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[RP Fermé] Le sang appelle le sang.

Moran
La Bourgogne est agréable. La demeure que Judas a confiée à Moran est plus que confortable. Tout le monde ne peut qu’envier cette position de petit roi qui lui permet de diriger quelques hommes, de posséder un domaine aussi vaste qui lui permet de chasser ou inviter quelques demoiselles en mal d’amour - bien qu’il préféra plutôt les rejoindre dans leur couche afin qu’elles se souviennent de lui chaque nuit qui suivront en y dormant seules. Ah l’orgueil masculin.
Malheureusement le boiteux s’ennuie depuis que toute la troupe a décampé pour découvrir la toute nouvelle acquisition du Von Frayner. Les femmes ont eu un goût appréciable quelques temps, les jeux aussi, jusqu’à ce que la chance tourne, puis la chasse dont il se lassait à présent aussi. Lui, fidèle bras droit de Judas, protecteur non attitré de ses compagnes, n’avait guère prit la route avec eux pour ainsi laisser sa vigueur enfermée dans une belle cage dorée.

Un heureux hasard lui permit de trouver une nouvelle occupation bien plus distrayante.

Saviez-vous que Moran avait-eu une sœur ? Bien sûr que non, le Lisreux n’est pas bavard quand il s’agit de lui... encore moins lorsque cela concerne une action honteuse d’il y a au moins 27 printemps.
A cette époque, la petite venait de naître. Mais lui tout ce qu’il voyait en cet amas de chaire ronde, douce et chouineuse, était le risque que cette bouche de plus les plonge tous dans une pauvreté encore plus difficile à vivre. Il n’était pas question que cela arrive. L’orgueil de l’ibère déjà surdéveloppé à l’époque et sa place de mâle favoris auprès de ses parents eurent raison de la petite Zoé. Qu’a-t-il fait ? Hé bien du haut de ses 11 ans, il parvint convaincre ses parents, leur disant que le poupon allait les anéantir, qu’ils devaient se débarrasser d’elle avant qu’ils ne s’attachent trop à elle. Sans la tuer, ils pouvaient la laisser aux sœurs dans un couvent un peu plus loin. Et de rajouter en se signant tout en effectuant une moue de dégoût, les yeux posés sur le fin duvet de la tête de sa sœur
« R’gardez père, mère ! C’est un démon ! R’gardez ces cheveux qui vont devenir aussi rouges que les flammes de l’enfer ! Elle va apporter le malheur sur notre famille !»
Trop préoccupé par leur fils, leur chouchou, leur descendant fort et plus apte qu’eux même à réussir, plus instruit, plus malin et plus vicieux certainement… Moran eut gain de cause. Zoé, perdante, fut amenée chez les nonnes quelques jours à peines après s’être échappée du cocon sécurisé de sa mère.

Mais ne croyez pas que cette victoire fut aussi facile. Plus Moran gagnait en maturité et expérience, plus la culpabilité d’avoir expulsé son propre sang, grandissait. Depuis ses 20 ans, il s’était doucement mis à sa recherche, repartant voir les sœurs, cherchant des indices sur les lieux où elle avait pu aller.
Jusqu’à il y a quelques mois, il n’avait eu que de faibles informations. Mais à force de se faire des amis lors de ses voyages, Moran avait en quelques sortes, des espions un peu partout.

Encore en Normandie, il reçut un courrier de l’un d’eux, lui indiquant qu’il y avait à Genève, une rouquine qui pourrait être celle qu’il recherchait. Il avait réussi à glaner quelques informations sur elle au prix parfois de quelques coups, car dans l’entourage des lions de Judas difficile de ne pas récupérer quelques estafilades.
Voilà la raison qui l’avait fait se diriger vers la Bourgogne et l’avait fait rencontrer Judas. Prénom qui avait agi comme un signe du destin.
Une fois installé au petit Bolchen, il avait écrit à la dite rousse, une certaine Shirine, quel dommage, Zoé était bien plus joli.
Le géant s’était d’ailleurs retrouvé désarmé devant ce vélin vierge. Quoi lui dire ? Et si ce n’est pas elle ? Sept années à la rechercher et à présent les mots lui échappent. Devait-il marquer son nom de famille ? S’en souviendrait-elle ? Viendrait-elle s’il l’invitait ? Lui qui avait toujours les mots pour répliquer, pour argumenter, pour entourlouper… ici aucun d’eux ne voulaient sortir.

Un instant sa fierté en fut heurtée. Un instant, il envoya, encre, vélin et plume à l’autre bout de la pièce dans un cri de rage avant d’observer, essoufflé, les dessins aléatoires et sinueux du liquide sombre sur le sol.
Elle l’énervait à nouveau. Ce sang inconnu jouait avec lui de l’intérieur. Parvenait à abattre l’assurance et la ruse du Lisreux sans même être présente. Peut-être devait-il la tuer finalement. Peut-être devait-il la noyer comme on aurait- dû le faire à sa naissance, telle une portée de chatons trop encombrante pour vivre.
Et certainement, lorsqu’il l’aura tuée, la culpabilité s’en ira avec !

« Madre mia… estoy loco. »*

Cette simple pensée fit s’évanouir la tension de tout son corps. Et la carrure du géant reprit cette attitude nonchalante et décontractée qu’il arborait tous les jours.
Ayant récupéré un nouveau pot d’encre et son vélin, sa plume se mit à crisser pour noter une courte missive.




De Moran Lisreux
A Shirine

Bonjour,

J’ose penser que mon nom de famille te dira quelque chose.
J’ose croire que le nom de Zoé t’en dira plus encore.
J’ose espérer que tu connais l’existence de ton frère.

