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Info:
Maeve Alterac et Leandre Lazare de Valfrey, respectivement 8 et 10 ans, ont pris la route. Leandre, futur chevalier de son état, accompagne et protège la jeune rouquine qui s'en va retrouver sa maman. Ils partent de Dieppe, et doivent se rendre en Bourgogne.

[RP] Deux enfants, un secret, une escapade.

Leandre
L'idée leur était rapidement venue à l'esprit, et déjà ils s'activaient activement à sa réalisation.
Pourtant, il n'avait fallu pas plus d'une poignée d'heures, confortablement installés sur un tabouret en taverne, là où on leur servait leur habituel verre de lait pour la demoiselle, et l'infusion de camomille pour le jeune garçon. Les verres furent vidés de leur contenu, et ils avaient imaginé tout un plan, par quelques murmures glissés dans le creux de l'oreille, à l'abri d'éventuelles arrivées impromptues. Les adultes étaient bien gentils, mais ils ne pouvaient pas comprendre, exceptés certains. Et puis ils se seraient inquiétés. A juste titre d'ailleurs, mais ça les enfants l'ignoraient bien, et se gardaient de s'en préoccuper.

Leandre avait cependant décidé d'en parler à une seule personne. Celle en qui il avait le plus confiance, en Dieppe, et même dans toute la Normandie : Mabelle. Il s'était tout de suite attaché à cette femme, qui lui avait proposé à maintes reprises son aide, et même son savoir. Une autre en qui il avait confiance, et à qui Leandre aurait bien expliqué ce qu'il comptait faire, était Louve. Mais celle-ci était introuvable depuis plusieurs jours maintenant, et au delà de sa tristesse, le jeune garçon ne se sentait plus le courage de voir cette fille avec qui il avait partagé tant de moments. Lui pardonnerait-elle ? Il en doutait sérieusement, mais maintenant il ne souhaitait plus reculer. Il était investi d'une mission nouvelle, depuis sa rencontre avec Maeve.

Le jeune impérial posa son regard sur cette dernière, une lueur de défi dans les yeux.


J'espère que tu n'auras pas peur. Un Chevalier ne peut pas avoir peur !

Et Leandre pointa du doigt un animal à la longue crinière de jais, tandis qu'il déposait épée en bois et bouclier au sol.
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Leandre Lazare de Valfrey
Chevalier servant de sa p'tite princesse
Cadet de Normandie
Maeve.
Depuis quelques jours déjà l'enfant s'impatiente. Elle aime beaucoup Dieppe, mais ça fait déjà un moment qu'elle y est, et sa maman commence à sérieusement lui manquer. Un espoir avait surgi quelques semaines plus tot avec l'arrivée de Muad.
C'était le vassal de Marie-Alice, l'évêque qui aurait du la ramener à la maison. Mais au milieu du baptême de Mabelle, il s'était senti mal, soudain, et avait du rejoindre le couvent le plus proche, accompagné du plus profond soupir que Maeve avait poussé de sa jeune vie.

Le coeur de la rouquine était partagé. Depuis quelques jours, elle ne savait plus tellement sur quel pied danser. Entre le plaisir de retrouver les Dieppois, leurs gateaux, leurs verres de lait et leurs cadeaux, l'envie de rentrer chez elle, la déception de ne pas croiser un certain futur chevalier... Ce dernier point trouve rapidement une solution, d'ailleurs.
Alors qu'elle goutait une nouvelle recette de sirop, la porte s'était ouverte sur un jeune brun et immédiatement le sourire avait étiré ses lèvres auréolées d'une moustache blanche.

Et puis on lui avait fait une proposition qu'elle était à deux doigts d'accepter. Confiante enfant qui est prête à suivre ceux qui lui paraissent gentils. Leandre s'était insurgé. Surprise, la gamine n'avait pu que se ranger à l'avis de son ami. Parce que Leandre, il est beau, et il veut être chevalier, comme elle, et il a forcément raison. Et puis... ça lui fait plaisir qu'il s'intéresse à ce qu'elle compte faire.
D'autant qu'après le départ des grands, la conversation prend une autre tournure. Sautillante sur sa chaise, les murmures se haussant parfois en éclats de voix qui lui font redescendre d'un ton, au cas où des oreilles indiscrètes traineraient, confidences et préparatifs...

Maeve se sent prête et tout à fait persuadée que ce qu'ils entreprennent est la meilleure solution. Que pourrait-il bien lui arriver alors qu'elle l'a pour la protéger ? Elle le suivra, de toute façon.
Et voici l'heure de la première étape. La lueur dans le regard de Leandre lui fait redresser ses menues épaules. Même si elle n'était pas particulièrement rassurée, surtout maintenant qu'elle se trouvait devant le point de non-retour, jamais elle ne le lui montrera. Surtout alors qu'il utilise les mots magiques. Et puis... Et puis Marie en a pléthore des chevaux, alors Maeve, l'animal elle connait. Même si elle n'a pas encore eu l'occasion de grimper sur plus haut qu'un poney. Prunelles azurées parées de la même étincelle bravache.


Non j'ai pas peur !

Même qu'elle le prouve en posant son baton à côté des armes de Leandre, se dressant toute droite dans ses nouvelles bottes, et se glissant entre deux planches qui composent la barrière marquant la limite du champ. Main tendue vers l'animal, paume levée vers le ciel, comme on le lui a appris. Comme ça qu'on leur inspire confiance.

Tu crois qu'il a un nom ? Quand il me lèchera la main, t'auras plus qu'à l'attraper.

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Leandre
C'est qu'elle ne semblait avoir peur de rien, la gamine. Heureusement, sinon jamais il ne lui aurait proposé de faire ce qu'ils comptaient faire. Et puis il ne fallait pas être une peureuse pour partir à l'aventure. Maeve, elle, semblait n'avoir peur de rien. Pas même du cheval qu'elle approchait, main tendue vers la bête, comme pour lui signaler de s'avancer. Chose que fit leur future monture, avec la grâce familière à l'animal.
Le futur Chevalier entreprit de grimper la barrière, afin de se retrouver en équilibre sur la plus haute des planches de bois, mains tout de même prêtes à amortir la moindre chute. Il avait prit soin de ne pas effrayer le cheval qui se trouvait maintenant tout près de son amie, et le plus insignifiant mouvement se faisait avec la plus extrême des délicatesses.

Dans un sourire, il se redressa fièrement sur la barrière, avec un équilibre plus qu'approximatif, comme pouvait en témoigner le tremblotement de ses bras, et répondit à l'interrogation de Maeve.


Moi je trouve qu'il a une tête à s'appeler Anthèlme !

Et sans attendre que la bête puisse lécher la main de la petite rouquine, le Valfrey prit son impulsion afin de sauter le plus loin qu'il pouvait en direction du corps de l'animal, en faisant attention de ne pas tomber sur son cou. L'atterrissage fut plutôt brusque, puisque sa tête se retrouva plaquée sur le dos du canasson, tandis que ses bras accrochaient du mieux qu'il le pouvait ses flancs.
Il resta ainsi quelques secondes, le temps de retrouver ses esprits et de guetter une réaction de la bête.

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Leandre Lazare de Valfrey
Chevalier servant de sa p'tite princesse
Cadet de Normandie
Maeve.
Moi je trouve qu'il a une tête à s'appeler Anthèlme !

Eclair surpris dans l'iris bleu d'une gamine qui ne s'attendait pas tellement à cette réponse. Mais pourquoi pas... Anthelme c'est joli comme nom après tout. Y'a pire... Et puis au moins il a un nom. Un cheval ça doit toujours avoir un nom.
Et là...
Clins de paupières de la rouquine quand elle se rend compte de ce que s'apprête à faire son chevalier. Leandre, placé en équilibre précaire sur la planche la plus haute de la barrière, prend un élan inconsidéré, et saute sur le canasson...

