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Info:
Fin janvier 1460. Embauche de Mhayri Saurela par le couple d'Alquines/Desage.

[RP] Crussol : son Castel, ses Maîtres, ses casseroles.

Mhayri
Le purgatoire devait ressembler à cela. A cette marche du Sud vers le Nord, de la mer vers la roche, de la vie vers ce glacial pays balayé par les vents, que l'hiver rendait encore plus pénétrants et tranchants.

Les cheveux engoncés dans une étole de rude coton brunâtre qui lui couvrait les épaules jusqu'aux coudes, la blonde se demandait pour la millième fois au moins ce qui diable l'avait poussée dans ce périple. Et chaque matin au lever, lorsqu'elle quittait les gites ou les modestes auberges qu'elle pouvait se payer pour reprendre la route, cette même question martelait sans cesse derrière ses tempes, tandis que ses doigts gourds luttaient pour maintenir la chaleur à l'intérieur d'un cocon de tissus fort peu coopératif.

Cela avait commencé dans les rues de Nîmes, où un crieur annonçait son message d'une voix de stentor - de cette voix qu'on n'a que lorsqu'on couche bien au chaud - ce dont Mhayri lui avait été fort reconnaissante. En effet, elle avait remarqué que les gens avaient une fâcheuse tendance à placarder des bouts de papiers griffonnés de caractères incompréhensibles - pour elle - sans se préoccuper outre mesure de ceux qui n'avaient pas l'instruction nécessaire pour accéder aux mystères qu'ils recélaient. Injustice criante, en vérité ! Qui donc avait décrété qu'il fallait savoir lire et écrire pour élever des poulets ou couper du blé ? Mila Dieu !
Avant son arrivée en ville, jamais elle n'avait eu même l'idée, et encore moins le loisir, de s'instruire assez pour lire et écrire, et elle n'en avait conçu aucun manque : elle savait compter les écus et les bêtes, elle savait retenir de mémoire toutes les recettes de sa mère, elle savait coudre et s'occuper de la ferme familiale et c'était déjà bien assez pour vivre. Mais maintenant, au fil des jours, son orgueil commençait à lui brûler l'estomac.

Son estomac justement décida de se manifester, la contraignant à grignoter l'avant dernier morceau de pain qu'il lui restait pour terminer son voyage. Son esprit embrumé par la fatigue et le froid peinait à conserver sa droiture. Comment en était-elle arrivée à songer à son estomac ..?

Ah, oui, le messager. Elle entendait encore sa voix puissante énoncer que le Baron de Crussol et sa promise cherchaient du personnel de maison pour le Castel de Crussol, dans le Vivarais, que la place payait honnêtement. La blonde était désœuvrée et désargentée, du fait de sa fugue récente du foyer familiale. Mais plus encore, elle était curieuse. Et si elle tenait là une occasion de connaître le monde des Grands ? Peut-être verrait-elle un preux Chevalier, une Damoiselle en détresse et un dragon. Ou peut-être pas. Mais à ses yeux, cela valait la peine de tenter sa chance !

Seulement voilà : le Vivarais, c'était dans le Nord. Elle venait à peine d'arriver à Nîmes, pourquoi fallait-il que Crussol soit si loin ?
La réflexion blondissante* a ceci de particulier que le temps et les distances varient grandement en fonction du moment où ils sont évalués. Par exemple, dans sa chambre de l'auberge de Nîmes, ça avait l'air assez proche et facile à atteindre. Beaucoup plus qu'après la troisième étape, lorsqu'elle tentait de boire une soupe claire avec des morceaux de pains, qui blessaient et déchiraient ses lèvres gercées.

Bientôt, les hautes murailles du château fort s'élevèrent à l'horizon, foudroyant la piteuse voyageuse d'un soulagement soudain qui lui rendit quelques forces. Elle pressa le pas, poussée par l'impérieux besoin de se réchauffer. Enfin, elle passa la muraille qui encerclait la forteresse. Là, les gardes l'interrogèrent sur la raison de sa venue, l'observèrent d'un air dubitatif lorsqu'elle exprima son désir de rejoindre la mesnie de Crussol, puis la laissèrent passer. Une jeune fille congelée ne figurait pas un risque majeur pour la forteresse, visiblement.
Elle traversa le village puis, au bout d'un temps qui lui parut infiniment trop long, se trouva face aux gardes qui protégeaient l'entrée du château fort.

