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[RP] La Geste d'Arroya - Chapitre Premier

--Scriptum_sientia
L'Eilean Leòdhais, l'île de Lewis. Le Temps, là-bas, s'est comme arrêté. Il y a peut être déjà plusieurs milliers d'années... Ne formant qu'un seul corps avec le Na Hearadh, elle se dresse face à l'Océan depuis plusieurs éternités. Balayée par la vague et le vent, toujours elle en retient les assauts, telle un inébranlable bouclier. Ultime rempart face à l'inconnu, rien n'existe au-delà, à part la mer et les grands froids...

Et pourtant, la terre ici à quelque chose de vivant, d'accueillant, comme si les anciennes histoires brulent d'encore se raconter, se vivre. Des côtes ondulant de falaises abruptes en plages dorées, entaillées d'innombrables bras de mer au fond desquels les marées viennent s'affaler en bordure des Maraigs fertiles.

Pas de ville en ces régions isolées, à peine de villages, ne dépassant que très rarement la douzaine de foyer. Jamais plus que de grosses fermes finalement, qui parsèment la lande désolée entre les miroirs des centaines de lochs s'y disputant le moindre creux.

Et là quelque part sur la façade occidentale de l'île, où s'entremêlent la mer et la terre sous un ciel de nuages d'encre ou d'azur clair, se dressent encore d'antiques témoins de l'aube des Hommes. Les cinq dizaines de pierres levées de Clachan Chalanais. Treize en cercle, autour d'un Monolithe central, autour d'alignements courant à l'Orient, au Midi et au Ponant. Vers le Septentrion, c'est de part et d'autre d'une large allée que les pierres trace comme un chemin dépassant les horizons.

Depuis combien de siècles veillent-elles, de combien d'histoires sont-elles légataires, combien de rituels ont pris part ici? Que cachent-elles encore entre leurs sillons? S'y gravent-ils d'autres souvenirs que ceux de l'érosion?
Ronea
Sa joue effleure les plumes de Héméra lorsqu’elle se pose. Elle essaye de détacher un petit bout saignant de sa patte de lapin afin de la proposer à Héméra qui ne semble pas trop aimer. Alors elle le mange pour lui montrer que c'est bon et va même sauvagement en dévorer un autre morceau.
Aux questions d’Edrick, Rone se débattait avec le bout de viande bien trop gros pour sa bouche. Elle n’arrivait qu’à lui faire des signes de la tête. Oui, oui c’est papa qui me l’a donné. Elle mâchonne plus vite pour lui dire son nom. GObon, ‘fin Gor-bo-renne. Elle avait beau essayer d'articuler ce n’était pas facile en mangeant. Haussement d’épaule accompagné d’un j’sais pô quand il lui demande où il est.

Depuis qu’elle avait croisé Kahhlan elle savait maintenant qu’il était sur un bateau, et là, se cacher sur un bateau pour Rone c’était vraiment de la triche, de la vraie triche. Dans la dernière lettre de son père, elle avait compris qu’il jouait à cache-cache, mais sur un bateau, c’est juste pas du jeu. Elle lui en voulait, elle lui en voulait même beaucoup. La gamine lui aurait bien tout expliqué malgré tout, parce que c'est une fille et que les filles elles ont besoin de dire ce qui ne va pas. L'enfant venait enfin de déglutir quand il changea d’avis. Il voulait plus savoir. Les grands c’est pas facile a comprendre et ça change tout le temps d'avis.

Haussement d'épaule à nouveau.

Ses yeux retombèrent sur son sifflet. Il n’avait jamais changé de place. Elle ne voyait pas pourquoi aujourd’hui elle devait le cacher sous sa chemise. Ronea avait envie de lui dire zut. Elle aimait pas les commandeurs surtout quand elle comprend pas pourquoi. Mais il avait un drôle d’air et ce n'était pas pour la rassurer. Alors elle se dit que dans sa chemise ce n’est pas bien grave, des fois il s'y glissait bien tout seul alors elle pouvait bien l'y mettre, et s’exécuta. Il lui avait donné du lapin, il était gentil quand même autant pas le mettre en colère.

tu vas où ? On n’a pas fini le lapin.


Elle reprit vite un bout, et un second presque à s’en étouffer pour faire comme lui. Et puis elle eut peur un instant qu’il jette tout dans le sable. Mais ce fut de courte durée, puisqu’elle attrapa la broche au vol. Elle le regarda plier bagage avec des yeux tout ronds. Il était vraiment étrange d’un coup comme s'il avait vu des méchants approcher. La gamine regarda autour d’elle et ne vit rien. Tout était calme, on entendait que le murmure de la mer.
Lorsque Edrick étouffa le feu, elle comprit que cette fois le pique-nique c’était fini.

Alors, tu viens?

Vi, mais on va où ? Ici c’était bien. Pis j’ai pas compris ton bois d’argent là ? C’est quoi ? Et puis Théo il m’a dit de ne pas suivre les étrangers. Si j'connais ton nom t'es pas un étranger? Si?

Elle lui emboitait déjà le pas, un bout d’os de lapin dans une main, une broche dans l’autre, trottinant presque pour rester à sa hauteur et pouvoir lui poser les questions.

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Sashah
[Cadeau inattendu...]

Baignade, volupté et caresse froide sur peau nue. Nager dans les flots, le bain est le bienvenu, fatigue du voyage qui s'enfuit, l'eau glacée dénoue les muscles tendus. Elle se sent dans son élément. Au loin les reflets du soleil font des miroirs, sortent de joyaux que l'onde laisse voir...

Laisser son corps dériver, son âme partir, voilà Kalliòpê qui laisse les tourments au fil de l'eau fuir. Là bas sur la rive son géant près du feu réchauffe son corps en ce jour bienheureux.

L'âge saute un pas en soi rien de particulier, qu'importe les années que l'on a quand on arrête de les compter.

Elle regagne la berge frissonnante, se sèche comme elle peut et s'enduit d'onguents et de lotions. S'enveloppant dans une couverture trainante elle vient s'installer aux creux d'Orion. Bras qui l'accueillent, parfum alléchant de pain, de fromage et de lys trainant.

- J'ai faim... [i]murmure-t-elle en lui mordillant une lèvre, le cherchant avec douceur lui parlant bouche à bouche.

Cadeau d'Orion, parfumé et enveloppé, présent d'anniversaire d'une muse pour un homme particulier.

L'histoire ne narrera pas comment ils apaisèrent cette faim là...


[Un passeur à trouver...]

Ils avaient levé le camp dans le matin plein de brume. Chape de plomb laiteuse qui allait les accompagner jusqu'au bord de l'océan. Quitter les terres de Callanish, prendre une embarcation et traverser, voilà la mission de leur journée. Elle ne connaissait rien de cette terre, de cette contrée, de l'île où il l'avait emmené, de celle où il voulait l'entrainer, mais elle sentait tant de changement en elle.

Le paysage défilait au rythme lent de leur chevaux qu'ils avaient mis au pas pour ne pas risquer de les blesser tant le chemin était escarpé. Elle sentait déjà l'iode de l'océan proche, ils n'étaient plus très loin. Son esprit vagabondait vers les Highlands, la muse se surprenait à rêver. Rêveries que son âme lui renvoyait sans se faire prier et doucement une mélodie s'imprima en elle.

Elle la reconnut, c'était la même que celle entendue dans le vieux moulin périgourdin. Des bribes de vies défilèrent soudain devant ses yeux, la sienne et celles d'inconnus. Elle se sentait en transe, voyeuse de jours qui lui appartenait parfois, comme lorqu' elle se revit avec Rackam à son premier bal, enfant aussi courant dans les champs et de ceux qui ne lui appartenaient pas mais alors... qui étaient ces autres, tous ces autres ?

