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[RP]Que reste-t-il quand tout se transforme en chagrin ?

Ana.lise
[Troyes, cabine de la belle étoile- Milieu de la journée]


Les choses s’étaient enchaînées à une vitesse si folle que Ana.Lise avait du mal à démêler tout ce qui s’était passé en si peu de temps et pourtant, il le fallait, il fallait qu’elle arrête le flot de larmes qui lui noyaient le visage, il fallait qu’elle arrête le chagrin qui lui broyait le cœur comme dans un étau, il fallait qu’elle tire un trait sur l’homme qui lui avait pourtant ouvert son cœur par deux fois et qu’elle venait de rejeter à nouveau.

Reniflant bruyamment ce qui n’était guère esthétique pour une femme mais qu’importe, seul son fils qui dormait dans la couchette de la cabine pouvait l’entendre, donc reniflant, Ana pressait les sanglots contre sa trachée afin de les empêcher de sortir. Il lui fallait contenir son envie d’hurler et de continuer à se lamenter, il fallait qu’elle se reprenne avant de finir en lambeaux comme son cœur semblait l’être. Regardant son fils, elle passa une main sur son front de petit homme d’à peine 6 mois tout en murmurant d’une vois faible et lointaine.


Mon bébé, mon petit trésor… j’aimerais que la vie soit douce à ton égard… qu’elle t’apporte tout ce dont tu rêves toi aussi… même si la vie s’échine à vouloir t’imposer le contraire…


Imposer…. Pourtant, cela n’avait pas toujours été ainsi, bien au contraire. Elle avait même était heureuse à une période. Trop sans doute et payait désormais ce bonheur qu’elle avait affiché durant de longs mois. Ses souvenirs prirent alors le dessus dans son esprit...

A l’époque de sa rencontre avec son mari, elle ne s’imaginait pas tout ce qu’elle allait endurer durant les années qui suivraient. Digne d’un martyr au temps des Romains, jeune femme sacrifiée sur l’autel du pouvoir, il lui faudrait une force de caractère hors du commun pour s’en sortir. Et pourtant…

Pourtant, elle avait aimé l’homme rude et sans pitié qu’avait été son époux. Elle l’avait aimé au point d’en oublier la raison et se faire souvent rappeler à l’ordre. A l’époque elle n’était pas vraiment au mieux avec sa famille et lui portait déjà titre et couronne. Il avait fallu museler la fougue de sa jeunesse en cachant à tous les sentiments qu’elle ressentait pour cet homme qu’elle considérait comme hors du commun. Et ce petit jeu avait duré un an. Une année entière où elle s’était fait marché sur les pieds sans jamais rechigner par toutes et tous, donnant de son temps à son duché afin de participer à la vie de ce dernier et montrer à tous ceux qui la regardait comme une intrigante qu’elle pouvait s’investir. Et elle avait enchaîné des petits postes à de plus grandes responsabilités même si ce n’était pas ce à quoi elle aspirait. Et enfin on lui avait accordé le droit de l’épouser. Son prince charmant, son autre, celui qui la portait à bout de bras devant toutes et tous. Sa cousine avait accepté la demande en mariage et tout ressemblait à un conte de fées…

… Mais comme dans tous les contes de fées, la jolie princesse aux yeux clairs et à la longue chevelure soyeuse attira rapidement les foudres sur sa jeunesse éternelle et sa beauté. Des envieuses il y en avait eu, elle le savait. Naïve peut être mais pas complètement aveugle. Elle avait vu défiler les pimbêches en jupons qui frétillaient de l’arrière-train afin de voir le paon s’enorgueillir de fierté et faire la roue au milieu de cette basse-cour. D’ailleurs, bien plus tard, son époux lui avait même avoué qu’une ancienne maitresse avait tenté de reprendre sa place à ses côtés. Pas rancunière, Ana avait fait le choix de ne pas donner plus d’importance qu’elle le devait à ces actes et agissements qui se multipliaient.

De son côté, elle avait aussi eu tentation et frustration mais avait tenu bon malgré les sentiments qui semblaient s’effriter. Prendre un amant était chose facile disait-on mais encore fallait-il qu’il ait quelque chose pour l’attirer. La jeune femme n’était pas difficile mais son esprit rêvait de liberté et de grande évasion. Elle, la brune, était éprise de grands sentiments partagés mais tous les hommes qu’elle rencontrait ne pensaient qu’à lui conter fleurette pour attirer la belle dans leur couche. rapidement Jusqu’au jour où elle l’avait croisé lui, le seul, l’unique. Celui qui allait la faire renaitre à la vie tandis qu’elle s’éteignait.

Prise entre l’éducation des enfants de son mari issus d’une première couche, sa fille adoptive qu’elle chérissait et le petit dernier qui était sorti de ses entrailles, Ana se fatiguait à vue d’œil. Elyaëlle, son ainée, prenait son rôle de petite maman très au sérieux et essayait de soulager au mieux la jeune duchesse mais rien n’y faisait. Le mal était autre, le mal était profond, le mal venait des abysses de son âme et du tréfonds de son cœur. Ce dernier s’asséchait à vu d’œil, étouffant les quelques sentiments qui lui restait pour son époux. Et bien machinalement, Ana se contenta d’être la potiche qu’elle avait été pendant un moment, souriant quand on le lui demandait, faisant des gardes pour la défense de son duché quand il le fallait, s’adonnant au devoir conjugal quand elle ne pouvait s’y soustraire. Toutefois, jeune femme de 21 printemps, la brune duchesse ne pouvait finir complètement décatie alors qu’elle n’était qu’à l’aube de sa vie. Les sentiments ne demandaient qu’à fleurir à nouveau mais pour un autre visage, un autre regard, un autre être…

Ana ne savait pas encore dans quel engrenage elle venait de mettre le doigt. Elle qui voulait se sentir vivante allait devoir affronter la mort et renoncer à bien des choses pour espérer vivre une vie comme elle l’entendait…

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Ana.lise
[Trop de bruit
Pour trop de nuit qui pensent
Quand valse l'absence
Dans ce bal
Ton silence est un cri qui fait mal
…….
Trop de bruit
Pour mon esprit qui tangue
Sur mes rêves exsangues
Drôle danse
La mémoire est un puits de souffrance………………….. Je Dors Sur Des Roses - Mozart L'Opéra Rock]



Un coup discret frappé à la porte de la cabine fit sortir la dame de ses pensées. Les larmes s’étaient taries d’elles-mêmes mais la jeune duchesse présentait un visage chiffonné à faire peur. Passant machinalement le plat de sa main sur ses joues pour en effacer les marques laissées par les rigoles de pleurs, Ana ouvrit doucement la porte pour voir une Eliette tenant son propre fils dans ses bras. La duchesse s’effaça afin de laisser entrer la jeune femme qui venait prendre soin de son enfant. Depuis le poutrage en règle que la brunette avait subi, la source de vie dont elle abreuvait son fils quotidiennement s’était épuisée à son plus grand désarroi. Mais heureusement, le village où elle vivait avait vu naitre un petit garçon quelques semaines avant son propre fils et la mère de ce dernier devint bien évidemment mère nourricière pour son petit prince. Un sourire apparu malgré tout sur les lèvres exsangues d’Ana.

Entre… Il dort encore…

La jeune paysanne osa ce que peu de personnes avaient le droit de faire. Levant sa main en direction de sa maitresse, elle lui caressa subtilement la joue. Telle une aile de papillon douce et légère, ce geste qui se voulait d’une tendresse maternelle et amicale fut comme une brûlure sur la peau de la duchesse qui se retint pour ne pas se reculer. Fermant les yeux, Ana ne dit rien de plus laissant sa jeune amie prendre place sur le lit afin d’y déposer son enfançon. La duchesse rouvrit les yeux qui se posèrent sur ce duo improbable qui grandissait à vu d’œil, sous leurs regards attentifs. Frères de lait, un fils de duc et un fils de paysanne…

*Que leur avenir soit plus propice que le mien* pensa encore la brune en observant les petits anges sereins, sachant qu’ils étaient encore protégés du monde extérieur par ces deux femmes au grand cœur.

Ne pouvant retenir un soupir de tristesse, Ana alla jusqu’au hublot de sa cabine et regarda l’eau qui ondulait sans se stopper. Il lui avait fallu un petit temps d’adaptation la veille en retrouvant cette sensation étrange que le tangage faisait naitre en elle mais bien vite, le léger malaise s’était dissipé pour laisser place au besoin de s’éloigner.

S’éloigner, partir, fuir loin de cette cruauté qui peuplait son monde. Tel des rapaces, ils se jetaient sur elle à tour de rôle, l’entrainant toujours plus loin dans l’incompréhension et la trahison. La main d’Eliette se posa sur son épaule, resserrant doucement ses doigts sur ses chairs.


Ma dame, ne laissez pas le chagrin vous envahir… vous n’aviez pas d’autre choix… Quel que soit votre décision on vous aurait adressé des reproches de chaque côté…

Yeux écarquillés devant l’évidente réalité que la nourrice émettait, Ana frissonna. La vie était si dure, si insondable, si douloureuse et chaque jour la jeune femme se rendait un peu plus compte des choix qu’il lui fallait faire si elle voulait vivre. Mais vivre à sa manière demandait des sacrifices qui lui arrachaient le cœur. Ses pensées vinrent faire un petit tour du côté du passé, de ce qu’elle avait été déjà obligée de faire pour vivre et pas forcément comme elle l’entendait…

… Lorsqu’elle avait trompé son époux, ce qui ne devait être qu’une rencontre sans lendemain s’était révélée un véritable piège pour la duchesse. Elle avait succombé avec délice à la luxure et à l’adultère, se révélant une parfaite maitresse, organisant son emploi du temps en fonction de ses rendez-vous cachés, prenant des risques au point de se demander si sa vie n’était pas au côté de cet homme qui la révélait à elle-même autant qu’à lui-même. Les moments en sa compagnie était faite de joie, de douceur, de rires tout autant que de baisers, de déclarations enflammées et de jouissance partagée.

