous prévenir que je vais bien. Je suis en ce moment même à Limoges, dans le Limousin, où j'ai essayé de me faire une situation acceptable.

Si vous désirez me rappeler à votre joug en me sachant toujours en vie, je le ferai.

Aymeric


Le ton de la lettre était volontairement sec car son père, malgré les années, n'accepterait peut-être pas une quelconque marque de tendresse de sa part. Il fit expédier la missive avec la peur de sa réponse... ou de son silence.
_________________
Dariusz
[Réception d'une lettre et quelques bibelots broyés plus tards...]

-GOTTFERDOM!!!

Un long hurlement résonna dans la chambre, passa par les fenêtres ouvertes, s'infiltra sous quelques portes, pénétra dans le Grand Salon au rez de chaussé pour terminer chez quelques voisins point si éloignés.
Rage, colère entremêlée d'airs carnassiers, poings repliés prêts à se jeter sur quelques décoration de l'endroit.
Oui, j'en étais aveuglé.
Aveuglé par quelques dizaines de lettres reçues que j'avais gardé, contrairement à mes habitudes de les brûler. Des missives qui trônaient sur mon bureau, me fixant désagréablement.
A chacune, ma bourse s'en trouvait amoindrie.
A chacune, ma colère s'en trouvait grandissante.
A croire que mon bâtard de fils ne cherchait qu'à ce que je vienne le corriger moi même...

La dernière en date, de cet établissement, m'avertissait de la fugue d'Aymeric après avoir lacéré le visage du Père Supérieur.
Je passais mes nerfs de la seule façon que je le pouvais et pourtant ce n'était guère en mes habitudes que d'agir de la sorte. Les gonds m'en étaient détachés. Un long soupire pour calmer la situation. Une chaise pour s'y asseoir et réfléchir à une quelconque sentence, du moins, si je le retrouve.
Et, mystérieusement, un large sourire vint s'afficher et se coller sur mon visage sans que je ne parvienne à l'y déloger. Mais au final, dans mes pensées, je me revoyais dans ma jeunesse à faire choses pires que ce que le gamin aura fait jusqu'alors.
Il n'est pas si différent de moi, héritage génétique, la nature est bien faîte, certainement.
A présent, reposé de ces souffrances, il serait temps de retrouver le fugueur.

Me levant et me dirigeant vers la sortie, mandant à l'aubergiste de faire amener ses affaires en endroit approprié au long voyage qui se préparait, je grimpais sur mon destrier, toujours prêt à cette heure ci.
Un dernier tour au village, puis retour en auberge afin de prendre ses biens.
En route!



[Paris, la Grande]

Une dizaine d'années défilèrent sans qu'un pied ne fut replacé avec assurance en cette ville étrange où se mêlent débauches, vols, meurtres et raffinement.
C'est d'ailleurs plutôt un sabot qui fit le premier geste pour entrer en ce lieu tout de même magnifique.
Ruelles pavés, destrier les faisant claquer en leur milieu afin de ne connaître aucune anicroche avec ces habitants déniaisés par la vie dans la Capitale.
Les églises, les cathédrales, les monuments à la grandeur de Dieu, des Roys de France.
Tout cela imposait le respect et la ferveur d'esprit. Mais peu de nature s'y trouvait, les maisons s'agglutinaient ci et là, entassées dans des culs de sac immenses. Les marchands hurlaient que leurs poissons étaient frais alors que rien qu'à l'odeur, cela en disait long sur le mensonge portées pour l'obtention de quelques écus soit disant bien mérités.
Des gens courraient, bourses à la main, tels des voleurs qu'ils sont bien évidemment.
Des appels au secours non entendus par la génération de personnes aptes, pourtant, à aider n'importe qui dans le besoin.
Mais c'était à peine s'ils aident déjà les mendiants qui jonchaient les pavés, parfois la terre à nue, dans l'espoir d'avoir une vie meilleure.

Désolations, rêveries, frayeurs, béatitude. Sentiments éparses.
Arrivée au point nommé Collège Saint-Bernard. Qui était Saint-Bernard? Que ne sais-je et que me fichais-je humblement. L'important était qu'il s'agissait du dernier endroit où mon fils se trouvait. Peut-être aura t'il, d'ailleurs, été prit par un quelconque garde dans une ruelle sombre puis ramené en tel lieu.
Bâtiment imposant. Passé la grille, je mis pied à terre, offrant à la charge de quelques élèves, sous ordre d'un surveillant, mon destrier. J'attendais dans la cour que le Père Supérieur daignait venir à mon encontre, comme l'on m'avait dit.
Grands espaces, entretient parfait. Pourquoi avait-il prit fuite? C'est magnifique et cela prête parfaitement à l'étude dans un calme religieux.

