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[RP] A demi-mots ; des maux entiers.

Khy
    « Un ami, c'est un autre moi. »
    Pythagore.

- Davia.

C’est une lippe terne qui, immobile depuis des heures maintenant, s’est écharpée pour prononcer ce nom qui claque autant qu’il rassure. La jeune brune au chignon anarchique, encore un peu enfant, visiblement bien femme, se plie en une bien maigre révérence devant sa comparse épistolaire. Il n’y a, pour elle, aucune raison de s’encombrer de convenances devant sa trop douce amie, mais l’occasion nécessite un minimum de tenue, & Khy ne tient visiblement pas à se faire remarquer par son manque d’éducation.

- Toutes mes félicitations.

L’hypocrisie n’a pas lieu d’être, mais les mots prononcés ont pourtant eu du mal à franchir la barrière de ses lèvres.
Jalouse ? Aucunement. Inquiète ? Visiblement.
Les mots écrits par la toute nouvelle mariée avant ses épousailles n’ont pas convaincu la Vipère quant à leur sincérité, & si ce mariage n’était sans nul doute nécessaire, les raisons précises de cette décision hâtive échappent encore à l’insolente.
Toutefois, elle n’a pas jugé utile de porter des hypothèses stériles, préférant largement donner en personne ses vœux de bonheur, & ainsi apporter une probable réponse à la raison de ce mariage qui l’angoisse plus que de raison.

Car Khy tient à Davia plus que celle-ci ne pourrait le penser. La jeune femme, déchirée entre ses trop nombreux démons, dévorée par l’engeance, arrachée à une sécurité toute relative, se raccroche à son amie, qui n’était au départ qu’une adversaire certaine à cause du lien fraternel qui la liait à son ex-fiancé.
Batti.

L’immature se permet de clore les paupières alors que, tête encore basse, elle attend que Davia lui réponde. Les traits de la Corsu lui rappellent par trop ceux du blond inconscient, l’obligeant à faire face à sa hantise du moment : le croiser, lui, celui qu’elle a par trop de fois trahi, celui à qui elle a trop souvent menti, celui qu’elle a aimé aussi fugacement que l’hiver trop vite passé.
Elle ne se souvient pas que la Blanche, à Loches, ressemblait autant au jeune Corsu. Et elle se serait bien passée de s’en souvenir.


- Je sais qu’en ce jour de.. liesse, vous êtes par tous très demandée, & que vous ne pouvez décemment abandonner vos devoirs de nouvelle mariée..

Les émeraudes sombres & ternies par trop d’insomnies se redressent sur l’objet de sa présence à Montpipeau, alors que les lèvres, toujours mutines, s’étirent en un faible sourire, & que la voix se fait basse & discrète.

- Mais s’il vous était donné un peu de temps, & que vous ne sachiez quoi en faire.. Daigneriez-vous m’accorder un entretien ?

Surtout, ne croyez pas que la jeune Vipère soit capable d’une telle demande en d’autres circonstances. Il faut dire que l’hypocras divin qui trône sur la grande table n’est pas pour rien dans l’audace de la brune, & que l’ambiance festive a finit par l’ouvrir un peu plus.
Et sans plus attendre de réponse, d’une révérence mieux dosée que la première, l’éthérée se permet trois pas en arrière, laissant les invités sauter sur l’occasion pour accaparer l’attention de la nouvelle mariée.

Le salon des Naïades, avec ses fleurs, ses plafonds voûtés, ses parfums & ses invités, est enfin délaissée, pour mieux laisser les bottes lustrées fouler l’air moins lourd du couloir. Khy inspire, profondément, & après avoir vérifiée que personne ne la suit, desserre légèrement le corset de cuir qui compresse la rondeur affirmée de son ventre. La cape de laine est remontée sur ses épaules, histoire de cacher ce qui ne l’est plus qu’à moitié.
Lasse, elle s'appuie contre la vitre fraîche, presque fiévreuse d'avoir bu, épuisée de trop cacher ses formes, tremblante de trop peu se nourrir. Les jardins de Montpipeau semblent l'appeler à travers la fenêtre sur laquelle elle s'est appuyée, mais ses démons, trop présents dès qu'elle est seule, la hantent tant & tant qu'elle se retrouve incapable d'esquisser le moindre pas.
Alors immobile, la joue collée à la vitre & les émeraudes perdues dans les ombres du jardin, Khy attend, perdue entre les traits menaçants de l'Acéré, & la douceur de ceux de Davia.


