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[RP] J'ai reçu une lettre Il y a trois jours peut être ... *

Judas
Arrivée par erreur...
Bien adressée, malheur!
Ecrite de vive main
Rose scellée du matin
J'aurais dû cette lettre
Ne pas l'ouvrir peut être...*


Pont de la Cardabella.


Judas se tient debout, dans le langoureux et timide tangage de la Loire, les mains cuirassées jointes et les coudes reposés sur un tas de cordages aux noeuds savants qui semblent hésiter entre le plancher du pont et le vertige par dessus. Le ballotin de cordes dures semble jaillir du navire comme une gerbe grise qui laisserait ses extrémités caresser le fil fluvial, retenu comme les hanches d'une danseuse par la grâce d'une ligne de voile . La journée meurt, le bateau qui les mènera lui et son amante jusqu'en Anjou laisse derrière lui le léger sillon d'une avancée lente et bercée par la platitude de l'eau. L'homme regarde les rives douces aux rares badauds qui rentrent en leur chaumières, c'est une fin de printemps de bon augure, malgré le pli contrarié ou soucieux qui a fait son chemin sur le front du Frayner.

Anaon est là, quelque part sous la coque de noix, malade de sentir ses pas avancer sur l'insaisissable. Le mal de l'eau appelle-t-on cela, et ce n'est pas ce qui vient troubler le voyage des amants vers les contrées barbares, ni ce qui dessine a Judas une ombre dans l'oeil. Un croc à la rétine. Un élan de faiblesse, une crainte. Car Judas craint, comme tout homme, et sa faiblesse a des seins et des yeux durs, une peau marquée et des gestes doux, quand elle le veut.

Dans sa cabine, sous leur paillasse, dort une missive reçu le jour où l'embarquée a pris le large. Une de celle qu'il ne fait pas bon lire, ni raconter, une qui gâche une journée ou un voyage, qui donne la nausée ou la colère, qui insurge et qui enrage. Une qui leurre, qui vous fait croire qu'elle est futile; qui pourtant ne l'est pas. Et Judas n'est qu'un homme qui n'aime pas ce genre d'enjeu, tout ce qui en découle est tout ce qu'il ne veut. La faiblesse s'est faite papier, vélin a demi crayonné, mot aisément couchés qu'il va falloir partager. Car les garder ne servirait à rien, a trop cacher on perd beaucoup, d'oubli ou de désarroi il faut apprendre à ordonner... Ordonner. Ordonner comme on classe sagement sa vie car c'est l'usage. Ordonner comme on exige et fait ployer sous le chantage. Chantage de femme. Parole volée d'un serment bien prononcé. Il ne faut pas mésestimer la lâcheté d'un homme.

Ha! Si j'étais un homme... J'épargnerais ta peine.

L'homme qui d'ailleurs n'est plus sur le plancher humide ou s'éparpillent les lichens légers, et qui s'est défait de la poupe d'un pas d'animal allant à la mort. Il a ôté ses gants comme avant une partie de carte difficile et a ravalé toutes ses excuses sans queues ni tête, se concentrant sur la stricte vérité: Il allait se marier. Ho, il le savait depuis longtemps. Il était au courant des desseins de sa suzeraine à son égard depuis l'octroi de Courceriers... D'où le temps passé loin de Petit Bolchen, où il était presque une vieille pierre facile à aller chercher. D'où ses prétextes pour courir le duché, l'armée, puis en sortir en silence, pour aller dieu sait où. En Bretagne par exemple. Mais les coursiers de la Mainoise n'avaient pas laissé l'oiseau s'envoler sans le tracer avec méthode. Et lorsque icelui s'était voulu poisson, prêt à sauter dans la première vague en partance venue... Ils l'avaient ferré.

Repousser, repousser... Il repoussa la porte de l'Anaon, à défaut de pouvoir repousser encore l'échéance de son aveu. Le corps étendu qui s'offrit à sa vue le figea sur place, ses mots semblèrent s'envoler, et ses résolutions aussi.

Non, il ne faut pas mésestimer la lâcheté d'un homme.
Ni la colère d'une femme qui dort sur ses braises...


[ I follow you deep sea baby
I follow you, dark doom honey
I follow you
He a message, I'm the runner.
**]

* La lettre, revisitée de Ronan Luce
** Je te suis en haute mer bébé
Je te suis, destin noir chéri
Je te suis
Il est un message, je suis le coureur.

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Nous sommes les folles plumes des inspirations sans règles... Entrez dans la danse.
Anaon
"Be the ocean where unravel
Be my only, be the water where I'm wading
You're my river running high, run deep run wild*"

    - " I Follow A River " de Lykke Li -

    L'œil se perd dans les rainures qui font sa ligne d'horizon et les écorchures d'un plafond. Sillons de bois dont elle connait chaque tracé à trop s'en user la rétine, elle pourrait redessiner la carte de ses vallons les deux yeux fermés. Et si les paupières se scellent, ce sont bien ses entrelacs noueux gravés dans ses pensées qui se retracent derrière ses barrières de chairs. Mais pour l'heure, l'œil demeure ouvert. Il s'écorche encore devant cette fresque d'entaille tandis que l''autre pupille sommeil sous sa paupière tenue close par la paume qui s'y appuie. Léthargie nauséeuse.