La première réaction de Maeve est de reculer, eu égard à ce que le cheval, ainsi malmené, pourrait faire. La deuxième ? Un rire qui naît dans les tripes, s'agrippant aux parois du larynx, jusqu'à cheminer dans la gorge, terminant sa course aux bords des lèvres, étirant les fossettes, s'enfuyant en notes cristallines qui errent dans l'air léger du printemps dieppois.
Parce qu'elle n'a jamais vu d'atterrissage pareil sur une monture.
Non seulement la position n'a rien d'académique, clairement... Les mains sur les flancs, le visage sur le dos, les fesses surplombant la croupe. Il avait mal visé Leandre, et était quelques décimètres trop loin. Et trop bas.

Menottes rapidement ramenées devant la bouche rieuse, histoire de ne pas vexer son ami qui pourrait mal prendre cette réaction instinctive. Et puis le cheval s'ébroue, gêné par le poids mal réparti du jeune garçon qui lui a sauté dessus. Les sabots frappent le sol, mais Anthelme semble être plutot bonne pate.
Si la rivière noire qui cache l'encolure musclée du cheval s'agite, en revanche les balzanes ne décollent pas tant que ça, et c'est plus une valse qu'une gigue qu'il esquisse. Leandre, cramponné aux flancs qui se plissent sous la chatouille des ongles enfoncés, provoquant des frissons sur la robe brillante couleur de jais... s'accroche et tient bon.

Les prunelles azurées de l'enfant se plantent dans les yeux globuleux du cheval, captant son attention, l'attirant vers la paume à nouveau tendue vers l'animal. Le calmer, le temps que Leandre s'installe plus correctement. Et puis elle cligne des yeux, levant les yeux vers son chevalier.


Heureusement qu'on a tout préparé...


Elle fouille dans le sac qui lui bat les côtés depuis ce matin, creusant un sillon sur l'épaule porteuse, bien trop lourd pour la petite fille. Mais il fallait bien que quelqu'un y pense. Aller chercher un cheval sans corde, c'est quasiment impossible...
Rappelant en tête les souvenirs de son enfance, près des haras de sa mère, elle laisse tricoter ses doigts, formant un semblant de licol avec la corde fine qu'elle a pensé à apporter. Une carotte se place sur la paume, rapidement happée par un cheval gourmand, et elle en profite pour tenter de passer le harnachement improvisé...
En vain.
Pas assez grande, Maeve, étant donné la taille de la monture choisie par le duo infernal. Elle en grommelle. Froncement de nez agacé, elle se mord la lèvre, concentrée. Leandre ayant maintenant récupéré une assiette convenable, mollets descendus sur les flancs... Oui, c'est la solution...


Fais le avancer vers la barrière s'il te plait...

Le principe de la carotte et des talons, vous ne connaissez pas ? Elle attire Anthelme à coups de gourmandise, faisant se baisser les naseaux frémissants, alors qu'elle grimpe à son tour sur la barrière. Et enfin la corde passe au dessus des oreilles, un noeud autour du chanfrein, et elle tend le reste de la corde à Leandre.
Et l'admire. Le cheval fait presque six pieds au garrot, sa robe noire de jais, les balzanes aux antérieurs, la crinière emmêlée juste ce qu'il faut pour la rendre épaisse, il est magnifique. Et son ami, juché sur le dos de l'animal, les épaules droites, est vraiment à l'image du chevalier qu'il veut devenir. Maeve reste là, ébahie, impressionnée. Il est vraiment très beau...

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Leandre
Il eut l'impression de rester positionné ainsi accroché sur le dos du nouvellement nommé Anthèlme des heures durant. Pourtant, une poignée de dizaines de secondes seulement s'étaient écoulées, le temps que la bête piétine le sol de ses sabots et se remue comme pour tenter de se débarrasser du parasite. Peut être pas si indésirable que cela, le petit cavalier, puisque rapidement les secousses se calmèrent, pour laisser place à la tranquillité première des lieux. Seul le bruit, amplifié par sa propre peur inavouée et inavouable, de sa cage thoracique cognant en saccades régulières contre le dos d'Anthèlme résonnait à ses oreilles. Il n'avait plus vraiment envie de bouger maintenant : le pelage de l'animal était véritablement doux, presque comme la fameuse peau de loup de Louve, et puis surtout, un cheval c'est haut - quand bien même l'enfant avait atterri trop bas.

Se risquant à jeter un coup d'œil à droite, puis à gauche, et constatant que les yeux ouverts on appréhendait mieux une situation, Leandre se redressa quelque peu, les mains toujours agrippées à ses prises. Derrière lui, Maeve semblait apprécier le numéro, à en juger par l'éclat de rire qui retentit jusque ses oreilles. Et tant bien que mal, pendant qu'elle fouillait dans le sac apporté, Leandre parvint à prendre convenablement place sur le dos d'Anthèlme, lequel ne semble pas plus être dérangé que cela par le turbulent manège des deux enfants.
Maeve souhaitait ensuite qu'il fasse avancer sa nouvelle monture. Malgré qu'il ne savait pas vraiment comment faire - dans l'Empire il y a plutôt des dahuts que des chevaux, lui a expliqué son père - le jeune garçon frappa doucement de ses bottines les flancs de l'animal. Même s'il ignorait si la légère avancée d'Anthèlme découlait de son action plutôt que de la carotte tendue par la fillette, Leandre était plutôt satisfait. Un jour, il sera un cavalier hors-pair, et alors son cheval lui obéira au doigt et à l'œil. Peut-être qu'il l'appellera Anthèlme aussi.

La corde fut passée au cou de sa monture, et la rouquine tendit à son ami l'extrémité de l'attache. Il se pencha pour se saisir de la corde et l'attrapa d'un geste assuré. Il s'agissait maintenant de ne pas la lâcher, tout en veillant à ne pas faire souffrir Anthèlme. La gamine était toujours perchée sur la barrière, et elle resta quelques temps, comme obnubilée par sa manière de se tenir sur un cheval. Leandre secoua sa main pour la faire revenir à la réalité.


A toi de monter maintenant ! Je vais approcher Anthèlme encore plus de la barrière, et toi tu vas grimper avec mon aide.
N'oublie pas nos armes surtout !


Il posa son regard sur le tas de bois qui leur servait d'attirail, espérant que le tout ne serait trop lourd pour ce brave cheval.

Et après, il faut trouver comment on sort du champ...
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Leandre Lazare de Valfrey
Chevalier servant de sa p'tite princesse
Cadet de Normandie
Mabelle, incarné par Leandre



Mabelle apprêtait son cheval pour son départ vers Fécamp...Brennus sautillait autour d'elle et de cet animal tellement plus grand que lui !

Ses pensées fusaient dans tous les sens et étaient concentrées sur le secret révélé par Léandre...
Elle se rongeait les sangs et avait été incapable de les retenir, Maeve lui avait parlé de leur rendez vous donné ce soir ...Mais peut être n'était-ce qu'une histoire d'enfant après tout ? Un jeu entre eux, où Léandre jouait au chevalier...Elle les avait vu jouer avec l'épée en bois de Léandre sur la plage déjà...Mais elle savait cet enfant tellement intègre en plus d'être prometteur...Il était bien capable de faire cela pour la petite Maeve qui voulait retrouver sa maman...il avait l'âme du chevalier qu'il voulait être plus tard...

Son coeur se resserre...elle est si attachée à Léandre...Maeve aussi du reste... mais Léandre, elle l'aimait comme son propre enfant sans l'expliquer, depuis le premier jour où elle l'avait croisé.

Ses yeux s'humidifiaient...elle ne devait pas le trahir, il lui avait fait confiance...Et pourtant...Elle se torturait l'esprit, ne sachant que faire, consciente de cette folie et du danger...Puis une idée germa tranquillement dans cet esprit embué...
Un sourire aux lèvres se dessina doucement...Elle lui avait promis de le protéger il y a longtemps...alors elle le fera.


