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[RP ouvert] Cette lettre ne vous était pas destinée

La.maquerelle


    Ma chère Dame,

Pardonnez le retard qu'à pris mon courrier. De nombreux événements sont venus me bousculer. De... terribles événements. Terribles et à la fois...
Mais commençons par le début.
J'ai parlé avec la compagne du père de mon fils. Que le Très Haut – ou Deos, come ils Le nomment ici – me le pardonne, mais j'apprécie cette femme. Si je pouvais, je voudrais être son amie. Et je ne puis que la faire souffrir. Elle sait. Elle a trouvé sur lui un de mes cheveux. Et moi, moi je ne peux pas repousser ses avances quand il vient vers moi. S'il renonce à moi je saurais l'accepter, mais je ne puis être l'initiatrice de cela, me comprenez vous, ma chère Dame ? Elle est enceinte ma Dame et... et moi aussi. Je ne sais pas quoi faire...
Mais je m'apitoie sur mon sort inutilement. Comment vous portez vous ? Êtes vous enfin délivrée ? Je prie pour que vous le soyez, et dans les meilleures conditions possibles.

Votre dévouée
D.


Elle envoya le courrier, soigneusement roulé et scellé. Priant avec vigueur que la destinataire soit bien portante et remise de ses couches. Surtout. Que son amie aille bien, sinon... Sinon elle serait bien seule, sans aucun doute.
Elle se plaisait à écrire à cette inconnue, elle l'appréciait même si elle se doutait que la dame se détournerait d'elle si elle venait à apprendre quelle métier elle exerçait. Alors elle restait sur des problèmes que la dame pouvait entendre, et qui étaient d'ailleurs les seuls pour lesquels elle n'avait aucun confident.
Quand le volatile voyageur eut disparu à l'horizon, la maquerelle rentra s’asseoir au coin du feu. Pourvu que « sa » dame aille bien!
Ellya
Comme au premier jour de cette étrange correspondance, la douce Duranxie venait de finir de natter sa chevelure épaisse. Chaque geste avait été fait le regard absent, tant elle songeait à ce qu'elle venait de lire. Que pouvait-elle répondre? Que pensait-elle de tout cela? Oui, ces questions l'avaient effleurée, au début. Puis la curiosité n'avait cessé de grandir, elle qui s'était recroquevillée en son sein tandis que l'héritier s'y lovait. Maintenant qu'il respirait l'air de Deos, elle était revenue la titiller. Insatiable.
Qui était sa confidente? Une femme lettrée, au beau papier à lettre. Elle aurait aimé savoir et en même temps...





Très chère D,

Je puis vous affirmer que je me porte fort bien. L'enfançon a vu le jour et semble suffisamment résistant pour survivre jusqu'à la fin de l'hiver, le Créateur soit remercié. Quant à moi, je suis de nouveau sur mes deux jambes et apte à retourner à mes activités habituelles.


Oh, comme elle aurait voulu lui conter son Prieuré! La joie d'y être et d'y vivre! Hélas, elle craignait qu'avouer son statut de femme d'église rompe cette belle histoire d'amitié, étrangement. Elle aurait également voulu lui parler de son mariage, oui, celui qui avait eu lieu juste avant la délivrance, celui qui leur avait permis d'être enfin en accord avec le Droit Canon si cher à son cœur.



Ce papier est trop court pour vous conter ma joie; je préfère revenir à vous.
Je ne sais si je vous comprends.


A vrai dire, elle ne comprenait absolument pas. Aimer un homme loin du mariage? Quelle folie! Pourtant Lara, sa dernière filleule, avait bien essayé de lui faire comprendre tout cela. Autant parler à un mur. La nonnette ne pouvait pas comprendre.
Mais elle pouvait éprouver de la compassion et en était submergée à l'instant.




Pourtant, chère amie, je ne vous souhaite que du bonheur. J'aimerais vous dire de raisonner cet homme pour qu'il reste auprès de sa femme mais... mais vous m'avez dit l'aimer. Peut-on abandonner l'être aimé? Oui. Oui... Mais cela n'est pas sans conséquence. Je prie pour qu'un tel vide vous soit épargné.
Mais n'ai pas de solutions à vous apporter.
Espérons, pour le bien de votre enfant, qu'il l'acceptera comme ses autres fils.

