Afficher le menu
Information and comments (2)
<<   1, 2   >   >>

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP-fermé] hiver 1460 Minuit, l'heure du Crime.

Jules.
[Demeure de la baronne. 21h00 ]

En rond, il tournait en rond, et ses pensées avec lui. En rond.
Organisées en phrases courtes, hachées, interrompues.
Parce qu'il passait son temps à regarder la porte.
Comme si elle allait rentrer une heure après être partie.
Ridicule. Elle ne rentrerait pas avant l'aube.
Si elle rentrait.

Mais pourquoi cette nervosité, au juste ?
Craignait-il qu'elle échoue ? Non.
Il savait très bien qu'elle réussirait.
Dès l'instant ou il avait posé ses mains sur elle,
Il avait su tout de suite qu'elle serait bonne élève.
Et quelle élève...

En rond, il tournait en rond, et ses pensées avec lui. En rond.
Les cent pas.
Quelle expression ridicule.
Ca aurait du être les mille pas. Au moins.
Mille pas, et mille lettres d'embauche dansant devant ses yeux.

Pourquoi cette nervosité, au juste ?
C'est elle qui doutait de pouvoir plaire !
A quiconque, mais surtout au Vicomte.
Le grand le beau Vicomte. Tss.
Elle craignait tant qu'elle l'avait embauché, lui.
Jamais professeur n'avait eu travail plus agréable...
Et le Vicomte, ce soir, récoltait le fruit de son dur labeur.
Dur, oui. Pas parce qu'elle manquait de talent...
Juste parce qu'elle refusait de le croire.

En rond, il tournait en rond, et ses pensées avec lui. En rond.
Sa patte raide le tiraillait, mais assis c'était bien pire.
Pauvre petite, comme elle devait trembler.
De peur, de désir, d'appréhension.
Et ce faquin de Vicomte !
Il ne mesurait même pas le trésor qu'il avait dans les mains.

Neuf heures sonnèrent au clocher de la petite chapelle.
Et jules se remit à tourner en rond avec ses pensées.

_________________
Jules.
[ Même endroit. 22h00 ]

Tap tap tap tap tap.
La jambe gauche tiraillait trop.
L'avait bien fallu se résoudre à s'asseoir.
Restait la jambe droite, seul exutoire à sa nervosité.

Tap tap tap tap.
Rien à faire. Juste attendre. Il déstestait ça.
Surtout que quand on a rien à faire, le cerveau se ballade.
Et va chercher les pensées les plus soigneusement enfouies.
Les questions les plus indésirables.

Tap tap tap.
Pourquoi s'inquiéter autant ? Eloanne était une cliente.
Comme les autres ? Menteur.
Comment ça avait commencé, tout ça ?
Comment en était-il arrivé là ?

Tap.
Au début, il la trouvait touchante.
Tap.
Et puis c'est excitant comme défi...
Tap.
Révéler à elle même une femme qui ne sait pas qu'elle est belle...
Tap.
Ouais, pour mieux servir les intérêts d'un autre...

Tap tap tap tap tap tap !
Et pourquoi ça t'ennuie, Jules ?
Depuis quand ça t'ennuie, Jules ?
Retourne en arrière... souviens toi.
Elle était touchante, oui.. et ensuite ?

Tap tap tap tap....
Ensuite étaient venus les jeux.
Ensuite il avait du lui cacher son inexpérience...
Plus soldat que courtisan, il avait du improviser.
Et s'était pris au jeu.
Ils avaient appris ensemble.. Dieu, qu'elle était douée...

Tap tap tap.
Ok alors on a touchante et douée.
Et alors ?
Alors après tu pensais à elle quand une cliente ne t'inspirait pas..
A elle et à ces jeux...
N'empêche. C'est pas une raison....
Si ?

Tap tap tap tap.
Peste soit de l'inaction, ça le rendait fou !
Bon, il s'inquiétait juste pour son élève.
C'est humain de s'attacher à une fille qu'on voit depuis des mois !
Surtout quand elle est douce et modeste...
Sans oublier une reyne entre les draps.

Tap tap tap tap.
Ne pas penser à Eloanne entre des draps !
Ne pas penser à Eloanne entre ses draps, à l'autre...
C'est le lot du courtisan.
Tu sers une cause, et puis tu t'en vas.

Tap tap tap tap.

