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[RP] Le désir est lucide, c'est l'espérance qui aveugle*

Iris.
*Suzanne Robert


Nuit de cauchemars.
Des ombres la hantaient, tournaient autour d’elle avec un rire méprisant. Des mains aux longs doigts, des yeux rouges mais aucun visage… Même lorsque des images se formaient dans sa tête c’était pour lui rappeler son état physique.

Iris se réveilla une nouvelle fois en sursaut. L’auberge dans laquelle ils s’étaient arrêtés était silencieuse, déjà, à cette heure de la nuit. Elle tâtonna la table de chevet à côté d’elle pour attraper le morceau de tissu, bandeau qu’elle attacha autour de ses yeux à présent inutiles. Un bandeau qu’elle attachait chaque jour pour lui rappeler que sa vie n’était plus pareil à présent. Elle déjà si dépendante ne pouvait plus se passer d’une autre personne pour la guider, même dans les gestes les plus simples.

La Soumise se leva tout de même et attrapa sa cane qui la servait à se guider. Elle sortit sans difficulté de la chambre, que la petite Eleonore lui avait décrite plusieurs heures plus tôt, puis descendit au rez-de-chaussée de l’auberge en s’aidant également de la rampe. Elle marchait lentement, y allait à tâtons toujours, pour ne pas tomber. Tout était silencieux encore, mais l’aveugle entendit le frottement d’un torchon… L’aubergiste devait encore être là. Iris se racla la gorge.

« Voulez d’l’aide ma p’tite ? » - L’aubergiste l’amena alors à une table.


- Merci. Je n’arrive plus à dormir malheureusement.

« J’va vous préparer un lait au miel, c’marche t’jours ‘vec mes mômes ».

Elle le remercia à nouveau puis attendit. Chaque geste de l’aimable aubergiste était entendu à la perfection et fit sourire l’Iris ; l’avantage de la perte d’un sens était l’amplification de tous les autres. Le toucher… Elle pouvait sentir toutes les imperfections de la table où elle se trouvait… L’ouïe… Même les reniflements de l’aubergiste dans la cuisine… L’odorat… Celui du lait qui chauffait… Et le gout… La possibilité de différencier toutes les saveurs d’un plat…

La Soumise soupira. Ce n’était que de faibles compensations. Elle ne pouvait plus observer, elle en oubliait même le visage de Judas qu’elle vénérait. Et tout ce que pouvaient faire ses yeux à présent était de laisser couler ses larmes, chaque nuit. Même ici, dans cette auberge, la seule chose qu’elle pouvait faire était d’attendre : attendre que le soleil se lève et qu’il reparte, attendre les ordres de son Déchu, attendre la douce voix d’Eleonore… Attendre que la mort vienne la reprendre, un jour.

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Zoe_lisreux
Adossée contre le mur, le regard de Shirine se perd dans la nuit, à travers la fenêtre. Parfois, elle jette un coup d'oeil vers le lit où Moran dort. Il lui arrive encore souvent d'insister pour partager ses nuits avec elle. Toujours par peur qu'elle ne lui échappe ? Malgré ses mots et ses gestes tendres ? La tâche était ardue. Le boiteux toujours un peu méfiant.

Et d'autant plus lorsque la rousse avait reçu ce courrier en provenance du Lion de Juda, lui demandant de revenir parmi eux. Son frère, bien sur, interceptait toutes ses missives pour les lire. Il avait été furieux en découvrant celle-ci. Elle lui avait assuré vouloir rester avec lui. Elle ne les avait pas quitté pour revenir vers eux.
Mais depuis, l'ancienne Sicaire se posait la question. N'était-ce pas là un signe du Très Haut, lui demandant de reprendre la lutte armée contre l'Eglise Aristotélicienne et contre tous ceux qui usurpaient Sa parole ? Il était trop tôt. Elle ne pouvait pas redevenir membre du Lion tant que Moran vivait. Il la traquerait...
Elle avait aussi songé à leur écrire, pour implorer leur aide, pour sur qu'ils se seraient déplacés, et avec joie pour égorger le Lisreux. Mais Shirine avait déjà ficelé son plan. Elle voulait être la seule à se débarrasser de lui. Elle savait déjà comment... Et le Lion de Juda ne rentrait pas dans ses plans.