- Viens Brennus, il est temps à présent...
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Maeve.
Des doigts qui s'agitent dans son champ de vision, une perception de la réalité qui refait surface. Oui, en effet... Elle saute au bas de la barrière, se réceptionnant sur des menottes qui s'écorchent sur les quelques graviers parsemant le sol. Pas un chougnement, rien, elle est forte, elle n'a pas mal. Encore moins sous le regard de Leandre qui oscille entre controle du cheval et surveillance taquine de la rouquine.

Un instant elle se demande comment porter tout ça... Les armes en bois, posées à ses pieds, la narguent. L'épée, le bouclier, le baton. Bien... Maeve se saisit d'abord du bouclier qu'elle tend à Leandre. Puis, le baton dans une main, la lame boisée dans l'autre, elle entreprend de grimper de nouveau la barrière. Premier essai... Première chute. Quatre fers en l'air, elle éclate de rire. Tant et si bien d'ailleurs qu'il lui faut bien quelques minutes avant de se relever, tellement elle rit.

Mais elle se relève, le sourire plaqué sur les lèvres, prunelles brillantes d'un amusement non feint, alors qu'elle grimpe une nouvelle fois les planches de bois qui entourent le champ, essayant de se concentrer sur la tâche. Une, deux... Elle repositionne les armes sous ses aisselles, libérant ses mains, plaquant les bras le long du torse. Et arrive en haut, une gambette, puis l'autre. Assise, dans la même précarité que son chevalier un peu plus tot, tremblotante mais concentrée.
Et il rapproche l'animal. Azur qui croise le regard de son ami. Y puise une sorte de confiance, renforcée par la main qui se tend. Prenant appui des talons contre le bois, inspirant une bouffée d'air printanier, elle se rappelle tout ce qu'elle sait de l'équitation, et s'élance.

Le bois manque s'échouer au sol, mais elle serre les bras, même si ça nuit à son équilibre, qu'elle rattrape de ses cuisses menues, dont l'une passe par dessus la croupe d'Anthelme, dépassant à peine, l'autre se presse contre le flanc sensible de l'animal. Le bras de Leandre l'aide à se mettre en place. Rapidement, jouant sur la pesanteur, elle rend son épée à Leandre, glissant son propre baton dans son dos, comme elle l'a vu faire.
Vient le temps d'assurer son assiette, se positionner, et d'enrouler ses petits bras autour de son chevalier. Sans trop le serrer, juste ce qu'il faut pour compenser le manque des rênes, le garrot, et du reste. Et puis, Maeve aime bien être proche de Leandre. Elle lui tient la main en taverne quand il glisse... Alors elle s'accroche. Et sourit de la question.


Et après, il faut trouver comment on sort du champ...

C'est facile ça! suffit de sauter par dessus la barrière ! Maman elle fait souvent ça !

Et Maeve adore la voir faire. Le cheval qui s'élance, au galop. L'encolure qui se marque de veines, le poitrail qui se contracte, le corps puissant de l'animal qui s'élance, les cuisses qui se tendent, l'envol... et le choc... Oui, Maeve est une cavalière dans l'âme. Comme sa mère.
D'une pression de ses bras autour du torse encore mince de Leandre, elle l'encourage. De ses talons dans les flancs d'Anthelme, elle accompagne ceux de son chevalier.
Et l'azur de son regard se perd vers l'horizon, au delà de la barrière, parce que c'est ce qu'on lui a appris, regarder derrière l'obstacle, se projeter pour aider le cheval à faire de même. Et l'allure à trois temps se lance... D'abord l'antérieur, puis les postérieurs, dans la même trace... Le galop est lancé, ils y vont. Il n'y a pas de choix de toute façon.
Ils sont partis.
C'est... lancé. Un cheval, un horizon, et bientot la liberté. Reste qu'à franchir cet obstacle que représente la barrière du champ, qui se rapproche au fur et à mesure des enjambées d'Anthelme... Leandre se crispe, Maeve se détend justement. Peur oui, mais elle entend raisonner les souvenirs: se détendre, voir loin, et anticiper...

Le bois se rapproche et Leandre se crispe, elle se tient, s'enroule, s'accroche. Et sous eux, le dos se tend, les antérieurs frappent l'air, le galop s'accélère jusqu'à rejoindre la barrière qui soudain sous eux s'efface... Les muscles tendus sous leurs jambes, le corps propulsé de l'animal, le choc du sol à l'atterrissage, rien ne compte que de tenir la position, rester assis, sur cheval au dos large qui les emmène...
Maeve se tient à Leandre et laisse courir l'animal. Elle n'a pas les rênes et sait qu'il y arrivera. Forcément. C'est un futur chevalier.

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Leandre
[Argentan, en chantant.]


Un jeune garçon se prenant déjà pour le Chevalier qu'il ne peut pas encore être et une fille d'à peine une paire d'années en moins qui semble ravie de se trouver là où elle se trouve, à savoir à califourchon sur Anthèlme et dans les bras de Leandre. Joli tableau que l'on peut apercevoir aux portes d'Argentan.

Anthèlme c'est le nom du cheval qu'ils ont "emprunté" à un paysan dieppois ; et Leandre c'est le nom de celui qui se prend pour le Chevalier. Oui, celui habillé comme un Prince avec ses vêtements de sable et de gueules, couleurs du domaine du paternel, et avec le foulard noir dans les cheveux, parce que Maeve lui a dit que cela lui allait bien. Ah oui, et Maeve c'est la jeune fille justement. La petite rouquine qui s'accroche à Leandre, de peur de se retrouver à terre après un éventuel caprice de leur monture, ou bien pour une toute autre raison. Et si ce tableau peut paraître original, voire excentrique, c'est que vous avez raté le début de l'histoire, ce qui est fort possible et fort dommage.

Depuis les portes de la cité alençonnaise, on peut entendre Leandre chanter, même s'il est relativement impossible de comprendre quoi que ce soit aux paroles. Une chose est certaine, les mots "bretons" et "anglois" reviennent souvent. On lui a dit que chanter donnait du courage, mais cela fait surtout passer le temps. Car après avoir rapidement compris comment faire avancer le cheval dans la direction souhaitée, et bien il ne reste plus grand chose à faire.
Depuis Dieppe, les pauses s'étaient succédées, les morceaux de brioche offerts par messire Pitt furent avalés et puis Maeve et Leandre avaient un petit peu parlé. De tout, de rien, de leur escapade, de la réaction des normands, mais surtout de la chevalerie, car après tout, c'est ce qu'ils veulent devenir : de vrais Chevaliers. Et dès qu'il ne resta plus rien à faire une fois remontés sur leur monture, si ce n'est regarder le paysage, Leandre entreprit de montrer à son amie ses talents d'artiste.

Heureusement pour la gamine, Argentan pointe maintenant le bout de son nez.
Dès leur arrivée, les gens montrent leur étonnement à coup de grands yeux rivés sur eux, et autres regards interrogateurs. Mais on ne leur dira rien, parce que deux enfants se baladant à dos de cheval ne peuvent pas venir d'aussi loin que Dieppe, et du coup ils viennent forcément des alentours. Et ceux qui diraient quelque chose seraient à coup sûr envoyés baladés par la verve d'un des deux enfants. Evidemment, on ne parle pas ainsi à la fille du Premier Secrétaire d'Etat du Royaume de France, ni à l'héritier du plus majestueux comté du Saint-Empire.

Il est temps d'arrêter la monture : une première taverne se présente à eux. Son nom fait se dessiner un sourire sur le visage enfantin du Valfrey. Elle se nomme Le Trou Normand. Pourtant il ne lui semble jamais avoir vu de trou en Normandie valant la peine de donner son nom à une taverne, qui plus est étrangère. Mais soit, les habitants semblent avoir un humour particulier, et Leandre ne leur en tiendrait pas rigueur. Le jeune garçon, maintenant habitué à descendre de cheval, sans quelques heures d'essais infructueux auparavant, parvint à mettre pied à terre en moins de trois minutes, ce qui lui permet de battre son propre record. Tout fier de lui, il tend ses bras pour réceptionner la descente, toute aussi lente mais qui semble un peu plus assurée, de Maeve.