Bien. Et là, on fait quoi ? Le voyage, les provisions, les vêtements chauds, les écus pour payer l'hébergement, tout avait été réfléchi à l'avance. Mais que dit-on aux portes d'un château lorsque l'on est personne et que l'on souhaite en rencontrer les maîtres ? Mmh... Mystère.

Bon, bon, bon...
Inspiration, expiration, concentration. Improvisation.
Rabattant son étole sur ses épaules, elle dévoila son visage, un peu crispé par le froid et la fatigue, mais tout de même souriant, en cadré par ses longs cheveux blonds.


"Adieussiatz, Messers. Je suis venue depuis Nîmes pour entrer au service de la maison de Crussol en tant que domestique. Pourriez-vous me laisser passer, se vos plai ?"

*Façon de penser de la blonde, copyright Mhayri 1460.

Ce RP est fermé, mais vous pouvez contacter les participants par MP si vous souhaitez participer et que vous avez de bonnes raisons RP de vous trouver sur les lieux
Adriendesage
"Bonjorn. Nous allons vous annoncer. Veuillez attendre ici quelques instants."

Celui des deux gardes qui était le plus âgé avait énoncé cette affirmation sur un ton des plus laconique. La journée s'annonçait longue, il y avait du monde dans la cour et autant de choses à veiller et surveiller.
Il jeta son menton couvert d'une barbe épaisse, crépue et grisâtre, vers son camarade en lui disant:


"Entre-donc toi, tu es là depuis plus longtemps que moi..."

Le second effectivement, se trouvait à la porte depuis l'aube, et semblait presque complètement transi. Les gens de Crussol avaient beau avoir l'habitude du vent qui battait la montagne, celui d'hiver gelait tout le monde jusqu'à la moelle, même les plus rudes. C'était d'ailleurs dans la cour du château, à qui était le plus couvert.
Le garde ouvrit la lourde porte de bois sombre et s'engouffra dans le château avec l'avidité d'un affamé. L'autre, le plus vieux, patienta avec la jeune femme. Il se frottait les mains au dessus d'un brasier qu'on avait fait avec une sorte de pierre plate, creusée pour l'incurver. Les braises étaient rougeoyantes car le vent les battait sans cesse. Aussi, étaient-elles vite usées et comme on n'en apportait que quatre fois dans la journée, les gardes finissaient généralement leur service avec un tas de cendre plutôt que des braises chaudes.


Le garde qui était entré revînt bientôt avec l'annonce de l'arrivée du baron. "En attendant", avait-il dit à la jeune femme, "vous pouvez entrer, mais restez derrière la porte."

Et puis il avait haussé les épaules à l'adresse de son camarade. La fille avait l'air charmante, et sans doute les ferait-elle jaser un peu.
Tandis qu'elle entra, un petit lézard qui avait dû être sorti de son sommeil par la chaleur du brasier, se glissa sous la porte...

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Mhayri
La Saurèla avait eu beaucoup de mal à quitter le brasero du regard, tandis que les gardes, faisant leur office, allaient prévenir les maîtres des lieux.
L'activité bourdonnante de la cour lui donnait un peu le tournis, après ces longues journées de marche, seule dans la neige, aussi ne prêta-t-elle pas immédiatement attention au retour du garde.
Sa voix finit tout de même par pénétrer le cerveau de la blonde lorsqu'il lui annonça qu'elle pouvait rentrer dans le Castel, à condition de demeurer près de la porte.

Le visage de la jeune fille s'éclaira immédiatement d'un sourire reconnaissant.


"Mercè, messers, plan mercè. Je ne bougerai pas de la porte, c'est promis."

Serrant frileusement son vêtement, elle passa la porte avec un long soupire de soulagement. La chaleur toute relative des murs du Castel suffirent à la faire trembler de tous ses membres gourds.

Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'elle se trouvait là où jamais elle n'avait songé mettre les pieds : dans un Castel, une maison de nobles !
Les yeux écarquillés de curiosité, elle se mit en devoir de détailler tout ce qui l'entourait pour le graver dans sa mémoire.
Ayena
- Par Dieu, est-ce passé de mode d'être aristotélicien ? Fut un temps, ce seraient les clercs qui seraient venu nous faire réprimande de vivre déjà sous le même toit. A présent, il nous faut prier rien que pour trouver un diacre qui fasse une messe intelligible.