Dans le couloir, un bruit régulier lui fait tourner la tête. Elle s'avance jusqu'à la porte en tendant l'oreille et l’entrebâille délicatement. Elle reconnait l'aveugle discrète, possession du Von Frayner, qui se dirige vers l'escalier.

    Et si...


La rousse sait qu'elle doit se faire bien voir de tout l'entourage de son frère. S'en faire de bonnes relations, des alliés inconscients de son sombre plan.

Elle referme la porte et avance vers le lit. Elle se penche et observe Moran. Il semble dormir. Est-ce vraiment le cas ? Dans le doute, Shirine se penche pour l'embrasser sur le front et sort pour se rendre au rez-de-chaussée. Elle y trouve alors ce qu'elle espérait.

L'aubergiste à la cuisine, elle s'approche de la table, et ouvre la bouche pour s'annoncer et éviter de faire peur à celle qui ne peut la voir.


Bonjour, c'est Zoé, la soeur de Moran. Je peux m’asseoir ?

Elle pose une main fine sur le bois et attend la réponse d'Iris.
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Iris.
L'aubergiste lui avait apporté le lait au miel avant de la laisser seule avec ses pensées. La chaleur de la tasse lui réchauffa les mains et la Soumise en but une gorgée avant de soupirer d'aise. Le lait était bon et lui faisait le plus grand bien ; elle en oubliait presque ses soucis... Presque.

Des pas descendirent l'escalier. Iris redressa la tête et écouta ces pas approcher. "Bonjour, c'est Zoé, la soeur de Moran. Je peux m’asseoir ?" Iris esquissa un léger sourire. Zoé, la soeur de Moran. Une nouvelle arrivée à Petit Bolchen mais qui, pour une fois, n'était pas rattachée au Déchu mais à son bras droit. La Soumise ne connaissait que très peu cette jeune femme. En fait, elle ne la connaissait pratiquement pas ; elle avait déjà perdu la vue à son arrivée et Moran semblait la protéger énormément. Rien de bien pratique pour créer un quelconque lien.


Bonjour. Venez, bien sur.

Iris tapota la table devant laquelle elle était assise puis but une nouvelle gorgée de lait. En fait, elle ne savait pas vraiment quoi dire. Ne pas connaitre le visage de son interlocutrice n'arrangeait en rien... Mais Iris restait toujours aussi confiante et cordiale.

Vous n'arrivez pas à dormir non plus ?
L'aubergiste fait un lait au miel exquis.


Deux simples phrases qui invitait Zoé à se confier, ne serait-ce qu'un minimum. Et l'Iris était toujours prête à écouter et à rassurer ceux qui lui parlait. Elle était comme ça, la Soumise... Prête à tout pour avoir des gens sur qui compter.
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Zoe_lisreux
Elle s'assoit et profite de l'absence des yeux de son interlocutrice pour l'observer en détails. Là où les autres en auraient été offusqués, elle ne pouvait rien dire...
Shirine la trouve belle. Et le bandeau accentue son charme par ce côté secret. Comment est-elle devenue esclave ? Comment devient-on esclave ? On ne peut choisir de l'être, c'est impossible, cela la dépasse. Qui peut ne pas aimer être libre ?

Iris parle et la rousse baisse les yeux sur la boisson qu'elle tient entre les mains. Elle relève la tête et sourit, consciente de la proposition à demi cachée.


Je ne bois le miel qu'en alcool. L'hydromel, tu connais ?

Oui, Shirine n'a pas pour habitude de vouvoyer les gens... Une manie pas toujours appréciée de ceux qui ne la connaissent pas.

J'avoue cette nuit j'ai été prise d'insomnies...

    Comme souvent. Même loin, mon frère m'a toujours empêché de dormir. Alors imagine depuis qu'il se couche contre moi...


En plus, Moran s'agite beaucoup pendant son sommeil. Pas facile pour dormir... Tu le connais depuis longtemps ?

