Afficher le menu
Information and comments (1)
<<   1, 2   >   >>

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Petits mots entre vénitie et bretonnie...

Mai


    Les vêtements que Kirke lui avait dégotés étaient étendus bien à plat sur sa couche. Des bottes en cuir aux lacets solides, des braies noires, une chemise assorties, un gros lainage, des gants, une cape et un magnifique tricorne. Si ces tristes vêtures auraient d’ordinaire déprimée sérieusement la Raffinée, il n’en était rien aujourd’hui. Les mains blanches attrapèrent le couvre-chef pour le poser au sommet de son crâne. «Pour sûr, cela changeait des couronnes» se dit la jeune femme en regardant son reflet dans la psyché de la chambre. Ainsi accoutré elle avait des faux airs de pirates. Elle aimait bien. De toute manière, le blond vicomte avait été intransigeant. «On ne fait pas de camping en robe froufroutante ! » Ne voulant pas lui être désagréable, Marie s’était plié de bonnes grâces au dresscode du brigandage.

    C’est ainsi qu’une pensée coupable naquit dans son esprit. Dante. L’esprit accaparé par les derniers évènements survenus dans sa vie l’avait empêché de lui écrire. Profitant du temps libres qui lui était offert, la blondine pris sa plume…



Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Cher ami,

    Sans doute serez-vous étonné de me voir coucher quelques mots à votre attention. Mais le temps a beau s’écouler paisiblement, il ne pardonne pas l’impolitesse dont j’ai fait preuve à votre égard. Je tenais à vous remercier pour les étoffes que vous m’avez vendues à Paris il y a de cela quelques temps. Les robes qui ont été confectionnée à partir de celles-ci ont rendu jalouses toutes les femmes de Bretagne. J’ai reçu bon nombres de commentaires flatteurs sur les couleurs et la douceur de vos marchandises. Je me devais de vous en faire part.

    J’avais aussi à cœur de vous témoigner ma gratitude pour une chose bien plus personnelle. Lors de votre venue sur ma terre barbare, j’ai grandement aimé converser avec vous, sachez-le. Vos paroles ont eu sur moi un effet libérateur. J’ai pris conscience qu’il me fallait prendre soin de ma personne, et profiter de la vie que le très haut m’offre chaque jour. Sachez que peu de temps après votre départ, j’ai quitté Bretagne et époux.

    Le premier pour un temps seulement. Le climat à l’Ouest étant des plus détestable à mesure que les élections grand-ducales approchent. Je pense que le spectacle des rapaces tournoyant autour du trône et de la silhouette de mon suzerain mourant vous affligerait autant que moi. Je ne comprendrai jamais, je crois, ses gens qui en quête de pouvoir en oubli jusqu’à leur humanité… Je suis déçue de mon pays.

    Pour le second, mon époux. Je l’ai laissé à ses soldats et sa quête de reconnaissance. Cela l’a toujours plus intéressé que mon humble personne je le crains. Il m’a fallu du temps pour l’admettre, mais c’est ainsi. Depuis que je suis partie avec ma sœur et nos enfants, il n’a même pas daigné prendre de leurs nouvelles. Cela prouve une fois de plus qu’il n’a cure du devenir de sa famille ou au moins de celui de ses héritiers. Son comportement est blessant et me peine.

    Mes pas m'ont, du coup, porté jusqu’en Anjou. D’abord à Angers, puis à Saumur. J’y ai retrouvé nombre d’amis de longue date, et j’apprends doucement à retrouver une vie paisible et à cicatriser de mes peines et mes regrets. Je tente aussi de nouvelle expérience ! Je pars bientôt sur un nœud mainois pour apprendre à survivre en pleine campagne. Mon cœur est empli de joie à cette idée. Si vous me faites la faveur d’une réponse, je vous raconterai volontiers mes péripéties futures.

    Portez-vous bien. Affectueusement.




    Faict à Douétum, en terres d'Anjou,
    Le 17e jour du quatrième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.




_________________
Dante.tommaso
Doucement, il se remettait doucement de cet acte inconsidéré qu’il avait eu il y avait peu, enfermant au fond de sa mémoire les quelques souvenirs qui l’encombraient encore et l’empêchaient d’avancer. Un point final à une partie de sa vie avait été mis et c’était lui-même qui l’avait décidé. Mais il était temps de continuer la route, au sens propre comme au figuré. Et ce fut dans cette Bourgogne qui lui rappelait tant de souvenirs qu’il reçut des nouvelles de la belle Bretonne qu’il n’avait pas oublié.
Un sourire naquit sur ses lèvres tandis que ses yeux parcouraient l’écriture légère et ronde de la dame. Toutefois, Dante prit le temps avant de lui répondre. Les quelques jours passés en sa compagnie sur ses terres restaient en sa mémoire comme un souvenir agréable mais par la suite, tout s’était vite envenimé dans sa piètre existence alors que lui dire… Et pourtant cette lettre se devait d’avoir une réponse.


Citation:


A vous Marie de Kermorial

Très chère amie,

Quelle surprise de voir que mon nom sillonne encore vos pensées alors que nous nous sommes séparés si rapidement lors de notre dernière rencontre. J’avoue avoir fait preuve de négligence en quittant vos terres si accueillantes en vous laissant moi aussi sans nouvelles de ma part mais je suis rassuré de constater que vous avez pris votre destin entre vos mains. J’en suis ravi Marie car rien n’est plus enviable que la liberté, rien n’est plus agréable que de sentir cette sensation que rien ne peut nous arrêter.

Ainsi donc Marquise, vous voilà libre de vos mouvements sans vous miner pour votre époux. J’en suis fort aise. Vous sembliez si éteinte lorsque nous nous sommes vu à Rennes que j’ai eu peur un instant de voir la petite flamme qui vous animait tant à Paris disparaitre de votre regard. Mais que nenni. Vous êtes là et bien vivante à en croire vos propos et c’est tant mieux !

Et vous voilà dans cette ville qui fut un temps mienne. Dommage que je n’y suis point resté. Je peux avouer sans honte que j’apprécie fortement votre compagnie. Cela n’est nullement un secret et j’envie presque ces compagnons d’autrefois que vous avez retrouvés. Peut être que cela nous sera permis un jour pour vous et moi. Je ne désespère pas de recroiser votre route Marie même si j’ai changé depuis mon départ. La vie n’a plus la même saveur pour moi mais elle est de cette longue habitude que je n’ai pas encore réussie à complètement me débarrasser pour trouver en la mort une douce compagne.

Mais nous ne parlions point de moi mais plutôt de vous. Alors vous gouter à de nouvelles joies ? La survie en campagne. Dio mio, que je voudrais être fourmi pour venir vous épiez. Ma chère marquise, faites quand même attention à vous et ne vous mettez point en danger inutilement. Qu’il vous arrive quelque chose me déplairait fortement. Vous faites partie de ces rares personnes qui me touchent sans être obligé de jouer la comédie alors de grasce Marie, prenez soin de vous où que vous soyez.

Je vais vous laisser de ma plume chère amie mais point de mes pensées. Et j’espère avoir de vos nouvelles rapidement. Contez-moi ce qu’il vous arrive, montrez-moi que le feu qui brûle en vous n’a pas fui loin de votre personne et que la vie vous rend encore plus belle que dans mon souvenir.

Avec toute ma sincérité.

Faict à Nevers,
Le vingt et unième jour du mois d'avril de l’an de grasce mille quatre cents soixante.



_________________
Mai


    La Marquise avait reçu le pli de la main d’un habile messager venu directement de Douétum… Assise contre un arbre, à l’ écart de la meute des stagiaires du brigandage, Marie décacheta la lettre de son ami avec un sourire non feint. Recevoir des nouvelles était l’un de ces petits plaisirs qui égayait le quotidien et ravissait les cœurs. C’est avec délectation qu’elle lut plusieurs fois, l’écriture masculine de l’italien. Un spectateur attentif l’aurait vu rougir aux compliments, sourire aux mots d’humour et affiché un pli soucieux au niveau du front à la lecture de certaines phrases. Marie avait toujours été sujette aux grandes émotions, c’était ainsi. Une émotive. Sans plus tarder, elle quitta son dossier de fortune pour s’emparer de sa besace en cuir - celle assortit à son tricorne - et se saisir de son nécessaire d’écriture pour lui répondre.

    Au sein d’un coffret de bois ouvragé étaient soigneusement rangé plumes, fioles d’encre, vélins, cire et armoiries. Sans doute le bien auquel elle tenait le plus. Son unique moyen de rester proche des gens trop loin. Un cadeau de Vossler, le premier homme de sa vie.



Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Très cher ami,

    Vos écrits me laissent perplexe. Pensiez-vous vraiment que je puisse vous oublier ? Il me semblait pourtant que vous n’aviez pas besoin de leçon pour comprendre la gente féminine… Sachez, cher vénitien que le meilleure moyen de conquérir une femme telle que moi est encore de s’attaquer à sa penderie. Chose que vous avez su faire avec talent. Vous avez rempli mes armoires de mille et une étoffes qui vous rendent, je le crains, indispensable à ma vie désormais. Pauvre de vous !

    A ce propos, il faudra sans doute nous revoir pour une bien plus triste commande, je le crains. Mon suzerain, le Roy de Bretagne, souffre du feu de Saint Antoine depuis quelques temps déjà, me faisant craindre le pire pour sa personne. Son testament, rédigé depuis bien longtemps, vient d’être enregistré officiellement, laissant présager une fin malheureusement imminente. J’aimerai plusieurs tenues de circonstance, noir ou blanche, simple, sans fioriture surtout. Il a fait de moi son exécutrice testamentaire et je veux pouvoir disparaitre derrière ses derniers mots et ses dernières volontés. C’était un grand homme vous savez… *rature*

    Le sujet me peine énormément je dois l’avouer. Je serais en Bretagne à cette heure, que sans doute la flamme que vous avez vue dans mes yeux se serait déjà éteinte. Heureusement, je ne le suis point. L’Anjou s’occupe de me cicatrisé doucement. Je vis désormais sur les terres de la Vicomté de Douétum, détenues par un ami pour qui j’ai la plus grande estime. C’est lui qui m’apprend à survivre en rase campagne. Je vous écris d’ailleurs du fin fond d’un champ qui borde un charmant petit chemin.