Et ce désir qui les animait leur avait fait entrevoir un avenir commun… Mais quelle folie, pauvres bougres qu’ils étaient ! Quitter un duc n’était pas chose aisée et dès qu’Ana avait voulu s’éloigner de cet homme et des liens qui les unissaient, son mariage n’était autre qu’un carcan de convenance la retenant prisonnière, la mort s’était mise sur son passage. Comme un seul homme, l’armée lui était tombée dessus au détour d’un chemin. Protégeant son fils du mieux qu’elle le pouvait afin de lui laisser la vie sauve, Ana s’était offerte sans retenue à la main froide qui tenait cette épée. Traversant ses chairs, pénétrant son corps sans rencontrer de résistance, elle avait été sauvée in-extrémis par la présence du capitaine qui, dans un moment de lucidité et un éclat de la lune l’avait reconnue. Ramenée à la case départ, Ana s’était éveillée bien plus tard… chez son époux. Adieu amour brûlant, adieu promesses et serments signés avec la lune pour seule témoin, adieu folie… bonjour peur, angoisse et trouble ! Se remettant doucement, Ana avait eu l’aveu de la bouche même de son époux que cette terrible méprise était due à un complot qui visait à l’empêcher de fuir.


Je préfère te voir morte plutôt qu'être heureuse ailleurs sans moi
lui avait avoué le duc…

La roue du destin était en marche. Plus rien n’avait d’importance dorénavant, sa vie appartenait à son époux et elle ferait en sorte de rester en vie à ses côtés. La douleur de devoir quitter son amant l’avait tenue éveillée pendant des jours sachant très bien qu’elle allait causer une douleur sans précédent dans la vie de cet homme qu’elle adorait au plus haut point. Mais pour ne pas voir ce dernier tomber sous les coups d’épées, elle l’avait chassé avec perte et fracas, lui écrivant une lettre d’adieu des plus dures, qui ne permettait aucunement un espoir de sa part. Ana était devenue maitresse dans l’art de se faire détester pour éloigner les gens qu’elle aimait le plus au monde. Soit elle prenait la fuite, soit elle les chassait. Technique imparable puisque généralement, les gens en question l’invectivaient et se mettait au défi de la détester.

Quand à la vie, elle reprit ses droits, doucement, sans faire de bruit. Ana avait voulu y croire pour son fils, sa fille adoptive, les enfants qu’elle considérait comme les siens. Mais les chemins sont sinueux et la mort réclamait son du. Et à défaut de la vie d’une duchesse, la faucheuse était venue prendre celle de la plus innocente des victimes, la fille adoptive d'Ana, blessée, meurtrie par un petit noble de Champagne qui s’était joué de cet enfant en lui promettant des fiançailles avant d’aller fricoter avec une brunette qu’il trouvait plus rondement à son goût. La mort guettait l’instant où, moins attentive que d’ordinaire, la damoiselle Elyaëlle serait vulnérable. Son cheval effrayé, il ne restait plus qu’à cueillir le dernier souffle de cette jeune personne au grand dam d’Ana qui voyait là son monde s’écrouler un peu plus.

Une larme coula à nouveau sur la joue de la duchesse qu’elle essuya rapidement avant de se retourner vers son fils qui cette fois-ci, éveillé, prenait le sein de sa nourrice avec délectation. Le chagrin qui étreignait le cœur d’Ana fit une pause afin que la jeune femme se donne à son enfant sans arrière pensée, libre de l’aimer sans peur du lendemain.


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Ana.lise
Nonnnnnn……. NONNNNNNNN…… laissez-moiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Laissez-moi vivreeeeeeee….

Des perles ruisselaient sur le front d’Ana, venaient mourir dans son cou tandis que sa magnifique chevelure chocolatée scintillait sous les rayons de la lune et que certaines mèches s’étaient collées contre son front. L’agitation dont avait fait preuve la jeune femme au cours de la nuit l’avait mise dans tous ces états au point qu’une sorte de malaise l’envahissait. Vivement, elle s’était redressée sur sa couchette. Sa chemise de lin collée contre sa peau, frissonnante de froid malgré l’été qui diffusait sa chaleur la journée. Passant une main sur sa nuque, Ana étira sa tête vers l’arrière afin de reprendre pied dans cette réalité qui l’entourait. Par chance, son fils dormait avec son frère de lait et sa nourrice ainsi personne ne la verrait sens dessus-dessous.

Posant un pied sur le parquet du bateau, étouffant soudainement, elle attendit que l’étourdissement passe. Sa tête semblait vouloir tanguer autant que « la belle étoile ». Pourtant, peu sujette aux malaises, la duchesse mettait ce petit désagrément sur l’état de nerfs dans lequel elle se trouvait depuis des semaines ainsi que le manque de sommeil et d’appétit des derniers jours.

Soupirant afin de chasser ces démons qui avaient surgi dans le cœur de sa nuit s‘ échinant à l’écarteler afin de l’attirer d’un côté ou d’un autre du gouffre qui se trouvait sous ses pieds, Ana espérait rapidement une accalmie dans son cerveau et son cœur. Les battements de ce dernier ressemblaient à une horde de chevaux sauvages lancés au galop. Respirant tant bien que mal, la brunette essayait de trouver dans ces goulées d’air un apaisement qui semblait finalement vouloir venir jusqu’à elle.

Les yeux fermés, Ana faisait le vide en elle, essayant de maitriser cette angoisse qui était née avec les monstres qui l’avaient frappés et frappés encore jusqu’à ce qu’elle mette genou à terre, criant de douleurs. Elle savait que son retour en Champagne ne serait pas un jour béni, elle savait que ses frayeurs les plus profondes referaient surface. Elle se doutait que les fourbes étaient tapis dans l’ombre, attendant leur heure pour lui bondir dessus et cela c’était produit le pied à peine posé sur le sol du duché. Pourtant, après les peines et les souffrances endurées, elle pensait qu’un peu de bonheur était bien méritée… Quelle naïveté l’habitait !

Machinalement sa main se porta sur la longue cicatrice qui se frayait un chemin sur le velouté de la peau de son ventre. Triste souvenir que lui avait laissé Ereon, triste réalité qui marquait son corps à jamais. Longtemps elle s’était posée des questions sur sa vie de femme, longtemps elle avait eu la hantise de ne plus être qu’un corps vide de sensations. Et pourtant, elle vibrait encore sous les caresses charnelles des mains qui connaissaient si bien les courbes de son être. De son mari à son amant, elle avait réussi à exterminer cette peur qui la dévorait de l’intérieur. Sa vie intime n’avait donc pas souffert… pour ce qui était des enfants, la question restait en suspend. Son époux aurait souhaité un deuxième héritier, Ana s’était donc faite à cette idée même si après le deuil qu’elle avait traversé en perdant sa fille aînée, elle n’avait pas vraiment eu envie de donner la vie. Contrairement à ce que souvent on racontait, c’était là une épreuve bien au-dessus de ses forces… ou bien était-ce tout simplement l’homme dont elle ne voulait plus. Un sourire narquois marqua son visage. Elle avait déjà fait le tour de la question puisque décision avait été prise dans ce sens.

Précipitant la fin de son voyage de convalescence, Ana avait été portée une demande de dissolution de mariage à l’archevêché. A quoi bon rester mariée à un homme qui, une fois qu’il vous tenait sous sa coupe, qu’il avait obtenu ce qu’il voulait, ne s’intéressait plus le moins du monde à votre personne ? La brune avait fait des efforts, encore et encore… Elle s’était pliée, fait taire son caractère parfois ombrageux pour lui, pour que leur vie reprenne là où ils l’avaient laissé… avant.. avant Jk, avant la mort d’Ely, avant que leur vie ne se détériore et ne leur échappe… avant la tentative de meurtre….

La duchesse frissonna encore dans le noir tout en se levant lentement pour aller vers la petite table qui trônait dans un coin de la cabine, caressa un moment le porte-plume et écritoire du bout des doigts avant de soulever le battant de bois et d’en sortir une missive. A la lueur de la lune, près de la fenêtre, la jeune femme s’y posta afin de lire les quelques lignes que ses yeux devinaient plus qu’ils ne déchiffraient cette écriture aux rondeurs encore enfantine, connaissant le texte par cœur depuis ce jour où de retour à Conflans, elle avait trouvé ce courrier glissé dans la boite à secrets qu’elle partageait avec sa fille ainée.


Citation:
Ma mère, ma douce maman,

Je sais que je suis maintenant trop grande pour t’appeler comme ca, mais tu vois, je ne peux pas m’en empêcher. Tu m’as tellement apporté depuis ce jour où tu m’as trouvé sur ce marché. Tu m’as tellement donné. C’est grâce à toi que je suis devenue ce que je suis aujourd’hui. Sans toi, sans cet amour que tu m’as donné je n’aurais peut être jamais survécu à l’avenir qui m’attendais.

Tu sais, je n’ai jamais vraiment voulu vous en parler ni à toi, ni à père de ce qu’il s’était passé et de ce qui se passe encore.
Vous pensez mes sautes d’humeur, mes petites crises pour des caprices mais ça n’en est pas, du moins… Pas comme vous le pensez. Je voudrais juste être et paraitre une petite fille comme les autres. Mais j’ai peur tu sais tellement peur.

