Afficher le menu
Information and comments (0)

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Il y a toujours une cuillère malpropre...

Isaure.beaumont
...dans chaque famille - Proverbe géorgien

[Petit Bolchen – Jour de pluie et de solitude]

Isaure et ennui n'avaient jamais fait bon ménage. Prostrée devant la fenêtre, elle regardait la pluie battre la campagne, aussi sombre que son humeur. Rien ne l'intéressait, tout l'ennuyait. Les couloirs avaient été arpentés cent fois, les pages des livres cornées, le vélin froissé et la plume abandonnée. Mais rien ne trouvait grâce à ses yeux. Non, rien ne semblait retenir son attention, si ce n'est ce rideau de pluie qui s'accordait si bien à ses pensées. Il faisait moche sur Petit Bolchen, moche sur sa vie. A ce triste constat, la belle ne put que soupirer. Encore et encore. Bientôt, ce ne fut plus qu'une avalanche de soupirs. Hélas, elle était seule, et ses plaintes ne trouvèrent aucune oreille amicale. L'ennui était toujours là. Lassée par sa propre musique, elle décida de rejoindre ses appartements. Quitte à se morfondre, autant le faire confortablement cachée sous une pile de chaudes couvertures.

Sur le chemin de sa chambre, elle eût envie de musique, et de fil en aiguille, elle repensa à ce précieux luth qu'Aléanore lui avait légué. Penser à la trépassée lui arracha un soupir, et nostalgique, elle se remémora les instants passés aux côtés de la Dame Framboise. Les souvenirs l'assaillirent et bientôt, le désir impérieux de retrouver l'éventail d'or incrusté d'ambre d'Aléanore s'empara d'elle. Adieu ennui, bonjour nostalgie !

Dans une petite salle, sombre et poussiéreuse, des malles empilées contenaient toutes les affaires d'Isaure accumulées au fil des années. Et c'est ainsi qu'elle se retrouva à fouiller des trésors oubliés. Elle retrouva de vieilles robes portées. Nombreuses étaient celles qui portaient les stigmates de son enfance. Isaure soupira, encore. Il était loin le temps où elle courait la campagne à la recherche de grenouilles, où elle se pendait aux branches des arbres, dévoilant sans gêne ses jambes juvéniles.

Assise à même le sol, les genoux encombrés, la Frayner s'étonna d'avoir pu accumuler autant d'objet en à peine quinze ans d'existence. Trois coffres vides, et tant d'autres à redécouvrir. Hésitante, elle avança la main vers un quatrième, joliment sculpté, dont elle n'avait pas le souvenir. Devait-elle l'ouvrir alors que le sol était déjà dissimulé sous une montagne de chiffons et objets en tout genre ? Qu'importe, Gwennaelle rangerait. A son retour de guerre.
Ce coffre-ci lui était étranger. Et pour cause, les trésors qu'elle en sortit lui étaient totalement inconnus. Il ne lui fallut que quelques lettres pour comprendre qu'il avait appartenu à sa mère, et que ce n'était non plus son passé qu'elle fouillait, mais celui de Marie Beaumont. Des lettres à foison, des tonnes de livres qu'ils soient de chevet ou de comptes. Voilà de quoi regorgeait cette malle. Et tout au fond, dissimulé sous quelques rares étoffes miteuses, se trouvait un petit coffre. Les lèvres morvilliennes s'étirèrent en un radieux sourire : elle avait déniché un trésor. Le trésor de sa mère.

Le précieux contenant fut extrait avec toute la délicatesse du monde. Caressant d'un doigt le bois vermoulu, elle imagina quelles merveilles il pouvait contenir. De somptueux bijoux ? Des écus sonnants ? La clé d'une propriété ignorée ? N'en pouvant plus, elle se décida enfin à percer son mystère... mais le coffre ne s'ouvrit pas. La clef ? Où était la clef ?


- Non, non ! Mais non, non ! Ce n'est pas possible ! Non ! Mais nooon ! La tête dans la malle, elle cherchait désespérément le sésame. Ni le couteau, ni l'aiguille ne parvinrent à faire céder la serrure. Contrariée, elle balaya un monticule de lettres d'un revers de main rageur, découvrant quelques lettres encore cachetées. Curieuse, elle entreprit de les rompre pour en découvrir le contenu, jusque là inviolé. A mesure qu'elle avançait dans la lecture, le nez froncé laissa place à un sourire qui s'évapora bien vite. Elle avait retrouvé la clef. Ou presque.


[Paris – Quelques jours plus tard]

L'excuse était toute trouvée. Elle était à Paris pour affaires, et quelles affaires ! L'atelier des doigts d'or n'attendait plus qu'elle. C'est pourtant une toute autre raison qui avait poussée Isaure à désobéir une nouvelle fois à l'interdiction de son époux de quitter Petit Bolchen dans son état : la mystérieuse clef.

-Vous y êtes ma p'tite dame... Prenez bien du plaisir... Et l'homme repartit, goguenard.
- Du plaisir ? Elle le regarda partir avant de hausser les épaules.
Poussant la porte, la jeune femme, dissimulée sous une grande capuche ornée de fourrure, s'avança dans une salle où quelques personnes semblaient bavarder. Les prunelles de la Wagner parcoururent minutieusement la pièce, s'arrêtant sur chaque visage masculin, comme si elle s'attendait à pouvoir découvrir leur nom gravé sur leur front. Quentin, qui es-tu donc ?

L'atmosphère était douce et parfumée. Isaure était alors loin de se douter qu'elle venait de franchir les portes de la Honte. Tout ce luxe, toutes ces parfaites toilettes, comment aurait-elle pu l'envisager ? Un lustre scintillant attira son attention, et alors qu'elle relevait la tête pour l'admirer, la capuche glissa, dévoilant un visage encore juvénile qu'éclairait un sourire admirateur. De grands yeux bleus contrastaient avec le teint naturellement hâlée de la jeune femme. Le minois au nez fier était encadré par une épaisse chevelure que l'on avait tressée et remontée. Elle n'était pas bien grande et enfouie sous une couche de vêtement, sa silhouette ne laissait pas deviner sa maternité naissante.


