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[RP] Laissez venir à moi le petit enfant

Baile
Dire qu'elle remontait dans le nord en trainant les pieds eut été un euphémisme. En fait, elle s'y dirigeait à reculons. Voilà, à reculons, c'était le mot. Encore une fois, elles allaient jouer les potiches, encore une fois elles allaient servir de maréchaussée gratuite au Royaume. Elle n'en avait plus envie.

Mais comment dire non au Grand Ecuyer de France, quand il vous prenait entre quat'zyeux et qu'il vous disait que la France avait encore besoin de vous? Comment lui dire que le désir profond qu'elle avait en cet instant était que la guerre totale éclatât, pour que bougent les choses un peu partout? Un capitaine d'Ordre royal ne pouvait dire cela sans passer pour traitre aux yeux du serment prononcé par son Grand Maitre hein?

Aussi la Baile s'était tue, avait discuté de tout et de rien avec le Flamand, l'avait même provoqué sur un terrain où elle pensait ne jamais aller. Et elle avait pris la direction du nord. Même la traversée du Limousin, Comté aux mille souvenirs aussi divers qu'intenses et importants pour elle, ne la consolait pas.

C'était en Bourgogne qu'elle aurait voulu être... La nouvelle de l'assassinat de la Reine l'avait surprise en pleine cambrousse guyennoise, alors même qu'elle prenait le départ pour cette nouvelle mission. Beatritz était morte, tuée par une main que la Baile aimait, à qui elle avait donné son corps et à qui elle l'aurait donné encore.

Oui, c'était vers la Bourgogne qu'elle brûlait de diriger les pas de son Inflexible monture. Mais elle avait donné sa parole au de Jeneffe, et les Blanches la suivaient. Elle n'était plus seule maintenant, mais bien responsable de ce groupe qu'elle emmenait. Elle espérait simplement que le procès de Sadnezz durerait assez longtemps pour qu'elle puisse revenir, être là pour son inéluctable exécution...

Elle a été d'humeur taciturne pendant toute la première moitié du voyage. Elle avait rêvé de tomber dans une embuscade quelconque. De se battre jusqu'à tuer. De déverser sur quelqu'un la rage malsaine qui l'habitait. Mais rien. Le calme plat. En Guyenne comme en Périgord et comme en Limousin encore. Demain est un autre jour, mais ce soir, c'est ce soir, et c'est maintenant que la Baile voulait tout faire éclater.

Le groupe atteignit Limoges tard dans la nuit, et après avoir trouvé une auberge qui pouvait accueillir toutes les filles, la jeune capitaine sortit sans plus attendre. Tandis qu'elle avançait sans but, sa main errait dans sa besace, cherchant machinalement la fiole qu'elle avait dérobée à la Corleone, il y a quelques semaines à Nevers. Mais elle ne rencontra que le vide.

Grimaçant de frustration au souvenir du flacon balancé dans les mains de la Saint-Just, la veille du départ de la Blanche de Montauban, elle accéléra l'allure. Une taverne. Il lui fallait boire, quitte à en avoir mal. Maintenant. Elle poussa la porte de la première qu'elle rencontra.

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Victorine
Son père qu'elle aimait tant, Attila, n'était plus.

Son protecteur et maître d'armes, qu'elle avait sottement et charnellement aimé, Théognis, était parti pour une vraie femme.

Son ami devant l'éternel, Aymeric, avait perdu la raison et avait menacé publiquement de lui faire la peau.

Rien d'étonnant donc que Victorine préparât son départ depuis quelques jours. Toutes ses petites affaires étaient réunies : nourriture, eau, armes. Voila pour le vital. Le superflu, elle le trouverait en route, au hasard des rencontres. En fait, à part des montagnes d'écus inutiles, elle ne possédait rien. Rien qu'un mouchoir brodé aux initiales du Baron mais qu'elle laisserait à Saint Pardoux. Et une croix de baptême qui pendait à son cou, dans le décolleté de son maigre corsage.

D'ailleurs, il était temps de revêtir d'autres habits. Quitter ces atours féminins et redevenir Victor. Passer inaperçue. Juste un petit gars qui s'en va vers le sud, incognito.

