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[RP] Cent fois, je suis tombée. Cent fois, tu m'as relevée.

Yolanda_isabel

    Mai 1460 - Après l'enterrement de la Duchesse de Chasteau-en-Anjou

Elle les avait prévenus. Elle leur avait dit qu’elle devait absolument quitter Le Tournel pour assister à l’enterrement de sa tante. Quand il ne reste plus beaucoup de membres dans une famille, on se doit de se serrer les coudes et d’être présent, n’est-ce pas ? Alors elle était partie pour gagner l’Anjou avec Aimbaud et elle les avait prévenus de son absence prolongée puisqu’elle comptait passer aussi par Paris pour régler quelques détails et de là, embrasser son frère et rejoindre le Languedoc où l’attendait un avenir si glorieux, bercé par le chant des cigales et les flots du Lot dans la vallée du Tournel. Elle les avait prévenus, et parce qu'elle l’avait fait, quoi de plus normal que le messager de la Siarrette la trouve à Paris en l’hostel familial. Funeste messager pour funeste nouvelle, des heures qu’elle s’escrime sur le papier noyé de larmes, celles d’Aimelina et les siennes, car au fur et à mesure des mots qu’elle déchiffre avec peine, toujours aussi peu douée pour les lettres, la vérité prend toute son ampleur. Pourquoi la vie s’acharne-t-elle ainsi sur deux jeunes filles déjà bien éprouvées par la mort de leurs proches ? Pourquoi leur ôter alors l’Amour quand celui-ci daigne se présenter ? Pourquoi arracher à deux cœurs juvéniles l’assurance d’une vie remplie de sourire et de présents ? Une fois déchiffrée, la lettre est relue encore et encore jusqu’à s’imprégner tout à fait des perles salées.

Adieu l’assurance de la pré-adolescence, c’est une enfant recroquevillée sur sa couche qui pleure et hurle son malheur. Thibert est mort, le Languedoc est mort, Aimelina souffre et Germain n’est plus. La Mort a tué l’Amour et elles, pauvres enfants n’ont plus que leurs larmes pour scander la tendresse qu’elles portaient à ceux qui avaient su leur ouvrir leurs cœurs. Jusqu’à quel point, peut-on être maudit ? A quelles limites s’arrêtent l’acharnement du sort ? Celles de Yolanda sont proportionnelles aux larmes qui s’arrêtent après de longues minutes de sanglots épuisants, la laissant pantelante en marge de la réalité. Lentement, elle s’extirpe de la couche et rejoint la cheminée à pas chancelants et dans les flammes timides, le courrier vient terminer sa vie et mourir, racorni, brûlé, comme son cœur à elle, si tendre et pourtant déjà si abîmé. Tremblante, elle sort de sa chambre et rejoint son frère qui sera sûrement, comme à son habitude, dans la salle d’armes. Qu’importe qu’il s’entraîne, qu’importe qu’il y ait des témoins, car malgré l’attitude droite et noble qu’elle voudrait conserver, l’infante blonde et noire d’Anjou n’a plus rien d’altier quand les larmes reviennent en masse à l’orée des cils et la voix cristalline plus habituée aux rires et aux traits d’esprit se fait couperet quand elle s’arrête à l’entrée de la salle.


-« Thibert est mort. »

La vanne a sauté, les larmes qu’elle croyait taries, s’écoulent et les mains se tendent vers le seul homme qui n’a jamais réussi à la décevoir ou à la blesser : Son frère.
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Aimbaud
La porte s'ouvre et Aimbaud suspend son geste en pleine botte, l'épée émoussée flattant l'air au lieu d'entailler le bouclier de bois du maître-garde qui lui fait face. Dans un pas chassé, il évite la masse d'arme qui termine sa lancée, puis lève une main gantée pour ordonner la trêve. Il se tourne alors, le visage fendu d'un sourire, rapière abaissée et bras ouverts pour apercevoir sa cadette.

-« Thibert est mort. »

L'expression du Josselinière retombe comme elle est venue pour ne laisser qu'un air d'incompréhension. Ses joues rougies perdent fossettes, son front humide se barre gravement.

Il comprend, en voyant cette figure aimée qui s'approche à grands pas, baignée de pleurs et de douleur, en entendant cette voix fluette brisée, presque soufflée, il comprend l'étendue de la perte ! C'est l'incendie. Et les fiançailles tombent comme copeaux de cendres froides après le sinistre ! L'on attaque sa soeurette en plein coeur, l'on y plante des piques et des fléchettes...! On lui ôte son promis, le contrat est bafoué... C'est trahison.