Un homme, plutôt vieux, balafres au visage, visiblement énervé de part sa façon de marcher, plutôt vive.
Sourire commercial. C'était trop à la vue de qui allait se passer par la suite.
L'homme se posta devant moi, regard inquisiteur, dérangeant, imposant. Je voyais d'ailleurs un fouet attaché à son ceinturon, était-ce pour moi? Non, tout de même pas!
Il ne pourra rivaliser avec une épée qui se tient paisiblement sur le côté droit de mon corps moins décharné que le siens.
Et c'était, étrangement, qu'il prit la parole, d'une voix plutôt calme malgré les sentiments que trahissaient les traits de son visage.


-Vôtre Grâce... C'est un bonheur que de vous rencontrer de nouveau.
Vous avez correctement reçu les lettres que je vous ai envoyé? Bien, bien. C'est parfait. Vous pouvez juger de ce que vôtre bâtard aura fait de moi, les bêtises qui s'enchaînent et qui se terminent dans le sang d'un autre homme.
Croyez bien que les punitions se firent plus dures et plus sévères, mon fouet n'aura jamais été autant utilisé que pour cet enfant.
Mais dès qu'il aura tué le pauvre animal que nous venons tout juste de mettre en terre, j'eus compris qu'il ne serait plus jamais aussi convenable que nous l'aurions souhaité.
Vôtre Grâce, je suis navré de devoir vous informer que vôtre bâtard ne sera jamais un gentilhomme, mais un mécréant, qu'il terminera sa vie envahit d'une horde de bubons pestilentiels, la main tendu pour l'obtention de quelques écus et...


Sourire effacé. Lassitude extrême. Sourcils froncés. Ton impérieux.

-Assez de palabres. Je vous l'ai confié. Je vous ai offert quelques dîmes de charité, vous n'avez pas su le tenir. Avant que je n'exige le remboursement intégral des frais engendrés, je souhaiterai voir, et de suite, mon fils.

Décomposition encore plus extrême du visage du religieux. A cet instant, l'on pouvait voir qu'il était réellement en situation délicate entre le risque de perdre son argent durement mérité, et le risque qu'engendrait le fait de me stipuler qu'Aymeric n'était guère en ce lieu.
Qu'il était partis sans jamais donner de nouvelles ou revenir.
Il semblait me regarder, l'air de dire: "Tel père, tel fils..." dans un large soupire.


-Vôtre Grâce. Nous ne sommes parvenus à mettre main sur son collet. Nous ne savons guère où il se trouve en ce moment même. Sachez que j'en suis extrêmement nav...

J'appréciais le fait de ne pas le temps aux hommes qui ne me revenaient pas de terminer leur phrase sans intérêt.
Je préférais tourner les talons, récupérer mon destrier qui semblait avoir été légèrement disgracié par les étudiants. Rien de bien grave compte tenu de la situation. Je pris route pour rentrer en Bourgogne. Je ne puis, seul, faire l'enquête sur la disparation de mon petit, certainement recevrais-je nouvelles de quelques personnes charitables plus tard.
Durant la route, je réfléchissais à ce que je pourrai faire une fois que je l'aurai attrapé.
Plusieurs choix se portèrent à mon esprit. Plutôt amusants...



[Retour en Bourgogne, dans la belle auberge. Réception d'une missive qui attendait aimablement mon arrivée...

-Vot' Grâce, vot' valet d'Cahors vous a envoyé ça. J'espérais qu'vous r'viendrez, alors j'l'ai gardé. V'là

Je n'appréciais réellement pas cet argot. Mais tant pis, il n'avait point mauvais fond au final. Remerciements de mise.
Et lecture de la lettre. Mon fils!
Ecriture simple, sans fioritures, voire, sèche. Avec tout de moins une pointe de soumission.
Limoges. Limoges. Bel endroit pour y commencer sa vie, ou pour la terminer.
Montée des marches, ouverture de porte, place sur le bureau, prise de vélin, de plume et d'encre.
De nouveau scribe...