    Le mal de l'eau. L'Anaon n'a guère vu les rives qui bordent leurs chemin liquide, leurs préférant malgré elle les aspérités du bois qui lui sert de toit. C'est le mal de l'eau qui la tient sur la paillasse, et çà en a fait rire plus d'une homme d'équipage. Le mal de mer, un fait rependu, mais celui de l'eau douce, une nouveauté. Rare sont les remous assez puissants pour faire frémir la coque, mais ils suffisent pourtant à lui retourner le cœur. Dieu sait pourtant que l'Anaon n'a pas la tripaille fragile, et c'est peu dire, mais son cerveau semble en avoir décidé autrement aujourd'hui et voyager sur ce sol impalpable n'est pas du tout de son goût.

    Frémissement écœuré qui ébranle le corps allongé. L'œil se ferme et hésite à se rouvrir. Gast... De sang breton et amoureuse de l'eau comme elle peut l'être, la mercenaire se serait crut la fibre marine! Mais semble t-il qu'elle se soit lourdement fourvoyée et ce premier voyage sur la Loire lui laisse un relent d'acide derrière les nacres. Un soupir. Les azurites se révèlent doucement alors que les doigts glissent sur le front blanc pour aller se nicher dans sa tignasse aux longueurs inégales. L'eau pourtant, autant que les bois, elle l'aime et l'adore. Elle se drape dans ses voiles liquides, se love dans le bras de ses rivières, et un jour, quand viendra le temps ou elle n'aura plus rien à faire dans cette vie, elle fera de sa caresse insaisissable son linceul, de son silence abyssale: sa dernière demeure.

    Les yeux retrouvent la contemplation monotone du plafond trop décortiqué jusqu'à ce que l'oreille tique sur un son qui trouble l'habituel silence de la cabine. Le visage s'ébranle doucement puis c'est tout le corps qui se redresse pour contempler l'arrivant. Assise en tailleur, l'Anaon n'esquisse pas plus de geste alors que son regard se ballade sur la stature du Von frayner. Admiration silencieuse qui ne lui tirera jamais aucune lassitude. Les azurite savourent les contours de cette silhouette connue par cœur, brillantes de cette envie de la redécouvrir encore et toujours. Ah! Judas, une folie douce pour laquelle on vendrait bien son âme. Un vice et une addiction, bien plus enivrant que le plus fort alcool, plus doux encore que la plus savoureuse des douceurs. L'Anaon y perd la tête et elle y laisserait bien ses plumes si c'est pour avoir l'heur de se lover encore dans les bras du Von Frayner.

    Son attention s'attarde un instant sur l'encolure qu'elle se plait à parcourir de ses lèvres ou d'une nacre délicate, avant que son regard ne se heurte aux traits figés du visage aimé. Ses sourcils se froncent imperceptiblement. Sans mot dire, une main se tend, attend. Invitation silencieuse à la rejoindre.

    Un léger sourire vient courber ses lèvres.


* "Sois l'océan où je me dissous
Sois mon unique, sois l'eau où je suis à gué
Tu es ma rivière coulant de haut, courant profondément, courant sauvagement"

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Images originales: Victoria Francès, concept art Diablo III - [Clik]
Judas
[ Ann, mon Ann... Ne vois tu rien venir? ]

Elle ne dort pas. Faut-il que toujours elle n'embrasse le repos? Vers la main qui se tend, Frayner s'avance avec prudence. Il est tard pour trouver la manière, l'esprit pourtant ne cesse de chercher. Ridicule. Le bord de la couche accueille l'homme, dieu que l'on peut se sentir impuissant parfois. Ce n'est pas l'ambiance silencieuse et morne de l'embarcation qui aide à alléger les craintes et la réflexion.


Comment te sens-tu?

Il est des questions posées pour gagner de temps. Ou pour appréhender une réaction.

Oui, il aurait pu s'y atteler tout de suite au lieu de passer trois jours à trouver le moyen d'aborder le délicat sujet, mais quelque part, s'y prendre au beau milieu de l'eau lui assurait qu'elle ne partirait pas dans la nuit, ou qu'elle ne tenterait pas de folie. Ils devraient rester là, tous deux, amen. Sa senestre baguée d'argent flatta avec douceur les contours du visage maigrement éclairé tandis que sous le séant, tout l'esprit s'était concentré sur la présence de la lettre, bien camouflée.


Je vais devoir me rendre en Maine. Ma suzeraine désire me voir.


La pulpe des doigts s'attarda sur l'ourlet des lèvres, longeant sa crête peu abrupte de la lippe. Lentement, subtilement, Judas s'allongea contre Anaon, fourrageant ses cheveux et enserrant de ses bras ses omoplates. Viens là ma belle, viens que je savoure tant que tu le veux ce que tu sais me donner de meilleur. Tendresse sans doute, camisole humaine, surtout. Nécessaire précaution.
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Anaon
    La main ne trouve pas le contact de son autre et les doigts se referment sans comprendre sur une poignée vide. Le sourire sans réponse se fane sur le visage de la balafrée et l'œil se voile d'une ombre soucieuse à l'approche de l'amant. Silence. Les azurites se font attentives, inquisitrices même alors qu'elles détaillent avec insistance les traits tendus du visage seigneurial.