Le souffle coupé elle laissait les images en elle s'immiscer, le chant la pénétrer, se mélanger à son sang, à son âme... c'était donc ça l'appel du petit peuple d'antan ?

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Le_petit_sentier


Il avait repris direction de la ville, en évitant soigneusement le port. Profitant des quelques minutes avant que ne se profilent le risque d'un oreille indiscrète, il lui avait expliquer ce qu'il savait, plutôt, ce qu'il pouvait. À le révéler disparait l'essence même d'un secret. Pas qu'il ai juré de le protéger, non, lui est le Chasseur. Mais il a lui aussi fait serment de le garder enfoui, à sa manière. Cette gamine... Une drôle d'impression qui le tarabuste, quel est son mystère à elle...

Bois d'Argent, c'est un vieillard. Je me souviens plus de son vrai nom. Tu pourrais lui demander si tu veux. Il y a peu de questions auxquelles il n'ait pas de réponse... Pas pour autant qu'il te les donne à tous les coups... Il est un peu bizarre, mais pas méchant.

Vaguement, il lui avait expliqué qu'il espérait le retrouver quelque part entre le Limousin et le Périgord. À quoi elle avait lui avait reparlé de cet Elouen, là, qu'elle devait accompagner quelque part par là-bas. Ce à quoi il avait haussé les épaules. Mais s'il avait su, d'avance, il aurait grimacé... Si la gamine semblait calme de prime abord, il y avait quelque chose d'exaspérant à les voir jouer aux chevaliers... Toujours plus loin, il avait beau s'évader vers les souvenirs de sa belle inconnue, les frasques des gamins ne faisaient que lui rappeler qu'elle était quelque part, là au loin, et qu'il ne connaissait même pas son nom. Pourtant, l'attention attirée sur l'un ou l'autre de leurs jeux l'avait forcé au sourire, presque bienveillant... s'était chaque fois accompagné d'une secousse négative du menton... Le charme éphémère de l'innocence, pourtant l'impression que la petite fauconnière, plutôt que de s'y épanouir cherchait plutôt à l'empêcher de s'enfuir. De bien dix ans plus jeune que lui, et déjà à hausser pareillement les épaules... Mais y a-t-il un âge pour apprendre la Vie?

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Une forêt, en Périgord. Entre les collines couvertes d'épaisses futaies court quelque part la frontière d'avec les terres du Limousin, comme en témoigne ci et là d'anciennes bornes, pour la plupart avalées par les broussailles épaisses des sous-bois. Aux arbres des senteurs lourdes des pollens se trainant mollement par un petit vent d'est.

Des pas frôlant silencieusement le tapis de feuille, glissant dessus comme sans le toucher. Jambes légèrement pliées, la silhouette arquée vers l'avant, Edrick se faufile entre les troncs. Entre ses mains, son arc à courbure double, déjà armé d'une flèche, prêt à se tendre du crin et la décocher d'un seul trait. Chasseur, oui, il chasse. Quelque peu lassé du lapin et des faisans, son estomac appelle aujourd'hui à quelque chose de plus imposant, un vrai gibier, comme un gros sanglier. Comme celui dont il remonte la piste depuis quelques heures maintenant. De temps à autre il s'arrête, toujours un signe à la gamine pour garder le silence, avant de lui murmurer quelques indications au plus inaudible possible. Juste pour montrer les traces de leur proie, lui expliquer à quoi les reconnaître, et de reprendre la traque. Ils parleraient plus librement au bivouac du soir, autour du feu et d'une bonne grillade...

Des heures de traque, oui. Et pourtant, comme toujours, le point culminant de la chasse n'est jamais que l'éclair d'un bref instant. Le seul vraiment qu'il faut maitriser pleinement. Devant eux, le renâclement fouille-feuille typique de la bête entrain de glander entre les chênes séculaires. Cette fois son geste à Rone lui intime de ne plus bouger. Le sanglier est encore à une bonne quinzaine de toises devant eux, et ils sont presque sous le vent. Ils ne peuvent s'approcher plus sans risquer d'être sentis, mais le jeune homme a ce petit côté "moindre effort" qui lui ôte même jusqu'à l'idée de le contourner. Non, pas pour rien qu'il s'est fait archer. À peine quinze toises, même entre les arbres, un jeu d'enfant. Quelques pas, va s'adosser à un arbre le temps de bander son arc. Pivotement, claquement, grognement, un seul instant. Le sanglier reste un moment figé sur ses pattes, comme frappé par la foudre, attendant d'avoir la confirmation de son propre trépas. Mais la flèche plantée droit à travers son flanc jusqu'à son cœur n'y ment pas. Doucement, il finit par s'effondrer en lâchant un ultime râle. Aucune agonie, juste la vie qui le quitte...

Déjà, Edrick s'approche de la bête, son arc rangé à ses épaules et son coutelas dégainé. D'abord la vider de son sang d'une large saignée à la gorge, tranchant les deux carotides, avant de récupérer sa flèche. À genoux devant l'animal, il se retourne vers Rone avec une sorte de sourire bizarre.


Tu as déjà dépecé une bestiole de cette taille? Pas très compliqué tu sais, suffit d'un bon couteau et de savoir où trancher. Par contre, c'est assez salissant... J'espère que tu supportes la vue du sang, sinon, détourne toi quelques minutes...

Coup de lame au sanglier qu'il éventre, ouvrant un trou béant dont s'échappe déjà quelques paquets de viscères. Fouraillant à l'intérieur de la bête, il décroche l'un après l'autre les divers muscles et sphincters reliant encore la carcasse aux tripailles qu'il entasse sans grâce à côté de lui, en un tas informe et dégoulinant, suintant de sangs et autres liquides corporels. Presque à la manière d'un maître d'école, il lui nomme l'une après l'autre les organes qu'il extrait. Sans pour autant pouvoir dire à quoi elles servent, à chacune d'elle, il peut au moins lui donner trois façons différentes de la cuisiner ou de la conserver. Mais alors qu'il se met à découper les contours des pattes, du col et de l'échine pour peu à peu en arracher le cuir velu, sans vraiment qu'il s'en rende compte, ses explications changent peu à peu de nature.

Les rognons, une fois bien nettoyés, c'est particulièrement bon si tu les mijotes avec des cèpes... Je connais pas ton Père, mais je crois savoir qui c'est. Bois-d'Argent pourra peut-être t'en dire plus à son sujet. Ainsi que sur ton sifflet... Alors tu vois, la peau, si tu la garde ainsi sans la tanner, elle pourrira rapidement. On a pas vraiment ce qu'il faut pour, mais on pourra déjà bien la gratter pour en enlever touts les bouts de chair encore accrochés.

Joignant pour ainsi dire le geste à la parole, il tire d'un coup sec, arrachant tout un flanc de cuir avec comme un bruit de déchirure. Et de se remettre à genoux pour enfin commencer à découper les pièces de viande proprement dites.
Ronea
Pas facile de savoir quoi faire quand on a juste l'âge de raison. Rone a prit l'habitude de suivre le courant. Petit papillon perdu dans cette univers si grand, chaque étincelle est une voie possible. Edrick, il est un peu étrange mais il sait attraper des lapins et il connait un vieux qui semble savoir plein de chose et ça l’intéresse. Elle retient ses questions pour le vieil homme Bois D'argent.
A ce qu'elle avait compris, Elouen et elle n'allait pas désobéir à Théo. La maison de l'homme était dans la même direction. Et puis avoir un grand avec eux sur les chemins c'est un avantage certain.