Elle se dévêtit entièrement, défit son voile, et entreprit, à l'aveugle, de la main gauche, de couper les mèches blondes qui avaient peiné à repousser depuis la petite virée en Languedoc. Avec Theo, Sad, Riquiqui, Laell, Rob, Mira ... la moitié devaient être morts à cette heure, ou en bonne voie. Au moins, espérait-elle, pour cette saleté de Saltarius qui lui avait fendu la main avec une hache.

De sa main gantée, elle chassa les dernières boucles tombées sur ses épaules nues, reposa les ciseaux, puis alla ouvrir son coffre où reposaient des vêtements d'homme. Une robe noire, achetée en secret, hors limousin. Elle irait parfaitement avec des braies qu'elle possédait déjà, et sa cape rouge, de petit chaperon, pour les jours de pluie. Et elle dissimulerait ses bras de crevette.

Seuls ses grands yeux verts trahissaient encore sa douce féminité. Elle saurait les faire virer à l'orage, un jour, quand elle serait plus grande. Déjà, ils avaient pris des teintes grises avec les derniers évènements.

Puis elle s'attabla et rédigea une courte missive. Depuis qu'elle était gauchère, chaque mot coûtait. Il fallait donc les choisir avec soin pour aller à l'essentiel en peu de phrases.


Citation:
A AldaAregonde d'Ysengrin

Ma très chère mère, mon mandat au conseil est fini. Je crois qu'il me faudrait acquérir plus de force de caractère, et plus d'ambition, pour servir bien mon comté. J'ai donc décidé de partir en voyage, découvrir le vaste monde.

Je compte sur vous pour adoucir Mère-Grand et la faire patienter pour mon mariage qui lui tenait à cœur. Veillez sur elle.

Avec tout mon amour,

Victorine d'Ysengrin


Une dernière chope à la taverne, de derniers adieux peut-être et elle serait partie, vers le sud, enfin !

C'est là qu'elle la vit. La Capitaine. Nevers. L'euphorie d'un autre départ. Sous une autre saison. Des troupes qui se croisent. Le frôlement d'une épaule. Des chemins qui divergent.

Et se retrouvent ici.

L'aventure commencerait donc à Limoges. Tiens donc.


Bonjour Capitaine.

Petit sourire en coin. La blonde est en terrain connu, ici. Elle toise, dévisage, envisage. Et se coule dans son fauteuil préféré en commandant une tournée d'un signe au tavernier.


(modifié pour incohérences temporelles avec l'au-delà)
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Aymeric
On ne fait jamais de bons choix dans la précipitation : il faut réfléchir avant d'agir. La plupart des gens qui entrent ici ne suivent pas ce vieil adage, ce qui a tendance à exaspérer le propriétaire. A croire que personne ne faisait attention au corbeau crucifié au dessus de l'entrée, à la lourde porte en fer forgé joyeuse comme celle d'une prison, la façade de l'établissement pas entretenue, l'unique fenêtre tellement sale que personne n'ose faire de buée dessus, le message à l'entrée "Le Limousin tombera, parce que c'est son devoir", le prix exorbitant de la bière et la localisation du lieu : dans la périphérie de la ville, loin du quartier marchand beaucoup trop fréquenté au goût du jeune homme qui a racheté l'endroit pour une petite centaine d'écus. Tant de signes qui n'invitent pas à entrer et pourtant, c'est devenu l'un des lieux les plus populaires grâce à la mauvaise publicité qu'on en fait : le propriétaire est un brigand, un con qui ordonne à son cerbère de virer les dormeurs, les enquiquineurs et ceux dont la tête ne lui revient pas.

C'est dans cet environnement sinistre qu'évoluent Aymeric et Victorine, amis malgré les mots plus hauts que l'autre qu'ils ont pu avoir car elle aura beau nié, fut une époque où elle était amoureuse de lui puisque c'est dans ses bras qu'elle a eu ses premiers baisers -avant que L'Déchu passe par là et prenne le reste-. Maintenant, ils s'aiment bien, tellement même qu'il n'est pas rare d'entrer en taverne et d'en entendre une hurler au pelotage et l'autre râler qu'il ne l'aidera plus à l'avenir, ou qu'ils évoquent une histoire de pieuvre mutante avec un bec qui réclame un câlin. Ils aiment se taquiner et être complices, comme les deux enfants qu'ils sont restés malgré les épreuves de la vie qui les poussent à grandir, et continueront de s'écrire malgré la distance qui les sépare. Mais en attendant ces adieux déchirants, l'une écrit et l'autre nettoie quelques chopes jusqu'à ce qu'on vienne perturber ce fragile silence.