    Une question. Un sourcil se rehausse discrètement. Est-ce donc son état qui le préoccupe à ce point? Sans être d'une forme olympique, la mercenaire n'est pas non plus des plus souffrantes et l'inquiétude qui se trahit dans l'expression de Judas lui semblerait presque démesurée. Les mots répondent pourtant, d'une voix qui se veut rassurante, mais le regard, lui, demeure perplexe alors qu'il fouille sans pudeur dans les yeux du Von Frayner.

    _ Mon estomac semble assez solide pour supporter sans frémir la vision des cadavres des Miracles, mais il semble ne pas vouloir s'accoutumer des vagues imaginaires qui chatouillent la coque. Mais, ma foy, c'est largement supportable... bien que je n'aurais rien contre l'idée de poser le pied sur un peu de verdure.

    L'ombre d'un sourire vient ponctuer sa phrase alors que le visage cherche à s'appuyer d'avantage contre les doigts qui le parcoure. Vient alors la mention du Maine. L'information n'en est pas une, l'Anaon se garde bien de lui faire remarquer qu'il l'avait déjà prévenue et elle se contente d'enchainer le plus naturellement du monde.

    _ Cela te fera enfin une occasion de voir Courceriers. Depuis le temps que tu dis devoir quitter ta Bourgogne pour tes terres Mainoises...

    La pensée est fauché par le frisson véhément qui lui ébranle la peau, au passage de la caresse qui se perd dans ses cheveux. Les yeux se ferment, savourent cette délicate extase qui la ferait tomber en pâmoison. Un jour, Ismaël Mérindol dira que les sirène ont en leurs chevelures ce que les femmes ont entre les cuisses. L'Anaon ne se surprendrait pas d'avoir dans sa généalogique quelques créatures hybrides... Et puis le mal de mer vient bien quand on y vogues pas quand on y loge.

    Le corps s'abandonne sans plus de mesure sur la poitrine qui l'accueille et les doigts viennent retracer le galbe du cou de l'amant. Plaisir simple, mièvre peut être que de sentir le contact de l'autre. Et si l'Anaon ne peut se targuer de comprendre toutes ses inconstances, elle peut au moins se satisfaire de le connaître suffisamment pour remarquer le trouble qui émane de lui. Oui, la pensée n'a pas oublié ses primes inquiétudes.

    _ Tu me sembles bien soucieux...

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Judas
Depuis le temps, depuis le temps...

Ha si tu savais ma mie. Tout le temps que j'ai gaspillé pour me garder de Courceriers n'était que du temps grignoté sur l'échéance de ces épousailles.

Qu'il est dur de duper la Roide, à peine a-t-il posé ses mains sur elle qu'elle lit entre ses lignes. Il n'est plus l'heure de fignoler des tournures de phrases, son habituelle allure d'homme sûr de tout semble s'être évaporée comme les embruns sur la figure de proue au soleil du matin. Judas tremble là au creux des bras de son amante, pas de peur, mais de froid. Comme si les mots qu'il s'aprêtait à lâcher lui promettaient mille nuits solitaires, la fuite de celle qui depuis un moment déjà avait fait sa place dans sa vie décousue. L'image d'un lit vide, d'une couche défaite et de l'absence. Cette terrible absence, pire sentence qu'elle pourrait lui infliger. S'il est certain d'une chose, c'est qu'il ne la laissera plus partir. Dusse-t-il la laisser mourir de colère ou de chagrin.


Elle m'a trouvé promise...

Et les mains dans le cou du Frayner d'être chassées avec douceur, comme on craint qu'elles ne se crispent de trop, là contre la chaude jugulaire. Les jumelles plus grandes et plus fortes de l'homme encerclèrent les fins poignets d'Anaon tandis que comme si de rien n'était les lèvres s'ancrèrent à l'arrondi du menton... Attendre une réaction, le coup de trique...
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Anaon
- Ne préfère t-on pas à l'abrupte d'une vérité, la douceur d'un mensonge? -

    Échos aux paroles inquisitrices, c'est un tremblement qui lui répond. Frémissement qu'elle croit d'abord inventer, mais les spasmes du corps demeurent. La réalité s'impose, Judas ne va pas bien. L'inquiétude fait son nid dans les entrailles de l'Anaon et les sourcils se froncent d'avantage... Mais avant même que les lèvres n'ai eu le temps de se déclore, le couperet tombe sans détour.

    Choc.

    La pensée trébuche sur un mot et ne s'en relève pas. Silence. Mort des sens qui perdent le fil du temps. L'oreille n'entend plus. La peau ne sent plus. C'est l'arrêt brutal du monde qui laisse l'Anaon sur le carreau. C'est l'esprit qui se fait con et qui semble ne pas comprendre ce mot qui s'est fiché dans sa tête comme un carreau d'arbalète.

    Promise... Promise?

    Le terme tourne au creux de l'esgourde, sans aucun sens. C'est la petite mort de l'âme, la sidération du corps. Mécanique du KO.

    Elle lui a trouvé promise.