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Une forêt, en Périgord. Elle imite son ainé. Elle a bien compris qu'elle ne doit pas parler et les gestes sont autant de question. Elle écoute et apprend. Elle escalade les troncs sans bruits, glissant pour la descente quand Edrick les enjambes. Elle ne bronche pas même si la marche pour elle est longue. Elle lui dirait bien qu'elle a mal aux pieds, qu'elle a une écharde dans la main, et que les ronces ça fait mal aux mollets. Mais il a dit de ne pas faire de bruit et malgré son caractère tout feu tout flamme la petite se retient. Un festin se prépare et elle ne veut pas faire échouer leur plan. C'est comme une grande partie de cache-cache mais on ne connait pas qui ont doit trouver. C'est palpitant et Ronea sait se faufiler. Tout ce qu'il lui dit elle l'enregistre. Les traces de pas, les excréments, les branches cassées, elle observe et prend tout ce qu'il veut lui donner.

Ses yeux sont comme envoutés par celui qui doit lui apprendre à tirer à l'arc. Elle sait qu'on ne peut pas manger avec juste une fronde. Étrange pour une enfant si petite d'avoir autant de maturité quand il le faut. La vie ne l'a jamais épargné et même si elle ne peut pas le formuler, la gamine sait que les adultes peuvent lui apprendre ce qui lui permettra de survivre et qu'elle ne doit rien laisser passer.

Son cœur bat quand il bande son arc. Elle coupe sa respiration, restant immobile comme si un souffle de chaton pourrait faire fuir cet animal imposant. Il est là, insouciant de ce qui va lui arriver. Elle est là, espérant qu'il sera touché. Elle n'ose pas bouger jusqu'à ce que la masse touche le sol. A ce moment, tout ce qu'elle avait retenu depuis des heures sort dans un grand cri.

Tu l'as eu! YOUpiiiiiiiiiiiiii! T'es trop fort!

Elle exulte. Rone saute en l'air, elle crie victoire. Toutes les consignes sont abandonnées, toute la forêt peut entendre le chant du trépas de l'animal. Une vie pour une autre. Elle court vers l'animal mort. L'attente a été si longue que la victoire n'en est que plus belle.

Tu as déjà dépecé une bestiole de cette taille? Pas très compliqué tu sais, suffit d'un bon couteau et de savoir où trancher. Par contre, c'est assez salissant... J'espère que tu supportes la vue du sang, sinon, détourne toi quelques minutes...


J'ai pas peur et le sang j'en ai vu plein dans la bataille.

Elle a déjà connu le son des épées qui s'entrechoquent, les blessures de ceux qu'elle connaissait et le sang qui colore les tuniques et les armures.
Devant l'animal mort elle pourrait avoir du dégout, elle n'a que l'envie de regarder.
Elle n'en perd pas une miette. Le couteau qui tranche, le sang coule comme une fontaine. Elle s'amuse à voir les entrailles se déverser mollement sur le sol, trouvant même cela marrant. Elle renifle l'odeur acre et chaude qui s'en dégage, L'enfant aurait même envie de toucher le globuleux et le visqueux. Elle l'aide à retirer les morceaux encore chauds et sourit à cette sensation.

Elle boit ses paroles et lève un œil sur lui quand il parle de son père et de son sifflet. Rone reste un moment à penser. Penser à son père toujours avec tant d'interrogation qui lui passe en flash dans l'esprit. Ne comprenant pas sa disparition, ne comprenant pas les lettres, ce qui s'était passé, le pourquoi du comment. Comment on peut être ensemble tous heureux et d'un battement de cil se retrouver seule dans ce monde. Elle a comprit que lorsqu'on lâche un drapeau parce que c'est trop dur, qu'on en peut plus, on est punie de sa faiblesse. Rone ne lâchera plus jamais rien même si elle doit en mourir. Elle a juste comprit que ce qu'on a un jour, le lendemain cela peut disparaitre si on renonce. Rone profite des bons moments comme si c'était le dernier.

Ses yeux retournent sur l'animal qui ne ressemble plus à ce qu'il était il y a quelques minutes. Elle ne fait pas le lien, mais pour lui aussi en quelques secondes sa vie à basculé. Ce n'était pas un boulet de canon dans une coque. Ce n'était pas la solitude d'un réveille à l'aube. Mais c'est si peu différent.

La peau cède et Rone s'en empare. Ces grand yeux font le tour de ce qui peu lui servir au sol et elle empoigne une grosse pierre. Elle commence à gratter pour retirer les petits bouts qui restent, pour pas que ça pourrisse, même si ce n'est qu'avec une pierre trouvé au sol et que cela n'a pas beaucoup d'effet. Elle veut participer, comme un bon petit soldat qui n'a pas besoin qu'on lui donne des ordres.

Elle rêve déjà au feu de bois, à la viande grillée, à ce partage de la victoire. Mais aussi à cette rencontre. Celle avec le vieux. Elle se prépare à le rencontrer parce qu'un vieux c'est souvent très moche et que peut être il lui fera peur. Mais Edrick lui a dit, il n'est pas méchant.

Bois d'Argent c'est encore loin sa maison? T'es sur qu'il est pas trop moche?

Question surement étrange mais pour cette enfant, le moche veut dire tellement de chose. Tout ce qui peut lui faire peur, tout ce qui peut être dangereux, tous ceux qui la font pleurer sont des "moches". Les "beaux" ,par contre, sont tous des gentils, des attentionnés. Il n'y a là aucune considération de beauté, juste de ce que les gens dégagent pour elle.

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Gorborenne
Non, de fait, il est certain, l'Histoire rarement se souvient du Désir, de la Faim. Pourtant Orion ne serait oublier ce matin-là. Cette façon qu'elle avait mise à venir se lover entre ses bras. Sa peau nue sous la couverture, encore fraiche de l'humeur du lac, d'une chaleur pourtant appelant à l'aventure. Oui, il y avait quelque chose d'autre ce matin-là, quelque chose au désir des caresses se perdant à ses doigts. À leur Amour, et à ce qu'il engendrera... Des bras, des lèvres s'étaient enserrés. Comme distraite, la couverture avait glissée, comme un rideau sur un scène, la laissant à s'imaginer...


Sur les eaux azurées du détroit séparant l'île de l'Écosse, une barge à fond plat, voilée d'un petit carré de toile se joue de nonchalance entre les bourrasque soulevant des gerbes d'écumes. Construite sur le modèle des embarcations du Northland, le bateau a des allures de drakkar, mais en bien plus modeste. À l'arrière, disparaissant sous un chapeau à large bords, le vieux pêcheur mène sa barque avec des airs de Charon leur faisant traverser l'Achéron. Assis sur une banquette, Orion resserre un bras autour des épaules de Kalliópê.

Même si leurs âmes en ces mondes sont à l'errance, ils n'ont rien des défunts, et ce n'est non plus vers les royaumes des morts qu'ils se rendent. Non, ici, le Temps à peut être vaincu, mais la Vie y demeurera après qu'il ait disparu. Oui, à mesure qu'ils remontent un des bras de mer, toujours plus profondément à l'intérieur des terres, Orion ressent peu à peu cette pulsation qui sourde autour de lui, comme un écho fugace où s'entrechoquent le passé et l'avenir.

Clachan Chalanais... Pour l'atteindre, combien de lieues ont-il marchés? Combien de vies ont-ils traversés? Dragons qui se tiennent sur le seuil, entre les premières pierres levées de la longue double allée. Main dans la main, doucement, prudemment, s'avancer... Tant de chose autour d'eux, à respirer. Au pas de l'Aveugle, quelque chose de troublé, ressenti étrange qui vient à le gagner. Comme l'impression de voir, au delà de son obscurité, d'un regard embrassant le monde sans pour autant s'y trouver...