Près de vous,
E.

_________________
La.maquerelle
Comme souvent, elle avait les pieds dans le feu. Une lourde robe. Le chiot de son fils à se faire roussir le poil. Et les pensées ravagées.
L'écriture se fait plus brouillonne. Elle ne prends plus le temps de s'appliquer pour délier les boucles rondes. Les lettres se font plus enfantines, quelques erreurs même osent se glisser dans l'écrit qu'elle ne relira pas avant de l'envoyer.



    Ma chère dame,

Comme je suis heureuse ! Vous allez bien, et vous avez un fils en bonne santé ! Êtes vous heureuse ?
Je ne dirais pas qu'un enfant de plus va arriver. Je ne sais pas comment, je dois le cacher. Je le ferais passer pour l'enfant d'une de mes employées, et je l'adopterai officiellement. Je ne peux pas. Je ne dois pas. Comprenez vous ? Pauvre femme ! Elle veut abandonner son conjoint pour me laisser le champ libre, je ne puis l'accepter. Trop de monde souffrirait, n'est-ce pas ?
Je dois me taire, et prier. Puisse Deos m'entendre !
Dites moi vite, comment allez vous ? Comment avez vous nommé l'enfant ?

Votre dévouée,
D.


Elle priait Deos, depuis quelque temps, plutôt que le Très Haut. Le nom importe peu, peut être. Mais là où elle vivait on lui avait dit qu'on pouvait parler directement à Deos sans intermédiaire, et cela l'arrangeait fort de pouvoir confier ses péchés sans subir le jugement d'un homme.
A
Ellya


Amie,

Vos propos m'intriguent et me rendent triste à l'idée des choix que vous dites vouloir faire. Oh, oui, il semble certain que d'aucuns souffriront. Et il est trop tard pour envisager que ce ne soit pas le cas. La seule question qui demeure: qui doit souffrir? Une de vous deux. Las, on remarque comme le monde est mal fait car celui qui devrait récolter le poids de ses péchés laisse ce fardeau à d'autres. Comme tant d'hommes, il se contente de semer. Le mariage est sacré mais... Allons, je m'emporte. Qui serais-je pour affirmer que cette femme ferait le bon choix en laissant ce malotru derrière elle?

Quant à vous, vous me dîtes avoir des employées? Quel drôle de terme pour désigner camériste et servante! Faîtes attention, ma chère, car ces femmes-là ont toujours été les plus bavardes. En bref, prenez-soin de vous et de ce don du Créateur qui grandit en votre sein.

Suis-je heureuse? Ah. Certaines heures, je pourrais vous dire oui; d'autres, je ne sais plus. Quelque chose s'est brisé, ma Dame, et je ne saurais l'expliquer. Mais je me sens ingrate de ressentir une telle... perplexité. Quant à l'enfant, il aura le nom de Juste. Prions pour que cela guide son chemin.

Avec mes meilleures pensées,
E.


Elle avait hésité. Son amie, sa chère amie inconnue, pourquoi ne lui offrait-elle toujours pas son nom? Quatre lettres à rajouter derrière ce E et pourtant, la plume s'était relevée d'office. La prochaine fois, peut-être. Ou celle d'après...
Sans doute jamais.

_________________
La.maquerelle


    Ma chère Dame,

Comme nos mondes sont éloignés l'un de l'autre... Comme nos vies sont différentes, et pourtant... Pourtant tant de choses nous rapprochent, n'est-ce pas ?
Je me porte bien pour l'instant, je ne suis presque pas malade le matin, et je n'ai pas encore grossi. Je n'ai pas croisé le père de mon fils depuis des jours, j'espère qu'il s'occupe de sa conjointe.
Je me fais du souci pour vous mon amie. Comment vous sentez vous ? Comment va votre fils ? Qu'est-ce qui est brisé ? Parlez vous de votre enfant ou bien de son père ?
Je vous embrasse.
Votre dévouée,
D.