- Que le Très-Haut la garde de ce type de démons..
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Davia_corsu
[Ce qui rend les amitiés indissolubles et double leur charme, est un sentiment qui manque à l'amour : la certitude.*]

Khy.

L'amie, la soeur qui ne le sera pas finalement, parce que les choix changent, parce que la jeune fille n'épousera pas son frère et ne rentrera pas dans le clan Corsu. Mais cela empêche-il l'affection mutuelle qu'elles ont déjà commencé à entretenir? Non, loin de là. Sur la liste des invités, il était évident pour la Blanche que le nom de Khy figurerait. Elle avait espéré qu'elle viendrait, même si elle savait qu'un monde les séparait et elle se doutait que leurs vies était aussi dissemblables qu'elles. Si dissemblables? Peut-être pas tant que ça...

Et Khy, fidèle à l'appel, était venue, contre toute attente. Elle était là. La jeune Corsu était d'un naturel impétueux, c'est en usant de sa volonté qu'elle avait appris au fil du temps à maîtriser son côté sanguin, son affection débordante, son impatience notoire. Les Blanches lui avaient appris beaucoup, son père aussi. Patience, tempérance, constance. Elle leur devait beaucoup, mais pourtant parfois, un petit quelque chose resurgissait. Une envie de rire aux éclats, de monter à cru sa jument ou encore de courir pieds nus dans l'herbe fraîche. Ce petit quelque chose des spontané qu'elle avait tant besoin d'exprimer, parfois.

Et c'est ce qu'elle fit, enlaçant son amie, lui claquant deux bises affectueuses sur les joues. Elles s'étaient peu vues, mais les échanges épistolaires avaient rapproché les deux jeunes filles. Mais la joie de vivre de la Corsu qui, aussi forte que l'instinct de survie, revenait toujours, se teinte d'un peu d'ombre. Khy ne va pas bien. Même sans la connaître par coeur, elle pouvait le sentir, s'en douter. Elle lui sourit et lui glisse à l'oreille.


Laissez moi quelques minutes, j'arrive.

Le temps d'embrasser et saluer quelques convives, de lancer un regard à Séverin qui se trouve là, un peu plus loin et la mariée de prendre la poudre d'escampette. Furtive, dans le froufrou délicieux du fin tissu de sa robe de jeune épousée, elle semble glisser sur le sol, rejoignant son amie, passant son bras sous celui de la jeune fille au ventre arrondi qui s'appuie contre la vitre.

Venez, sortons prendre l'air, cela nous fera du bien.

Le silence se fait entre les deux jeunes femmes. Seul le bruit de leur pas et celui de la noce qui s'éloigne. Le couloir est vite franchi, de même que la porte sur le délicieux jardin de Montpipeau que Davia chérissait tant. Liberté, tu es à nous.

Les voici dans la fraîcheur de la fin d'après-midi printanière. Les pas deviennent plus lents. Le bras n'est pas lâché pour autant et les yeux clairs de la nouvellement Volvent, se posent sur son amie épistolaire.


Merci, de tout mon coeur, je suis réellement ravie de votre présence...

Elle lui sourit, les joues un peu rougies par l'alcool et l'émotion et puis, son regard se pose sur le ventre qu'elle devine. Coïncidence quand tu nous tiens. Si Khy savait... Elles en riraient sûrement. Mais la situation ne prêtait pas forcément au rire. La Blanche l'entraîne à petit pas, un peu plus loin, afin de poser leur séant sur un banc. Futures mamans, elles ne vont pas galoper dans tout le jardin tout de même!

Doucement, elle prend la main amie.


Allez-vous bien? Etes-vous heureuse?

A nouveau le regard se pose sur le ventre, obsession de l'instant.

Est-ce que...

La fin de la phrase meurt sur ses lèvres, la mariée se trouve tout bête, ne sachant que dire. Les questions semblent désuète et dans sa tête tambourine l'idée que c'est l'enfant de son frère, petit héritier Corsu qui grandit tout doucement. Oui, mais si... Et si ça ne l'était pas? Comment pourrait-elle lui jeter la pierre alors qu'elle-même abrite l'engeance d'un autre que celui qu'elle vient d'épouser.

Alors, elle se tait, parce qu'elle ne sait plus quoi dire et parce qu'un coup, elle se sent mal à l'aise. Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille?



* Honoré de Balzac
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Khy
- Non.