    Je pense que ma vue à cet instant vous ferait sourire. Mes robes n’ayant pas été admises pour le voyage, je me vois accoutrée de braies et de chemise. Et avec pour seule coiffure un tricorne en cuir du plus bel effet. J’ai dû voyager sur la croupe d’un cheval... Avec une jambe de chaque côté, rendez-vous compte!! Et l’on m’a appris a allumé un feu moi-même… Je vais aussi devoir dormir à la belle étoile – priez pour qu’il ne pleuve pas – et me lavé avec l’eau d’un lac qui m’a semblée bien fraiche lorsqu’on me l’a montré.

    Comme vous le constatez mes journées sont peuplées de nouvelles découvertes. Cela a beaucoup surpris mon entourage mais je crois qu’ils ont à peu près tous compris que j’avais besoin de changer de vie. Ou au moins de couper les ponts. Je ne cours pas grand risque rassurez-vous. Le vicomte veille sur ma personne, et ma sœur lui a promis la mort si je revenais avec la moindre égratignure.

    Mais j’ai bien assez disserté sur ma personne, le peu de mot que vous m’avez écrit sur vous m’inquiète, mon cher Dante. En quoi avez-vous changé ? Que vous êtes il arrivé ? Je vous en prie dites-moi tout que je comprenne cet abattement soudain alors que je vous ai connu tout en charme et convictions. Vous qui n’avez pas hésitez a coursez un gredin pour sauver mes maigres richesses. Racontez-vous je vous en prie, que je puisse, au moins, par mes mots tenté de vous réconforter.

    Je suspends ici la course de ma plume sur ce frêle vélin. Je compte sur votre personne pour me répondre au plus vite et ôté de mon esprit l’inquiétude que je nourris désormais à votre encontre, mon cher ami. Continuez d’écrire à Douétum, les gens du domaine guideront vos mots jusqu'à moi par la suite.

    Recevez milles et un baisers, et toute mon affection.


    Faict nullepart, en terres mainoise,
    Le 22e jour du quatrième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.







    Une fois que la lune eut orné la fin de sa lettre, Marie tendit le pli au valet angevin avec charge de le faire parvenir dans les plus bref délai... Ce n'est qu'ensuite qu'elle alla quémander, l'air de rien, les bras du blond vicomte pour dormir au calme avant que la nuit tombe et que le brigandage reprenne.

_________________
Dante.tommaso
Dante regardait le feu crépiter doucement dans la cheminée quand quelques coups portés sur la porte de la chambre détournèrent son attention.

- Entrez !

La voix grave du Vénitien avait retentit dans toute la pièce, prenant vie dans cette espace bien réduit en comparaison d’une maison mais les temps étant ce qu’ils étaient, Dante avait fais un choix et s’y tiendrait. Un pli lui fut tendu et il retint quelques instants le messager afin de lui donner quelques piécettes pour la peine. L’instant d’après, Dante parcourait le courrier, allongé négligemment sur son lit, un sourire aux lèvres.

- Marie… même loin de moi vous réussissez à m’apporter quelques instants de douceurs…

Dante resta là, allongé sur sa couche, paupières clauses, la lettre posée sur son torse tandis que quelques uns de ses doigts lui massaient le front évitant soigneusement cette nouvelle cicatrice qui était encore sensible. Puis il s’attela à la réponse.

Citation:


A vous Marie de Kermorial

Marie, douce amie,

Si je vous disais que chaque courrier de votre part me redonne ce sourire que j’avais perdu il n’y a peu tant je m’enfonçais dans des pensées néfastes pour mon moral, me croiriez-vous ? Et pourtant, il en est ainsi. Vos mots dansent sous mes yeux et même si je sens cette tristesse qui vous habite en évoquant votre Roy, je ne peux que vous remercier du fond du cœur de partager ainsi ces quelques instants de vie avec moi.

Marie, douce fleur de printemps, que ne donnerais-je pas pour être à vos côtés et effacer cette tristesse qui doit vous ronger. Je sais ce qu’il est de perdre un être auquel on tient plus que de raison et j’en ressens encore la douleur chaque jour. Mais il viendra le temps où le chagrin s’effacera, lentement, pour laisser la place aux souvenirs qui prendront leur place avec douceur pour mieux vous aider à supporter le monde sans lui. Quant à votre commande, vous savez que vous pourrez venir à Paris quand vous le souhaitez. Les portes de mon échoppe vous sont ouvertes à n’importe quel moment. Un mot de votre part et mes étoffes seront à votre disposition. Et si cela nous donne l’occasion de nous revoir alors j’en serais que plus ravi vous le savez bien Marie.

Alors comme cela vous portez des braies et des chemises. Mais que cela doit être seyant sur vous ma douce Marie. Je vous imagine déjà… je revois encore votre merveilleux visage et je sais déjà le sourire qui illumine vos traits sous l’amusement que vous devez ressentir. Chère Marquise, prenez-vous du plaisir dans votre nouvelle vie ? Etes-vous enfin heureuse malgré les liens sacrés du mariage qui se défont pour vous laisser libre de vos choix et de vos actions ? Et votre vicomte vous apporte-t-il tout ce dont vous avez besoin ? Pardonnez-moi ce côté inquisiteur que j’ai envers vous mon amie mais j’aime savoir ce qu’il vous arrive depuis le jour où dans cette boutique je vous ai tendu la main.

En ce qui me concerne, j’ai été victime d’un accident… Une noyade forcée dans une rivière tumultueuse et un crâne fracassé contre quelques rochers. Il m’en reste une jolie cicatrice sur mon front et quelques trous de mémoire… passagés. Mais après tout, ces souvenirs qui se sont éparpillés dans le néant devaient n’être que de moindre importance. Toutefois, je ne désespère pas de retrouver tout ceci rapidement.

Marie, vous me manquez énormément mais de savoir que vous allez bien et que votre vie prend une tournure des plus agréables alors j’en suis ravi, réellement ravi.

Prenez soin de vous mon amie et n’hésitez pas à faire appel à moi, pour tout Marie. Je serais toujours là pour vous.

Et si vous m’y autorisez alors je me permettrais de vous adresser un baiser, juste un afin de ne pas abuser de la situation mais emplit de la douceur et la tendresse que je vous porte.

Faict à Autun,
Le vingt troisième jour du mois d'avril de l’an de grasce mil quatre cents soixante.



_________________
Mai


    La nuit avait enfin porté ses fruits... Un maigre butin, mais un butin quand même. Allongé près du feu, la Marquise se reposait en contemplant cet écu doré, quand on lui tendit une lettre...

      Dante.

    Elle avait trouvé en lui un soutien insoupçonné et un confident attentif. De dix ans son aîné, les mots de l'italien étaient porteur de sagesse pour la jeune hermine. Étendue sur le flanc, Marie lue sa missive de nombreuse fois, formulant mentalement des possibilité de réponses à chacune de ses questions. Elle n'avait rien envie de lui caché. Cette franchise qu'ils entretenaient avec application l'un envers l'autre lui faisait le plus grand bien.


Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon très cher Dante,

    Je suis navrée d’apprendre votre accident. Mais qu’entendez-vous par noyade forcée ? L’on vous veut du mal? Êtes-vous en danger? Ou cela est-il arrivé ? L’angoisse ne m’étreint que davantage à la lecture de vos mots. Éclairez-moi sur le sujet que je comprenne ce qu’il s’est passé… La bonne ville d’Autun vous apporte-t-elle suffisamment sécurité et calme pour votre convalescence ? Si ce n’est pas le cas, sachez qu’en Bretagne, il existe nombre d’endroits accueillants sous ma responsabilité dont un château que l’on nomme Cucé, ou vous pourrez trouver la paix quand bon vous semblera. J’espère que les restes de votre mémoire refleuriront rapidement dans le champ de vos souvenirs. Vivre sans racines ni passé n’est point une bonne chose. Si l'affaire n’était pas si grave je me sentirai flattée que vous ne m’ayez point oublié, mon bel italien, mais l’angoisse m’émeut trop pour cela. Prenez soin de vous surtout et que dieu vous garde.

    Vos paroles sur le deuil me touchent, mon cher ami, et j’espère que l’avenir vous donnera raison. Quelle est donc cette personne qui semble tant vous manquer? Je ne vous connais pas d’entourage proche hormis ce fameux Lupino qui court à vos côtés pour sauver les demoiselles en détresse. Avez-vous de la famille ? Concernant Paris, j’y viendrais sans doute. Pour vous et vos marchandises uniquement. Mais sans m’y éternisé pour autant car ma présence en Bretagne va être mandé très bientôt, je le crains… Je vous ferai prévenir par courrier quelques jours avant, ou vous ferrais la surprise je ne sais point encore. Je verrai…

    Le plaisir n’est pas encore tout à fait présent dans cette nouvelle existence qui s’offre à moi. Comme vous le savez mon suzerain est malade... Mais de plus, ma fille a du rejoindre une cour Occitane pour y parfaire son éducation et mon fils vient de tomber malade. Il a rejoint le couvent des Ursulines ou j’ai grandi pour y être soigné par les meilleurs praticiens de la région. Je me sens du coup un peu démunie. Mais pour contre balancer tout cela, j’ai nos échanges, la présence de ma meilleure amie et de ma sœur à mes côtés, et cette semaine de «camping».

    Malgré la fraîcheur des nuits qui me chagrine un peu, la formation à la survie se déroule plutôt bien. Mon esprit est forcé de réfléchir à autre chose que mes tracas personnels et ce n’est pas plus mal… Je vous parlais dans ma précédente missive de l’eau d’un lac. Sachez qu’elle n’est pas juste fraîche, elle est glacée. Il m’a bien fallu une heure roulée en boule près du foyer pour retrouver une température convenable. Les baquets d’eau de Douetum me manquent un peu, je vous l’avoue volontiers. En plus, ma présence prolongée près du feu a imprégné mes vêtements et mes cheveux de l’odeur du feu de bois. Je me fais l’impression, d’être un porcelet tout juste prêt à être déguster. Cela amuse beaucoup le vicomte qui ne se gêne absolument pas pour me taquiner.