D'un geste hésitant, il ôte le bandeau de jais en couverture de ses yeux. Timide d'abord, les ouvre un peu. Comme s'il craignait d'être ébloui après avoir arpenté trop de nuits. Devant lui, il les voit, oui, les pierres levées, mais la nature tout autour est aux couleurs de l'été. D'un été d'avant ou d'après? L'impression d'arpenter un cimetière ou s'enterrent les années, ou le Temps et la Vie s'entremêlent à se figer. La sensation de quelque chose qui se cache tout bas... Quelque chose qui s'est passé aux autres lieux de cet endroit, dans un futur lointain, où un un autrefois...

Tout ceci c’est déjà produit, tout ceci se reproduira…

Peu importe quand finalement, ce qui importe souvent, c’est le comment, ou le pourquoi….. Pourquoi cette histoire ? Comment en sont-ils arrivés là ? Tant de questions sans réponses, où peut être pas……. Il y a ce que le récit raconte, et ce qu’il omettra……


Qui sommes-nous ?

Tout avait commencé par cette question. Assise au bord d’une falaise, la jeune Caprica toisait son compagnon d’un œil curieux, une longue mèche d’argent lui barrant le regard. Altaïr, lui, laissait ses yeux se perdre à jouer de contrastes de profondeurs avec la voute étoilée… Silence qui plane un moment, laissant place à quelques murmures à peine soufflés, presque distants…..

Nous sommes des Dragons, ma Tendre…. Que voudrais-tu que nous soyons d’autre ?
Je l’ignore…. Je veux dire, je sais bien ce que je suis…
Alors pourquoi poses-tu la question ?
Pourquoi est-ce que nous sommes des Dragons ? Qu’avons-nous donc en nous qui fait défaut aux autres ? C’est cela, ma question…..


Altaïr laissa échapper ce qui pourrait paraître un soupir, mais son souffle, même chargé de ses mille années, pourtant, restait léger, une brise fraiche et chaude à la fois, qui s’envola par-dessus les vallées, portant dans les montagnes un peu de printemps où d’été…..

Si tu sais qui tu es…… Ne peux-tu trouver toi-même la réponse que tu cherches?

Le regard de la jeune à la mèche d’argent dériva un moment sur les barrières de l’horizon, s’attardant çà et là sur les contrastes d’une ramure, le détail d’un plumage….

Je ne sais pas…. Plus je la cherche, plus elle m’échappe……

Ces yeux revinrent sur son compagnon, une larme s’évadant de façon furtive, glissant le long d’une joue opaline.

Je suis jeune encore, peut-être je manque encore d’expérience……. J’ai parfois l’impression d’être juste……. Sans présence…… à peine plus qu’un reflet…… une absence…….
Peut-être est-ce là un début de réponse ? Le Monde se souviendra des Dragons, quand bien même nous aurons disparus des demains. Ainsi, nous serons tout ! Ainsi nous seront tout, oui, mais pour être tout, aussi faut-il savoir n’être rien……
Que veux-tu dire ?


Altaïr repartit d’un de ses long mutismes, mais d’un mouvement furtif se rapprocha de sa compagne, étendant sur elle autant qu’il pouvait une aura protectrice, comme la prenant sous son aile. Les étoiles indifférentes poursuivaient lentement leur céleste nocturne, résonnant de scintillantes harmonies berçant la tiédeur de la nuit.

Crois-tu vraiment que je sois plus sage que toi ma Mieux-Aimée ? Nous avons beau être parmi les plus vieux vivants des mondes… non, nous n’avons pas le savoir ultime, pas plus que n’importe qui d’autre….
Mais, je vais essayer de t’expliquer ce que j’ai appris à sentir, ainsi qu’Arroya me l’a enseigné : Vois les vivants de ce monde et des autres, laisse ton regard porter aussi loin que l’horizon où les étoiles s’efface….

Le Tigre est solitaire, le Loup est solidaire….
L’Ours est puissant, le Renard intelligent….
Le Faucon est rapide, l’Aigle inflexible….
Le Requin implacable, le Saumon insaisissable…

Le Dragon n’est que Dragon, et cela lui convient
Ainsi peut être il chacun, sans n’être d’aucuns….
La seule certitude est le Choix, qui restera tiens….

Ainsi a résonné en Avalon le jour de notre matin,
Ainsi sonnera aux mondes celui de notre Fin,
Du seul poids de nos Rêves, oui, pas de celui du Destin…


La jeune Caprica se laissait aller à s’imprégner de l’émane d’Altaïr. Ses yeux fermés, c’est du regard de l’âme qu’elle suivait ses paroles d’un monde à l’autre, de Féérie à celui des Hommes, de leur frontière, en cet instant si ténue qu’elle se diluait presque dans l’Espace et le Temps...

Une main tremblante qui se pose au contact du monolithe trônant au centre du cercle de pierres. Orion qui se tient là, comme hagard. Kalliópê à ses côtés, sur qui il pose son regard. À la profondeur des encriers, ombres émeraudes en reflet. Comme d'un flamme recouvrant son intensité, pourtant encore, demi voilée. Incapable de prononcer le moindre son, des mots qui ne seraient les siens entre rêves et impressions. Des yeux qui se promènent à la découvre d'Elle, une main qui se pose délicatement sur son bras. Sont-ils encore en cet ailleurs, sont-ils toujours là?

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Sashah
La barge glisse doucement sur l'eau dans un clapotis que semble étouffé la brume. Le brouillard étouffe tout, les rames en deviennent presque silencieuses, le passeur connait son affaire, malgré le peu de vision ils arrivent à bon port. Instant de suspension du temps dans leur voyage, à peine le pied posé, elle ressent quelque chose de violent. Inexplicable en somme, mais qui s'infiltre inexorablement en elle.

Ils doivent se rendre un peu plus au nord, le chemin lui parut long et à la fois de courte durée. Son esprit divaguait, cela faisait un temps qu'elle n'était plus vraiment la même. Et plus ils se rapprochaient de leur destination finale, moins elle le monde extérieur. Ses pieds semblaient avancer seules, les doigts qui enserraient ceux de son géant, semblant dotés de vies. Car sa présence elle la ressentait, ses doigts sentant la chaleur de ceux d'Orion.

Ils remontèrent la double allée pleine de pierres debout, elle en avait le souffle coupé. Quelque part en elle revenait quelques phrases surgissaient, elle ignorait comment elle les avait appris, mais elle en connaissait chaque mot.

Alors il accueilli l’astre du jour
Les yeux pleurant de lumière
Le cœur serein il devint pierre
D’aujourd’hui et pour toujours


Elle caressa du plat de la main une lourde pierre, une larme perlant au bord des cils. Orion à ses côtés retira son bandeau, plongea son regard dans le sien et posa sa main sur son bras. Ils étaient là, dans leur futur, dans leur passé, elle ne savait plus vraiment où ils étaient. Alors elle invoqua les anciens dans un murmure presque un souffle :

Eveillez-nous,
Réveillez-vous et rayonnez à travers notre monde !
Ô souffle des dragons, grands et puissants,
Faites de nos esprits un réceptacle de Vérité.
Faites nous don de vos connaissances et sagesse,
Et enseignez nous les mystères de votre savoir.

Accueillez nous en votre cœur et votre âme
Puissions nous œuvrer ensemble pour la grandeur de notre race !
Accueillez nous parmi les vôtres,
Et menez nous vers la Perfection.

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Le_petit_sentier


Regard étrange qu'il lui adresse en réponse à sa question. Jamais il ne s'était posé celle de savoir si le vieux était moche ou non. Pour lui, rare qu'il trouve un quelconque charme à un vieillard. Peut-être du charisme. De quelques gestes, il lui indique comme bien appuyer de son poids sur la pierre pour nettoyer le cuir plus proprement, alors que lui même en est à démembrer la carcasse, dont il accroche les jambons à une longue branche arrachée d'un arbre voisin.