Elle roula la lettre et l'envoya.
Elle avait été si proche, si proche de révéler ses angoisses, son métier, la peur qui l'habitait depuis la disparition d'une de ses « employées ».
Elle s'était retenue. La peur de perdre sa nouvelle amie, sûrement...
Ellya
Elle n'avait pas compris, la blonde Duranxie, les gestes de son époux. Le récent dégoût qu'elle lui inspirait manquait de peu de lui donner la nausée à son tour. Où donc avait été l'échec? Ses prières se seraient-elles évanouies dans le vent printanier avant de parvenir aux oreilles du Divin?
Elle avait fauté.
Tout était là.
Mais elle ne le savait pas, ne s'en rappelait plus et quand bien même... Altérés par l'ivresse, ses gestes n'avaient aucune valeur, n'est-ce pas? Elle aurait regretté, si elle s'était rappelée. Sans doute aurait-elle haïe sa filleule si chère à son coeur. Pleuré, elle l'aurait fait aussi. Beaucoup.
Mais voilà. Sa mémoire avait embrassé le Néant et elle demeurait navrée face à son Maistre orfèvre qui ne souriait plus pour elle. Et elle s'était tant battue pour obtenir cela...




Chère inconnue,

Car oui, certains jours, je réalise que jamais nous n'avons eu l'occasion de palabrer derrière quelques entremets, que nos pas ne sont pas allés de concert dans quelque jardin, que nos voix n'ont jamais retenti à nos oreilles.
Et pourtant, oh, pourtant, je puis vous parler de ces choses que n'entendront jamais les autres. Quelle curieuse histoire.

J'ai prié pour vous à chaque office, et pour votre enfant à naître également. J'imagine parfois combien vous devez vous sentir seule, alors je m'imagine avec vous. Cela ne vous apportera qu'un maigre réconfort mais, je l'espère, un réconfort tout de même.

Pour ma part, je ne ressens dorénavant que cette impression amère de l'échec. Après tous ces sacrifices, toutes ces désillusions, il a fallu que... que tout se délabre. Il faut dire que les fondations de mon mariage étaient bancales. Dois-je reconstruire? Je suis lasse. Et apeurée. Mon époux ne cesse de scander que notre fils n'a d'homme que la virilité qui pend entre ses jambes. Un faible, un pâle, un brailleur, comme il le dit, voilà ce que devient mon unique enfant.

Vous m'excuserez, ma dame, je ne me sens pas capable d'en écrire davantage.
E.

_________________
La.maquerelle
Elle tremblait devant la cheminée. Pas vraiment de froid, ni de maladie. Ni même d'angoisse. Elle était résolue, il y avait plusieurs jours qu'elle se forçait, et coucher les mots sur le papier, pour en faire part à son amie inconnue, rendrait la décision plus forte. Plus définitive.



    Chère amie,

Oh, comme je regrette que vous ne soyez point auprès de moi ! Nous pourrions deviser en savourant des dragées, comparer nos robes et discuter de nos états d'âme sans peine !
Je regrette que vous soyez loin de moi ma Dame, je saurais vous dire que votre fils est un bel enfant vigoureux, et qu'il ne doit en rien craindre le jugement d'un père ! C'est à l'état d'homme qu'il lui faudra faire ses preuves, un si jeune enfant ne doit faire qu'une chose : manger et survivre à l'hiver. Ne craignez pas pour lui.
J'ai quant à moi pris une décision qui m'est pénible mais qui sera certainement la meilleure. Je vais m'appliquer de toutes mes forces à faire que le père de mon fils ne soit plus que le père de mon fils. Il me fait trop de peine, il blesse trop de monde autour de lui, et pas seulement par ma faute. Alors je vais m'appliquer à ne pas m'attacher à lui plus que la raison ne le voudrait.
Vous ai-je dit, mon amie, qu'une de mes employées avait été enlevée ?
Elle m'a fort heureusement été rendue, et j'ai envisagé de lui proposer de l'argent pour qu'elle fasse passer mon enfant à naître pour le sien, et celui de son ravisseur ou d'un de ses clients, un enfant que moi je pourrais prendre en affection sans éveiller le moindre soupçon.
J'espère que vous ne me jugerez pas trop sévèrement et que vous resterez mon amie.
Votre dévouée,
Désirée.