B'jour.

Il a salué avant même de lever les yeux vers l'entrée. Le grade de "capitaine" énoncé par Victorine qui semble connaitre l'inconnue l'intrigue. Il l'observe de haut en bas, parce que même si l'habit ne fait pas le moine, cela peut aider à renseigner sur qui on a devant soit. Elle semble une amie de Victorine, donc méfiance. Elle a eu de mauvaises fréquentations par le passé. Et si elle est capitaine, il se demande de quoi : il n'y a pas de bateaux dans le coin, ni de nouvelle armée aux portes de la ville. Son regard sombre se porte sur Victorine, parce que s'il y en a un ici qui a le droit de toiser les gens, c'est lui. Il n'aime pas la voir se caler dans le fauteuil comme une chatte qui se met à l'aise. Elle a la vie trop belle, et il aime la lui faire dure. C'est un jeu entre eux, comme lorsqu'elle commande une tournée d'un signe de la main comme si elle appelait un domestique. Certains n'y verraient rien d'anormal puisqu'il est le tavernier et que c'est son travail, mais elle fait exprès pour le provoquer parce qu'elle sait qu'il déteste servir les clients.

D'habitude, il aurait demandé à son videur, l'imposant bonhomme qui veille depuis un coin sombre de l'auberge, d'aller leur apporter leur commande, mais pas cette fois. Il veut aller entendre ce qu'elles disent, voir même s'incruster dans la conversation. En silence, sans même maugréer, il sort quatre chopes qu'il remplie une à une sous le robinet qui sert de bouche au tonneau de bière. La boisson vaut ce qu'elle vaut, et ce n'est pas avec un simple geste de la main qu'il leur servira ce qu'il a de meilleur en réserve. Les chopes sont pleines à ras-bord, la mousse déborde sur le plateau qu'il transporte, contournant le comptoir pour venir près de leur table. Il en pose une devant chacune d'elle et pose le plateau devant lui où il reste donc deux chopes. D'une main, il en saisit une et de l'autre, il tend la main vers la blonde.


Tu me dois 5 écus et 60 deniers.

Il prend une gorgée de bière sans la lâcher des yeux. Elle va sûrement chercher à négocier, se plaindre du prix ou de la qualité du produit. Il la connait bien sa petite Victorine. Et elle aussi, c'est pour cela qu'elle ne sera pas étonné que son regard glisse sur l'inconnue et qu'il lui adresse la parole d'un ton autoritaire.

Laissez vos écussons à l'entrée. Ici, il n'y a qu'un seul Capitaine et elle est rousse.

C'est le moment qu'il choisit pour avaler une gorgée de bière, sans la lâcher du regard, l'air presque hautain. C'est un jeune homme insolent, orgueilleux et impulsif qui aime voir de quoi les personnes qui suscitent un certain intérêt sont faits. En soit, le fait qu'il lui parle ainsi est un compliment lorsqu'on le connait.
Baile
L'enfer, c'est les autres. C'est une réalité qui ne sera clairement exprimée que bien des années plus tard, mais qui était déjà parfaitement réelle au moment où ces mots étaient pensés. Et elle n'avait pas envie de voir du monde, la Baile, du moins pas avant d'avoir ingurgité quelques bières.

Cependant, la voix qui la sortit de sa morosité ne lui laissa pas le temps d'y retourner. Le "capitaine" qui explosa dans sa tête la fit se retourner brusquement et découvrir le blondinet.

Victor !

La surprise de le voir ici alors qu'elle le pensait avec Théo, quelque part encore dans le Sud, lui ôta sa misanthropie passagère. Elle ne connaissait pas grand-chose de l'adolescent, si ce n'était sa proximité avec le Baron, la Rasée, et autres Italiennes qu'elle aimait. Elle ne savait même pas sa filiation, ou peut-être l'avait oubliée, les mots échangés n'ayant pas été nombreux, et les questions posées plus tard demeurées sans réponse.