Elle soupira. Il était des affaires où elle n'était guère patiente, et le mariage en était une. Peut être parce qu'elle voulait voir passer les inquiétudes qui allaient avec la cérémonie.

- Et je parle dans le vide ? Répondez moi, mince !

Seulement on ne sut que répondre à Ayena. Parce qu'elle parlait françois et que l'on conaissait mal la langue, parce qu'elle parlait trop vite pour qu'on puisse décrypter et enfin parce que celui qui se serait risqué à lui répondre aurait eu le droit à ses foudres, tout simplement parce qu'il y a des moments où les femmes sont pénibles. Et les nobles, en particulier.

- Rha, macarel !

Ressentant le besoin de sortir de sa chambre emplie de servantes inutiles, la Boiteuse prit le tissu de ses jupes dans ses mains, lança un regard noir aux vieilles rombières qui soupiraient de désespoir face à cette écervelée, et sortit sur le champs.

Trouver une occupation, trouver une occupation... Pas assez calme pour la broderie, pas l'esprit studieux pour la lecture, pas l'estomac assez vide pour manger... Restait à aller s'enquérir de ce que faisait le Baron de son côté du chastel. Avec un peu de chance, elle pourrait passer un moment avec lui.
La salle d'audience était vide. Un garde bailla.


- Hey, toi, ferme la bouche ! Et dis moi où est le Baron.

Il était sortit à l'instant pour répondre à quelqu'un qui se présentait à la porte. Oh, chouette de la visite ! La Vicomtesse Bras-Plus-court ? Avec un peu de chance...
Et reprenant le velours bleu dans ses mains blanches, la jeune femme, pleine de cette énergie qu'ont celles de 17 ans, s'en alla sur les traces de son futur époux.

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Héraldique
Mhayri
Ca commençait à cailler grave. Même là, à l'abri derrière la grande porte, elle sentait passer les courants d'air entre les gonds et sous le seuil.
Frigorifiée, la Saurèla n'entendit pas immédiatement les claquements irrégulier sur le sol, les attribuant d'emblée au martèlement rythmique et spasmodique de ses machoires. Ce ne fut que lorsque le bruit se fit crescendo, amplifié par les échos renvoyés par les murs, qu'elle réalisa qu'elle ne serait bientôt plus seule. L'asymétrie rythmique avait quelque chose d'intrguant.

Elle rassembla son courage et son vêtement bien serré contre elle, et attendit de pied ferme.

Au bout de quelques instants qui lui parurent une éternité, elle vit déboucher vers elle une jeune dame qui boitait énergiquement en sa direction. Elle resta quelques secondes à l'observer, surprise de la reconnaître, avant de réaliser qu'il serait peut-être indiqué de s'incliner avec respect, ce qu'elle fit dans un ensemble de mouvement rendus désordonnés par le froid et la surprise.


"Adieussiatz, Dòna Ayena."

J'ai pris le parti de faire comme si le Baron n'avait pas rejoint immédiatement l'entrée, mais avait été retenu par ailleurs, faisant ainsi arriver Ayena la première, en espérant que cela ne dérange pas.

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Ayena
Mais le futur époux ne fit pas son apparition. Les hommes avaient de drôles de pouvoir de disparition parfois, c'était incroyable. Quoique les femmes avaient aussi des dons assez intéressants. Chacun ses secrets...
C'est ainsi qu'avec détermination, Ayena déboula dans l'entrée. Point de Vicomtesse. Zut. A la place, une pauvrette qui paraissait transie et qui détonnait étrangement dans le décors.
D'Alquines, qui ne s'était pas attendue à ce genre d'invitée, resta un moment silencieuse face à la paysanne ainsi courbée en signe de respect. D'ailleurs, ce visage... Moins rougi par le froid.. Ha oui ! Mayi ? Marie ? Fiou... Retenir les noms n'était pas du tout une des priorités d'Ayena ce qui lui causait souvent des soucis. Jamais elle ne pourrait être diplomate, c'était entendu.


- Bonjorn.

Euh mais que... Que venait faire ici cette fille ? Demander la charité ? Sans doute, sans doute...

- Relève toi, voyons.