A mon fils,
Aymeric de Wroclaw,
Limoges,

Aymeric, les actes nauséeux commis en un établissement noble et religieux ne resteront aucunement impunis.
Je prend route pour Limoges, en ce jour, te retrouver.
L'intérêt est pour toi que de m'y attendre et d'être présent le jour de mon arrivée.
Auquel cas, je saurai faire ce qui se doit pour te faire capturer par quelconque autorité compétente.

Dariusz de Wroclaw
Duc de Wroclaw
Baron de Plok


Lettre concise, presque trop administrative pour être envoyée à un fils.
Mais, il n'avait, sans le penser, changé quelques formes visibles.
Pour la première fois, il l'avait nommé, dans une lettre, "mon fils"

_________________
Aymeric
[Tout s'emboîte... ou pas]

Une auberge, dans Limoges
Une chambre, dans l'auberge
Deux jeunes gens, dans la chambre
Le garçon, à côté de la fille. Et surtout pas dedans.

L'Amancuyer et sa Suz' dorment sous une épaisse fourrure de bête. Son torse nu est plaqué contre son dos frêle, un bras est passé au dessus d'elle et leurs mains entrelacés, son souffle chaud fait balancer quelques mèches brunes au rythme de sa respiration. Ce n'est pas dans leurs habitudes de partager la même couche, mais ce soir là, il avait insisté, à grand renfort de caresses, pour dormir avec elle. Depuis qu'il savait que son père allait revenir, il ne pouvait pas dormir sans faire de cauchemars ; alors il avait pensé que la présence de son amie l'aiderait à trouver le repos.

Et puis, ils avaient un chaperon, présent avec eux, sous la fourrure. Il était incorruptible, infatigable, infaillible. Tout de fer vêtu et âge de quelques années, il ne s'enlevait jamais d'entre leurs corps pourtant désireux l'un de l'autre, parant chaque mouvement de sa virilité qu'il pouvait faire contre elle. Cette ceinture de chasteté qu'elle porte depuis toujours, comme toute demoiselle angevine noble. Il avait fini par s'habituer au contact froid du métal comme on finit par s'habituer aux chaînes qui nous retiennent captif, entravent nos mouvements.

Pour une fois, il n'eut pas besoin de l'aide de l'astre solaire pour se réveiller. Il eut comme le pressentiment qu'il devait se lever. Glissant sa main tiède sur les courbes de sa hanche, il se détache lentement d'elle pour ne pas la réveiller avant de recouvrir son épaule nue avec la fourrure. Il l'observa dormir pendant de longues minutes, penché au dessus d'elle, si belle lorsque son visage est serein. Il eut envie de caresser sa joue, d'embrasser ses lèvres closes, mais il finit par se redresser pour aller enfiler une chemise, ses braies et ses bottes, qu'il changera un jour pour une tenue moins sombre, sûrement.

Il referma lentement la porte derrière lui, sa belle endormie disparaissant dans l'entrebâillement de la porte, avant qu'il ne descende sur la pointe des pieds les marches. En bas, il aperçut le tenancier qui était déjà debout, entrain de laver les verres utilisés la veille. Aymeric s'approcha de lui et demanda s'il n'avait pas reçu de courrier. L'homme chercha dans sa mémoire, hésita à faire "non" de la tête, puis se ravisa et fouilla dans un tiroir d'où il sortit une missive. Le jeune homme prit la missive, le cœur battant, avant d'aller s'asseoir plus loin pour s'isoler. Il regardait la missive fermée, craignant le pire mais espérant le meilleur.

D'un geste expert, il déplia le vélin et lut les mots avec avidité, s'arrêtant un instant sur les deux premiers : "mon fils". C'était la première fois qu'il utilisait ces termes pour le désigner. Même la menace de sanction lui paraissait tout de suite plus douce : il le punirait comme un père se doit de punir son fils, pas comme un noble bat son bâtard pour frapper à travers lui son erreur. Il l'attendrait donc à Limoges, pour revoir cet homme dont le visage avait sûrement changer depuis toutes ses années, et peut-être aussi la vision qu'il a de son seul fils. Il prierait pour ça.