Si ces trois points sont exacts, j’aimerais te rencontrer. Viens à moi Zoé, je suis en Bourgogne au domaine du petit Bolchen. Nous devons nous voir. Nous devons nous parler.
Si tu as le tempérament que l’on m’a décrit, je ne pense pas devoir m’inquiéter. Tu viendras.

Alors à très vite, petite sœur.

Moran


Si une pincée de cruauté persistait c’était pour se venger de ce poison qu’elle avait réussi à insérer en lui alors même qu’elle n’était qu’un nourrisson. Maudit soit-elle. Et si elle était trop lâche pour venir, peut-être cette culpabilité s’en irait-elle, la preuve étant faite qu’elle n’en valait pas la peine.

La lettre fut confiée au coursier.
Voilà de quoi revigorer notre boiteux dont tout à coup, l’ennui ne semblait plus aussi oppressant.
Des frissons d’excitation courant sous a peau, l’ibère s’empressa de rejoindre sa chambre où travaillait Anne, jeune domestique dont il s’occupait personnellement quand il devait chasser sa tension.
En moins de deux, elle fut départie de son chiffon, tout comme de ses vêtements.


Anne, va t’allonger dépêche-toi

Furent les dernières paroles du Lisreux fébrile. La servante allait payer pour l’arrogance de sa sœur.

*Ma mère ! Je suis fou
_________________
Shirine
~ Le Lisreux, ou l'impardonné ~


[Genève]

Le coursier frappe à la porte un matin. Tôt. Trop tôt pour être bien accueilli. Et en plus, cette nuit là, la rousse a dormi seule.
Avec rage elle repousse les couvertures pour se lever et ouvrir la porte sur celui qui trouble son sommeil et sa solitude. Elle lui lance un regard noir avant que ce dernier ne tombe sur le vélin tendu. Elle le prend et referme la porte nonchalamment. Des courriers, elle avait eu l'habitude d'en recevoir d'un borgne qui s'était acharné à vouloir garder son amitié, avant de renoncer devant les reproches constants de Shirine, qui avait tendance à préférer étaler les défauts des gens qui comptaient plutôt que de leur dire "je t'aime". Sur le moment, elle espère que la lettre vient de lui, un dernier espoir...

Elle la déplie, un peu fébrile, les yeux encore gonflés de sommeil.

A la première ligne, son sang ne fait qu'un tour. Estomaquée, elle se fige quelques secondes puis s'assoit, tremblante.

Comment... ?

Ses émeraudes parcourent le mot succinct. Puis un rire nerveux s'élève dans la pièce. Sa main droite se crispe sur le parchemin, tandis que la gauche, fermée en poing, s'abat violemment sur la table en bois. Elle hurle, se lève et froisse les mots de son frère. Les jettes au sol, les écrase du pied comme elle aimerait le faire avec lui.
Le souvenir de ses cauchemars resurgit. Ces nuits horribles emplies de sang, et d'angoisse. L'image d'un géant qui ouvre la porte et la plaque au mur en lui assurant qu'il la traque.

Elle était plus ou moins consciente qu'il la cherchait. Certains l'avaient prévenue, à demi mot, qu'un homme la surveillait. En sortant du couvent, elle avait changé de nom, avait quitté le Royaume de France pour la Confédération Helvétique et avait rejoins le Lion de Juda, espérant que tous ses efforts seraient suffisants pour que jamais Moran ne puisse faire de ses cauchemars une réalité.

Si Shirine n'était pas impulsive, elle aurait jeté le vélin dans la cheminée et aurait fait la morte. Elle aurait quitté quelques temps Genève, au cas ou le Lisreux aurait eu envie de venir la chercher, et serait revenue alors qu'il aurait décidé d'abandonner.

Si elle n'était pas impulsive... Mais c'est bien là son plus gros défaut. Et son cher frère l'a compris sans jamais l'avoir rencontrée.

Tremblante, elle monte dans sa chambre et s'habille avant de préparer son baluchon. Y jette quelques affaires de rechange, une plume, un peu d'encre et des vélins puis redescend pour ajouter des vivres. Elle connaît bien la Bourgogne. Premier terrain de jeu du Lion. Et si Moran ne lui indique que le nom d'un domaine, c'est qu'elle n'aura pas de mal à le trouver... Elle ramasse le mot froissé pour l'ajouter au reste de ses affaires de voyage.

La grosse clef argentée tourne dans la serrure et la rousse descend le chemin vers le centre de Genève. Sa demeure confiée à une amie chère et quelques adieux plus tard, doublés d'une promesse d'écrire au moins tous les trois jours... Shirine prend le chemin de la Bourgogne.

    Tu vas payer... Grand frère...




[Bourgogne]

La rousse prend soin d'éviter les villes. Elle a quitté le Lion de Juda trop récemment pour que ses actes se soient effacés des mémoires et des papiers.
Elle s'étonne que le domaine du petit Bolchen soit si connu. A croire que le Très Haut souhaite absolument qu'elle se confronte à son passé. Aucun obstacle ne croise sa route. Pas d'armée, pas de brigand...

Et un château pour destination...

Shirine grimace en l'apercevant au loin. Pendant le voyage, elle a tourné dans tous les sens la scène de la rencontre. Elle avait imaginé une petite demeure, un peu isolée, où il aurait été seul et où elle aurait pu lui faire son affaire et s'en retourner sans en être inquiétée...
Elle s'arrête un instant pour réfléchir, avant d'arriver trop près. Elle le hait d'avoir été si malin. Il savait qu'impulsive, elle se précipiterait à lui. Il savait qu'elle serait partie sans réfléchir et qu'une fois sur place, même devant la difficulté, elle n'aurait pas fait demi tour. Il savait qu'elle allait se jeter dans la gueule du loup, il savait que son animosité lui permettait de la manipuler.