    Pour répondre à votre question à son sujet… Je ne sais pas moi-même ce dont j’ai besoin, alors comment lui, le pourrait-il? Nous nous connaissons depuis longtemps tous les deux. Par le passé, il a même posé genoux à terre pour me demander ma main. Il est le seul jusqu’ici à avoir souhaité s’engager avec moi sans avoir soulevé mes jupons auparavant. En cela, il tient une place de choix dans mon cœur, bien plus qu’aucun autre. Mais je me trouve dépourvu de mots pour vous contez notre relation… En venant ici, alors que je chevauchais avec lui, je lui ai demandé si nous étions un couple, il m’a répondu que si je le souhaitais se serait le cas et j’ai dit oui. Et il n’y eut aucun baiser pour sceller cet accord. Aucune cour assidue, comme l’on fait nombre d’autre avant lui. Juste un délicat baisemain et la sécurité de ses bras pour m’endormir la nuit. C’est assez déstabilisant, je vous l’avoue. Mais je me laisse porter par les évènements, si quelques choses devaient se faire entre le vicomte et moi, cela se fera naturellement. Je ne me sens plus le cœur à forcer les choses, de toute manière.

    Voilà. Il me semble que je vous ai confié l’intégralité de mes pensées et de mes ressentis, mon cher Dante. J’espère que cela ne provoquera aucune gêne chez votre personne. J’avais besoin d’en parler à quelqu’un je crois et vous étiez là. Dante Tommaso, vous m’êtes des plus précieux. Votre oreille attentive, votre gentillesse, et vos paroles emplies de sagesse et de réconfort, font que je prends un grand plaisir à entretenir cette correspondance avec vous. Vos mots m’aident beaucoup en ces temps difficiles et je voulais que vous en ayez conscience. J’apprécie votre appuie.


    Je vous embrasse. Affectueusement.



    Faict nullepart, en terres mainoise,
    Le 24e jour du quatrième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.





    Une fois l'encre absorbée, Marie glissa une fleur séchée entre le vélin replié. Un Myosotis. Fleur devenu surnom pour la jeune femme. A cause sans doute de la couleur de ses yeux.L'italien n'y verrait certainement pas tous les symboles que Marie y voyait... Mais tant pis. Ca n'avait que peu d'importance, et elle ne voulait pas mettre d'explication sur ce présent...

_________________
Dante.tommaso
Un nouveau jour s’était levé et un nouveau pli était arrivé dans la journée. Le sourire, à la fois énigmatique et chaleureux du Vénitien, faisait plaisir à voir. Il était de ces joies que l’on n’avait pas envie de dissimuler aux autres et la correspondance qu’il entretenait avec la Marquise en faisait partie. Sauf avis du contraire de la part même de la jeune femme, il n’avait rien à cacher et encore moins la douce amitié qu’il lui portait. Si certaines avaient pu éprouver de la jalousie de ces liens qui les unissaient, Dante était au-dessus de ces considérations sachant très bien ce qu’il éprouvait pour Marie.

A peine eut-il décacheté le pli que la fleur séchée s’échappa du vélin pour voleter quelques instants jusqu’à atteindre le sol sur lequel elle se posa aussi légèrement qu’une plume. D’abord surpris, Dante se pencha pour ramasser avec une infinie douceur ce présent et la tint un moment au creux de sa main. Si le bleu des pétales du Myosotis rappelait le regard que la marquise avait posé à maintes reprises sur lui, il pensa surtout à ce que l’on disait de cette fleur… Sincérité, fidélité… La fleur par excellence des êtres aimés, des amitiés qui duraient, des sentiments par delà toute considération… Pouvait-on se fier à beauté si fragile, lui prêter autant de signification n’était-il pas trop simplet ? Et le Vénitien, loin d’être un jouvenceau qui s’émouvait de tout et de n’importe quoi prit la peine de ranger le Myosotis dans un carré de soie qu’il glissa dans un petit coffret de bois. Là était rangé quelques souvenirs auquel il tenait comme à la prunelle de ses yeux, pour ne pas oublier, ne plus oublier, lui qui avait perdu certaines pensées récemment tenait depuis à conserver ce qui le touchait. Et enfin, il put prendre connaissance de la missive avec un plaisir non dissimulé.


Citation:



A vous Marie de Kermorial,

Vous mon amie très chère,

Qu’il est bon de voir que le destin tisse sa toile doucettement sans l’ombre d’un doute ou d’une ambigüité. Chaque jour j’attends avec impatience cette lettre qui me ramène à tant de souvenirs et me permet d’en créer d’autres. Chaque jour j’espère voir ce coursier qui déposera entre mes doigts vos mots, vos pensées, vos sourires et vos incertitudes parfois afin de me permettre d’y répondre à ma manière, de vous toucher à ma façon, de vous ouvrir ce cœur qui a si longtemps été fermé.

Parler de moi est une chose que je fais rarement mise à part à mon frère qui connait le moindre de mes défauts, le moindre de mes secrets, la moindre de mes qualités s’il y en a encore... Ce frère qui est mon double tout autant que mon ami, qui partage mes peines et mes souffrances mais aussi mes joies et mes bonheurs. Et aujourd’hui, il me semble trouver en vous Marie une personne capable de m’écouter tout autant que lui, d’accepter que je dépose quelques fois ce fardeau qui est bien lourd à porter…parfois… Oh soyez sans crainte mon amie, je ne vais pas non plus le faire trop souvent mais juste de savoir que vous êtes là, à mes côtés même si ce n’est que par la pensée me ravit fortement et m’aide à tenir le cap…

J’ai rarement fait confiance à une femme dans ma vie et je vous offre aujourd’hui cette place de choix Marie mon amie, à vous Marquise des terres de Bretagne qui a su me faire aimer son pays, à vous Dame de cœur qui me donne tant sans rien exiger en retour… Notre amitié prend racine sur les cendres du passé, du votre comme du mien… et nous faisant fi des autrefois pour mieux nous relever et avancer… Je crois qu’il n’y a rien de plus beau pour commencer quelque chose… L’avenir nous le dira n’est-ce pas ?

Vous savez Marie, je suis désolé de vous avoir fait craindre le pire me concernant. Si je vous ai parlé d’une noyade forcée, ne voyez là aucunement une atteinte à ma vie par autrui… Non, j’ai été assez sot pour vouloir me détruire moi-même au nom d’un amour impossible… J’ai toujours fui l’amour comme on détale devant une épidémie, pensant que ce n’était bon qu’à asservir et avilir l’être humain et pourtant, je me suis laissé prendre dans cette toile qu’on appelle sentiment, j’ai laissé parlé mon cœur et je suis devenu en l’espace de quelques temps un autre homme oubliant jusqu’à sa dignité pour la passion d’une femme… Les jeux de l’amour font mal et nous en sommes toujours les perdants… Ne me reconnaissant plus, étant devenu celui que j’exécrais, j’ai brisé les chaînes de cet amour impossible, j’ai repris ma liberté pour mieux me laisser mourir Marie… J’ai voulu quitter cette vie pour arrêter de souffrir mais il faut croire que la vie, elle, avait encore quelques leçons à me faire apprendre aussi m’a-t-elle ramené sur le rivage et m’a ordonné de continuer à avancer… Et me voilà aujourd’hui, à me reconstruire doucement, pierre après pierre, j’édifie un nouveau moi, j’essaie de changer quelques petites choses en gardant l’essence même de celui que je suis… Il n’y a que les fous ou les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Ma folie n’est pas encore assez grande pour me garder en son sein alors j’avance doucement sur le chemin qui s’ouvre à moi…

Tout comme vous mon amie, tout comme vous au côté de votre vicomte. Il semble être digne de confiance et vous apportera sans aucun doute une stabilité que vous recherchez mais Marie… pardonnez-moi d’avance mes propos mais qu’en est-il de la passion qui vous animez pour cette vie ? Vous semblez si… résignée ! Un baisemain, quelques mots pour donner son accord sur une vie commune, est-ce cela qui vous fait palpiter désormais ? Je ne dis pas qu’il nous faut nous casser les dents sur des amours impossibles à chaque fois mais la petite flamme qui fait de nous des êtres vivants où est-elle Marquise ? …

Vous êtes une passionnée mon amie, cela se sent lorsqu’on vous approche, vous vibrez de ce feu qui couve en vous mais il me semble que vous vous bridez désormais. Oh je sais, il faut du temps pour panser ses blessures, j’en sais quelque chose moi qui affiche une froideur et une moquerie certaines pour les sentiments, j’ai souffert les enfers et je continue encore à souffrir quand ma mémoire me ramène à cette nostalgie que j’enferme à double tour dans un coin de ma tête mais sans risque, la vie est triste. Vaut-elle le coup d’être vécue sans passion, sans envie, sans désir ?

Je ne suis pas meilleur qu’un autre et je ne juge pas votre vie Marie, loin de moi cette pensée. Je sais que vous n’avez pas été des plus heureuses ces derniers temps mais ne perdez pas de vue vos besoins et surtout vos sentiments, ceux que vous cachez au fond de vous pour vous donner un semblant de vie… un jour ils réclameront leur du alors faites attention à vous afin de ne pas vous détruire, pensez à vous mon amie, rien qu’à vous !

Oh Marie, je me relie et j’hésite à vous envoyer ce courrier. J’ai laissé parler mon cœur, je me suis ouvert à vous mais je ne veux pas devenir un fardeau, que vous me considériez avec différence maintenant que le voile est levé sur un moment de ma vie… Si mes propos vous gênent d’une quelconque manière, je saurais me taire désormais. Notre amitié est une fleur que je chéris bien trop pour la voir terrasser par ma bêtise ou mes confidences. Je ne vous demande qu’une promesse, celle de toujours me dire si je suis allé trop loin… Vous êtes trop importance à mes yeux pour que j’ose vous offenser d’une quelconque manière.

Mon amie, il est temps pour moi de poser cette plume qui me ramène à vous à chaque fois qu’elle le peut. Je pense en avoir assez dit pour aujourd’hui et je me dois de me fermer à nouveau, pour me préserver et vous préserver. Il est parfois difficile de se confier comme il est tout aussi malaisé de recevoir les confidences d’autrui. Mais vous ne quittez pas mes pensées cher Myosotis et lorsque je regarde l’horizon, j’aperçois un sourire se dessiner au loin et je sais que vous êtes là, quelque part et l’espoir de vous revoir bientôt renait.

Avec toute ma sincérité et mon attachement.

Faict à Autun,
Le vingt cinquième jour du mois d'avril de l’an de grasce mil quatre cents soixante.