La seule intimité qu'elle avait partagée avec Victor a été celle de ses mains, doucement féminines et maladroitement pucelles, à qui Baile avait lancé le défi de lui masser les épaules. Et ça lui avait arraché un sourire en coin, à l'époque, la Blanche, tellement le gamin avait semblé mal à l'aise.

Le souvenir lui en extirpa un autre, légèrement grimaçant pour cause de contexte différent, mais elle se força à se redresser sur son siège, tout en se demandant si elle aurait l'énergie de faire dans le socio-relationnel ou si elle n'allait pas se lever et aller se terrer ailleurs.

Le destin, en la personne d'un arrogant estropié, tavernier visiblement, choisit à sa place. Il lui offrit sur un plateau, en même temps que la bière, l'occasion dont elle avait rêvé pour se défouler. Elle résista à l'envie de l'envoyer valdinguer d'un direct à la figure, et opta pour une joute verbale tout en posant une main sur le pommeau de sa couillette, formidable boule anti-stress.

Je garde mes écussons là où ils sont, et je vous autorise à m'appeler Dame pour éviter que votre langue ne brûle, ça serait tellement dommage vu comment vous savez bien parler hein? Mais changez de ton avec moi ou vous risquez de vous retrouver en état pire que celui qui semble être le vôtre actuellement.


Elle tourna la tête vers celui qui était encore Victor pour elle, non sans avoir grogné des yeux vers le jeune homme qui lui rappelait étrangement Maleus, et qui, de ce fait, suscitait en elle une nouvelle montée de rage incontrôlée.

Elle feignit ensuite d'ignorer le garçon qui restait collé à eux, et se saisit de la chope la plus proche. La bière avait intérêt à être bonne, vu le prix annoncé tantôt. Elle l'était, cependant la capitaine, une vraie, n'en déplaise au jeune insolent, la déposa rapidement sur la table, les traits exagérément tirés de dégoût.

T'ain elle n'est pas bonne c'te bière ! Le tavernier a dû y mettre trop de fiel, et je n'vais pas débourser 1 écu 40 pour cette pisse de chat !


Elle planta ses noisettes dans les émeraudes qui lui faisaient face et sentit une légère chaleur envahir son corps. Ce garçon avait des yeux de femmes, c'était incroyable! Elle tut sa pensée et enchaîna très vite, pour dissiper le trouble, sans quitter les traits fins des yeux.

Alors Vic, que deviens-tu depuis Nevers?


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Victorine
Ah qu'il est plaisant de se faire obéir au doigt et à l'œil par le tavernier, surtout quand on est vautrée dans son plus beau fauteuil et que l'homme s'appelle Aymeric. Vic jubile intérieurement et ça doit se voir un peu. Non, elle n'a jamais été amoureuse de lui, qu'est-ce que vous allez imaginer ! C'est son ami, son frère, son confident. Bon ils se sont bien embrassés, parfois, et même sur la bouche. Mais c'était pour braver la peur du Sergent Bourgogne, pour innover, découvrir. Se découvrir. Bon c'est vrai elle en pinçait, voila, vous êtes contents ? Mais c'était avant. Avant qu'ils offrent leur virginité, chacun de leur côté. Maintenant, ils s'amusent à se faire des crasses, comme pour se le faire payer. A se détester, pour mieux se promettre l'amitié éternelle en privé. Mais quand il y a du public, ils sont incorrigibles. Des mômes.

Enfin... surtout lui.

Vic lâche six écus dans la main tendue, sourit gentiment et le quitte des yeux. Elle est sereine. De l'or, elle en a plein, et elle connaît les tarifs exorbitants de l'auberge. D'ailleurs, elle ne commande jamais ici, mais pour Baile...


C'est moi qui paie, capitaine. Par contre, sers-nous ce que tu as de mieux, Aymeric, ne bois pas cette pisse de chat.

Vic sourit à Baile en reprenant ses mots.
La capitaine des Dames Blanches n'a pas trop changé depuis Nevers. Même assurance, teintée d'insolence. Même profil à damner un prêtre. Vic sourit en coin : ça lui fait penser qu'Aymeric avait voulu être prêtre, un jour de dépit sans doute. Se damnerait-il pour elle, lui ? Sans doute pas, il flaire l'ennemi. Il sent l'emprise que Vic la laisse avoir sur elle. Et ça le défrise.