    Des mots pour guillotine qui injectent dans son corps comme une anesthésie. Dans l'air immobile de leur cabine, le souffle s'est tarit. Grave, immobile. Elle s'est figée. Inertie profonde, là, absorbée dans une pensée, dans un regard, vague. Les yeux ne voient plus les rainures des planches. Ils sont devenus aveugles tout comme l'oreille s'est faite sourde et le sang : glace. Inconsciente au regard grand ouvert.

    Toucher contre ses mains. Gestes presque lointains qui effleurent à peine ses sens engourdis. Sont-ce pourtant ses mains, carcans de chairs contre ses poignets, qui brises sa paralysie et éveille sa conscience?

    La roideur plein les membres, les genoux se ramènent contre les hanches de Judas, simplement de quoi trouver l'appuie qui lui permettra de se redresser. Avec une lenteur grave, le buste se soulève et le menton se soustraire aux lèvres dont elle ne ressent même pas la caresse.

    Amalgame de trouble et de vide, les azurites se scellent dans la noirceur des anthracites. Parle. Parle, tu en as déjà trop dis. C'est l'ordre muet d'un regard insondable.

    Le silence est éloquence.

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Judas
Mais le coup de trique ne vint pas. Faut-il que Judas ne le préfère à cette absence de réaction? Tristement, oui. Car il ploie sous son buste qui se relève comme on se courbe à l'approche de la vague et de sa violence, Anaon a un air de falaise d'Armorique, et toute sa stature de femme sembl le dominer. Est-elle imperméable à la nouvelle? Où s'applique-t-elle a faire durer l'instant, à le torturer? Parle Anaon! Parle , tu n'en dis pas assez.

Les mains annexées ne cillent pas, le geste reste arrimé avec détermination... Ou appréhension. Le coin des lèvres sans consistance du Frayner semble s'étirer vers le bas, ses yeux pourtant s'agitent d'un iris à l'autre, cherchant à arracher des mots qu'ils ne daignent pas donner. A-t-il déjà été témoin d'un vide cornéen aussi angoissant? Les Azurites sont toujours bavardes chez les personnes qui comme la Roide sont avares de conversation, pourtant sur le moment... Judas les croirait stériles. Son baiser reste insipide, l'amante s'est faite de marbre, bientôt c'est une atmosphère à couper au couteau qui accentuera la difficulté de l'exercice-confession.


Ne me regarde pas comme ça.


Et le visage de se détourner de celui trop grave de la mercenaire. Lâcheté encore, vite abrégeons, tant pis pour les cicatrices.


J'ai lors de l'octroi de mes terres et de mon serment vassalique été surpris des clauses dissimulées, ma suzeraine trouvant que je menais une vie trop décousue pour... Mon âge. A vrai dire je n'ai pas eu le temps de comprendre ce qu'il me fallait sacrifier pour monter quelques marches, je cru ne jamais recevoir cette maudite lettre où elle me trouvait une épouse.


L'homme sembla soupirer, ou peut-être déglutit-il, le joug de ses mains sur les poignet de sa voisine s'intensifia.

Je ne sais pas même son nom. Ni même son âge, je sais juste qu'on me la marie et après... Après quoi? Crois-tu que je l'aimerai? Crois-tu qu'elle sera toi?

Cette dernière parole fût lâchée avec colère, déjà son aveu pesait trop lourd. Le geste coutait, et s'il n'était pas dans ses habitudes de se confier, il se maudissait déjà d'avoir tout raconté à l'Anaon. Chassez le naturel, Judas revient au galop.

- Crois-tu que ce sera une partie de plaisir...? - J'en meurs déjà.
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Anaon
    Sciée. Elle est tout simplement sciée quand les mots lui répondent et se greffent dans son âme comme autant de ronces qui s'agrippent à sa chair . Les paroles lacèrent sans qu'elle ne réagissent, on pourrait lui vider les viscères, elle ne broncherait pas plus. Elle se décompose. Elle ne comprend pas. Ne croit pas. Cathédrale en ruine qui s'égrène en mille et une caillasse, tirant dans leurs chutes les traits de ce visage au bord de l'effondrement. Et si on peinait à donner un âge à cette face ravagée du sourire éternel, on lui accorderait à cet instant bien plus que ses trente-quatre printemps.

    Déni. Refuser l'improbable, car Frayner marié n'est plus Frayner. L'impensable. La farce est mauvaise, le goût est amer. L'esprit invente, sa paranoïa se joue d'elle. A trop se croire persécutée, elle se brode des écueils là où elle n'a qu'à avancer les yeux fermés. Tu es folle ma pauvre Anaon! Même sobre tes sens te trompent et ton oreille te ment. A croire que tu aimes souffrir au point de t'imaginer des supplices là où ils n'ont pas lieu d'être.

    Mais la voix de Judas claque dans l'air. Implacable. Coup de fouet dans les sangs. Plus violent qu'une gifle, le timbre la ramène à la pleine conscience. La balafrée sursaute violemment, recule bien vite enrayé par les mains qui retiennent ses poignets.

    _ Tu vas refuser...