L'heure n'était pourtant plus à la contemplation. Isaure entreprit alors de retrouver son mystérieux inconnu. Se pouvait-il qu'après toutes ces années il soit encore là ? A défaut de trouver ce Quentin, au moins espérait-elle rencontrer le dénommé Nigel. Quel nom ridicule au demeurant.


-Quentin ?
Tenta-t-elle auprès d'un homme qui se trouvait seul. Constatant sa surprise, elle poursuivit son chemin. Quentin ? Cette fois-ci, sa main se referma sur le bras d'une jeune personne qu'elle retourna vivement. Nouvel échec. Je cherche Quentin. Hasarda-t-elle. Quelqu'un allait-il enfin lui répondre ?

EDIT pour cohérence RP. Gwennaelle suit les armées.

_________________
Quentin_locke
Le bordel du nom de "L’Aphrodite" est l’un des plus luxueux et des plus convoités de la capitale. Seuls quelques riches osent s’y aventurer vu le coût du service, du décor et des boissons.
Le luxe, la belle toilette, les bonnes formes et les mets les plus raffinés du royaume y sont regroupés. Autant de délices et d’ombres perverses qui hantent les lieux et qui se glissent sous la douce lumière des chandeliers.
Dans l’air flotte un mélange d’essences diverses telles que la cannelle, la sauge ou bien la rose...
Chaque pièce porte ainsi sa marque et son odeur propre. L’ambiance unique, les étoffes de qualité, la décoration personnalisée et riche permet donc de repérer les chambres sans user de quelques noms que ce soit.
Parmi les boissons proposées au comptoir se cachent les meilleurs vins de Bordeaux, de Beaune et quelques liqueurs venant de tous les Duchés.
Concernant l’aménagement même du lieu, celui-ci se caractérise par un vaste salon où trône une cheminée de pierre, le comptoir, quelques causeuses ainsi qu’un coin réservé à ceux qui se prélassent, pipe en main.
En outre, pour les coins dédiés à la luxure, ces derniers se situaient tous à l'étage, afin de se tenir loin des regards curieux et pour que les bruits qui s'en échappent ne viennent pas perturber le repos ou l'ivresse de certain.

C’était donc dans ce lieu et parmi toutes ces charmantes créatures que Quentin avait grandi, devenant lui-même l’un de ces courtisans renommés.
Autrefois surveillé de loin par un regard paternel et protecteur, ce dernier n’est toutefois plus de ce monde pour admirer la progression de son fils et moins encore pour l’informer de l’existence d’une possible demi-sœur.
D’ailleurs, l’anglais savait tout concernant la relation interdite entre son père et Marie Beaumont, tout de ces lettres énamourées et sincères que la mystérieuse Cyrielle venait livrer à l’Aphrodite.
Toute cette vérité lui avait été transmise par une ultime lettre écrite de la main tremblante et faible de son paternel à laquelle était jointe une clef censée dévoiler son mystère quelques mois plus tard.
Néanmoins, les années avaient passées et cette clef étrange dormait encore dans son propre coffre. C’était là, un secret simplement éteint qui n’aspirait malgré lui qu’à être élucidé.
Toutefois, il se peut qu'en cette douce soirée d'automne, le voile se lève enfin…

Dans la nuit, la porte du bordel s’ouvre accueillant alors une nouvelle cliente à laquelle il ne prête pas encore attention. En effet, l’anglais s’occupe et récupère l’argent d’une autre qu’il vient à l’instant de contenter et de rassasier.
En outre, la chair de son dos gardera malgré lui la trace féline et encombrante de ces ongles. Une tare pour un courtisan que de se retrouver ainsi marqué de la sorte par l’appétit vorace et l’insouciance d’une cliente, aussi riche et bien placée soit-elle. Il va de soi que cette mésaventure lui vaudra les railleries de ses compères. Et en effet, ils n’y manquent pas.

Assis sur une causeuse, verre de bordeaux en main, il se prélasse et récupère un peu, partageant quelques rires moqueurs avec ceux qui font implicitement parti de sa famille.
Quand soudain une courtisane lui tapote l’épaule afin de l’avertir qu’une jeune femme est actuellement à sa recherche.

Intrigué, Quentin se redresse donc et s’avance vers le comptoir pour observer par lui-même cette scène plutôt étrange.
Une jeune femme dont les formes sont malheureusement cachées et au minois inconnu vient effectivement nuire à la tranquillité des clients dans l’espoir de le retrouver, lui.
Alors ou cette dernière avait eu vent de ses exploits et espérait donc y gouter ou elle était l’amante dépassée de l’un de ses clients…
Quoi qu’il en soit, il ne pouvait la laisser agir ainsi et plomber l’ambiance érotique du bordel.

C’est ainsi que l’anglais vient s’emparer du bras de la donzelle afin de la guider sans mot dire dans sa chambre.
L’odeur de sexe, de transpiration et de phéromones y règne et pour cause, il venait à peine de la quitter. Les draps se souviennent d’ailleurs de cette passion purement fictive et pécuniaire pour laquelle il avait pétrifié de plaisir la chair de sa cliente. Et c’est donc dans cette ambiance charnelle, décadente et néanmoins silencieuse que l’anglais amenait la trouble fait.

Poussée doucement vers le centre de la pièce, Quentin l’observe suspicieux tout en prenant soin de fermer la porte. Il y a des règlements de comptes qui se doivent d’être enterrés dans le silence…
Posé et impassible, le brun adresse quelques mots à celle qui pense être une amante dupée et blessée.


Dites-moi, belle dame vous n’êtes pas l’une de mes clientes alors pourquoi diable cherchez-vous à me quérir ?

_________________

@orpheelin
Isaure.beaumont
Concentrée et méthodique, Isaure interrogeait chaque homme présent, saisissant leur veste pour les retourner face à elle et se moquant bien de savoir si elle les dérangeait ou non. Elle n’avait que sa clef en tête, et elle était décidée à ne par repartir pas sans avoir une idée de qui était ce Quentin et où le trouver.

Trop absorbée par sa quête, la Von Frayner ne vit pas l’homme fondre sur elle. Surprise, elle n’eut pas le temps de réagir que déjà il l’entraînait vers les étages
.

-Lâchez-moi ! Vous me faites mal !

