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[RP] Retour Improvisé

T..o
[Bas-Fonds d'Angers]


Une silhouette longiligne encapuchonnée avance dans la foule. L'effervescence semble avoir établi un siège en Anjou et il est difficile d'avancer en toute sérénité. A vrai dire, le jeune homme ne faisait pas trois pas, sans qu'un crieur ne l'arrête pour lui annoncer tout le bonheur qui saisissait le nouvel archiduché d'Anjou. Archiduché. Le mot semblait sur toutes les lèvres. On ne parlait que de ça, les rues semblaient pavées de ce mot là tant il ressortait souvent. L'Anjou était devenu terre où l'on célébrait la folie du Duc et la bienveillance de la future Archiduchesse. Théophraste en revanche n'était pas aussi à l'aise avec cette notion que semblaient l'être les Angevins. C'était beaucoup de changement pour lui, peut-être. Sans compter que le futur pacha en charge de la Casbah Anjou risquait de n'être autre que sa Mère. Il savait qu'elle méritait sa place sur un tel trône, mais cette idée-là n'avait pas le pouvoir d'interférer avec ses propres décisions. Ou plutôt, elle n'aidait en rien son retour en Anjou. Il aurait préféré à dire vrai revenir comme n'étant personne d'autre que le sale rejeton ingrat d'une double Vicomtesse.

"Rien n'est jamais facile". *
Il se souvenait encore de l'étrange vieillard rencontré au cours de ses voyages qui lui avait lâché cette sibylline et pourtant si simple phrase à la figure. Et chaque pas qui le menait vers l'aboutissement de son existence dotait cette mystique phrase de plus en plus de sens.

Il avançait ainsi dans la foule, sourd aux exclamations de joies de certains, aux critiques d'autres, bousculant quand il le devait, s'effaçant quand il sentait qu'il lui était impossible de continuer son chemin face à un colosse qui l'aurait envoyé valser dans le décor d'un coup d'épaule. Toutefois, malgré ses zigzags nombreux, sa destination était bien claire : avant de rejoindre sa Mère et lui faire la surprise de son retour qu'il maudissait de se produire en même temps que ce nouveau statut qu'elle obtenait, il devait affronter les bas-fonds d'Angers et se rendre chez cet étrange apothicaire qu'on lui avait conseillé sur la route. Il paraîtrait que celui-ci disposait d'étranges plantes, cherchées dans les recoin les plus reculés de la Mer Méditerranée, et même au-delà lui avait-on dit. Peut-être avait-il ainsi dans son échoppe quelques propriétés qu'il serait intéressant d'acquérir pour Théophraste.

C'est ainsi sur ces hypothèses bien farfelues que notre jeune ami sillonnait la foule qui au fur et à mesure de ses avancées commençait à devenir de plus en plus éparse jusqu'à quasiment ne plus exister. Une pute qui racolait au coin de deux rues pas plus accueillantes l'une que l'autre. Un mendiant plus occupé à boire qu'à mendier. Quelques joueurs de cartes dégageant une forte odeur de saleté, de sueur et d'alcool mêlées. Voilà l'unique compagnie qui dorénavant accompagnait ses pas rapides. Enfin, il vit l'enseigne recherchée "GRIMMWALD - Apothicaire de Père en Fils depuis 1385".

Poussant la porte d'entrée, il fut instantanément écrasé par le silence qui suivit le tintement de la sonnette indiquant l'arrivée d'un nouveau client. Le mendiant occupé à meugler, la pute à racoler et les joueurs à crier "Tricherie!" n'avaient pas liberté d'émettre un seul des vulgaires bruits qui habitaient leur vies en cette boutique. Drapé dans ce silence, le décor de la boutique semblait plus qu'iirréel. Des étagères couvraient chaque coin de la pièce, laissant à peine quelques rangées pour permettre à l'éventuel client de se frayer un chemin entre les rayons posés de manière irrégulière. Sous les pots transparents ou non proposés au client, une écriture illisible semblait indiqué la nature de leur contenu. L'absence de bruit totale poussait Théophraste à croire la boutique abandonnée, et ce malgré le nombre exceptionnel de plantes et de poudres qui reposaient ça et là. Après quelques minutes à contempler de son regard bleu perçant l'ensemble des produits proposés par l'ésotérique boutique, il osa enfin prendre la parole pour crier bien timidement un banal "Y a-t-il quelqu'un ?". Enfin, un bruit semble se faire entendre en réponse à sa question. Une sorte de grognement venu d'une porte qu'il n'avait pas vu du premier coup d'oeil. Cette porte donnait apparemment sur une arrière sale d'où venait d'émerger la stricte et bien haute figure du tenancier de la boutique. Les cheveux blancs soigneusement lissés en arrière, l'homme scruta longuement Théo avant de faire claquer légèrement sa langue contre son palais.
    Je suis Wilhem Grimmwald, Apothicaire de mon état. Que puis-je faire pour vous, Jeune Homme ?