On y est déjà depuis un moment. Cette forêt est sa maison. On va aller installer le bivouac un peu plus au nord, y'a un torrent je crois, on pourra s'y laver le sang des mains. Et l'odeur de la carcasse aura tôt fait d'attirer des loups. Eux aussi feront festin ce soir. Comme ça, ils viendront pas nous ennuyer, et Bois d'Argent saura où nous retrouver. Prends la peau, tu continueras là-bas, t'auras plus facile aussi au bord de l'eau.

Coutelas qui s'essuie et se range, autres affaires qui se récupèrent, et la branche à jambons vient se hisser à son épaule. Déjà s'en repart d'entre les arbres, d'un pas tranquille, de promenade en fait, contrastant avec les heures de traque éreintantes. Mais il ne vont guère loin, déjà les guillerets clapotis d'un cours d'eau aussi humble que rebelle se font entendre, et ils ne tardent pas à y trouver en bordure une sorte de trouée entre les arbres, où ils pourront s'installer confortablement, dresser un semblant de camp: quelques pierres mise en rond, un tas de bois sec cueilli au bas des arbres alentours ainsi que quelques champignons amadouviers arrachés à l'écorce d'un large chêne. Quelques instants à Edrick aussi pour se trouver des pseudo perches qu'il plante dans le sol de part et d'autre du trou à feu pour y suspendre sa branche à jambons, expliquant au passage que fumer la viande permet de la garder plus longtemps, et que c'est meilleur au goût que de la saler dans des tonneaux de saumure. Mais encore faudrait-il allumer le feu... Et comme au moment de dépecer la bête un peu plus tôt, il explique au fur et à mesure ses geste à la gamine.

Faut que ton feu soit abrité du vent, sinon, il va s'éteindre ou se consumer trop vite. Pour ça qu'on l'entoure de pierre, pour le protéger. Par contre, c'est bien de laisser quelques interstices à la base, pour quand même laisser passer l'air, ça te le gardera bien chaud. Ensuite, tu entasse ton bois, d'abord quelques feuilles, des trucs secs, comme les champignons là. Faut pas les manger ceux-là, mais l'amadou, ça brûle très bien. Ensuite, tu mets tes branches en pyramide, d'abord les petites, puis les plus grosses. Les bûches, tu ne les rajoutes qu'après que tout soit bien allumé.

Sourire satisfait devant l'échafaudage ligneux prêt à s'embraser, il ressort son coutelas, l'accompagnant de sa pierre à feu et d'un bout d'amadou qu'il s'est gardé pour l'allumage. Quelques coups du métal sur la pierre fournissent rapidement les étincelles nécessaires, et déjà quelques flammèches lèchent en grandissent au long des fibres, faible lueur qui nait, se repend peu à peu entre les brindilles. Doucement, Edrick souffle par la base, avivant peu à peu les flammes qui se propagent à l'intérieur du cercle de pierres, grandissant peu à peu, jusqu'à donner naissance à un véritable feu. Mais brusquement il se redresse et se retourne, scrutant l'obscurité retombant alentours avec l'avancée du soir.

Insouciant tu es mon jeune apprenti. Il te faut sentir toute chose, pas seulement le danger...

Une voix, surgissant d'entre les arbres à l'opposé d'où le jeune homme regarde. Edrick se retourne cette fois en bonne direction, souriant comme une silhouette se découpe d'entre les ombres de la futaie. Une sorte de long manteau de coupe douteuse, d'entre la tunique de route et la bure du moine, d'une couleur d'écorce l'air plus vieille que les chênes centenaires de la région. Capuche relevée dissimulant un visage d'où ne se distingue qu'une longue barbe drue luisant comme autant de fils d'argent entremêlés. La branche de hêtre tordue sur lequel il semble s'appuyer semble plutôt tenir d'un sceptre que d'un bâton de marche. De sous l'ombre de son capuchon, son regard se dirige vers la fillette, comme une sorte de sourire qu'on pourrait voir se dessiner sous son épaisse moustache.

J'ignorais que tu avais un sœur.

Edrick que regarde Rone surpris par la réplique du vieux, puis hausse des épaules avant de s'agenouiller devant le feu, et de se mettre à apprêter un des jambons à une véritable cuisson.

C'est pas ma sœur. C'est Ronea. L'ai rencontrée en Gascogne y'a quelques semaines. Elle a un sifflet qui donne la triple-note. Son père qui lui a donné, pour rappeler son faucon... Rone, voici Bois-d'Argent...

D'un mouvement fluide contrastant avec ses années, le vieux s'assied à son tour en face de la flambée. Jambes en tailleur, son bâton posé en travers. Un instant, il garde le silence, le regard absorbé par les flammes.

Ronea, c'est donc là ton nom? Que fais-tu donc ici aux côtés du Chasseur, Enfant?
Ronea

On y est déjà depuis un moment…
Elle avait encore pas tout compris. C’était le vieux qui allait les trouver et pas le contraire.
Ah d'accord.
Et oui, pas si étonnant que ça quand on sait que le monde ne tourne pas rond pour Ronea. C’est ceux qui devraient chercher qui attendent de se laisser trouver, ça en devient naturel.
Cette forêt est sa maison.
Elle regarde autour d’elle. Le vieux il a une sacrée grande maison.

La gamine suit chaque geste d'Edrick trottinant derrière lui, sans le lâcher d'une semelle. L'histoire des loups, ça lui rappelait un peu trop le jour où elle avait cru que le loup allait la manger toute crue. Et depuis ce jour, sur son avant bras les cicatrices des crocs faisaient en sortes qu'elle ne l'oublie pas.
Elle fut sortie de ses pensées par un papillon qu'elle aurait bien aimé attraper. Et c'est comme un jeu qu'elle alla à la chasse au bois sec. Ne perdant pas l'idée du beau papillon. Elle essaya un instant de courir après, mais l'idée des loups lui fit faire demi-tour. Savoir monter un campement c'était bien plus utile, même si elle se serait bien fait une petite récréation.
A son retour, sourire s'épanouit quand elle regarde les jambons dressées. On aurait dit comme chez le boucher. Elle s'imagina qu'ils étaient deux commençants montant leur étale sur le marcher. Durant un moment Ronea était devenu une marchande. Criant à la foule, " venez voir les jambons, ils sont frais, ils sont bons pas salé mais bien fumés! " Elle sourit sans bouger faisant sa propre histoire.

Clignement des paupières pour revenir au réel. Il ne fallait pas perdre la leçon sur le feu, ça l’intéressait.
Pierres, feuilles sèches, les champignons, tout bien sec, bois en pyramide du petit au gros. Son petit cerveau n'en perdait rien. Elle adorait être avec Edrick, parce qu'il lui apprenait plein de chose, ça lui rappelle son papa. Même si l'image de son père disparait peu à peu... il en restait les sensations.

Ses onyx fixaient la pierre de feu, attendant l'étincelle en se coupant le souffle. Il y avait comme de la magie dans ce geste. Même si elle l'avait déjà vu, sa part d'enfant faisait qu'à chaque fois c'était la comme la première fois pour Ronea. s'accroupit à coté de lui et s'abaisse pour voir comment il souffle.

Y a du rouge... y a du feu... ça y est!