Les cauchemars que je faisais quand j’étais petite, tu sais, quand je devais m’endormir près de toi, quand tu devais me bercer pendant des heures pour que je m’endorme, et bien j’en fais toujours et ils sont de pire en pire depuis quelque temps. Depuis que j’ai revu cet homme, celui là même qui me gardait chez lui

Je n’ai rien voulu te dire, on m’a assez répéter que j’étais assez grand maintenant et que mon rang ne me permettait pas ce genre de chose, et puis avec tout ce qu’il s’est passé je ne veux pas non plus te causé plus de soucis. Mais j’ai peur maman. Je suis terrifié à l’idée que l’on puisse s’en prendre à toi ou Sigebert ou Jehanne.
Ce n’était pas un simple caprice ma demande d’apprendre à manier une épée, je voulais juste être prête si un jour il venait à s’en prendre a moi, ou à mon frère ou ma sœur, ou même à vous. Je voulais simplement savoir me défendre et vous défendre. Je sais… c’est complètement stupide d’autant que je crois… qu’il ne m’a pas reconnu…

Pourtant, j’ai tremblé cette nuit de l’accident, du moins on m’a parlé d’accident mais que s’est-il passé réellement cette nuit là ? Pourquoi Père ne veut-il jamais rien me dire ? Est cet homme qui a voulu te tuer ? Est-ce de ma faute ? Est-ce pour ca que vous voulez me marié si rapidement, que vous vouliez m’éloigner de vous ?
Il y a tellement de question que je me pose et que je ne peux vous demander.

Je sais que je ne ressemble pas forcement a ce que vous attendais de moi. Je sais aussi que je n’aurais jamais la même place que Flavien, Jehanne ou même Sigebert, je ne suis…. Qu’une orpheline déguisée en noble, mais je m’efforce, oui je m’efforce chaque jours à faire tout ce qu’il faut pour ne pas vous faire honte. Mais je crois que je ne fais pas tout ce qu’il faut, et pas assez bien.
Je ne vous en ai pas encore parlé, mais je pense que je ne vous accompagnerais pas lors de votre voyage. Le collège m’a écrit aujourd’hui, les cours vont reprendre, et je pense qu’il sera préférable pour tout le monde que j’y retourne jusqu'à terminer mon éducation.
J’aimerais tellement qu’un jour, vous puissiez être fière de moi tout les deux.

Je ne sais même pas pourquoi je t’écris cette lettre que tu ne recevras probablement jamais… Dans quelque heure je dois aller avec père faire une promenade à cheval, j’attends ce moment depuis si longtemps. Je sais aussi que je devrais lui parler et m’expliquer sur certaine chose, je sais également comment cela finira, comme à chaque fois que l’on doit parler…
Mais je voulais quand même laisser ce message, juste pour te dire combien je t’aime ma petite maman, et combien je n’aurais pas assez de toute ma petite vie pour te dire merci.
Pardonne moi mes désobéissances, mes mots maladroits qui t’on souvent fait souffrir, pardonne moi simplement de ne pas être la fille que tu aurais souhaité.

Ton Ely,
Celle qui n’aurait jamais voulu grandir et rester la toute petite fille qui trouvait refuge dans tes bras.
Ton Ely, chasseuse et reyne des nescargouilles.


*Courrier transmis avec l'accord du Jd Elyaelle


Un sourire d’une tristesse infinie vint fleurir sur les lèvres de la duchesse. L’image d’Elyaelle flottait devant ses yeux, riant devant la maison bleue de Reims ou encore donnant des ordres à une troupe de nescargouilles qu’elle tentait de dresser pour en faire sa garde personnelle puis une autre où cette fois, petite fille sans défence, elle dormait dans le creux des bras d’Ana tandis que cette dernière la berçait sans oublier leur dispute et la gifle qui en avait suivi… Ana.Lise soupira dans le silence de la cabine tandis que le jour venait danser sur la ligne lointaine du fleuve.

Ely… tu me manques tant… ne put s’empêcher de murmurer la duchesse. La seule satisfaction que la jeune femme retirait de tous ses longs mois où les disputes et les incompréhensions avaient fais rage c’était la force que ce petit bout de femme lui avait insufflé afin de prendre la décision de mettre un terme à son mariage. Plus rien ne sera jamais comme avant sans toi ma douce…. Plus rien mais tu seras toujours présente dans mon cœur Ely…

Avec précaution, Ana plia le parchemin afin de le ranger avec les autres missives qu’elle gardait. Des courriers parfois romantiques, d’autres plus sulfureux et malheureusement un dernier qui était signé d’un « Adieu » net et définitif. La roue du destin avait encore donné un tour et pas forcément celui que la brune espérait… Quand cette douleur allait-elle prendre fin, quand est-ce qu'elle pourrait voir un jour autre chose que du chagrin dans ses relations avec les autres ?
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Ana.lise
Repas frugal avant de passer une bonne partie de la journée avec son fils, Ana profitait de chaque instant qui lui était donné de vivre avec son enfant. N’ayant guère d’appétit ces temps derniers, seul son fils comptait à ses yeux désormais et plus elle aurait du temps à lui consacrer, plus la sérénité reviendrait dans sa vie . Il était son bonheur, son amour, son trésor. Petit d’homme ayant connu déjà une tragédie depuis sa naissance, réchappant à la mort par la seule volonté de sa mère qui avait tout fait pour protéger celui qui était né de ses entrailles. Un lien les unissait à jamais et rien ni personne ne pourrait les séparer.

Souriant à son enfant, la brunette lui déposa un doux baiser sur le front avant de lui embrasser les mains qu’elle fit mine de dévorer afin de recueillir ce petit rire en cascade cher aux jeunes enfants. Cette façon de s’esclaffer agissait comme un baume sur le cœur de la duchesse qui dès lors, se laissait aller à des gestes d’une infinie tendresse envers son fils. Elle continuait de plus belle faisant mine de lui croquer le ventre, les pieds et le cou et lorsque le jeu s’arrêta enfin, les deux êtres étaient repus de rire et de bonheur.

Ana pencha la tête sur le côté afin d’observer attentivement Sigebert. Ses traits se définissaient vraiment maintenant et même s’il avait le menton volontaire de son père, Ana retrouvait la douceur du regard des di Favara. Ce regard qui vous trahissait tant il exprimait bien trop souvent ce que le cœur et l’âme reflétaient plutôt que le ressenti qu’il voulait exprimer. Alors avec délicatesse, Ana déposa un autre baiser sur la joue rosie de plaisir du petit et murmura avec toute la tendresse du monde :


Tu es beau mon fils…


Même si elle ne s’entendait plus avec le père de son petit, même si dorénavant ils étaient à jamais séparés, ils avaient là un enfant merveilleux qu’Ana chérissait plus que tout au monde. D’ailleurs, elle se demanda si son époux ressentait la même chose vis-à-vis de Sigebert, lui qui ne demandait jamais de nouvelles de sa progéniture. Etre en colère contre sa mère était une chose mais ne pas se soucier du bien être de son héritier, elle trouvait que le duc exagérait plus que de raison. Mais n’avait-il pas toujours été ainsi ? N’avait-il pas clairement défini ce qu’il pensait quand il avait tenté de les faire mourir tous les deux ?

Se redressant en sentant une colère monter en elle, Ana alla jusqu’à la porte qu’elle ouvrit brusquement avant d’appeler Eliette qui se trouvait dans la cabine d’en face. Cette dernière se précipita et devant le regard de sa maitresse qui s’était obscurci, elle savait ce qui lui restait à faire. Vivement, la jeune nourrice prit Sigebert qui commençait à s’endormir puis elle l’emporta avec elle jusqu’à sa chambre, prenant soin de refermer les portes derrière elle. La colère était mauvaise conseillère lui rappelait-elle toujours mais elle savait aussi que sa maitresse, aussi têtue qu’une mule, n’en démordrait pas aussi elle préférait la laisser seule face à ses questions.

Dès lors, le temps s’écoula lentement de l’avis d’Ana. La brunette tournait en rond en soupirant de rage, de colère, de frustration. Certes elle avait des torts, certes elle avait trompé son époux quand les sentiments se furent enfuis de son cœur, certes elle pouvait bien mourir sous le fil d’une épée mais jamais elle n’admettrait qu’il ait osé faire du mal à son propre fils. Quel genre d’homme était-il donc pour avoir échafaudé ce plan machiavélique tout en la regardant partir, quel esprit malade se cachait sous ce visage fermé qu’il offrait bien trop souvent ? Et plus elle se posait des questions et plus Ana se félicitait du choix qu’elle avait fait en le quittant. Bien sûr tout ne serait pas facile mais au moins elle ne tremblerait plus comme une feuille en se demandant si elle agissait correctement ou pas, si ses choix convenaient ou pas.

Pour faire passer cette colère qui l’étouffait malgré tout, Ana se rendit sur le pont du bateau afin de prendre une vague d’air frais. Rien de tel pour s’éclaircir les idées qui étaient embrouillées. Bien que finalement, elle n’était pas si confuse. Ana savait où elle allait désormais.