L'Apothicaire avait mis l'emphase sur le mot "Jeune" notant bien une certaine désapprobation que Théophraste ressentit jusque dans les tréfonds de son âme. Il ne se démonta pourtant pas. Il était jeune certes, mais avait surement vécu bien plus de choses que cet étrange marchand resté cloitré dans sa boutique à attendre livraisons et hypothétiques clients.
    Je suis à la recherche de plantes rares, ou de poudres de votre confection pouvant être ingérées de diverses façons, ayant un effet reposant sur l'âme et sur le corps. De la famille des Solanaceae, par exemple.

L'Apothicaire leva alors un sourcil intéressé par son client, ne le jugeant plus sur son âge mais sur la façon dont il avait passé sa commande. Il souffla à voix basse comme pour lui même "Je dois bien avoir ce qu'il vous faut cher ami." avant de se retourner de manière énigmatique, ses yeux volant d'un pot à l'autre, sa main droite tentant un mouvement vers un pot entreposé là avant d'aller vers un autre, le saisissant pour mieux le reposer aussitôt. Théophraste suivait avec attention les mouvements de l'homme, attendant sagement que celui-ci daigne lui proposer un produit intéressant. Les deux hommes étaient si concentrés, l'un sur l'offre qu'il pourrait faire, l'autre sur un jugement de l'homme qui allait le servir, qu'ils n'entendirent pas le petit tintement caractéristique de la sonnette qui venait de retentir.


[* emprunté à Goodkind]
Mai


      « Maï ?! La Maï de Bretagne!! »

    Celle-là même. Ainsi l’avait on définit à l’annonce de son arrivée en capitale angevine. Le «de Bretagne» avait fait mal dans les entrailles de la Marquise. Les «de Montfort» qui ne manquaient pas de suivre aussi. Ce n’est pas à Angers, que Marie pourrait oublier sa fuite. On ne la connaissait que trop dans le coin… Tant pis. La Kermorial s’était contenté de poser ses affaires dans l’antre judéenne et de faire semblant d’être heureuse. Pour ses enfants surtout. Alix et Alesius se retrouvaient arrachés à leur père quasiment du jour au lendemain, sans explications. Il n’en demandait quasiment pas d’ailleurs, ou juste du bout des lèvres. Mais la vie familiale s’en ressentait quand même. Dents de scie. Alternance rapide, d’amour sincère et de colères affichées.

    L’épuisement avait tôt fait de peser sur les épaules de la fautive. Et si sous la lumière diurne, elle tenait bon, les nuits de Marie était peuplé de longues marches et de pleurs. Elle avait délaissé Cassius, Morphée l’avait vengé. Privant Marie de ses nuits salvatrice et des songes qui les habitaient. Point d’évasion pour les pècheresses. Marie ne trouvait plus le sommeil et cela se voyait. Se ressentait aussi. La platine avait perdu sa douceur et son calme… C’est sans doute tout cela qui poussa une voix amie à glisser le nom d’un apothicaire aux creux de son esgourde. Le chemin jusqu’aux bas fond fut indiqué, alors que l’esprit vacillait. Prendre des drogues? Fumer des herbes? Jamais la Sage Marie, n’avait osé y penser. Elle n’en avait pas vraiment eu besoin non plus, il faut dire… Après un sourire, et des remerciements polis, la Marquise rentra chez elle avec au creux de la paume l’adresse de l’herboriste.

    Puis la nuit était venue. Une fois les enfants couchés, blondine était restée converser au coin du feu avec sa sœur. De tous, de rien, de leurs vies surtout… Pendant qu’elles se racontaient, Maure redonnait à la pièce un aspect plus humain, rangeant épée en bois et poupée de chiffons qui trainaient un peu partout. La soirée était le moment que la cadette préférait. L’air se parfumait d’une douce normalité qui faisait du bien. Mais ça ne durait pas. L’esclave à la peau sombre disparaissait sans un bruit et Lise rejoignait les enfants pour un repos bien méritée, laissant Marie à ses insomnies… Longues et usantes. Le nom de l'apothicaire lui revint à l'esprit.