Les pleurs de Yolanda sont autant de remous dans l'estomac de son frère, qui pâlit et s'émeut, qui laisse tomber sa lame dans un fracas de métal et se prosterne à la seconde où la jeune-fille tend les bras. Il enferme contre lui les chaudes larmes, le genou sur la pierre, les mains croisées sur les petites omoplates corsetées de satin...
Les sanglots en saccade inondent un peu plus sa chemise et résonnent sous les arcades blanches de la salle, contre le métal des cuirasses aussi.


Sortez. Fait-il au gardes qui s'exécutent en silence. Ma soeur, ma vie...

Il murmure en entremêlant le daim de ses gants aux boucles blondes.

... relevez la tête et me racontez.
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Yolanda_isabel
Ce corps qui répond au sien, c'est son sang. Ce corps dans lequel le sien se retrouve si bien, c'est sa chair. Et cet autre qui la serre dans ses bras, c'est son frère. La vie dans sa cruauté aura au moins eu le mérite de lui offrir ce frère sans qui elle ne saurait vivre ou survivre.

C’est contre lui, tout contre lui qu’enfin, elle se retrouve. Plus rassurant qu’un lit, plus chaleureux que des couvertures, c’est son frère qui lui offre le réconfort qu’il lui faut. Enfin, les sanglots prennent leur source directement dans son cœur et ceux-ci se dévident en flots continus contre l’épaule de l’aîné, il ne s’agit plus de brefs éclats mais de longs frissons qui la brisent et lui font crisper les doigts sur le col de son frère. Elle est perdue, et il est son repère. Et le museau n’aura de cesse de se cacher dans le cou de son frère, dans son étreinte jusqu’à ce que les larmes soient enfin canalisées, calmées par la voix si calme. Et enfin, elle se redresse, tandis que les doigts potelés viennent chiffonner nerveusement les pans de la chemise à laquelle ils restent désespérément accrochés. Entrecoupées de hoquets de désespoir, les paroles qui suivent.

-« Aimelina m’a écrit.. Ils se sont battus avec Germain et ils sont morts tous les deux.. C’est tellement horrible, il devait y avoir tant de sang ! Il a poignardé Germain et Germain l’a étranglé.. Oh ! C’est monstrueux.. »

Voilà, la pleine mesure de l’évènement. Elle n’a pas juste perdu une occasion de se marier, son fiancé a tué quelqu’un et il a été étranglé. Elle semble manquer d’air, et les yeux la brûlent d’avoir tant pleuré, vidé de sa vigueur habituelle, le corps de la jeunette se laisse glisser contre celui de son frère, et la voix semble si lasse quand elle murmure contre lui.

-« La Mort ne s’arrêtera-t-elle donc jamais .. »

Elle n’a que onze ans.
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Aimbaud
Et Aimbaud l'écoute, levant penaudement les sourcils aux faits sanglants qu'elle énonce. Avec désolation, il regarde surtout les larmes qui dévalent ce petit menton froissé par la peine. Ah que le tableau est triste, mais il est cruellement joli. Une peinture de maître, une perle, une chose bien pure et sacrée que cette soeur là... Dieu n'avait-il donc pas de pitié ? À meurtrir une tant belle âme !... C'est un regard trahi, presque furieux, qu'il adresse aux solives du plafond, la main posée en garde-fou sur la tête de sa puînée revenue tout contre son épaule.

Quand il sent le petit corps s'avachir de fatigue sous le poids d'un soupir, il hésite un instant, avant d'apposer à sa tempe un baiser simple. Son bras s'en vient passer sous ses jambes pour la porter. Il quitte la salle d'armes en silence, ne laissant derrière eux qu'une épée au sol et quelques gouttes sur les dalles.

En la menant jusqu'à sa chambre, il songe au temps où, poupée, elle tenait d'entier dans la taille de ses avant-bras. Le temps a passé, il est visible sur les tapisseries jaunies de la grand salle qu'ils traversent, sur les portraits de nobles morts qui échelonnent le corridor qu'ils longent, sur le lit d'enfant dans lequel il dépose la jeune-fille. La fiancée veuve... Et s'asseyant près elle, le bras traçant un pont par dessus son buste rondelet, il la réconforte du mieux qu'il le peut :


Ne vous tracassez pas. Nous vous trouverons un meilleur fiancé, plus titré, plus bel homme.