Elle ferme un instant les yeux pour respirer profondément. Le vent souffle dans ses cheveux.

Elle serre les dents et se remet à marcher. Un peu avant d'arriver à la porte, elle s'arrête à un arbre. Elle dégrafe sa cape de voyage, la fourre dans son balluchon qu'elle cache dans les branches, entre les feuilles. Elle préfère ne pas s'encombrer et pouvoir récupérer ses affaires si jamais elle doit fuir précipitamment. Elle se baisse, sort le poignard caché dans sa botte et le glisse dans sa manche droite, la lame dans la main.

Devant la porte, elle lève les yeux et observe les alentours. Prend une profonde inspiration et joue du heurtoir...

_________________
Moran
Quelques temps plus tard...

Toc.. toc..

Des sons brefs mais qui imposent qu'on y réponde. Le Lisreux lui, jouait une partie de cartes contre l'un des gardes, lorsque ces coups se font entendre.
Les sourcils se froncent, signe de nervosité chez le géant.


Attendions nous quelqu'un ?

Bref regard vers les hommes présents qui confirment son doute d'une négation de la tête.
Qui avait pu passer la grille ainsi ? Il fallait vraiment que Moran donne une petite correction à ses hommes, qui avec l'absence du maître et l'oubli des dangers, commençaient à se laisser un peu trop aller.

Soupir. L'épée posée sur la petite table basse est récupérée d'une main alors qu'il se dirige à grande enjambée vers la porte d'entrée, suivi de près par deux de ses hommes.
Devant le battant de bois, une hésitation. Il est toujours difficile d'ouvrir une porte lorsque cet acte peut vous valoir un coup de lame en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
Néanmoins, l'ibère ne va pas rester planqué là derrière et se décide à poser sa main sur la poignet qu'il enclenche et tire vers lui.

Là dans l'encadrement de la porte, les informations remontent bien plus lentement à son cerveau.
D'abord, il pense "c'est une vagabonde".
Puis "elle est rousse en plus".
Enfin "c'est elle".

Alors que ses idées suivent leur cour, les sourcils se haussent légèrement et c'est d'une voix rauque qu'il ordonne aux deux hommes :


Laissez-nous, allez à la grille et que personne ne nous dérange.

Sans la quitter des yeux, il sent les gardes contourner Shirine dont il observe chaque trait.
Le silence lourd qu'elle se refuse à rompre, pèse ainsi durant ce qu'il semble une éternité, et ils se jaugent ainsi longuement.

L'ibère lui même ressent différentes émotions, qu'il espère cacher derrière un masque d'impassibilité et d'arrogance. L'admiration pour la beauté de sa soeur avait laissé place à une certaine colère devant son air si fier et indifférent. D'un pas, il se recula en lui laissant la place pour entrer.

Entre Zoé.

Jamais il ne l’appellerait Shirine. L'étrangère devant lui ne lui ressemblait pas physiquement, mais il pouvait d'ors et déjà retrouver les traits de sa mère en elle. Cette chevelure, elle sortait d'on ne sait où, mais appuyait certainement son caractère qu'on lui avait décrit comme un tempérament de feu. Tout comme ses cheveux à lui révélaient son côté sombre.

Ne sachant si elle hésitait ou se plaisait à le faire attendre, il se décida à rajouter -son accent revenant sous la tension qui l'animait -


Zoé, tou n'a pas fait ce chemin pourr rien. Jé ne vais pas te touer.. pas pourr l'instant.

Peut-être saisirait-elle l'humour de sa dernière phrase... peut-être pas.
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Shirine
Elle frappe à la porte. Bordel, elle est en train de frapper à la porte de son frère qu'elle n'a jamais connu, et qu'elle a plus que tout envie de tuer ! Elle voudrait défoncer le battant et aller égorger le Lisreux pour effacer le sourire satisfait qu'elle imagine naître sur son visage lorsqu'il la verra. Mais elle reste immobile, les bras le long du corps. Elle baisse un instant les yeux sur la main droite. La manche de sa chemise noire est volontairement bien descendue. La pointe du poignard repose sur la phalange repliée de son index et les autres doigts entourent la lame pour la cacher. Elle essaye de faire adopter la même attitude à sa main gauche, pour ne pas éveiller les soupçons.

Le loquet retentit et la porte s'ouvre. Le coeur de Shirine s'accélère soudainement et son regard de jade se pose sur le géant qui lui fait face. Sa senestre se crispe légèrement. Il lui fait penser à Thorvald, exactement le genre d'homme qui lui fait beaucoup d'effet. Très grand, sombre, ténébreux, à l'assurance visible.
Elle le détaille discrètement.


Laissez-nous, allez à la grille et que personne ne nous dérange.

    Bon sang, c'est lui !


Cette fois, c'est tout son corps qui se crispe. Elle retient ses yeux de s'agrandir de stupeur et essaye de garder son calme, sa détermination. Son regard est encore plus insistant. Elle s'attarde sur son visage, ses traits, ses yeux, sa mâchoire, ses cheveux, sa carrure... C'est donc lui son frère ? Son sang ? Son passé ? Celui qui, mine de rien, l'a façonnée en la rejetant.

Les gardes disparaissent dans son dos. Elle se tient prête à les arrêter si jamais...


Entre Zoé.

Un profond dégoût l'envahit lorsque ce nom lui arrive aux oreilles. Souvenirs d'un couvent, de soeurs détestables et rabaissantes.
Son regard s'enflamme et sa lèvre se retrousse imperceptiblement. Elle voudrait que Zoé n'ait jamais existé...


Zoé, tou n'a pas fait ce chemin pourr rien. Jé ne vais pas te touer.. pas pourr l'instant.