_________________
Jules.
[Dans la cour. 23h00]

Elle ne rentrerait pas avant l'aube.
Mais l'air lui semblait moins étouffant dehors que dedans.
Et puis c'était plaisant de se dire que si d'aventure elle rentrait plus tôt...
Il verrait le coche de loin.
Si jamais, quoi.
Si elle ne passait pas une bonne soirée...

Elle ne rentrerait pas avant l'aube, quelle idée.
Une fois la timidité du début surmontée, elle ne voudrait plus le quitter.
N'en était-elle pas amoureuse, de son libertin de Vicomte ?
N'était-ce pas pour savoir le séduire qu'elle avait embauché un courtisan ?
Les doutes qu'elle avait eu avant de partir devaient déjà être oubliés à cette heure.
Et pourtant... ce regard triste en le quittant... "Je reviens, Jules."

Elle ne rentrerait pas avant l'aube. Impensable.
Mais pourquoi "je reviens" au lieu d'un joyeux "ne m'attendez pas !" ??
Lui , il savait pourquoi il était triste.
Un rendez vous avec le Vicomte signifiait la fin de sa mission.
Se pouvait-il qu'elle aussi soit triste à l'idée de ne plus le revoir ?
Sornettes ! Une femme de son rang ne se prend pas d'amitié pour un homme de main.

Elle ne rentrerait pas avant l'aube.
Alors il sentirait la distance installée entre eux.
Elle serait gentille, polie. Mais distante.
Envolée la jeune fille inquiète s'accrochant à son cou.
Envolée la complicité, la tendresse. Et c'était bien mieux ainsi, non ?
Alors il ferait son baluchon et s'en retournerait à Paris.

Elle ne rentrerait pas avant l'aube.
Scrutant l'horizon, Jules se remit à faire les cent pas.
Il l'attendrait jusqu'à l'aube.

_________________
Eloanne
Des années de silence.

Un Vicomte, homme à femmes. Qui jamais ne l’a regardé.
Pour lui, elle a voulu devenir une autre. Ne plus être « la gamine ».


Elle avait commencé par une lettre. Une embauche. Des mois « d’apprentissage ».

Un jour de courage ou de découragement plus grand, elle avait sauté le pas et envoyé une lettre en destination du Boudoir, à Paris.

Quelques semaines plus tard, un ex-soldat devenu courtisan était venu frapper à sa porte.
A l’opposé de l’icône devant qui elle se pâmait, il allait devenir pourtant celui dans lequel elle allait placer sa confiance et tous ses espoirs.

Pourquoi cet homme ?
Professeur attentionné. Il avait soigné le manque de confiance. Une fois, au moins une, sans scenario ni artifice, elle avait même reconnu se trouver belle. Oui. Elle.
Peu à peu, malgré de nombreuses rechutes, il avait fait sauter les doutes, l’impression de gaucherie.

Pour les peurs, par contre... Il allait devoir s’y reprendre à de nombreuses séances. Etrangement, jamais elle n’avait trouvé un cours rébarbatif. Bien au contraire !

L’apprentissage fait de jeux, de mise en scène, plus ou moins sages, plus ou moins faciles. Dieu qu’elle y avait pris gout. Oserait-elle aujourd’hui dire qu’elle en redemande ? Elle peut être pas, mais celle qui écrit, si ! Oh oui. Et c’est pour ça que le courtisan avait à nouveau été « invité » pour un nouveau séjour. C’est pour ça qu’entre temps, elle s’était même rendue jusque à Paris. Elles avaient eut bon dos les robes des meilleurs couturiers que l’on ne trouve nulle part ailleurs...

[Dans le coche.... 23h45 ... ]

La fin du deuxième séjour est proche. Le but est atteint. Elle revient de son rendez-vous.

Un virage. Le coche avale la route. Pas si longue à bien y réfléchir. A peine le temps de se pincer les joues. Se recomposer un visage exempt de toute trace de la soirée qui s’achève. De passer la tête par la fenêtre pour avoir une excuse à ses yeux un tantinet trop brillants, le vent fera parfaitement l’affaire. Enfin... Pas sûr que Jules se contente de ça.

Mais il sera sans doute couché. Ou sorti passer sa soirée en ville.

Il lui a dit pourtant « Je vous attends ». Oui mais là, dans sa robe bleue, froissée désormais, elle n’ose y croire. Peut être parce qu’.... Elle ne veut pas être déçue. Pas plus. Pas ce soir. Pas par lui.... Surtout pas.

