Afficher le menu
Information and comments (0)

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] La forêt d'Embrun

Saens
Figurez-vous une forêt, que des eaux traversent. Fait frisquet entre les sapins, songea le brun, avant de se dépiauter intégralement et de plonger dans une rivière. Un bain matutinal, dans un grand baquet. Après être avoir joyeusement frôlé l'hydrocution, la peau hérissée de frissons, sa virilité réduite à néant - le froid fait mauvais œuvre même chez les plus coriaces - et les lèvres violettes, il barbota. Barbota, flemmard, simplement pour remuer bras et jambes et pour ne pas sombrer dans les profondeurs inquiétantes et vaseuses, surtout vaseuses, de ce presque-ru. C'était rude. C'était ravigotant. De barbotement en barbotation, il en vint à nager pour de bon et s'éloigna de la rive aller jouer les aventuriers dans les abysses aquatiques et leur taux de monstres marins. Saens, corsaire à poil du grand large, quand il ne faisait pas la guerre aux plantes uligineuses de la rive, s'attaquait loyalement aux brochet des bas-fonds. A coups de pied. Et vlan, et vlan.

Après avoir décroché la mâchoire à toute la faune de la rivière, assagi, il revint à la berge où toute génération spontanée de moucherons venait d'apparaître. Il s'en fichait. Fourbu qu'il était, avec trente lieues sur le dos, en chevauchée avec sa sauterelle brune de femme. Il laissa donc, dans sa grande mansuétude, la vie sauve aux moucherons, et s'ensevelit dans l'eau claire qui l'engloutit jusqu'à sa dernière mèche noire. Pendant un moment, n'eussent été ses nippes et sa besace échouées près d'un tronc, on ne vit plus trace humaine. Les arbres, des arbustes pour la plupart, encore naïfs, était penchés vers la rivière et formaient ainsi une allée étrange qui attendait on ne sait quel roi. Des buissons d'un beau vert sombre, autres sujets feuillus, se retenaient de bruire. On entendait parfois un oiseau voler impatiemment d'une branche à l'autre, mais c'était tout. La sylve se tenait coite. Le barbu, car il devait bien respirer lui aussi, refit surface.

Ses membres, jugeant à présent que l'eau est chaude et l'air glacial, esquissaient des mouvements lents et réguliers ; les nerfs qu'il avait en bouillie se relâchèrent. Saens leva le nez au ciel, entre les branchages de la futaie, fixant un soleil que la brume rendait laiteux. Il tendit le bras vers sa besace, drôle de sylphe un peu branque dans tout ce silence, et harponna une chiffe de linge blanc pour se sécher le visage et la nuque. Il allait bientôt s'extirper de là et retourner à Embrun, il connaissait déjà le reste. Chercher l'auberge où aurait pu descendre la brune, si jamais elle avait décidé de passer son matin sous des draps, l'y rejoindre énumérer leur bestiaire, le cas échéant, trouver un tronc large pour sommeiller en paix. Il a des cernes. Il reposa le linge déjà humide et une dernière fois, se laisse glisser dans l'eau, vigilant à ce que ne s'instigue pas une confrérie vengeresse des brochets, visant à lui becqueter les orteils.

_________________
Saorii
Elle avait franchi le pas. Cessé de résister, après des semaines de lutte, à des sentiments envahissants venant troubler sa vision du monde, la mettre en danger, menacer cette gangue de solitude et d'indifférence lucide qu'elle s'était plu à cultiver jusqu'à une certaine taverne, un certain brun qui alignait des miettes et donnait une qualité irréelle au silence. Désormais libérée d'une dualité paralysante, donc, assumant une condition de guimauve consentie, la brune était désormais occupée à se frotter au monde avec son regard tout neuf, enfin tout neuf, disons dénaturé par un état amoureux qui, s'il se défendait d'être naïf, n'en était pas moins relativement abêtissant.

Mais peu lui importait désormais. Le chemin était sans retour et elle le savait, s'y était engagée en pleine conscience, après de douloureux renoncements, comme on embrasse une cause perdue. Goûtait une volupté totale, rendue encore plus précieuse par le caractère d'urgence que revêtent toutes les émotions qu'on sait être éphémères.