Le ton était doux, de celui d'une femme généreuse par nature. Pour l'histoire, Ayena était d'ailleurs très à cheval sur les distributions de pain le dimanche et sur les aumônes. Parce que selon elle, quand le petit peuple était content, leurs seigneurs vivaient mieux. Et pour le moment, la théorie se vérifiait. Car c'était aussi l'occasion de recontrer les vassaux et les serfs et d'entendre leurs réclamations, leurs doléances directemnt sur place; et les audiences au chateau au près du Baron lui même avaient dimunées. En soit, Ayena remplissait déjà l'office de Baronne à titre officieux, ce qui la faisait rire : qui donc avait besoin d'être Baronne pour donner du pain à celui qui se mourrait de faim ? C'était une ineptie.
Quoiqu'il en soit, la jeune femme darda sur Mhayri -dont elle avait oublié le nom- un regard un peu chagriné, plein de pitié.


- Le temps est rude, n'est-ce pas... Viens, on va aller près d'un bon feu, et tu me racontera ce qui t'amène.

D'Alquines fit donc un demi tout sur elle même, d'une façon qu'elle avait développé et qui lui épargnait une douleur trop vive dans la hanche. Et reprenant sa jupe en main, elle conduisit la Saurelà dans le salon, pensant que la table qui y tronait en son plein centre accueillerait sans doute un repas bien mérité pour la pauvrette. Une immense cheminée permettait d'entretenir une température plus que réconfortante et qui sans doute alait délier les langues.

- Alors, d'où nous viens tu ? Dis moi tout.

Et Ayena s'installa sur une chaise à haut dossier qu'elle avait éloigné de la table, se tint bien droite et attendit patiemment que la paysane s'explique, ses prunelles bleues fixées sur elle. De ses petits doigts blancs, la Demoiselle fixa une de ses mèches brunes sous la coiffe d'où elle s'était échappée.
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Héraldique
Mhayri
La Saurèla fut rassurée par le ton doux de la Dame : elle ne la renverrait pas. Pas tout de suite, en tout cas.

Elle leva les yeux, non par irrespect mais parce que sa curiosité l'exigeait, et croisa le regard empreint d'une pitié légèrement chagrine qui froissa la blonde. Léger froncement de sourcils tandis qu'elle allait s'apprêter à corriger l'impression de son hôtesse, mais elle n'en eut pas le temps : déjà, d'un mouvement totalement inédit, la Dame avait fait demi-tour et l'invitait à la suivre, sans prendre le temps de vérifier que la paysanne suivait. Mais peut-être ne le pouvait-elle pas ? Et comme elles partageait apparemment le même sens de l'évidence, Mhayri la suivit sans piper mot.

Elle marqua un temps d'arrêt en arrivant au seuil d'une pièce immense, au centre de laquelle trônait une table qui, à ses yeux, aurait pu accueillir au moins une vingtaine de personnes (allez, peut-être trente en serrant un peu*), et dont l'air était réchauffé par une cheminée absolument colossale.
Elle demeura là, bouche bée, le dos légèrement courbé comme sous le poids de toute cette splendeur inattendue. Elle fut brusquement sortie de sa contemplation par la voix de la Dame.


"Alors, d'où nous viens tu ? Dis moi tout."

La Saurèla secoua la tête pour reprendre contenance et avança rapidement pour rejoindre Ayena, avant de s'incliner à nouveau, à distance respectable.

"Dòna, je ne suis pas venue demander la charité", fit-elle, avec dans la voix un soupçon d'orgueil froissé.
Elle poursuivit, avec un sourire cette fois plus engageant, tandis que la chaleur ambiante défroissait son corps et ses traits.


"Je suis venue car j'ai entendu un crieur à Nîmes, qui disait que la maison de Crussol cherchait du monde."

Oho. Voilà le second point qu'elle n'avait pas prévu : parler aux gardes était une chose, mais comment se vendait-on pour entrer au service d'une maison de noble ? Euuuh...
Plongée dans ses réflexions, la blonde se mit à fixer le plafond d'un air d'intense concentration, l'espace de brèves secondes, avant de replonger ses émeraudes lumineuses dans les azurs inquisiteurs d'Ayena.


"Je cuisine bien et je sais nettoyer une maison."
Elle se demanda furtivement si "maison" était un terme adéquat pour désigner les lieux où elle se trouvait. Une "maison", selon sa définition jusqu'à ce jour, pouvait rentrer toute entière dans cette unique pièce.
Elle toussota tout en poursuivant son discours.