    Non, c'est moi qui le ferais...


Encore quelques secondes d'hésitation, puis la rousse avance doucement. Droite comme un i pour passer le palier. A priori ils seront seuls. Il a demandé aux gardes que personne ne les dérange. Ce sera sa chance. S'il avait voulu la tuer, il ne lui aurait pas demandé de venir.

Elle le dépasse sans lui adresser un regard. Sa main droite se referme un peu plus sur la lame tandis qu'elle entend la porte se refermer. Elle se retourne, préférant éviter les mauvaises surprises, puis le jauge.


Je devine donc que tu es Moran.

    Va droit à ton but, j'irais droit au mien.

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Moran
Elle entre enfin.. Sa soeur, son sang, celle qu'il a banni de sa vie et a cherché durant presque toutes les années de son exil familial. Elle est là, devant lui, alors qu'il referme la porte sans se presser, refusant de montrer l'impatience qui l'avait animé.

Il s’apprêtait à parler lorsqu'enfin, sa voix s'élève. Sa remarque le déstabilise même par son côté si banal. A quoi s'était-il attendu ? Qu'elle vienne pleurer dans ses bras en murmurant son nom ? Qu'elle l'insulte, de tous les noms possibles en lui lançant des choses à la figure ? Peut-être. Tout mais pas ça, pas ces paroles si distantes et étrangères qui une nouvelle fois ravivèrent une vague de colère.
Comment osait-elle parler ainsi ! Comment pouvait-elle être si froide. Elle devait éprouver quelque chose.. de la haine ou de l'amour ou les deux mais pas ce total désintéressement.
Encore une fois l'ego du géant subissait un coup dur alors même qu'elle n'avait prononcé qu'une seule phrase.

Dieu que la culpabilité est violente, lorsqu'elle passe la plus grande partie de votre vie à vous ronger de l'intérieur, avec une finesse et perversité qui vous font perdre une partie de votre âme.

En quelques pas, il se retrouve devant elle. Quelques autres de plus et elle est plaquée au mur.

Sa voix rauque se fait entendre comme un murmure menaçant.


Bien sûr que c'est moi Zoé mais à quoi joues-tu ? Quelle est cette impassibilité que je lis sur ton visage alors que je t'ai cherché presque toute ma vie durant. Comment oses-tu venir si c'est pour me faire la conversation comme tu la ferais au boulanger du coin ? Ai-je eu tort de te retrouver ? As-tu perdu ton coeur avec ces foutus lions que tu accompagnais ? Les soeurs ne t-ont-elles rien appris ?

Essoufflé, il l'est, pour lui avoir craché toutes ces questions à la figure. Il n'attend pas spécialement de réponse. Il la voulait. Il l'a voulu durant toute sa vie près de lui. Depuis que son caprice d'enfant gâté lui était passé, chaque rousse rencontrée eut l'effet d'un poignard qu'on enfonçait régulièrement dans son corps. Elle est devenue son obsession, la seule pensée à faire perdre son calme au géant ibère. La seule lueur de folie pouvant lui animer ses onyx sereins.
Non elle ne s'en sortirait pas avec un simple " Je devine donc que tu es Moran. "

Il parvient à se calmer néanmoins. Le boiteux ne peut détacher son regard des yeux inquisiteurs de sa cadette. Il se recule, d'un pas, assez pour qu'elle puisse parler sans être étouffée, pas assez pour qu'elle ait l'impression de pouvoir bouger librement.


Tu es perspicaces Zoé, mais dis-moi ce qui t'a fait venir à moi et ne tournons pas autour du pot. Je te dirai, si tu es assez curieuse, pourquoi je t'ai écrit.

Il était calme de nouveau. Comme si l'acte violent commis contre elle n'avait pas eu lieu. Comme si cet instant de folie pouvait être effacé par de simples paroles courtoises.

Il l’avait éloignée en pensant qu’elle serait la faiblesse de la famille. Ce geste fit en sorte qu’elle devienne SA faiblesse à lui tout seul. Elle était devenue sa quête, son graal. Il était persuadé qu’en la retrouvant il serait puissant entièrement, sans plus aucune faille puisqu’elle aura été comblée. Plus que l’amour fraternel, elle était ce qui comblerait l’abysse tout comme il avait été pour elle celui qui l’avait creusé. Persuadé qu’ils se complèteraient, qu’elle était à lui, son sang, sa chair.
La pire folie est celle qui se cache dans les corps calmes et avenants. Par ce fait, Moran était plus que dangereux à ce moment précis.

La main se tend, comme pour lui caresser la joue.


Tu m’as tellement manqué…
_________________
Shirine
Surprise, elle se retrouve dos au mur, dans un petit cri qu'elle n'a pas pu retenir. Une demi seconde à fermer les yeux et son cauchemar répétitif s'impose à elle : "plaquée contre un mur et à moitié étranglée. Une ombre lui fait face, un géant aux cheveux longs." L'angoisse l'envahit, elle se met à suffoquer de terreur. Lui qui avait la main mise sur son subconscient, l'a désormais aussi sur le conscient. Elle le voit vainqueur et se voit vaincue...

Ses mains se plaquent contre le mur de pierre froide. Elle a faillit en lâcher son arme, mais une once de lucidité lui fait serrer la main droite plus fortement autour de la lame.
Alors qu'elle sent la force de Moran la retenir prisonnière, elle émet un gémissement en détournant la tête. Quand il ouvre la bouche, ses yeux se lèvent dans les siens. Terrifiés. Elle ne peut rester impassible face à ce qui l'a terrorisé toute sa vie. Elle sent son souffle sur son visage.