_________________
Dariusz
[Aparté cyrillique. Ou pas.]

Chers lecteurs, pas la présente vous vous demandez certainement quel intérêt y aura t'il à écrire ainsi une chose qui n'est aucunement indispensable au bon focnctionnement et déroulement de la chronique paternelle qui se déroule sous vos yeux.
Simplement, il y a des mots où revenir aux sources est indispensables pour satisfaire la plupart des gens.
Mauvaises gens que vous êtes. Aha.
Bref, tout ça pour dire que la narration change de vision pour reprendre la troisième personne qu'il aime tant et si bien que je vous demande, de grâce, d'oublier la première personne qui fut intempestive dans la première partie de l'histoire.
Cordialement, et bonne lecture.


[Le Rouge ou le Noir]

Qu'il est douloureux de se réveiller dans un affreux picotement de rein causé par, et notamment, une pratique assidue d'un équidé dont le confort pourrait s'apparenter à celui d'une chaire dans les université du Royaume.
En sachant cela, l'on pourrait s'étonner de l'absence du polak dans ces classes ternes et sans vie que celle qui vacille du fond de la gorge d'un professeur hargneux dont la joie de vivre se fait ressentir à milles lieues à la ronde.
Il serait aussi affreux de stipuler que la faute de ces douleurs provenaient uniquement d'une bestiole noble qui nous aide à voyager à une vitesse prodigieuse.
Oui, il existe d'autres bestioles nobles qui peuvent nous faire voyager d'une toute autre façon à une vitesse phénoménale, mais dans l'esprit, cette fois.
Une telle cause ne pouvait lui permettre de quitter la couche luxueuse de son abris de l'instant. Ce pourquoi, après avoir rendu visite au Collège Saint Bernard en la Capitale Françoyse, il ne pouvait s'acquitter de retrouver son fils dans des délais aussi prompt qu'il l'aurait souhaité.

Couché au préalable, il se redressa. Se caressa le dos. Le siens puis un autre.
Bâillements évasifs. Sourire à quidam se trouvait là. Courtisane bourguignonne d'un soir qui prenait malin plaisir à alléger ses bourses en quelques heures seulement, voire, quelques minutes. Esprit plus calme, sensation de bien être.
Il était prêt.
Prêt à reprendre la route, une nouvelle fois, sans aucune arrière pensée désagréable.
Avant cela, il était bien évidemment nécessaire de prendre un bain, de se vêtir convenablement, confortablement. Bref, de se pouponner comme une demoiselle le ferait avec soin.
Sauf que là, il fallait tout de même rester viril. Très viril. Fort. Très fort.

S'acquittant de ces tâches relatives sur sa peau, il s'en vint le moment de choisir vêtements. Quelle couleur prendre? Un jour de colère? Un noir de neutralité?
Boaf, les deux pourraient très bien exprimer ses sentiments une fois son fils retrouvé, à la simple vue des fripes luxueuses.
L'arme placée au flanc. Brillante au fond du fourreau. Accessible par un simple mouvement de la main.
Défouraillement assuré.
Les malins n'ont cas bien se tenir!



[Pour quelques miles de plus...]



Ecus d'argent sonnants et trébuchants une première fois sur la commode du côté du lit. Une seconde fois sur le comptoir d'accueil de l'auberge, à l'égard du tenancier.
Sourire frêle, mais présent.
Cuissardes remontée. Destrier enfourché. Talons frappés au flanc. "Hue Dada".
En route pour de nouvelles aventures sur les routes du Pays, en charge de se rendre entier au Limousin!

Croisements de fer inexistant. Toujours cette sensation de liberté. Douaniers pénibles, mais non récalcitrants. Passages de frontières, et puis d'autres.
Arrêts fréquents pour quelques nuits de repos bien mérités.
Limoges se dessine, toujours plus fortement, devant les yeux du Duc. Le toit d'une Cathédrale pointe vers le ciel. Des masures plus belles que dans les villages alentours.
Quelques masses de fumées de ci de là. Des gosses braillards dans les ruelles.
Des bourgeois heureux. Des paysans aux dos déformés.
La belle vie dans une coin chaleureux de la campagne profonde.

Cependant, point de vision du fils. Aucun endroit en particulier où chercher.
Rien qui ne pourrait conduire à l'attraper, de suite, à présent, maintenant.
Autant donc trouver une auberge dans laquelle se reposer, se rafraîchir légèrement afin d'enlever la poussière des vêtements et de la face.
Ce qu'il fit de suite. Endroit charmant, toujours aussi luxuriant, à l'image d'une ville calme et dynamique.
Attente à l'entrée qu'un aubergiste nettoyant ses verres daigne l'accueillir comme il se doit...