"Je suis sérieuse et je ne recule pas devant la tâche. J'apprends vite, et je suis honnête aussi, Dòna."

Puis elle baissa à nouveau le regard, dans l'attente du verdict qui mettrait un point conclusif à son voyage. Elle pria pour qu'il ne signifie pas un voyage de retour, et qu'on ne la renvoie pas dans le froid aussitôt.
Un frisson d'anticipation lui parcourut l'échine.


*Si nous ne savions pas qu'elle était Languedocienne, on aurait pu penser qu'elle avait une légère tendance marseillaise à l'exagération.

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Ayena
Ayena se trouva fort dépourvue en apprenant qu'il ne s'agissait point d'une demande de charité. Involontairement des souvenirs lui revinrent alors que Mayhri faisait la liste de ses dons... Car la dernière fois qu'Ayena avait été dans une situation similaire, sa place n'était pas celle de l'employeuse, mais de la pauvre hère venant demander du travail. Elle était alors enceinte jusqu'au yeux, bien trop jeune pour briguer quelques responsabilités, et morte de faim et de soif. La Comtesse avait alors été des plus généreuse en lui proposant une place d'intendante sur ses terres, assurant qu'elle prendrait en charge les frais médicaux dus à sa grossesse. Ayena ne se souvenait plus comment elle avait réagit : il s'agissait d'une époque de sa vie qu'elle avait quelque peu tenté d'oublier. Mais indéniablement, elle restait aujourd’hui redevable à la famille Cassel... Peut être était-il temps de rendre ce qu'on lui avait donné. D'offrir à son tour une chance.

Ayena resta bien droite sur son siège, persuadée que cela lui donnait une allure plus stricte, plus sérieuse. Après tout, Adrien lui laissait diriger la maisonnée comme si elle était déjà la maitresse des lieux... Il fallait être à la hauteur.


- En effet, nous cherchons du monde.

S'inclure d'elle même dans la "maison Crussol" donna à Ayena un surplus d’orgueil et tout en même temps un surcroit de générosité.

- Le Baron est revenu sur ses terres après de longues campagnes guerrières et la maisonnée s'est désertée. J'ai pris à nos services quelques personnes pour les tâches domestiques... Mais j'ai besoin d'une personne volontaire pour diriger tout ce petit monde.

Une pause.

- Une personne qui parle l'Oc et le françois pour pouvoir me rendre des comptes.

En soit, c'était un oui qu'elle venait de donner : elle embauchait la paysanne. Au moins pour un temps, pour vérifier qu'elle avait les épaules assez fortes. Sinon, elle la garderait comme simple ménagère, en attendant de trouver quelqu'un d'autre pour superviser.

- Si vous estimer en être capable, vous serez nourrie, logée. Vous aurez congés pour aller à la messe et pour voir votre famille si vous le souhaitez. Quels gages souhaitez vous ?

Ayena quitta alors sa position bien droite, si parfaite : sa hanche venait de se manifester.
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Héraldique
Adriendesage
Pendant tout ce temps, Adrien était au bain... Le baron avait fait une chevauchée matinale le long du Rhône. Comme le fleuve était récemment sorti de son lit, toutes les berges à Granges étaient trempées et boueuses. Ainsi, cheval et cavalier étaient rentrés crottés jusqu'aux cheveux de cette excursion. Pour couronner le tout, les porcs avaient la fièvre dans les fermes de Guilherand. Cela causait quelque panique et le baron avait été y barbotter assez longtemps pour en ramener cette odeur âcre et tenace des porcheries.
Il avait donc passé un temps certain dans son bain, et s'était frotté avec force d'huiles parfumées. Cela avait fini par lui rougir les mains et le dos. C'est tout grognon qu'il redescendait dans la salle à manger du château, avec pour dessein de s'y faire porter force de victuailles et du vin, pour faire passer ces aventures champêtres du matin.
Il était tout de blanc vêtu: on l'eut cru en deuil s'il n'avait eut ses braies beiges et une large ceinture noire.

Lorsqu'il entra dans la pièce, la conversation entre Ayena et Mhayri en était à cet endroit:


Citation:
"Quels gages souhaitez vous ?"


Adrien s'exclama à la cantonnade, sans avoir vu les deux jeunes femmes:

"Du pain mordious! Des saucissons et du fromage! Pas de salade, qu'on la garde pour les lapins!"