Au fur et à mesure des paroles, le regard de Shirine s'assombrit. Elle boit les mots et s'en délecterait presque si l'angoisse ne l'enveloppait pas si fort. Elle a l'impression d'être redevenue petite fille démunie face à ses démons. Lui a passé sa vie obsédé à l'idée de la retrouver, tandis qu'elle s'évertuait à le fuir. Elle en savait assez sur lui pour le haïr. Les soeurs n'avaient pas cherché à lui cacher l'identité de ses parents lorsqu'elle s'était mise à poser des questions. L'une d'elles, un peu plus indiscrète que les autres, lui avait même avoué l'existance de son frère et l'importance qu'il avait eu dans la décision de son enfermement. Depuis cette confidence, la rousse n'avait eu de cesse d'être hantée de cauchemars. Parfois même d'insomnies. Il lui arrivait souvent de rester assise sur sa couche, recroquevillée, les yeux grands ouverts dans le noir à surveiller que ce monstre de frangin ne surgisse pas de la malle à vêtements.

« Les monstres sont en principe
Hideux, horribles, très vilains
Pour qu'on puisse les reconnaître
Ils n'ont rien d'humain

C'est ce qu'on raconte
Pour rassurer les enfants
Mais les ogres de leurs contes
Ressemblent à leurs parents * »

Et son monstre à elle est trop séduisant. Mais la vie lui a appris à se méfier davantage de ce genre d'hommes, plutôt que des bossus et des laids. Le charme est une arme redoutable. Elle en sait quelque chose...

Il se tait puis s'éloigne un peu pour la laisser respirer. Les genoux de la rousse tremblent et sont un peu fléchis, mais elle tient bon et reste debout. Ne le lâchant pas du regard. Sa main droite se referme un peu plus encore sur le poignard, lui ouvrant un peu les chaires. Elle ne s'en rend pas compte. La peur a engourdi ses membres et prend le pas sur sa douleur. Elle sonde le regard de Moran

    Mon coeur, oui, je l'ai perdu. C'est toi qui me l'a ôté.


Et si Shirine se voyait si souvent reprocher par ses amants de ne pas vouloir s'attacher, ni de leur laisser une chance de faire plus qu'un simple passage dans son lit, ce n'était pas par hasard. L'abandon était bien la pire des blessures. Et la sienne était encore ouverte.


Tu es perspicaces Zoé, mais dis-moi ce qui t'a fait venir à moi et ne tournons pas autour du pot. Je te dirai, si tu es assez curieuse, pourquoi je t'ai écrit.

Elle est toujours collée au mur, dans sa position de terreur. Épinglée tel un papillon décoratif. Elle est encore plus terrorisée par sa capacité à passer de la colère à la maîtrise de lui même. Elle est encore plus en danger avec lui qu'elle ne se l'était imaginée. Pourquoi est-elle venue ?

Et lorsque la main se tend, elle détourne la tête dans une grimace de dégoût.


Tu m’as tellement manqué…

Comment peut-il dire cela ? Est-ce une manœuvre de manipulation pour l'attendrir ? Pour elle il est un inconnu. Le x de ses équations, et elle n'a pas encore calculé sa valeur...
Elle se retient de lui cracher un "ne me touche pas". A la place, elle essaye de se redresser, de retrouver son assurance, et de lui faire bien mal avec ces mots...


Mais je suis venue te montrer ce que tu as fait de moi, Moran. Tu as devant toi une brigande, hérétique, femme de petite vertue, ignoble rousse marquée au fer rouge...

Elle se redresse encore davantage, jusqu'à le toiser de toute sa hauteur, un rictus moqueur apparaît sur ses lèvres, et le défi dans ses yeux.

    Si je dois crever pour ces mots, je m'en tape. J'aurais eu le plaisir de te les balancer.


Alors ? Es-tu fier de ce que tu as devant toi ?


*Différents, de Bénabar.

_________________
Moran
« Ange : La femme qu'on rêve. Démon : La femme qu'on a.» de Adrien Decourcelle


Si je vous racontais l'idée que Moran se faisait de ces retrouvailles, il n'y aurait pas de mot pour expliquer l'écart qu'il y a entre ses rêves et la réalité.
Là devant lui, une étrangère. Une enfant, non, une jeune femme, à la chevelure flamboyante, au regard hostile qui le toise, le rabaisse et le tasse, aussi grand soit-il.
Là devant lui, sa soeur, une belle femme, déterminée, qui a réussi à survivre malgré son abandon, avec la force qu'acquièrent les victimes. Soit tu manges soit tu te fais manger. Il connaissait la chanson.

Il aurait voulu des larmes, des embrassades, de la joie. Il n'était pas méchant dans le fond. Depuis le malheureux incident il était devenu un homme plutôt bon vivant, bien que trempé de temps à autres dans quelques magouilles pour épicer sa vie.

Les mots qui s'échappent de ces lèvres roses et pleines, veulent se faire venin, mais ils sont loin d'heurter le boiteux comme elle aurait souhaité le faire.


Oh que oui Zoé, je suis fier de ce que j'ai devant moi. Comme toutes ces jeunes filles qui deviennent femmes tu n'as pas encore conscience de ce que tu es. Mais, même en ne te connaissant pas je peux mesurer ta force et ton courage. Ta beauté et ta détermination. Ta fougue et ton impulsivité.
Grâce à Dieu, tu n'es ni fragile, ni malade ; tu n'es pas folle, ni idiote.
Je ne suis pas parfait, j'ai brigandé, ma vertu n'est pas mieux gardée. Seul ton manque de foi me chagrine, mais nous y remédierons je ne m'en inquiète pas.


Les onyx scrutent les jades furieuses et le Lisreux laisse échapper un sourire.