Et le ton est plus sec que ce qu'elle avait initialement prévu.
Mais elle a bien compris, la Vipère, le cheminement de l'esprit de son amie. Bien évidemment. Elle s'est posée la question, aussi. Parce que Khy n'a jamais été réputée pour sa vertu, sa piété, sa.. chasteté. On est fille de catin, ou on ne l'est pas, après tout.
Alors oui, elle s'est posée la question, avant qu'un Hélios enragé par l'idée que l'enfant puisse-t-être d'un être aimé ne lui fasse avaler par force un liquide horriblement amer. Horriblement létal.
Et une fois le crime passé, les semaines évaporées, & voilà qu'à nouveau les nausées resurgissent, les angoisses la reprennent, le ventre s'arrondit.
Et le même constat, une fois de plus. Il y a quelque chose qui commence à vivre, là-dedans.


- Non, Davia. Cette... Chose est le fruit... Du Sans-Nom - de péchés plus blâmables.

Inutile d'en rajouter avec des mots violents, inutile non plus de cacher des vérités à la seule qui, elle l'espère, ne la jugera pas.
Inutile, non plus, de mettre des mots aimants sur ce qu'elle vit comme une monstruosité, une déformation de la nature, une abomination engendrée par les plus vils des démons. L'enfant la ronge, la dévore de l'intérieur, écrasant ses organes, déchirant ses entrailles...
Alors non, non plus, elle ne va pas bien, & elle n'est pas heureuse.


- Mais tout va bien. Mes.. aigreurs d'estomac importe peu, après tout.
C'est pour vous, que je suis là !


Et jamais, ô grand jamais, elle ne s'attend à ce qui risque de sortir de la bouche de la Corsu.
Car la Blanche est pure, nul doute n'est permis. Et cette nuit, sa nuit de noce, sera la première nuit qu'elle passera en compagnie d'un homme, c'est une évidence. Et les enfants qu'elle portera, de lui, seront aimés, choyés, désirés, & ô grand jamais cachés.
Car non, l'idée que la raison de ce mariage soit que l'amie porte la vie, d'un autre, soit-disant mort, ça, non, ça ne lui traverse décidément pas l'esprit. Et sans doute que sa haine pour la chose qui grandit en son sein explique grandement sa répugnance à souhaiter le même sort à la jeune épousée.


- Vous êtes sublime, Davia. Vraiment.. magnifique.
Et je dois dire que votre époux n'était pas mal non plus.


Alors sur les lèvres asséchées, un sourire apparaît, léger d'abord, puis franc & véritable.

- Vous avez l'air si heureuse, que j'en viens à oublier...

Tous les doutes qui m'assaillent quand je pense à l'amour que vous portez à cet homme pourtant charmant.
Pourtant, les mots, blessants, ne franchissent pas encore la lippe vipérine, d'abord parce qu'elle n'ose pas dire en face ce qu'elle a couché sur le vélin. Ensuite parce que l'engeance vient de lui broyer les entrailles plus que nécessaire.
Une main, qu'on pourrait croire maternelle, se porte au ventre qui, par le corset de cuir qui lâche, se dévoile aux regards curieux. C'est qu'il lui est devenu impossible de cacher un minimum la chose sans souffrir atrocement, & que, pour ne pas en rajouter, l'enfançon semble s'éclater à mettre l'ambiance dans sa boite.
Sur le banc, la Vipère se redresse un peu, ramenant la cape pour dissimuler l'horreur, abandonnant pour le moment l'idée de s'enfermer à nouveau dans sa prison de cuir.


- L'aimez-vous ? Je veux dire.. Pas d'un amour sincère, raisonnable, convenable..
L'aimez-vous d'un amour passionné ? L'aimez-vous... follement ?


La question est osée, & de fait, les émeraudes gênées s'émerveillent des lueurs orangées d'un soleil épuisé.
Et sans bien savoir pourquoi, c'est les traits de l'Acéré qui s'imposent à ses pensées, alors que d'un ton plus bas, plus rêveur, la question se rallonge.


- L'aimez-vous si fort que même en fermant les paupières, vous le voyez encore...
Et que quand il vous blesse, vous n'en l'aimez que plus. L'aimez-vous avec la rage qui sied aux causes perdues, avec la certitude qu'un tel amour est trop plein d'indécence, avec la certitude que sans un tel amour, vous seriez morte déjà de solitude, de chagrin, de désespoir... L'aimez-vous avec arrogance, pour regarder de haut les pimbêches qui lui passent devant le nez, & pour faire tout comme si vous ne les aviez même pas vu... L'aimez-vous avec une telle passion que lorsqu'il vous prend dans ses bras, on pourrait croire que ce sont les flammes de l'Enfer qui vous pressent contre elle... Et que quand il vous lâche, le froid du monde réel vous assaille avec une telle force que vous tremblez d'horreur...