Elle n'avait pas pris de chambre comme le croyait Saens, mais après avoir partagé un bol de soupe avec les paysans qui logeaient son canasson dans leur grange, et l'avaient embauchée pour le lendemain, elle s'était écroulée, ivre de fatigue, sur une botte de paille non loin de la dite haridelle, guère en meilleur état que sa maîtresse. S'était réveillée fraîche et reposée, en fin de matinée, avantage de disposer d'un corps jeune et vigoureux, alors que sur son âme les années semblaient toujours avoir pesé plus lourd.

Fraîche et reposée, mais crasseuse. Poussière des chemins accumulée pendant la chevauchée, jusque dans la lourde natte qu'elle confectionnait toujours avant de prendre la route, rituel immuable d'une cavalière à longs cheveux de sauvageonne. Quelques étirements de fauve plus tard, elle avait déposé des saponaires dans un fichu qu'elle avait noué aux quatre coins, s'en faisant un baluchon. Pris le chemin de la forêt, laissant son encombrante besace aux bons soins de la vieille rosse qui cachait sa laideur décharnée dans la grange, par asthénie ou pudeur, allez savoir.

Comme dit plus haut, elle savourait donc tout en cheminant, un bonheur tranquille et délicieusement idiot, notant par-ci un bourgeon gorgé de sève prêt à éclater, par-là une sauterelle tentant d'échapper à un moineau. Elle songeait au brun. En fermant les yeux, elle sentait encore le contact de ses mains imprimé sur sa peau, et vite, très vite, le désir violent et lancinant d'être auprès de lui montait et lui envahissait les tripes. Repoussé au nom de son indépendance diurne. Le soir venu, elle ne résisterait plus. Ce n'est qu'une fois à proximité de la futaie qu'elle se morigéna en silence de ne pas avoir demandé où se situait exactement cette fameuse rivière. Vitupère bien inutile puisqu'elle ne tarda pas à la distinguer entre les hauts troncs, et c'était heureux, car elle commençait à s'écorcher les jambes contre les taillis. Elle s'approcha de l'onde scintillante. Défit sa natte, libérant ses cheveux qui retombèrent en cascades brunes sur son dos, et c'est là qu'elle aperçut au loin, en amont, un ours qui barbotait.

_________________
SAO.
Malemort
A l'orée de la forêt, sur une butte au dessus de la ville, se tenaient un homme et son cheval. L'homme regardait Embrun, respirant lentement et profondément. Peut importe comment il serait reçu, il avait réussi. Vingt jours de marche et de chevauchée, vingt jours à cotoyer routes et fossés. Enfin, il voyait le bout...


Il écarta les bras, releva la tête vers le ciel étonnament clément ce matin. Alors, le murmure se fit plus insistant, se fit voix, se fit chant. Le vent l'avait guidé, le vent l'avait ramené. Le vent le lierait à la lumière de sa vie...
Saens
A l'intérieur, c'était déjà moins limpide. Tout sale, avec des grains de terre qui lui agaçait le blanc de l'œil, des herbes comme caressées par un vent d'Est, aplaties par le courant, étrange et verte chevelure pommadée. Il n'en distinguait pas la moitié. Il entendait le cri des brochets, se demanda un instant s'il restait là, faisant fi de la mort, s'il restait là assez longtemps... aurait-il le temps d'apprendre à parler brochet ? Et qu'en était-il de l'alphabet brochet ? L'alphabet brochet, entama-t-il mentalement, est composé de soixante-huit lettres, que l'on peut scinder en deux parties... Lorsqu'il eut les poumons vides, il refit surface. Peut-être un peu avant même. A l'endroit de ses cils, une myriade de rondes d'eau qu'il explosa dans un soubresaut palpébral. A l'endroit de ses lèvres un sourire, symptôme, énervant au début, maintenant consenti, symptôme donc, traducteur de ce que la brune était entrée dans son champ de vision. Il l'avait vue approchante. Il brochethéoriserait une autre fois.