Mais étaient-ce là les gages auxquels avait pensé Mhayri?
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Mhayri
Lorsqu'Ayena s'était redressée Mhayri l'avait inconsciemment imitée. C'était ainsi, droite comme un "i", qu'elle écouta la réponse de la maitresse des lieux. Au fil des mots, le regard émeraude de la blonde s'écarquilla de surprise.
Elle n'était pas bien sûre de comprendre, mais dans le doute, elle n'osa pas poser de question - chose assez rare pour la souligner - lorsqu'Ayena parût lui offrir rien de moins qu'une place d'intendante !

Non, décidément, elle n'en revenait pas.
Ce fut l'étonnement et le soulagement qui lui firent garder le silence une seconde de trop lorsqu'Ayena l'interrogea sur les gages qu'elle souhaitait, chose qu’elle-même n'eut jamais osé espérer pouvoir choisir. Cette seconde suffit à susciter l'arrivée d'une voix masculine, vibrante d'autorité, tonnant ses ordres comme on martèle un clou dans une planche encore verte, brisant le silence dans son dos.

La Saurèla s'affaissa un peu plus à chaque mot.

Enfin, lorsqu'elle eut le courage de relever les yeux pour observer le dieu vengeur venu mettre fin à cet instant de grâce, elle fut saisie de stupeur, une fois encore. La crainte lui tordit le ventre et la ramena brutalement à l'instant présent.


"Senhèr Bar... ", dit-elle finalement, en s'inclinant à nouveau bien bas, reculant d'un pas pour ne pas demeurer entre le Baron et sa Dame.
Que Dieu et Christos la protègent si déjà elle avait déplu au Maître...

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Ayena
Mais parbleu, était-il fou ? Ayena sursauta en entendant la voix forte et puissante de son Baron. D'ailleurs, cela eu le même effet sur la paysanne qui allait entrer à son service : elle sembla se rapetisser. Et malgré elle, Ayena sourit. Il allait falloir s'habituer à la voix tonitruante du baryton de la maison. Décidant de donner à son intendante de maison un aperçu de l'endroit où elle allait officier, la Demoiselle lança alors à Adrien :

- Mordious ! Ne peut-on point être un peu au calme icy ?, le tout ponctué d'un sourire ravi d'avoir une occasion de taquiner son futur époux.

Mais parce qu'Ayena avait dans son caractère de ne jamais avoir à contredire les hommes, surtout lorsqu'elle allait les épouser, elle frappa deux coups dans ses mains. Ce signal, qui commençait à faire partie intégrante de sa façon de gérer le personnel, retentit assez pour que l'on sache que le Baron avait faim. Et un Adrien qui a faim ne doit pas attendre : ça c'était une devise. Chose faite, il fallu introduire Mhayri auprès du Baron.


- Baron, voici notre nouvelle domestique.

Et bien que l'utilisation du "nous" paraisse naturelle, d'Alquines réalisa qu'il faudrait expliquer à l'intendante que le mariage ne serait prononcé que dans un peu plus d'un mois. Quoique... Cela ne regardait pas les domestiques, et c'était à vrai dire de notoriété publique.

- Je lui expliquais que ses gages se monteraient à 70 écus par semaine et qu'elle aurait chez nous logis et manger.

Et oui : lorsque Ayena demande, il faut répondre. Mhayri venait de perdre l'avantage d'imposer le montant de ses gages, quoiqu'elle n'eut pas vraiment perdu au change.
Avec une difficulté non feinte, poupette se mit debout et lança à son aimé un regard qui demandait confirmation quant aux choix que venait de faire la future Baronne.
C'est à ce moment qu'on apporta le pain et le fromage. La servante jeta un regard intrigué à la Saurelà, mais fila bien vite en ne voulant pas s'attirer les foudres d'Ayena.

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Héraldique
Adriendesage
Tout confus, Adrien sursauta: il n'avait absolument pas vu les deux femmes et dans son élan affamé, il ne s'était occupé que de s'en aller vers le bout de la longue table, qu'il avait vu dressée. En effet, comme souvent par tradition, la table, constituée de traiteaux et d'une longue et lourde planche rectangulaire, était rangée en dehors des repas. L'appétit du baron s'étant réveillé à la vue de la salle préparée, il fût bien décontenancé de constater qu'originellement, l'affectation du meuble était tout autre... Mais au fait, comme Ayena, qui commençait à bien le connaître, avait compris qu'il s'agissait d'assouvir les besoins primaires de l'homme du château, il fût vite rasséréné. Aussi c'est avec un jovial sourire, enjolivé par la perspective des victuailles qui arrivaient presqu'aussitôt dans la salle, que l'Hibou posait ses iris clairs sur la jeune nîmoise.