Les paupières sont closes, la tête secouée, la main crispée sur le ventre difforme.

- Pardonnez mes paroles, mon amie... Je n'étais pas à ma place.

Mais les mots sont lâchés.
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Davia_corsu
Le "non" a claqué violent et cinglant, comme une déchirure et la brune de regarder son amie, à l'écoute, attentive. Chaque mot est empli de sa détresse, de sa souffrance. Comment la Corsu pourrait-elle la juger? Quelques temps plus tôt... peut-être. Avant. Mais tout avait changé et aujourd'hui, elle avait mis pas mal d'eau dans son vin, ses propos étaient plus nuancés. Au contraire, chaque mot prononcé par la Vipère ne l'en fait que l'aimer plus et la souffrance qu'elle ressent la fait tressaillir, à moins que ce ne soit l'engeance, caché sous les nombreux tissus.

La main se pose, apaisante, sur celle de son amie. Elle la regarde avec tendresse.

Parle ma Khy, épanche ton coeur, je suis ta soeur, ton miroir. Je suis là pour toi.


Khy...

La voix de fait douce, chaleureuse.

Cette "chose", comme vous dites, est un cadeau. Un merveilleux cadeau. Et même s'il est le fruit d'un péché, ce n'est pas lui le péché. Ne le blâmez pas d'une faute qui n'est pas sienne. Cette "chose", c'est votre chair, votre sang, peu importe le reste.

Elle lui sourit, les yeux remplis d'émotion. Est-ce ce qui se passe en elle qui la rend si émotive? Elle a l'envie de la prendre dans ses bras, de la serrer fort, de lui dire qu'elle n'est pas seule, qu'elle aussi à son secret et que ce secret est le fruit d'un péché, mais qu'elle l'aime pourtant, son petit "Lui".

La main de la Vipère est serrée plus fort par la Blanche qui rougit au compliment, ses yeux brillants un peu plus encore, alors qu'elle regarde les fleurs naissantes au jardin.

Elle écoute, attentive, mais les mots se font... passions. Davia se mort la lèvre en entendant la jeune fille. L'aime d'un amour passionné? L'aimer... follement?

Elle ferme les yeux et revoit le visage de Charles, les petites cicatrices qui entaillaient sa peau, le teint buriné par les chevauchées, les mille petites rides tant aimées qu'il avait au bord des yeux, les lèvres qu'elle a si souvent baisé.

La marée lui monte aux cils.

Non, elle n'aime pas Séverin d'un amour passionné, non, elle ne l'aime pas à en perdre la raison, ni avec rage, ni avec fougue. Et tout ce que lui dit Khy lui fait froid dans le dos.

Elle retient le sanglot qui menace de s'échapper de ses lèvres, soupire, reprenant contenance, fixant les bourgeons naissants.

Et c'est avec courage, qu'elle relève la tête, prête à croiser le regard de Khy. Parce que cet amour là, celui qu'elle a pour son époux, c'est l'amour qu'elle a voulu.


Non... Je ne l'aime pas comme vous dites Khy.

Et pourtant, cet amour là, je l'ai déjà connu... à m'en brûler les ailes...

Je pense que cet amour là est dévastateur, qu'il fait, au final, plus de mal que de bien. J'aime Séverin avec constance, je l'aime avec tendresse. J'aime notre complicité, j'aime quand il est là, car sa présence m'apaise. J'aime ses silences, parce qu'ils sont infinis. J'aime la retenue de ses mots, de ses gestes, parce qu'ils me protègent de moi-même.

Le regard se fait plus clair et la voix plus sûre d'elle.

Je l'aime comme le meilleur de mes amis, je l'aime comme un frère et je sais que, le temps passant, nous resterons unis, parce que plus que l'amour, il y a l'entente, la volonté d'être ensemble et d'avancer dans la même direction.

La main est reprise et portée à ses lèvres, douceur de l'amitié.

Nous sommes amies. Vous pouvez tout me dire. J'aime la sincérité de notre relation.

Mais te dirai-je mon secret? Te dirai-je ce que personne ne doit savoir? Pas encore... il n'est pas temps et puis... c'est mon secret, ce petit "Lui".

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Khy
    « Astre brillant, Phébé aux ailes étendues,
    ô flamme de la nuit qui croîs et diminues,
    favorise la route et les sombres forêts
    où mon ami errant porte ses pas discrets ! »
    Jean Moréas, Poèmes & Sylves, Astre Brillant ; 219.