Sur la main qu'il a invité dans celle, plus blanche et potelée de Yolanda, il sent une certaine crispation.

... je veux dire. Il ne faut pas s'attrister. Le royaume est empli de nobles qui valent amplement Thibert.

Avons-nous dit qu'il ne portait pas le fiancé dans son coeur ? La crispation s'accentue. Le frère s'embourbe, s'enfonce, balbutie.

Je vous offrirai un chien !
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Yolanda_isabel
Combien de fois s’est-elle glissée à ses côtés pour écouter une histoire ? Combien de fois s’est-elle vouée à n’être qu’une ombre pour rester près de lui ? Qui aurait pu croire que l’un ou l’autre arriverait à se marier tant ils étaient soudés.. Mais Aimbaud s’est marié et Yolanda le devait aussi. Cela n’arrivera pas, elle sera seule.. Non pas. Aimbaud est là, et quand il la soulève de terre, les bras se cramponnent au cou fraternel. Lui demanderait-on son avis, qu’elle répondrait ne jamais vouloir le lâcher puisque sa place est ici avec lui, mais n’est-ce pas la place que l’on réserve à une épouse ? La chose aura bien le temps d’être approfondie, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle pleure son fiancé, elle pleure le destin qui s’acharne, et sur la couche contre son frère, elle ne sanglote plus, elle a baissé les armes, les larmes coulent d’elles-même, silencieusement, comme pour purifier le cœur éprouvé. Et à chaque mot prononcé par Aimbaud, c’est un peu plus de douleur qui s’en échappe, comme s’il s’efforçait de tout dire de travers.

-« J’en ai déjà un de chien.. Thibert était parfait. Il était grand, beau et brun ! »

Comme Aimbaud. On ne lui demandait même pas d’être intelligent, pas même un soupçon, il devait juste se contenter aux yeux de Yolanda de remplacer Aimbaud qui était loin en Bourgogne. Entre les petits doigts potelés, il y a ceux plus forts d’Aimbaud dont elle redessine les contours, il y a les lignes de la main qui sont suivies, la ligne de vie et la ligne de cœur. Sa propre main est si petite comment sa ligne de cœur pourrait-elle être grande et lui promettre du bonheur..

-« Tu sais ‘Baud.. Je crois que je n’aimerai plus. Jamais. Que toi. C’est trop douloureux sinon.. »

Et c’est finalement ce qu’elle fait le mieux. Aimer son frère.
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Aimbaud
Sous les petites caresses, les tendresses du bout des paumes, Aimbaud est matou noir, tout-à-fait docile et pataud. Il a désormais enfoui son coude dans les coussins de pourpre et de soie, la joue écrasée sur son poing tel un Roy Fainéant. Il reste pour-autant attentif aux humeurs de sa soeur, dont il observe le moindre frémissement de paupière ou tremblement de lèvre, se contentant par moments de passer les doigts sur les ruisseaux de larmes pour les effacer. Il n'est pas doué pour donner du réconfort, alors il préfère encore se taire et opiner calmement.

D'ailleurs, elle a raison. Comment trouver un contre-exemple à lui opposer, puisqu'il est pareillement malheureux en amour... Sa blonde Blanche, à l'heure qu'il est, se fait bien bonnement trousser par un marquis espagnol et ne lui renvoie plus, comme mots d'amours, que de petits médaillons-portraits d'un bâtard dont il n'a que faire. Les 3000 lieues qui les séparent auront même eu raison du souvenir qu'il se fait de l'apparence de son amante... Eh oui, le passé c'est douloureux...

Il achève de s'avachir près de sa soeur, le bras plié en oreiller, et lui sourit valeureusement en taquinant sa main.


Vous êtes par trop sage pour votre âge... Vous savez... Amour et mariage sont deux choses distinctes qu'il n'est bon de confondre. C'est bien à la famille qu'il faut témoigner votre affection ! Il exagère, il théâtralise. Alors soit ! Aimons-nous pour tous les siècles qui viennent.

Et ses mains brandies s'en viennent la chatouiller pour signer le décret.
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Yolanda_isabel
N’est-ce pas qu’ils sont adorables comme cela ?