Elle pose un coude sur la table et enfonce son menton dans la main. L'esclave avait-elle des informations intéressantes ?
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Iris.
Oui, c'était pénible de ne pas pouvoir regarder les autres en face et de toujours se sentir observée. Et l'Iris sent par le silence de la jeune femme que celle-ci la regarde et cache sa gêne en buvant une nouvelle gorgée de lait. La question de Zoe la fait sourire, ou plutôt le tutoiement naturel qu'elle utilise. Première différence ; pour elle ne savait quelle raison, la Soumise tutoyait toujours les gens, par respect ou par timidité... La seule personne qu'elle s'était autorisée à vouvoyer (hormis 'Nore et Nyam qui étaient "petite" encore) était Suzanne qu'elle appréciait beaucoup et qui l'avait énormément aidé.

Oui je connais, mais je n'en ai jamais bu à vrai dire.

Elle sent ses joues rosirent à cet aveu. L'Iris n'aime pas vraiment l'alcool. Elle ne comprend pas, en fait, l'utilité d'en boire et préfère une bonne tisane bien chaude et toute sa lucidité.

Puis Zoé parla de Moran et lui demanda si elle le connaissait. Ainsi, Moran considérait sa soeur comme Judas considérait ses filles ?


Je le connais peu. Je suis aux côtés de Judas depuis très longtemps et j'ai vu Moran arriver chez nous pour... aider Judas. Mais nous n'avons que très peu parlé, si ce n'est pas du tout d'ailleurs. Mais il a l'air d'être un homme bien... La première fois que nous l'avons vu, il ramenait la bourse à Judas qu'on lui avait volé. -Elle sourit en repensant à cette soirée pluvieuse en taverne- Judas et lui se sont peu quitté ensuite. Ils sont amis.

Du moins, c'est ce qu'elle pensait. Parler de Judas et de sa vie était son activité favorite, sa propre vie étant directement liée à celle du Déchu, et depuis toujours.

Comment vous-êtes vous retrouvés, avec Moran ? Sans vouloir être indiscrète évidemment...

Petite pointe de curiosité pour l'habituelle discrète. Et puis, c'était un moyen de savoir si elle aussi, était enchaînée.
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Zoe_lisreux
Un homme bien...
Shirine aurait presque envie, si Iris pouvait voir, de lui montrer la cicatrice en forme de rose sous son sein gauche, celle dessinée par Moran le jour de leurs retrouvailles. Elle, s'était contentée de lui planter une dague dans le bras. Moins vicieux...
De toute évidence, le Lisreux devait bien se comporter avec les esclaves ou alors, terrorisées, elles n'osaient rien dire ? La rouquine pencha plutôt pour un homme dévoué à Judas, avec interdiction de toucher à ce qui ne lui appartenait pas. Finalement, elle devait être la seule qui ne gravitait pas autour de ce Von Frayner...

Pour Shirine, la notion de liberté est particulière. Elle ne souffre aucune dérogation. Ne pas être libre, c'est mal. Empêcher quelqu'un d'être libre, c'est encore plus mal. Judas n'avait aucune chance de se faire apprécier de Shirine, si toutefois il en avait l'intention...

Elle buvait les mots d'Iris, à la recherche du moindre détail... Et sourit de sa politesse, elle qui avait pour habitude de ne pas mâcher ses mots ni de réfléchir avant de poser ses questions.


Il ne m'avait jamais vraiment perdue de vue... Et un jour il m'a écrit pour qu'on se revoit. Aujourd'hui nous essayons de rattraper le temps perdu.

Elle sourit, amusée de sa propre réponse. Puis, change de sujet.

Est-on esclave de mère en fille ?

C'est une fois prononcée, que la question lui parait totalement déplacée. Elle se redresse un peu crispée, espérant ne pas l'avoir vexée...

Je vous avais bien dit qu'elle ne réfléchissait pas avant de poser ses questions...

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Iris.
Les doigts fins de l'Iris caressaient le bois de la table. Elle n'avait plus que ça à faire, après tout. Ca, et écouter. Et la réponse de la jeune femme ne l'étonnait pas... Moran, bien que la Soumise le pensait plus "doux", devait forcément ressembler aux Von Frayner pour être son bras droit. Qu'il n'ait jamais perdu Zoé de vue n'était donc pas étonnant... Une semi-liberté, une liberté surveillée n'était-elle finalement pas pire que de ne pas en avoir du tout ?