Dante se lut et se relut encore. Peur de ces confidences, peur surtout de perdre une amie très chère mais finalement il laissa ce courrier s'échapper vers sa destinée. La vie était ainsi faite de risques pris. Et il assumait toujours ce qu'il faisait !
_________________
Mai


    Alors que le stage de survie en rase campagne touchait bientôt à sa fin, une lettre italienne fut livré arrachant un sourire à la bretonne puante et frigorifiée qu'elle était devenue. Alors que les cendres étaient ensevelies et les chevaux scellés de nouveau, Marie s'éloigna du groupe avec son coffret en bois afin de formuler une réponse. Elle savait que cette fois les mots seraient bien plus difficiles a coucher sur le papier et elle ne voulait pas qu'on la voit pleurer. Par pudeur ou honte... elle ne savait pas trop.


Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon précieux Dante,

    Je vous en prie, vous en supplie même, bel italien, laissez à votre charmante plumes sa liberté. C’est ce qui la rend si belle et si précieuse à mes yeux. Vous n’êtes pas comme tous ses gens de la noblesse qui m’entoure d’habitude. Vous ne vous perdez pas en fausse modestie, flagorneries stupides et minauderies de Cour. S’il y a bien une chose qui me charme en vous c’est cette vérité et cette franchise qui vous anime quand vous vous confiez à moi. Je vous en prie Dante Tommaso, vénitien de ma vie, restez comme vous êtes. C’est là, le plus beau présent que vous pouvez me faire.

    De plus, votre récit ne me choque guère. Et pour être tout à fait honnête, il est un poids que je connais bien, pour le porter depuis de nombreuses années déjà. Je n’en parle jamais. A quiconque. Mais il y a dix ans maintenant, j’étais fiancée avec un homme merveilleux. Un grand brun à la carrière militaire prometteuse. Un homme attentionné pour qui j’étais la raison de vivre. *Sur le bord du vélin une larme est tombé faisant baver l’encre* Le plus merveilleux des hommes que j’ai fait souffrir de la plus terrible des manières. Au point qu’il s’est donné la mort juste sous mes yeux… J’ai vu son corps s’écrouler, j’ai senti son sang se répandre entre mes orteils nus, j’ai entendu son dernier cri, son dernier souffle. *l’écriture peine à ne pas trahir les tremblements de sa main* La seule réaction dont j’ai été capable une fois que j’eus repris le contrôle de mon corps, fut d’enlever la ceinture de cuir autour de ses hanches pour la ceindre à mon cou et le rejoindre. J’aurai sans doute réussit si un ami de ma mère n’avait pas entendu mes pleurs. J’ai voulu mourir pour ne pas affronter la vie sans lui. J’ai voulu en finir moi aussi.

    Et depuis je survis, je ne me suis jamais pardonné ni sa mort, ni mon geste. *Le dessin des lettres s’affirme de nouveau. Un peu.* L’après… Ce que vous traversez actuellement… Je l’ai vécu. Je sais à quel point c’est douloureux et difficile de remonter à la surface. Cet évènement a laissé une légère marque à l’arrière de ma nuque, mais surtout un gouffre béant dans mon cœur et mon âme. Soyez en sûr, je vous comprends du plus profond de mon être, mon bel italien. Et si un jour vous vous sentez le besoin de plus d’aide que mes simples lettres ne vous en apporte, sachez que mon épaule peut recevoir les pleurs et mon oreilles les peurs. Autant que vous en aurez besoin. Vous m’offrez votre confiance et votre amitié. Je veux en être digne, mon cher ami. Je veux pouvoir vous offrir ce que je n’ai pas eu quand j’en avais besoin.

    *Une tâche d’encre a été gratté, signe d’une certaine hésitation* C’est sans doute de tout cela que provient la résignation que vous percevez en moi. De cela, et de mes dernières expériences aussi. Il y en eu deux. Un mainois qui s’est joué de moi, piétinant allègrement le peu de confiance que j’avais placé en lui alors que j’en manquais cruellement. Et un bourguignon. Judas Von Frayner. Il est venu un beau jour en Bretagne alors que j’étais duchesse et mariée. Il m’a fait la cour, m’a couverte de présent et de baiser alors que mon mari me délaissait. Il m’a écouté, consoler, choyé. Après notre rencontre il m’a invité chez lui, puis lors de ma fuite m’a hébergé à Angers. Tout cela pour m’abandonner du jour au lendemain pour une autre alors que je sombrais. Sans doute que je n’aurai pas été déjà mal, cela ne m’aurait rien fait, mais j’en ai souffert… Enormément. Les hommes font souffrir. Tous sans exception. Mais chacun à leur façon.

    Forte de ce constat, je préfère m’en tenir à cette relation platonique, cette parole donné sur la croupe d’un cheval, ce baisemain si chaste pour sceller le tout. C’est suffisant. Le maigre tambour au fond de ma poitrine supporterait difficilement plus pour l’instant. Mon vicomte reste près de moi, il m’aime, et c’est amplement suffisant. Si changements il y a, le temps fera son office pour que je les supporte. Du moins je l’espère.

    En attendant, J’ai votre lecture pour égayer mes journées. Je me découvre impatiente de vous lire un peu plus à chaque fois. Je me sens revivre aussi notre première rencontre dans cette échoppe parisienne et ce déjeuner improviser. Je ressens de nouveau la douceur des étoffes que vous m’avez vendues… Tout cela me manque. Vous me manquez, Dante Tommaso Ceresa. Mon cher ami.

    Recevez toute mon amitié et mon soutien, mon très cher ami.




    Faict nullepart, en terres mainoise,
    Le 26e jour du quatrième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.




_________________
Dante.tommaso
Les jours se suivaient et ne se ressemblaient pas. Dante avait vu déboulé dans sa vie une enfant et son chat qu’il avait pris sous son aile, toujours ce besoin de protéger les autres à défaut de se protéger lui-même. Et le voilà qui passait du temps avec la petite qui était un émerveillement et lui rappelait sa jeune sœur Emma qui n’avait de cesse de vouloir découvrir les choses au même âge. Et entre deux bolées de lait au miel, entre deux écorchures qu’il devait soigner et deux bises distribuées, le Vénitien retrouvait ce courrier qui lui mettait toujours le cœur en émoi. Extraordinaire et sans borne, ses lettres étaient devenues un trésor pour Dante et chaque jour, il attendait ces mots comme un cadeau que l’on fait à l’autre, il attendait ce précieux moment où il découvrirait Marie sans masque et tout en pudeur comme certainement peu de personnes la connaissaient.

Retiré dans sa chambre, il avait pris connaissance de ce courrier qui l’avait fait entrer de plein pied dans l’intimité de cette jeune femme qu’il pensait si solide et si intouchable. Et pourtant… pourtant Marie se dévoilait à lui en venant effleurer son cœur. Ses confidences atteignirent Dante de plein fouet et au bord du gouffre une nouvelle fois, il dut sortir prendre l’air afin de retrouver cette sérénité qu’il tentait d’acquérir depuis quelques temps. Et à son retour enfin, il put faire une réponse à la Bretonne.


Citation:



A vous Marie de Kermorial,

Ma douce et tendre amie,

Que dire après la lecture de ce dernier courrier dans lequel vous avez dévoilé vos peines et vos chagrins si ce n’est merci de cette confiance que vous me témoignez mon amie,en me confiant ainsi votre passé. Il est de ces souvenirs que l’on préférerait oublier mais ils restent à jamais dans notre esprit et ressurgissent quand on s’y attend le moins. Me pardonnerez-vous de vous avoir fait revivre cette douleur Marie, me pardonnerez –vous de vous avoir fait mettre à nue ainsi pour moi afin de me montrer que nos souffrances nous ont conduits sur le même chemin, à désirer cette mort afin de sublimer la vie que nous avions avec l’être aimé et la garder éternellement ?

J’ai souffert et je souffre encore de cet amour que j’ai enterré afin de me protéger. Je n’avais pas le choix, il en allait de ma raison… Si je continuais à aimer cette femme ainsi, je me serais perdu dans les méandres de la folie. Aimer à en perdre la raison n’est pas une preuve d’amour mais une perte de soi au profit d’une autre personne… Je n’ai jamais donné à quiconque ne serait-ce que le quart de ce que je lui ai offert… Mon cœur mais aussi ma vie lui était voués et je n’en ai retiré que contrainte et avilissement… Quant à votre épaule, je l’accepte avec plaisir mais pas pour pleurer Marie, non pas pour pleurer… J’ai depuis longtemps versé tout mon soul et il ne me reste plus que la souffrance face à cette triste histoire. Les larmes se sont taries mais y’en a-t-il eu au moins ? Je ne sais plus au final et c’est bien mieux ainsi… Il faut oublier les choses de petites importances afin de faire de la place pour les nouvelles…

Vous savez Douce Marie, les souvenirs font ce que nous sommes aujourd’hui, des êtres sensibles qui jouons leur vie derrière des masques afin de ne pas être touché par autrui. Qui peut dire qu’il connait le véritable visage de la Bretonne ou du Vénitien ? Je doute que quelqu’un puisse répondre ou bien une personne tout au plus dans votre entourage comme dans le mien… La vie est une immense représentation et nous nous plaisons à jouer tous un rôle. A nous de nous y tenir afin de trouver notre place. Les gens ont à voir ou à savoir le strict minimum. Vous êtes peut être celle qui me connait le mieux à l’heure actuelle, dans ce pays où je ne me retrouve pas toujours. De vous, je me sens proche même si, nous n’avons guère partagé plus que quelques jours côte à côte. Quelques jours dont je me souviendrai à jamais. D’ailleurs, Il me plait à rêver que bientôt nos pas nous rapprocheront encore une fois et que nous prendrons le temps d’un déjeuner sur l’herbe ou d’une nuit étoilée à admirer les astres filants dans le ciel… ces petits riens et ces grands tous qui nous mettent le cœur au summum du bonheur…

Oh Marie, il faut que l’on se retrouve ! Promettez-le moi je vous en prie, dites-moi ma douce Bretonne que je reverrais encore votre regard céruléen se poser sur moi me ravissant une nouvelle fois quelques battements de mon cœur. Marie de Kermorial, comment pourrais-je passer ma vie sans entendre encore votre voix mélodieuse m’offrir tant de bonté et de gentillesse comme nous le faisions à l’abri des regards dans cette taverne de Rennes, comment pourrais-je sacrifier cette amitié que vous me portez pour une vie sans pouvoir effleurer à nouveau le satin de votre peau d’un geste à peine ébauché ? Il est hors de question Marquise que cela se fasse, je mettrais peut être une vie entière à vous retrouver sur les chemins de votre Royaume mais je reviendrais vous voir Marie, c’est une promesse que je me fais tout autant qu’à vous et avec le Très-Haut pour témoin !