Il y a, dans les mots de l'amie, des aveux tout juste murmurés. Et étrangement, les oreilles étriqués de l'immature se surprennent à entendre tout ce qui n'est pas dit. Tout ce qui ne se dit pas.
Le sourcil se hausse, surprit, interrompu dans ses divagations erronées, le coup d'oeil est lancé, rapide, & se détourne bien vite pour détailler l'arbuste insignifiant qui lui fait face.


- Je ne suis pas seule à ne pas tout dire.. N'est-ce pas, Davia ?

Et les doigts s'entremêlent, comme le ferait deux enfants aux joues roses & aux mains potelées, jouant à être roi, & puis à être reine. Les regards se croisent, à nouveau, le corps frêle se tourne vers son homologue, & un sourire, léger, innocent, colore la pulpe des lèvres fades.
La Vipère, ignominieuse pour la plupart, se trouve bien douce devant l'amie tant espérée. Car oui, ce lien profond arrive à point nommé, enserrant les fins poignets de la pécheresse pour l'empêcher de tomber plus bas.


- Je le vois, dans vos yeux, que ces passions là ne vous sont guère inconnues.
Pourquoi donc vous précipitez-vous à sceller un mariage de raison alors que sans doute.. Avec un peu de temps.. Le mariage passionné aurait pu vous combler ? Etes-vous si en colère de ce qu'il vous a fait pour lui barrer ainsi le chemin ?
Dites-moi, ma soeur, ce qui vous a tant meurtri..


Le regard est baissé alors qu'un soupir amusé étire la lippe délicate.

- Vraiment, à vous voir aussi pleine d'émotions, on vous croirait en passe d'être mère...
Je n'ose imaginer votre état lorsque vous le serez.


Car elle est loin, l'enfant, bien loin d'imaginer l'état de la mariée. Parce qu'encore, toujours, c'est le sien, d'état, qui l'obnubile & la contraint, qui lui ôte tout espoir de repos, tout espoir de quiétude.

- Oh, Davia, si vous saviez...
Je vous souhaite d'aimer vos enfants tout autant que je hais cette Chose. Ce n'est pas un don, c'est une... punition.
Quel avenir pourrait-il avoir.. Je ne suis qu'une fille-mère, à l'éducation douteuse, qui continue malgré ses hontes à soutirer une rente à une tutrice naïve tout en suivant tel un mouton le démon cause de ses malheurs...


Les larmes ne sont pas loin, mais les paupières closes retiennent encore un peu le torrent qui menace. Surtout, respirer, se calmer, retenir la violence des émotions exacerbées par la présence de l'engeance.

- Trop douce amie, contez-moi ce mariage...
J'emporterai vos secrets dans ma tombe... & plus loin encore, si cela se révèle nécessaire.

    Repose-toi sur moi, tout comme je m'ouvre à toi, sans détours, sans délicatesses excessives, déshabille tes hontes pour que de mon amour je couvre & je recouvre tes peines aux yeux du monde. Davia, mon amie, ma soeur, conte-moi ces angoisses que je ne saisis pas, & qui viennent pourtant asphyxier mon coeur.
    Toi, la Délicate, toi, la Prévenante, toi, Blanche immaculée, souffle-moi à l'oreille ces péchés adorés.

Et sous le regard clos, sous les doigts qui se pressent, c'est une invitation. A toutes confessions. Une promesse de toujours, toujours aimer l'aînée.
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Davia_corsu
[L'amitié, comme l'amour-passion et l'amour maternel, se double d'inquiétude.*]

Pourquoi fallait-il que tout la ramène invariablement vers Charles. En public, personne n'aurait pu se douter que la douleur était encore si vive en elle. Tout le monde aurait même pu croire qu'elle l'avait oublié. Elle n'en parlait jamais ou presque et revêtait une carapace de glace, reléguant au plus profond de son coeur le manque provoqué par l'absence et la douleur que sa mort avait causé.

C'est lorsqu'elle était seule que, parfois, elle s'autorisait à s'adonner à une certaine mélancolie, elle pouvait laisser couler ses larmes, sans peur qu'on la surprenne.

Plus elle écoutait Khy, plus son visage s'assombrissait. Envolé le sourire de la jeune épousée, elle plissa son front et ses yeux fixèrent ses pieds. Et pour se donner bonne contenance, elle ôta lentement ses chausses, se retrouvant pieds-nus. Quel plaisir de sentir l'herbe fraîche sous sa peau, elle agita ses doigts, songeuse.


Khy... Il n'y a jamais vraiment de problèmes... Il y a toujours des solutions. Comme je vous l'ai dis, vous ne devez pas haïr cet enfant. Il est le fruit de vos entrailles et il ne doit pas porter le fardeau de vos fautes, elles ne le concernent pas, vous ne pouvez pas lui faire payer vos erreurs.