Chouette, un nouveau sujet de discorde.

Même si là, en la regardant, Vic n'a pas envie de querelle. Juste de parler, de raconter, de la découvrir aussi. Alors pendant qu'il part chercher d'autres bières, elle se confie :


Depuis Nevers...
Après t'avoir rencontrée, le groupe est parti en Languedoc. Où nous avons fait chou blanc. Depuis que les biens de la communauté dorment sous le matelas des notables, il est devenu difficile de jouer aux robins des bois. Théo m'a ramenée ici. C'est mon domaine ici tu sais, le fief de ma famille.


Elle s'assombrit et ajoute, plus bas.

Depuis Nevers, mon père est mort. Les Ysengrin n'ont plus de chef de meute. Sans doute Mère-Grand reprendra-t-elle le flambeau. Moi, je ne suis pas un meneur. Je fais cavalier seul.

Depuis Nevers, j'ai bien grandi.


Elle change de position dans le fauteuil spacieux et reprend, plus enjouée :


Et toi ! Capitaine ! Que fais-tu ici ? C'est plaisir de te voir.

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Baile
Attirée malgré elle, comme une mouche par le vinaigre, un cheveu par la soupe, un poing par une figure, attirée donc par le jeu de regards discret entre les deux adolescents, la Baile se perdit un instant dans ses pensées. Il y avait quelque chose de presque attendrissant dans la complicité qui se ressentait derrière les propos bourrus du tavernier, et l'attachante sérénité du blond.

La capitaine se demandait jusqu'où allait l'amitié particulière qui semblait lier Victor et Aymeric. Non pas qu'une quelconque relation amoureuse entre les deux la choquât - et cette pensée n'était là que pour l'imparfait du subjonctif qu'elle induisait, puisque la Baile aimait particulièrement les relations marginales - mais s'imaginer des choses sur les deux jeunes hommes la calmait étrangement.

Elle rendit son sourire à l'androgyne. La Blanche plissa les yeux aux mots qui suivirent, afin de ne pas dévoiler ses pensées. Une force tranquille… Tu seras un grand diplomate, bonhomme… C'était la deuxième fois que cela lui arrivait, en quelques minutes: se refermer par un réflexe salvateur pour que son trouble ne fût pas remarqué, et qu'elle pût garder un contrôle décent sur lui.

Je n'te laisserai m'inviter ce soir Vic, que si tu m'donnes ta parole que j'te le rendrai, allez, au centuple ?


Le sourire étira le coin gauche de ses lèvres, et elle l'écouta résumer son périple du sud, retenant le flot de questions qui se bousculaient dans son esprit. La Baile connaissait une partie de l'histoire, du moins la version de la Corleone, mais non seulement était-elle intéressée de voir les choses à travers les yeux - à faire pleurer les femmes, l'ai-je déjà dit?…. - du jeune homme, elle était aussi très curieuse de certaines informations qu'elle entendait pour la première fois.

Elle se surprit à lever plusieurs fois la main comme pour demander ou chercher à prendre la parole, puis à y renoncer quand Victor termina son histoire par une question. Elle mit en suspens sa fougueuse curiosité et avala une lampée de bière, plantant une fraction de seconde ses yeux rieurs dans ceux d'Aymeric. Puis elle se concentra à nouveau sur l'objet de son intérêt.

Ici? je ne fais que passer. Je remonte un peu plus au nord, en mission...

Elle lâcha un soupir involontaire, mais termina sa pensée, les yeux dans le vague.

Et je n'ai aucune envie d'y aller, pour être honnête…

Sur une impulsion, elle raffermit son regard, esquissa un sourire de satisfaction mentale, lança une première grenade, puis libéra sans plus attendre les orgues de Staline, ou l'équivalent en artillerie de l'époque.

Tu n'veux pas venir avec moi dis? Ca me f'ra du changement bienfaiteur… Et comme ça t'es un Ysengrin?… Ton père c'est donc Attila? Qui est Mère-Grand? Tu es un vrai chaperon rouge alors?…


On t'a d'jà dit que tu ressemblais à une fille? Tu fais quoi ce soir? Tu me fais un bâtard?