    ***

    La clochette fut percutée de plein fouet par la porte, et Marie fit son entrée dans la boutique. L’atmosphère de l’échoppe était étouffante. Et la première pensée qui s’installa dans l’esprit de la Myosotis fut qu’elle n’était pas à sa place, que tout ceci était une mauvaise idée et qu’il valait mieux partir. Devant elle, l’apothicaire semblait en grand discussion avec un homme qui lui tournait le dos. Attendre ou partir ? Rester ou s’enfuir ? L’esprit hésite entre la curiosité et la peur… Mais la palabre qui s’éternise, décide Marie à renoncer. Et sa paume retourne à la poignée précédemment pressée alors que le client bouge légèrement et dévoile son profil.


    Thé… Théophraste ?

    Théo. Dieu par son prénom. Tout comme Kirke le hasard l’avait mis sur sa route. Un truc de Penthièvre, sans doute. Platine resta la main sur la porte prête à partir au cas ou se ne serait pas lui. Mais elle attends tout de même. Sait-on jamais. Si c'est bien lui, il avait changé depuis la dernière fois. De gamin insolent il était devenu homme. Sans doute pas moins insolent que par le passé, cependant. A cette idée, un sourire s'essquissa sur les lippes carminés.

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T..o
    90D : Certaines choses ne changent pas.



Thé… Théophraste ?

Alors qu'il était concentré sur le choix qu'allait faire l'apothicaire, une petite voix vint trouver son chemin jusqu'à son cerveau. Il se tourna en voyant qu'on l'appelait, ne reconnaissant pas de suite la voix. Ou du moins, il la reconnut - après tout la Miosotys portait à juste titre son surnom. Mais il effaça de son esprit l'idée que cette femme pouvait se trouver actuellement en ce lieu aussitôt qu'il l'eut pensé. Il la savait mariée à un noble héritier breton. C'était impossible qu'elle soit en Anjou, et plus encore qu'elle se trouve au moment exact où il rentrait en Anjou dans cette boutique apparemment déserte. Et pourtant... Et pourtant c'était bien d'elle qu'il s'agissait. Marie de Kermorial de la dernière appellation qu'il lui connaissait.
Sa bouche s'ouvrit légèrement tandis que ses yeux s’arrondirent de stupeur. Il aurait à vrai dire misé toute sa fortune – pas grand-chose rassurez-vous – qu’il aurait en premier lieu rencontrer Calyce, Léandre, Kilia ou sa Mère.. mais jamais il aurait misé le moindre denier sur elle. Sur cette sirène qui de l'amour lui avait fait avalé la première arrête*. Se ressaisissant en se rappelant que bien de l'eau avait coulé sous les ponts depuis cette époque-là, ses yeux l'examinèrent avec ce calme froid qui l'envahissait parfois lorsqu'il se faisait analyste d'une situation incongrue. C'était bien Marie de Kermorial qui étaient face à lui, le doute était impossible. Mais pas la même Marie, ça, il le vit du premier regard. L'éclat de son regard avait perdu en intensité, il semblait aujourd'hui terne et voilé. Ses pommettes autrefois saillantes et joyeuses semblaient plus raffermies. Sa peau qu'il savait alors douce et agréable au toucher semblait ici tendue. Son regard tomba quelques instants sur le décolleté plutôt audacieux qu'elle présentait. Beaux et inchangés furent les deux mots qui lui virent naturellement à l’esprit sous le spectacle qui lui arracha un sourire incontrôlé. Se rendant compte que la charmante poitrine de la donzelle avait réussi à faire fondre les glaces qui obscurcissaient alors son regard, il en tira une sorte de conclusion pour lui-même : « Certaines choses ne changent pas ».
Hé oui, aussi étonnent cela puisse t’il paraitre, ce fut grâce à l'immuabilité de ce décolleté qu'il trouva la force d'afficher une certaine joie à la revoir. A vrai dire, il avait surtout d'abord été violemment horrifié par la métamorphose de la jeune femme. Tandis que dans son esprit l'image qu'il avait de la jeune Marie de 18 ans venait se superposer à l'image de la femme qui lui faisait face, cette poitrine inaltérée par le temps, placée sous son regard, était pour lui la preuve qu'il restait tout de même un peu de cette Marie qu'il avait connu dans la femme qui lui faisait face. Heureusement ... ou non, d'ailleurs. Reprenant une contenance, il répondit alors à son appel après avoir lancé un regard noir au tenancier de la boutique, lui intimant implicitement de rester muet face à la nouvelle cliente quant à l'objet de sa commande.
    Marie de Kermorial ... si je ne me trompe pas ?