Ses yeux clairs se plongèrent dans ceux de l'amie, la confidente, elle prit sa main, lui souriant.

Si vous le vouliez, nous pourrions vous trouver un bon époux, un homme bon, qui serait heureux de vous aimer, d'aimer votre enfant, de vous accueillir. Ou sinon, nous pouvons vous trouver une place de gouvernante, ou autre! Je suis sûre qu'il y a des solutions, Khy...

Et puis, sa voix se fit plus basse, le ton de la confidence, le souffle plus court, sa main serra plus fort celle de la jeune fille, elle détourna les yeux pour ne pas montrer son trouble.

Vous avez raison... J'ai connu cet amour dont vous parliez... mais...

Les yeux se baissent, elle cherche un échappatoire à ce qui l'oppresse, là, si fort dans sa poitrine, sa voix se mourant dans un sanglot.

... Il est mort... Tout est mort...

Elle lâcha la main amie pour cacher son visage un instant, le temps de reprendre contenance. En elle, une petite voix lui disait que non, tout n'était pas mort. Il y avait Séverin, il y avait l'enfant de Charles qui grandissait en elle, il y avait les Blanches.

Alors, fièrement, elle releva le visage, regardant Khy, malgré les larmes et lui sourit.

Mais j'ai Séverin, il m'aime, je l'aime de tout mon coeur, pas passionnément, mais tellement fort. Et... il me reste un cadeau très précieux, et ce cadeau là... je veillerai sur lui au prix de ma propre vie.

Le dicton disait vrai, l'amour était plus fort que la mort, la vie qu'elle se construisait doucement le prouvait, car malgré l'absence cruelle de Fallgor, elle avait trouvé la sérénité et, elle en était quasiment certaine, une part de bonheur. N'était-ce pas ce qu'il aurait souhaité pour elle?


* Albert Cohen, Belle du Seigneur.
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Khy
L'émeraude, inquiète, ne se détache pas une seconde du visage de l'aînée.
Elle la regarde s'assombrir, plisser le front, fixer ses pieds. Elle la regarde ôter ses chausses, savourer l'herbe fraîche & la liberté fugace. Elle la regarde trouver une solution factice à un problème qui n'existe pas vraiment, à bien y réfléchir.
Il lui aurait suffit d'obéir à sa tutrice & de passer ses derniers mois de grossesse dans un couvent, pour accoucher sans que personne ne soit au courant. Il lui aurait suffit d'y laisser l'enfant, ou bien de retourner auprès des siens en assurant amener l'orphelin de la fille de la cousine à...
Elle aurait pu aussi abandonner la Chose au pied d'une église, le faire assassiner comme si de rien n'était. Ou bien suivre l'exemple de son amie, se marier, l'aimer. Trouver un travail, s'aimer.

Mais toutes ces solutions engendraient forcément d'être heureuse, sans doute. De s'attacher, évidemment. De le quitter, Lui, l'évidence reniée, Lui, démon aux griffes acérées, Lui... Et dire qu'elle est incapable de ne plus y penser & de l'abandonner serait un trop doux euphémisme.
Ce n'est pas qu'il n'y a pas de solutions. C'est qu'elle ne veut pas, au plus profond d'elle, que quoi que ce soit change.
Elle est droguée à sa violence.

Et l'esprit qui s'enlise se reprend à l'instant où la voix se brise, confirmant les doutes premiers sur l'évidence de ce mariage. Le coeur rate un battement sous l'annonce de l'amie, les mots fuient, le courage aussi.
Réconforter. Trouver les mots. Essuyez les larmes qui menacent de couler, assurer d'être toujours là, inculquer une petite dose d'espoir, pour soutenir l'endeuillée.
Et tenter de comprendre les derniers mots prononcés. Froncer les sourcils, enfoncer ses ongles dans le lin de ses braies, se mordre la lèvre & se décomposer.
« Ce cadeau là... je veillerai sur lui au prix de ma propre vie. »


- Davia...

Elle a envie de pleurer, de secouer l'amie, de lui faire entendre raison... Mais n'est-ce pas trop tard ?
Elle voudrait lui hurler des répliques cinglantes, des répliques sanglantes, la sermonner comme toute enfant fautive, mais... est-ce bien son rôle ?
Il y a des phrases qui se bousculent au portail pincé de ses lèvres trop pâles, & qui, sans doute, réveilleraient l'amie sur ses ignobles péchés. Êtes-vous folle, mon amie ? Mais vous rendez-vous compte, enfin, de ce que cela implique ? Croyez-vous donc que... Avez-vous bien réfléchi à... C'est un péché qui... C'est un bâtard qui...
Mais les mots ne sortent pas, il n'y a que les yeux qui continuent de s'agrandir, les lèvres qui tremblent, les joues qui pâlissent, & les ongles, toujours, qui s'enfoncent dans la chair.