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Victorine
Vic sourit à Aymeric. Silencieusement, c'était comme si elle lui disait : "tu as vu ? il n'y a pas que moi qui m'exprime en questions !" Soumettre à la question... douce torture que celles des mots. Mais en face, le brun était fermé à sa complicité, cloîtré dans son orgueil, cherchant certainement un moyen de cracher sa haine. Franchement, Vic ne comprenait pas du tout pourquoi il en voulait à cette femme. Mais il était comme ça, sanguin, sensible. A moins qu'il y eût une raison rationnelle qu'elle ignorât...

Elle but à son tour, un peu de cette bière qui lui faisait facilement tourner la tête. Baile n'avait pas donné beaucoup d'informations sur elle. Il allait falloir deviner, lire entre ses mots, comprendre que quelque chose, ou quelqu'un, retenait son attention ailleurs. Ailleurs qu'ici. Ailleurs que là où elle se rendait. Vic aussi, en aurait, des questions à poser !


Venir avec toi ?? J'avais prévu d'aller dans le sud, il paraît qu'il s'y passe plein de choses, que le Ponant n'est plus à la mode comme destination de vacances, et...

Troublée par le regard que la Capitaine pose sur elle, Vic n'en finit pas sa phrase. Elle sent ses questions en suspens, son intérêt pour elle. Elle aurait bien envie de dire oui tout de suite. Mais elle sait qu'elle ne doit plus se soumettre, à quiconque. L'épisode en Berry lui a servi de leçon.

En plus, le Limousin a des vues sur une alliance au sud. C'est pas un secret : le Limousin a des vues sur toutes les alliances, comme une chatte en mal d'amour. De toutes façons, je ne suis plus soumis z au secret.


Pourvu que la liaison ne soit pas trop appuyée. Ou .. pourvu qu'elle le soit. Le mur de Berlin s'effrite. Les grands yeux verts de Vic lisent la réaction sur le visage de Baile.

Mais je serais bien allée voir. Enfin, je suppose que ça ne presse pas... Où vont les Dames Blanches ?


Vic sait bien que la responsable de la lance des guerrières ne doit pas répondre à cette question, mais quand même, elle est curieuse de voir comment elle va esquiver.
Et puis c'est aussi une façon de ne pas exclure la proposition.

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Aymeric
J't'appelle comme je veux, brunette. T'es pas dans un endroit public ici, et encore moins fréquenté. Si t'es pas contente, j'te fais sortir manu militari de chez moi et t'auras plus rien à envier à mon état. Puisque tu dis que ça a un goût de pisse de chat, je veux bien te croire, t'as sûrement goûté pour pouvoir comparer.

Il a riposté immédiatement, sans réfléchir, pour ne pas changer. Le nez plissé et les sourcils froncés, il observe un instant cette femme à la réplique mordante, hésitant entre la laisser là parce qu'elle le change du quotidien ou mettre à exécution sa menace parce qu'il a horreur de se faire rabaisser dans sa propre tanière. Question de fierté et de sécurité. Ça fera bientôt un mois et demi qu'il est amoindri, incapable de se défendre physiquement. Alors il a ouvert cet endroit où il espérait ne plus être importuné. A croire que les emmerdeurs sont coriaces. Et en plus, elle critiquait la bière servie qui, certes, n'est pas la meilleure qu'on puisse trouver, mais qui a toujours meilleur goût que l'urine de rat qu'il aurait pu leur ramener de la cave. Piqué dans son orgueil, Victorine se charge de finir le travail en le traitant comme un larbin, ou comme un tavernier lambda.

Le plus navrant, c'est qu'il obéit. Oh non pas sans reprendre les bières brusquement, en renversant une bonne partie sur la table en ayant l'intention que le liquide collant ruisselle sur elles. Le plateau dans les mains, il repartit en grommelant. Il proteste mais il s'exécute. Cela pourrait en surprendre plus d'un, mais il a bien vu comment est Victorine : elle boit les paroles de l'inconnue, elle est fascinée par cette femme atypique. Comme elle l'était avec L'Déchu, celui dont il ne prononce jamais le nom tant il le haït pour ce qu'il a fait. Son instinct lui murmure que Victorine aura de nouveau des déceptions, mais elle refusera de l'entendre. Et il ne peut pas lui offrir ce qu'elle veut. Autrefois, il aurait pu la mener à l'aventure. Mais plus maintenant qu'il est amoureux, quoi qu'une aventure dangereuse se profile à l'horizon en ce moment.