Et vous restez donc avec lui... Il doit vraiment tenir à vous, et inversement, donc !

Un sourire, entendu, puis la nouvelle question fuse et la transperce comme une flèche en plein coeur. Le sourire disparaît et les traits se durcissent. L'Iris se raidit. La vérité fait toujours mal, surtout quand elle ne l'est qu'en partie. Que répondre donc ? Ou fallait-il répondre tout court ? Non. Mais la Soumise était trop polie pour passer outre la demande de son interlocutrice.

A vrai dire, je nais sais pas. Ma mère n'était pas esclave et je ne le suis pas non plus...

Sourire crispé, mais sourire quand même. Non, elle n'a jamais été l'esclave de Judas ! Elle était juste une femme amoureuse, prête à tout pour lui quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise. Soumise à tous ses projets, à tous ses désirs, mais libre de partir si elle le voulait... Ou, plutôt, si elle le pouvait.

Vous pensiez donc que je l'étais... Ca ne m'étonne pas en fin de compte... Judas me présente-t-il comme cela ? Comment parle-t-il de nous à votre frère ?

Une façon comme une autre d'avoir des réponses à des questions qu'elle se posait depuis longtemps. Etaient-elles ses propriétés ? Ses choses ? Ses jouets ? Ou les considérait-il un minimum comme des femmes ? Se ventait-il, le Déchu, d'avoir sa horde autour de lui ou les cachait-il de tous ?

Les doigts s'étaient arrêtés sur la table de bois. L'Iris, toujours tendue, espérait qu'au moins, quelqu'un les considérait comme des êtres vivants...

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Zoe_lisreux
On attache souvent une importance cruelle aux mots...
Shirine voit le sourire qui disparaît, les traits qui changent. Elle s'insulte intérieurement. Elle sent qu'Iris n'est pas du genre à lui répondre sur le même ton. Peut-être plus fragile, plus sensible...

Et elle est stupéfaite de la réponse, qui la met d'autant plus mal à l'aise. Elle n'est pas esclave. Savoir qu'on l'a cru doit être encore plus douloureux que de l'être vraiment...


Je suis désolée... J'ai cru oui... L'on m'a parlé succinctement des activités de Judas. C'est moi qui ai déduit toute seule à tord que vous étiez toutes des esclaves.

Finalement, elle est à moitié rassurée de le savoir. Cet homme peut-il être autre chose qu'une raclure ? Un être ignoble priveur de liberté ?
L'histoire semble complexe, et Moran ne s'est pas trop étendu dessus. La fleur pourrait être sa meilleure source d'informations.


Qu'est-il alors pour toi ? Si tu es libre, tu dois surement avoir un lien particulier avec lui ?
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Iris.
La désolation de Zoe lui arrache un fin sourire, éphémère. Les activités de Judas étaient bien nombreuses mais jamais il ne s'était caché de son commerce illégal. Iris ne pouvait pas lui en vouloir, à cette jeune enfant, d'avoir déduit ce qui semblait être une évidence. L'esclavage était un si grand mot !

Toutes n'ont pas la même... chance que moi. Appelez-les esclaves ou servantes, leur... notre sort est le même. Rester à côté de Judas quoiqu'il arrive. Qu'on y soit obligée ou non.

Sa voix s'était serrée. Elle pensa à Nyam et Eleonore... La Frêle, abusée, qui perdait chaque jour de plus en plus ses repères pour ne s'attacher qu'au Déchu comme un chien... Et le Lys, fragile, arrivée par la volonté du Maître sans comprendre réellement ce qu'elle était pour lui. Mais elles n'avaient pas à se plaindre, les filles de Judas ; habillées, nourries, logées, amenées en voyage... Leur vie ressemblait presque à celle d'une famille "normale".

Puis LA question arriva. Celle à laquelle elle s'attendait, celle dont elle n'avait pas vraiment la réponse... Et elle ne pouvait pas lui en vouloir, non plus, de se demander pourquoi elle restait auprès du déchu. Et c'est la profondeur de l'interrogation de Zoe qui la fit répondre avec toute sa sincérité.