Tentant de libérée de sa main libre le bras prisonnier, Isaure suivait du mieux qu’elle pouvait les grandes foulées de son ravisseur. Et avant même qu’elle ait pu lui briser les oreilles de ses cris hystériques, elle fut pousser au centre d’une chambre qu’elle ne prit pas le temps d’observer, ce qui n’était pas un mal.

-Je vous cherche ? Vous êtes Quentin ?

La brune suspendit un instant ses gestes, cessant de se masser le bras endolori. Les yeux se plissèrent légèrement, sondant l’inconnu et le détaillant sans pudeur.

-Je ne vous ai pas imaginé comme ça. Où est ma clé ?


Et sans lui laisser le temps de répondre, elle entreprit de fouiller la chambre, ouvrant les tiroirs et retournant tout ce qui pouvait l’être et répétant pour elle-même : où est-elle, mais où est-elle ! Ses fouilles furent vaines, et c’est dans un dernier espoir qu’elle se tourna vers l’homme :

-Où est-elle ? Vous l’avez sur vous, c’est cela ?
Et de se jeter sur lui, les mains s’invitant dans le cou du courtisan à la recherche d’une chaîne au bout de laquelle elle imaginait pendre la précieuse clef.
_________________
Quentin_locke
Le bougre lui fait mal au bras et pourtant c’est un détail auquel il n’apporte aucune attention particulière. N’importe à ses yeux que le confort des clients, de ses confrères et le salut de sa propre réputation.
D’ailleurs, à la vue du vacarme que cette gueuse crée dans sa chambre, il va de soi que cette dernière va en prendre un sacré coup.
Effectivement, la brune s’affaire, fouille, remue chaque recoin du mobilier, créant à elle seule un véritable branlebas de combat. Quentin quant à lui reste coït, incapable de piper mots à cette mascarade et encore moins d’y mettre un terme.
Et pourtant, il allait bien falloir y remédier.

En effet, après avoir remué l’intégralité de sa chambre en marmonnant quelques paroles démentes, cette dernière revient vers lui afin de continuer son enquête.
Ses deux mains sont alors posées autour de son cou à la recherche d’un quelconque collier où cette clef aurait pu être accrochée.
Si l’anglais avait pu voir en cette femme une possible cliente ou une amante frustrée, il n’y voyait désormais que les traits d’une aliénée totalement bouleversée.

Immobile, Quentin peine à garder son sang-froid et son sérieux naturel.
En effet, confronté au désordre de sa chambre, au trouble de cette femme et agacé par ses doigts fins qui se faufilent ci et là dans sa chemise, le calme qui l’habite habituellement s’évapore comme le plus solvant des parfums.
Ainsi, sa main droite se lève et vient s’emparer fermement des poignets délicats de la donzelle tandis que l’autre vient s’abattre sans ménagement sur sa joue.
Cette jeune femme avait réussi en quelques minutes, à décontenancer le courtisan et à faire voler en éclat ses principes de bonne conduite.
La gifle assénées était alors apparue comme une réponse à la folie de cette brune mais également comme le plus doux des soulagements.

Le ton de l’anglais se fait désormais plus froid et plus rauque alors que son emprise se fait naturellement plus légère. Les murmures sont glissés, secs et fermes à l’oreille délicate de la névrosée.

Premièrement, vous allez vous baisser d’un ton sous peine que je ne vous en colle une à nouveau. Deuxièmement, vous allez me décliner votre identité. Troisièmement, vous allez m’expliquer ce délire à propos de cette clef et enfin, il va de soi que vous ne sortirez pas de cette chambre sans que tout soit remis en état.

Il serait effectivement dommage de faire sortir à nouveau Quentin de ses gongs, de marquer à nouveau le minois si candide de la brune et de conduire cette dernière dans ces bâtiments tabous où la Folie y est décortiquée .

_________________

@orpheelin
Isaure.beaumont
Claquée, sonnée, la bouche légèrement arrondie par la surprise, Isaure s'immobilisa. Elle ne réalisa pas tout de suite l'affront qu'il venait de lui être fait, ni même la brûlure cinglante de sa joue. Y portant la main, encore incrédule, elle massa en silence la chair molestée. Le nez fier et les sourcils fins se froncèrent quand Quentin souffla ses recommandations à son oreille. Pour qui la prenait-il ?

-Pour qui me prenez-vous ! Elle baissa rapidement d'un ton, soucieuse de sa joue gauche, encore vierge de toute offense. Je veux que vous me rendiez ma clé, celle que ma mère, Marie Beaumont, vous avait malencontreusement confiée. Faites donc venir Nigelle Loque, le tenancier de cette hostellerie, et dites-lui qu'Isaure Von Frayner, dame de Morvilliers, de Miramont et de Courceriers souhaite lui parler. Et croyez-moi, je lui parlerai de votre vilain comportement ! Quant à votre chambre, hors de question que je la range.
Elle passa un regard circulaire sur la pièce en désordre. Si vous aviez été plus coopératif, nous n'en serions pas arrivés là.


Isaure ne recevait jamais d'ordre. Elle exigeait et on lui obéissait. Ou plutôt, c'était ainsi qu'elle voyait les choses. Lui tournant le dos, elle fit quelques pas dans la pièce. Décidée à repartir avec cette clé, elle était prête à attendre le temps qu'il faudrait. Aussi, elle retira sa chaude cape de voyage, dévoilant une silhouette légèrement déformée, et se mettant à ses aises, elle s'installa dans un fauteuil qui lui tendait les bras.

-Eh bien. J'attends !
_________________
Quentin_locke
Pour qui la prend-t-il ? Certainement pour une capricieuse bien allumée et sanguine qui ne se rend pas encore compte du sérieux de l’anglais.
Et quelle surprise pour lui de découvrir que cette étrangère au comportement atypique n’est rien d’autre que sa petite demie sœur.
Isaure, le fruit plus "assumé" de Marie Beaumont. Enfin, le voile se lève après ses années passées dans le doute et la brume.

Quentin inspire donc pour retrouver son calme et sa patience alors que sa sœur dévoile ce ventre arrondi qui le laisse pantois. Ainsi la petite était déjà en cloque ?...Quel gâchis.
De nouveau serein, le visage aussi strict que fermé, il s’approche de sa couche et fouille sous cette dernière.
Finalement, il finit par en sortir un écrin en bois précieux qui renferme la dite clef. Relevant alors l’échine il lorgne la jeune femme et inspire.
Le moment de la vérité sonne, de même que celui des conditions.