Douze coups au clocher.

Le cocher descend. Ouvre la grille. Le havre de paix est là, tout près devant elle.

Qu’il rentre la voiture et s’occupe du cheval. Elle termine à pied. En courant même.

Au bout de l’allée, là où quatre heures plus tôt elle le laissait, il est là... à l’attendre ?!


Jules !

Et sans un mot de plus, elle se jette dans ses bras. Incapable de retenir plus longtemps ses larmes.

Une soirée bien loin de ce qu’elle avait imaginé...

_________________
Jules.
[23h50, dans la cour]

Il entendit le coche bien avant de le voir, mais le doute persista jusqu'à ce que la silhouette du véhicule arrive dans son champ de vision. Refusant d'écouter son instinct, il continuait de se dire qu'elle ne pouvait rentrer si tôt, que c'était sûrement quelqu'un d'autre, un inconnu demandant asile pour la nuit, peut-être...

Et d'un coup, en vrai chien de chasse, il s'arrêta net, l'oeil aux aguets et le nez au vent -nous arrêterons la comparaison là.
C'était bien le coche de la baronne qui approchait à vive allure.
C'etait bien sa tête, sortie à la fenêtre..
Pourquoi si tôt ?
S'était-elle ennuyée ?
Un sourire lui vint à cette pensée, immédiatement chassé par une autre bien plus inquiétante.
Le Vicomte s'était-il mal comporté ?
Le voilà inquiet, scrutant le coche comme s'il pouvait lui livrer des réponses...
Bon sang, qu'il était long à arriver ce foutu coche !


[Minuit]

Le coche s'arrête à la grille au moment même ou sonnent les douze coups de minuit.

Mais... La porte s'ouvre ? A quoi joue-t-elle ?
La voilà qui saute à terre et court vers lui, laissant le cocher interdit près de la grille.
Interdit, il ne songe même pas à avancer vers elle.
Et quand elle se jette dans ses bras, il l'attrape sans un mot.

La sensation mouillée dans son cou lui fait froncer les sourcils.
Elle pleure, ça, c'est évident.
Mais.. de joie ? D'émotion ? Ou...
Non, le mufle n'aurait pas...

Serrant les dents, il décide de commencer par le commencement.
L'emmener à l'abri des regards de ses gens.
Alors, la soulevant dans ses bras il l'emmène dans ses appartements et claque la porte du coude avant de la reposer.

L'heure de vérité.
Lui relever le menton.


Damoiselle...?

Dès qu'elle voudra bien lever les yeux, il saura.
Il saura si elle est émue, heureuse, et s'il doit s'en retourner à Paris.
Triste, mais fier de son travail.
Ou si elle est peinée, contrariée... blessée.
Et s'il a des fesses nobles à botter.

_________________
Eloanne
Ce qui est bien avec Jules, elle l’a découvert rapidement et ce soir là encore ne fait pas exception, c’est qu’il sait quoi faire. Toujours. Enfin c’est ce qu’elle croit, mais comme il ne tente rien pour la détourner de cette idée, elle s’y accroche.

Comme à lui justement à cette minute. Les petits bras noués autour du cou dans lequel le minois déconfit se cache. C’est à peine si elle prend conscience de quitter la terre ferme. Tout juste devine-t-elle qu’ils sont rentrés, à l’abri de tout et de tous, quand la porte claque et qu’il la repose doucement au sol.

Et maintenant ?

Elle le sait. Elle devine ce qu’il va dire.
Ou faire.
Ou les deux...

Il va demander. Inquiet peut être.
Il va la regarder. Soucieux au moins.

Mais comment lui répondre. Comment lui dire qu’elle est ravagée, par le dégout... D’elle pour avoir cru aimer. Du vicomte, pour l’avoir confrontée à ce penchant de l’homme pour le sordide.
Que les doutes sont de retour, un peu, la colère aussi... Mais pas que.
Elle ne peut lui avouer le bonheur simple de l’avoir vu, là. Précisément où il lui avait dit qu’il serait.

Que cette soirée, cette nuit maintenant, est la plus étrange de toutes celles de son existence ? Que les sentiments qu’elle prenait pour certains n’en sont plus rien et qu’elle est chamboulée. Oui voilà, chamboulée ! La tête à l’envers. Demoiselle perdue dans le monde des grands.

Il va... Non, il lui relève le menton. Ca y est.
Et elle, comme finalement la gamine qu’elle est encore un peu, elle le laisse faire, mais ferme les yeux, plus fort.