Maintenant il leur fallait entrer dans cette auberge, pour se reposer et se désaltérer. Leandre avait aussi une lettre à écrire : son Duc serait très certainement en colère.

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Leandre Lazare de Valfrey
Chevalier servant de sa p'tite princesse
Cadet de Normandie
Maeve.
Chevauchée aux allures de promenade...Ce qui tombe plutôt bien, puisque c'est l'impression qu'ils veulent donner, les deux enfants qui arrivent à la fin d'une matinée ensoleillée à Argentan. Un bâillement à s'en décrocher la mâchoire, heureusement qu'il ne la voit pas... D'autant qu'il aurait pu interpréter ce signe évident de fatigue mêlée de faim comme une critique de sa façon de chanter. Et ça, Maeve ne le veut pas. Comme tout ce qu'il fait, Leandre chante très bien. Bien sûr, elle sait que ce n'est pas tout à fait l'air, qu'il a modifié quelques mots dans la comptine que connait par coeur tout petit royaliste qui se respecte, mais elle se gardera bien de le lui dire. Il chante, et ça égaye leur route.

Parce qu'elle s'avère longue, la route... Plus longue qu'elle ne l'avait d'abord pensé, et ils n'en sont qu'aux prémices... Et ce n'est pas pour lui déplaire finalement. Perchée sur le frison de jais qu'ils ont sauvé d'une vie de cheval de trait, les bras enroulés autour de la taille de son chevalier, le soleil éveillant une à une les tâches de son qui parsèment son minois de rouquine, elle sourit maintenant. Le cuir de ses braies toutes neuves s'est déjà usé sur le dos de l'animal pendant les quelques jours qui ont précédé, et les épaules ont subi les courbatures, aujourd'hui elle est à l'aise. Maman serait fière de sa petite cavalière qui prend chaque jour en assurance.

Les soirées passées autour d'un feu à leur mesure, c'est à dire au foyer pas très large, ils se partagent brioches et miches de pain offertes par Pitt et Mabelle avant leur départ. Et leurs rires aux sonorités enfantines résonnent dans les bois normands puis alençonnais, alors qu'ils se racontent anecdotes, souvenirs d'enfance et espoirs. Ils s'imaginent chevaliers, reproduisent duels et combats avec leurs armes de bois, sourient et s'endorment, l'un contre l'autre pour ne pas avoir froid, épuisés par les chemins et les rires.

Alors que les portes d'Argentan prennent forme sous l'azur ébahi d'une rouquine qui se rêve une seconde architecte, dessinant à son tour les hautes murailles, décidant de la place de chaque pierre, chaque meutrière... Leandre entame le dernier couplet de sa chanson. Et elle se rappelle que c'est avec une épée et une lance à la main qu'elle veut pourfendre anglois et bretons quand elle sera grande. En attendant, la petite princesse savoure chaque seconde de son périple secret dont le seul bémol reste les dieppois laissés derrière eux. Ils ont été si adorables pendant son séjour là-bas...

Bras qui se tendent dans lesquels elle se laisse atterrir, refuge habituel de ses nuits, parce qu'elle ne l'avouera jamais, mais en plus du froid, elle craint un peu les habitants des bois, brigands et autres animaux qui pourraient attaquer leur duo... Quoiqu'ils en pensent, et même si Leandre est très fort, et qu'il a promis de la protéger, et qu'elle est sûre qu'il le fera, bah elle a un peu peur... Mais il fait grand jour et le soleil s'amuse à faire danser de légers reflets dans la tignasse un brin emmêlée de Maeve. La menotte glissée dans celle de Leandre, elle gagne à sa suite une taverne.

Les regards échangés par les enfants sont explicitement tacites : on ne dit rien, c'est notre secret, c'est normal qu'on soit là. Même si une envie titille Maeve depuis quelques jours. La petite Alterac oscille entre la promesse faite de ne rien dire, et l'envie toujours plus pressante d'écrire à sa Maman pour la rassurer... Peut-être... si elle écrivait normalement, sans lui dire... Elle ne trahirait pas sa promesse...

Leandre est appliqué sur sa propre missive, après avoir fouillé un instant dans sa besace et empilé ses coquillages sur la table, elle en sort un parchemin un peu usé, une petite plume et un encrier. La langue légèrement tirée sur le côté, signe d'une intense concentration, elle plonge sa plume dans l'encre et après avoir gratté un peu le velin, le scarifie avec une application terrible. Les déliés, les courbes et autres volutes sont rondes et larges, les mots précis, choisis avec soin.


Citation:

Maman,
Le bonjour,

Cela fait quelques temps maintenant que je vous ai tenue sans nouvelle, et je m'en veux. C'est pourquoi je prends la plume aujourd'hui pour vous faire savoir que je vais bien, ne vous inquiétez donc pas.

Comme vous pouvez le voir vous même, j'ai beaucoup progressé en écriture, mais également en géographie et je suis également instruite de ce qui touche à la religion. L'enseignement normand me fut profitable ainsi que vous pourrez le constater quand nous nous retrouverons.

Actuellement je travaille même concrètement ma géographie. Il me tarde tant de vous retrouver, Maman, et de vous conter tout ce qu'il m'est arrivé pendant mon séjour à Dieppe, les amis que je m'y suis fait, les rencontres amusantes, et puis je vous parlerai de Leandre aussi. Il est toujours avec moi, et prend soin de moi bien mieux que Berthe n'a jamais su le faire. Il est fort, vous savez Maman, il a une épée en bois. Et nous nous entrainons pour le jour où nous serons des chevaliers, des vrais. Vous êtes toujours d'accord pour que je sois un chevalier n'est ce pas ?

De la rou*rature* Il nous reste quelques choses à faire dans notre journée, aussi je dois déjà vous laisser... Mais je vous assure qu'il n'y a nulle raison de s'inquiéter à mon sujet, Leandre veille sur moi. Et nous serons, si Aristote le veut bien, bientôt réunies.
Qu'il vous ait en sa sainte garde,

Votre fille,
Maeve Alterac

PS : Embrassez Papa et Aleanore de ma part, je pense également fort à eux.


La missive finie, elle roule le parchemin de ses menottes tachées d'encre, et fait couler un peu de cire. Elle scelle ainsi d'une empreinte de son pouce gauche la lettre, comme elle le fait pour sa mère depuis son plus jeune âge. Et enfin elle range son attirail. Cela tombe bien, la taverne se remplit. Des gens étranges, au parler parfois incompréhensible, et une Duchesse pas tellement académique qui se fait appeler Blondie et déteste les révérences... Quand les hommes attaquent les roux, son chevalier prend sa défense. Ainsi en va-t-il du charmant duo. L'un pour l'autre, jusqu'au bout de cette escapade.

Vient le temps de penser à la monture, mais aussi et surtout, ce qu'ils ne disent pas en quittant la taverne, trouver le lieu où ils passeront la nuit. Leur petit havre boisé où circuleront de nouveau sourires et anecdotes. Profitant de leurs dernières provisions, savourant l'insouciance joyeuse des enfants. Avant de reprendre la route... Au revoir Argentan... L'Est nous attend...

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Mariealice
[Deux jours plus tard – A Nevers]

Marie commençait à trouver le temps long sans sa fille cadette, son fils étant déjà enfermé dans un couvent à Limoges. Bref soupir, espoir que cela lui mette un peu de plomb dans sa cervelle.

Pourtant elle n'avait guère le temps de s'ennuyer, toujours quelques troubles ici ou là, et le dernier en date, si on pouvait nommer cela un trouble, était l'enlèvement d'Armoria, de Fitzounette et d'Erik. Et pour couronner le tout, celui qu'elle avait jusque là considéré comme un ami, Maleus, y avait pris part. Non elle n'avait guère le temps de s'ennuyer.

