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[RP] Du haut des remparts...

Adess
Les amis sont là comme un rempart solide et infaillible contre les démons de la vie.

-Sir William Sidney Smith



Assis sur la muraille, Adess observait le temps s'écouler, insensiblement, comme s'il avait décidé de ralentir sa course, depuis quelques temps effrénée ; comme s'il se délectait de la souffrance du brun.
Le temps est un poison... Soyez heureux et il s'écoulera si vite que vous n'aurez point l'aubaine de saisir l'instant ; soyez alangui, abattu par un amour perdu et il se montrera sans plus de pitié. Il s'étirera perfidement en un fuligineux brouillard, vous empêchant de contempler les feuilles mordorées de la fin de l'automne ; ne vous laissant qu'un amer goût de cendre en bouche lorsque vous buvez, cherchant l'ivresse ; vous interdisant même de trouver le repos alors que vous êtes accablé.
Le temps est l'ennemi de l'amour et de la haine, de la joie et de la peine, le temps est une matérialité néfaste, impitoyable et inéluctable. Le temps est un poison...

Tristes joyeusetés ainsi songées, ressassées, appréciées et détestées, les pensées se bousculaient dans la tête du jeune homme. Il savait néanmoins qu'il ne faisait jamais bon se perdre ainsi dans de telles méditations car l'esprit a vite fait de s'égarer dans de pernicieuses sinuosités, de meurtrières circonvolutions. Il s'arrêta donc de penser, un instant durant, et contempla le paysage, l'air éreinté. Ses traits étaient tirés, ses joues, creusées par le soucis et la faim. Son corps, affaibli, était pris de légers tremblements inhérents à la froidure presqu'hivernale.
Une panne de brume nimbait les alentours, ornant la cime des arbres bordant l'Oudon, plongeant le décor dans une écrasante atmosphère. Il n'y avait nul bruit. Nul oiseau chantant d'envoutantes mélodies, nul bruissement de feuilles et nul signe d'agitation en son village. Il était tôt... Et c'était Craon. Craon qui fût, l'espace de quelques jours, animée par une feste, par un défilé de Grandes Gens, par son amour partagé avec la Belle, était maintenant d'un calme funeste, sépulcral.

Adess poussa un soupir, long et douloureux. Qu'il était las ! Au moins, lorsqu'il était pris par ses obligations de maire, il pouvait oublier ; au moins, lorsqu'il discutait avec Catterine, il pouvait faire semblant... Ici, sur les remparts, il était seul face à lui-même, face à son ennui, à la langueur qui le tiraillait jour et nuit.
Catterine


* Le véritable ami est celui qui est à nos côtés alors qu'il préférerait être n'importe où sauf là. - Len Wein

Comme souvent en taverne, une fois de plus Adess et Catterine avaient su partager leurs émois et leurs silences, leurs rires et leur lassitude commune.
Lassitude pour différentes raisons mais l'ambiance des plus mortuaires du village ajoutait à ce sentiment d'être reculé du monde, autant pour lui que pour elle.
La brune, encore une fois, voyait se profiler devant elle, un départ prochain. Définitif.
En attendant elle était restée et ses raisons étaient bien différentes d'avant car c'était pour un ami, le seul qui ait réellement été là pour elle quand elle en eut besoin. Vraiment besoin.
Avant, elle aurait pu demander l'aide de Tom mais celui-ci devait être surement très loin et surtout bien loin de sa vie, avec sa vie à lui qu'il avait choisie loin d'elle malgré des adieux déchirants.
Toujours est-il que par une fraiche matinée d'automne, la brume, venant de l'Oudon, humide et insidieuse couvrait encore en partie les routes et les abords du village.
Son ami, Adess, également maire actuel de la bourgade n'avait guère d'entrain ; elle le voyait chaque jour s'amoindrir un peu plus.
La brune lui avait conseillé un remède qu'elle lui apporterait et c'est dans ce but qu'elle parcourait ce matin-même les ruelles terreuses de Craon.

Arrivant près d'une poterne, elle alla se renseigner auprès d'un garde pour lui demander où trouver le brun, information qu'elle ne tarda pas à avoir après que celui-ci ait demandé confirmation à son collègue au-dessus de lui, juché sur le rempart.
Il lui avait indiqué un escalier à regagner après avoir longé le mur intérieur de l'enceinte, criant tout de même dans le dos de la brune déjà en route que la muraille n'était pas faite pour les dames et dangereuse.
Elle y répondit d'un geste vague de la main levée pour signifier qu'elle l'avait entendu mais qu'elle ne l'écouterait pas, continuant son chemin pour rejoindre ledit escalier.
Une fois au pied de celui-ci elle releva la tête pour voir si elle apercevait la silhouette connue de son ami et elle crut bien le reconnaitre bien qu'encarapaçonné, il sembla différent.
Relevant d'une main le bas de ses jupes pour entamer l'ascension, c'est peut-être à ce moment-là qu'elle se rendit compte qu'elle n'aimait guère les hauteurs mais puisqu'elle était arrivée jusqu'ici, elle continua, petit panier d'osier au bras, faisant appel à sa fierté et ne point défaillir comme l'une de ces dames fragiles.
Évitant de regarder en bas, elle garda la tête haute pour préciser à l'homme qui venait lui demander la raison de sa présence, qu'elle venait voir le maire.
L'homme la regarda d'un air peu avenant, les hommes n'aimaient jamais qu'une femme se pointent sur les lieux de leur domaine de prédilection puis, hésitant, alla trouver le maire pour lui signifier la présence de la brune…