Sourire aux anges, il y avait encore de la victoire dans l'air. Ses pupilles brillent en regardant la naissance du feu. Elle aurait bien aimé prendre la pierre à feu et l'amadou pour essayer aussi. Quand elle veut demander, Edrick est déjà retourné. La gamine se met en arrêt. En face d'elle, de l'autre coté y a un sorcier. Qui ressemble à ceux que les adultes aiment lui décrire pour lui faire peur. Ils mettent les enfants à cuire pour leur prendre leur jeunesse et vivre pour toujours.
Rone a peur mais elle ne bouge pas. Pas si longtemps qu'elle a comprit que plus tu pars plus tu as peur, mais ce n'est pas comme ça qu'elle pourrait le dire. Rone, observe. Sa bouche est ouverte pour mieux respirer et ne pas paniquer. Mais la voix ne semble pas être celle d'un méchant sorcier. Et quand il semble la regarder, il a pas l'air de vouloir lui faire du mal. Edrick ne semble pas avoir peur. Alors quand il parle d'elle est se détend.

Quand Edrick répond pour dire qu'elle n'est pas sa sœur, elle hausse les épaules en même temps que lui. Elle aurait bien aimé que ce soit son frère, ça serait trop bien pensa-t-elle.
La gamine ne quitte pas des yeux cet homme tout le temps qu'il s'approche et lui parle. Et là, elle n'a plus peur du tout, elle lui montre son sifflet avec un grand sourire. Parce que depuis qu'Edrick lui a dit qu'il était spécial, Rone a l'impression d'avoir un merveilleux trésor et ça la rend fière. Le pauvre homme vient de lui posait une question et c'est avec enthousiasme qu'elle lui répond:

Vi, m'appelle Rone. J'suis tombée sur Edrick près de la mer, quand je jouais sur les dunes. Alors on a mangé du lapin et pis lui il a vu mon sifflet et puis, il a dit que toi tu savais tout tout tout. Et que si je te pose des questions, toi tu sais, parce que mon papa, Gorborenne il m'a perdu et ma maman Isa elle est cachée. Première grande inspiration mais elle reprend aussi vite pour être certaine de bien répondre à la question et qu'elle puisse tout dire avant qu'il ne disparaisse comme il était venu.
Après on a marché avec Edrick et Lou, mon copain, pour venir ici. Parce que Théo il est amoureux de Kahhlan et il voulait trop rester avec elle. Théo c'est le papa de Lou, mais il s'occupe tout le temps de moi depuis qu'y a plus papa. Pis Lou il est resté au château de sa maman et nous on est venu faire la chasse dans les bois. J'savais pas que c'était ta maison ici. Elle est rudement grande ta maison. Mais.. . Rone hésite un peu puis... Mais quand il pleut tu vas où?

Cela ne lui avait pas échappé que la forêt c'était quand même pas comme une auberge avec des murs et un toit. Rone aimait être en bivouaque mais quand il fait froid ou il pleut les vraies maisons c'est quand même mieux.


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Longtemps, le Vieux était resté ainsi, le regard rivé aux flammes, remuant si peu qu’on aurait pu le croire entrain de se pétrifier lentement à leur chaleur. Ses mains osseuses jointes devant lui apparaissaient à peine entre les replis de ses larges manches. S’il en était un pour peser ses réponses, le vieux Bois-d’Argent était surement un spécialiste du genre, à les tourner, les retourner, à tel point qu’au moment où il les donnait, il arrivait plus d’une fois que son interlocuteur ait lui-même oublié la question. Pourtant, cette semblance d’apathie se trahissait à la vivacité de son regard, scrutant au-delà du visible des choses, jusqu’à leur nature la plus profonde. Une sorte de sourire indéchiffrable qu’il adresse au jeune homme, comme d’un vieux professeur devant sans cesse rappeler des évidences à son élève.

Tu ignores tout de ton père, et tu n’as vu ta mère depuis bientôt dix ans. Sur quoi bases-tu la certitude qu’elle n’est pas ta sœur ? Et tu sais comme moi qu’il y a d’autres voies que le sang pour décliner le sens de la fraternité… Vos épaules l’ont déjà compris à ce que je vois…

Edrick les haussa en réponse, vrai qu’il n’avait pas pensé à ça. Le Vieux avait toujours cet art de lui faire voir d’autres sentiers, même – surtout ? - au beau milieu des ronces. Bois d’Argent, tout à sa façon d’enseigner à regarder sans pourtant jamais rien montrer. Ainsi lui avait-il appris les voies du Chasseur, à trouver ce qu’il ne cherche, à accepter ce qu’il n’attend. Qu’aurait-il pu répliquer à cela ? Non, il préféra plutôt conserver son mutisme et ramener sa concentration sur la cuisson du jambon dont la graisse dégouttait déjà en frétillant dans les flammes du feu de camp. Bois-d’Argent, lui, ramena attention et sourire à l’adresse de la gamine.

Mon jeune apprenti ne s’est pas trompé sur ce point, je connais le coureur des sylves qui l’a précédé en tant que Chasseur du Petit Sentier. Gorborenne aussi fut mon élève, il y a de cela tant d’années, bien avant que la flamme d’Orion ne se mette à le brûler…

Mais à la question de la gamine, il s’interrompit pour laisser s’échapper un rire sonore, de ceux que l’on associe aisément à un vieillard, plus facilement encore s’il avait été vêtu de rouge et blanc avec des grandes bottes et sur le dos une large hotte. Mais il n'y avait que vieille bure d'écorce s'agitant du rire comme d'une propre bonhomie amusée. D’un geste lent de la main, il balaya la forêt alentours.

Ma maison me suit partout où je me trouve… Si tu apprends à connaître les arbres, ils te nourriront de leurs fruits. Et leur sucre sera gorgé du soleil et de la pluie dont ils t’auront protégé. Vivre et faire vivre, tel est la raison des arbres et de la forêt. En quel autre lieu aurai-je besoin d’aller ?

Contraste brusque, à peine une seconde c’était un grand-père jovial, revoilà le Vieux à voix et intonations mystérieuses d’un sorcier ou autre savant de l’étrange. Même à l’ombre de sa capuche, son regard semblait luire d’un étrange éclat reflétant la danse des flammes du feu de bivouac.

Et toi Enfant ? Je doute que tu as suivi Edrick depuis la Gascogne juste pour savoir comment je m’abrite de la pluie. Le Chasseur ne t’as pas menti, il est certaines choses que je sais, d’autres que je sens. Mais toi, que cherches-tu ? La réponse à tes questions, où la question à tes réponses?

À nouveau jointes entre ses genoux devant lui, les mains calleuses du vieillard semblaient se serrer entre elles, comme animées d’une volonté propre, comme une sorte de seconde conscience rappelant à ce vieux clou la nébulosité de ses énigmes.

Regarde-toi Enfant. Tu es venue jusqu’ici. Ce voyage est déjà une réponse à toi-même. Mais quelle est là question qui t’a poussée à l’entreprendre ? Tu es Ronea, qui joue dans les dunes, voyage avec Lou en compagnie d’Edrick… Mais quel est le nom de celle qui arpente les sentiers à l’affront du monde, qui suit le Chasseur et commande aux Faucons ?

Cela est ta Question… Et la réponse, je pense que tu l’as déjà…
Ronea
Bouche bée, elle aurait pu gober des mouches. Ce vieil homme l’impressionnait. Il ne lui faisait pas peur, mais ça façon d’être, de parler, il sentait la vérité. C’était comme si elle vivait un rêve. La nuit d’étrange combat faisaient rage et même si le matin rien ne se voyait, elle avait du mal à s’en séparer. Avec le temps, sortie de son cocon familial, elle avait appris à taire tout ce qui pouvait être trop étrange pour les autres. J'ai 7 ans mais je sais que vous n'aimez pas ses choses là. Elle ne parlait presque plus de dragon ni de ses poursuites dans les bois, même si toutes les nuits elle y retournait et que souvent elle le faisait revivre la journée dans ses jeux.