La clef est ici, en ma possession. Si vous la désirez, vous allez devoir faire avec moi car elle m’a été donnée par ma mère et que je ne compte nullement vous la remettre en main propre.
Ensuite, sachez que mon père Nigel Locke est décédé il y a quelques mois de fatigue et qu’il vous sera donc bien difficile de converser avec lui.
Après, peu importe que vous soyez en cloque, vous allez ranger cette chambre. Si vous avez pu mettre autant d’énergie à la mettre sens dessus-dessous, vous allez bien arriver à la remettre en état, je vous fais entière confiance sur ce point.

Maintenant, parlons peu mais bien.
Cette clef m’a été donnée en même temps qu’une promesse. Marie, notre mère, avait parlé d’un coffre qu’elle voulait me confier ainsi qu’une lettre qui était destinée à mon père. Pourtant, ces derniers ne sont jamais arrivés à destination.
Je suppose donc que si vous cherchez ma clef, c’est assurément parce que vous avez trouvé le dit coffre.


Les choses sont dites clairement et franchement. En effet, Quentin n’est pas de ceux qui tournent autour du pot et encore moins de ceux que l’on peut facilement doubler.
Il se doute bien que la petite était venue récupérer la clef pour ouvrir, seule, ce coffre qui lui revient de plein droit.
Enfin, il ne peut lui lancer la pierre, elle n’est qu’une femme après tout, vénale et intéressée de nature.
Néanmoins, cette dernière aussi têtue soit-elle, se retrouve coincée dans sa chambre et à moins qu’elle devienne subitement raisonnable et réfléchit, Quentin risque de perdre à nouveau son sang-froid.
Effectivement, si elle avait pour habitude de diriger, d’ordonner, elle allait vite se rendre compte qu’entre ses quatre murs, l'autorité se paye au prix de l’expérience et la sagesse. Malheureusement, Isaure est encore bien trop fraîche et candide pour oser y prétendre.

Une fois la chambre remise en état, vous pourrez appeler vos serviteurs afin qu’ils amènent ici lieu ce coffre et la lettre de Marie.
Je vais vous permettre d’assouvir votre curiosité en vous offrant le droit d’être à mes côtés quand j’ouvrirai le coffre, toutefois, ne comptez pas sur moi pour assouvir votre désir de richesse et de puissance.
Ce présent et cette lettre jusqu’à preuve d’une volonté contraire de notre mère, fait partie de mon héritage et non du vôtre.

_________________

@orpheelin
Isaure.beaumont
La jeune femme se redressa quand elle le vit fouiller sous le matelas et en sortir un écrin qui, à n'en point douter, contenait sa mystérieuse clef. La lèvre malmenée entre ses dents, elle observait les faits et gestes de cet inconnu, les yeux pétillants. Elle arrivait au but, elle avait réussi.

Pourtant, Isaure se réjouissait trop vite. Elle avait peut-être trouvé la clé, mais elle oubliait qu'elle n'était pas encore en sa possession et que la lutte serait bien plus difficile qu'elle ne l'avait d'abord imaginée. Si dans son esprit, le trésor oublié lui appartenait, il était une vérité toute autre, dont elle ignorait encore les tenants et les aboutissants. Et si elle leva les yeux au ciel quand il aborda de nouveau cette histoire de rangement, la suite la propulsa contre le dossier du fauteuil, les yeux écarquillés par la surprise – à moins que ce ne fût d'horreur.

Notre mère ? Non, sa mère ne pouvait pas par deux fois être pécheresse. N'avait-elle donc pas appris de ses erreurs ? Non, il mentait, c'était impossible.


-Vous mentez. Mon oncle, paix à son âme, ne vous a jamais mentionné. Et si vous étiez celui que vous prétendez, alors j'aurais entendu parler de vous. Or, ni ma mère, ni mon oncle, ni quiconque n'ont jamais fait état de votre existence.


Et si ? Elle avait beau vouloir s'en convaincre, mais si cet homme disait vrai ? Quelle stupide idée avait-elle eu de fouiller les malles de sa mère ? Elle venait de remuer un passé dont elle n'avait jamais voulu entendre parler.

- Le coffre n'est pas avec moi. Il est en Bourgogne. J'accepte que vous m'y accompagniez et que nous ouvrions ce coffre ensemble. Ainsi, vous verrez qu'il est ma propriété, et non la vôtre. Cependant, cet accord ne tient que si vous faites appel à la domesticité de votre défunt père pour ranger... tout ceci.

La Morvilliers se releva. L'idée qu'à quelques mètres d'elle, un sang en partie identique au sien coulait dans les veines de cet inconnu, la troublait quelque peu. Elle s'était longtemps crue seule au monde. Elle en avait joué. Elle était l'orpheline, l'esseulée. Celle dont il ne restait plus qu'un petit bout de famille paternelle, et elle s'en était jusque là contentée. Seul le nom des Wagner importait. Seule sa famille paternelle existait. Elle avait reniée il y a des années maintenant cette mère qui l'avait abandonnée en rejoignant le Très-Haut. Elle la tenait d'ailleurs pour seule responsable de sa condition. Oui, si elle n'était qu'une bâtarde, c'était dû à la seule faiblesse de cette mère, qui, une nuit alcoolisée s'était laissée aller à quelques vices honteux. Une lettre, trouvée dans la malle de sa marraine en témoignait d'ailleurs, et c'était à cet instant, lors de cette découverte, qu'elle avait rayé définitivement le nom Beaumont de sa vie. Pourquoi donc devait-il refaire surface à cet instant ?

_________________
Quentin_locke
"Il y a des fiertés authentiques qui meurent difficilement." de Yves Thériault.

Malheureusement, Isaure avait hérité de la fierté de la mère sans son humilité. Et pour ne rien arranger, le machisme de Quentin était sensiblement lié à son irritabilité.
Alors quand cette dernière affirme que tout ceci n’est que mensonge, que son héritage est sien et qu’elle ne se pliera pas à ses exigences, Quentin fulmine.
Il n’est pas un faible d’esprit et encore moins un homme à se plier aux caprices d’une enfant. Il n’en a plus l’âge ni la patience.