Dès son retour à Conflans, la brune mis ses affaires en ordre. Propriétaire d’un champ qu’elle faisait exploiter par Marik, son aide au moulin, la jeune femme répondit favorablement à la demande d’achat qu’un villageois lui avait fait durant son dernier voyage. La vie semblait vouloir enfin lui sourire, apportant de la joie dans ses entreprises. Et toute à son allégresse, Ana prit l’initiative d’écrire à son ancien amant, celui-là même qu’elle avait chassé afin de le protéger de la fureur de son époux. Hésitante, tremblante presque, elle ne désirait que de ses nouvelles, savoir s’il s’en sortait, si la vie n’avait pas été trop impitoyable avec lui. La duchesse savait très bien que sa famille ne lui laisserait pas une marge d’erreur trop grande dans ses actions et le pauvre Jk devait se sentir pris au piège. Pourtant, ce dernier répondit à la brunette et cette dernière retrouva immédiatement le plaisir de lire cette écriture qui venait l’éveiller chaque jour durant des semaines.

Rêveuse, naïve, fervente prêtresse de l’amour, Ana ne pouvait croire que celui qu’elle avait abandonné pour la raison lui revenait. Et pourtant, bravant tout ce que l’on pouvait imaginer, il la rejoignit dans son village. Et tel un souffle sur une braise, cet amour perdu reprit vie d’entre les cendres de leur malheur. Mais il ne fallait pas être sorcier pour se rendre compte que la chute allait être plus rude encore la seconde fois. En effet, si d’un simple geste, d’une simple lettre, la flamme dévastatrice de la passion avait été ranimée, celle de la destruction se cachait non loin derrière. A peine Ana retrouvait les gestes, les baisers, les caresses qui l’avaient éveillé au sentiment d’un bonheur partagé que la fureur de sa cousine balayait tout sur son passage.

Ce soir là, au cœur d’une taverne de Conflans, un nouveau drame se jouait. Des mots d’amour susurraient au creux de l’oreille de la duchesse, une promesse de vivre enfin pour eux que la blonde cousine entrait en scène, demandant des excuses publiques pour ce que l’amant déchu et déçu avait osé répandre comme insanité sur Ana. Cette dernière pas encore au courant de cette affaire tomba des nues. Le cœur en mille morceaux, la jeune femme ne pouvait croire à ces terribles paroles que Jk aurait prononcé mais sa cousine ne lui avait jamais menti… l’esprit troublé, le cœur en miettes, Ana ne savait plus à quel saint se vouer. Demandant des explications bien plus tard dans la nuit à son amant, terrible enfant entêté qui soutenait ne pas se souvenir de cette altercation blessait Ana encore plus profondément. Les paroles qu’il était sensé avoir dit n’était pas de celles qu’on prononce tous les jours et laisser entendre qu’on a la mémoire qui flanche sur ce sujet rendait la brune soupçonneuse. Elle connaissait les colères de Jk et surtout son envie de vengeance qu’il avait eue après leur rupture. Si seulement il lui avait dis un mot, même si cela avait été prononcé sous le coup de la douleur, Ana aurait compris mais non, rien n’y faisait. Et lui et sa cousine ne pouvaient plus se croiser sans vouloir s’étriper. Ana aspirait à la paix et c’était au milieu d’une guerre qu’elle mettait les pieds. S’en était trop à supporter. Elle ne voulait même pas savoir lequel des deux disaient la vérité, elle allait quitter ce duché de malheur et voguer vers sa propre destinée. La coupe était pleine, plus rien à espérer ni de sa famille ni de son amant.

Le soir même, tandis que Sigebert dormait, Ana avait prit vélin et la plume afin d’écrire deux missives. La première était adressée une nouvelle fois à celui qu’elle fuyait. Tout en l’écrivant, son esprit faisait résonner les mots si durement prononcé par sa cousine, condamnant leur histoire de cœur en quelques secondes. La duchesse, malgré les sentiments qu’elle avait pour cet homme, ne pouvait admettre cette trahison. C’était au-dessus de ses forces surtout que d’autres personnes vinrent lui rapporter les mêmes dires par la suite. La Champagne était un véritable poison pour elle, elle n’avait plus de doute là-dessus. Jamais elle n’y serait heureuse. Puisqu’il en était ainsi, elle la quitterait sans regret, préférant aller s’établir ailleurs, loin ailleurs.

La main encore tremblante, Ana adressa le second courrier à son futur professeur de médecine, cette gente dame qu’elle avait connue à Belrupt et qui l’avait tant marquée. Les deux femmes étaient restées en contact et au fil du temps, Ana savait qu’elle pouvait lui faire une confiance aveugle.

Citation:
Très chère dame Adeline de Courcy, baronne de la Haie du Puits,

Voilà de longs mois que nous ne nous sommes pas vu et pourtant, avec votre gentillesse naturelle, vous m’avez invitée à plusieurs reprises à venir vous rendre visite en Normandie. Jusqu’à présent, contretemps et autres complications on vu ce projet maintes et maintes fois remis mais aujourd’hui, si votre famille et vous êtes toujours d’accord, je serais heureuse de prendre la route afin de venir vous voir.

Pour être sincère avec vous Adeline, si je me tourne vers vous c’est parce que j’ai besoin non seulement d’un petit havre de paix pour reprendre ma vie en mains et surtout me reconstruire avec mon fils mais aussi de voir un médecin. Et dans ce royaume, je n’ai confiance qu’en vous... Des choses se sont passées dans ma vie dont je garde quelques séquelles et je voudrais votre avis médical sur la question. De plus, j’ai la désagréable impression que tout m’échappe depuis un certain temps… à tel point que je ne sais plus si ma vie a encore un sens aussi il me faut du temps… mais du temps hors de cette Champagne qui a su me ronger le cœur et l’âme, cette Champagne qui a su gangrener l’amour que je pouvais porter à autrui, cette Champagne que j’accuse et qui pourtant n’est pas seule responsable. Toutefois, afin de me tourner vers l’avenir, j’ai besoin de tourner la page qui fut écrite dans ce duché. Alors si votre amitié est tout aussi grande que la mienne et si votre Normandie accepte tout autant que vous de recevoir une nouvelle résidente, alors je serai bientôt des vôtres.

Chère dame de Courcy, j’attends avec impatience un signe de votre part. Quelque soit votre décision, soyez certaine que l’amitié que je vous porte ne sera en rien changé. Mon amitié envers vous a toujours été sincère et véritable et j’espère que nos liens pourront encore grandir prochainement.

Avec toute ma sincérité et mon affection, je vous envoie mes salutations les meilleures.

Ana.lise di Favara d'Izard

Duchesse de Sedan,
Baronne de Chaumont
Dame de Dienville



Missive pliée et attachée à la patte d’un pigeon, Ana l’avait lancé avec tout l’espoir dont elle pouvait faire preuve. Si la réponse d’Adeline était positive, elle pourrait enfin envisager une nouvelle vie.


[Bonjour, image hors norme retirée ( ainsi que celle du post suivant) cf règles d'or des arpenteurs. Merci d'y faire attention. Bon jeu, Modo chef Lestan]

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Ana.lise
Une journée s’était écoulée… une journée supplémentaire dans sa vie chaotique et chahutée. Ana avait pris le temps de lire quelques feuillets d’un grimoire sur les plantes qui lui venait de son professeur italien Niccolo Petrucci avec lequel la jeune femme avait étudié quelques années durant son adolescence. Les planches de dessin et autres croquis étaient d’une beauté captivante et les détails saisissants au point que la jeune femme en oubliait le monde extérieur. C’était là un de ses petits plaisirs, étudier les secrets de cette nature qui l’entourait. L’homme avait une curiosité naturelle dont Ana n’était pas la dernière à se servir. Et heureusement d’ailleurs car finalement, elle tenait là un bon dérivatif à ses préoccupations quotidiennes. Et en parlant de préoccupations, la brunette avait reçu par pigeon des nouvelles qui l’inquiétaient. Sa cousine lui annonçait la levée du ban et ce fut d’un soupir que la brunette accueillit cette nouvelle. Elle ne retournerait pas en Champagne pour autant. Si la Normandie voulait bien d’elle, elle mettrait son épée à contribution au cœur du duché qui l’acceptait. Aussi, sans plus attendre, Ana fit une réponse rapide à sa tendre cousine qui finalement ne vit, pour sa part, aucun inconvénient à cet arrangement. Et le soir venu, la jolie brunette alla observer les étoiles sur le pont du navire après avoir demandé au capitaine si bientôt le bateau toucherait terre. L’impatience venait se manifester dans le cœur de la belle qui eu une pensait à cette chère amie qui lui avait répondu avec tant de rapidité et d’émotions, lui offrant ainsi une perspective bien plaisante. Elle voyait encore danser les mots de la missive normande lorsqu'elle l'avait reçu avant son départ...

Citation:
De nous, Adeline de Courcy, Baronne de la Haye du Puits
A vous, Ana.lise Di Favara Duchesse de Sedan, Baronne de Chaumont, Dame de Dienville

Votre Grâce,
Très chère amie,

Je suis heureuse aujourd’hui de recevoir ce message de votre part, cela faisait effectivement de très long mois que nous ne nous sommes vu ni même écrit. Tout comme vous, prise par diverses charges et les tempêtes de la vie, je n’ai guère eu le temps de prendre de vos nouvelles.

Mon invitation a venir me rendre visite tiens toujours et je serais véritablement heureuse de vous recevoir en mon domaine où je suis sûre vous y trouverais un peu de repos pour le temps que vous souhaiter.

J’ignore ce qu’il a put se passer pour vous et je ne vous cache pas que votre lettre m’inquiètent vraiment et votre santé aussi. Si donc vous avez besoin d’un avis médical, je mettrais toute mes connaissance et mon expérience a votre service, n’ayez crainte, vous trouverez en Normandie tout ce qu’il faut pour vous reposer et prendre soin de votre santé. On dit que l’air de la mer rend fort même le plus faible, et qu’en Normandie coule un breuvage capable de guérir même un mourant. Ce n’est certes peut être qu’une légende, mais nous pouvons toujours essayer. Et si la médecine ne peut rien a vs maux, vous trouverez toujours une oreille attentive pour vous écouter.