De retour derrière le comptoir, il les observe un instant. Victorine a l'air si heureuse, si vivante. Elle lui raconte son histoire comme elle l'aurait fait avec lui ou avec... son Baron qui n'en était plus un. Elle lui adresse un sourire amusé, et il y répond par un sourire forcé. Il se sent revenir en arrière, il la sent s'éloigner de lui, comme autrefois. Est-il prêt à la perdre de nouveau ? Il la perdrait de toute façon en la séquestrant. Il continue de les observer tour à tour, il arriverait presque à palper cette admiration qu'elle a pour celle qu'on surnomme "Capitaine". Elles n'ont d'yeux que pour celle en face, lui disparait totalement du décor. Il a l'impression que la salle s'allonge, qu'il s'éloigne d'elle pour ne plus jamais revenir. Il ne pourrait plus que contempler de loin le firmament de ses yeux verts.

Et pour oublier cette vision cauchemardesque, il se met à boire les chopes une à une, cul sec, sous le regard ahuri du videur qui se demande ce qui arrive à son patron. Soudain, il fait chaud : ses joues te teintent de rouge, son regard se trouble. Il a tous les signes d'une fièvre, à moins qu'il ne soit simplement ivre. Il laisse les chopes vides sur le plateau, fouille derrière le comptoir où, bien cachée derrière un sac de maïs, il trouve une bouteille d'hypocras qu'il a acheté à un voyageur de passage. Le genre d'alcool qu'il ne sort que pour les grands événements. Et ce soir en est un, puisque Victorine va le quitter. Mais pas sûr que ce soit joyeux.

Il remplit les chopes une à une, pas jusqu'en haut non plus parce que la bouteille se vide vite, et laisse la bouteille sur le comptoir avant d'embarquer le plateau pour la table. Le regard vague, il ne lance aucune provocation. Il écoute juste Victorine qui demande où vont les Blanches avant qu'il ne pose les chopes devant elles. La sienne en main, il s'apprêtait à boire mais jette un regard un Victorine qui en dit long sur ses pensées. Tu ne m'aimes plus ?

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Ma bannière ? C'est du made by Aldraien !
Baile
Derrière chaque façade irisée, se cache une âme blessée. Non pour mourir comme les oiseaux, mais dans le but souvent inavoué, parfois violemment exprimé, de guérir. Aymeric n'est pas le centre d'intérêt de la Baile, mais son silence, après les piques lancées comme une déclaration de guerre, attise de plus en plus fort sa curiosité. Les regards qu'il lance à Victor ne peuvent plus être mal interprétés, même par une semi étrangère:Aymeric aime Victor.

Et Victor? Baile écoute doucement les mots du blond, tandis que son regard le scrute en profondeur. Qui es-tu réellement Victor?… Les mains remontent jusqu'à la bouche qu'elles cèlent, coudes posés sur les cuisses, attitude pensive que la capitaine adopte sans en avoir conscience. La vérité vient de s'imposer, comme une évidence, peu importe les liaisons. Victor est une fille, il ne peut plus en être autrement…

Les yeux de la capitaine brillent d'une lueur nouvelle. Les mains reviennent se poser calmement sur les jambes, le dos se redresse et le sourire qui se dessine possède le monde en cet instant. Je t'emmènerai avec moi, Vic, dans le nord puis le sud, avec moi. La chaleur du corps ne trompe pas, elle non plus. L'intérêt pour l'androgyne vient de se transformer en désir pour la femme cachée, et la mission est oubliée le temps que le feu se répande à tous les points stratégiques.

Les premiers mots sont lâchés d'une voix rauque et la Baile toussote un peu pour retrouver un ton naturel.

Les Blanches vont là où je leur dis d'aller. Au nord-est en l'occurrence. Mais ça ne durera qu'un temps. Après, j'irai là où me porteront mes pas - ou mes désirs -. Peut-être dans le sud.

Un dernier regard vers Aymeric, avant de sortir les banderilles.

Viens donc avec moi, tu ne le regretteras pas… Enfin, si ça n'te dérange pas de n'être entouré que de femmes.

Le regard est appuyé. Approche-toi que je les plante, Vic.