Pendant des années, lui et son père avaient espéré que le secret se brise, que la raison de cet essoufflement épistolaire soit dévoilée et que Marie elle-même se présente un jour à eux.
Des années de doutes et de déception qui s’achèvent enfin.
Et pourtant, alors qu’il est à deux doigts de retrouver les brides de son passé, cette impétueuse et cupide sœur n’aspire qu’à le priver de son histoire. La limite est dépassée et le sang-froid se perd.

Ainsi, Quentin s’approche de la brune et ne retient plus sa main. La joue gauche subie le claquement d’une baffe et une rougeur se dessine sur la peau ambrée de sa sœur.
Elle n’est pas de taille à le diriger et encore moins à faire preuve d’autant d’arrogance. Son histoire a été marquée par trop de maux pour qu’une innocente vienne ici lieu le priver de son passé et de son rapport à sa mère.
Isaure ne devrait pas se prévaloir de chose qui lui échappe.

Ecoutez-moi bien Isaure, je ne suis pas l’un de vos sujets que vous pouvez diriger à votre guise. Avant d’être votre grand frère, je suis un homme avec assez de vécu et d’expérience pour vous confronter à l'existence du respect.
Vous avez déboulée ici lieu tel un prince en son royaume en faisant preuve d’une impertinence, d’une condescendance et d’une suffisance déconcertante.
Quel dommage que vous n’ayez pu hériter de notre mère de ses deux plus grandes qualités qui sont son intelligence et son humilité.
Vous n’êtes pas ici chez vous et il serait judicieux pour vous de réaliser qu’une femme enceinte est une proie facile une fois jetée en pâture dans les quartiers malfamés de Paris.


L’anglais ne cesse de fixer sa sœur avec sévérité alors qu’il s’écarte d’elle afin de retrouver son impassibilité et sa réserve. Rares sont les fois où Quentin sort de ses gongs et pour cause, Nigel avait toujours veillé à ce que les apparences soient sauves et à ce qu’un homme fasse preuve d’autant de recul que nécessaire pour ne point être l’esclave de ses colères. Néanmoins, l’exception était faite pour ces remises à niveau qui permettaient selon lui de sauver l’intégrité et le sérieux d’un homme. Isaure en faisait d’ailleurs les maigres frais.

Après quelques secondes, Quentin retrouve sa contenance et réfléchit. Le coffre était dans la propriété de sa sœur et il devait donc s’y rendre, néanmoins avant de programmer le voyage il était nécessaire de confronter Isaure à la réalité.
Ainsi, l’anglais se penche à nouveau vers la couche et s’empare du coffret. Sous le fond dérobé de ce dernier, quelques lettres signées du nom de Marie Beaumont y sont précieusement entreposées et pliées.
C’était là les délicats souvenirs de sa mère. Se saisissant de l’une d’elle, en somme de la dernière en date, il entreprend la lecture.

Après quelques mots et plusieurs lignes, son existence et celle du bordel, l’amour qu’elle portait à son père et la donation de ces biens litigieux ne sont plus à contester.
Isaure allait devoir tout assimiler et agir avec précaution et raison. Elle ne peut souiller la mémoire de sa mère et priver un fils des présents confiés par cette dernière.
Vous savez désormais ce qu’il en est et les raisons qui ont poussé notre mère à garder le silence.

Alors, Isaure, je compte sur vous pour ne point juger cette relation et pour me rendre ce qui me revient de droit. Quant à la chambre, faite là avant que je ne perde vraiment toute ma patience.

_________________

@orpheelin
Isaure.beaumont
Cette fierté et cette arrogance, Isaure s'imaginait les avoir héritées de son père, mais sans doute était-ce plus sa condition qui l'avait ainsi forgée. Exister du mieux qu'elle pouvait, se faire une place dans ce monde en faisant oublier ses origines maternelles. Aussi, quand la main s'abattit de nouveau, rougissant à présent l'autre joue, ce fut tout son être qui s'ébranla. Jamais personne n'avait levé la main sur elle, ou plutôt s'était-elle évertuée à oublier ces fâcheux épisodes. Les yeux brillants d'une colère sourde, elle les darda sur ce frère sorti de nulle part.

-Quand bien même êtes-vous celui que vous prétendez, vous ne serez jamais mon frère. Ni Richard, ni Gabriel n'ont jamais porté la main sur moi ! Siffla-t-elle, reculant d'un pas, pour se préserver d'une autre attaque. Mais Quentin déjà s'éloignait d'elle, et curieuse, elle observa chacun de ses gestes, des questions en pagaille dans la tête. Elle n'arrivait toujours pas à réaliser que sa pécheresse de mère, avant elle, avait eu un fils. Elle avait perdu mère et oncle, et retrouvait un frère, qu'elle aurait bien aimé ignorer encore. Quelle idée avait-elle eu de remuer toute cette poussière. Une main caressante sur sa joue encore endolorie, l'autre sur son ventre, elle écouta l'anglais lui faire la lecture. Et à mesure que les mots s'envolaient, la Von Frayner pâlissait tandis que tout le corps se crispait.

Tous ces mots, toutes ces insanités résonnaient comme des injures à ses chastes oreilles. Ces révélations, cette vérité mise à nue la révulsait, elle en aurait vomi son fils. Sa mère, un bordel, un bâtard et des courtisans. Qu'avait-elle besoin d'un pareil frère dans sa vie ? Que son époux ait pu aller se rouler dans les draps de femmes de peu de vertus n'était-il pas suffisant ? Fallait-il toujours plus de turpitude à ses côtés ? Après l'époux, je demande le frère. La jeune femme se signa, comme si ce geste dévot suffisait à l'éloigner de ces vices, à la protéger de ces maux sans nom, de cette histoire dont elle ne voulait pas. L'ignorance valait parfois mieux que la vérité, crue et cruelle. Ne pas juger, comment le pourrait-elle ? L'affaire était trop grave pour qu'elle puisse oublier, pour qu'elle puisse seulement pardonner. Sa mère, avec un courtisan ! Cet homme, ce frère, digne héritier de cet amant maternel. Que d'horreurs.