Une missive lui redonna le sourire, il suffit de voir le pouce dessus pour savoir de qui elle provenait. Il faudrait qu'elle prenne le temps de se renseigner sur ce Leandre dont ne cesser de parler Maeve. Un rire naquit à la lecture des rêves chevaleresques de sa plus jeune enfant même si le mot raturé lui, fit naitre quelques questions.

Mais le rire fut vite balayé lorsqu'une autre missive lui parvint. Il lui fallut relire trois fois cette dernière pour être sûre de bien avoir compris. On, enfin un officier de l'armée normande, accusait le compagnon de jeu de sa fille, l'un âgé de 10 ans et l'autre de 8, de désertion de l'armée et de vol de matériel militaire et demandait à ce que les deux enfants soient pourchassés dans tout le DR. Et comme si ce n'était point suffisant, l'ordre était en gros, de tirer à vue.

Le sang de Marie ne fit qu'un tour, pestant contre la bêtise humaine et trois lettres partirent sur l'heure. Une pour la Curia, l'autre pour le Conseil du Domaine Royal et la troisième pour sa fille.

La première expliquait la situation et demandait à ce que le Connétable, Bigbosspower se chargea de l'affaire, la seconde demandait à ce qu'on lui explique ce qu'un gamin de 10 faisait dans l'armée, qu'on lui prouva la véracité de ses allégations, qu'on lui expliqua comment deux enfants pouvaient voler des armes et en quoi cela menaçait à ce point 5 provinces qu'on veuille les tuer dès qu'on les voyait. La troisième s'écrivit après discussion avec Gaborn qui lui dit lui-même qu'Armoria aurait du monde pour l'aider et que Maeve n'avait qu'eux, son père étant de toute façon trop loin.


Citation:
Maeve,

Je ne sais pas ce qu'il se passe exactement mais je t'interdis de bouger de Dieppe, l'interdiction est aussi valable pour Leandre. Vous êtes en danger de mort pour une aberration militaire. Si Leandre a quoi que ce soit appartenant à l'armée normande qu'il le rende sur le champ.

Nous venons vous chercher, Gaborn, Gabrielle, Aleanore et moi. Ne bougez surtout pas. Je ne plaisante pas Maeve.

Ta maman qui t'aime fort


Qu'il arriva quoi que ce soit à l'un des enfants et elle retournerait elle-même toute la Normandie. Il verrait le Chat ce que cela faisait quand on s'en prenait à son enfant.
_________________
Leandre
Les tavernes c'est plutôt amusant. Surtout les nouvelles que l'on découvre, et qui portent un nom ridicule mais qui parviennent à arracher un sourire au jeune Leandre. Même si cela ne fait que quelques jours, une pointe de nostalgie l'envahit : aucune auberge ne pourrait valoir la Chope Joyeuse, et cela le garçon le savait très bien. Un peu anxieux, sans doute, mais aussi certain de ne pas retrouver l'ambiance propre à Dieppe. Tant pis : ils ne sont pas là pour donner une appréciation à chaque taverne visitée.

A l'intérieur, c'est le vide complet. Les enfants s'installent ainsi où ils veulent, c'est à dire attablés là où ils peuvent poser leur séant, donc pas très loin du sol. Les besaces sont jetées sur la table, ouvertes et vidées de leur contenu. Encrier, plume et parchemins pour chacun, et les fameux coquillages de Maeve pour compléter l'attirail. Leandre prend maintenant sa mine sérieuse, celle qui signifie qu'il ne faut pas le déranger ni l'embêter dans la tâche à venir, parce qu'il se prépare à écrire des lettres extrêmement importantes. La première sera pour le Duc de Normandie, Alcalnn Blackney, et la seconde pour Mabelle, (ex ?) future gouvernante de la maison de Valfrey.





Citation:
De moi, Leandre Lazare de Valfrey, héritier de Beaufort & de Clairvaux-les-Lacs, cadet de Normandie & futur Chevalier ;
A vous, Alcalnn Blackney, Duc de Normandie & Vicomte du Mont Saint-Michel, dirigeant suprême de la Bande de Normandie, capitaine du Second Corps, et cætera ;

Boujouo mon Duc !

Cette fois, je ne commencerai pas par un rappel de mon identité. Vous n'êtes pas sans savoir que je suis maintenant considéré comme déserteur par l'armée que j'ai servi de toute mon âme et de tout mon être. Cette armée qui m'a appris ce qu'était le courage, ou bien encore la solidarité, mais aussi l'honneur et la dévotion. Ce sont ces derniers qui m'ont poussé à quitter l'armée ducale afin de faire ce que j'avais à faire.

Alors oui, j'ai délibérément quitté l'armée du Second Corps de Normandie, dirigée par votre Grâce.
Oui, je suis conscient du mal que j'ai pu causer dans la défense dieppoise.
Et oui je ne nie pas avoir pris avec moi ce bouclier, qui semble faire l'objet de tant de polémique.

Ce bouclier, je l'ai acquis en devenant Cadet de Normandie. Il m'appartient parce que je l'ai mérité, en servant depuis nombre de mois votre armée. Donc je n'accepterai pas d'être considéré comme un simple maraud, bientôt comme un pilleur du duché. Pour preuve, j'avais encore quatre miches de pain appartenant à la Normandie. Celles-ci ont été données avant mon départ à Seigneurarthur, qui a accepté de les rendre à l'armée, et par conséquent de me rendre ce service.

Et si je suis considéré en Normandie comme le traître que je ne suis pas, je sais au plus profond de moi-même que ma décision fut la bonne, et que jamais je ne la regretterai.
Un jour je reviendrai vous conter mon histoire, notre histoire, avec Maeve, et que je sois reçu avec déférence ou avec les jets de pierres, je me tiendrai fier devant vous.

Avec tout mon respect & mon admiration pour la Normandie,

Fait à Argentan, ce dix-huitième jour d'avril de l'an de grâce mil quatre cent cinquante sept,
Leandre Lazare de Valfrey.




Citation:
Chère Mabelle,

Enfin je me décide à prendre la plume pour t'écrire. Pas que je ne voulais le faire plus tôt, mais certains normands semblent très en colère après Maeve et moi, alors qu'il n'y a aucune raison valable à tant de haine. Or je ne voulais pas qu'ils puissent te soupçonner d'être complice de nos actes si horribles à leurs yeux. Sinon tu peux te rassurer, nous sommes très sages, et nous n'avons rencontré aucun gredin, ou autre scélérat. Nous allons bientôt entrer en Orléans, et je veille sur Maeve du mieux que je le peux, comme je l'ai promis.

En revanche, les nouvelles qui me parviennent de Normandie me font craindre le pire. J'ai peur de ne bientôt plus être à la hauteur, dans le cas où le Duc de Normandie aurait demandé à tous ses alliés de partir à ma recherche. Je ne suis malgré tout qu'un enfant, et jamais je ne pourrais défendre Maeve contre toute une armée royaliste. Il est dur de l'admettre, mais c'est pourtant la vérité : j'ai peur. L'insouciance du début à fait place a l'anxiété de devoir se battre véritablement contre ceux qui sont pourtant dans le même "camp" que le mien.

Je n'ai bientôt plus d'encre, j'en achèterai à un marchand dans le prochain village pour te donner des nouvelles. Salue les dieppois de ma part et fais savoir à Antiloque et Grandkhan que je les remercie pour tout ce que j'ai pu tirer de leurs enseignements. Ils ont en quelque sorte contribué à ce que je prenne mon courage à deux mains. Je les respecte et les admire beaucoup. Et je t'en prie, fais moi savoir ce qu'il advient de Louve...

Avec toute mon affection,
Leandre.