Appuyée contre le flanc de son frère, elle relève les yeux pour observer en silence le dai tendu au dessus de sa tête, le dai et les courtines sont toujours roses, elle n’a jamais eu le courage de les faire changer et le regard se perd dans les arabesques, sensible au seul souffle de son frère dans son dos, à la tristesse qui comme la mer reflue doucement vers l’horizon, on ne l’y prendra plus à aimer non. Et Aimbaud approuve ses dires, les mots offerts sont une caresse à son âme, un baume à son cœur, et pas même les doigts égarés qui viennent la taquiner n’y sauraient rien changer. Entre deux reniflements s’échappent des gloussements et les petites mains tapent vivement sur leurs semblables pour les chasser, enfin, elle se redresse, à genoux sur la couche, elle toise son frère et sourit.


-« Jure-le. Jure, Chevalier du Chaos de n’aimer que moi, toujours et à jamais ! »

Les pans de la jupe sont tirés pour les dégager de l’emprise des genoux écrasés sur la couche, et elle attend souriante. Il n’y a pas de doute, il n’y a jamais eu de doute concernant sa famille. Elle aime et sait, comment pourrait-il en être autrement. Et l’espace d’un instant, ce n’est plus le moment présent, ils ne sont plus ces adultes sûrs d’eux, ils sont redevenus enfants, à l’époque où Aimbaud l’entraînait avec elle dans ses frasques, où il grattait de la cithare pour elle, où il l’occupait pour meubler les longues journées de chasse de leur père, où elle faisait le pitre durant ses leçons à lui pour qu’elles ne soient pas trop soporifiques. C’est les années qui ont tenté de les séparer mais on ne les sépare pas ceux-là, ils s’aiment trop et rien ne peut y faire, ni leurs amitiés respectives, ni leurs opinions politiques.

Ils restent frère et sœur Josselinière.

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Aimbaud
On joue, on joue.
La petite soeur surplombe le grand frère et le jauge comme une Reyne qui aurait vaincu un dragon. Il en a toujours été ainsi : à chaque fois c'est l'enfant qui gagne avec panache puis savoure sa victoire, tandis que la grande personne gît terrassée et s'incline à toutes ses volontés. Aimbaud donc étalé comme une crêpe dans le lit, observe la fillette en contrebas. Il s'épate un instant d'être parvenu à la faire sourire, et c'est la mine très fière qu'il joue le chevalier vaincu, à la merci de sa dame !


Sur ma tête, sur mon sang, sur l'honneur...

Il saisit la main délicate dont l'index est resté brandit sur lui, et l'appuie sur son poitrail côté coeur avec affection. Voilà les jolis doigts dépliés en étoile, qui frappent comme un petit sceau sur sa peau.

... Je jure de n'aimer que vous, ad vitam æternam !

Et la sentence d'être clamée haut et fort avec un sourire épanoui, au mépris des murs qui pourraient avoir des oreilles, des oreilles d'adultes sérieux qui ne comprendraient rien à leurs jeux, ou des oreilles divines d'ailleurs... Aussitôt dit Aimbaud se redresse sur les coudes dans le matelas trop moelleux, et il observe sa soeur avec une nouvelle mimique, s'efforçant à plus de solennité, sur-jouant quelque peu jusqu'à faire presque de la peine...

Quelle promesse me ferez-vous en retour, Ô belle Étoile ?
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Yolanda_isabel

C'est sérieux et si drôle à la fois. C'est un serment et tout en même temps, un jeu. C'est leur vie et leur amour pavé de rires et de soupirs. La main est tirée et elle manque de perdre l'équilibre ce qui lui arrache un gloussement tandis qu'Aimbaud poursuit. Les larmes ont laissé leurs sillons sur les joues rebondies, mais qu'importe puisqu'aux commissures des lèvres, les fossettes font de même quand elle sourit, heureuse. Elle n'a pas oublié Thibert, elle s'est souvenue Aimbaud. Elle n'est après tout qu'une enfant, et quand bien même le chagrin lui pèse, il est bien plus simple de sourire.

Il a juré, c'est elle et nulle autre. C'est elle et qu'importe. Mais voilà qu'il reprend les rênes et c'est normal, puisqu'il est l'aîné. La main posée sur le torse s'en décolle pour glisser sur la joue de son frère en une caresse tendre.