- Ranger votre ch..., commença-elle. De l'œil, elle caressa un instant l'éventualité de passer la porte, mais sa joue, elle se souvenait bien trop de la colère de l'homme. Isaure n'était pas suffisamment sotte pour se mettre en danger, et encore moins ce fils qu'elle espérait tant. Et si sa fierté lui criait de claquer cette porte en laissant cet odieux personnage à son bordel – quelqu'il soit – son intuition la conseillait sagement d'obtempérer, mettant de côté cette fierté toute isaurienne. Au moins pouvait-elle se réjouir qu'il n'y ait aucun témoin. Une fois à Petit Bolchen, elle le laisserait emporter ce fichu coffre contre son silence. Et alors, personne ne connaîtrait jamais l'existence de cette erreur familiale. Elle oublierait ce sang comme elle avait oublié le lépreux, ou encore la cour des miracles. Mais pouvait-on vraiment se défaire de sa famille ?

Les gestes lents, l'œil aux aguets, elle ordonna la chambre du mieux qu'elle put, effaçant toute trace de son passage. Et si elle restait à présent muette, son regard, d'un bleu intense, exprimait tout son mépris à sa place. Une fois la pièce rangée, à sa façon certes, mais rangée, elle reprit sa cape et s'avança à la porte et main sur la poignée, elle se retourna légèrement et d'un ton sec :


- Départ demain. Quand midi sonnera non loin des ateliers des Doigts d'Or. Ne soyez pas en retard. Je ne vous attendrai pas. Et soyez discret. Surtout.

Et dans un dernier regard sans chaleur, elle disparut, bien pressée de quitter cette hostellerie des vices.

[Le Lendemain, à quelques pas des ateliers des Doigts d'Or, auprès d'un coche]

Chaudement couverte, Isaure patientait, ou plutôt s'impatientait sur le trottoir, non loin des ateliers qui l'avait captivée quelques minutes auparavant. Droite, les traits tirés par l'appréhension, elle attendait que ce voyageur arrive enfin. Elle n'avait de cesse de regarder tout autour d'elle, cherchant ce visage aux traits encore inconnus et pourtant si familier. Il lui semblait que les regards des passants pesaient sur elle, comme s'ils savaient tous quel genre d'homme elle avait pour frère, comme s'ils savaient qu'elle allait accueillir à ses côtés le temps d'un voyage, et dans sa demeure, un pervers, un pécheur. Elle avait hâte que toute cette histoire se termine enfin et que le temps suffirait à lui faire oublier cette odieuse réalité. Elle oublierait et jamais son époux n'apprendrait cette étrange escapade dans un bordel parisien. Voilà qui serait parfait.
_________________
Quentin_locke
Richard ? Gabriel ? Ainsi donc, Quentin avait des demi-frères. Quant à savoir s’ils étaient encore en vie ou non, cela restait un mystère. Néanmoins, cela n’était en rien sa préoccupation première.
Si ces derniers n’avaient jamais levé la main sur elle, c’est certainement qu’Isaure s’était montrée sous son plus beau jour.
Dur à croire à l’instant présent que cette petite pourrie gâtée puisse avoir un comportement plus délicat et agréable avec certain.

Quoi qu’il en soit, elle se plie aux exigences de l’anglais et ce même si l’orgueil de la brune clame à l’agression. C’était là, l’attitude la plus intelligente et la plus humble qu’Isaure avait adopté depuis leur rencontre.

Légèrement outrée, le ton se fait amer alors qu’elle annonce le lieu du rendez-vous et qu’elle s’éclipse sans rien rajouter. Quentin souffle enfin alors qu’il s’installe sur sa couche désormais remise en état.
Il ne faut d’ailleurs que quelques minutes avant que l’une des courtisanes s’avance vers lui, légèrement inquiète et curieuse. La situation est éclairée et l’annonce est faite quant à l’agrandissement soudain de sa famille.
Lui qui se croyait fils unique aurait encore espéré l’être.

La nuit passe, son bagage est posé à même le sol et son absence est annoncée à ses collègues. Pourtant impossible pour lui de fermer l’œil.
Les informations se bousculent dans son esprit, chaotiques et incohérentes.
Sa mère avait donc bel et bien tenu sa promesse et lui avait laissé un ultime présent, néanmoins une première erreur n’ayant pas servie de leçon Marie avait à nouveau mis bas.
D’ailleurs, sa sœur malgré son âge faisait preuve d’un mépris et d’une fierté déconcertante comme si le monde dans sa totalité était sien et servile.
Il avait donc levé la main sur elle par deux fois, assuré ainsi son sérieux et sa rigueur au prix de deux claquements cinglants et d’une haine naissante.
Avait-il eut tort en levant ainsi la main sur le visage d’Isaure ? Peut-être. Il y avait bien des manières pour assurer son autorité et sa supériorité sur une femme et la violence, quel qu’elle soit était toujours délicate à assumer et à exprimer.

Enfin, son trouble s’achève en même temps que l’aurore et le soleil pointe le bout de son nez. Les servantes s’activent alors que les courtisans dorment encore.
Le monde de la nuit et du jour se confrontent alors entre les ronflements de certains et les coups de brosses des autres.
Quentin exceptionnellement faisait partie de ces vivants, de ceux qui aiment à savourer les rayons du soleil et le brouhaha des passants.

D’ailleurs, il s’affaire et s’empare de ses bagages afin de s’approcher du lieu de rendez-vous.
Le véhicule est là, Isaure également et sa mine fermée reste un mauvais présage. Serait-elle rancunière.
Enfin, pour se donner le courage nécessaire l’anglais avait pris soin de signaler à Cyrielle son départ et l’avait invité par la même occasion à se joindre à eux.
Hors de question pour lui de se retrouver seule pendant des heures dans une calèche sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Autant avoir un peu de compagnie, même si celle-ci avait un visage effrayant.

Première approche après une soirée mouvementée et une rencontre déconcertante. Première tentative afin d’apaiser les tensions…d’équilibrer au mieux le trouble qui est né entre eux.

Bonjour, Isaure. Je me suis permis d’inviter Cyrielle, notre tante. Je ne sais si vous avez déjà eu l’occasion de la rencontrer mais sachez qu’elle a eu un rôle important dans notre histoire familiale.
Elle était celle qui jouait au messager entre notre mère et mon père. Elle pourra enfin nous dire pourquoi le coffre n’a pas pu être remis à mon père et à moi en temps voulu. J’espère qu’ainsi nous aurons tous les éléments pour résoudre ce mystère.