Vous allez me prendre pour un fou n’est-ce pas Marie ? Peut être auriez-vous raison finalement… J’ai peut être perdu la raison depuis bien longtemps mais il y a des choses qui se doivent d’être faites dans la vie… Mais cessons donc de parler de ma folie ma tendre amie et revenons donc à vos… amours. Ainsi donc vous fûtes dame de cœur du Von Frayner. Pourquoi n’en suis-je guère surpris ? Non pas que vous n’êtes point surprenante Marie, bien au contraire, vous avez moult facettes dont je me délecte d’en découvrir une le plus souvent possible mais Judas est un homme charismatique et… tels des papillons, les femmes tourbillonnent autour de lui. Pour ma part, je n’ai guère d’affinités avec lui. Cet homme reste un mystère pour moi et il en est très bien ainsi. Je n’arrive pas à définir qui il est ni ce qu’il veut, je le laisse donc à son monde et retourne au mien. Il est de ces êtres qu’il vaut mieux ne point trop approcher… Et vous avez raison lorsque vous dites que les hommes font souffrir, tous sans exception. C’est le propre de l’humain malheureusement… Mais la femme n’est pas en reste quoi qu’on en dise. Toutefois, je suis désolé de voir que cela vous a mené à cette résignation qui est vôtre désormais. Mais je conçois tout à fait que pour votre tranquillité d’esprit vous désiriez une belle épaule solide pour vous y accrocher. Oh ma tendre amie, pourquoi ne vous ai-je pas connu plus tôt, je vous aurez bien volontiers offert mes bras pour vous consoler et vous faire voir le monde à travers mes yeux. Malheureusement, nos pas se sont à peine croisés, juste assez pour faire naitre cette amitié qui est nôtre désormais et aujourd’hui, vous avez votre vicomte à vos côtés et Ellisabeth accompagne mes pas. Aurions-nous loupé le coche ma douce Marie ? Il ne me reste plus qu’à être le meilleur des amis et vous offrir ma main en toute circonstance ainsi que mon épaule pour vous y appuyer si tel est votre désir, un toit pour vous protéger en cas de besoin. Etre celui qui saura répondre présent pour vous sans considération d’aucune sorte et au-delà de toute conviction qui nous anime. Marie… bellissima marchesa mia, soyez assurée de ma dévotion et de ma sincérité à votre égard, à jamais.

Il est temps de refermer cette nouvelle page d’aveux et de confidences mon amie. Je crois que parfois mes pensées s’envolent mais il est si facile de se laisser aller à vos côtés Marie… c’est si doux comme sensation… Mais il me faut remettre ma cuirasse et retourner dans ce monde qui est mien. Prenez soin de vous Marquise et faites attention sur les chemins. Il y a parfois de rencontres qui ne sont pas toujours amicales même si vous vous employez à vouloir devenir la meilleure brigande de votre coin.

Mes pensées sincères vous accompagnent ma belle Marquise.

Votre dévoué Vénitien.


Faict à Autun,
Le vingt septième jour du mois d'avril de l’an de grasce mil quatre cents soixante.


_________________
Mai


    Le stage de survie était désormais terminé et au petit matin, la fine équipe était remonté en scelle pour retrouver le confort douillet et chaleureux de Douetum. Dans le dos de son Penthièvre, Marie rêvassait déjà à l'idée d'un bain chaud entre les murs rassurant du château. La Myosotis avait trouvé que le rapport condition de vie/butin du brigandage était trop peu intéressant, et que par conséquent elle ne recommencerait pas l'expérience tout de suite.

    Cependant la semaine de brigandage était en rien désagréable comparé a se qui l'attendait devant les portes de Douétum. Dressé devant la bâtisse, un valet patientait l'air soucieux. Après des salutations rapides à son seigneurs et ses amis, il tendit une lettre frappé d'un sceau noir à la Marquise.


    Non...

    L'hermine en avait déjà deviné le macabre contenu, et toujours a califourchon sur le quadrupède, elle demanda qu'on lui prépare son coche et ses affaires le plus rapidement possible. Elle devait rentré en Bretagne au plus vite. D'un regard, elle comprit que Kirke avait lui aussi deviné la triste annonce qui se cachait dans le vélin replié. Se faisant aider elle descendit du palefroi et resta un instant au creux des bras de l'être aimé. Il ne viendrait pas, elle le savait. Ils en avait déjà parlé, elle devrait affronter cela seule.

    Je vais aller me préparer.

    La voix de la bretonne n'arrivait pas a porter. C'était là le seul signe de l'émotion qui la submergeait. Sans rajouter un mot elle regagna sa chambre, il lui fallait retrouver un aspect humain - sans l'aide du grand baquet d'eau chaude - et envoyé quelques lettres écrites à la hâte. Une à Marzina pour lui offrir son soutien. Une a Ascelin pour le prévenir de sa venue et lui demander d’être ce soutien que Kirke refusait d’être. Et une dernière à Dante, qu'elle avait promis d'aller voir à son retour. Occasion manqué pour le coup.


Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon cher vénitien…

    Ma plume commencera par des excuses si vous le voulez bien. Cette lettre sera plus courte que les précédentes car le temps me manque.

    A peine avions nous mis les pieds sur les terres de Douetum qu’une lettre de Bretagne m’apportait une bien triste nouvelle. Il semblerait que la maladie ait raison de mon tendre suzerain au point que son retour auprès du très Haut ne soit plus qu’une question de jours, voire d’heure. Je rentre donc de ce pas sur mes terres de Bretagne, pour le voir une dernière fois, si je n’arrive pas trop tard… Priez pour que les routes soient sûres mon ami, vous me rendriez service.

    En effet, je serai seule. Mon vicomte ne souhaite pas être à mon bras pour me soutenir dans ce moment difficile, sa famille et celle du défunt étant ennemie depuis la nuit des temps. Je vous avouerai que cela me peine, mais après tout hormis une parole prononcée sur le cul d’un cheval, rien ne l’y oblige. J’aurai pourtant bien eu besoin de sa présence à mes côtés, mais je le comprends.

    Quoi qu’il en soit, et c’est pour cela que j’ai pris le temps de vous écrire en cet instant tragique, le coche que j’avais fait apprêter pour vous voir à Paris s’en ira d’ici une heure dans la direction opposé. Cela me navre de ne point vous revoir, vous me manquez mon bel italien. Encore plus maintenant que je sais votre vie aussi pénible que la mienne. Mais le macabre pli, m’a prise de court, vous faisant au passage raté une vente que je vous avais promise. Je m’en excuse du fond du cœur.

    Je suis navrée d’être si brève dans nos échanges cette fois ci. Je me rattraperai dans mon prochain courrier je vous le promets. Cependant j’ai cru lire, le nom d’une jeune femme dans votre dernier pli. Parlez-moi donc de cette jeune femme qui occupe la place que j’aurai volontiers convoitée en d’autre temps et d’autres circonstances… J’espère qu’elle vous apporte bonheur et amour. Vous le méritez bien plus que quiconque mon cher ami.

    Les chevaux seront bientôt fini d’être attelé, et les bagages chargés. Je dois vous laissez pour l’instant, Dante. J’aurai tant aimé vous avoir près de moi en cet instant, vous me manquez.

    Recevez toute mon amitié, mon vénitien.



    Faict à Douetum, en terres andégaves,
    Le 28e jour du quatrième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.





    Les lettres recevèrent leur lune de cire carmin, et furent confier à un valet avec ordre d’être envoyé au plus vite. Puis Marie descendit pour dire au revoir à l'être qu'elle chérissait tant. Sa relation avec le vicomte angevin faisait régulièrement naître un pli soucieux sur son front. Rien n'était simple au final entre eux... Mais elle tenait à lui, plus que tout.

    A sa manière, il était coeur comme aucun autre.

_________________
Dante.tommaso
Le soleil déclinait lorsque le pli était arrivé. La journée avait été radieuse même trop pour la saison et c’était de retour d’une taverne dans laquelle Dante avait cherché la fraîcheur toute la journée et fait une rencontre intéressante qu’il trouva le messager. Il offrit un repas à cet homme qui semblait usé de son voyage, fit panser son cheval, passa un peu de temps à entretenir la conversation devant un bon verre de vin, cher à son cœur. Au bout d’un moment qui lui paru une éternité, le désir de prendre connaissance des derniers mots de Marie commença à fortement le provoquer aussi, Dante prit rapidement congés du messager pour aller s’installer sur la terrasse de la petite maison qu’il occupait depuis peu.

La maison était calme, personne pour le déranger et il put lire et relire ce pli qui, s’il émanait d’une personne chère à son cœur, était annonciatrice de tourments et de chagrin. Laissant sur la table le vélin, le Vénitien se leva pour faire quelques pas avant de s’accouder sur le pilier de la terrasse, bras à hauteur du visage, poing fermé devant sa bouche, ressassant la tristesse des jours qui s’annonçait pour la Myosotis. Et la peine évocatrice le ramena à son propre chagrin d’avoir perdu un être cher récemment alors sa réponse attendrait quelques heures, lui laissant ainsi le temps de trouver les mots… bien que les mots étaient si dérisoire dans ces moments-là…

La nuit était tombée sur cette Bourgogne qui n’était qu’une autre terre d’accueil et où il ne se sentait pas plus chez lui que sur les autres visitées… la nostalgie s’était emparée de lui et ce fut dans la solitude de sa chambre, à la lueur vacillante d’une bougie, que le Vénitien écrivit sa réponse.



Citation:



A vous Marie de Kermorial,

Oh Marie, ma douce Marie,

Que ne donnerais-je pas pour être à vos côtés à cet instant afin de soulager votre peine ma tendre Marquise, vous offrant mes bras protecteurs dans lesquels vous pourriez vous reposer le temps que vous le voudriez tout en vous murmurant des mots de réconfort pour éloigner cette douleur qui est vôtre en ce moment… Mais je ne peux être avec vous à cet instant alors mes pensées voyagent dans votre direction afin de vous offrir cette présence. Sachez qu’il en est toujours ainsi Marie, vous quittez rarement mon esprit mais aujourd’hui, je suis là pour vous et uniquement pour vous. Oh que les mots sont dérisoires en ces circonstances funestes ma Douce amie mais Marie, ma chère Marquise, soyez forte, soyez digne, soyez celle qui portera sa souffrance en elle afin de n’offrir à personne la possibilité de vous terrasser.