-« Je jure que jamais je n'aimerai aucun autre comme je t'aime. Sur ma tête et mes cheveux ! »

Oui, les cheveux chez Yolanda, c'est important sinon pourquoi y passer tant de temps pour les coiffer. La petite main se décolle et déjà, elle se laisse retomber à côté de lui, le bras potelé vient entourer la taille de son frère de son mieux, et elle s'étire à côté de lui, poussant le vice jusqu'à chasser d'un coup de pied, les mules à ses extrémités, pour mieux replier ses jambes sous ses jupes.

-« Tu sais, je crois que nous avons grandi. »

Et je n'aime pas ça.
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Aimbaud
[J'aime ma soeur...]*

Les deux silhouettes restent sagement embrassées, au creux d'un duvet de plumes qui s'est essoufflé sous leur poids. Ils sont là immobiles comme en peinture, un vrai petit couple de légende, un Paolo et une Francesca (mais pas assassinés) juste somnolant. Sous le bras d'Aimbaud, le buste d'angelot respire, soulevant les coutures d'un habit riche avec ressac. Les boucles blondes, désormais longues, se déroulent un peu partout sur les tissus et l'aîné suit le cours de l'une d'elles en passant les fils d'or entre ses doigts.

Effectivement, ils ont grandit...
Le menu corps qui se tient contre le sien n'est plus si rondouillet à force de s'allonger. La mignonne menotte, posée sur son plastron, a perdu ces petits creux qu'on les bébés à la place des bosses. Maintenant le frère guette avec inquiétude le début de poitrine qui pourrait poindre à l'orée du corsage appuyé contre lui. Rien de bosselé, bon ! Mais tout de même, cette jeune gorge bien faite, et cette joue frémissante, et ces longs cils qui ourlent si bien les paupières, et cette emprunte de l'ange, toute parfaite, qui orne cette lèvre...! Tout de même. Il y a bien là déjà quelque chose qui évoque une femme. C'est ce que se dit Aimbaud en tournant le regard ailleurs, pensif.

L'étreinte est bien agréable, elle partage les chaleurs... Mais l'heure des jeux se termine, il faut être raisonnable et replacer des distances.


Prenez du repos...

Chuchote le frère au bas de la joue juvénile en se redressant doucement, s'apprêtant à rompre l'entrevue par un petit baiser.

* Âmes sensibles s'abstenir.

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Yolanda_isabel
Et ils en sont là de leur vie.

Le regard azur se voile doucement, se cache derrière les paupières, se gardant bien de continuer à fixer la tapisserie flamande tendue sur le mur en face du lit. C’est un engourdissement qui la prend quand son frère lui caresse les cheveux, elle se laisse faire, oscillant entre le sommeil et la réalité. Et quand les lèvres fraternelles s’approchent, les yeux s’ouvrent tout à fait, et un sourire las vient s’ancrer sur les lèvres roses.


-« Renvoie-moi en Anjou, Aimbaud. »

Une supplique, un ultimatum. Car dans les yeux de l’infante, il y a de la honte aussi. De la honte à l’idée de rentrer en Bourgogne alors qu’elle l’a quittée en claironnant son hyménée prochain, gardant dans son âme ces joies que les âmes enfantines jugeaient si délicieuses. Car quel plus grand bonheur que celui d’avoir un époux attentionné et couronné ? Et Thibert était celui-là. Thibert est mort. Rentrer en Bourgogne, c’est affronter la honte. Rentrer en Languedoc, c’est affronter le vide. L’Anjou, c’est l’échappatoire. Les petites mains viennent se saisir de la première main qui passe à porter, et les baisers pleuvent dessus, suppliant, sournois.

-« Pitié, pitié, par amour de moi.. »

On a beau être jeune, on a son orgueil. Son frère a fait un riche mariage, tant pour le nom de l’épousée que pour la dot phénoménale qu’elle apportait et elle, elle est bien incapable de trouver un fiancé viable. Revenir, c’est la déchéance. L’Anjou, c’est une excuse, ce sont les terres de leur mère, c'est cette branche de la famille qu'ils ont laissé de côté.
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Aimbaud
Il reste de marbre à la demande. L'idée saugrenue de sa soeur l'irrite au premier abord. L'Anjou pour lui, ça signifie l'asile Saint XIX dans lequel on a enfermé sa mère, l'assassinat de Kilia, les valeurs royalistes traînées dans la boue, la déchéance des Penthièvre, et l'exil, surtout l'exil... Fut un temps, ça n'évoquait chez lui que des souvenirs de tartines au miel à Château-Gonthier, et de baisers baveux avec Calyce, mais dans sa mémoire, on finit toujours par faire un tri sélectif, plus ou moins judicieux. Le tri d'Aimbaud se soldait par cette formule : l'Anjou c'est du caca.