_________________

@orpheelin
Cyrielle.
    Et la compagnie peut avoir visage d’autant plus effrayant lorsqu’elle n’a pas dormi. L’œil grisâtre pour le coup, se creuse d’une crevasse violine, délicatement parsemée de gris & de rides. La peau de miel s’est teinte de pâle, pour prouver encore que la laideur n’a pas de limites.

    Car Quentin, pauvre de lui, avait osé l’arracher aux quelques heures de sommeil qu’elle pensait s’octroyer. Rapace de nuit, c’est ivre qu’elle l’avait accueilli, grognant toute sa vinasse sur les palabres du brun. Il aurait bien pu être en danger de mort que ça ne l’aurait pas plus intéressé que ça. Pourtant, dans une dernière supplique, le neveu courtisan avait bien réussi à faire bouger Cyrielle & son fondement. Affaire de famille, qu’il avait dit.

    C’est donc bien réveillée & presque toujours aussi saoule que la Fauve fait son apparition, un pas derrière le courtisan. Un instant, le nez en l’air, absorbée dans la contemplation de la devanture des Doigts d’Or, elle ne dévoile au regard d’Isaure qu’un faciès qui oscille entre trente-cinq & quarante ans, marbré de quelques rides au coin de l’œil, surmonté d’une crinière blonde insolemment lâchée. La lippe, terne, est mordue par une canine presque blanche qui laisse à penser qu’il reste au moins à l’intéressée quelques dents de devant. Encore, bien qu’elle soit de profil, on saisit au vol sa dégaine masculine, la chemise surmontée d’une brigandine usée, les canons de cuir sur les avant-bras, les braies & les bottes rapiécées. Pour un instant seulement.

    Et puis la scène change, & elle ouvre les bras. On sent comme elle est grande, & comme ses formes n’accueillent pas tant elles sont maigres & peu tentantes. On sent tout ce qu’elle a de mesquin, tout ce que cette tante a souillé de ses mains, tout ce que ce sang que ses mains ont versé sur son sein. On sent combien elle est mauvaise, combien son âme est perdue, combien l’Enfer l’avale déjà. On sent déjà comment elle nous perdra.

    Et puis on voit, ce visage putride, cette face ravagée par les flammes, ces cratères abruptes & lisses d’avoir fondu. On devine, l’œil manquant, l’orbite sale & brûlé, sous l’épais ruban noir.

    Et puis… Et puis…

    « Ah Quentin, tu parles trop… Laisse-moi donc savourer de découvrir ainsi une si merveilleuse nièce… »

    Et semblant si friquée, surtout. Et Cyrielle, sans demander l’avis de personne, de prendre dans ses bras la dénommée Isaure.
    Ou comment plonger les deux pieds dans le plat.

_________________
Isaure.beaumont
Aux abords des ateliers des Doigts d'Or, Isaure attendait avec impatience que midi sonne. S'agitant, elle surveillait les alentours, s'assurant que personne ne s'intéressait de trop près à elle ou son coche. Ne pouvait-il pas se dépêcher ? Bientôt, une foule sortirait des ateliers et elle serait vue avec lui. Alors qu'elle se tournait de nouveau vers la rue, il s'avançait enfin vers elle, tandis que non loin, les premiers échos des cloches se faisaient entendre.

-Vous êtes en retard, ne parvint-elle pas à retenir. Quentin était en réalité à l'heure et si sa jeune sœur s'était promise de ne lui adresser aucun mot, elle avait failli en laissant échapper ce reproche mal venu. Elle ne remarqua pas de sitôt la présence de la femme qui accompagnait le courtisan. Elle allait s'engouffrer dans le coche quand son frère s'adressa à elle.

-Notre tante ? Je n'ai pas de tante. Ajouta-t-elle sèchement. Ma mère n'avait qu'un demi-frère. C'est alors que la silhouette étrange d'une femme blonde se dégagea de derrière l'imposante stature de l'anglais. Il n'y eut d'abord rien à signaler, mais quand la femme dévoila son hideux visage, l'engrossée fit un pas en arrière, une moue de dégoût clairement affichée. Ma mère n'avait pas de sœur, et encore moins une telle horreur !

La distance entre elle et Cyrielle ne fut cependant pas suffisante car cette sorcière mal fagotée se jeta sur elle, l'enserrant. Raidit dans les bras de celle qui était pourtant réellement sa tante, Isaure regarda effrayée les alentours, et déjà, il semblait que les portes de l'atelier s'ouvraient. IL était hors de question qu'on la voit avec cette chose aussi laide qu'un pou. Se dégageant, elle la repoussa vers le coche.

-Montez immédiatement.

Le regard noir qu'elle posa sur Quentin était sans équivoque et lui signifiant de la suivre, elle s'engouffra à son tour dans la voiture. Elle s'installa bien loin de la défigurée, aussi loin que la promiscuité du coche le lui permettait et tirant les rideaux, elle ordonna bientôt que l'on se mette en route. Le coche s'ébranla enfin. Le silence fut de rigueur quelques minutes. Un bras protecteur posé tout contre son ventre, elle fixait le rideau à son côté, les lèvres encore pincées. Elle rompit bientôt le silence, se tournant vers Quentin qu'elle harponna de son regard aussi froid que bleu.

-Que vous a-t-il pris d'amener cette chose à notre rendez-vous ! Vous auriez dû vous abstenir. Il ne me semble pas vous avoir autorisé à inviter vos amis en ma demeure.

Ecartant un instant les rideaux, elle avisa l'endroit où ils se trouvaient à présent. Et le coche toujours en marche, elle ouvrit la porte avant de se tourner vers Cyrielle.

- Sautez.

_________________
Quentin_locke
En retard. Voilà bien un reproche devant lequel Quentin ne peut que sourire. En effet, le courtisan n’avait pas pour habitude d’être dépassé par le temps et le sérieux d’un rendez-vous. Enfin, la réplique était plus perçue comme une pique féminine plutôt qu’un véritable reproche et c’est ainsi que Quentin passa l’éponge. A ses côtés se trouve Cyrielle, sa tante mais également celle d’Isaure. Une révélation qui apparemment ne semble pas la convaincre et qui contre tout attente parvient même à la dégouter. Certes le visage de Cyrielle n’était pas des plus agréables à regarder de part cet œil perdu et par ces cicatrices dues à quelques brûlures passées mais quoi qu’il en soit, cette femme était la sœur de leur mère et rien que pour cela, elle méritait une once de respect. Néanmoins, Quentin n’était pas du genre à prendre la défense d’une femme, surtout si cette dernière avait assez de caractère et de répondant pour s’en charger elle-même. Cyrielle était couillu, c’était une évidence familiale.