Avait-elle réalisé que son nom entier s'étalait sur le vélin qu'elle enroulait ?
Probablement pas, sinon elle aurait gratté les dernières lettres, voire tout le parchemin pour en commencer un nouveau.
Elle s'inquiétait un peu de la vélocité du pigeon qui transportait leurs courriers. Après tout, le premier lui était arrivé parce que l'oiseau s'était perdu... alors qu'adviendrait-il si jamais le volatile mourait en chemin ?
Elle ne voulait pas, elle craignait de perdre cette amie à qui elle se confiait de plus en plus, malgré leur flagrante différence de rang social...
Ellya
Le Créateur est mon berger. Je ne manque de rien. Dans les paysages verdoyants, Il rassérène mon âme. Même quand je vais dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains pas le mal, parce qu'Il est avec moi : Son bâton et Son appui me consolent.
Mon verre déborde. C'est le bon et le généreux qui me poursuivent tous les jours de ma vie. Je résiderai dans la maison du Très-Haut pour la longueur des jours.


A genoux, la nonnette faisait ce pour quoi elle était la plus douée: prier. Ce n'est qu'une fois les genoux meurtris qu'elle se releva, réprimant un grognement de douleur. La journée promettait d'être radieuse, réalisa-t-elle. Les arbres aux récentes parures vertes pliaient leur échine sous un vent certain. Le temps appelait à la balade. Georges la rappellerait à l'ordre.


Vous avez du courrier, dauna Watelse.

La voix du brun jeune homme la fit sursauter. Elle se saisit des trois plis avant de les lire un par un. Ainsi il y aurait un anniversaire. Ah. Bon. Il allait falloir organiser le départ. Oh mais n'était-ce pas la lettre d'un vieil ami ensuite? Si, si. Il allait falloir lui répondre au plus vite. La troisième lettre, plus petite, la surprit. Son amie! Elle dévora le message des yeux avant que ceux-ci ne s'assombrissent. Et ne se mettent à pétiller, finalement. Désirée. Le voile était levé, ou presque. Ce prénom n'était assurément pas commun et une recherche rapide aurait pu lui mettre de savoir qui était cette dame. Elle s'en empêcha. Chaque détail en son temps. Désirée. Quel beau nom!




Douce amie,

Je pleure votre décision.
Le cœur sans la raison n'est rien mais l'inverse est également vrai. Êtes-vous certaine de faire le meilleur choix? Supporterez-vous d'enlacer votre fils sans pouvoir lui crier qu'il a grandi en votre sein? Voyez-vous, je n'aurais certainement pas tenu ces propos-là un an plus tôt mais... Oh, ma dame, maintenant que j'ai goûté à la joie de la maternité, je puis vous assurer que vivre loin de son enfant doit être impossible!

D'autres solutions existent. Pourquoi ne pas vous marier sous condition que le futur époux accepte l'enfant et n'en parle mot à personne?
Je ne désire pas vous juger, pardonnez-moi si j'en prends le ton. De tout cœur, je ne souhaite pour vous qu'une solution qui vous garde heureuse et en paix. Réfléchissez-y avant de commettre l'irréparable. Quelle que sera votre décision, je vous soutiendrai corps et âme. Pour toujours vous êtes ma chère amie, n'ayez crainte.

Désirée, alors? Quel prénom plein de charme! Autant que votre personne, je n'en doute pas. Il serait malhonnête pour moi de taire ce que vous avez révélé.

Dans l'attente de vos nouvelles, promptes je l'espère,
Que Sainte Illinda vous garde,

Ellya.

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La.maquerelle
La maquerelle était, comme bien souvent quand elle écrivait, au coin du feu.
Mais dans sa chambre cette fois là. Elle n'avait pas voulu s'exposer aux risque d'être vue alors qu'elle jetait son désarroi sur le vélin. Ses émotions étaient plus à fleur de peau que d'habitude. Elle avait beau tout faire pour le cacher, elles étaient là, sous-jacentes... toutes les émotions... toutes...