    Une supplique? Un ordre? Une évidence. Murmure qui s'extirpe de ses lèvres sans qu'elle n'y ai réfléchis. Et soudain, c'est l'afflux de pensée décousues qui immerge l'esprit de la balafrée. Les yeux s'affolent, cherchent un point d'ancrage, accrochent les siens, virent sur ses lèvres, embrasse le vide. Judas va se marier. Mais Judas ne lui doit rien...? Non! Qu'il prenne ce qui lui chante, qu'il butine ailleurs, qu'il batifole, engrosse et viole! Grand bien lui fasse! Tant que toujours il lui revienne, c'est son seul désir... "C'était", son seul désir.

    C'était, oui...Car depuis ce jour où les mots secrets ont franchis leurs lèvres, tout est différent. La douleur se cache dans le silence, dans une indifférence feinte. Imperméable, alors qu'elle le sait volage, elle ne l'est plus. Femme avant d'être fière, l'imaginer aux bras des autres la lamine un peu plus chaque jour. Aujourd'hui ce n'est hélas pas qu'une histoire d'amante. Pourtant... Cruel esprit pragmatique. Il n'est pas son époux et à ce titre, elle n'a rien à exiger de lui. Non il n'est pas son époux.

    Il ne le sera jamais...

    Les azurites retrouvent brusquement l'éclat des prunelles seigneuriales. Est-ce une lubie qui se brise soudainement? Anaon, pauvre conne que croyais-tu? Tu sais bien que ces rêves-là tu les as lâchés depuis longtemps. La mâchoire tremblante et sa bouche entrouverte retrouve subitement toute sa fixité. Mais dans sa tête en tumulte, les ressentis contradictoires s'accumulent.

    L'esprit s'asphyxie brutalement sous ses flots de pensée. Le manque d'air. Incapable de raisonner convenablement, l'Anaon se croit étouffer. Besoin soudain d'aller sur le pont, quitter cette cabine de malheur. Qu'elle prenne le frais ou qu'elle se jette à la flotte, çà lui rendra peut être les idées plus clair. Dans sa tête c'est le boxon et elle est bien incapable d'aligner deux reproches à la face de son amant. Une seule chose est sûr, elle veut le sortir de son champ de vision.

    Le recul est brutal, l'arrêt tout aussi brusque et le regard étonné se porte enfin sur les mains qui lui font un étau.

    _ Lâche moi Judas.

    Voix d'un calme trop froid. Lourd. Timbre bandé comme un arc qui n'attend que le faux pas pour éclater le silence. Son sang-froid est friable, mais sa patience plus encore. Les prunelles retournent à leurs jumelles et durant cet échange muets les azurites retrouvent toute la froideur qu'elles pouvaient exprimer lors de leurs tous premiers regards. Et la peau renfile l'armure qu'elle avait sacrifié au nom de leurs ébats.

    Lâche moi Judas. Faut que j'aille me dégourdir le cœur.

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Judas
[On ne vit pas au large...
Et que ceuxqui t'attendent
ne t'attendent plus jamais
Ou se fassent un sang d'encre.
On ne vit pas au large...
Personne n'a l'emprise que tu as sur moi,
sur mon souffle qui reste saccadé
Des courses contre le vent
qui ne comptent plus maintenant
Qu'on s'est dit qu'on s'appartenait]*


Non.

Refuser? Comment le pourrait-il alors qu'il se lève Noble et qu'elle se couche roturière, ce depuis toujours, depuis depuis... Depuis que c'est ainsi. Que sait-elle des obligations qui le tient, des responsabilités qui l'écrasent? Que sait-elle des faussetés qui brillent, des amabilités perfides, que sait-elle de l'envers de sa vie?

La lâcher, la laisser s''enfuir, partir? Encore? Comment le pourrait-il alors qu'il a par deux fois touché du doigt le néant qu'elle laissa derrière elle. Que celles qui l'attendent ne l'attendent plus jamais, sa main ne lâchera pas le fin poignet et tant pis pour les conséquences qu'il sent imminentes et tempétueuses. Lorsqu'elle lui tourne la tête et lui tourne le dos, que sait-elle de l'enfer de sa vie?

Judas la ramène contre lui de force, ils s'exacerbent lentement mais sûrement, Roide va craquer alors autant que ce soit sous contrôle... Illusoire. Que contrôle-t-il aujourd'hui, alors qu'il lui demande implicitement de devenir sa maitresse, de rester à la place plus désagréable que jamais qu'il lui laisse? Rien. Absolument rien. Et par égoïsme, lui ne veut pas la lâcher, la perdre, lui la veut encore même si c'est dans l'ombre de l'ombre.


Non, reste, écoute, rien n'est si simple. C'est un hymen de convenances, il n'agrée qu'à la pérennité d'un nom.

Reste! Tu es à moi, et à moi seul, ça c'est simple. Je te crains autant que je t'aime, et si je te fais mal, si tu gardes des traces, ce n'est que de l'amour. Mon amour, sur tes poignets, comme un poignard.

* coeur de pirate
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Anaon
    Le choc. Le déni. Viens ensuite la colère. La chute ascensionnelle vers le deuil, le plongeons vers cette tombe qu'elle a creusé à grand coup d'affection. Prévisible. Eux qui se malmenaient pour le plaisir d'un jeux, par fierté, pugnacité, pour savourer l'extase d'un combat quand l'armure tombe comme une vêtement abandonné au coin du lit, ils se sont perdus dans la langueur des étreintes sentimentales. Trop doux, trop simple. A croire qu'il ne fallait pas que çà dure. C'était écrit.