Il met un peu plus de temps que sa camarade à finir d'écrire, parce qu'il a deux lettres à faire, et peut être aussi parce qu'il est naturellement long à trouver ses mots. Quoi qu'il en soit, ils rangent tous deux leur bazar et saluent les nouveaux arrivants. Que des blonds, ou presque. Une Duchesse que l'on peut appeler Blondie, et de toute façon il l'appellera ainsi parce que son véritable nom est vraiment compliqué à retenir, et aussi deux hommes qui semblent pas commodes. Ils s'en prennent à la rousseur des cheveux de Maeve, et ça, ça ne plait vraiment pas au futur Chevalier qui le leur fait comprendre. Les deux hommes finissent par quitter la taverne, à la grande satisfaction de Leandre, qui trouvait qu'ils avaient des noms laids de toute façon.

A leur tour, le duo infernal prend congé des quelques personnes restantes, pour s'occuper d'Anthèlme. Car ce n'est pas le tout de s'amuser, mais vient le temps de penser à repartir. Et leur cheval, il a peut être faim et soif, et il ne fallait certainement pas oublier d'en prendre soin. Bientôt, il les mènerait dans le duché d'Orléans, et déjà cela fera plusieurs jours qu'ils auront quitté Dieppe...

Quant aux lettres, elles seront remises au sortir d'Argentan, accompagnées de quelques pièces. Si le père de Leandre venait à apprendre que son fils distribuait telle rétribution à des gens de roture pour simplement s'occuper d'amener trois malheureuses lettres à destination, nul doute qu'il serait très énervé. Aussi l'enfant s'était-il gardé d'écrire au Comte de Beaufort, afin de ne pas subir ses foudres.

Et déjà, Argentan s'efface derrière eux, alors que s'échappent de nouveau des lèvres impériales les paroles approximatives d'un nouveau chant.

_________________
Leandre Lazare de Valfrey
Chevalier servant de sa p'tite princesse
Cadet de Normandie
Maeve.
[Après Argentan, la campagne...]

"Bordel", "connerie", "foutredieu", "merde", "roustons", "puceau"... Tels sont les souvenirs qu'elle emportera d'Argentan, la jeune rouquine. La soirée en taverne avec la duchesse Belialith aura été instructive et pleine de surprise. Un deuxième secret vient s'échouer sur les menues épaules de l'enfant : Blondie lui fait promettre de ne pas dire à sa maman que c'est elle qui lui a appris tout ça... Maeve acquiesce... et se promet de les répéter à Leandre dès qu'elle le retrouve, ce qui ne saurait tarder d'ailleurs...

Les gambettes tricotent jusqu'à le rejoindre à la lisière de la forêt, où Anthelme termine un repas bien mérité. Le soleil déjà très bas achève de disparaitre au profit de la danse orangée des flammes du feu que le jeune chevalier a allumé. Le sourire de Maeve se glisse reconnaissant sur ses lèvres.
L'habitude est consommée maintenant. Deux enfants en goguette sur une terre étrangère, livrés au monde, et qui doivent se rassurer avant de dormir à la belle étoile... Que pensez-vous qu'ils font ? Et bien ils rient. Ils discutent, font des tas de projets, des promesses, des plans sur la comète, partagent des secrets dont bien sur personne ne sera jamais au courant.
Surtout deux enfants comme Leandre et Maeve, à l'esprit éveillé, la curiosité en étendard, les envies plus grandes que leurs capacités... Les confidences s'échangent aussi surement que les liens se tissent. Quoiqu'il advienne à la fin de cette escapade, ils auront partagé ce que peu d'enfants vivent. Qui peut se targuer d'avoir parcouru la moitié du royaume en la seule compagnie de son chevalier ?

Lorsque Morphée vient faire entendre son appel, elle se recroqueville pour mieux se nicher dans les bras du jeune garçon, plongeant dans des rêves peuplés de coquillages colorés, d'épées de bois, de folles chevauchées, protégés qu'ils sont par le tapis de selle offert par Wallan.
Lorsque les premiers rayons de l'aube viennent les cueillir, les paupières s'ouvrent sur un monde vide qui d'abord effraie la jeune rouquine avant qu'elle ne se rappelle où elle est et surtout avec qui et dans quel but. La ballade peut reprendre son cours, et Anthelme reçoit de nouveau les cavaliers sur son dos. C'est reparti pour quelques heures de chant aléatoire, de silence confiant, de paysages qui s'effacent rapidement au rythme des sabots du frison.

Le campement du soir est encore plus isolé que les précédents. En rase campagne alençonnaise, les deux jeunes gens ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leurs maigres provisions. Mine de cachottière pour une petite Alterac qui sort de sa besace un paquet étrangement ficelé.
Cette surprise, elle la garde depuis la veille. Il lui a été difficile de garder le secret. Leandre est penché sur le foyer du feu, et elle s'assied près de lui, prunelles brillantes, sourire élargi, et détache la ficelle, dévoilant un morceau de viande assez gros pour en nourrir quatre comme eux.


On m'en a fait cadeau hier... Parce que j'étais "gentille"... T'en veux ?

Elle se doute de la réponse qui s'exprime à travers un cri expressif de son chevalier, qui s'empresse de dégager des braises pour faire cuire la pitance providentielle. Tandis que la viande grille, bruissements d'ailes, missives en transport aéroporté qui viennent se poser auprès des enfants. Le sceau est celui de sa famille, Maeve le reconnait immédiatement et se précipite. Seulement l'expression joyeuse de son minois enfantin laisse rapidement place à de l'inquiétude puis de la peur quand elle déchiffre lentement les mots tracés par sa mère.
Les mirettes azurées écarquillées, elle tend le parchemin, blême, à Leandre. Il est trop tard, bien trop tard, pour obéir à l'ordre de sa mère. Ils sont loin de Dieppe, si proche de la maison... Et ces nouvelles, Leandre... D'abord mal à l'aise, puis un peu piteux, puis carrément désolé, son chevalier lui explique les soucis qu'il a eu avec le duc normand et l'OST qu'il a abandonné pour l'accompagner... Gamine perdue entre culpabilité, par rapport à sa maman, par rapport à Leandre, et peur, pour eux, pour la réaction de sa mère, pour la Normandie qui les avait pourtant bien accueillis...

Quelques minutes, quelques heures... Ils parlent, beaucoup. Leandre lui confie ce qu'il avait peur de lui dire, Maeve comprend à sa manière les derniers évènements. Il n'y a que deux choses à faire. Profitant des derniers rayons d'un crépuscule et de la lueur du feu, oubliée la viande, elle s'empare de son matériel d'écriture. La première, pour sa maman.


Citation:

Maman,

je ne sais comment vous l'écrire, quels mots employer... je ne sais comment vous dire que nous sommes déjà loin de Dieppe. Votre missive me fait peur... Leandre est gentil vous savez, il n'a rien fait de mal, faut pas qu'ils envoient des grands sur nous comme l'a dit Mabelle à Leandre... Maman, j'ai hâte de vous retrouver, parce que je crois qu'on a fait une bêtise... C'est de ma faute, Leandre il n'a rien fait que me protéger... Vous me manquiez tant aussi...

je suis désolée Maman... Nous serons demain en Orléans, et bientot en Berry je crois... Retrouvez nous vite...

je vous aime

Maeve Alterac


Comme toujours, cette missive est scellée de son pouce dans un peu de cire chaude qu'elle verse sur le velin gratté rapidement d'une écriture malhabile. Puis elle s'empare d'un parchemin vierge. Là, il lui fait s'appliquer, et la plume s'affermit dans la menotte qui la tient.

Citation:
A Sa Grace Alcalnn le Chat de Normandie,
Le Bonjour,

J’imagine que vous êtes très occupé, et je m’excuse d’avance de vous déranger, mais je viens de recevoir une lettre de ma Maman qui n’est pas contente du tout et très inquiète. Et ça m’ennuie un peu, Monsieur le Minou de Normandie, parce que j’aime pas du tout me faire gronder par Maman, et encore moins qu’elle s’inquiète pour moi.

Il parait que le fait de partir de votre duché c’est un crime, et qu’on risque de se faire attaquer d’un jour à l’autre par des armées… Et je vous avoue que je ne comprends pas trop Monsieur le Chaton, pourquoi vous en voulez autant à Leandre et moi.