    Ma chère Ellya,

Je sais, je sais bien ce que vous me dites... Mais je ne vois pas comment faire autrement.
J'ai cédé à nouveau. Mon corps est faible, ma dame, il aime trop les caresses que ces mains là savent prodiguer. Mais je vais bien devoir affermir ma résolution pour qu'il ne découvre pas mon état. Et je vous avoue être absolument incapable de savoir ce que je vais faire. Je sais bien que vous avez raison. Mais je n'ai pas le choix...
Et je préfère parler de choses heureuses. Comment allez vous ? Comment se porte votre fils ? Dites moi vite ! Je me languis d'avoir de vos nouvelles !

Je vous embrasse chaleureusement,
votre
Désirée
Ellya
Deux jours plus tôt, elle avait reçu réponse de sa nouvelle amie. Mais contrairement aux autres fois, le coeur ne lui était pas venu de lui répondre. Lettre lovée contre son sein, plus pour ne pas être lue par n'importe quel inconnu qu'autre chose, elle avait vaqué à ses occupations: prier, supplier, pleurer un peu, prier de nouveau, boire en taverne, prier encore, sermonner, chercher le sommeil. Son époux était parti, sans un mot. Et la Prieure ne pouvait s'empêcher de craindre le pire, encore et encore. D'autant plus qu'avant son départ, les consignes avaient été données à la nourrice: Interdiction à ma sotte de femelle de mettre les pieds près de mon fils. Et le regard lourd de promesses du quinquagénaire avait suffi à faire tenir parole à celle qui détenait l'enfant. La nonnette en mourait de chagrin.

Mais! car à toute bonne histoire il y a un mais, lettre de l'orfèvre réputé lui était parvenue le matin même. Elle savait maintenant où il avait été: en retraite. Elle savait ce qu'il y avait fait: se confesser auprès d'un dénommé Frère Bonbance. Elle savait même ce qu'il allait faire: revenir. Oh, comme elle en aurait hurlé de joie! Son cher époux -dont elle avait tout oublié des coups de canne- lui revenait! Et il signait même "Avec grande affection"! La journée promettait d'être parfaite. De nouveau pimpante, elle s'attabla pour donner réponse à sa Désirée.





Très chère amie,

N'avez-vous réellement pas le choix?
Reprenez-vous, douce Désirée! Le corps peut se passer de ces caresses! Allons, allons, vous me rappelez tant ma filleule que je crains le pire. Je n'arrive guère à la raisonner, elle. Je serai bien malheureuse de voir que j'échoue aussi avec vous. Quel besoin avez-vous de vous torturer encore et encore?
Votre enfant à venir prime sur tout.
Trouvez-vous un bon parti... Cela ne doit pas vous être impossible.

Quant à moi, je me prépare à partir en pèlerinage*le mot avait été barbouillé et remplacé par* voyage. Dans tout le Royaume! Peut-être serais-je près de vous, un jour, sans que nous le sachions ni l'une ni l'autre! Imaginez! D'ici là, prenez grand soin de vous.

Vous êtes dans toutes mes prières,
Ellya.

_________________
La.maquerelle
Le temps passe parfois trop vite.
La blondine avait lu le dernier courrier de son amie. Elle l'avait lue et relue. Si bien qu'elle la connaissait maintenant par cœur. Chaque ligne.
Et elle ne savait que répondre.
Dix fois, vingt fois elle s'était assise devant son écritoire.
A chaque fois, elle s'était relevée sans avoir écrit un mot.
Et elle avait fini par se contraindre et fuir. Eluder. C'était encore le plus sur. Le moyen de remettre à plus tard cette cruelle décision. Pour l'instant, elle avait commandé une robe à la mode italienne, cintrée sous la poitrine, et bandait seins et ventre chaque matin.
Et surtout, elle écrirait à son amie sans lui narrer tout cela.