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Adess
Le jeune homme fixait toujours la nappe de brouillard qui s'étendait devant lui, recouvrant le paysage d'un blanc et lourd manteau. Parfois, certaines formes, fugaces et éthérées lui apparaissaient. Ici, un jeune visage. Là, une main douce et délicate...
Il secoua vivement la tête. Qu'il puisse se laisser tromper ainsi par son esprit, qu'il puisse accepter de se faire du mal, de subir telle torture, cela le rendait fou. Il s'en voulait d'être si faible, si sot. Elle n'était plus là, il fallait qu'il s'y fasse... Y penser n'y changerait rien, cela ne faisait que raviver l'élancement qu'il ressentait en son cœur.

Accoudé au parapet, Adess soupira longuement. La lassitude était sa compagne depuis de trop nombreuses journées, de trop nombreuses nuitées... Il était même las d'être las.
Soudain, il entendit des bruits de pas. Des bottes. Un garde ? Qu'importe. Il resta ainsi, pensif, les épaules voûtées, comme accablées d'un fardeau immatériel.


M'sire l'maire ? Y'a une dam'selle qui vous d'mande... Une brune, ben attrayante...

Ledit maire avait oublié que Catterine avait promis de passer le voir. Trois jours de patrouille l'attendaient encore et la brune, soucieuse de l'état du brun, avait décidé de venir lui apporter le fameux remède qui était censé assister le chef maréchal dans son exercice.
Il ne désirait guère voir du monde, Catterine y compris. Point assez d'ardeur pour discuter ou même sourire... Mais soit, puisqu'elle était là, puisqu'elle était venue pour lui, il ferait un effort. Il se retourna vers le garde, l'observa brièvement et, bien qu'il reconnût l'un de ses camarades de patrouille, il rétorqua d'un ton cassant :


Et alors, Bertin ? Où est-elle ?

Le garde resta coi, dévisageant le jeune brun avec un air ahuri. Il n'était guère habitué à ce qu'il lui parle comme cela. Sans aller jusqu'à dire qu'ils étaient amis, une certaine forme d'entente avait vu le jour entre les deux patrouilleurs. Le fameux Bertin était, d'ordinaire, d'un naturel fougueux, toutefois, devant le maire, il baissa les yeux et fixa son regard sur le bout de ses bottes. Il était conscient que ça n'allait pas fort pour son camarade. Il ne voulait point en rajouter alors il se tût, pendant un instant, puis répondit :


M'sire, j'suis désolé... J'vais la chercher.


Et il partit en trottinant. Le brun, lui, s'approcha de la petite table qui trônait au milieu de la tour qui formait l'angle nord-est de la muraille Craonnaise et s'assit sur l'une des deux chaises installées de part et d'autre du guéridon.
Catterine


Le garde qui avait enfin été délivré son message revint quelques instants plus tard auprès de Catterine pour la mener vers le brun.
Gardant toujours son regard à bonne distance du vide qui était juste là, elle longea le parapet jusqu'à la petite tour et elle retrouva son ami.
Quand elle s'approcha enfin, l'apercevant brièvement avant que le garde ne les laisse, celui-ci semblait encore plus morose que la veille quand il s'étaient vus en taverne.
Tâchant de prendre un peu plus de contenance, essayant d'être forte pour deux dans ces longues journées difficiles pour lui, elle s'approcha alors, posant simplement une main sur l'épaule du brun pour signifier sa présence et
lui dire silencieusement qu'elle était malgré tout là pour lui. Elle lui dit doucement…Bonjour Adess…
Les deux amis se retrouvant seuls en ce village presque inanimé se devaient de se serrer les coudes, chacun essayant d'être là pour soutenir l'autre quand ça n'allait pas et ce fut le moment d'en faire acte.
Elle posa son panier à terre, celui-ci contenant un revigorant ainsi que des plantes séchées dont le parfum était connu pour alléger l'esprit, puis le regarda un instant. Il avait les traits tirés et ce n'était pas seulement par ses responsabilités.
La question fatidique du "comment allez-vous" lui brûlait les lèvres tandis qu'elle le regardait mais elle vit bien qu'elle serait inutile à poser et ne ferait que saper d'avantage le moral du brun déjà assez bas.
S'armant d'un sourire, elle prit de son panier la fameuse préparation de lait de poule promise qu'elle posa sur la petite table.
Elle était très loin d'être infirmière ou même femme de médecine mais connaissait certaines petites choses de ce genre, transmises de mères en filles.
Voilà pour vous mon bon ami. Ce n'est pas grand chose mais cela vous aidera un peu à vous revigorer.
Elle sortit après cela ses fleurs séchées de lavande et autres accompagnatrices parfumées afin d'en faire profiter le "souffrant"…