    Tu vas me détruire Judas.

    Quand la voix claque, c'est l'ire qu'il éveille. Impitoyable et sans appel. Catégorique, son refus ne souffre d'aucune once d'hésitation. Amant de bien peu de remord, qui veut le beurre et l'argent du beurre. Avoir les terres. Avoir l'amante. Puisque que les deux ne s'allient pas, puisque qu'un des deux, il faut sacrifier... c'est elle qui trinque. Maudit sois-tu Judas!

    Dans ses pensée çà se bouscule. Pleurer, crier, ne rien dire peut être, l'Anaon est incapable de réagir, la seule chose qu'elle veut c'est fuir. Prendre le premier recul, réaliser, encaisser, prendre l'air tout simplement. Dans sa tête c'est l'effusion, ça lui fou le nœud aux tripes et le cœur aux bords des lèvres et pour la peine la houle imaginaire n'y est pour rien. Et lui, aussi cruel qu'insultant, saleté d'égoïste, alors qu'il la crève en quelque mot il ne lui accorde pas même l'instant d'un repos.

    Son contact lui brûle la peau, et pas de plaisir. Et la balafrée se démène comme une forcenée pour extirper ses poignets de ses mains qui la clouent à lui comme une martyre à sa croix de supplice.

    _ La putain de toi, Judas! Lâche-moi!

    Sonnez la fin des heures calmes! Le sang-froid se brise, l'Anaon vrille. A cet instant où toutes les rancœurs s'exacerbent, où les reproches lui suintent à fleur de peau, elle serait capable de lui reprocher de faire le jour et la nuit. Insensée. Il n'y a plus de sens de la mesure. Folie. Tous les ressentis se décuplent et rien deviendrait un mal à lui cracher à la figure. Si elle était capable de sortir deux phrases pertinentes de ses pensées sans queue ni tête, pour sûr qu'elle lui en foutrait dans la tronche pour bien plus qu'il ne le mérite. Lui reprocher tout. Ses libertinages, ses manigances, son arrogance, ses insolences, ses viols, sa lâcheté, sa noblesse, son charisme, son amour. Tout, par ce qu'à cet instant elle le déteste.

    _ Va au diable toi et tes catins! Va crever avec ta pérennité!

    A défaut de pouvoir s'échapper les doigts s'enfoncent sans vergogne dans les épaules à leurs portée. Et l'Anaon se fait sourde à tout. Elle ne veut rien entendre ni excuse, ni explication, comme si rien de valable ne pouvait sortir de ses lèvres qu'elle maudit aujourd'hui de trop les aimer. Sans doute que ce mariage ne changera rien, sans doute que tout sera même, mais l'amante blessée n'est pas à même de le réaliser. Elle se drape dans sa douleur première. Elle s'en étouffe. Ça l'obnubile et du reste elle ne veut rien savoir. Derrière les nacres, c'est le goût d'une trahison. Comme d'un mensonge par omission.

    _ Laosk-me!
    Lâche-moi

    La rage qui sonne comme une prière. Et ce qui la met hors d'elle, plus que l'aveu lui-même, c'est son refus de la laisser. Non, il ne lui accorde aucune miséricorde, il lui agrafe les paupières et la force à contempler cette vérité qui dérange.

    Aimer Judas, Dieu que ça fait mal.

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Judas
Elle lui fait mal la garce, autant en paroles qu'en gestes, Anaon fait mal.

Mais reste-là! Ecoute-moi, écoute-moi!


Puisqu'ils en étaient aux échanges de vérités, Judas ne prit aucune délicatesse en ses propos. Sans même s'en rendre compte il tordait les mains chéries comme l'amante lui tordait le coeur.


Ce mariage ne changera pas nos vies, Ann, certainement pas tes habitudes, ta sacro-sainte liberté. Tu pourras encore te faire engrosser où bon te semblera, si c'est ce que tu redoutes!

Le fou. Il savait pertinemment que le sujet était tabou, que parler à Roide comme l'on s'adresse à la catin du coin ne ferait que sceller sa rage et sa haine. Pourtant le calme dont il s'était gonflé avant d'entrer dans cette cabine de malheur avait lentement mais certainement fondu comme glace au soleil, et maintenant que les mots étaient cuisants... Judas battait le fer de l'armure. Elle lui reprochait de coucher dans tous les ports, hé bien soit! Il mettait le doigt sur l'un de ses travers, le plus sensible, le plus vif encore dans son esprit fier ... Si le seigneur devenait mauvais c'est parce qu'il sentait bien la situation lui échapper, fi des demi-mesures. Roide a les épaules larges, alors jusqu'où? Dans l' odieux de trouver l'espoir...

Si je veux garder mes terres, avoir un titre même minime et être un tant soit peu considéré, je dois me plier à cette décision. Faudrait-il que je devienne un paria pour que tu te contentes simplement de m'aimer sans heurt, sans fuite, absence?