Je pars demain. "Oui" est la réponse la plus intéressante, hein?

Et je t'en ferai découvrir certaines autres, de destinations encore plus excitantes.


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Victorine
Vic a bougé dans le grand fauteuil, pour éviter la bière qui coule de la table. Du coup, elle s'est rapprochée de Baile. Mais elle garde sagement ses pattes sous son siège. Elle sent qu'il ne faut agacer ni l'une, prête à la dévorer sur place, ni l'autre, prêt à entrer dans une colère sombre. Elle se fait petite. Elle a le don pour se mettre dans ce genre de situations inconfortables, où elle doit choisir, entre les uns et les autres. Peut-être parce que tous veulent la posséder et qu'elle ne veut appartenir à personne. Dire non, cependant, est au-dessus de ses forces. Surtout quand Aymeric la regarde comme ça.

Depuis le temps qu'ils se côtoient, elle sait ce que ça signifie. Il ne veut pas qu'elle reparte. Mais qu'a-t-il à proposer, lui qui est fiancé à chaque retour de Vic en Limousin. Lui qui recule quand elle fait un pas, sans doute pour lui faire payer tous les pas en arrière qu'elle faisait quand ils étaient encore gamins. Si Aldraien avait eu le même destin funeste que la fiancée bretonne, elle resterait pour le consoler, en amie ; mais ce n'est pas le cas.
Oui, en amie.
Et les amis, on les laisse voguer au gré de leurs envies. On ne les retient pas, possessif et jaloux, on ne les enferme pas ! En prenant la chope qu'il lui tend, Vic fronce les sourcils sur ses émeraudes profondes : c'est sa façon de lui dire sa pensée.
Bien-sûr que je t'aime.

Vic repose les yeux sur Baile qui semble avoir pris une décision. Vic ne sait pas pourquoi, mais son attitude a changé. Elle goûte le contenu de la chope et ... oh, de l'hypocras divinement bien épicé et onctueux. Cette taverne pourrie recèlerait donc des secrets merveilleux ?


Mmh délicieux, ça.

Elle ne voit pas le manège qui se trame entre les deux. Elle ne sent pas qu'elle est l'enjeu d'une corrida muette, ni que l'intérêt que lui porte Aymeric ne fait qu'attiser le désir de la capitaine, et inversement. Non, elle boit tranquillement son hypocras, jusqu'à la lie. L'alcool lui monte lentement aux joues et à l'esprit. Elle, elle a envie d'aventures, de nouveautés, de rencontres, et cette armée qui passe sera son moyen de transport.


Et bien qu'il en soit ainsi ! Que des femmes ? Tant mieux, j'aurai dans les auberges, une chambre pour moi tout seul ! Allez, fais voir ta merveilleuse bouteille, qu'on lui fasse un sort, Aymeric, et fêtons ce départ.

Vic sourit, un peu pompette et excitée par ce départ imprévu vers le nord. Mais elle ajoute plus bas :

Je te dis oui, Baile. Par contre, je te le dis tout de suite. Pas de combats. Je viens en observateur.
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Aldaaregonde
A Excideuil à la réception de la missive de sa fille.


Claquement de langue et sourcils froncés, Arégonde repose la lettre de Victorine. D'une main vive et légère elle trace les mots qu'elle veut rassurants à sa fille.



Petite Merveille,

Je peux comprendre que le Limousin manque d'attrait. J''aimerai trouver la force de vous interdire de partir, de vous obliger à épouser le parti qui serait le plus profitable pour notre famille et vous convaincre que nous devons restées unies. Mais la force me manque comme votre Père me manque, je sais que, où qu'il soit en cet instant, il désapprouvera cette mollesse qui est la mienne mais je suis certaine qu'il comprendra que je ne me trompe pas en vous faisant confiance. Alors allez vivre ce que vous avez à vivre, suivez votre coeur je ne doute pas qu'il vous reconduira à moi et à votre famille. Méfiez vous des hommes autant que des femmes puissiez vous ne jamais tomber amoureuse si ce n'est pas réciproque et n'oubliez pas de me donner des nouvelles. Et surtout ne doutez pas de vous, vous êtes Ysengrin !

Je vous attends ici.

Votre Mère qui vous aime.

Alda Arégonde d'Ysengrin.

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Prenez le qu'importe !
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