Très chère Ana.lise, je vous attends avec la plus grande impatience, mais ne commettez pas d’imprudence sur la route surtout avec un enfant, les routes sont véritablement dangereuse. Faites moi savoir le jour de votre arrivée, je ferais en sorte que l’on vienne vous accueillir et vous escorter également. Mais d’ici là, prenez soin de vous votre grâce.

Avec toute mon amitié et mon affection,

Adeline de Courcy,
Baronne de la Haye du Puits



Un frisson de plaisir en se remémorant ce courrier et un sourire plus loin, la duchesse espérait tant de cette rencontre. Un nouvel avenir s'offrait à elle, loin des médisances, loin de la cruauté, loin des mensonges. Accoudée à la rambarde en bois, elle n’avait de cesse de s’émerveiller du spectacle que le ciel lui offrait. Brillant de mille lueurs, revêtu d’un mantel sombre, l’atmosphère était à la paix. Et pourtant, le royaume risquait d’être à feu et à sang d’ici quelques jours. La peur panique de quitter cette terre en laissant son fils seul au monde la tétanisa un petit instant mais Ana se ressaisit rapidement. Elle ne devait pas penser à ceci, elle ne devait pas entrevoir le pire. Son fils était son espoir, son cœur vaillant et jamais elle ne l’abandonnerait comme elle-même avait été abandonnée… dès sa naissance, sa mère avait refusé de la voir, préférant les ordres à son enfant, préférant la renier plutôt que de voir le tragique destin qu’elle lui réservait. Et lorsque son fils était né, Ana s’était promis de ne jamais le quitter. Partout où elle irait, il serait. Elle ne pouvait se résoudre à le laisser ne serait-ce pour la nuit même si par obligation, elle le devait. Devenait-elle une mère possessive ? Peut être finalement, elle qui ne l’était pas avec les hommes de sa vie. Les hommes… il n’était pas si nombreux au final et se comptait sur les doigts d’une seule main mais ils l’avaient marqué pire que si ils lui avaient brûlé la peau au fer rouge. Car Ana était une passionnée et la passion exacerbait chaque sentiment, les décuplant au point de devenir immaitrisable. Quand la jeune femme aimait, elle donnait au-delà du raisonnable tout comme lorsqu’elle détestait.

Ses pensées la ramenèrent non pas vers son mari sur qui elle avait déjà mis une croix depuis longtemps mais plutôt vers celui qui avait fait en sorte de rallumer la flamme du désir entre eux…. Jk, le brun moustachu, coureur devant l’éternel, amoureux de la femme en tout genre, gourmand de courbes et lignes des silhouettes féminines… combien d’entre elles s’étaient brûlées les ailes auprès du ténébreux Jk, Ana n’aurait pas su répondre. Tout ce qu’elle savait c’était que les sentiments ne se commandaient pas et qu’elle s’était éprise du Don Juan de la Champagne. Belle sirène au cœur tendre, elle avait vu ses résistance fondre comme neige au soleil un peu plus chaque jour jusqu’à ce qu’il la convainc de vivre avec lui. Et la brunette avait mis tout son cœur, s’était donné sans retenue, avait espéré… espérer quoi en fait, elle ne le savait plus elle-même. A chaque femme il tenait ce beau discours, à chaque femme il faisait miroiter la même vie… Mais le joli-cœur avait promis à Ana qu’elle serait sa dernière escapade, celle que son cœur ne pouvait laissé échapper.

Que de douces paroles aux oreilles de la duchesse prête à tout pour aimer et être aimer comme elle le souhaitait. Mais en y repensant, elle aurait dû se méfier, elle aurait dû fuir à toute enjambée, résister à ce sourire enjôleur qui n’admettait pas de refus. La brunette avait un côté d’une naïveté profonde lorsqu’il s’agissait des hommes que rien n’aurait pu la faire résister. Surtout avec un mariage qui prenait l’eau depuis bien longtemps, ça ne pouvait que faire les affaires du chasseur de cœur.

Une larme s’échappa sur la joue d’Ana, roula sur le velouté de sa peau lentement et finit par tomber rejoindre l’onde du fleuve que le bateau remontait. La duchesse cachait souvent sa peine et sa douleur derrière les murs du château qu’elle hantait la plupart du temps et encore ce soir, c’était seule dans le noir qu’elle laissait son vague à l’âme la prendre à bras le corps. Elle ressentait encore la morsure de cette bassesse. Elle aurait pu passer l’éponge sur un acte fait sous la colère , lui aurait même pardonné mais là, là il faisait comme si il n’avait rien dit, comme si c’était lui la victime…. Ana secoua sa longue chevelure qu’elle avait dénattée avant de sortir sur le pont. A quoi cela servait-il de ressasser toute cette histoire… sa dernière missive avait été claire, il ne voulait plus d’elle sans même essayer de s’expliquer… l’homme s’estimer trahit par la duchesse et elle alors ? Qu’était-elle sensée faire, le croire sans émettre le moindre doute ?

Un long soupire à fendre l’âme sortit de la bouche d’Ana. Les hommes… quand allait-elle enfin comprendre qu’elle n’y connaissait rien et qu’ils étaient tous de la même trempe à vouloir profiter de ce qu’ils pouvaient et dès que la personne ne les intéressait plus, hop on s’en débarrassait. Son mari avait joué les silencieux durant des mois, à ne vivre que pour la politique ou son duché et à la voir qu’en de rares occasions, préférant la garder à l’abri dans son château et refusant toute occasion de se mêler aux autres. Quant à son amant, il avait déjà dû trouver un autre cœur à aimer pour ne pas lui dire ce qu’il s’était réellement passé, faire celui qui avait tout oublié pour ne point lui donner d’explications… Ana semblait pensive, pensive et dégoutée de s’être une nouvelle fois fait prendre au piège des sentiments. Son cœur la perdra un jour, elle en était persuadée. Mais en attendant, la roue du destin semblait vouloir la laisser se faire malmener par les sentiments et l’amour non partagé. Etait-ce là le prix à payer pour avoir préféré l’amour à la raison ?

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Ana.lise
Nous accostons dans une petite heure dame Ana… dès lors, vous pourrez mettre pied à terre rapidement !

La duchesse adressa un sourire chaleureux à l’homme d’équipage qui était venu lui annoncer la bonne nouvelle. Toute la journée, le port d’Honfleur avait été à portée de bras et pourtant, il avait fallu attendre… attendre… attendre… Comme si là haut, on testait la patience de la jeune femme. Elle avait eu d’ailleurs envie de pester, de râler en voyant au petit matin que la ville normande tant espérée n’était plus qu’à quelques brasses de leur navire et que ce dernier semblait immobilisé au milieu du port. Mais au lieu de cela, Ana avait pris sur elle et s’était occupée de son fils qu’elle avait câliné jusqu’à ce qu’il s’endorme puis s’était tourné vers le petit Hugo qui, à peine plus âgé que Sigebert, grandissait et semblait changer plus vite que ce dernier. Il était amusant de voir les traits de l’enfant se modifier au fur et à mesure que les semaines s’égrainaient dans le sablier du temps.

La duchesse observait l’enfant tout en lui parlant doucement pendant que sa nourrice de mère rangeait les dernières affaires appartenant aux petits. La ressemblance entre Hugo et Eliette était saisissante mais autant sa mère était aussi brune que la duchesse autant l’enfant présentait déjà des boucles rousses qui rehaussaient l’éclat de ses deux jades qui vous suivaient sans vous lâcher lorsque ses petites billes arrivaient à vous prendre de ses filets. Il était amusant de constater la vivacité avec laquelle ce petit réagissait et Ana se réjouissait que Sigebert puisse grandir auprès d’un petit aussi éveillé. A eux deux, ils se tiraient mutuellement vers le haut ce qui ne pouvait être que bénéfique pour l’un comme pour l’autre.

Une caresse sur la joue de l’enfant, geste maternel d’une tendresse infinie, Ana n’avait de cesse de vouloir protéger ces deux petits. Le sien comme celui d’Eliette, la duchesse ne faisait aucune différence. La nourrice avait sauvé son fils d’une mort atroce en le nourrissant alors que par la faute de son époux, elle ne pouvait plus le faire elle-même et il était donc normal de leur offrir sa protection. Quiconque approcherait d’un peu trop près la jeune mère et sa progéniture se verrait vite rabroué par la brunette.

Ana avait toujours eu un côté très protecteur développé. Avec Ely, sa petite, elle l’avait été dès leur première rencontre. Et ce sentiment ne l’avait jamais quitté. Un frisson traversa le dos de la duchesse au souvenir de son enfant. Certes, elle n’était pas sienne à proprement parlé mais les liens du sang n’était pas toujours les meilleurs liens dans ce monde. Et la gamine l’avait bien ressenti. Par contre, Ana s’en voulait de ne pas avoir deviné son désarroi plus tôt, plus vite, plus…. Elle était tellement empêtrée dans sa petite vie insignifiante qu’elle n’avait pas vu le mal être de son rayon de soleil. Et maintenant, il était trop tard pour revenir en arrière… une larme menaçait de venir s’échouer sur la joue de la jeune aussi, précipitamment, Ana se releva de sa couchette en prenant Hugo dans ses bras afin de le serrer contre elle. Eliette qui vaquait à ses occupations n’était pas dupe de l’attitude de sa jeune maitresse mais ne pipa mot afin de laisser la duchesse se draper de cette pudeur qui la caractérisait.