Il n’y a pas longtemps, lors d’une de nos courriers, vous me demandiez qui était la personne qui me manquait autant. J’ai éludé la question par pudeur… Il est difficile pour moi de parler des miens, surtout lorsqu’il s’agit de quelqu’un qui me touche si particulièrement… Il s’appelait Sandeo Ludovico Ceresa et c’était mon père Marie... mon père… Oh, je suis né à moitié Pendragon, j’ai ce sang françoys qui coule dans mes veines mais Sandeo m’a toujours considéré comme son fils, faisant abstraction de la trahison de ma mère. Ils n’étaient pas encore unis devant Dieu lorsque Mère rencontra Pendragon. Je ne sais ce qu’il s’est passé à cette époque et ne veut aucunement le savoir... Ce secret-là appartiens à cette femme mais j’ai ignoré mon ascendance jusqu’il y a peu et je continue à l’ignorer. Pour moi Sandeo est mon père et je peux le dire sans honte, il me manque Marie. Il me manque à un point que mon âme est meurtrie depuis que je ne peux plus lui parler, que je ne peux plus lui confier ce que mon cœur a de trop lourd à porter… Il était le centre de mon univers, me guidant sur les chemins de la vie… Mais c’est ainsi Bellissima Marie, c’est ainsi et nous ne pouvons rien y changer… Je ravalerais encore longtemps les larmes de ma douleur pour ne pas montrer ma faiblesse à qui que ce soit… Il était et restera un Roy pour moi, un Roy qui m’a offert son royaume…

Mais il est de ces nostalgies qu’il vaut mieux laisser enfermées en soi… Un jour nous prendrons le temps et je vous conterais ma vie chère Bretonne de mon cœur mais pas ce soir… Les jours qui s’annoncent vont être difficile à passer et vous avez besoin d’être toutes à vos pensées… Si vous saviez comme je m’en veux de ne point être là… La vie n’est guère conciliante depuis quelques temps… Mais je ne désespère pas, mes pas vont rapidement reprendre la route… La Bourgogne était une terre dont je ne me sens guère proche… Sans horizon bleu et étendue immense d’eau, je ne suis guère qu’un poisson hors de son élément, voué à devenir aussi aride que le désert. Et comme je tiens à me garder intact, il est temps pour moi de partir. Il y a des horizons qui m’appellent et cela serait cruel que de leur résister… Malheureusement, je suis un éternel égoïste et ne m’occupe guère de savoir si la jeune fille qui m’accompagne a le même désir que moi de revoir la mer… Cela vous en dit certainement long sur la relation que j’entretiens avec elle…

Marie, vous parlez d’elle, je le peux bien évidemment mais le bonheur et l’amour n’étant pas vraiment un sujet avec lequel je suis très à l’aise, il est difficile pour moi de trouver les termes… Tout autant pour définir notre relation que ce qui m’attache à elle. L’amour… je doute que je puisse dire ce mot si facilement… Je me nourris de Passion Ma tendre Marquise, je ne l’ai jamais caché à quiconque mais… mais cela n’est pas ce que je vis actuellement… Ellis m’apporte sans doute cette stabilité que vous trouvez auprès de votre vicomte, j’ai de l’affection pour elle mais… Veuillez me pardonner si je ne puis vous en dire plus Marie. Je ne suis peut être pas le meilleur des hommes, loin de là, j’ai mes défauts et guère de qualités mais je ne voudrais point accabler cette jeune fille par quelques qualificatifs mal à propos…

Je crois que j’ai une nouvelle fois laissé mon esprit vagabondé à vos côtés Bellissima Marchesa… Il faut dire qu’une phrase m’a interpellé et m’interpelle encore. Cette place que vous auriez convoité en d’autres temps et en d’autres circonstances vous aurez été offerte sans l’ombre d’un doute Marie mais la vie est capricieuse… Il fut un instant, lorsqu’à Rennes nous étions ensemble à discuter, j’ai entrevu l’espace d’un instant un rêve, un doux rêve comme ceux que je fais rarement… Mais je suis parti et la vie a dressé ses barrières autour de nous pour nous rappeler où sont nos places… Peut être qu’un jour, nous arrêterons de rêver pour enfin les réaliser… dans une vie meilleure qui sait !

Marquise, je dois vous laisser de cette plume qui peine à vouloir se stopper. La bougie s’est presque consumée et j’aimerais que mes pensées s’envolent vers vous rapidement afin de vous accompagner ces prochains jours. Je suis là Marie, pour vous et uniquement pour vous.

Vous me manquez Marquise.
Que le Très Haut vous protège en ces instants douloureux.


Faict à Autun,
Le vingt neuvième jour du mois d'avril de l’an de grasce mil quatre cents soixante.



Dante posa la plume et laissa sécher l'encre avant d'enrouler ce courrier. A la première heure demain matin, il trouverait quelqu'un afin de le faire porter mais en attendant, et avant de prendre place dans ce grand lit, sa main prit la direction de son coffret de bois précieux qu'il ouvrit doucement afin d'en sortir la soie qui renfermait le myosotis. Et là, au creux de sa main, ses pensées lui rappelèrent le visage de cette amie précieuse tout autant qu'unique.
_________________
Mai


    La blonde bretonne avait enfin retrouvé sa terre natale, le cœur cependant serré d’avoir laissé son Vicomte à Douetum. Après une journée passée à Machecoul au chevet de son suzerain, la Marquise avait posé ses bagages dans sa petite demeure de Buzay à quelques lieues de là. Elle souhaitait être proche au cas où l’Ankou viendrait chercher son mentor.

    La demeure avait été gagnée par le froid et l’humidité durant sa longue absence… Depuis combien de temps n’était-elle pas venue entre ses murs ? Une éternité. Prenant son courage à deux mains, et se remémorant les gestes que son blond lui avait appris, Marie alluma un grand feu dans l’unique foyer de la demeure et tira son fauteuil tout à côté. Sans doute que sa nuit serait plus agréable ici, qu’à l’étage dans sa chambre glacée.

    En attendant que le sommeil ou la faim la gagne, la Myosotis sortie de sa besace son précieux coffret en bois. Le besoin se faisait sentir de vider sur le vélin les pensées qui hantaient son esprit.


Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon très cher ami,

    Me voilà de nouveau plume à la main pour vous faire le récit de mes journées. Après trois jours de route, le coche a fait halte ce matin dans la champêtre cité de Machecoul, capitale du duché de Retz ou mon suzerain se repose entouré de sa famille. J’ai pu passer quelques heures à son chevet, et lui dire au revoir avant que la vie ne le quitte. Le pauvre va mal, il ne mérite pas tant de géhenne, et je souffre de voir cela.

    Une autre souffrance fut de revoir l’homme qui a partagé ma vie. Le père de mes enfants. Il n’a pas daigné m’adresser la parole, se contentant d’un regard froid sur ma personne. Pas même s’est-il enquit de la santé de nos enfants. Je me demande vraiment comment j’ai fait pour l’aimer. Sans doute n’était-il pas ainsi avant… Je suis actuellement seule sur mes terres de Buzay, et mon domaine jouxte douloureusement le sien. C’était pratique lorsque nous étions marié, ça l’est désormais beaucoup moins.

    Mais parlons plutôt de vous, mon bel italien. A chaque lettre, j’aime vous découvrir un peu plus à travers vos écrits. Vos lettres sont devenues pour moi une sorte de bulle hors de ma vie quotidienne. Je ne saurai m’en passer bien longtemps.

    Vous me trouvez navrée de l’inconfort que vous procure la Bourgogne, vous poussant à partir. C’est un pays ou l’ambiance est particulière pour les étrangers parait-il. Au vu des derniers évènements politiques cela ne doit pas manquer d’agitation... Ou donc allez-vous ? Vers le sud ? Vers votre Italie natale ? On dit que la mer y est d’un bleu sans pareil, et que les marrées inexistantes… Est-ce vrai ? J’espère qu’un jour vous pourrez me contez votre vie et votre pays de vive voix.

    Vous me manquez Dante Tommaso Ceresa. Et bien que la vie ait bouché cette place au creux de vos bras, comme au creux des miens, votre non-présence laisse un vide dans mon existence. A l’heure où je vous écris je suis seule. Vraiment seule. Pas de valet. Pas d’intendant. Pas d’amants, d’amis, d’enfants… Rien. Juste moi, ma plume et vous, mon cher ami. Voilà des années que je ne m’étais pas retrouvé ainsi, dénudée de toute compagnie. Je ne suis pas sûre d’aimer.

    Le lait commence à frémir, je vais devoir vous laissez. Je n’ai guère beaucoup à raconter ce soir tellement mon cœur est asséché par la vision de mon suzerain agonisant. Prenez soin de vous et de cette Elisabeth qui, bien que vous ne me l’avouiez pas, tient une place d’importance dans votre vie. J’en suis certaine.

    Je vous embrasse.




    Faict à Buzay, en terres bretonnes,
    Le 1er jour du cinquième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.





    Laissant le temps au parchemin d'absorber l'encre à son rythme, Marie quitta son confortable fauteuil pour verser deux poignées de son d'avoine dans le récipient métallique caressé par les flammes. Avec un peu de miel, ce serait délicieux, et aurait le mérite de lui remplir la panse, à défaut de lui vider l'esprit.

_________________
Dante.tommaso
Il était tôt, très tôt, le soleil se levait à peine et Dante était déjà debout. Son manque de sommeil était revenu avec sa mémoire et son besoin de solitude aussi… souvent, trop souvent il s’isolait des autres, ne supportant que très peu les conversations insipides en taverne, les jeunes filles essayant de jouer de leur charme afin d’attirer son attention ou les hommes qui jouaient à « moi-je-sais-tout-mieux-que-toi »… A tout ceci, il préférait le silence. Ellis était à nouveau rentrée dans sa carapace depuis un certain temps et il ne la voyait que durant les trajets, ne se parlant que pour se dire les civilités… La solitude avait du bon quand tout partait ainsi…

Sa main se porta à la poche de son pourpoint et il en caressa le vélin qui s’y trouvait. Marie…. Ce fil tendu entre eux le raccrochait un peu au monde, ce monde qui parfois n’avait pas grand sens à ses yeux. Il soupira très légèrement, ses épaules s’affaissèrent un peu… La fatigue se faisait sentir et jouait sur son moral. Changeant le Vénitien, il l’avait toujours été. Sa folie douce le malmenant bien souvent mais aujourd’hui il prenait conscience que sa vie lui avait échappé. Venise était loin, cette famille qu’il avait cru retrouver n’était qu’un leurre à ses yeux, les enfants de Théodore n’étant aucunement soudés entre eux, et le reste… un haussement d’épaules involontaire chassa les pensées qui désiraient prendre le dessus sur lui. Le reste n’avait aucune importance.