    Chère amie,

J'espère que ce courrier saura vous trouver si vous êtes déjà en route.
Je ne suis pas certaine que nos routes se croiseront, vous me faites l'effet d'une femme très pieuse, et je vis dans une ville où l'église cohabite avec le temple.
J'aimerais que vous soyez là, j'aimerais que nous puissions êtres amies réellement. Mais je sais que ma condition serait un obstacle à cela. Aussi je me plais à vous écrire.
Dites moi douce amie, comment se porte votre enfant ? Vous suit-il en voyage, où bien est-il resté auprès de sa nourrice ? Comment vous portez vous ? Jurez moi d'être prudente sur les chemins ! Les routes sont si peu sures !
Votre dévouée,
Désirée.
Ellya


Amie,

Votre courrier m'a trouvée, n'ayez crainte. Je ne suis pas encore partie et, lorsque cela sera le cas, je serai largement accompagnée, rassurez-vous. Vos mots m'ont toutefois fait songer à ce curieux pigeon. Et s'il périssait en cours de route? Je serais tant chagrinée de ne plus avoir de vos nouvelles!

Vous ne m'avez presque pas parlé de vous, dans votre dernière lettre. Tout se passe-t-il comme vous le vouliez? Oh, Désirée. Vous pouvez me faire confiance. Je suis une tombe. Aussi, si le cœur vous pèse, sachez que je suis là pour absorber le moindre de vos mots, de vos maux.

Quant à l'enfant, il vit: n'est-ce pas ce que l'on peut souhaiter de mieux?


La Duranxie releva sa plume pour mieux réfléchir à la suite du message. Elle pouvait aussi bien s'arrêter là mais...Cette question la taraudait.
D'un geste nerveux, elle porta la main à sa chevelure qui avait de moitié diminué et dont les bouts étaient roussis. Il allait falloir qu'elle s'occupe de cela.
Finalement, elle se décida à coucher sur le papier les lettres qui envahissaient son esprit.




Prenez grand soin de vous,
Ellya.

PS: Serait-ce malheureux que de vous demander si, par le plus grand des hasards, vous aimeriez que, enfin sans vouloir vous importuner et *toute cette phrase fut rayée et remplacée par:* Rencontrons-nous.

_________________
La.maquerelle


    Chère amie,


Tout semble aller mieux ici, les choses s'aplanissent. Du moins je le crois. La compagne de mon aimé semble se faire à l'idée de mon existence. Du moins je l'espère. J'aime beaucoup cette jeune dame, et nos fils sont très amis maintenant qu'ils se connaissent. Peut être son prochain enfant sera-t-il aussi ami du mien ?
Je n'ai rien dit, encore. Je cache soigneusement mon état. Je crains trop de la blesser, alors qu'elle commence juste à me comprendre, que nous commençons enfin à nous entendre.

Mais qu'en est-il de vous, amie ? Et ce voyage ?
Oh, comme j'aimerais que nous puissions nous rencontrer !
Mais je crains que cela ne vous soit interdit, ma chère Ellya. Je ne puis pas vous confier ce que je suis, sans quoi je perdrais votre amitié !

Je suis inquiète pour vous. Vous ne dites presque rien dans votre dernière lettre. Vous voir si laconique au sujet de votre enfant ne vous ressemble pas. Bien sur que c'est bien qu'il vive. Mais qu'en est-il de sa santé, de son éveil, de sa joie de vivre, de ses rires, des sourires qu'il vous fait quand vous le voyez ?

Je vous en prie, prenez soin de vous sur les chemins,

Votre dévouée
Désirée.
Ellya
Les baluchons étaient faits et remplis. Oh, pas tant par des hardes pieuses que par nombres d'ouvrages pesants. L'âne allait souffrir, c'était certain. Le petit groupe qui s'apprêtait à partir en pèlerinage avait convenu des modalités de déplacement: un âne, trois chevaux dont deux pour tirer la charrette, et des pieds. La fin du voyage serait probablement éprouvante pour leurs jambes: un tour du Royaume ne laisse pas sans cicatrice.

Avant de partir, la nonnette avait saisi de quoi écrire à sa douce amie dont elle ne savait que le nom. Un mois qu'elle ne lui avait pas répondu. Elle comptait bien réparer cette erreur et avait prévu de quoi pour.