J'aime bien te voir en colère, ce sentiment n'est pas mauvais, il prouve que tu ressens, que tout n'est pas totalement perdu. La haine se soigne, pas l'indifférence.
La vérité Zoé... Shirine, ou qui que tu sois. C'est que tu m'aimes. Tu veux reporter tout ce que tu es devenue sur moi alors que je n'ai jamais été là pour te pousser à ça. Crois-tu que vivre avec moi aurait sauvé ta vertu ? T'aurais rendue plus croyante ? Moins malfamée ? Préférerais-tu vraiment vivre dans une petite chaumière avec un gentil mari pour une vie monotone et pleine de mioches à nourrir ? C'est donc ce qui te rend si haineuse ?
A moins que de voir que je ne ressemble pas au monstre que tu avais imaginé, te frustre encore plus ?
Dis moi Zoé, quelle est la bonne réponse? Celle qui est la plus douce à tes oreilles plutôt que la plus vraisemblable ?


A son tour d'afficher une expression suffisante, presque dédaigneuse.

L'ibère était sûr de lui. L'arrogance- son pire défaut- l'aveuglant entièrement. Il était inenvisageable qu'elle ne l'aime pas comme lui l'aimait.
Etait-ce de l'amour ? Ou juste un sentiment résultant de son obsession ? Qui sait, mais à ses yeux, il ne pouvait imaginer que ce ne soit pas réciproque.

Elle l'aimait, toutes les femmes l'aimaient. Ses amantes, sa mère... et sa soeur aussi !
De nouveau cette colère, qui parcoure son corps de géant. Ce jonglage entre ses émotions agacent l'homme, le mâle, la force qu'il doit représenter.

Le rictus dessiné sur les lèvres de Shirine a raison de lui, de son calme et à nouveau il agit. Il ne pense, plus, débordé, de nouveau le masque cède.

D'un revers de la main la joue est claquée.
La seconde suivante il la caresse.
Et un murmure s'échappe, dans un gémissement.


No me hagas sufrir... hermana. *

*Ne me fais pas souffrir...ma soeur

_________________
Shirine
Elle le regarde, sourire en coin. Guette sa réaction, les mimiques de son visage, ce qu'il se passe dans ses yeux... Elle espère le mettre en colère. Elle aime être effrontée et provocante, et son dégoût lui dicte de lui cracher son cynisme au visage. Elle était loin d'incarner la femme parfaite et propre sur elle. La femme douce, relevée d'un soupçon de caractère qui assurerait à son époux de ne pas s'ennuyer avec elle. La femme capable de cesser ses escapades sportives lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte. Capable de garder son bébé et ne pas le tuer de sa propre inconscience...

Son sourire goguenard s'efface au fur et à mesure des paroles de Moran.

Nombreuses sont celles qui rêvent d'avoir un grand frère aimant et protecteur. Elle avait toujours rêvé de ne jamais en avoir. Et surtout pas celui là. Elle aurait pu accepter un frère qu'elle aurait choisi et encore, Shirine préfère être seule pour ne pas avoir à rendre de comptes, ni justifier de ses actes à qui que ce soit.
Et ce fantôme qui revenait des Enfers pour la tourmenter davantage... Qu'entend-il par "nous y remédierons je ne m'en inquiète pas." ? Espère-t-il qu'elle va rester à ses côtés ? Croit-il que parce qu'ils ont le même sang elle veut forcément être avec lui ?

Et ce sourire qu'elle veut arracher de ses ongles...

Shirine frissonne. Est-il en train de dire qu'il lui a évité une vie ennuyeuse ? Est-il en train de s'en féliciter ?
La colère monte... Comme le verre qui se rempli... Doucement... Son coeur s'accélère, sa respiration aussi, trahis par les mouvements de son buste qui s'abaisse et se soulève de plus en plus visiblement. Elle serre les dents. Elle veut le tuer, juste le tuer pour qu'il se taise, qu'il la ferme, et cesse de la torturer...

    Pourquoi suis-je venue ? Pour...


La gifle interrompt ses pensées. Une piqûre brûlante. Une honte ultime. Il a osé pousser leurs parents à l'abandonner, il l'empêche de dormir en étant l'acteur de ses cauchemars, est le pilier de ses angoisses les plus profondes... Il est son bourreau psychologique et en plus voudrait devenir son bourreau physique ? Pour mieux la caresser ensuite ?

C'en est trop pour Shirine. Elle laisse glisser le poignard pour en attraper le manche, et dans un cri de rage, lève le bras pour frapper. Aveuglée par la colère, son coup va un peu au hasard. Sa main est serrée jusqu'à en faire blanchir ses phalanges et elle sent la lame heurter la peau du Lisreux. Elle y met plus de force, et le poignard s'enfonce dans le haut du bras gauche.
Puis elle tente de récupérer son arme, mais tremblante, dans la confusion, elle la lâche.

La rousse ne voit que Moran. Et son objectif : le rayer de son existence, à tout jamais. Alors ses mains fines se rejoignent sur la gorge de son frère et elle serre... Et serre encore...


SALE FILS DE CHIEN ! JE TE HAIS ! CREVE !
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Moran
Plus que la surprise, c’est la stupeur qui envahit les traits du brun lorsque la lame, apparue soudainement, vient se planter dans son bras. C’est l’étonnement qui l’empêche de sentir immédiatement la douleur qui le prend à revers envoyant une onde sournoise à travers son corps, depuis la blessure.

Idiot, il n’était qu’un imbécile. Il n’avait pas pensé à la fouiller, n’imaginant pas une seconde qu’elle puisse venir jusque-là pour tenter de le réduire au silence. Ce n’est qu’en entendant son propre gémissement de souffrance qu’il comprend, qu’il ouvre les yeux sur le mal qu’il a fait et jusqu’où il a maltraité la jeune femme qui lui fait face.
Non en réalité elle fait bien plus que ça, il sent des mains tendues de rage se refermer sur son cou, mais sa haute stature l’avantage, bien qu’il mette un certain temps à réagir, cette foutue lame fichée dans sa chair, le rendant un peu plus lent à la détente.