Jules.... Il.... Je n’aurai pas du.... Elle était là....

Eloanne se rend compte que ses propos ne doivent pas être très cohérents et timidement, soulève les paupières pour poser le regard dans celui de son vis-à-vis attentif.

Alors elle reprend, après une grande inspiration, mais à mi-voix dans un murmure.


C’était une erreur. Une monstrueuse erreur. Je n’aurai pas du me rendre à cette... invitation.
Vous ne serez pas fier de moi Jules, mais je...


Et le rouge de venir se loger –encore- sur ses joues, en même temps qu’une larme perle au coin d’une paupière.

Je n’en avais plus tant l’envie. Et puis... Je me suis trompée. Sur lui. Ou sur moi. Mais il n’était pas seul... La blonde que nous avions vue, elle était là elle aussi et.....

Et aussi vite, le visage qui se baisse. Honteuse.

Pitié Jules, vite, comprends sans qu’elle en dise plus.... Qu’elle en dise trop.

_________________
Jules.
Jules.... Il.... Je n’aurai pas du.... Elle était là....

N'aurait pas du quoi ? Qui, elle ? Et pourquoi la jeune baronne garde-t-elle les yeux fermés ? Sourcils froncés, complètement dépassé, le soldat ouvre la bouche pour poser toutes ces questions et plus encore, quand les yeux noisettes se rouvrent.

Une erreur. Le soldat hoche lentement la tête. Ca, il aurait pu lui dire dès le départ que son entichement pour ce vicomte de pacotille était une erreur... Et c'est pas plus mal qu'elle le réalise. Mais encore faudrait-il savoir à quel prix...

Comment ça, pas fier d'elle ? Il ouvre à nouveau la bouche pour protester, qu'il est très mal placé pour la juger d'abord... Que s'il devait le faire il la trouverait plutot courageuse d'avoir bravé ses démons, ensuite...


Je n’en avais plus tant l’envie. Et puis... Je me suis trompée. Sur lui. Ou sur moi. Mais il n’était pas seul... La blonde que nous avions vue, elle était là elle aussi et.....

Se faire violence pour ne pas sourire d'entendre qu'elle n'avait plus très envie d'y aller. Elle vaut tellement mieux que cet olibrius... Mais à nouveau les sourcils du soldat se froncent. La blonde ? Celle qui paradait au bras du vicomte ? Jules cligne des yeux, cherchant à comprendre.

Vous voulez dire... que malgré sa lettre enflammée... Il vous a reçu avec sa maitresse ?

Le gougat ! songe-t-il en guidant Eloanne vers le lit. S'asseyant à ses côtés, il prend les menottes tremblantes dans les siennes. A la lueur de la chandelle il peut à présent voir la robe froissée, les joues mouillées de larmes. La moutarde lui monte au nez et déjà il voudrait aller casser la gueule à cet emplumé, noble ou pas. Mais il doit rester calme, ou jamais il n'arrivera à tirer quoique ce soit de la jeune fille. Une main vient epouser l'ovale du petit visage baigné de larmes alors qu'il dépose un baiser sur son front

Racontez-moi. Du début.
_________________
Eloanne
Vous voulez dire... que malgré sa lettre enflammée... Il vous a reçu avec sa maitresse ?

Dit comme ça, de but en blanc, c’est presque encore pire que de l’avoir vécu.... Que ça soit lui, Jules, qui le dise rajoute encore un degré de plus au sordide.

Comme une automate, elle le suit. Sagement et sans réfléchir elle se laisse guider, jusqu’à s’assoir au bord de la couche. Pouvoir s’en remettre à lui.
N’est-ce pas ce qu’elle a simplement attendu depuis... Ben depuis que le coche s’était éloigné des heures plus tôt.

Dans les larges mains masculines, les siennes se perdent. Tremblent juste un peu moins fort.
Le coup d’œil, bref, volé entre ses cils, qu’elle jette sur lui ne lui permet pas de déceler ses états d’âme. C’est un bien ou un mal ? Oserait-elle seulement continuer si elle se doutait...

Un baiser sur son front. Une main en soutien contre sa joue encore humide. La question ne tardera pas...


Racontez-moi. Du début.

Se contrôler pour contenir les larmes et les trémolos dans la voix. Une respiration profonde avant que les premiers mots ne se fassent entendre.