- Dites-moi que ce n'est pas.. ce que je redoute...

Par pitié, mon amie, ma soeur, ne brisez pas ainsi l'espoir que je portais sur vous.
L'émeraude se détourne, fixe la rondeur d'un bouton de rose pour ne pas être tentée de fixer la rondeur invisible de la brune.
Car ce qui blesse la Vipère, plus que l'annonce de la grossesse de Davia, plus que son péché de chair, plus que cette solution qui semble la satisfaire c'est ce bonheur, inconditionnel, cet amour, illimité, qu'elle perçoit dans ses yeux alors qu'elle semble parler de sa progéniture. C'est cette confiance en ce don qu'elle juge précieux, c'est la douceur de ses mots qui parlent de l'enfant prochain.
Oui, il y a bien de la jalousie qui ronge le coeur blessé de l'immature, il y a même de l'admiration, encore, sur cette amie qui s'en sort mieux, toujours.


- Davia, n'est-ce pas que vous n'êtes pas.. enceinte ?
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Davia_corsu
Comment lui dire?

Comment lui dire combien elle a eu honte, combien elle a eu de peine. Elle n'avait même pas pu annoncer la nouvelle à Charles avant qu'il ne disparaisse. Comment lui dire qu'elle s'était réfugiée auprès de Séverin, pour se protéger, pour cacher son péché et qu'il l'avait sauvé. Il l'avait sauvé d'elle-même, il avait sauvé son honneur et il lui avait montré que la vie continuait, malgré la mort et qu'elle pouvait être belle.

La jeune épousée détourne la tête un instant. Imaginant ce qu'aurait été sa vie si le Warenghien n'avait pas succombé où si Séverin avait refusé de l'aider. On a toujours besoin des autres... elle le savait plus que quiconque et avait du faire fi de son orgueil. Elle baissa légèrement les yeux, observant son ventre qui n'était pas encore arrondi. Ses sentiments étaient tellement partagés. Parfois, elle se sentait envahie d'une honte atroce lui suggérant de mettre fin à ses jours, et parfois, un bonheur inconditionnel la remplissait. Et là, en cet instant d'amitié, elle se voyait partagée. Alors d'une voix douce, silencieuse, elle répondit à son amie de coeur.


Il y a certaines choses qu'il faut garder secrètes, n'est-ce pas?

Les yeux clairs se posent sur leurs jumeaux, tendres et affectueux, mais déterminés.

On peut dire qu'il vous arrive d'avoir raison, ma chère Khy.

Où comment répondre de façon détournée à la question... A défaut d'une litote. Relevant la tête, les yeux dans le vague, elle esquissa un léger sourire.

Je crois que parfois, certaines choses nous échappent et qu'il faut se rendre à l'évidence et s'abandonner entre les bras du Très-Haut ou ceux d'Aristote.

Elle fit une courte pose, observant la nature printanière, si apaisante.

Quand un problème se pose, il faut trouver la solution, la bonne solution, c'est-à-dire celle qui nous convient. J'ai imaginé mille choses, ma douce amie, mille choses monstrueuses et c'est Séverin qui m'a donné la plus belle des solutions et la plus merveilleuse. Ainsi, il me prouvait son amour et il m'offrait le chance d'être heureuse, malgré tout.

Tournant son visage vers elle, elle lui prit vivement ses mains.

Khy, je vous souhaite de trouver ce bonheur. C'est la chair de votre chair que vous portez, peu importe le reste. Il n'a rien demandé à personne et il n'a besoin que d'une seule chose: de votre amour et je sais que vous en avez à revendre. Et puis, vous n'êtes pas seule, ne le savez vous pas?

Où comment retourner la conversation... L'amie se fait douce, attentive, aimante, elle aimerait tant pouvoir l'aider, la détresse que vit Khy est palpable et la jeune Corsu a trop bon coeur pour la laisser s'enliser. La main serre son autre et doucement va prendre place sur le ventre arrondi.

Pourquoi refuser les mains tendues vers vous...

Un abîme les séparait. Béant. Davia ne pouvait pas comprendre, elles étaient si différentes et si semblables. Le désir de survie de la blanche était plus fort que tout, elle ne pouvait comprendre que Khy n'aspire pas au bonheur. Elle l'imaginait comme elle.