Je sais bien que Leandre il est très fort, parce que ce sera un chevalier quand il sera grand, et qu’il a une épée en bois et qu’il a même tué un rat un jour, et qu’il est très gentil aussi, mais vous savez, je suis sure que vous trouverez d’autres gens plus grands pour votre armée de Normandie. Parce que Leandre c’est mon ami, et qu’il a promis de me ramener chez ma Maman. S’il vous manque, vous pouvez lui écrire, je suis certaine qu’il ne rechignera pas à vous donner des nouvelles de temps en temps.

J’ai bien compris qu’il aurait dû vous prévenir, mais vous savez on est partis très vite parce que à Dieppe on était appréciés et qu’on ne voulait pas qu’ils nous suivent ou nous empêchent de prendre la route, ils ont été tellement gentils avec nous ! Et puis vous savez, Monsieur le Minet, même si je sais que Leandre il est fort et tout, je sais qu’on est quand même que des enfants, et Maman elle dit que ça arrive de faire des bêtises, faut juste pas les recommencer quand on a compris.

Maman est inquiète, et moi j’ai très peur. Parce que Leandre il a une épée en bois, et que moi j’ai qu’un bâton, et que même s’il a promis de me protéger, je ne pense pas qu’il y arrivera contre toute une armée avec des épées en fer et des adultes. Et nous sommes bien trop jeunes pour nous battre pour de vrai, nous n’avons même pas l’âge d’être écuyer encore… Et Maman elle serait très triste s’il nous arrivait quelque chose.

Alors je tenais, Monsieur le Chat de Normandie, à vous présenter mes excuses pour avoir emmené quelqu’un d’aussi bien que Leandre loin de votre duché, je mesure très bien combien il peut vous manquer, parce qu’il me manquerait beaucoup aussi s’il n’était plus avec moi. Mais faut pas trop nous en vouloir quand même, vous savez, parce que nos parents ils nous manquent et que nous voulions juste rentrer chez nous…

En espérant que vous comprendrez qu’il faut arrêter de nous poursuivre,
Je vous souhaite d’être heureux en Normandie, même sans Leandre, je sais pas, engagez votre fils à la place si ce sont les enfants qui manquent dans la Bande de Normandie…

Qu’Aristote vous ait en sa sainte garde,

Maeve Alterac
Mascotte Dieppoise.


Là aussi, elle scelle la lettre, mais d'un gravier trouvé sous sa chausse. Le regard confiant se pose dans celui de son chevalier.

Tu vas voir... ça va s'arranger... Tu leur manques c'est normal...
Mais ils vont se faire une raison... T'as rien fait de mal !


Mais ils sont loin d'être rassurés. Cette nuit, près d'eux reposeront leurs armes de bois, cette nuit le sommeil sera moins coloré...Cette nuit Maeve aura peur, et se blottira d'autant contre ce pauvre Leandre. Et demain, de petites poches se seront formées sous ses yeux couleur ciel, tandis qu'ils reprendront la route, aux aguets. Anthelme va devoir se presser. Les Grands ne leur pardonnent pas leur escapade, là-bas, en Normandie...
_________________
Zelda
Et du côté du Saint-Empire, on n’était pas même au courant de ladite escapade. Aux dernières nouvelles, le fils avait servit l’armée normande, pour la plus grande fierté de son cher père, et côtoyé de généreux Dieppois – ce qui, en temps normal, aurait suffit à rassurer la mère. Seulement, Zelda savait la fougue et la curiosité qui menaient Léandre par le bout du nez depuis son plus jeune âge. Et puis, le mystérieux silence de la nourrice, la trop belle confiance du père et ces deux dernières semaines passées sans recevoir de missive aucune de la part du galopin n’avaient pu qu’alimenter l’inquiétude maternelle. De toute façon, en tant que mère, elle n’aurait jamais fini de se ronger les sangs pour sa descendance, combien de fois le lui avait-on répété ? Même ses problèmes de santé ne la préoccupaient pas autant que l’idée de retrouver son fils sous peu. Aussi, elle avait fait son dada des préparatifs du voyage depuis plusieurs mois et, ironiquement, ils avaient captivé son attention à tel point qu’elle semblait en avoir oublié ses quintes de toux et sa fièvre, et avoir repris de la chair. Grâce à cela, on avait pu fixer la date du grand départ au troisième lundi du mois d’avril.

Ainsi, le matin dudit départ, toute malle refermée, le couple avait envoyé quelques muets aux revoir à Saint-Claude et aux souvenirs plus ou moins heureux qui s’y rattachaient. Seul le maire semblait être vaguement au courant de leur départ; Zelda n’avait dit adieu à personne, il lui paraissait inutile de nourrir la curiosité de chacun à ce sujet. Et à vrai dire, elle était heureuse de tourner la page, complètement.

« Les routes m’avaient manqué plus que je ne l’aurais cru », déclara-t-elle plus tard dans un faible sourire.

Cela dit, elle fut enchantée de mettre pied à terre à l’occasion de courtes haltes et plus particulièrement à leur arrivée en Poligny. C’est avec grand peine qu’elle supportait la position assise, d’autant qu’elle n’était plus habituée au port du corset ni au strict maintien qu’exigeait son rang, depuis le temps qu’elle n’était plus sortie du domaine, ou même sortie de son lit.

« Ah, vous devriez écrire à notre Léandre, très cher, qu’il sache que nous sommes en route pour le rejoindre en Dieppe. »
Un signe de tête, puis elle se détourna.

Quelques enjambées l’éloignèrent des chevaux, de Florent et de Madeleine, toujours si fidèles, qui s’affairaient à débarquer les robes de nuit et les parures du lendemain. La brise était plutôt fraîche. Zelda serra la laine du châle autour de ses frêles épaules. L’azur de ses yeux mirait le verger du village, la plaine qui le bordait et l’horizon coloré du couchant. Son esprit se trouvait là-bas, déjà, et ce depuis longtemps. Or, demain, ils quitteraient la Franche-Comté. La mère rencontrerait certainement ces compagnes de jeu au sujet desquelles le fils avait beaucoup écrit, au côté desquelles il semblait passer tant de temps… pour l’heure, elle irait rejoindre le père à l’intérieur, se chauffer de sa chaleur, et laisser les longues heures de la nuit s’égrainer peu à peu jusqu’à l’aube d’un nouveau jour. Un jour qui la rapprocherait encore d’une nouvelle vie.
Mariealice
[En Bourgogne, sur la route]

A la lecture de la réponse de sa fille, le sang de Marie n'avait fait qu'un tour. Déjà qu'elle se battait pour faire comprendre que non, poursuivre deux gamins à coup d'armée pour une bêtise, même grosse, ça n'était pas normal. A croire que certains avaient largement abusé du calva. On lui avait souvent dit que l'absinthe avait des effets nocifs, mais elle ne devait point être la seule sans doute.

Plume reprise aussitôt pour répondre à sa fille et dans la foulée avisée les parents de Leandre avant de prendre la route pour récupérer les deux. En une seule pièce. Sinon....C'était aux quatre coins du royaume façon puzzle qu'on allait en retrouver certains. Et pas à cause de bourre pifs.*


Citation:
Maeve,

Soyez très prudents surtout et au moindre doute fuyez. Nous passons par le Berry puis l'Orléans, suivez bien le chemin que je vous envoie joint que nous ne nous manquions pas.

Je vous préviens tous deux qu'une explication valable va devoir m'être fournie pour ces accusations, même s'il est clair que le premier qui vous touche aura droit à mon courroux et devra compter les jours qui lui restent à vivre.

J'écris sur le champ aux parents de Leandre pour les prévenir et les rassurer.

Qu'Aristote veille sur vous.

Ta maman qui t'aime.

Citation:
Comte, Comtesse,

Nous ne nous connaissons pas, je m'appelle Marie Alice Alterac, je suis entre autre le Premier Secrétaire d'Etat de Sa Majesté Levan III de Normandie. Mais ce n'est pas à ce titre que je vous écris mais en tant que mère de Maeve, compagne de jeux de votre fils Leandre, à Dieppe.