Avec un grognement sourd, il accuse le coup de ses hurlements, et la vue de la rousse au regard fou furieux le fait douter un instant quant à sa santé mentale. Mais il commence à suffoquer et ses mains s’agrippent soudainement aux bras de son bourreau. D’un geste violent l’ibère propulse sa sœur contre le mur la regardant frapper la pierre sans même ressentir une once de pitié.


Garce ! Vipère tu n’es venue ici que pour assouvir ta vengeance ?!

Moran s’avance vers elle, son poing fermé de fureur s’abattant sur la mâchoire féminine.

Déjà, le liquide carmin souillait sa chemise se fondant dans le pourpre du tissu soyeux. Le poignard est retiré de sa prison de chair pour qu’il puisse le glisser sous la gorge de sa cadette.


Si quieres sangre, me voy a darte lo que quieres. *

Je te jure Zoé, personne encore ne m’a fait saigner sans en verser le triple de son propre corps. Tu as raté ton coup, ce fut ta plus grosse erreur.


A présent, nul n’aurait pu dire qui était le plus fou des deux. L’une rongée par une vie de crainte et d’abandon, l’autre torturé par une culpabilité croissante et une haine pour ce lien fraternel transcendant.
Les doigts d’une main viennent tirer la chevelure de feu en arrière tandis que la lame tâchée de son propre sang se plaque contre la peau pâle, accentuant le contraste et la menace de ses dires.


Sois sage Zoé, et tu resteras en vie. Tu n’es pas assez lâche pour vouloir mourir si tôt. Sois sage cariña** et j’épargnerai peut-être ton visage.

L’objet de plusieurs années de recherche, sous ses mains. La douleur lancinante de son bras. La souffrance de la trahison de son sang. Autant d’éléments qui font perdre la boule, même à un homme aussi serein et calme que le Lisreux.
Plus mister hyde que docteur jekyll à cet instant, il glisse la lame le long de son cou, la caressant de la pointe. La chemise est arrachée. Aucune intention lubrique, l’objectif est bien plus pervers que ça.


Zoé, Zoé...Zoé je vais t’apprendre quelque chose sur moi. Après tout, tu es ma sœur, il faut bien que tu connaisses mes goûts !

Le ton se fait doux et enjoué, alors que les gestes ne s’y accordent pas. Son prénom est répété inlassablement comme pour se convaincre qu'elle est bien là, qu'elle a bien voulu le tuer, qu'il doit bien faire ce qu'il s'apprête à faire... L’arme continue de se faufiler sur le corps en parti dénudé de Shirine et se glisse sous le galbe du sein gauche.
Là où les pulsations de rage sont les plus perceptibles sous la peau claire. Là où nait toute vie et toute mort. C’est là, qu’il voulait frapper.


J’aime l’art.. je travaille dans un atelier pour le plaisir.. et à force de côtoyer les artistes, j’ai moi-même acquis quelques… savoirs-faire.. Attends un peu et tu verras, tu vas adorer.

Tout en parlant, la peau est légèrement entaillée et la pointe s’y glisse pour y faire sa place. L’artiste se met à l’œuvre, appuyant un peu plus lorsqu’elle tente de le repousser, menaçant ainsi de la transpercer pour de bon. Les cheveux sont tirés si fort sous la concentration qu’il ne remarque pas que la tête de sa petite sœur est penchée en arrière dans un angle étrange et inconfortable. Tout ce qui l’intéresse c’est le travail qu’il exerce, à même la chair, fine œuvre de gravure sur peau sur laquelle il s’applique.
L’ibère se redresse enfin, libérant le corps de sa sœur de la menace de la lame tandis qu’il relâche légèrement ses cheveux. L’arme est tenue pas très loin, bien qu’émerveillé par son dessin, la prudence reste présente. Là sous ses yeux, une rose carmine est gravée sur son cœur.


Mmmh ma plus belle réussite. Je crois que c’est parce que je t’aime.. Enfin, je me suis plus appliqué que toi, tu n’as vraiment pas d’élégance dans ta façon de blesser.

Les onyx regardent un instant le bras blessé avant de revenir à la rose rouge vif en partie cachée par les coulées carmines.
Le boiteux se rapproche, à nouveau. Sa victime/sœur/obsession/hantise –rayez la mention inutile selon votre angle de vision- attirée contre lui, qu’il serre fort. La bouche contre son oreille, quelques mots s’échappent.


Cuidado***, Zoé.. attention, ne recommence plus jamais, ou cette rose de chair fera office de cible la prochaine fois.

Il la libère, et de nouveau ses yeux montrent de l’amusement et la menace se terre une fois de plus.

Allez viens, je vais te trouver une chambre ! A présent, tu seras ma compagne de route. Judas sera certainement ravi d’une nouvelle jeune femme autour de lui. T’ai-je déjà dis combien tu es belle ?

O joyeuses retrouvailles. Le tableau serait certainement charmant si il n'y avait pas tout ce sang, si Shirine n'était pas à moitié nue, si elle ne le regardait pas comme la chose la plus monstrueuse au monde et si il n'avait pas ce couteau menaçant dans la main.
Il faut toujours que les femmes fassent tout dégénérer...


*Si c'est du sang que tu veux, je vais te donner ce que tu veux.
**Chérie
*** Attention

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Shirine
~ Impact avec le Diable ~


Le rayer de son existence, à tout jamais.
Tout est sombre autour de Moran. La rousse ne voit que son visage, ses yeux, son rictus stupéfait. Elle hurle encore comme une damnée alors que ses mains se crispent sur la peau du Lisreux.