D’un mouvement de rein, le Vénitien se leva de la pierre qui l’avait accueilli durant quelques instants puis il prit le chemin de sa chambre à l’auberge. Minuscule, elle ressemblait à une cellule de monastère ce qui fit sourire Dante mais peu importe, il n’y passerait qu’une nuit ou deux et n’avait plus vraiment de bagages si ce n’est une chemise de rechange et quelques pains pour le voyage. Le dernier brigandage l’avait laissé sur la paille… Il chercha sa plume et un des derniers vélins qu’il lui restait, la petite fiole d’encre et s’en alla prendre place dans la grande salle de l’auberge. Avant de tenter de se reposer, il devait écrire quelques mots à cette amie très chère, la seule qu’il avait dans ce pays d’ailleurs.



Citation:



A vous Marie de Kermorial,

Ma très chère amie,

Je suis heureux de lire vos quelques mots malgré la situation tragique qui se joue autour de vous. Je sais qu’il n’est point facile de penser à autre chose et je vous remercie sincèrement d’avoir pris la peine de m’écrire. Mais je vous sais forte Marie et je sais que cette difficile épreuve que la vie vous impose vous saurez la surmonter. Je suis de tout cœur avec vous mon amie, vous le savez. Mes pensées vous accompagne chaque jour soyez-en assurée. Quant à votre… celui qui fut un temps votre mari, il ne mérite aucune considération de votre part. Il ne prend aucunement part dans la vie de ses enfants et bien laissez-le donc à sa petite vie qu’il mène dorénavant. S’il y a bien une chose dont il se mordra les doigts, c’est d’avoir oublié qu’il avait une progéniture lorsqu’elle celle-ci pourra s’affirmer et réaliser qui il est. La gifle viendra de ses enfants et ce jour-là, il saura ce qu’il a réellement perdu dans la vie.

Me concernant, il n’y a pas grand-chose à dire Marie. Je suis un vagabond, un grand voyageur. Je vais où mes pas me portent. Bien entendu, je ne mentirais pas en disant que Venise me manque… ses maisons, ses gens, ses couleurs, sa lagune… tout ce qui fait de ma ville une exception mais je ne perds pas espoir et j’y retournerai mais pas maintenant. Ma mère et moi étant en froid, il est de bon ton que je reste un peu loin du domaine familial. Non là j’ai pris la route pour une terre qui, et je commence à le croire, m’appelle bien souvent. Il est de ces circonstances dans la vie où il ne faut pas hésiter et je puis vous dire que c’est ce qu’il s’est passé lorsque j’ai proposé d’accompagner un jeune homme chez lui. Oui, je sais, je vous fais languir ma douce Marquise…. Bon puisque je sens la curiosité toute féminine poindre son nez, je vais vous avouer où je me rends. Vous êtes prête à l’entendre ? Oh certainement que oui maintenant que j’ai su attirer votre attention. Je viens chez vous Marie… Enfin chez vous, sur vos terres natales mon amie. La Bretagne me rappelle à elle ou bien est-ce le destin qui m’y conduit, je n’en sais rien mais il est de fait que nous avons pris la route pour revenir chez vous et chez ce jeune Arzur qui désire revoir son pays. Vous voyez Marie, bientôt nous nous retrouverons et j’espère que cette fois-ci, je resterais plus longtemps à vos côtés.

La dernière fois, je suis parti un peu précipitamment… J’espère pouvoir me faire pardonner de cette goujaterie mon amie. De toute manière, je vous avouerai sans faire planer de mystère cette fois-ci que j’ai besoin de me reposer, physiquement et moralement. Je sens venir l’épuisement dû à beaucoup de choses et je ne sais pas encore combien de temps je pourrais encore tenir. Les évènements se sont enchaînés autour de moi sans que je puisse maitriser quoi que ce soit et j’aspire à un peu de tranquillité, de plaisirs simples, de conversation amicale et non contrainte comme beaucoup le sont actuellement, de petits rien qui font de grands souvenirs. Et j’ai envie de prendre soin de vous le temps que durera mon séjour. L’amitié que je vous porte n’a aucune limite Marie et je prends ce que vous me donnez. Je ne réclame rien, juste d’être présent à vos côtés quelques temps si vous acceptez ma présence mon amie, autant que vous le souhaitez.

Je ne suis guère du genre à m’imposer Marie, ce n’est pas ma façon d’être sauf peut être en affaires et encore, je laisse le destin souvent décider de ce qu’il se passera mais vous me manquez Marquise. Ils sont peu nombreux les gens qui prennent cette place dans ma vie mais vous en faites partie depuis sans doute notre rencontre… et quelle rencontre ! A jamais gravé dans ma mémoire. Cela fait partie des souvenirs que je n’ai jamais oubliés. Vous voyez mon amie, nous sommes liés d’une manière ou d’une autre. Aujourd’hui c’est par cette amitié, hier c’était par cette rencontre et demain… Demain reste à écrire et je gage que nous saurons faire grandir notre attachement l’un pour l’autre dans la direction qu’il se doit… L’amitié est pour moi sacrée. Autant l’amour passe, autant l’amitié reste… c’est ainsi que la vie est faite…

Mais je vais arrêter de philosopher sur ce sujet, vous avez d’autres priorités à penser et moi, mon esprit n’est guère disposer à parler de ce genre de choses. Je risquerais d’être désagréable à la longue.. Je me fais vieux et grincheux il faut croire que je suis bien plus désabusé que je ne le pensais. Quant à la place que je donne à Ellisabeth., ne vous leurrez point sur ce que je ressens pour elle, vous seriez déçue Marquise. Il ne s’agit là aucunement de sentiments entre nous. J’ai fais un choix dans ma vie et elle en fait partie, cela s’arrête là. Veuillez m’en pardonner d’avance Marie, mes réactions sont parfois brutales et manquent considérablement d’éducation et je ne vois aucun intérêt à parler d’Ellis alors que je suis à vos côtés.

Je vous offre un baiser si vous me le permettez et toutes mes sincères pensées qui accompagneront chaque pas que vous ferez. Au milieu du tumulte, prenez soin de vous ma Magnifique Marquise.

Faict à Cosne,
Le deuxième jour de mai de l’an de grasce mil quatre cents soixante.




Dante signa son vélin puis le posa à côté de sa plume et sa fiole d’encre. Il le ferait partir un peu plus tard, pour le moment un verre de vin lui ferait du bien même à cette heure-ci… ses vieux démons revenaient parfois à la charge qu’importe le moment de la journée..
_________________
Mai


    Le deuil était là, et la marquise n'avait le gout de rien aujourd'hui.
    Pas même de l'écriture. Mais son italien méritait bien un effort.
    Surtout suite à l'annonce de sa venue. Seul touche de joie dans tous ce noir.


Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon bel italien,

    Pardonnez-moi de faire aussi court mais mon cœur s’est asséché d’avoir trop pleuré. Je porte désormais le deuil que je sentais arrivé. Mon suzerain a expiré avant-hier, juste après m’avoir confié ses dernières volonté. J’ai dû moi-même l’annoncer aux bretons devant la primatiale de Rennes…Ce fut un instant pénible, lourd, dur, mais je l’ai fait pour lui. Il le méritait.

    Mais je n’ai guère envie de m’appesantir sur le sujet. Ainsi donc, c’est d’un pas décidé que vous marchez sur ma Bretagne. Sur mes terres. Sur moi. Vous m’en voyez sincèrement ravie. Depuis le temps que nous parlons de nous revoir… Me voilà impatiente de vous retrouvé à mes côtés. Je ne vous cacherai pas qu’en ces instants difficiles, un bras ami ne sera pas de trop pour m’aider à tenir debout.

    Je vais d’ailleurs me permettre de vous donner un ordre que vous avez interdiction de refuser. Logez à Cucé, Dante. S’il vous plait. Vous et vos compagnons de voyage. Je vous ferai préparer des chambres au château. L’ambiance ne sera pas à la fête vue les circonstances mais j’apprécierai énormément d’être entourée…

    Je vous laisse là. La fatigue me gagne alors que le sommeil me fuit. Je vous embrasse du plus fort que je le peux. Prenez soin de vous et de vos compagnons. Je vous préfère entier !



    Faict à Cucé, en terres bretonnes,
    Le 4eme jour du cinquième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.




_________________
Dante.tommaso
Il avait reçu le dernier courrier de Marie juste avant leur départ et l’avait rangé soigneusement dans son pourpoint afin de ne pas le perdre. Pas vraiment le temps d’y faire réponse sur le moment, ses compagnons n’attendraient pas plus longtemps et une longue route s’ouvrait devant eux. Affaires prêtes, chevaux scellés, à la nuit tombée le petit groupe se mit en marche.

Et le temps retint sa course, faisant de ce voyage une expédition longue et lente. Première halte au petit matin, Dante se mit volontairement à l’écart du feu de camp afin de pouvoir s’adonner à ce qu’il faisait de mieux depuis un moment. Penser à elle, sa blonde Marquise, était devenu chaque jour indispensable. Il lisait et relisait ses courriers, suivait cette écriture fine et déliée, essayant de deviner ses sourires ou bien son regard emplit de tristesse… Soupirant longuement, il sortit son écritoire de voyage qui trainait dans sa besace et s’installa au pied d’un arbre centenaire afin de réfléchir à ce qu’il allait pouvoir raconter à la jeune femme.

Il passerait sous silence le fait qu’on l’avait mis ennemi de certaines armées pour avoir trainé du côté de Bouillon, la bêtise humaine ne l’étonnait plus depuis des années, il tairait aussi certaines sensations qu’il avait découvert en lui depuis qu’il lui écrivait, ne sachant plus vraiment si c’était son imagination qui lui jouait des tours ou bien de réels sentiments qu’il cultivait en secret. Jusqu’à présent, il ne s’était laissé aller qu’une fois à l’amour et le goût amer qu’il gardait de cette aventure ne l’incitait pas à recommencer.