Oui... Moi aussi j’ai cru que.... Que nous serions seuls lui et moi. Mais il avait encore des invités, dont elle.
Pour les autres, la soirée se terminait. Ils étaient sur le départ.

J’ai cru qu’elle ferait pareil, qu’elle était juste sans gêne de s’attarder. Mais.... Je suis trop sotte. Ou naïve. Ou les deux !
Le.... Vicomte
*le mot est presque craché sans plus aucune trace d’idolâtrie maintenant dans la bouche de la jeune femme* nous a fait servir à boire. Trop pour moi. Régulièrement pour elle et lui.

Le souvenir précis de ce qui suit, fait faire le yoyo à son estomac. Le cœur au bord des lèvres, Eloanne détourne le regard en baissant le visage.

Il a voulu m’embrasser et.... Je ne l’ai pas repoussé. Puis... Il... Il l’a embrassé aussi. J’ai compris... qu’elle resterait...

« J’ai compris que je voulais partir. Que je voulais rentrer. Que je n’aurai pas du sortir d’ici ce soir. Que je voulais te retrouver, toi ».... Silence la petite voix intérieure ! Ce n’est pas le moment de venir perturber le pauvre cerveau malmené.

Manquerait plus qu’elle laisse échapper une révélation de trop !

_________________
Jules.
C'est de ma faute, songe-t-il en regardant Eloanne prendre une profonde inspiration. Il l'a envoyée au casse pipe et elle n'était pas prête. Est-ce un manque de jugement de sa part ? Est-ce parce qu'il commençait à trop l'apprécier, à trop se complaire à jouer le rôle de l'amant dans cette histoire qu'il l'a poussé trop tôt vers l'homme qu'elle convoitait ? Est-ce pour ne pas s'attacher davantage...? C'est qu'il n'a pas passé qu'une nuit avec elle.

Clignant des yeux, l'ancien soldat prend conscience que son nouveau métier, loin de l'éloigner du danger de prendre femme, l'a au contraire forcé à revoir la même encore et encore, alors qu'avant il les fuyait plutot vite... Ironie du sort, sans doute...

Mais elle parle enfin, et coupe l'introspection intempestive du courtisan.

Une maîtresse sans gêne.. ou jalouse.. oui, logique... songe-t-il au début. Mais à mesure qu'elle parle et qu'il comprend, la gêne du courtisan grandit...Oui, c'est décidément sa faute. Ces jeux à trois ne lui sont pas étrangers. Comment a-t-il pu croire que le Vicomte les epargnerait à Eloanne, du moins pour le premier rendez-vous...? "Parce que tu as cru qu'il serait touché par elle.. comme tu l'as été", chuchote une petite voix décidément bien enervante dans sa tête.
.

Je suis trop sotte. Ou naïve. Ou les deux !

A nouveau Jules ouvre la bouche pour protester contre cette tendance quasi maladive qu'à la jeune baronne de se trouver sotte... Mais la façon dont elle crache le mot "vicomte" au lieu de le dire avec admiration l'arrête, et il se surprend à le savourer.

Il a voulu m’embrasser et.... Je ne l’ai pas repoussé. Puis... Il... Il l’a embrassé aussi. J’ai compris... qu’elle resterait...

La boule déjà présente dans la gorge de Jules s'épaissit, il en tousserait presque. Pauvre petite, à la fois trop pure pour ces jeux là, et si douée pourtant de bien dans bien d'autres.... Et tout ça par sa faute, à lui. Il aurait du savoir. Il aurait du la prévenir, ou la préparer, ou la dissuader ! Mais ce n'était pas sa place... Avec un soupir contrit, il baisse les yeux et pose sa lourde paume sur celle d'Eloanne.

Vous n'êtes point sotte. C'est moi. Je suis navré. J'aurais du le prévoir.

S'humectant les lèvres, il tente de faire taire la colère sourde qui lui monte des tripes jusque dans la gorge. Avant de réparer les dégâts qu'il a commis, il lui faut d'abord les connaître entièrement. Il meurt d'envie qu'elle lui dise qu'elle est partie à ce moment, que la masquarade n'a pas duré plus longtemps... Mais quelque chose lui dit que ce n'est pas le cas....

Et... ensuite...?

Pitié, qu'elle dise qu'elle a pris congé, que le Vicomte s'est excusé...
_________________
Eloanne
Elle a honte. Très. Trop. Bien assez pour vouloir se cacher dans un trou de souris.