Alors que ma fille devait attendre un ami pour rentrer en Bourgogne, votre fils et elle ont pris la route sans attendre et qui plus est, ce dernier aurait déserté de l'armée normande et volé du matériel. Le Duc a ordonné qu'ils soient tous deux poursuivis. J'en fus avisé et ai demandé que cet ordre soit suspendu, ce qui a été fait normalement. Je suis partie pour les rejoindre et les ramener.

Jusque là, les nouvelles sont bonnes et ils vont bien. J'ai demandé à avoir les preuves de ces accusations et vous tiendrai au courant. Nul doute qu'ils ont dû faire quelques bêtises mais je ne puis croire qu'à cet âge, ma fille a huit ans, ce soit autre chose.

Qu'Aristote vous ait en sa Saincte Garde.



Missives parties, tout comme leur petit groupe. Marie, peur au ventre, angoissée, essayant en vain l'image qui ne cessait de hanter son esprit depuis qu'elle avait appris la décision normande: deux enfants baignant dans leur sang le long d'une route.

*Merci au grand Audiard et pardon

_________________
Mabelle
[Entre Honfleur et Lisieux sur la route...]


Mabelle ne tenait pas en place depuis quelques jours sans nouvelles, malgré ses missives, de Léandre. Mais ces jours ci plus que les autres, elle bouillonnait. Elle entendait toute sorte d'accusation sur Léandre qualifié de déserteur, recherché et condamné par l'armée ! Elle était à la fois transie d'inquiétude et indignée.
Elle n'avait plus hésité et était déjà sur les routes pour aller les retrouver, lui et Maeve.
A Honfleur, au moment de monter à cheval, un jeune homme s'approcha d'elle et lui tendit une missive. Mabelle dubitative,hésita mais le jeune homme confirma que cette missive lui était destinée. Elle le remercia rapidement et ouvrit le parchemin avec vivacité....Léandre !...enfin !
Elle sourit soulagée et émue puis au fur et à mesure de sa lecture, son regard affichait toutes sortes d'expressions, de l'inquiétude à la colère, de la tendresse à l'indignation...elle marmonait
"pfff...des normands en colère !!...de la haine ???? pfff!! complices !!! ...ah, ils sont sages au moins....QUOI?? une armée??? ohhh!!!.... peur ??? mon Léandre ???? Seigneur !"Il était informé que l'armée le considérait comme déserteur, ce qui signifiait le pire mais ce n'était qu'un enfant ! A peine dix ans et déjà condamné à mort pour désertion ??? Mais où va t-on ?? Non ça ne se passerait pas ainsi, aussi petite villageoise qu'elle était, elle se battrait jusque la mort pour le défendre. Et même elle savait qu'elle n'était pas seule, beaucoup de Dieppois lui avait fait part de leur inquiétude et de leur soutien à propos des jeunes fugitifs bien qu'elle eut gardé secret son projet de voyage pour aller les rejoindre. D'ailleurs, tout s'articulait comme il le fallait car elle avait programmé déjà depuis plusieurs semaines un voyage dans le sud pour retrouver sa fratrie, donc personne ne se doutait qu'elle avait juste changé de direction...

Mabelle releva les yeux soudain. Elle chercha le jeune homme qui lui apporta la missive. Elle l'aperçut au loin, monta sur Fidès, appela Brenn et partit au galop au devant de lui.


-Attendez je vous prie !! Messire ! accepteriez vous ces modestes écus pour adresser une missive au jeune homme qui vous a confié celle ci ?

Le jeune soupire puis acquiesce au son du tintement de la bourse.

- Merci, patientez ici je vous prie, d'ailleurs pour un peu plus occupez vous de ma jument...

Puis elle chuchota à l'oreille de Brenn "tu le surveilles hein...?" "tu es un bon chien Brennus...", elle lui tapote gentiment la tête et s'apprêta à rédiger sa réponse. Elle était fière de pouvoir utiliser le coffret encore tout neuf offert par Matouminou pour son baptême avec parchemins, plume et encrier.

Citation:
"Cher Léandre,

Je viens de recevoir ta missive. Je ne te cache pas que j'étais inquiète d'être restée si longtemps sans réponse aux miennes mais je comprends mieux à présent. Je suis très fière de vous savoir bien sages.
Mon Léandre, je vois que tu as compris le danger de ton périple. Mais ne t'inquiète pas, j'ai confiance en notre bonne Normandie et son armée et je doute, même si tu es déjà un grand chevalier, qu'ils mobilisent toute une armée pour deux jeunes enfants. Comme tu le dis, tu n'as que dix ans, même si tu es fort et vaillant, déplacer une armée me parait inconcevable...
Tu as fait preuve de beaucoup de courage tout ce temps que tu as consacré à l'Ost en tant que soldat, et à ton âge ils devraient être fiers de toi et Louve. De si jeunes enfants, vaillants et dociles, qui ne se plaignent jamais ! Tiens, un des soldats, jeune recrue, de mon infirmerie a encore démissionné hier, il ne supportait déjà plus les missions ! Il s'est même plaint à tous ses supérieurs, et tu ne le dis pas , mais moi je trouve qu'il leur a manqué de respect, et pourtant il n'a pas été jugé pour cela ! Alors tu vois bien que vous deux, on ne peut pas vous reprocher votre comportement exemplaire à votre âge ! Et puis tous ces grands de l'armée comme tu dis, ils ont bien été enfants aussi ! Tu ne vas pas me dire qu'ils n'ont jamais fait de bêtises !

N'aies pas peur mon Léandre, protège Maeve comme tu le fais, montre toi confiant pour ne pas l'inquiéter et surtout sois très prudent, vous courez vite et vous pouvez vous cacher facilement si vous devez fuir un danger.
Voilà, je vais te dire aussi un secret : je ne suis pas loin de vous, demain je serais dans le duché d'Alençon, je viens de recevoir mon laisser passer. Je vais vite vous retrouver.

J'ai confiance, Léandre, sois toujours courageux et je vais vite arriver près de vous. Quant à l'armée, je ferais face si ils décident quoique ce soit. Tu as confiance en moi, hein ? J'ai aussi servi l'Ost et je soigne les soldats, ils m'écouteront, ne te fais pas de soucis. Mais on ne sait jamais ne fais aucune imprudence, soyez discrets et restez bien sages comme tu me l'as dit, promis ? Et ne parle de ma venue à personne.

Ne le dis pas à Maeve pour lui faire la surprise, mais j'ai apporté quelques sucettes au Calva dans ma besace et de bonnes galettes.

Quant à Louve, ne te fais pas de soucis, elle a du se perdre en forêt mais je suis sûre qu'elle va bien, je le sais au fond de moi. Grandkhan s'en occupe pendant que moi je viens vous retrouver. Tu sais il vous aime beaucoup...je te raconterais tout cela lorsque je te verrais. Comme j'ai hâte mon Léandre de vous revoir toi et Maeve !

Prends biens soin de vous et n'oublies pas tout ce que tu a appris, sois très prudent.

Affectueusement,

Mabelle

Ah j'oubliais, j'ai dit à Brennus que nous allions te chercher et il sautillait de joie, il a hâte de te revoir aussi.


Mabelle cacheta la missive, elle n'avait bien entendu point de sceau mais le coffret de Matou contenait de quoi cacheter les parchemins. Si Matou savait comme son présent lui était précieux !
Elle espérait n'avoir laissé transparaître aucune trace de son anxiété dans sa lettre. Elle même avait été inquiétée par l'armée...Elle ne pouvait imaginer que l'on puisse condamner un enfant, et pourtant il ne lui semblait pas que ses objections aient atteint ceux qui l'avaient alarmée.
Elle avait fait face...Trop sensible mais forte, "tête de mule" lui répétait Pitt ! Mule peut être, mais elle remerciait chaque jour intensément ses parents de leurs précieux enseignements.

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