A cette interrogation rhétorique totalement pédante et stupide, il ajouta un fin sourire de connivence afin de magnifier le tableau qu’il souhaitait lui offrir de son nouvel être. Il avait bien changé depuis une certaine époque et avait appris que dans bien des cas, passer pour un imbécile flagorneur était souvent une bonne solution pour ne pas dévoiler la personne qu’il était au fond.
    Cela fait longtemps que mon regard n'a pas eu la chance de se poser sur votre personne.

Il se tourna alors vers l'Apothicaire qui avait posé sur le comptoir un petit pot d'argile marron pour souffler intimement à l'oreille de Théophraste la nature et le prix de l'acquisition. L'achat fait rapidement, son attention revint totalement à cette inopinée retrouvaille.
    Que venez-vous donc faire ici ? Vous avez certes grise mine mais de là à vouloir user de tels offices. Je vous en prie, Dame de Kermorial, oubliez donc vos emplettes et baladez-vous à mon bras. L'air Angevin vous fera bien plus de bien que n'importe laquelle de ces décoctions, je vous le garantis.

Ce faisant, sous le regard courroucé de l'Apothicaire qui venait de perdre un client, il prit le bras de la Kermorial presque familièrement, comme s'ils étaient amants ou amis de longue date et la tira dehors sans même lui laisser le temps de répondre par l'affirmative. « Au diable les réponses inutiles, pensa t'il dans le même temps, elle me répondra sur la route; l'essentiel, cest que j'la sorte de cette boutique vite fait avant qu'elle se demande ce que je venais y foutre!»



[* Mon imagination s'incline devant le bon maître Brassens]
Mai


    C’était bel et bien lui. Théophraste. Le regard posé sur son décolleté le confirme... Il avait grandi, mais gardait en lui ce petit truc qui agaçait prodigieusement Marie. Cette impertinence. Ce maintien rigide qui lui faisait porter le menton haut. Leur rencontre à Saumur et à Brest lui revient à l'esprit. Mauvais souvenir d’un gamin qui se croyait tout permis... Théo.

    Alors qu’il lui parle le vendeur suranné lui glisse quelque chose dans les mains que la bretonne ne distingue pas. Paiement hâtif. Lejeune homme ne semble pas à son aise de s’être fait surprendre chez un apothicaire. Marie non plus à vrai dire… Elle devine aisément que leurs emplettes ne sont pas de même nature. D’ailleurs, le bras qui saisit le sien, bien qu’agaçant, à un petit côté salvateur. La blonde proteste vaguement alors qu’il l’emporte. Pour la forme. Pour lui montrer que ce n’est pas lui le patron. Mais l’avouer, elle se fait docile, contente qu’il l’éloigne de gourbis ou elle n'aurait pas du mettre les pieds.

    La porte s’ouvre sur les deux silhouettes. Les putains, les mendiants, les tricheurs et la rue crasse sont toujours là. Nauséabonds. D’instinct, la capuche est rabattue d’un geste sec, ne laissant aux regards des passants que le pourpre de sa cape et le blond de sa chevelure. La Marquise ne tient pas à se faire remarquer dans des lieux mal fréquenté. La frêle silhouette n’aurait pas la force d’assumer les ragots. Pas en ce moment.


    De quel droit vous permettez-vous de… ! J’avais besoin d… d’herbe ? De sommeil surtout.
    Je ne trouve plus le sommeil, et ce n’est pas votre air angevin qui va me faire de l’effet.
    Et que faites-vous ici d’abord ? Qu’avez-vous achetez ? Je pourrai vous dénoncer vous savez !


    A son bras, le fils de la future archiduchesse ne semblait pas gêner de se balader dans les bas fond. Il se pavanait. On aurait dit un Pape. Eugene V n’aurait pas été plus fier... Sa Mafificence ne avait pas quitté des yeux son kidnappeur alors que dans son dos, la boutique miraculeuse disparaissait un peu plus à chaque pas. A mesure qu’ils marchaient elle sentait ses nerfs se tendre. Il ne lui ferait pas de mal. La chose était sûre. Mais elle ne se sentait pas pour autant rassuré en sa présence.