Elle l’entend contester sa sottise, mais elle ne relève pas. Elle n’en a pas la force ce soir.

Elle s’imagine presque déjà... Se lever d’un bond et pour la deuxième fois de la soirée, vouloir prendre ses jambes à son cou.

Mais la situation n’a rien de semblable avec l’horreur vécue plus tôt. Les deux hommes n’ont rien d’égal. Et si l’un a les titres et la naissance, l’autre à l’âme et le cœur. La jeune baronne sait désormais que le courtisan ex-soldat a amplement de quoi faire pencher la balance de son coté.

C’est ce qui fait qu’elle reste. Que contre toute attente, elle trouve encore, au fond d’elle, une impulsion suffisante pour en finir avec le récit.
Ca et la large main qui recouvre à l’instant la sienne.

La fuite est contenue, pas le frisson.

Elle ne le voit pas s’humecter les lèvres. Elle ne voit pas l’expression sur son visage.
Elle a baissé le sien, fermé les yeux. Les doigts de sa main libre, aux jointures blanchies, se referment plus fort encore sur le jupon froissé...


Ensuite....

Ensuite j’ai voulu partir Jules. A la seconde même où je l’ai vu aller vers elle j’ai voulu partir ! Je le lui ai dit. Je me suis levée....
Il n’a pas cessé pour autant... Au contraire, je les ai fait rire ! A nouveau il m’a affublée de ce surnom : gamine.

Il... Ils ont voulu m’apprendre la vie en.... m’offrant une leçon de choses
.

Un sanglot la secoue, alors qu’elle s’oblige à en finir.

Il m’a obligé à les regarder.... Jusqu’au bout....Oh Jules, pourquoi ? ....
_________________
Jules.
Elle frissonne, elle se crispe, et avec l'instinct de soldat encore profondément ancré dans tous les pores de sa peau, Jules sent qu'elle risque de fuir. Sans réfléchir, sans intention consciente de la retenir si elle voulait s'éloigner, il raffermit l'emprise de sa mainsur celle de la baronne.

Le soulagement d'apprendre qu'elle a voulu partir, qu'outre certains jeux coquins il a au moins réussi à lui donner conscience qu'elle vaut mieux que de partager un homme.. Ce soulagement est de courte durée, et bientôt les mâchoires de Jules se contractent si fort qu'il peut entendre ses molaires grincer. L'ordure, il s'est moqué d'elle ! La violence de sa colère inquiète le courtisan, et immédiatement son cerveau tente d'en excuser et d'en relativiser la raison.

"Le rustre, en quelques rires et en quelques mots, il a bousillé des mois de travail ! Libertin de mes deux, ne sait-il pas qu'il faut mettre une femme en confiance avant que n'importe quel jeu soit possible ? Libertin, lui ? Il n'aime pas les femmes ! Sans doute un sodomite qui s'ignore..."

Le sanglot qui secoue la jeune fille le tire de ses pensées juste à temps pour réellement écouter la dernière phrase...


Il m’a obligé à les regarder.... Jusqu’au bout....Oh Jules, pourquoi ? ....

Il l'a obligée. Obligée. La règle n°1 du libertinage, rompue, piétinée. N'y a-t-il pas le mot liberté, dans libertinage..? Comment a-t-il fait ? A-t-il fermé la porte ? S'il a touché à un cheveux d'Eloanne... Les pensées de Jules restent figées sur cette pensée. Il voit rouge. Il l'a obligée. Le visage blême, les yeux dans le vide, il lâche la main d'Eloanne et se lève. Sa réponse est murmurée entre ses dents serrées, plus pour lui même que pour elle.

Pourquoi ? Parce que c'est un monstre. Le gueux ! Où est mon épée ?
_________________
Eloanne
Il lâche sa main.

Et se lève.

...

Jules lui lâche la main et se lève. Et elle ne voit rien d’autre. N’entend pas le début de sa réponse. Le peu de courage qu'elle a encore, la quitte en cette seconde.

Evidement, pour elle, il ne peut agir comme ça qu’à cause de l’aversion qu’il ressent pour elle.
Elle le comprend, elle partage même ce sentiment en se sentant laide depuis sa fuite de chez le vicomte.

Cependant, même si elle comprend, l’idée même que Jules se détourne d’elle lui est aussitôt intolérable. Les larmes menacent à nouveau de couler et sa gorge se serre encore un peu plus.