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Aurile.
L’histoire s'écrit sur la longueur d'une vie, chapitre par chapitre,
l'être évolue selon son propre rythme...

Elle a découvert malgré son jeune âge que La haine est un sentiment plus fort encore que l'amour, elle se cultive, elle crée une dépendance, une possession, un besoin vital d'avoir l'être haï proche de soi...Sois indifférent a tes ennemis, ils ne méritent pas ton amour" Elle a mis du temps à comprendre cette phrase lourde de sens. Alors elle prends soin que personne ne s’attache a elle.Mais dans la vie, il est des choses auxquelles on ne peut être indifférents. Ces choses qui vous mangent l'esprit,vous tordent le ventre, et vous paralyse les pieds. Ces aveux qu'on voudrait n'avoir jamais vus, entendus ou lus... L'indifférence n'est pas facile face à certains évènements, restés de marbre quand la colère est si forte qu'elle est difficile à contenir.La vie est un grand livre, les chapitres long de cette si jeune vie qui viennent de se clore seront dur a oublier, dans les profondeurs de son esprit ces mots resteront gravés. " Révèle toi, un seul mot de toi et nous seront là." Pas seule...Besoin de ... de faire le point...de relire ce livre où elle avait noté chaque jour ce dont elle avait été témoin... Ses racines sont ancrées au plus profond d'elle, seule ou non nul ne pourra les briser, le sang parle, elle l'avait vécu bien plus jeune... Dix ans alors... Ce que vivait Aym'ric, elle en connaissait chaque passages et émotions. ce qui allait suivre risquait d'être plus dur encore. L’histoire s'écrit sur la longueur d'une vie, chapitre par chapitre, l'être évolue selon son propre rythme...



Un soupire, un sourire, la petite jeune fille s’éveille regard curieux et méfiant aux alentours pas un bruit l’orage est passé, au travers de l’encadrement de la fenêtre de l'auberge où ils ce sont réfugié pour s’abriter, le ciel est d’une jolie couleur azuré. Un légers froissement de tissus de la robe carmin qu'elle saisie du bout des doigts pour la ramener sur sa poitrine et de prendre appuie sur un coude. De détourner son petit minois auréolée de cheveux noir de jais indisciplinés, rebelle tout comme son caractère, posant l’iris d’un vert bleuté sur une cuve de porcelaine accompagné d'une jarre d'eau fraiche sur la commode... Instinctivement elle le sait, il est temps, bientôt l'instant des retrouvailles va sonner... Et de lui laisser vivre ses moments alors qu'elle l'aura soutenue... accompagné a sa façon.


Un peu plus tard d'ouvrir la porte pour se glisser dans le couloir pour rejoindre les escaliers, de poser sa main fine sur la rampe avant d'en descendre lentement chaque marches. De laisser glisser le bleu de ses yeux sur la salle pour en observer chaque recoin, le posant tendrement sur Aym'ric plongé dans ses pensées avant d’apercevoir un homme d'âge mûr aux allures nobles... D'incliner discrètement son visage en s'arrêtant l'espace d'une seconde pour appuyer son geste. Aurile Valmont Merteuil de Penthièvre, a l’éducation très controversé, entre le savoir être et le savoir paraître de le noblesse ... Aux comportements surprenant causé par l’éducation très strict, atypique de sa mère, Isatan, capable de mettre une armée pour arrêter sa fille têtue pour la faire obéir, alors que la mioche n'avait même pas peur des mercenaires qui l'entourait la plupart du temps dans la cité Angvine... oui l’éducation des deux jeunes gens avait des similitudes, ils l'avaient deviné peut être des leur premiEr regard...

La jeune fille avance d'un pas puis d'un autre pour venir s'arrêter signer le registre de l'auberge,... nouveau bruissement léger de la robe carmin tandis que son port de tête est altier et fier, nuque légèrement dégagé alors que ses boucles brunes glissent sur l'une de ses épaules... Plume qui file d'une écriture gracile et délié avant de la reposer et de pivoter pour se diriger vers la sortie sans un mot... Sans se retourner alors que le fin foulard de soie qui s'enroulait autour de ses épaules glisse au sol sans qu'elle y prête attention.... Peut être un jour... peut être un ailleurs... peut être pas... qui sait ce que leur réserve le temps...