Montons donc.

En gentleman Quentin tend sa main afin d’aider sa tante à pénétrer dans la voiture et une fois le trio correctement installé, ce dernier ne peut que constater que le dégoût qu’éprouvait Isaure était tout sauf un caprice. Il inspire, marmonne afin de calmer ce trop-plein de réflexions qui n’aspirent qu’à être lancées au visage de sa sœur alors que celle-ci, inspirée, se montre des plus dédaigneuses. Le qualificatif "chose" et le verbe "sauter"sont ainsi énoncés à la grande surprise de l’anglais et ce fut-là, la goutte qui fit déborder le vase.

Isaure, ne vous comportez pas comme une enfant s’il vous plait. Cyrielle est bel et bien votre tante et nous avons besoin d’elle pour savoir pourquoi le présent n’a pas pu mettre remis en main propre et pourquoi, notre mère a cessé d’écrire à Nigel du jour au lendemain. Et si cela vous indiffère, dites-vous que c’est la seule démarche qui pourra vous permettre de vous débarrasser définitivement d’elle et de moi.

Loin d’être sot, il sait bien que sa préférence ira vers sa dernière tirade. En effet depuis qu’elle avait croisé sa route, Isaure ne devait espérer qu’une chose, se débarrasser de lui et de son autorité. Il avait osé lever la main sur elle, osé ordonner et pire, il avait su s’imposer à elle. Une attitude à laquelle sa sœur ne devait point être habituée et il ne pouvait lui en vouloir. Elle avait vécu une tout autre vie, grandit dans un monde qui pû répondre à ses désirs, enfin…C’était là, l’image peut être fossée qu’il se faisait de sa sœur, grande capricieuse et pourrie gâtée.

D’ailleurs Cyrielle, autant profiter de la route pour commencer à nous en révéler un peu sur ce passé. Qu’en penses-tu ?

_________________

@orpheelin
Cyrielle.
    De la lippe fondue ne sort pas un mot de plus. Elle est rôdée, aux regards d’horreurs, à se faire bringuebaler, aux insultes sous couvert de raison, aux piques animalières, aux invitations à sauter d’un coche déjà lancé… Quoi que non, voilà bien une nouveauté qu’elle semble apprécier. C’est donc ça, le pli des lèvres, qui fait penser à quelques problèmes d’estomacs qu’on a du mal à supporter.

    Bref, non, pas un mot, si ce n’est que la main de la blonde saisit les doigts de la brune, & la poignée du coche par la même occasion, pour oublier l’incident & refermer la porte. Pas un mot, non, aucun, si ce n’est cette bouche qui s’entrouvre & ricane, avant de se clore proprement aux premiers mots du neveu.

    Ah ça, si Quentin prend à cœur la famille, qu’il défende donc la Chose. Elle ne s’en plaindra pas. D’autant plus qu’il y a quelques jours encore, le neveu était plutôt du genre à ignorer superbement la blonde, à la menacer de quelques claques plutôt bien méritées, certes, mais tout de même, & parfois encore à l’assommer de reproches qu’elle avait tous réellement gagnés.
    Bref, son changement d’attitude n’est pas pour lui déplaire.
    Jusqu’au moment où la question se pose. Que s’est-il donc passé ? Comment, pourquoi, oh Cyrielle, vieux débris, dévoile donc à ces enfants toutes les hontes familiales, tous les secrets enterrés, tous les mystères oubliés, voilés de silences & d’absence.

    A moins qu’avant, il soit nécessaire qu’elle-même en défasse tous les nœuds.

    « Damoiselle… Elle se racle la gorge, & se pare d’un air désintéressé. Si j’avais un demi-frère, rassurez-vous que je l’saurais. »

    Ses bonnes résolutions pour parler d’un langage recherché s’effritent un peu plus à chaque secondes. Pourtant, lorsqu’on sait quel genre de gus elle est prête à servir, on pourrait affirmer que cette petite peste là ne pourrait en aucun cas venir à bout de ses nerfs.
    Certes. Mais la donne change un tantinet quand on parle de la famille.
    En soit, oui, Cyrielle a des élans d’éducation qui lui reviennent en mémoire.

    « Primo, ma doucette, quand on a ton âge, on laisse les grands affirmer, & on s’contente de supposer. Marie est ma sœur cadette, tout autant Quentin est ton demi-frère… T’trouves ça plus facile d’accepter une putain qu’une vilaine ?
    Secundo poupée, l’horreur en question est bien assez âgée pour te foutre une sale raclée & t’obliger à t’excuser pour tes mauvaises manières.
    Tercio… »


    Là, l’infâme se teinte d’un sourire délicat, glissant sur le siège à côté d’Isaure, passant son bras autour de ses épaules, s’amusant même à caresser d’un doigt le haut du ventre de la demoiselle.

    « J’disais, tercio, j’ai beau être ta tante, t’as beau être enceinte & friquée, j’ai pas autant d’patience, d’compassion, ou même d’raison qu’on peut l’croire. Et d’appuyer, insistante, son doigt sur le ventre recouvert des épais tissus. Isaure Beaumont... Isaure, c’est bien ça ? Oui, & bien, Isaure Beaumont, vous avez tout intérêt à vous excuser, à baisser la tête & à vous la fermer joliment si vous voulez pas qu’la vieille tante vous rééduque bien comme il faut. »

    Là, elle se tait enfin & reprend sa place, croisant les bras.
    Si son laïus est terminé, elle n’en reste pas moins frustrée. En d’autres circonstances, ce n’est pas à coups de réprimandes qu’elle aurait inculqué ses cours, mais plutôt à coups de couteau.
    Mais enfin, même pour la Fauve, il semble impensable d’abîmer plus que de raison une nièce… enceinte, qui plus est.

    « Alors j’commence par où ? »

_________________
See the RP information
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)