    Ou m’emmenez-vous à la fin, Théo? J’ai des enfants je ne peux pas m’absenter... !

    Oh la belle excuse ! Les deux morveux étaient bien plus en sécurité avec l’esclave et sa sœur, qu’ils ne l’étaient avec leur mère. Mais il fallait bien qu’elle se rassure un peu. Juste un peu… Qu'elle tente sa chance... Voyant que ses maigres plaintes ne faisaient pas effet, la Myosotis finit par se taire et se laisser porter, ou plutôt guider, par le bras assuré du Penthièvre. Pas après pas, mètre après mètre, les deux jeunes gens se retrouvèrent au centre de la capitale andégave. La foule y était plus élégante - quoique - et de ruelles plus étroites. Leur avancé se fit plus difficile durant quelques minutes. Slalom délicat entre les silhouette inconnu. Puis au détour d’une rue une rive verdoyante. La Loire… Filin miroitant qui reliait Kervegon à Petit Bolchen. Qui reliait Cassius à Judas. Ainsi donc, c’était sur les berges ligériennes qu’il voulait l’emmener...

    Un sourire naquit enfin sur les lippes carminées de la jeune femme. L’endroit était beau, agréable, aérée. Sur la surface calme de l'eau, miroitaient mille et un reflets d'un soleil à la chute amorcée.


    C'est si beau!

    Le souffle se coupe.

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T..o
    « Ce soir. Minuit. »



Le bras enlacé au sien, Théophraste n'avait à vrai dire que peu de choses à faire des diverses remarques de la Marquise Blonde. Celle-ci semblait vouloir s'amuser à le contredire sans vraiment de conviction et il la connaissait suffisamment bien pour savoir que souvent, elle se complaisait dans une sorte de paradoxale contradiction entre ce que sa bouche soufflait et ce que son corps exprimait. Et en l’occurrence, ce corps là semblait tout disposé à le suivre. Ainsi, il savait à ses petits pas gracieux qui se calquaient tout en harmonie à sa démarche plus ferme, plus masculine que la jeune femme n'avait qu'une envie; celle qu'il l'arrache à ce quotidien morose et complexe qui semblait être devenu le sien. Étrange et intime compréhension qu'il avait d'elle, bien au-delà des mots, mais bien en-deçà de la connaissance qu'il avait d'elle. Une sorte d'instinct qu'ils avaient développé tout deux les faisaient vibrer d'un même son.
Ce son, d'ailleurs, il le ressentait à chacune de ses avancées. Il la guidait et elle avait confiance. Peu importe le fait qu'ils ne s'étaient pas revu maintenant bien des années ou le fait qu'ils avaient tout deux bien des considérations charnelles ça et là, c'était ainsi et puis c'est tout. Il pensait à tout cela tout en marchant, ne prenant même pas la peine de voir où il allait, empruntant seulement quelques chemins dont il essayait de devenir s'il les avaient déjà empruntés étant enfant, si ceux-ci avaient changés depuis ou si ils lui étaient totalement inconnus. Il était encore en train d'explorer chaque détail composant la rue qu'il venait d'emprunter quand il fut tiré de ses analyses par un changement dans le ton de la femme qui était accrochée à son bras.
    C'est si beau!

Il cessa alors d'observer et de scruter le moindre détail pouvant lui rappeler son enfance, de la petite enseigne d'un boulanger à l'alambiquée fenêtre où parfois il pouvait apercevoir la svelte silhouette d'une noble dame se changeant avec l'aide ses suivantes sans se douter que le regard de jeunes garçons se portaient sur elles et sur ce tableau sensuel où une femme nue était entourée d'autres qui cherchaient à magnifier son corps et se tourna vers l'objet des contemplations de sa compagne de voyage. Il fut alors envahit lui aussi par cet étrange sentiment de bien-être alors que sous leurs yeux se dressait la Loire habillée de ses rives verdoyantes. Comme la Marquise, il en eut le souffle coupé. Bouche bée, il ne trouva rien à ajouter à l'exclamation spontanée de Marie. Les deux oisifs passèrent pour des fous à contempler ainsi un spectacle si figé et si banal aux yeux des habitants. Mais pour lui, La loire ... La Loire, c'est bien le signe qu'il cherchait, vestige indéniable de son passé. Combien de fois avait-il joué sur les bords de celle-ci, faisant craindre à ses proches la noyade à tout instant.
S'arrachant finalement à la nostalgie qui l'avait pris lors de la découverte qu'avait fait Marie, qui devait croire dur comme fer qu'il les avait mené ici consciemment, il la tira du bras pour l'emmener s'asseoir sur les rives.
    Puisque nous sommes là, pourquoi n'irions nous pas nous asseoir un peu, afin de discuter ... se détendre ... J'ai une foule de choses à faire, mais cela me ferait plaisir de prendre le temps d'en perdre. Surtout si c'est à vos côtés.