Et c’est là, qu’enfin, elle entend la fin de son murmure « Où est mon épée ? ».

Alors Eloanne se rend compte de sa méprise. L’aversion supposée doit être en réalité de la colère, au mieux, et certainement pas dirigée contre elle.

S’il veut son arme, ce n’est surement pas pour aller féliciter le bourreau des cœurs d’avoir mis fin au rêve de la jeune fille.

Comme un ressort elle se lève d’un bond et franchit de quelques pas l’espace qui les sépare.
Elle reste dans son dos et pendant qu’elle cherche un moyen de le retenir, elle a une seule pensée, qui tourne en boucle avec certitude : Il n’est pas question qu’il risque sa vie. Pas contre lui. Pas pour elle.

Ses bras se glissent autour de la taille de l’ancien soldat et elle se plaque contre lui, la joue contre son omoplate
.

Je vous en prie.... Ne faites rien qui vous mette en danger....

De toutes ses forces elle s’accroche à lui. Et si elle doit lui mentir ou minimiser la mésaventure, elle n’hésitera pas.

Je n’ai rien Jules.... Il avait fermé la porte à clé, je n’ai pas pu partir, mais je n’ai rien. Il ne m’a rien fait.... Trop occupé et c’est tant mieux ! J’oublierai.... D’ailleurs je n’ai pas vu. Pas voulu voir.... J’ai fermé les yeux en priant pour qu’ils en finissent vite....
_________________
Jules.
Le contraste est effarant.
Douceur de la voix qui le supplie, force des bras qui le retiennent.
Oh, si c'était une autre qui le tenait ainsi, il pourrait s'en défaire rien qu'en s'ébrouant un peu, comme un cheval chasse une mouche.
Mais c'est elle.
Elle qui le prie.
C'est là toute sa force, et Jules ne peut plus bouger.

Dans sa rage, il n'a pas pensé au vrai danger. Physiquement, il a l'avantage, et sait fort bien qu'entre son entraînement et la colère qui l'habite, il ne ferait qu'une bouchée du Vicomte, aussi fin qu'il est carré, aussi raffiné qu'il est brute.


Ah, si ce faquin n'était pas noble...Je lui arracherais les tripes.

Il ne cherche plus son épée, mais sa rage s'exprime tout de même. Contre le vicomte, contre l'injustice, contre le sentiment d'impuissance qui lui ronge les entrailles. Parce que danger il y a toujours, quand on est roturier et qu'on s'attaque à la noblesse. Le courtisan qui se prend pour un chevalier doit bien redescendre sur terre un jour où l'autre. La douce voix le ramène, tout doucement, à la réalité. Elle n'a rien, et elle ne veut pas qu'il risque sa vie pour elle.

Il ne dit plus rien. Que dire, de toutes façons ? Que non, ce n'est pas rien ? Que cette ordure mérite la mort pour avoir osé lui faire peine, et honte ? Rien que d'y penser, le coeur de Jules bat plus vite, l'adrénaline et la rage lui remontent à la gorge. Il voudrait hurler, frapper, faire couler le sang.

Pourtant, il n'y a aucune raison. Elle est du même monde que le Vicomte. Si affront il y a, c'est à son suzerain de faire quelque chose, puisqu'elle n'a plus de père. Elle s'est fourrée dans ce prétrin toute seule, et n'importe quel courtisan à sa place se marrerait en douce des mésaventures de la petite souris qui a voulu jouer avec le chat.

Alors pourquoi réagit-il comme ça ? Est-ce parcequ'il a été soldat, et que les valeurs de la chevalerie ont déteint sur lui au contact de ses chefs...? Ses poings se relâchent un peu, alors qu'il se force à répondre à la question muette. Non, si tel était le cas, il aurait trouvé ce Vicomte puant et aurait pesté que la noblesse se perd. Mais il n'aurait pas eu des envies de meurtre. Même dans les pauvres excuses qu'elle lui donne, elle rajoute de l'huile sur le feu sans s'en rendre compte, et l'image de la jeune fille en pleurs, fermant les yeux pour ne pas voir l'homme qu'elle croyait aimer en culbuter une autre en se moquant d'elle est bien trop vivace pour ne pas faire remonter un gout de bile dans sa gorge. Lentement, il se retourne dans le cercle des ses petits bras, soldat vaincu avant même d'avoir livré bataille.


Soit, je reste.