Mon amie,

J'espère que mon silence ne vous a point inquiétée. Tel n'était pas le but. Pourtant, il me faut bien me confesser à vous, Désirée: je fus peinée par votre réponse. L'on m'interdit tant de choses que j'eusse cru qu'une amitié, aussi lointaine soit-elle, me serait accordée, elle. Las, vous ne me laissez pas le choix et me refusez ce présent qui aurait suffit à combler mes jours. Je ne vous en veux pas, certaine que vous avez des raisons qui vous sont propres. J'ai prié pour que la déception qui m'avait envahi alors laisse place à la compréhension. C'est chose faite. Aussi je plussoie votre décision.

Cela seul ne fut pas ce qui me poussa à me tenir loin de la plume et de vos nouvelles si longtemps. Mon époux... Et bien, mon amie, je crois être terriblement mauvaise avec lui. Il y a plusieurs jours, j'ai appris qu'il avait été arrêté et l'on m'a faite mander en prison pour régler son dû. Il m'a dit alors ce que l'on peut cracher de pire à son épouse. Je ne le lui reproche pas, il a raison. Je n'ai jamais su y faire, voyez-vous? Pourtant, je m'efforce d'être bonne mais mes efforts ne portent jamais leurs fruits.

Il m'est plus doux de parler de mon fils. Sa santé est excellente et il a le ciel pour regard. Sa peau est plus douce que les fruits d'été, son sourire d'une innocence à faire pâlir les saints. Parfois, je crois même qu'il rit! L'avenir de ce petit être me questionne et je ne sais ce qui serait le mieux le concernant. Je me laisse jusqu'à la fin du voyage pour prendre une décision.

En un mois, il a dû se passer bien des choses de votre côté également. L'enfant a-t-il vu le jour? La jeune dame a-t-elle appris votre état? Et cet homme, que vous aimez tant?

Contez-moi tout! Il me tarde.

Demain, nous partons vers le Poitou. Prions pour que ce volatile soit encore plus doué qu'il ne l'est déjà!

Avec mes pensées les plus tendres,
Ellya.

_________________
La.maquerelle




    Chère Ellya,


Je fus si heureuse de recevoir enfin une lettre de vous !
J'espère de tout cœur que votre voyage se passe bien et que ce courrier saura vous trouver.
J'ai moi aussi pris la route, avec la fille aînée de mon... Comment puis-je le nommer s'il n'est pas mon mari mais que je suis une de ses femmes ?
Elle aussi est enceinte, et elle nourrit tant de craintes que je n'ai pu l'abandonner à voyager sans femme plus âgée pour l'écouter.
Oui, j'ai fini par révéler la vérité. Cela n'a pas été sans peine et sans douleur, surtout pour elle, mais j'ai fini par décider que je n'avais pas à me mêler de ses affaires. SI elle pense qu'il ne l'aime plus, libre à elle. Il serait alors tout à moi. Brisé, mais à moi. Si elle n'est pas capable de voir combien il l'aime, quand moi je le vois, c'est qu'elle est stupide et qu'elle ne le mérite pas.
Cela dit, elle a du le réaliser finalement, puisque elle aussi à fait un voyage, vers l’Espagne, en bateau. Et c'est elle qu'il a suivi.
Il m'a écrit il y a peu qu'il ne serait peut être pas rentré pour la naissance de notre enfant. Tant pis pour lui.

Comment allez vous, mon amie ?
Je voudrait tant ne pas vous avoir blessée, mais je crains qu'une dame comme vous ne puisse se permettre d'afficher publiquement son amitié avec une maquerelle, aussi riche soit elle, n'est-ce pas ?
Vous auriez du laisser votre époux croupir dans les geôles ! C'est là qu'est sa place, s'il ne vous apprécie pas pour ce que vous êtes. Les hommes sont si stupides quand ils le veulent !
Prenez soin de vous, je vous en prie, et donnez moi de vos nouvelles bientôt !

Bien à vous,

Désirée.

__________

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