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L'Aurible Pestouille~14 ans~Fibre naturelle d'un kilt et d'une jarretière~~
Aymeric
[On s'est donné rendez-vous dans dix ans...]

Une bonne semaine s'était écoulée. Tous les matins, il attendait dans le hall de l'auberge, assis sur la même chaise, face à la porte, guettant les entrées. A chaque fois, il espérait voir apparaitre ce visage surgit tout droit de ses souvenirs : il n'eut droit qu'à quelques moments de fausse joie en voyant des hommes qui lui ressemblaient, grands, élégants, ténébreux, mais il s'apercevait que ce n'était pas lui, trop jeune, trop gras, les yeux trop bleus, la tête trop hideuse.

La déception comme toréador, des illusions comme fer de lance, et son cœur comme animal blessé, torturé et mis à mort. Seul sur sa chaise, perdu dans ses pensées mélancoliques, il n'osait même plus regarder la porte, ni personne. Il s'était fait une raison, larguant tout espoir : il ne viendrait pas ; au pire enverrait-il un homme de main s'assurait du silence ce mauvais souvenir qui se rappelait à lui, au mieux c'était un plaisantin qui avait répondu.

La tête baissée, apitoyé sur son sort, il ne se rendit même pas compte que les protagonistes de la pièce de théâtre qu'est sa vie entraient et sortaient de la scène pour un nouvel acte qui commença par la porte qui se referme. L'instinct, ou le destin, prit la tête du jeune homme entre ses larges mains impalpables et la lui releva pour que son regard se pose sur un morceau de tissu carmin gisant à terre, comme s'il l'attendait patiemment. Il se lève en silence, s'approche en hésitant, le ramasse avec une curiosité mal assurée. Il lève le morceau d'étoffe au niveau de son visage, le hume. Il connait son odeur. Son regard la cherche. Son cœur prie. Elle est partie, il le sent. Il le sait. Il reste immobile, le regard dans le vague.

Ils se sont dis bonjour lors de leur première rencontre, et ne sont jamais dis au revoir depuis, alors pourquoi se le dire cette fois là ? Au fond de lui, il se doutait bien que cela finirait comme ça. Et pourtant, il verse une larme. Elle n'a jamais été du genre à s'imposer, ni à ordonner, comme elle n'a jamais été jalouse ; plutôt à partir en douce pour le laisser vivre. Elle n'a pas agi autrement que d'habitude. Il sèche ses larmes. Son seul regret est de ne jamais lui avoir dis de vive voix qu'il l'aimait.

Il profite son odeur une dernière fois, nostalgique, avant de ranger précieusement le foulard dans sa poche. Ils se reverront, tôt ou tard. Il en est persuadé tandis qu'il se retourne et fait face à un fantôme qui réserve une chambre. Il a un mouvement de recule, les yeux grands ouverts. Il a changé, mais il le reconnait. Le taureau embroche le matador, mais il se demande ce qu'il va advenir de lui maintenant. Mélange de joie et de peur.


Père...
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Dariusz
[Aurible instant]

Sous le joug d'une quelconque pulsion hormonale propre à l'homme et de sa virilité, le regard du noble se posa sur le corps d'une jeune femme descendant les escaliers avec grâce et féminité.
La robe carmin virevoltait dans les airs avec grâces mais aussi un poil de provocation pour les regards braisés des taureaux qui traînaient dans le coin.
Alors qu'il attendait de se faire recevoir, il patienta en scrutant l'allure svelte accentuée par une façon de signer un registre presque trop équivoque au goût du Polak.
Sans sourire, et sans mots dire, il la laissa filer et lui se retourna au comptoir manquant de frapper dessus pour interpeler l'aubergiste.

Ce qui le fit interrompre son geste était une voix, venant de son arrière. Un son de jeune homme presque tremblant, on y goûtait la peur et la crainte, mais aussi et certainement la surprise.
C'est un goût exquis que de sentir la faiblesse provenant d'une autre personne à son encontre, mais seulement quand cela sort d'un esprit ennemi.
Demi-tour afin d'admirer un visage presque adulte, mais pas encore.
Traits fins, chevelure presque trop violente.
Cela lui rappelait quelque chose, comme un déjà vu, mais en plus vieux.
Stupeur. C'était lui. Le fils maudit. Il se tenait là sans savoir que trop faire.
Il avait grandit. Il avait changé. Presque 10 ans après une séparation, et le voilà un autre homme.
Le Duc passa un sourire sur son visage poussiéreux, puis s'approcha de son fils.
Le touchant du regard dans les moindres recoins.
De la droiture qui est sienne, de l'allure noble qu'il garda, le polak sembla vouloir placer quelques mots, mais un main vint s'enjoindre au visage du gamin dans un fracas assourdissant, de la façon du "je t'aime, moi non plus".
Punition avant explications. On agit et on parle après.
Gardant le sourire, il lui adressa quelques mots d'une voix un poil paternaliste.