Manipulation reprend, pourtant il sait bien que cette fois manipulation ne marchera pas, ou si peu. Retourner la situation, rejeter la faute sur Anaon, sur la fatalité ou le monde entier, l'homme est passé maitre en la matière. La voix s'adouçit, pour ne devenir qu'un murmure, un de ces murmures qui se fait tendre pour persuader, pour raisonner. La voix de nature cassée ne devint qu'un chuchotis au timbre inexistant.

De part nos naissances, je ne suis pas même sensé t'entretenir de tout cela, partager ton lit... Pourtant je ne peux pas m'en passer, je veux pas m'en passer. Alors si tu ressens vraiment ce que tu prétends, raisonne-toi, accepte de rester auprès de moi. Je te laisserai l'un de mes appartements, l'on s'y retrouvera quand tu le voudras, tu verras ce ne sera pas plus compliqué que tes séjours à Petit Bolchen!


Crois-t-il à ses paroles? Oui, sans l'ombre d'un doute. Judas croit vraiment que ce mariage n'est qu'un vague contretemps et que la femme qu'il aime d'une passion néfaste est à l'épreuve des coups de poignards. Que ne faut-il pas entendre...Et les poignets d'échapper à leur joug, bien malgré lui. Le satrape aurait préféré les briser plutôt que de les rendre à leur liberté. Un peu à l'image de l'amour qu'il vouait à la balafrée... Amour délétère, mais quoi qu'on en pense, amour tout de même. Amour destructeur et malsain, amour fol à lier
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Nous sommes les folles plumes des inspirations sans règles... Entrez dans la danse.
Anaon
    Non l'Anaon n'écoutera pas. Ou du moins ne l'aurait-elle pas fait s'il lui ne lui avait pas asséné son plus vil coup de surin. Elle se fige au dessus de lui d'un air des plus scandalisés. Il n'a pas le droit de lui reprocher çà! Imputation injustifiée. L'hospice qui se fou de la charité! Dans sa vie l'Anaon n'a couché que trois homme dans son lit. Le premier devait être son époux, le second une déviance estivale lors d'une nuit de tout les malheurs, et le troisième n'est que Judas. Et depuis Judas, il n'y a que Judas. Et de cette grossesse avortée, le seigneur n'a rien à lui redire car elle ne le concerne en rien. Mais il se joue de sa plus douloureuse faiblesse et Judas blesse comme il ne pourrait pas mieux le faire.

    Sur la chair qu'elle martyrise les serres se resserrent autant que ces doigts la serrent. Et les mains tremblent d'effort et de douleur. Le souffle se fait heurté quand la tête se baisse, que les yeux se ferment et que coulent à l'esgourde les mots d'une évidence. Non, sans doute a t-il raison, sans doute ne faut-il pas qu'il abandonne ses devoirs. Mais Judas n'enrobe pas ses paroles dans les bonnes formules. Se contenter de l'aimer. Puisque que, semble t-il, elle ne fait que se "contenter" bêtement et simplement. Mais l'Anaon ne se "contente" pas. Non. Elle sacrifie.

    Enflure, si tu savais ce que j'abandonne pour toi. J'ai sacrifié Paris et je ne parle pas de son Louvre et son confort présomptueux. Je parle de mes souvenirs qui hantent ses ruelles. Oublieé pendant un temps cette haine qui me ronge les veines et qui pourtant me tient en vie. Délaissé ma raison d'exister le temps d'un temps auprès de toi. J'ai promis que rien ne m'arrêtera dans ma quête désespérée même si je dois en crever. Pour toi je me suis trahie. Mais sans doute cela ne vaut-il pas un lopin de terre et un titre sur un bout de papier...

    Égoïste sans doute est-elle l'Anaon en cet instant ou elle ne voit que ses contraintes à elle. Son mal lui colle des œillères et elle ne voit bien que la culpabilité de Judas. Il lui parle de garçonnière et ça lui semble bien dérisoire. La balafrée se voit déjà comme une amante à la fenêtre qui passe son temps à attendre que son amant veuille bien tromper sa femme.

    _ Tu ne sais même pas d'où je suis née...

    Puisque de leurs passés ils ne se sont jamais parlé. La voix se fait brisée, elle ne tremble plus d'aucune rage. Et quand enfin elle se recule encore, les mains se libèrent de leurs jumelles autoritaires. La balafrée ne se fait pas prier pour prendre le large et quitter d'une course empressée l'air électrique de leur cabine. Elle manque de louper les marches qui la mènent au ponton, mais arrivée à bon port elle accueille poumons déployés l'air qui lui fou le mal au cœur comme une claque bienfaitrice.

    Les pied nus se perdent sur les chemin de bois au toucher d'humide jusqu'à s'arrêter à l'extrémité de la proue. Les mains s'arriment avec férocité à la première prise qu'elle trouve et l'œil se risque par delà le bastingage. La vue de l'eau qui dévale nonchalamment sous le navire lui colle des frissons dans la poitrine. Spasmes annonciateurs de la bile qui menace de sortir. La dextre s'écrase contre les lèvres nouées tandis que les mâchoires serrées à s'en péter les dents s'évertuent à garder ses humeurs dans son estomac.