Je l'aime, tout simplement. Judas est... il m'a sauvé autrefois, d'une vie qui m'aurait causé certainement la mort. Il m'a sauvé et m'a gardé à ses côtés. Pour toujours...

Sa voix laissait transparaître sa tendresse envers le Déchu. Sa main se porta rapidement sur son raz-du-cou en cuir qu'elle ne quittait jamais, cadeau offert il y a déjà quelques temps par son Ange, comme signe de leur lien éternel.

Et quoiqu'il fasse, ou qu'il fera, jamais je ne pourrais me détourner de ses pas... A vrai dire, je n'en suis pas capable.

Quand Amour et Amertume se lient. La Soumise n'était capable que de fermer les yeux... Sur ses péchés, sur l'amour qu'il portait à l'Anaon plutôt qu'à elle, sur son futur mariage. Elle subissait. L'Amour à sens unique.

Et vous, pourquoi vous restez ici avec Moran ? Est-ce votre simple volonté ?

Chacune son tour... La jeune fille était-elle comme elle : accrochée malgré tout ?
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Zoe_lisreux
Shirine n'a sans doute jamais été aussi attentive à quelqu'un de toute sa vie. Tellement curieuse de savoir comment il est possible de suivre aveuglément (sans jeu de mot...) quelqu'un d'autre que le Très-Haut lui même. Elle qui a toujours refusé de s'attacher et d'aimer, elle si indépendante...

Mais dans les dires d'Iris, il y a quelque chose de touchant. Les mots sont bien choisis, sincères et pas calculés. Comme une évidence... Finalement, aimer ne souffre aucune justification. Et la rousse n'a jamais aimé. Son enfance n'a été faite que de rancune et de haine. Elle ne pardonne pas à ses parents et son frère de l'avoir abandonné, et les soeurs du couvent, de par leur méchanceté, lui ont appris malgré elles à la leur rendre.

Elle remarque le geste vers le cou. Devine un cadeau, ou un souvenir. Ses émeraudes se baissent alors sur l'anneau d'argent enfilé à son annulaire droit. Un cadeau d'amitié de quand elle a quitté Genève.

Elle relève la tête à la question personnelle que la fleur lui pose. Elle garde un instant le silence, pour rassembler ses pensées, mettre en forme une réponse cohérente.
Et autant que l'aveugle s'est ouverte, Shirine essaye de lui offrir la même chose...


Depuis toujours, je me suis sentie rejetée. A cause de ma couleur de cheveux, de mes croyances, de mes fréquentations, de mon caractère rebelle et insoumis, ou parce que je dis toujours la première chose qui me passe par la tête, et que ça ne plait pas à tout le monde... Par la force des choses, ça a fait de moi quelqu'un de solitaire. Comme un cercle vicieux, plus on m'évitait, plus je criais que je n'avais besoin de personne. On a toujours cru que je voulais être seule. Mais c’est faux, je déteste la solitude au point d’avoir besoin d’une... présence chaque soir dans mon lit.

    Présence qui limite mes cauchemars, en plus...



Et puis j’ai reçu cette lettre de Moran. Je lui en ai voulu de revenir dans ma vie comme ça, après m’avoir laissé pendant 17 ans. Aujourd’hui je me rends compte... même s’il le fait de façon maladroite, qu’il veut s’occuper de moi. C’est finalement le seul qui semble se soucier de ma personne au point de me forcer à le laisser prendre soin de moi sans me demander mon avis. Personne n’a jamais fait ça avant… J'ai beau crier à Moran parfois, que je n'ai pas besoin de lui, il ne m'écoute pas. Et il reste. Au fond, c'est surement ce dont j'ai besoin.

Comme un goût amer en bouche, Shirine déglutit difficilement. Elle ne sait plus ce qui est mensonge et vérité dans ce qu'elle vient de dire.
Entre haine et amour, elle ne sait pas. Elle n'a jamais aimé. Peut-être que quand on déteste à ce point, c'est par peur d'aimer au delà du raisonnable ?