Ce vieil homme en quelques mots la fit replonger dans ce monde là. Les histoires de son père remontaient comme des vagues douces. Elle aurait pu répondre aussitôt qu’elle était Rone Corleone de Bois Cendré, mais elle ne le fit pas. Autre chose lui venait en tête, et elle se débattait pour faire fuir ce nom qui lui était resté en mémoire. Le nom que son père lui avait dit dans une lettre, mais comment l’homme pouvait le savoir ?
Son père disait toujours plein de chose qu’elle ne comprenait pas toujours mais il arrivait à les lui faire sentir. Ce soir, Bois d’Argent lui faisait le même effet.
La lettre de son père, elle ne voulait plus y repenser. C’était le moment où elle comprit qu’elle devrait se débrouiller seule. Moment charnière de vie. Mais pourtant cette lettre qui ne lui plaisait pas, la gamine la connaissait par cœur. Demandant et redemandant qu’on lui lise et la récitant seule quand elle n’arrivait pas à s’endormir.

Rone regardait le feu. Les flammes s’amusaient encore avec le bois. Elles grignotaient en secret sans que personne ne le voit.
L’insaisissable, le vent qui chasse puis celle qui arpente les sentiers à l’affront du monde, qui suit le Chasseur et commande aux Faucons. Les phrases tournent dans sa tête. C’était pareil. C’était la même chose. Elle marche sans cesse, pas une armée ne l’arrête, elle est passé partout où il ne fallait pas. Et puis pourquoi lutter contre une pensée ? Normalement l’enfant est spontanée. Peut être que l’homme revêt plus d’importance qu’il n’y parait. Son père était l’élève de celui qui se tenait tout près, mais d’un coup elle laisse échapper.

Pourquoi quand tu me parles je veux dire que je suis Artémis ?

Les grands yeux sombres de l’enfant ne le quittaient plus. Cette fois-ci elle n’avait pas besoin d’en dire plus, tout ce qu’elle voulait savoir c’était cela.

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Le jeune homme s'affairait à tisonner les braises pour redonner un peu de corps aux flammes, rajoutant un buche pour les nourrir après avoir retiré le jambon grillé à point. De besace, un pain noir dont il tira quelques tranches pour y présenter celles de viandes aux deux autres. Le Chasseur savait que le Vieux pouvait se passer de nourriture pendant plusieurs jours, au point qu'il en oubliait parfois que certains étaient plus sensibles à ce genre de besoins. Mais Edrick, à la fleur de son âge, n'aimait les longues discussions que s'il avait le ventre plein.

De temps à autre, il jetait un œil discret vers la gamine, une lueur d'intrigue s'y animant au fur et à mesure que Bois d'Argent débitait ses énigmes, allant jusqu'à hausser un sourcil plutôt que ses épaules lorsque fut évoqué le nom d'Artémis. Non qu'il y comprenait quelque chose, ce mystère n'était pas le sien, pourtant, sa curiosité se piquait au vif. Pourtant, il se garda bien d'intervenir, se contentant d'écouter en avalant sa portion. Écouter, oui. Pourquoi est-ce toujours la première chose qu'un vieux bavard enseigne à ses disciples?


Artémis... Ainsi voilà donc le Nom que tu portes en tout endroit et toute époque.

Le Vieux, lui, opinait sous sa capuche à la réponse de la fillette. Mais prît quelques longues minutes avant de répondre, mastiquant pain et jambon, lentement, par égard à l'usure de ses dents. Son regard ne quittait guère la virevolte des flammes, comme hypnotisé, et pourtant, tourné à l'intérieur de ses pensées. Il méditait. À la signification de tout ceci. Non qu'elle lui échappait, mais elle intriguait ses vieilles années. Doucement, un sourire étrangement serein venait à s'esquisser. Elle sentait sans savoir, savait sans comprendre...

Je vais te raconter une vieille histoire... la Légende du Premier Dragon.

De par les Mondes et les Âges, il y a toujours eu des Rois et des Dieux, des Peuples et des Croyances. Mais de toutes ces choses ne sont qu'éphémères grains de sables entre les rouages où s'entretisse la Vie et le Temps. Car vois-tu Enfant, si le Temps est seul Éternel, face à lui, la Vie demeure immuable... Il est pourtant un nom qui traverse les Légendes, celui d'Arroya, le Rêveur Originel. Le Premier des Dragons. Non pas le premier à être apparu, non, car il n'est jamais apparu et à toujours été là. Son existence est affranchie de l'emprise du Temps et de la Vie. C'est en cela qu'il est le premier, et finalement, peut être, le seul véritable Dragon. Lui seul reste et demeure maître absolu de sa propre existence. Entre l'Éternel et l'Immuable, il est la force de l'Infini.

Regarde autour de toi, cette forêt que tu as traversée, ce sanglier que nous mangeons. Ils sont ici et maintenant. Mais, ils sont aussi ailleurs, ils existent en d'autres temps. Devant tes yeux, ils sont fort différents d'il y a quelques heures. Pourtant, si tu les fermes, ils sont encore bien vivant au monde de tes souvenirs. Toute existence ne cesse que lorsque le Temps la balaye dans l'oubli. Quel Roi a encore du pouvoir si son Royaume a disparu, quel Dieu inspire la crainte quand personne n'y croit plus? Mais Arroya se souvient de lui-même, il est un monde à lui tout seul.


Les reflets brillant au fond des yeux du vieillard semblaient danser au timbre de sa voix. Edrick l'avait souvent vu comme ça, à chaque fois qu'il égrainait ses récits et sa douce folie. Le Chasseur connaissait cette histoire comme nombreuses autres épopées que Bois d'Argent lui avait contées et racontées. Tant de récits improbables, de légendes impossibles, de métaphores de vérité indicible. Même s'il goutait encore à l'écouter, le Chasseur avait déjà depuis longtemps puisé à ses enseignements de quoi arpenter ses propres réflexions. Il savait la place qu'il tenait parmi les histoires. Arroya, le Premier Dragon, le Flamme d'où jailli la brûlure du Rêve. Cette Flamme, il ne pourrait jamais que s'y réchauffer. Aussi bien que le Vieux, le Jeune Homme le savait, seules les âmes des Dragons peuvent l'animer... Plus que le savoir, Bois d'Argent était l'expression même de cette condition. Celui qui connaît toutes les portes, sait ce qu'elles cachent, et pourtant ne peut se les ouvrir.

Un monde, dont tu es partie, ainsi que ton Père. Je suis peut être capable de voir les lieux et les époques invisibles, mais toi, tu as les ailes pour aller à ta guise des uns aux autres. Tu es Ronea, une enfant errant sur les routes des Hommes. En d'autre mondes portes-tu peut être d'autres noms, mais entre l'Eternel et l'Immuable, tu es Artémis des Dragons.

Edrick est le Chasseur, mais les pistes qu'il traque sont les empreintes des Hommes. Orion, toi, d'autres avant, d'autre qui viendrons, tous Dragons à déployer les ailes de vos rêves, vous chassez le Temps et la Vie à travers l'Infini.
Ronea
Ce que lui racontait l’homme ne surprenait aucunement la gamine. Les choses entraient en elle comme si on écrivait sur des pages qui avaient déjà en elle l’histoire. Ses yeux s’illuminaient de se savoir qui lui manquait et les explications venaient remplir des parcelles de ce qu’elle croyait afin d’en faire un file cohérent. Son regard avait circulé sur tout ce qui l’entourait, comme si elle pouvait voir Arroya. Elle savait qu’il était là, autour d’elle, comment elle ne pourrait le dire mais elle ne s’était jamais sentit seule dans la nature, elle pouvait passer des heures à jouer avec Héméra sans jamais se sentir seule et vulnérable. Il y avait autre chose qui importait elle le savait.