"Ainsi vous avez entendu notre annonce? C'est heureux! Soyez la bienvenue à Crussol!" qui faisait ainsi tout à fait confiance à Ayena pour la bienséance de cet engagement. Tout semblait déjà reglé. La blonde était à peine entrée, qu'elle avait été reçue.

Le baron s'installa dans la chaise la plus confortable et la plus imposante de la salle. Il s'employa immédiatement à couper une tranche de pain dans une grosse miche que l'on venait d'apporter.

"Mais dites-moi quel est votre nom? D'où venez-vous, au fait? Il faut du courage pour grimper jusqu'ici. Il vous en faudra pour y vivre. Les hivers sont rudes, les orages coléreux. Mais si cela ne vous rebute pas, et que votre sincérité n'est pas feinte, vous aurez toute notre protection." lui dit-il tout à fait abruptement. Il y avait là bien sûr, le sous-entendu inverse de cette protection si ce premier contrat tacite de confiance devait-être rompu.
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Mhayri
Les yeux vifs de la Saurèla courraient de la Dame à son Sire.

Ping.
Introduction formelle en tant que Domestique.
Pong.
Bienvenue à Crussol.
Ping.
70 écus de soldes, le logis, le manger et des congés. Sursaut stupéfait de la blonde qui se mord les lèvres pour n'en rien laisser paraître.
Pong.
Interrogation sur ses motivations et son sérieux, promesse de protection.

L'esprit de la jeune fille recevait ces informations et les absorbait aussi vite que possible. Voilà que le Baron l'observait, sans détour ni faux semblant, la jaugeant avec cette attitude toute martiale qu'elle découvrait, n'ayant jamais cotoyer moultes militaires.
Piquée, la blonde se redressa bien droite avant de s'incliner jusqu'au sol, un genou à terre. Ce fut d'une voix légèrement tremblante, mais néanmoins fort bien audible et calme, qu'elle répondit au Maître des lieux.


"Senhèr Bar, soi Mhayri. Estatgi la vila de Nimes.*"

Elle redressa la tête pour offrir son regard émeraude, tout aussi franc et non moins teinté d'une certaine fierté et d'une détermination palpable, le genoux toujours posé au sol en une position de soumission et de respect.

"Du courage, j'en ai a revendre, meu Senhèr**", fit-elle, le reconnaissant ainsi comme son maître.
"Je n'ai peur ni des hivers, ni des orages, qu'ils soient naturels ou humains."
Ca, c'était dit.
"Je ne rechigne pas à la tâche, et je vous servirai honnêtement. Je viens d'une famille paysanne, on m'y a appris la valeur du travail et le respect sacré de la parole donnée, meu Senhèr."

Elle baissa à nouveau le regard, ponctuant ainsi sa déclaration en toute sobriété. Si elle faisait montre d'une telle humilité, c'est qu'elle restait tout de même un peu retournée par l'entrée du Baron, même si elle se refusait à l'admettre.

*Seigneur Baron, je suis Mhayri. J'habites la ville de Nîmes.
** Mon Seigneur : généralement, "mon" souligne un lien hiérarchique (vassalité, domesticité, etc).

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Ayena
Ha ! Elle l'aurait béni. Il avait posé LA question qui taraudait Ayena qui n'osait point la poser : la question du nom. Pour sur, il faudrait le remercier, une fois en privé.

Les présentations faites, Ayena se leva donc.

- Bien. Baron, nous vous laissons. J'ai à faire visiter les lieux à notre nouvelle domestique. Bon appétit !

Et la jeune femme frappa une fois dans ses mains et indiqua à la servante presque prostrée de la suivre. Il allait falloir qu'elle s'habitue à se bruit de mains qui claquent...

- Allez, Mhayri, suis moi. Je vais te faire voir où tu dormiras... Et où tu officiera, surtout.