Sa voix enrouée, vaincue, résonne à ses oreilles comme celle d'un étranger. Enfin il se résoud à rencontrer le regard de la Baronne, à affronter la douleur et la honte dans ces beaux yeux. La voir dans cet etat lui fait physiquement mal.

La voir souffrir lui fait physiquement mal. Eh merdre.

Voilà pourquoi il a des envies de meurtre. Voilà pourquoi il hait tant le Vicomte, voilà pourquoi il ne supporte pas l'idée qu'il ait fait pleurer sa cliente. Alors qu'il passe une main derrière sa nuque pour l'attirer doucement contre son torse, alors qu'il pose son menton sur le haut de son crâne, alors qu'il la berce sans rien dire, le cerveau du soldat tourne à toute allure, se débat, tente de nier, n'y arrive pas.

De sa vie il n'a été amoureux qu'une fois, et a bien juré de ne plus jamais l'être.... Et le jour ou son coeur rompt cette promesse, il a fallu que ça tombe sur une nobliote !

_________________
Eloanne
Tout.
Tout dans l’attitude du courtisan trahit maintenant son état d’esprit. Enfin, ce qu’Eloanne veut traduire du langage corporel.

Il se tient droit, planté là où elle l’a stoppé. C’est à peine si ses poings se décrispent lentement. Et contre lui, elle est tendue. Elle en oublie un instant de respirer naturellement, attendant.... Qu’est ce qu’elle attend au juste ? Qu’il se dégage en laissant éclater sa colère. Qu’il lui explique une fois de plus que tous les hommes ne se comportent pas comme l’autre ? Qu’il lui dise que lui, il n’est pas comme l’autre.... Même si elle le sait déjà.

Mais il se tait. Muré dans un silence assourdissant, à peine brisé par le froissement des étoffes l’une contre l’autre quand il se retourne dans ses bras
.

Soit, je reste.

Trois mots et le réconfort tant espéré s’envole.
Si au moins, elle a gagné sur l’épée, en fin de compte, elle aurait préféré peut être qu’il ne dise rien. Tout plutôt que le ton inhabituel dans sa voix. Qu’emportée par son élan de doutes, elle prend bien entendu pour de la froideur.

Et le regard qu’elle croise, en trouvant enfin le courage de remonter le nez, n’est pas assez long pour la réchauffer. Mentir et fanfaronner, c’était facile.... Quand elle était encore dans son dos. Mais camoufler peine et dégout pour pas que Jules puisse les voir dans ses yeux.... C’était trop dur. Impossible sans doute.

Alors pendant qu’il l’attire à lui d’une main sur sa nuque elle lâche un soupir, une main glissant mollement contre la hanche masculine.

C’est elle maintenant qui est dans ses bras.

Lui qui la berce.

Comme une gamine. Lui aussi alors...

Encore un soupir, plus long. Découragé
.

Je suis désolée....

Retour à la case départ.
_________________
Jules.
Un petit soupir peut parfois mettre un homme à genoux.

Soupir d'aise, de bonheur, de tristesse, de frustration, de doute, de quoi ? Que ne donnerait-il pas pour comprendre ses soupirs... Elle se laisse aller, mollement, contre lui, et son corps panique. Pourtant ce n'est pas la première fois qu'il la tient ainsi, qu'il sent son corps lové contre le sien ! Mais c'est la première fois que ça arrive alors qu'il... qu'il sait.

Son coeur bat la chamade, elle va le réperer. Vite, il faut faire quelque chose, il faut...


Je suis désolée....

Mais de quoi s'excuse-t-elle ? Comment peut-elle penser qu'elle soit fautive de quoi que ce soit ? La tenant toujours par les épaules, il l'écarte de lui, afin de voir ses yeux... - enfin surtout pour qu'elle ne puisse pas entendre ou sentir le coeur qui cogne dans son poitrail, si fort qu'il pourrait en sortir. Sauvé par le gong. Enfin par les excuses..

Mais non... de quoi ? C'est moi qui vous en dois. J'aurais du vous protéger, ou mieux vous enseigner, ou... vous dissuader. C'est ma faute.

Elle a l'air si fragile, et si jolie, à cet instant précis. Et toujours à s'excuser... de tout et de rien... Il ne sait pas quoi faire. Il n'ose plus l'embrasser comme il le faisait avant, pour faire taire ses doutes à elles et ses élans à lui... Il n'ose plus rien.

Damoiselle...
_________________
See the RP information <<   1, 2   >   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)