Le blocage émotionnel de notre Josselinière, concernant cette région de la France, en était arrivé à un tel point de non-retour qu'il ne concevait pas qu'on puisse vouloir passer là-bas du bon temps, s'y rendre pour affaire, ou juste emprunter ces routes le temps d'un voyage. C'était même à se demander pourquoi l'on ne gommait tout simplement pas ce bout de terre des cartes topographiques ! L'Anjou c'est caca. C'est donc avec un étonnement certain qu'il accueillit la demande de Yolanda, ainsi qu'avec un tic de la paupière et un léger retroussement de la narine.

Et puis il réfléchit. Son aimée soeurette n'avait peut-être pas autant que lui de mauvais souvenirs de leur terre maternelle. Elle ne s'était pas pris de flèche dans le bras lors de la Sainte Guerre, elle n'avait pas été publiquement reniée par leur mère lors d'un conseil de famille Penthièvre, on ne l'avait pas non plus houspillée ni ne lui avait jeté de la salade pour ses penchants royalistes. Yolanda avait ce petit plus qu'il ne possédait pas, voire pas du tout : se faire aimer du monde entier, MÊME des angevins. Il était donc possible que l'Anjou soit une terre qui lui convienne, un endroit où on ne lui arracherait pas les yeux, et même peut-être un lieu où elle trouverait bonheur. Le concept était étrange. Mais ça pouvait passer.

La réflexion d'Aimbaud avait duré deux bonnes minutes, pendant lesquelles il avait gardé l'oeil fixe et la narine froncée. Un temps de latence plus tard, il tourna la tête vers sa soeur.


Bien... À votre guise.

Il déglutit et ajouta en lui tapotant la main.

Mais Château-Gonthier n'est pas un endroit pour vous... En l'absence de notre mère la place est sinistre et ne fera pas votre joie. Vous passerez plutôt du temps chez nos cousins.
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Yolanda_isabel
Rancune, vengeance, autant de mots qui ne font pas partie du vocabulaire de la petite Lune. Et quand son frère voit en l’Anjou, un lieu de haine et de mépris, elle n’y voit qu’amour et famille. Leur famille. Le Chiffre l’a reniée ? Qu’importe, il est vieux, et on ne saurait en vouloir à une personne qui comme lui a si souvent frôlé la Mort, qu’il en est sûrement revenu affaibli. La Chemillé l’a soutenue dans cette affaire ? Qu’importe, elle a revu sa tante à l’occasion dans la Tour Jean-Sans-Peur, et Alatariel lui a confirmée qu’en toute occasion, elle reste sa nièce. Que dire alors de Kilia qui les a réintégrés à cette famille, à ces Penthièvre. Kilia qui n’est plus, mais qui lui a offert beaucoup même en étant décédée. Car à cet enterrement, elle a revu sa famille, et elle veut la revoir plus encore, renoué avec les valeurs et les terres chères à sa mère.

L’Anjou, c’est Maman, ce sont les cavalcades dans les couloirs du Château d’Angers, ce sont les glissades dans les grands corridors. Ce sont les sourires de ses tantes, les embrassades de sa mère. L’Anjou, c’est l’époque où Maman était là et lui répétait sans cesse qu’elle l’aimait et qu’elle était la petite Princesse d’Anjou comme elle-même était la petite Reyne. L’Anjou, ce sont les rivières de diamants promises, les jolies robes revêtues, les bouclettes coiffées de main de reyne. L’Anjou, ce sont Château-Gontier et Molières. Et c’est pour cela que la deuxième phrase d’Aimbaud lui fait plisser le nez. Tic familial s’il en est.

Mais n’est-ce pas le moment de rendre les armes un temps ? Et d’aviser sur place pour gagner la place forte maternelle ? La main qui la tapote, est saisie puis baisée.


-« Je ferai comme tu dis, ‘Baud. J’irai chez nos cousins. Quand partirai-je ? »

Quelle enfant délicieuse et obéissante que cette jeune fille qui sourit, ravie d’avoir eu gain de cause et empressée de partir pour qu’il ne change pas d’avis.

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