J'espère que mes mots ne t'ont pas blessés. Je ne suis pas méchante, je suis maladroite.
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Iris.
Le calme de l'auberge incitait aux confidences, à la sincérité, et Iris aime ce silence religieux, il la rassure, l'enferme dans un cocon de confiance. La tête est tournée vers la voix qui s'élève, calme, et la Soumise sent la pointe d'amertume lorsque Zoe se confie à son tour. Elle imagine enfin la jeune femme qu'elle ne voyait pas, par ses mots ; une rousse, surement au teint pâle, et un visage qui a surement oublié de sourire pendant longtemps.

Puis enfin elle explique ses besoin, sa relation avec ce frère possessif. L'Iris ose glisser sa main sur la table pour prendre celle de son interlocutrice, pour la soutenir en quelque sorte.


Je pense que si vous restez, c'est que c'est ce dont vous avez besoin. Une femme ne doit pas être faite pour être seule... On a tous besoin d'avoir un miroir dans lequel nous refléter pour avoir confiance en nous -du moins un minimum. Mais avec les filles du groupe, tu verras, tu te sentiras moins seule... Nous nous soutenons.

Elle tente de lui sourire, rassurante. Ce que Zoe ressent, elle connait, elle qui a besoin que Judas s'occupe d'elle. Puis... "J'espère que mes mots ne t'ont pas blessés. Je ne suis pas méchante, je suis maladroite." Nouveau sourire, sincère cette fois, même si elle était encore triste qu'on la voit comme cela.

Ne t'inquiètes pas. Il n'y a que la vérité qui est douloureuse... J'aurai dû me rendre compte que l'on me voyait comme cela, mais... l'amour rend aveugle. Si je puis dire.

Et elle rit, de bon coeur, face à l'absurdité de sa phrase même si elle avait perdu la vue pour suivre le Déchu sur les routes.
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Zoe_lisreux
Shirine observe la réaction d'Iris à ses mots. Ses traits et ses expressions parlent pour elle, et encore plus cette main qui s'avance jusqu'à la sienne. La rouquine regarde les doigts se poser sur les siens pour les serrer doucement. Elle sourit tristement et répond au geste de soutien, en serrant aussi.
Les gestes affectueux ont été inexistants dans son enfance, pas de mère pour l'enlacer avec amour.

Elles se soutiennent... C'est bien ce qui inquiète Shirine. Le soutien on en a besoin quand on est malheureux. Ainsi, elles le sont. Elle ne peut imaginer finir sa vie auprès d'un frère aussi possessif. Elle aime pouvoir partir sans prévenir personne, sans dire où elle va et revenir sans crier gare. Elle aime se lever le matin sans savoir de quoi sera fait sa journée, et qu'à tout moment, elle peut faire ce dont elle a envie dans l'instant. Pourtant, l'acharnement de Moran la touche. Sans doute parce que son amour est véritable.

Mais cela ne durera que le temps de faire tomber toutes les barrières du boiteux. Elle est trop meurtrie pour lui pardonner. Même son acharnement ne paiera jamais... Elle ne peut vivre tant qu'il respire. Elle ne peut être aimée ainsi, elle ne l'a jamais été.

Quand le rire d'Iris s'envole, elle fait de même. Elle avait fini par la tutoyer, l'appréciait-elle un peu ?


Aveugle, non. Je pense que l'on ferme volontairement les yeux...
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Iris.
Son rire s'estompe lentement. Être aveugle volontairement, c'était bien possible ; elle sait depuis le début les agissements du Von Frayner, ses péchés, son gout pour les femmes... Mais elle ferme vraiment les yeux, simplement, pour rester à ses côtés le plus longtemps possible. Mais elle n'en pouvait plus. Fermer les yeux était douloureux et l'Iris ne voulait plus : elle veut profiter de sa vie qui file, des jours qui lui sont encore offerts. Passée tellement près de la mort, à présent il n'y avait plus à réfléchir, à se soumettre : elle voulait vivre.

Alors comment faire ? Comment les rouvrir après tant d'années ?