    Marquise… peu importe ce que laisse imaginer nos mots, je sais ce que je dois faire et qui je dois être… Votre place est auprès des personnes de votre rang, de votre entourage, de votre monde… Votre vicomte a déjà sa place dans votre cœur n’est-ce pas, cela serait absurde de dévoiler plus de sentiments de ma part… surtout si ces sentiments ne sont qu’illusoires. Je ne tiens pas à perdre votre amitié Marie, oh non. Mon imagination fleurissante lorsque je me sens seul me joue invariablement des tours et j’imagine un sens caché à vos phrases, et je suis certain que rien n’existe réellement… Marie, soyez mon amie, soyez ma confidente mais nous ne dépasserons jamais ces limites qu’il y a entre nous…


Dante, après y avoir réfléchi en long, en large et en travers, en était arrivé à cette conclusion qui le satisfaisait complètement. ses doigts coururent sur sa nuque, la massant légèrement tandis que ses yeux se portèrent un peu plus loin, observant là-bas Ellis qui rangeait quelques affaires. Il détailla l’oisillon, la trouvant bien pâle depuis quelques temps, sans doute la fatigue des voyages incessants. Celle qui quoi qu’elle pouvait dire n’était encore qu’une enfant était soumise à la rudesse de la route, des aléas de la vie, du caractère impossible de Dante mais elle était là, drapée dans son innocence parfaite qui lui allait comme un gant. Le Vénitien prit alors sa plume pour répondre à la Marquise, décidé à accepter son invitation.



Citation:



A vous Marie de Kermorial,

Ma douce Marquise,

Votre dernier courrier m’a laissé un sentiment de peine immense en le découvrant. Je sens votre pudeur à ne pas vouloir vous dévoiler et je ne vous forcerai donc point mais je suis là, en pensée en attendant que mes pas me rapprochent de vous. Et lorsque je serais enfin tout près de vous, mes bras pourront vous accueillir afin de vous y reposer quelques instants, effacer le temps et ses tourments. Bientôt Marie, bientôt je serais là.

Notre voyage se déroule agréablement pour le moment. Mes compagnons de route sont sympathiques et c’est tant mieux. Par contre, je m’inquiète un peu pour Ellis ce qui me pousse à accepter votre invitation ma chère amie, moi qui ne voulais point vous déranger mais dormir à la belle étoile, changer d’habitation constamment n’a du bon que pour les vieux loups comme moi à la vie dure. Je doute que cet enfant continue encore bien longtemps à ce rythme là. Elle doit pouvoir se reposer et surtout se fixer. Je me rends compte en l’observant que j’ai négligé certaines choses… Elle est si jeune et malgré le fait qu’elle ne se plaigne jamais, cela ne peut durer. D’ailleurs, je ne vous cacherais pas que j’envisage de poser enfin ma besace quelque part. Je ne sais pas encore où mais il me faut prendre cette décision. Donc si vous acceptez notre présence quelques temps dans votre beau pays, je serais heureux d’y rester. Et quand elle ira mieux et que j’aurais enfin pris la peine de me réconcilier avec ma chère mère, j’envisage sérieusement de lui rendre visite. Mais… il va falloir un peu de temps pour en arriver jusque là…

Concernant mes compagnons de route, je ne pourrais prendre aucune décision à leur place Marie mais c’est très gentil de les inviter ainsi. D’après ce que j’ai compris, Arzur rentre dans sa famille donc je pense qu’il trouvera un logis sans soucis quand à notre énigmatique barbu, lui seul prendra sa décision. Il est peu causant et je ne l’ai pas encore apprivoisé je l’avoue. Un peu bourru sur les bords, l’homme se tait la plupart du temps mais avec les lieues que nous avons à avaler, gageons que nous puissions au moins trouver quelques sujets de conversations pour agrémenter ce voyage.

Vous savez Marie, je suis un voyageur depuis de si longues années mais jamais aucun ne m’a paru si long que celui-ci. Sans doute mon désir de vous revoir se mêle à mon impatience innée pour avoir ce que je souhaite rapidement et j’avoue que là… je dois me faire violence afin de ne pas bougonner trop souvent. Quelle terrible épreuve pour moi, vous vous en doutez bien. Mais j’ai le sentiment d’apprendre… apprendre toujours un peu plus ce qui me fait dire qu’au final, cela ne peut que me rendre meilleur. D’ailleurs, je vais finir par croire que ce coup à la tête me change radicalement…. Peut être pas entièrement mais certaines choses changent doucement en moi. Peut être que l’homme que je deviens ne vous plaira-t-il plus autant que le Dante d’avant ? C’est une chose qui m’importunerait fortement je l’avoue aussi j’espère que nos retrouvailles seront à la hauteur de nos espérances ma douce amie.

Marie, je ne sais quand vous recevrez ce courrier. J’espère pouvoir trouver un coursier dans la journée, nous devons traverser quelques villages mais sachez que j’y mets toutes mes pensées et vous envoie un doux baiser.


Faict en pleine campagne,
Le sixième jour de mai de l’an de grasce mil quatre cents soixante.




Dante laissa sécher le vélin puis l'enroula afin de le placer dans sa besace sans l'abimer. Le précieux ne le quitterait pas d'un pouce jusqu'à ce qu'il le remette à la personne adéquate pour le faire parvenir à Marie. Une certaine forme de lassitude le prit. L'inquiétude pour ce voyage, l'inquiétude de savoir cette tendre amie malmenée par la vie, et cette vie qu'il menait et qui commençait à lui peser... Trop de choses qui le minait doucement, il en prenait conscience et espérait secrètement que le voyage se ferait sans encombre et rapidement... Se levant, le Vénitien se dirigea vers le feu afin de s'y réchauffer tandis que ses compagnons prenaient du repos, un repos bien mérité.
_________________
Mai
Citation:




    A Dante Tommaso Ceresa.


    Mon italien,

    Merci pour tous ces mots que vous murmurez à votre plume afin d’égayer mes journées, de prendre de mes nouvelles pour m’en donner de vous en échange. Je ne sais guère l’importance que nos échanges ont à vos yeux, mais pour moi ils sont capitaux. J’aime à vous lire, à apprendre de vous, a mieux vous connaitre. Jamais jusqu’ici je n’ai eu de relation aussi profonde avec quelqu’un, sauf peut-être mon fiancé. Et encore, je ne suis pas sûr. Quoiqu’il en soit, j’en veux encore ! De vos lettres et de vous. Peu me chaut que vous soyez différent de l’homme qui m’a sauvé à Paris cette hiver. Celui qui m’écrit me plait tout autant si ce n’est d’avantage. Ne doutez plus de cela à l’avenir, cela me blesserai infiniment.

    Je suis d’ailleurs navrée d’apprendre que votre compagne ne se porte pas au mieux. Prenez grand soin d’elle jusqu’à votre arrivée chez moi, je m’occuperai du reste. Ma santé fragile a pour seule avantage de me faire connaitre les meilleurs médicastres de l’Ouest. Ainsi, si cela venait à s’aggravé, votre amie serait soigné au mieux. Je lui ferai préparer la petite chambre du sud. C’est la plus agréable en ce moment. Quand à vous, si les cieux étoilés vous manque tant, mes palefreniers trouveront sans doute à vous faire une place dans mes écuries. Je m’en voudrai de trop bien vous accueillir chez moi, mon bel ami ! A quoi bon une couche confortable quand on peut avoir un tas de foin ? La Marquise que je suis se le demande bien.

    Si vous consentez cependant à vivre au château en ma compagnie, je me ferai un plaisir de vous montrer mon domaine. Cucé est entourée de grands jardins, et d’une forêt dans laquelle serpente la Vilaine. Si le temps est clément nous pourrons nous y promener. Je prévois aussi un voyage dans le sud de la Bretagne. Ainsi je vous montrerai mon île de Groe… Je n’y vais que rarement car je ne sais pas naviguer, mais c’est un endroit magnifique ou la mer se confond avec le ciel. Après avoir vue cela, vous ne voudrez plus jamais repartir pour votre Italie natale ! C’est bien pour cela que je compte vous y emmener, d’ailleurs.

    Mais oublions mon plan machiavélique je vous prie. Quelques jours après votre missive, j’en ai reçu une autre qui a éclairé certain de vos propos. Le barbu qui vous accompagne m’a écrit et m’a parlé de vous. Ainsi ne me voilà plus l’unique Kermorial dans votre vie! J’en suis chagrine de devoir partager cette place, mais un peu soulagée aussi … D’après ce qu’il m’écrit il s’agit de mon cousin, mais je ne le connais absolument pas. Confiez-moi vos impressions sur lui, mes appréhensions sur sa personne sont nombreuses. J’aimerai votre avis avant de le rencontrer. Comment est-il ? Est-il sympathique ? Souriant ? Amicale ? Est-il un homme de valeur ? Allons-nous bien nous entendre selon vous ? Je suis si impatiente de le rencontrer, moi qui n’est jamais connue ma famille maternelle ! Ce fameux barbu détient en lui une partie de mon histoire familiale. C’est une raison de plus pour que grandisse mon impatience de vous retrouver.

    Vous ne pouvez imaginer, mon bel italien, à quel point vous me manquer. Ici, il ne se passe pas grand-chose, du coup je vous attends… Je suis la plupart du temps seule au château. L’après-midi, Ascelin, mon merveilleux régent, me rend visite. Je crois qu’il a peur pour moi suite au décès de mon suzerain. C’est un homme de grandes valeurs, je suis certaine que vous vous entendrez bien tous les deux. Hormis lui, je ne vois personne... Mon Vicomte m’a promis qu’il viendra me voir chez moi dans quelques temps. Ainsi je pourrai vous le présenter ! Il est un peu spécial, ce n’est pas un noble comme les autres vous verrez.

    Sur ces maigres nouvelles je vais vous laissez au long voyage qui vous mène à moi. Prenez soin de vous, mon cher ami. Et que le prodigieux messager qui vous portera mes mots, vous porte aussi tous mes meilleurs sentiments. Je vous embrasse Dante Tommaso Ceresa.

    Affectueusement.



    Faict à Cucé, en terres bretonnes,
    Le 4eme jour du cinquième mois de l’an MCCCCLX


    Marie de Kermorial,
    Marquizon Saozon,
    Intron Buzay ha Enez-Groe.




_________________
See the RP information <<   1, 2   >   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)