Ana berça un petit moment Hugo qui semblait ne pas vouloir dormir contrairement à Sigebert qui lui, passait son temps à jouer avec les moutons de ces rêves à en croire les sourires qui se dessinaient sur son petit visage enfantin.


Bien heureux celui qui ne pense à rien… lança encore la duchesse en regardant tour à tour les garçons.

Les souvenirs l’assaillaient, son esprit fonctionnait de jour comme de nuit. Elle avait du mal à stopper le flot assourdissant de ses pensées. Qu’elle aurait aimé dire stop afin de ne plus se rappeler le mal, la douleur, le chagrin causé mais aussi les âmes trop tôt disparues. Après Ely, Ana avait subit une perte immense en la personne de son valet Arthéos. Disparu du jour au lendemain, sans donner d’explication. Ana avait espéré et espéré qu’il revienne. Elle avait même supplié son époux de rester quelques jours supplémentaires à Gien dès fois que le pauvre jeune homme réapparaisse mais il n’en fut rien. Et cela avait désespéré la duchesse.

Elle avait apprécié le jeune homme dès l’instant où, transit de froid, elle l’avait trouvé, assis par terre à quémander une place dans une maison noble. Ana sentit son cœur se serrer. Peut être n’aurait-elle pas dû le prendre à son service car dès lors, elle avait subit les ragots de tout un duché. En effet, Ana avait une relation privilégiée avec Arthéos et beaucoup s’imaginait qu’elle trompait son mari avec son valet. Mais quelle mouche avait donc piqué cette population pour avoir un regard si réducteur sur les gens. A l’époque, elle s’entendait bien avec son époux et ce n’était pas quelque chose qui lui était venu à l’esprit mais il fallait bien avouer que question coucherie, la Champagne n’était pas en reste. Les couples se faisaient aussi vite qu’ils se défaisaient, presque un sport national de deviner qui était avec qui mais Ana n’avait cure de ces moqueries et autres sarcasmes, elle vivait sa vie comme elle l’entendant jusqu’au jour où elle en perdit le contrôle. D’ailleurs, elle aurait dû se méfier quand, pour la première fois, son époux avait émis des doutes, allant jusqu’à la surprendre avec Arthéos alors qu’elle s’entraînait pour les futures joutes auxquelles elle avait voulu participer. Il avait même amené des témoins pour constater la tromperie sauf qu’en guise de tromperie, Ana avait été blessée plus qu’elle ne l’avait laissé voir et que tout s’était enchaîné par la suite… Etait-elle condamnée à subir moult racontars dès qu’un homme s’approchait d’elle et devait-elle se défendre lorsque pourtant elle était innocente ? Ana se tourna vers sa jeune compagne et lui offrit un visage malheureusement désabusé.


Eliette, tu feras prendre les malles par un des marins. Je ne pense pas qu’ils te refuseront leur aide. Normalement, Adeline devrait déjà être à Honfleur, elle avait dit qu’elle se mettait en route dès que nous prenions le bateau. Il suffit de la trouver maintenant… et de trouver une auberge pour y vivre quelques temps… juste le temps pour nous d’avoir l’accord du maire pour s’installer dans sa ville. Maintenant que nous sommes partis, plus rien ne nous fera revenir en champagne. Plus rien ni personne…

La duchesse mit Hugo dans les bras de la nourrice puis attrapa délicatement son fils qui ouvrit un œil puis le second, semblant épuisé, ayant des difficultés à sortir des bras de Morphée. Cette attitude toute enfantine fit sourire la brunette. A chaque fois que ses pensées cherchaient dans les limbes de sa triste vie à se remémorer la douleur et le chagrin qu’elle avait subi, son fils lui mettait du baume au cœur. Finalement, peu importait qu’elle connaisse encore l’amour, Ana n’y croyait plus depuis longtemps. On lui avait piétinée le cœur, on lui avait découpé en mille morceaux ses sentiments, on s’était mêlé de sa vie alors que beaucoup ne la connaissait pas… Elle tiendrait à bonne distance les hommes qui voudraient l’approcher dorénavant. La confiance n’était plus de mise, la solitude était une garantie à la paix, sa paix.
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Deedee
-Dis Manou, t’es sur qu’il y a pas de pirate dans ton bateau ? Et la dame qui va arrivé c’est une pirate ? Elle va rester longtemps avec nous ? Et tu crois qu’elle nous racontera comment c’était le bateau ? On pourra monter sur le bateau ? C’est quand qu’il arrive ?

Les enfants ont toujours cette faculté de poser autant de question, des questions bien à eux, de leur petit monde, loin des préoccupations des adultes. En voyant sn fils ainsi, en surprenant quelque conversation qu’il arrivait a avoir avec ses sœur ou ses amies, Adeline ne pouvait s’empêcher alors de penser a sa propre enfance, ce monde sans soucis qu’elle s’était construit avec son prince a elle, son ami, son frère, ce garçon qui avait grandi a ses cotés et avec lequel elle avait bâti son petit monde loin des soucis de leur parents.
Aujourd’hui, elle voyait ses enfants faire de même, insouciants, égoïste, sans songer un instant a la terrible tempête qui balayait l’âme de leur mère et de celle qui bientôt descendrait de ce bateau. La jeune femme ne put s’empêcher de sourire, un peu dans le vide tout en se baissant a la hauteur du garçonnet.


-Non il n’y a pas de pirate à bord, regarde bien le mat du bateau, il n’y a pas de drapeau de pirate. Et le capitaine la bas, tu le vois ? Est-ce qu’il a une jambe de bois ?

-Ohhhh… Ben non…
-Donc tu vois, ce n’est pas un bateau pirate. Et pour la dame, rappelle toi ce que je t’ai dit, c’est une duchesse n’oublie pas.
-Oui je sais, je dois m’incliner comme devant la Reyne et lui dire… euh… Bonjour votre grâce, soyez la bienvenue en Normandie. C’est ça hein ?

Adeline ne put s’empêcher de laisser échapper un petit rire en se redressant, l’innocence et la spontanéité enfantine, il n’y avait rien de mieux pour mettre un peu de soleil dans le cœur d’une tempête. La jeune femme lui caressa tendrement les cheveux se rendant compte que le petit garçon si turbulent devenait chaque jour un petit homme. Elle ne pouvait expliquer ce lien qui l’unissait a cet enfant, son premier né, le fruit de sa jeunesse, d’un premier amour même si celui-ci avait failli l’envoyé tout droit dans l’autre monde. Si comme les feuilles qui tombent quand arrivent l’automne, celui-ci était parti, il en était resté ce petit bout d’homme, ce soleil qui d’un regard, d’un mot pouvait lui rendre le sourire et lui faire oublié un instant le mauvais temps.

-C’est ça Erwan, c’est tout a fait ça. Tiens regarde le bateau accoste.

Et sitôt dit, sitôt parti. Le gamin lâcha la main de sa mère pour grimper sur une caisse en bois afin de ne rien raté de la manœuvre. Adeline tenta alors d’apercevoir sur le pont, son amie, impatiente de la revoir.
Elles ne s’étaient pas revu depuis bien longtemps, leur correspondances était également devenu rare, chacune occupé par sa vie, sa famille, ses problèmes, mais elles ne s’étaient pas oublié. Et quand Adeline avait reçut ce courrier, l’informant de son intention de venir lui rendre visite, la jeune femme n’avait put retenir sa joie et avait fait préparer tout ce qu’il fallait pour la recevoir.
Cependant quelque chose la chagrinait, quelque chose qu’elle n’avait pu expliquer, un sentiment, en lisant cette dernière missive qu’il lui tardait d’éclaircir.

Elle avait connu la duchesse pleine de vie, d’entrain, se dévouant pour les plus faibles, mais sa dernière missive lui donnait une toute autre impression. Que s’était-il donc passé dans la vie de cette jeune femme pour qu’elle en soit contrainte de vouloir…. Fuir. Oui fuir, c’était bien le mot qui convenait aux propos de cette missive.
Elle avait donc hâte de la voir mettre pied a terre, hâte de lui parler, hâte de comprendre aussi, et si ses notions de médecine pouvait servir, alors…


-Manou ça y est !!!!!!! Regarde ! Il mette la passerelle !!

Adeline releva la tête sortant de ses pensées et chercha alors du regard parmi la foule de voyageur, cette amie tant attendue.
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Ana.lise
Voilà, elle y était. Le port se dessinait devant elle, les maisons prenaient forme et les gens sur l’embarcadère s’affairaient déjà à leur activité journalière. La brune, déjà sur le pont, mis sa main en visière afin de tenter d’apercevoir la silhouette familière qui se rappelait à ses souvenirs. Et dans un premier temps, Ana ne vit rien ni personne aussi fit-elle quelques pas en avant, mis le pied sur la passerelle en tremblant légèrement, une étrange sensation parcourant son corps fin qui semblait vouloir se briser à chaque instant. Et soudain, elle le vit là, ce petit garçon qui s’agitait et semblait attendre quelqu’un ou quelque chose. Levant son regard sur l’adulte qui l’accompagnait, Ana reconnut cette fois Adeline. Un arrêt de quelques secondes lui fut nécessaire pour reprendre son souffle qu’elle sentait diminué et le besoin de se retourner vers « la belle étoile », seul souvenir de sa Champagne, maudite soit-elle. Une larme s’enfuit sur la joue de la jeune femme malgré la crispation dont faisait preuve cette dernière afin de ne pas sombrer.