Imaginez, nos enfants, même s'ils ne sont pas cousins pourraient être frères de coeur, grandir ensemble? Ne serait-ce pas merveilleux?

La brune avait toujours été mue par un utopisme forcené et un optimisme increvable. C'est ce qui l'avait conduit chez les Blanches, c'est ce qui l'avait poussé dans les bras de Charles et ce qui l'avait conduit chez Séverin. Elle tentant, tant bien que mal, de partager cet aspect de son caractère avec sa Vipère d'amie.

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Khy
- Merveilleux, Davia ? Merveilleux ?!
Mais êtes-vous si naïve pour croire encore que de nos jours, un bâtard soit bien accueilli ? Qu'il puisse avoir une vie basée sur l'amour, la tendresse, & toutes ces choses futiles auxquelles personne de croit encore ?
Davia, enfin !


Oh, elle s'énerve, l'insolente, brisant la quiétude relative & l'apparente amitié qui recouvrait les deux jeunes filles. Elle s'énerve, oui, elle s'agace & se lève, lâchant les mains, lâchant ses nerfs, lâchant la rage de n'avoir plus d'exemple à suivre. Car oui, Davia fut un exemple, il y a quelques minutes encore, de bonté, d'espérance, de bonheur, de piété.
Davia était l'amie, la soeur, la parfaite adorée, la seule, semble-t-il, qui ait pu comprendre sans juger les frasques de la Khy.
Alors cette annonce, c'est plus qu'un coup au coeur, c'est un coup de poignard qui perce ses entrailles. C'est un monde qui s'écroule, celui où elle croyait encore que l'on pouvait être heureux.

Mais un enfant, elle s'en persuade, ne peut être chose heureuse. Il y a tare & péché là où il y a existence, & quiconque lui affirmerait le contraire serait fort étonné de la violence de ses arguments.


- Qui donc a pu vous mettre en tête que cette infamie nous permettre de vivre dans ces conditions là ? Ces Choses, si elles viennent à survivre, ne seront que clous dans une planche de bois, enfoncés, arrachés, dans peines & sans remords, sans honte & sans tendresse. Tout ce qui les attend, c'est un monde putride où l'on est jamais rien & où l'on paye cher une existence infâme !
Qui ose encore vous dire que le Très-Haut lui-même a décidé ces choses ? Êtes-vous si possédée pour croire que le Sans-Nom n'a rien avoir là-dedans ? N'avez-vous pas eu l'impression, une seule seconde pendant la.. conception, que vous n'étiez pas là, que votre corps n'était plus vôtre ? Enfin, mon amie, je vous en conjure !


Les mains sont saisies, brutales & pitoyables, l’exécrable s'agenouille en retenant ses larmes aux barrières de ses yeux.

- Vous êtes forte Davia, mais vous n'êtes pas entière. Qui de sensé, enfin, offrirait à nos chairs des enfances joyeuses & des vies délicieuses ? Ils sont voués au mépris, voués à être détestés, regardés de travers, repoussés, écartés ! Il n’y a pas, ici-bas, de place pour ces engeances… Vous le savez, Davia, mais vous semblez vous raccrochez à un bonheur factice comme si sans lui vous ne pouviez exister !
Mais je vis, Davia, regardez-moi, je vis ! Je vis de colère, d’arrogance, de rage & de mépris, mais je vis & je n’ai jamais été aussi vivante ! Et tous ces bonheurs auxquels vous convoitez me révulsent, me répugnent & me donnent des nausées à chaque fois que j’y pense !


Elle inspire, expire, tente de se calmer, de retirer les mots qui brisent & qui déchirent.
Mais trop tard, le venin est lâché, le venin doit couler, & au diable les dégâts qu’il faudra réparer.


- Le bonheur auquel vous aspirez n’existe que dans le livre des Vertus, & encore. Il n’y a, en ce monde, que violence & misère, & votre enfant ne sera qu’un détritus de plus ! Vous voulez qu’on les élève ensemble… & bien soit, qu’ils voient, & découvrent, & apprennent, ensemble, qu’à la misère des hommes n’égale que leur cruauté !
Ne rêvez pas Davia, je vous en conjure… Restez avec moi, les pieds dans la fange si cela est nécessaire, mais ne croyez pas, vous aussi, à de telkes utopies… Je vous en prie…


Et la voix s’éteint, & la voix s’efface, brisée d’avoir crié, vidée d’avoir osé.
Et puisse le Très-Haut lui pardonner l’offense.

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