Elle ferma les yeux et revoyait le sanglier qui tout à l’heure fouinait dans la terre à la recherche de nourriture. Oui, il existait encore, il avait raison. Elle voyait aussi sa souris Lulu lui grimpait sur le bras et s’emmêler dans ses cheveux, cela lui sortit un sourire.

La gamine opina de la tête. Tous ses rêves n’étaient pas en vain, elle les vivait sans pouvoir les partageaient avec tous mais ils faisaient partie de sa vie et la conduisaient toujours là où elle devait être.
Étrangement à ce moment elle se sentit plus légère comme si les conflits en elle s’évanouissaient d’un coup. Elle voyageait cherchant depuis des mois à savoir où était sa place mais sa place en fait était partout. Pour cela qu’à chaque endroit visité elle se sentait chez elle, elle investissait les lieux, les prenaient comme siens à l’étonnement de bien des gens.

Ses grands yeux couleurs de la nuit se plongèrent dans les flammes et elle se rapprocha de bois d’Argent. Elle aurait pu demander pourquoi elle. Elle aurait pu demander ce qu’allait être le futur, mais ces questions n’étaient pas nécessaires. Parce qu’elle était et elle ferait se qu’elle doit faire. Elle le savait comme un oiseau sait qu’il doit voler. C’était naturel.

Elle prit une grosse bouchée de pain et de viande, c’était bon. Elle mâcha avec énergie, après avoir apaisé son esprit c’était son ventre qui réclamait de se nourrir. Et sur son visage on pouvait voir que tout était bien. La petit bouille avait les yeux plus vifs encore qu’à son habitude, et son visage rayonnait de cet invisible. D’une force que peu pourrait comprendre. Elle était d’ici et d’ailleurs. Et n’avait qu’à redécouvrir ce qu’elle avait déjà connu et arpenté.

Après avoir déglutit Rone s’exclama.

Elle est quand même rudement bien ta maison en fait. On a bien fait de venir hein, Hedrick ?


Sa forme à elle de dire que tout ceci lui convenait. Que ce qu'il lui avait dit lui avait parlé, quand il n'y a rien a rajouter c'est que tout est clair.
Et d’un coup elle repensa à l’objet qu’Héméra lui avait rapporté celui qui semblait mystérieux.
Elle posa sur ses genoux son pain et se mit à fouiller dans sa besace. Elle y sortit des cailloux, puis son rubis et son émeraude et enfin trouva l’objet.

Comme tu sais plus que tous les autres Bois d’Argent, tu sais ce que c’est ça ? C’est Héméra qui me l’a donné y a des trucs dessinés dessus, on dirait des lettres mais pas celle que je connais. Ca vient peut être d’ailleurs?

Elle lui glissa dans la main l’espèce d’anneau aux formes ciselés.

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Le Vieux cueillit l'anneau entre ses doigts ridés par l'usure des années. À la lueur des flammes, il l'observa longuement, étudia les reflets dansant entre les ciselures de l'acier. Il savait en effet ce qu'était cet objet, mais jamais, il n'avait eu l'occasion de le contempler de ses propres yeux. Son visage affichait une sorte de sourire mêlé de joie et de craintes... Peut-être de ce qui pouvait sembler une éternité, Bois-d'Argent resta plongé dans un étrange mutisme, l'objet se tournant, se retournant toujours dans sa main, mais son regard semblait se perdre dans le lointain. Il savait, oui, ce que les Chemins prennent comme portée quand le Rêve se tisse de Vérité... Les yeux qui finalement balayèrent l'alentour pour s'assurer que personne n'écoutait...

Ce sont bien des lettres oui... ce sont aussi des étoiles... Cet anneau est une clé...

Comme un instant, s'il hésitait à poursuivre, à mettre à jour ce qui sans doute devrait rester caché... Mais l'enfant était venue elle même à le révéler... Le temps était peut-être venu, oui, d'affronter les dangers de ce secret.

Cette clé peut déverrouiller certaines portes, mais elle ouvre surtout une route, "le Clair-Chemin sinuant à l'abri du Petit Sentier". Cette clé fait partie d'un secret. Un secret que nous avons pour mission de protéger... Edrick, moi-même, et quelques autres, nous sommes "le Petit Sentier". C'est le serment que nous avons fait.

D'un geste il lui recolla l'objet en main, lui faisant signe de le ranger.

Pourtant, nous n'arpentons pas le Clair-Chemin, non... ce choix là n'est pas le nôtre... par contre, à toi, il appartient. Tu as peut-être trouvé cet objet par hasard, mais ça n'est pas une coïncidence.

Si tu fais ce choix là, Enfant, tu seras à l'abri du Petit Sentier toi aussi. Mais encore moins que nous, tu ne finiras sans doute jamais ton errance.


De nouveau, le vieux Bois-d'Argent fut pris d'un étrange mutisme tournant un regard en direction du Chasseur. Edrick avait écouté en silence, grignotant sa pitance, et le reflet qu'il avait dans les yeux n'était pas vraiment approbateur. Bon, en même temps, Ronea était loin d'être insupportable, mais il imaginait d'ici toutes les complications que cela allait entrainer. S'ils étaient là pour protéger un secret, c'est bien que certains essayaient de le déterrer eux aussi. Ceux-là même qu'il chassait en vérité... Un instant la pensée le traversa que son vieux maître était fou d'envoyer la gamine au devant de tant de dangers. Enfin, tout dépendrait encore du choix qu'elle ferait...

Mais cela ne l'empêcha pas de conserver ce flegme lui collant à la peau. Mordant un coup dans sa tranche de viande, il haussa les épaules comme pour dire qu'il s'adapterait au courant, ainsi qu'il le faisait depuis des années maintenant.
Ronea
Ces grandes prunelles noires s’étaient élargies comme pour mieux voir ce que les yeux de l’ancien pouvaient penser en regardant l'anneau.

Une clé…

Elle répète machinalement car elle était loin de penser qu’un anneau pouvait être une clé, surprenant. La gamine à l’inverse des minutes précédentes à du mal à comprendre et s’efforce de répéter intérieurement ce qu’il lui dit : « le Clair-Chemin sinuant à l'abri du Petit Sentier » .
Ses yeux plongent dans sa main quand il lui remet l’anneau, mouvement incertains mais sa main finit par enfouir l’objet dans sa petite sacoche.
Et là les mots de Bois d’Argent se heurtent à l’esprit de l’enfant. Elle a du mal à comprendre cette fois, elle a du mal à imaginer ce qu’est ce chemin. Mais Ronea est une enfant et comme tout enfant peut importe qu’on lui parle de difficulté elle ne voyait que le savoir. Elle voulait savoir, aller voir et sans hésitation elle lança.

Moi, je veux. Je n’ai pas peur des chemins et je n’ai pas peur que ça dur longtemps.

Elle arpenterait ce chemin, peut importe le temps.

Mais comment il faut faire ?

Elle scruta à son tour ce qui les entourait. La lumière du feu n’éclairait pas très loin et en regardant c’était plus son ouï qu’elle utilisait pour sonder autour d’elle. Qui pouvait avoir envie de connaitre ce secret? Et qu’est ce que cela pouvait faire que ça se sache? Elle eut cette étrange sensation que la forêt était occupé de milliers d’oreilles qui tous comme elles étaient suspendues aux paroles du vieil homme. Comme si la nature elle aussi avait besoin qu’on lui parle de cela. Sa course dans le noir s’arrêta sur le visage d’Edrick. Ayant compris que leur destin était relié. Et comme, l’anneau arrivée par Héméra, la chute sur lui dans les dunes, elle commençait à croire que tout ça n’étaient peu être qu'une pichenette pour faire avancer son destin. Il lui revient en tête l’idée qu’il pouvait être son frère et cela la fit sourire.

Tu ne seras pas loin, alors Edrick?


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