Il était arrivé le temps de dire adieu à tout ce qui l’avait bercé depuis si longtemps, il était temps de tourner la page de sa vie si misérable qu’elle ne valait pas la peine d’être évoquée, il était temps de ne plus se retourner sur ce passé qui la détruisait et la détruirait encore. La douce jeune femme qui n’était plus que l’ombre d’elle-même se demandait encore si elle avait pris la bonne décision, si vivre n’était pas plus difficile que mourir, si dans un avenir proche, le Très-Haut dans sa grande miséricorde lui apporterait enfin le repos qu’elle réclamait mais elle ne se leurrait pas, restant persuadée que tout finirait bientôt, d’une façon ou d’une autre. Et au moment de mettre enfin pied à terre, au moment où sa botte allait toucher le sol, une peur panique s’empara de la duchesse.

Trop d’émotions, trop d’interrogations, trop de peur et d’appréhension… son cœur se mit à battre la chamade, le sang cogna contre ses tempes de façon violente et si soudaine qu’elle eut un petit étourdissement. Heureusement deux bras vigoureux vinrent la soutenir avant qu’Ana ne penche d’un côté ou d’un autre avec son fils. Et fort heureusement, elle ne céda pas à la panique et se laissa même guider vers une caisse qui était stockée non loin de là. Le gaillard aux yeux clairs qui regardait Ana émit un petit sourire tout en lui demandant.


Eh ben ma p’tite dame, on n’a pas l’pied marin ! Ça chahute sec quand on descend d’là hein ?


La brunette ne put que le remercier de son intervention. Il n’avait pas tort, elle n’avait pas le pied marin mais son malaise était tout autre seulement la jeune femme ne se laisserait jamais aller à quelques confidences. Et puis qui cela intéressait de savoir qu’elle se sentait plus morte que vivante, que sa vie ne tenait qu’à un fil, qu’à un souffle, qu’à un battement de cœur ? Personne ou très peu en fin de compte. Elle sentit son fils bouger contre son sein et redressa le buste, releva fièrement le menton et pris un visage calme et serein. Quel beau masque la duchesse présentait là. Mais sous ses traits délicatement dessinés apparaissaient les cernes bleutés rehaussés par l’opalescence de son teint. Mais aucun regard posé sur elle ne saurait la toucher, ainsi en avait-elle décidé. Elle pourrait se laisser aller au vague à l’âme et à ce chagrin qui lui rongeait le cœur plus tard, quand elle serait à l’abri derrière les murs de sa chambre.

Respirant profondément, elle sentit la main d’Eliette venir lui enserrer son épaule. Geste simple qui venait renforcer ces solides liens que les deux femmes avaient su tisser au cours des jours, Ana se sentit prête à s’avancer vers la Baronne de Courcy. Et dire qu’elle avait connu cette dernière qu’elle nommait simplement Deedee à l’époque. Quel merveilleux souvenir ! l’université, la médecine, l’envie de savoir… Mais bientôt tout ceci serait à nouveau à porter de mains grâce à cette chère amie qui l’accueillerait à l’Ostel Dieu afin d’y suivre les cours… enfin si le Très-Haut faisait le choix d’éclairer un peu la vie de la brunette d’une pincée de chance et d’optimisme afin qu’elle puisse faire table rase du passé et se créer un nouvelle avenir.


Bonjour Adeline… Baronne de Courcy… Je suis si heureuse de vous revoir… depuis tout ce temps.


Le sourire que la brune offrit à son interlocutrice se voulait chaleureux. Cette femme avait répondu à son appel sans rechigner, avec vivacité et la duchesse se sentait maintenant bien empruntée, ne sachant plus comment se comporter. Cette bouffée d’amitié qu’Adeline lui renvoyait la touchait directement au cœur. Mise à part sa cousine qui avait tenu à la garder près d’elle et dont Ana avait refusé l’offre sous prétexte de voler de ses propres ailes, les autres avaient tous finis par lui tourner le dos. Et là, on ne lui demandait rien, juste de venir et de prendre le temps de se poser, de se reconstruire si elle le devait. Pas de date butoir, pas de réflexion ou de jugement hâtif, simplement une main tendue d’une femme à une autre. Et pour le coup, Ana en aurait pleuré. Mais quand on est une dame, on ne montre pas ses émotions… foutue éducation qui lui collait à la peau. Elle avait la vie dure et étreignait Ana dans un carcan dont elle avait du mal à se débarrasser. D’ailleurs, ce n’était pas là un des reproches que son moustachu d’amant lui avait fait, qu’elle n’était jamais naturelle avec lui, n’osant pas de tendres gestes envers lui quand ils étaient en place publique. Et pour la première fois de sa vie depuis bien longtemps, Ana aurait eu envie de faire un geste et contre toute attente, elle posa sa main sur celle d’Adeline qui était devant elle et la voix éraillée par l’émotion, Ana souffla un « merci » en resserrant ses doigts sur le satiné de la peau de la Baronne. Et pour éviter les grandes eaux à Versailles, Ana tourna alors son fils vers la jeune femme.


Adeline, je vous présente mon fils, Sigebert… elle laissa à la jeune femme le temps de se pencher sur le petit et d’un mouvement gracile, fit signe à sa nourrice d’approcher. Et cette jeune maman n’est autre que la nourrice de ce jeune homme mais aussi une merveilleuse amie… Eliette avec son petit garçon Hugo.

Les présentations étaient faites de leur côté. Il ne restait plus qu’à la duchesse à apprivoiser le jeune chevalier qui semblait bien impatient à côté de sa mère et la petite troupe pourrait avancer jusqu’à une auberge qui pourrait les accueillir. D’ailleurs, la brunette s’adressa directement au petit garçon, un doux sourire aux lèvres.


Et toi jeune chevalier… parce que je présume que tu sers de chevalier à ta maman n’est-ce pas ? Fierté dans le regard comme si elle passait des troupes en revue, la Sedan avait repris du poil de la bête au contact de l’enfant et de sa mère et elle reprit. Et si tu me disais ton nom… Et connaitrais-tu un endroit où je pourrais faire dormir tout mon petit monde ? Parce que c’est bien beau mais tu vois ce futur chevalier que je tiens dans mes bras et bien il pèse son poids et comme il a décidé d’être un garçon grand et fort et bien il n’a pas fini de grandir. Et toi, tu veux aussi devenir fort et grand ?...

Ana s’était postée aux côtés d’Erwan désireuse d’établir le contact tout en regardant la maman du petit garçon. Un frisson parcourut l’échine de la brunette et une question s’imposa à son esprit. Et si finalement son salut venait de cette terre normande… Et pourquoi pas !
--Erwan.


Maman m’a dit, t’es trop p’tit pour comprendre.
Ah non j'me suis gourrer d'histoire ! Elle m’a dit, tu verras, c’est une grand dame, très belle et respectable. Grande je veux bien, je vois ce que c’est, belle, aussi. Mais respectable ? Ca ressemble a quoi ? Elle me fait rigoler quand même ma baronne de mère avec ses explications, comment voulez retrouver une grande dame belle et respectable parmi la foule qui descend ? Sont tous plus grand que moi !
Et puis…
Ah…
Euh…
Ohhh….

Et bien je dois reconnaitre qu’elle avait raison ma mère. Notre invitée, la dame venu tout droit du bateau, qu’est pas un bateau de pirate je vous le rappelle, est bien une grande (enfin pas trop quand même), belle (autant que ma mère, bien qu’un peu pale, faut le dire) et respectable, je sais pas mais au moins elle a reconnu que j’étais un chevalier ! Et j’en suis pas peu fier !


-Bonjour Ta Grâce la duchesse ! T’es la bienvenue en Normandie ! T’a fait bon voyage ? T’a vu des pirates ?

Oups…. C’est sorti tout seul ça. Pas sûr que ma mère apprécie mai j’essaie de rattraper le coup avec une petite révérence comme elle m’a appris et je réponds poliment à la duchesse.

-Pardonnez moi Duchesse j’voulais pas vous ofuquer… ofqusque… enfin vous embêter. J’m’appelle Erwan et je suis le chevalier de ma maman la Baronne. Vous savez faut pas vous inquiétez, on a réservé plusieurs chambre à l’Auberge du Port, vous allez voir on voit les bateaux des chambres.
C’est ton p’tit garçon ? Comment il s’appelle ? Je pourrais jouer avec lui ? Parce que moi j’ai que des p’tite sœur, et c’est vraiment pas drôle et…


Re-oups…. Le regard de maman qui tue, je crois que là, je parle trop, peut être que je devrais utiliser mon plan d’évasion, avant de recevoir la punition. Ou leur faire un grand sourire tout innocent pour me faire pardonner. C’est vrai quoi, c’est pas tout les jours qu’on reçoit une duchesse quand même !
Deedee
Elle l’avait attendu, impatiemment, scrutant comme son fils tout les passagers qui descendaient la passerelle du bateau. Mais comment la reconnaitre parmi la foule ? Elle se souvenait d’une jeune femme enjoué, au visage fin et au trait délicat, mais depuis tout ce temps ? Ses dernières lettres semblaient montrer un tout autre aspect de la duchesse et Adeline craignait de ne pas la reconnaitre. Réaction idiote sans doute, surtout lorsqu’elle voyait l’aplomb et l’assurance de son fils a ses cotés, très sûr de lui en train de scruter tout les voyageurs. Elle aurait aimé parfois avoir de nouveau son âge et son insouciance.