C'est ainsi qu'il s'installèrent sur les rives de celles-ci, discutant de tout ce qui s'était passé depuis leur séparation. Elle avait été mariée. Elle l'était encore. Mais en fuite. Elle avait deux charmants enfants. Des Jumeaux. Elle avait été Duchesse. Elle était Marquise. Elle n'avait plus envie de retourner en Bretagne. Elle avait ri, pleuré, aimé, souffert à foison. Son cœur qu'elle avait sollicité trop souvent pour égayer sa vie semblait demander à sa propriétaire un certain temps de repos. Au gré des mots, quelques gestes se perdirent, les bras furent ainsi partagés. L'étreinte est rassurante. Ils s'y retrouvent tout deux. Finalement le soleil, exténué de cette journée de retrouvailles, semble décidé à se coucher. Il avait encore bon nombre de choses à faire et se devait de la quitter. Mais pas sans rien. Pas sans emprunter quelque chose à la jeune femme au passage. Un objet, un souvenir ou quoique ce soir d'autre.. Leur discussion continua puis finalement dériva vers une activité plus ludique. Ils jouèrent alors tout deux à ce jeu qui les amusent tant : Qui séduira qui ? Ce jeu pourtant si simple possède dans leur cas des règles et des codes complexes. Ne jamais faire état de cette séduction serait bien la première de ces règles. Un sourire franc habilla à cette pensée ses lèvres. Elle ne comprenait pas le pourquoi de ce sourire sans aucun rapport avec leur discussion, s'imaginant qu'il se moquait d'elle ou la narguait tout simplement. Il la rassura, lui jurant que ce n'est absolument pas le cas, gardant pour lui cette dernière pensée qu'il s'accorda avant de revenir tout à leur discussion. "Et si le jeu n'en était pas un ?" Il préféra alors de suite l'écarter. Ces considérations n'étaient plus celles du Théophraste présent. Alors que la nuit tendait à réellement couvrir la Loire de son voile, ils se décidèrent enfin à se quitter.. Mais pas sans rien, pas sans un échange, pas sans un souvenir, pas sans l'emprunt d'un objet...

Finalement c'est une promesse qui leur rappellera la douceur agréable de cet après-midi. Ils se quittèrent ainsi sur les bords de la Loire. Un baiser furtif est partagé avant. Un baiser qui n'en est pas un. Un baiser étrange, mais un baiser quand même. A la fois intime et impersonnel, comme leur relation. Puis enfin vint cette fameuse promesse, manifeste dans les derniers mots qu'il lui adresse.


    Ce soir. Minuit.
Mai


    Il n’y a pas de mots. L’on ne pouvait pas réellement définir la relation qui unissait Théo et Marie… Ils n’étaient pas amant. Ils n’étaient pas vraiment amis. Ils n’étaient pas spécialement amoureux non plus. Mais pourtant, à leur manière, ils étaient bien plus proches que n’importe quelques couples de jeunes mariés. Ils tenaient l’un à l’autre d’une façon très impersonnelle. L’air de ne pas y toucher. Sans doute parce que tous deux étaient fait du même bois. Ils se comprenaient même si cela ne sautait pas aux yeux. Le duo connaissait les limites à ne pas franchir. La liberté masculine, l’usure féminine. Il y eu une proposition. Une promesse. Susurrée à l’oreille féminine juste avant de se quitter. De s’arracher l’un à l’autre après cette bulle ou ils n’étaient que deux.

      Ce soir. Minuit.

    La Marquise s’en retourna chez elle, laissant les mots en suspens, lui abandonnant un bracelet de perles qui ornait son poignet quelques instants plus tôt. La Kem y serait... Même si elle ne se l’avouerait qu’aux derniers moments. Pour le revoir. Pour continuer ce jeu entre eux. Il n’y aurait pas de forcément de grands débats ou de nuit torrides. Les commères et les voyeurs seraient déçus, croyez moi. Marie et Théo n’avaient pas besoin de ça. Juste d’être ensemble sans se poser de questions.

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