Il entreprit de nager jusqu'à son aval, ce qui ne représentait pas une tâche bien difficile. Mais ses muscles d'éphèbe finement ciselés ressortaient par moments divins des eaux claires de la rivière enchanteresse, entraînant dans leur suite lumineuse une écume parfumée et mousseuse, et les petits oiseaux chantaient ce moment de grâce où ses fesses marmoréennes jaillissaient or de la flotte, telles deux monts olympiens taillés par Jean de la Huerta (sic). Bref, après le corsaire, après le sylphe, il devint siréneux. Une sirène silencieuse, avec de la barbe au menton. Il était arrivé à sa hauteur, et il advenait de dire quelque chose. Saorii, je vous aime. Trop solennel. Saorii, t'es belle comme un rayon de soleil. Trop naïf. Saorii, vous voir ici me plonge dans un état d'allégresse incommensurable, incommensurable vous dis-je, et je me sens tout folichon, et si je m'écoutais, j'irai pêcher pour vous une truite d'eau douce, avec les dents. Mouais.

En place de, il se hissa à moitié sur la berge et lui posa un bécot sur le genou, avant de retourner dans l'eau qui lui semblait tiède, fade et amène. Sur le dos, le nez vers le ciel saumâtre ; on eut dit que cette fois, c'était la rivière qui se reflétait sur la voûte et non l'inverse. Les bras ballants, il tourna le visage pour regarder la brune, c'était comme un besoin. Les brochets pouvaient bien picorer ses mollets. Il la voyait si peu de jour. Avec ses yeux fauvesques bouillant d'intelligence, elle qui se disait piquante comme un radis, mais pas un petit radis de pacotille, un gros radis noir cuirassé. Il s'était suffisamment planté les doigts dedans pour le savoir. Il le regardait donc, son petit chardon brun, avec les yeux les plus sérieusement crétins du monde. C'en était courbaturant.

_________________
Saorii
Comme par magie, l'ours s'était changé en gracieux ondin qui s'approchait d'elle d'une nage souple et ondulante. Saorii en prenait plein les mirettes, cadre bucolique à souhait, miroitement de l'eau et l'homme de ses pensées vêtu de sa seule dignité, logée dans de beaux yeux gris impavides. Regards et sourires furent échangés comme il se devait, un baiser fut posé, puis il convenait de rompre le charme honteusement romantique du tableau avec quelques phrases qui laisseraient penser que les protagonistes avaient encore un peu de verve, malgré leurs tripes remuées.

Quelques secondes s'écoulèrent. Elle renonça. Les yeux hyalins posés sur elle n'aidaient pas à l'affaire, il faut dire. C'était fâcheux, mais c'était souvent ainsi. En sa présence, elle qui n'était déjà pas causante, elle parvenait difficilement à briser le silence. Non pas qu'il fut gêné, mais il était trop éloquent, et les mots faisaient pâle figure, à côté. Les semaines, les mois passaient, et cela ne changeait pas, c'était même pire. Peu importait finalement, et elle haussa insensiblement les épaules avant de déposer son paquet sur la rive. S'accroupit, penchée sur l'eau, et vint d'une main en troubler la surface. La froidure la fit grimacer un brin, mais elle était trop sale pour faire la fine bouche, et surtout, il y avait les yeux, là, dont le magnétisme sirénien l'aurait emmenée jusque dans la gueule d'Orcus.

La brune ôta ses bottes boueuses et ses bas, tenta un pied pusillanime dans l'onde glacée - nouvelle grimace - pour finir par plonger sans plus de façons, histoire d'en terminer vite. Ressortit quelques mètres plus loin, chemise collée à la peau, lèvres bleuies qu'elle vint appliquer sur celles du brun dans un baiser furtif, avant de s'éloigner d'une nage rapide pour combattre le froid qui lui transperçait les os. Elle croisa la mine désapprobatrice d'une vieille besace qu'elle reconnut, se réchauffa en nageant contre le fil de l'eau une minute ou deux, puis fit demi-tour pour revenir vers lui. Le fait du brun ou du courant, ou des deux mêlés, la distance cette fois fut plus vite parcourue.

_________________
SAO.
Saens
De l'autre côté du miroir, il songeait, en symétrie, qu'elle en avait une sacrée paire. D'yeux. Qui te frappent de plein fouet comme une vague mal abordée, la grande claque qui brûle, aquellos ojos leonados qui te retournent la tripaille sévère, tellement que tu as envie de dégobiller ton amour tout cru devant elle. Ne pas entendre par là que les yeux de la brune lui donnaient des pulsions d'émétique, entendre par là que, comme au moment où le pylore et le cardia se font la malle, et quand le diaphragme se ramène par-dessus cette tambouille, il perdait ses moyens. Adieu romance.