Et d'un pas rapide pour cette boiteuse, la visite commença. Ayena, dont la voix était douce mais qui savait pimenter son parler de touches interdisant les contradictions, commença donc à énoncer les tâches qui incomberait à celle qui venait de se jeter dans la gueule du loup.

- Le matin, je me lève aux aurores, voire avant le soleil. J'ai normalement quelques dame de compagnie pour m'aider à l'habillement, mais dans le cas où ce ne serait pas le cas, tu dois envoyer une fille.

Le duo était entré dans les appartements fort modestes de d'Alquines. Bizarrement, alors qu'il y avait d'autres chambres bien plus agréables aux étages, c'est une chambre à côté des cuisines qu'elle utilisait.

- Le matin, je bois une choppe de bière, veillez à ce qu'il y en ait de disponible. Sinon, informe l'homme qui se charge de l'approvisionnement des lieux que ce n'est pas le cas. Il se nomme Malaime.

Quel nom étrange. Sans doute était-il à fréquenter avec précaution. Le regard d'Ayena à Mhayri lui assura qu'il fallait se méfier.

- La Baron mange seul. Une table complète doit être dressée. Avec du lait de vache. Pas de chèvre, surtout.

Un tour de la cuisine pour présenter quelques autres domestiques qui furent avertis via quelques échanges de regards qu'ils avaient là une nouvelle supérieure.

- Je donne le menu de la journée le matin. Le repas du midi, le Baron et moi le prenons en commun. Le soir, je prends un bouillon. Le Baron mangera des viandes grillées. Toujours, vous devez avoir des mets de prêts pour les en-cas. Enfin, quand je dis vous, c'est la maisonnée. Toi, Mhayri, tu veilleras à ce que tous les rouages fonctionnent. Ca sera ton office.

La chambre d'Adrien fut désignée du doigt. Là, Ayena n'entrait pas. elle ne savait même pas ce qui se cachait derrière l'huis de bois.

- Toujours un baquet d'eau chaude doit être prêt. Au cas où nous en faisions la demande.

Puis, dans une extrémité du château plus calme, plus froide aussi, Ayena emmena la domestique dans son nouveau repaire.

- Je tedonne cette chambre. Libre à toi d'aller louer au village plus en bas. Mais ici, c'est compris dans tes gages.

La pièce était poussiéreuse et sentait d'une odeur douteuse. Il n'y avait pas de cheminée, et la paillasse n'avait plus d'une paillasse que le nom.

- As tu quelques affaires, Mhayri ?
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Héraldique
Mhayri
Coup d’œil à l'Alquines, coup d’œil au Baron à son repas. Le choix fut vite fait : elle se leva d'un bond, sans lâcher son petit balluchon, et trotta pour suivre Ayena.

La Saurèla hochait de la tête à chaque nouvelle information, notant mentalement la disposition des lieux et les noms qui lui étaient donnés à la volée : le regard d'Ayena à la mention du dénommé Malaime ne lui échappa pas et provoqua un léger froncement de sourcils.
Une fille de secours pour le réveil de la Dame, la bière au matin (elle avait bon goût), le déjeuner du Baron avec un verre de lait de vache (quelle étrange habitude!), le repas du midi en commun orchestré selon le menu donné le matin, le bouillon et les grillades pour le soir, ainsi que quelques en-cas. Et un baquet d'eau chaude. Qu'est-ce qu'on mangeait, dans cette maison !

Et pour orchestrer tout ça, nous vous présentons Mhayri, cheveux blonds emmêlés au vent, un peu sonnée par tout ce qui venait de lui être assené mais qui souriait bravement lorsque lui fut présentée sa chambre. Elle plissa le nez à l'odeur, mais cette chambre avait à peu près la superficie de la demeure qu'elle venait de quitter, aussi ne s'en formalisa-t-elle pas. Seule l'absence de cheminée la fit tiquer un peu. Elle ferait le nécessaire pour l'assainir au plus vite, se promit-elle. Et pour y passer le moins de temps possible.


"As tu quelques affaires, Mhayri ?"

Elle désigna le balluchon qui pendait à son épaule.

"Seulement ceci, meuna Dòna."

Ce n'est qu'alors qu'elle songea que peut-être sa nouvelle position allait requérir quelques investissements, au moins en vêtements.

"J'irai en ville, avec votre permission, acquérir quelques vêtements un peu plus conforme à... euh.. et bien... ma nouvelle position ?"
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