    Instant de bataille interne. Les genoux ploient et le front vient embrasser le bastingage. L'Anaon s'acharne à ne rien laisse sortir, mais les pensées qui affluent de nouveau dans sa tête ne sont pas pour la soutenir. La gorge échappe un gémissement excédées. L'esprit s'évertue à remettre de l'ordre dans ses méandres, comprendre les causes et les conséquences de cette funeste nouvelle qui plombera le reste de ses journées. Retrouver aussi son admirable pragmatisme, son inestimable je-m'en-foutiste qui lui faisait accepter sans bien broncher tous les travers de Judas.

    L'or coulant du ciel de cette fin de journée lui cramerait les rétines. Et le calme qui enveloppe son propre tumulte lui paraît intolérable. A fleur de peau, tout lui est insupportable. Judas va se marier. L'idée s'impose, elle n'a guère le choix. Accepter ou tout lâcher. En serait-elle seulement capable?

    Il ne sera plus question de retrouvailles échaudées aux yeux de qui veut bien les voir, d'une porte mal verrouillée, d'une négligence presque provocante. Il ne sera plus temps de se moquer des qu'en dira-t-on, de rire au nez des médisants, de vivre comme bon nous semble. Il ne serait l'heure de plus grand chose. Seulement d'un secret à étouffer.

    Ce ne seront plus que des instants volés.

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Images originales: Victoria Francès, concept art Diablo III - [Clik]
Judas
Non, il n'en sait rien, ni d'elle sa naissance quelque part dans une cathédrale Bourguignone. Qu'importe? Ce qu'il sait d'elle n'est pas une bribe du passé, Judas a tué son passé le jour où il manda à l'Azraël de détruire sa sépulture. Il ne se raccroche plus au passé depuis qu'Anaon a tracé son avenir. Un avenir des plus brumeux, un chemin bien énigmatique, et n'est-ce pas là tout ce qui justifie cette folle obstination à en connaitre la destination? Les chemins de traverses, les détours, les raccourcis... Impensable est l'impasse, le délire fourbe qu'anime la bretonne en lui ne peut être que fertile et conduire quelque part.

On ne sait pas où, on s'en fout on y va. Et pas sans toi, non, pas sans toi.

Il exècre les démons de son amante, parce qu'en bon individualiste il a balayé les siens à grand coups de corps à corps passionnels. Anaon n'est pas qu'Anaon! Anaon est l'objet d'idolâtrie qui a ébranlé le corps et l'esprit. Encensé d'exaltation il ne voit pas ses écorchures, ni dedans ni dehors, Roide est belle, comment-peut-il en être autrement? Et si elle est l'écrin de bien de douleurs, ainsi soit-il! Il s'y aveugle. Ses faiblesses? Quelles faiblesses. Ce qu'il perçoit d'elle est ce que le pathétique du sentiment amoureux veut bien lui faire percevoir. Insensé.

Alors non, il ne sait pas où elle est née une trentaine d'année plutôt, et il s'en fout, avant lui elle n'était personne, personne dans sa vie, cela ne vaut pas la peine d'être évoqué. Voilà. Voilà tout l'obtus de Judas. Ce qui ne tourne pas autour de lui ne l'intéresse guère, et rien ne vaut bien la peine de graviter autour des autres. De son oeil et de son instinct, il a Roide dans la peau, ils sont le moyeu d'un tout et c'est déjà bien plus qu'il ne faut pour le combler. Le monde peut bien crever autour, on peut bien le marier, lui prêter un bâtard dans chaque capitale, exiger qu'il soit officiellement un bon mari; il s'en fout. L'intérêt actuel de sa vie est l'annexion de sa petite personne à celle de cette putain de mercenaire. Roturière. Délétère. Adultère.

Car elle le sera. Si ce doit être au secret d'une garçonnière, ça le sera. Si ce doit être à la faveur d'instants volés, cela le sera. Ce sera ce qu'il décidera, car la folie qu'elle a insufflé en lui n'est pas disposée à laisser Roide s'en aller. Pas encore, jamais peut-être. Sans doute. C'est certain. Il la pendrait de ses mains plutôt que de la voir le quitter. C'est une corde d'or qu'il ceint avec des mots à son cou, Anaon ne se laisse pas acheter ni gâter, pourtant Judas a décidé que dorénavant il n'attendrait plus son aval pour la couvrir de cadeaux. Se donner l'illusion de combler quelque chose qui lui manquera? Oui. Ce jour ci, Judas a appris que la légitimité est inestimable...


Ann...


Senestre se resserre sur le néant. Ce néant si insupportable, si angoissant.


Anaon!

Il bondit, poussé par une force plus obscure qu'on ne voudrait le voir judas est en crise. Son épaule heurte avec violence le chambranle de la petite porte, mais il ne percute pas. Il la poursuit.



Repousser, repousser... Il avait repoussé la porte de l'Anaon, à défaut de pouvoir repousser encore l'échéance de son aveu. Mais comme vidé de toutes ses forces, toutes celles qu'il mit à enrober la colère de Roide, le second impact d'une marche menant au pont de la Cardabella signa l'arrêt de sa poursuite; Judas trébucha et se figea genoux a terre. Ses mots s'envolèrent dans un sanglot rageur. L'ampleur de la situation lui vint soudain comme un retour de bourrasque. Un avant bras fier vint dissimuler son faciès éprouvé contre le bois des marches.

Et puis merde.

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