-Joie de te voir, fils.
Mais dégoût de ton attitude, Aymeric.


Le coeur a ses raisons que l'esprit ne peut comprendre.
Comme une envie de l'abattre sur place, mais aussi l'envie de le prendre en ses bras. Après tout, ils ne s'étaient vu depuis plusieurs années et au final, il père ne connaissait pas sa progéniture.
Il indiqua d'un doigt une chaise sur laquelle il aimerait s'installer afin de parler plus amplement.


-Allons nous asseoir. Et je veux, que dis-je? J'exige que tu me fasse part des raisons de tes agissements passés et de ton but ici-lieu.

Sans même l'attendre, il alla prendre place à la tablée, son regard continuellement sur la physionomie du gamin.
Souvenirs qui ressurgissent. Un air de sa pauvre femme sur le visage d'enfant. Des expressions à la Ysambrel, une beauté presque hypnotique.
On ne pouvait décemment point en vouloir à celui qui devrait pouvoir amener joie et fierté.

_________________
Aymeric
[De la haine à l'amour, il n'y a qu'une gifle]

Il lui souriait. Que n'aurait-il pas donné, pendant toutes ces années, pour le savoir heureux à l'idée de le revoir ? Il avait enduré les réprimandes, la faim et les coups en espérant un jour le revoir. Et il se tenait devant lui, en souriant. C'était comme un rêve éveillé. L'homme semblait si fier de voir que son fils avait grandi. L'émotion humidifiait ses yeux. Il aurait presque envie de le prendre dans ses bras, malgré les convenances. Un fin sourire se dessine sur les lèvres d'Aymeric, tandis qu'il s'apprêtait à lui dire à quel point il était heureux de le voir.

Sa large main qui s'abat sur son visage calme toutes ses ardeurs. Il relève les yeux vers l'homme, qui n'a finalement peut-être pas changé malgré son visage marqué par quelques rides au coin des yeux et toute la poussière qui s'était accumulée sur lui comme s'il avait accouru pour le revoir. Ses larmes de joie se transforment en déception. La main glissée dans sa poche, il sert le foulard carmin entre ses doigts. Il aimerait tant qu'Aurile soit là, avec lui, qu'elle prenne sa défense face à cette autorité qu'il n'ose contester.

Il lui indique où s'asseoir. Il s'exécute. Il ne caressera même pas sa joue en feu pour apaiser la douleur. Ce serait un signe de faiblesse qu'il ne peut pas se permettre devant cet homme. La posture droite, il fait face à son père. Il ne sait pas par où commencer. Il ne sait pas de quelle manière lui expliquer. Il prend une légère inspiration, son regard se perd sur tout ce qui les entoure. La table, un verre à moitié vide, un tableau. La réponse ne se trouve nul part autre part que dans ses idées confuses. Il commence, incertain de la manière dont cela va se finir.


Vous m'avez envoyé dans une prison dorée, père.

Il n'ose pas le regarder dans les yeux. Sous-entendre qu'il a payé une pension pour rien ne va pas améliorer son humeur.

Apprendre le latin et le grec, étudier Aristote et Christos, connaitre les bonnes manières de la Cour, tout cela, ce n'est pas pour moi. Je préfère apprendre par la pratique, à vos côtés. Alors je me suis enfui.

Il évita volontairement de parler de tous les dégâts qu'il a pu causer, de peur de se prendre une nouvelle gifle, ou pire.

Je suis à Limoges car j'ai servi d'écuyer à une jeune demoiselle. Elle m'a offert une chambre la nuit, à manger, à boire, sa protection. Elle s'est faite anoblir récemment.

Et il est amoureux d'elle ; mais ça, il n'en dira rien non plus. Le regard bas, il attend les questions, les réactions, comme un élève qui se fait interroger par un professeur autoritaire. Il a peur de donner les mauvaises réponses.
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