Il en était là de ses songes dégueulitoires, et amoureux rappelons-le, quand la brune revint. Force fut de constater qu'elle en avait une jolie paire aussi, et d'aller lui présenter son avis sur la chose. La censure fut naturelle : un petit oiseau qui avait perdu sa maman criait, "tu-ki tu-ki tu-ki", une biche éternua, un brochet itou, et le reste des forces de la nature mit tout en œuvre pour couvrir l'innommable. Le courant du ru, sans s'amplifier, se fit plus bruyant, les chenilles entonnèrent une de leurs vieilles chansons chevaleresques, trois lapins frappèrent le sol de la patte, un ours gémit, une sauterelle aussi, le clan des guêpes entreprit de faire la guerre aux pissenlits, et enfin, lorsque l'oisillon se jeta dans les ailes de sa chère maman, deux têtes brunes conclurent. Tout finissait bien. La morale était sauvée.

Le plus embêtant, c'est que tout ne semblait pas en voie d'aller plus mal, ou Saens se fourvoyait. Le malheur, l'amertume, ont ceci de bien qu'ils réfrènent l'oisiveté de l'esprit ; une histoire même minable, mais malheureuse, ça occupe. Là, avec son souffle encore humide qui lui dévalait la pente nasale, il était occupé à lui bouffer le blanc de l'oeil, et le pis dans l'affaire, c'est qu'il ne s'ennuyait pas du tout. Front à front, dans un silence qui était devenu comme un langage - quatre à deux pour les pissenlits - , qu'il brisa, fatalement. En parlant brochet, ou à défaut, d'occupations de brochet.

Il lui demanda si elle trouvait l'eau chaude.

_________________
Saorii
Saens, Saens, celle qui est chaude ici, ce n'est pas l'eau...

Elle tut cette pensée pour répondre qu'on avait vu mieux, mais que c'était agréable. Se détacha de ce corps qui anéantissait sa perception humaine pour ne faire d'elle qu'une chatte sur un toit brûlant, et se laissa aller dans le courant, les yeux vers le ciel qui coiffait la forêt de sa coupole moutonneuse. N'entendant plus rien que le glissement de l'onde qui venait lécher les contours de sa carcasse soudain légère, elle se demanda fugitivement combien de mois il fallait pour que ce fourbe de palpitant cesse de jouer la sarabande quand son époux, même fictif, vous prenait dans ses bras.

Un cheval qui se cabrait détourna le fil de ses pensées, puis trois nuages plus loin, une guiterne semblait flotter dans l'attente de celui qui saurait tirer d'elle des accents festifs ou passionnés. Un instant, elle ne fut plus que cette môme trop grande et trop maigre qui venait noyer dans le Lot son ennui mortel, une fois ses corvées de la journée terminée. Soulager son corps meurtri, aussi. A l'écart des autres gosses car quasi muette, ce qui lui valait une relative tranquillité de la part de sa brute de père, qui la croyait simplette. Malheureusement, ce genre de scrupules n'embarrassait pas sa tribu de frangins mal dégrossis, qui venaient soulager sur leur fuyante cadette leur enfer quotidien. Pas qu'elle ne savait pas parler, la petite sauterelle brune, mais elle ne voyait rien à dire. Sentant bien qu'un Dieu un peu trop picoleur s'était trompé dans ses attributions, elle attendait sagement d'être ramenée au bon endroit une fois l'erreur reconnue, ou à défaut, de grandir.

Le canasson s'était évaporé, la guiterne s'était changée en une masse informe et menaçante, et la brune vieillie de dix ans claquait des dents. Elle s'approcha du bord pour se frictionner vigoureusement de saponaires, puis couverte de mousse, s'immergea entièrement sous la flotte. Lorsqu'elle eut regagné la berge, la chemise qu'elle ôta pour la faire sécher sur un arbuste qui s'en trouva drôlement déguisé, était redevenue blanche, et la liane brune en dessous était parsemée de gouttelettes irisées, et de frissons. Ramassant le fichu, elle rejoignit le brun lui aussi sorti des flots, vint l'étaler à ses côtés, et y réchauffer sa nudité mate et glacée.

_________________
SAO.
See the RP information
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)