Son garçonnet s’agita soudainement descendant de son perchoir et Adeline leva la tête. Elle était là. Un bébé dans les bras, une jeune femme derrière elle portant elle aussi un bébé. La Baronne ne put que sourire en les voyants, observant attentivement le visage de son amie. Elle n’avait plus rien a voir de la jeune étudiante qu’elle avait croisé à l’université. Elle semblait marquée par la souffrance, épuisée aussi, les joues légèrement creusées et le regard… ce regard…

La Duchesse posa doucement sa main sur la sienne et son cœur manqua un battement dans sa poitrine. Par Aristote ! Mais qu’avait-il bien pu se passer dans la vie de cette jeune femme ? Quelles dures épreuves avait-elle endurées pour en arrivée là ?
Tant de question se bousculèrent dans l’esprit de la De Courcy qui ne put répondre que par un sourire chaleureux et bienveillant. Plus tard elles parleraient...

Elle s’apprêta a lui souhaiter la bienvenu mais son jeune chevalier prit les devant, s’adressant à la duchesse avec un aplomb qui la fit rougir un instant. Décidément, l’éducation de son polisson de garçon n’était pas terminé, et elle allait devoir être un peu plus sévère si elle ne voulait pas le voir partir du coté obscur.
Un léger toussotement, un regard noir qui en disait bien plus long que des mots et le garçonnet se ressaisit et s’excusa avant de repartir dans un discours sans queue ni tête.


-Erwan ! Gronda-t-elle cette fois en fronçant les sourcils, avant de se retourner vers la Duchesse.

-Pardonnez le duchesse, il était plutôt impatient de vous voir. Ce n’est pas tous les jours que nous recevons quelqu’un icelieu, mais nous sommes vraiment heureux de vous accueillir. Soyez la bienvenu en Normandie, et vous aussi Eliette. J'espère que vous avez fait bon voyage tout de même ?

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Ana.lise
Ana avait souri au petit garçon qui, faisant fi du protocole, l’avait accueilli avec brio et fraîcheur et ce fut avec douceur qu’elle lui avait répondu après que Adeline lui ait donné le nom de ce petit chevalier en herbe.

Et bien Erwan, nous avons, dans l’ordre ou le désordre d’ailleurs, fait bon voyage et pas rencontré de Pirates mais tu sais, sur la Seine, les Pirates se font rares et puis nous avions un très bon capitaine…

Ana se pencha un peu vers le petit homme pour lui murmurer sur le ton de la confidence.

Tu imagines si on avait croisé des pirates, elle aurait été capable de leur faire manger leur acte de naissance juste parce que c'est ce qui se fait dans les règles de l'art !


Hochant la tête pour confirmer ses dires, la jeune femme se voulait sûr d’elle tout en affichant un sourire amusé. La candeur des enfants était mille fois plus saine à affronter que la perversité dont faisait preuve les adultes. Et ce fut d’un geste maternel qu’elle caressa la tignasse du gamin, affectueuse mais pas trop, ne voulant pas lui imposer quoique ce soit. C’était qu’un chevalier, ça se respectai ces petites choses là madame !

Une nouvelle lueur remplit d’amour cette fois passa dans le regard de la duchesse et se redressant pas peu fier de son enfant, elle sourit avec béatitude cette fois.


Oui Erwan, c’est mon fils, Sigebert. Et tu pourras jouer avec lui sans aucun problème mais je crains qu’il te faille attendre un peu… Ce petit d’homme ne pense qu’à dormir et manger pour le moment. Faisant mine de réfléchir quelques secondes, la duchesse prit un air grave avant de continuer sur sa lancée. Ainsi donc les filles t’en font voir de toutes les couleurs mon jeune chevalier… je comprends, ça ne doit pas être drôle d’être l’ainé et de devoir montrer au reste de la famille qu’on sait mener son petit monde par le bout du nez…

Se retenant de rire, Ana posa son regard céruléen sur Adeline, la remerciant muettement pour ce qu’elle était en train de faire pour elle et la duchesse espérait pouvoir un jour lui rendre la pareille. L’air de la Normandie lui faisait du bien, un bien fou trop longtemps éloigné de sa personne mais elle ne se leurrait pas la brunette, elle savait que les blessures mettraient du temps à guérir… Trop profondes, trop marquées, trop encrées dans son esprit ou dans son cœur, elle avait du mal à chasser complètement ce qui la torturait. A croire qu’elle aimait ressasser ce passé mortel qui la détruisait inexorablement. Mais Ana ne pouvait faire autrement. C’était à une partie de sa vie à laquelle elle tentait d’échapper, c’était à une partie d’elle-même qu’elle tentait de se soustraire. Le cœur à ses raisons… Et elle avait toujours agit avec déraison.

Relevant la tête afin de voir où Erwan les conduisait, elle reporta son attention sur cette amie très chère qui ne lui posait aucune question tandis que ses yeux se gorgeaient de curiosité. Ana avait aperçu ce regard qui la détaillait ainsi que ces petites marques d’interrogation qui étaient passées sur le visage de la baronne. Et la duchesse se doutait bien qu’elle ne correspondait plus vraiment à l’image d’autrefois que les gens gardaient d’elle. La roue du temps tourne en silence et Ana n’échappait pas à cette règle immuable.

Le temps est assassin tout autant que l’esprit est criminel. Et les tortures physiques et mentales dont avaient souffert Ana ne la mettaient pas à son avantage. Certes, les quelques cicatrices qu’elle gardait de ses rencontres malheureuses avec brigand ou armée n’étaient visibles qu’à celui qui partageait sa couche mais son corps s’était modifié inexorablement depuis la naissance de son fils. Quand d’autres femmes prenaient des hanches, de la taille et de la poitrine, Ana, elle, s’était affinée plus que de raison devenant brindille. Ses magnifiques yeux azurs s'étaient teintés de gris face au chagrin qui les inondait trop souvent faisant oublier à quiconque la joie de ce bleuté qui vous harponnez et ne vous lâchez plus. Et que dire de son teint qui s’était, au fil des semaines, dépouillé de son hâle naturel qu’elle offrait aux regards posés d’ordinaire sur elle lui donnant l’apparence de ces êtres éthérés qui vous hantent jusqu’à la fin de vos jours. Ana devenait une ombre parmi les vivants et le regard d’Adeline lui renvoya cette image qu’elle avait d’elle-même, martyrisant son cœur de femme blessée. La faim l’avait quitté depuis quelques semaines et bien trop souvent, la jeune femme se cachait derrière une cape qui la recouvrait des pieds à la tête, camouflant sa personne du mieux qu’elle le pouvait, n’offrant que rarement sa peau autrefois velouté aux rayons du soleil.


Je vous en prie Adeline, laissez-le faire. C’est un jeune garçon très intelligent qui cherche simplement à assouvir sa curiosité naturelle… Et cela se comprend car pendant que nous faisions bon voyage, moult questions tournoyaient dans son esprit… Souriant légèrement tout en continuant à marcher dans la direction indiquée par le petit garçon, Ana regarda à nouveau Erwan avec bienveillance. Le voilà qu’il comptait une alliée de poids dans de futures bêtises si l’envie lui disait. Et ce sourire s’agrandit sur l’adorable visage féminin aux souvenirs des enfants de Chaumont… Ely, Jehanne, Flavien… n’avaient-ils pas eux aussi cherché l’aventure dans les jardins du château ou dans la forêt aux alentours de Sedan ? Combien de fois ne s’était-elle pas inquiétée de ne pas les voir rentrer tandis que la nuit menaçait d’étendre ses premières brumes du soir dissimulant ainsi les chemins que les enfants pourraient prendre pour retrouver leur foyer. Et cette curiosité commune à tous ceux de leur âge qui les faisait comprendre la vie qui les entourait… Non il fallait laisser aux enfants le temps de grandir et d’apprendre au contact des adultes qui menaient la danse de ce monde.

Les pas s’arrêtèrent devant l’auberge du port et Ana fut ravie de ce qu’elle découvrit. L’endroit était d’une simplicité étonnante mélangée à une touche de caractère prononcé. La Normandie était fière à ne pas en douter mais savait accueillir les « étrangers » comme il se devait. A peine entrée que déjà on venait à leur rencontre avec effusion, s’occupant de leurs bagages, désirant leur montrer leur chambre. Tourbillon de vie, tourbillon de paroles, Ana ne savait plus où donner de la tête et ce fut un nouveau malaise qui pointa son nez. Bien vite, la duchesse se sentit partir en arrière et dut prendre appui sur une chaise de la grande salle, fermant les yeux afin de calmer cette impression que le sol voulait l’engloutir. Prenant de profondes respirations, calant son fils contre son sein afin de le garder contre elle si elle devait chuter, la jeune femme fit tout pour maîtriser ce vertige passager. Son cœur s’était emballé, ses pensées se fracassaient contre les parois de son crâne lui arrachant une grimace qu’elle tenta de dissimuler. Rouvrant les yeux après quelques secondes incertaines, elle regarda Adeline.


Chère Baronne, je vous prie de m’excuser mais le voyage a été moins facile que je ne l’aurais imaginé. Je pense qu’un peu de repos me fera du bien surtout avec ce qu’il se prépare et nos futurs déplacements j’imagine donc si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais prendre congés mais que diriez-vous de venir icelieu ce soir avec vos enfants afin de festoyer pour nos retrouvailles. Qui pourra dire quand nous pourrons le faire dans la joie et la bonne humeur ?

La guerre était imminente, les dernières nouvelles reçues par pigeon au cours du voyage de la duchesse ne laissaient aucun doute quant à l’issue que prendrait ces derniers jours de tergiversation. Un soupir las se fit entendre du côté d’Ana qui ne pensait désormais plus qu’à un repos salvateur sur une nouvelle terre avant de… avant de partir pour mourir peut être.

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