    Dix doigts pour t’étrangler. Dix secondes pour te tuer.


Elle veut que ce soit fait, vite... Le reste n'existe pas, elle n'y pense pas. Elle n'imagine que le corps du géant à ses pieds. Comment sortir ensuite ? Sans être repérée ? Rentrer à Genève ? Reprendre une vie normale ? Comme si rien ne s'était passé ? Raconter ? Se taire... ? Elle s'en fou. Encore plus que d'habitude, elle vit l'instant présent...

Elle savait qu'elle n'aurait pas le dessus longtemps, mais espérait que l'effet de surprise soit suffisant. Non, pas assez... Elle se sent partir en arrière et sa tête heurte le mur. Elle s'écroule, sonnée. Première cloche. La seconde suit rapidement quand son frère s'en prend à sa mâchoire, et la troisième rejoint la première, lorsque, sous la violence du coup, son crâne valse à nouveau contre la pierre. Vous suivez ?
Un gout de fer envahit sa bouche. Elle voit des étoiles et ses oreilles sifflent. La voix de Moran est lointaine. Les mots montent lentement au cerveau. Sa tête molle pend lamentablement au bout de son cou. Ses mains tremblantes, qu'elle sent à peine, cherchent par terre quelque chose pour se défendre. Une arme qui traînerait, une pierre, un chandelier, un caillou... ? Un truc à balancer sur son démon.

Sa tête est relevée par son propre poignard et ses yeux remontent le long du bras qui le tient pour se figer dans ceux de "son autre". Elle se sent humiliée, une moins que rien sous son regard. Que va-t-il faire maintenant ? Maintenant qu'elle est à sa merci et qu'elle n'a plus aucune chance ?
Elle a mal à la tête, à la mâchoire, dans le bas du dos aussi... Elle se sent faible et lasse. Lasse de se battre contre lui. Elle espérait mettre un terme à ses tourments, l'avenir lui montrera qu'elle n'a fait que les empirer...

Elle ne peut empêcher des cris stridents de s'échapper d'entre ses lèvres, successivement lorsque que Moran lui tire les cheveux et lui arrache sa chemise. Par réflexe, elle veut couvrir sa poitrine de ses bras, mais la menace de la lame l'en dissuade. Elle opte pour l'immobilité. Elle a l'impression que son coeur va exploser tellement il s'affole. Elle ne le lâche pas des yeux alors qu'il parle. Mais elle l'écoute à peine, le cerveau en bouillie.

Et ses larmes coulent de concert avec son sang, alors qu'il dessine sur sa peau. Il a tout gagné. Il lui a fait plier le genou, il l'a faite saigner, et maintenant il l'a fait pleurer. Aucun homme vivant ne peut se vanter d'avoir obtenu les trois de Shirine.
Seul son frère, à la fois si proche et si éloigné d'elle, pouvait être disposé à lui faire une telle chose. Il ne fait que confirmer ce qu'il a toujours été pour elle...

Ce n'est pas tant la douleur de la lame qui dessine sa peau, que la douleur de la honte, qui lui fait mal. Elle a été marquée au fer rouge, une gravure en forme de rose est-elle plus douloureuse ?
Et elle a encore plus mal lorsqu'il la prend dans ses bras. Elle se mord la lèvre inférieure pour ne pas hurler, et un flot de larmes envahit ses joues, aussitôt absorbé par les habits du Lisreux, effaçant ainsi la marque de sa tristesse profonde.

    J'ai l'adresse du Diable, écris ou vas-y
    Dis-lui de ma part qu'avec foi je le maudis
    Dis-lui qu'on va rassembler ce qu'il a éparpillé
    Dis-lui qu'on flippe pas, dis-lui qu'on est apte
    Ses jours se réduisent et son ciel s'obscurcit
    Je croyais qu'on pouvait combattre le mal par le mal
    A croire que la raison a fait un pacte avec le Diable
    A croire que j'ai raison d'vouloir l'impact avec le Diable...*


Elle ne l'écoute plus. Elle ne l'a d'ailleurs jamais vraiment écouté depuis qu'elle a perdu le dessus sur lui. Depuis que les rôles se sont inversés. Pourtant, les mots assassins, moqueurs, son cerveau les a enregistré, comme des messages subliminaux, pour mieux les lui ressortir dans ses cauchemars.
Il l'attrape alors fortement par le bras pour l'emmener à l'étage. La rousse porte celui qu'elle a de libre (de bras !) à sa blessure toute fraîche, sous son sein, comme pour en retenir le sang, ou son coeur, auquel elle tien, mine de rien... Elle est poupée de chiffon entre les mains de son frère. Molle, sans force, elle se laisse emmener. Elle essaye de murmurer un : "Pourquoi tu me fais ça ? Qu'ai-je fait... ?", sans grand succès. Les mots franchissent à peine la commissure de ses lèvres.

Éteinte, comme morte, elle se retrouve dans une chambre. Froide et sombre. Les candélabres sont comme elle. La pièce, elle, semble n'avoir pas été utilisée depuis un moment. Elle est là, prostrée, le regard voilé, les taches de rousseur se fondent presque avec la couleur de sa peau, lorsqu'elles ne sont pas cachées par son sang. Elle fait peur à voir et frissonne, et se rappelle ainsi qu'elle est à moitié nue devant son frère.


Je... J'ai laissé mon sac dans un arbre, près de l'entrée... Je voudrais le récupérer..., murmure-t-elle sans lui adresser un regard.


*Inspiré de "Impact avec le Diable", de MC Solaar.

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