Son ton n'était plus celui d'une désespérée, d'une femme triste. Oh, bien sur qu'elle l'était, mais la Soumise se voulait plus forte, plus déterminée qu'avant. Elle avait juste besoin d'aide, pour s'en sortir. Peut être Zoé était celle qui serait son étoile, sa lueur pour remonter à la surface ? Sa main serra un peu plus fort celle de son interlocutrice. Elle n'arriverait pas à s'en sortir toute seule, c'était certain.

J'envie ton indépendance...
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Zoe_lisreux
Shirine n'est pas un gourou. Shirine est une solitaire. Fidèle à Dieu et en ceux qui ont sa vision de la religion tant qu'ils ne dévient pas du chemin auquel elle croit. Elle n'aime que le Très Haut de façon inconditionnelle. Elle ne garde jamais auprès d'elle quelque chose qu'elle ne puisse quitter en trente secondes*.
Il est le seul qui ne pourra jamais l'abandonner, jamais la décevoir, jamais l'énerver, jamais la rendre triste...
Son frère l'a abandonnée, Vignolles l'a déçue, Dioscoride l'a énervée, Gillan l'a rendue triste... Et ne parlons pas des femmes, toutes plus jalouses les unes que les autres.

Convaincre quelqu'un de la suivre dans son indépendance était bien loin de ses projets.
Elle affiche un air surpris devant les questions d'Iris. Elle l'avait trouvée si déterminé tout à l'heure, si sure de son bonheur...

Les mains se serrent encore...

Elle ne sait quoi répondre. Son cerveau surchauffe. Quoi lui dire qui ne pourrait éveiller les soupçons ? Irait-elle tout répéter à Moran, ou à Judas ?
Elle opte pour quelque chose d'évasif.


Reste près de moi et je suis sure que je pourrais déteindre.

Un peu d'humour et pourtant elle se veut sérieuse. Un message subliminal.

    Un jour, Iris, je t'emmènerai à Genève...


*Tiré de Kaamelott, Livre IV, Episode 31.

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Iris.
Le Pacte est passé.

Pour l'Iris, tout est très sérieux, elle y croit, elle espère. Et ce qu'elle aime le plus, dans cette phrase banale, c'est la proposition de rester avec Zoé. Rester avec quelqu'un, sans obligation, sans aucun ordre. Pour une fois, la seconde fois dans sa vie, elle se sentait amie. Suzanne étant partie, malheureusement, Zoé était sa nouvelle bulle d'oxygène pour survivre auprès de Judas et de sa future nouvelle vie.


Merci

Puis un sourire. Parce qu'elle ne sait faire que ça, sourire et remercier. Pendant toutes ces années, la Soumise s'était toujours sentie recevable de quelque chose, de l'avoir sauvée, de lui donner un toit, à manger, d'être présente à Ses côtés... Mais elle ne choisissait rien, jamais. Alors elle allait changer ! Devenir plus avenante, entreprenante, plus libre. Prouver qu'elle pourrait se débrouiller -presque seule- malgré son infirmité. Prouver qu'elle n'était pas que "l'une des femmes, esclaves, de Judas Von Frayner.

La main lâche alors celle de Zoe et appelle l'aubergiste qui arrive, d'un pas las, fatigué. C'était dur la vie d'aubergiste. Il fallait toujours être là, du soir au petit matin, du matin jusqu'au soir... Mais il souriait pour les deux jeunes femmes qui ma foi avaient de beaux minois. Et polies en plus.


"- S'pour quoi mam'zelle ? "

Apportez-nous un petit verre, encore, s'il vous plait. Nous fêtons.

L'aubergiste acquiesce et part sans poser de question. L'Iris sourit toujours et tourne son visage bandé vers son interlocutrice, sa nouvelle amie peut -être. Les verres sont apportés, la Soumise finit par lever son verre.

Pour un avenir meilleur !

Elle trinque puis boit une nouvelle gorgée avant de poser son verre, nouvellement curieuse. Elle va oser. Elle ne craint rien, elle reste toujours polie, douce. Elle veut juste savoir, comprendre comment on arrive à Petit Bolchen autrement que par Judas et comment on supporte tout ça.

Dis-moi, quelle était ta vie, avant de venir dans cette maison de fous ?
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