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Adess
L'air soucieux, le jeune homme songeait à ce qu'il pourrait dire à la brune. Aujourd'hui, il ne se sentait nullement d'humeur à échanger avec elle. Il accepterait sûrement le lait de poule et ensuite, prétextant un quelconque impératif, il lui ferait comprendre qu'il ne souhaitait point la voir...
Non, il ne pouvait pas agir ainsi, comme un vulgaire paltoquet. Après tout, elle venait pour lui, pour le réconforter, le soutenir. Il soupira quelque peu avant de sursauter au contact d'une main posée sur son épaule. Il leva les yeux vers la petite main puis fit courir son regard sur toute la longueur du bras pour enfin fixer le visage de son amie.


Bonjour Adess…

Adess tenta de sourire, en vain. Il se contenta donc de lui adresser un signe de la tête et de lui répondre simplement :

Bonjour Catterine.


Cette dernière déposa un petit panier sur le sol froid de la muraille. Une odeur familière s'en échappait d'ailleurs. Une effluve légère, parfumée, végétale. Il observa la jeune femme, pendant un instant, puis, alors qu'il s'apprêtait à la questionner à propos de la douce fragrance, Catterine se courba et sortit une petite jarre du panier.

Voilà pour vous mon bon ami. Ce n'est pas grand-chose mais cela vous aidera un peu à vous revigorer.

Cette fois, devant la bienveillance de la brune, il ne put se retenir de se fendre d'un petit sourire. Il se saisit délicatement du récipient, ôta le bouchon de bois et licha quelque peu le breuvage avant de le siroter avidement. Au goût, cette boisson était un délice mais le jeune homme doutait sincèrement de son efficacité. Néanmoins, après qu'il eut ingurgité la totalité de cette délicieuse panacée, il sourit à la brune et lâcha :

Si seulement tous les remèdes pouvaient être aussi gouleyants...


Il reposa la cruche sur la table, passa sa langue sur sa lèvre supérieure, où perlaient encore quelques gouttes de l'exquise liqueur, puis posa un regard affable sur son amie. Il eut envie de la remercier mais la senteur qui se dégageait du panier lui titilla à nouveau l'odorat. Il posa son regard sur le panier, puis sur son amie. Celle-ci due comprendre qu'il attendait des explications quant au parfum suave qui embaumait l'air pourtant empli d'une humidité mordante.
Elle extirpa quelques fleurs déshydratées de sa corbeille. Des fleurs violettes, notamment. De la lavande ! Le jeune homme, peu savant, connaissait toutefois cette plante. Ayant habité dans le sud, il avait déjà croisé cette plante d'un violet chatoyant.


Dites-moi, vous n'escomptez tout de même pas me faire mâcher ça, n'est-ce pas ?

La lavande n'avait pas bon goût, il le savait pour avoir tenté, un jour, de s'en nourrir. Il grimaça brièvement et attendit que la brune lui explique ce qu'elle comptait faire avec toutes ces herbes.
Catterine


Il n'avait vraiment pas l'air bien avant de boire le breuvage mais contre attente, elle ne pensais pas qu'il aurait aussi la faculté de le faire sourire.
C'est avec plaisir qu'elle lui rendit le sourire donné simplement, notamment quand il parla des remèdes agréables…

Mais… si ils étaient tous aussi agréables, mon cher, les gens auraient envie de tomber malades plus souvent
Voilà pourquoi ils sont souvent infâmes.

Elle esquissa un sourire à cette évidence en se rappelant elle-même les tisanes qu'elle avait du ingurgiter contre sa pneumonie. Même habituée aux tisanes, celles-ci elle ne les avait pas appréciées.

Mais en ce qui vous concerne, je sais qu'il n'y a nulle comédie à votre mal et un peu de douceur fait toujours du bien au moral.

Puis le voyant observer les plantes séchées qu'elle venait de déposer sur la table, elle ne put empêcher un rire de tinter dans les lieux, à son allusion, l'imaginant en train de mâcher de la lavande.
Non non ! Je vous rassure, elles ne sont pas comestibles. Elle lui sourit pour appuyer ses dires.
En fait, je ne fais que répéter ce que l'on a aussi fait pour moi jadis. La vieille guérisseuse de mon enfance apportait des fleurs séchées pour aider au moral, elle disait que leur parfum aidait à se remettre plus facilement et j'avoue que j'ai toujours apprécié.
Alors aujourd'hui je vous en apporte aussi. Ainsi…
Elle prit une des sommités de lavande qu'elle coupa de sa tige pour la frotter dans ses mains fermées puis de présenter ses mains entrouvertes au visage du brun pour lui faire partager l'odeur décuplée par le procédé…
Ainsi, quand vous sentirez la morosité revenir vous hanter, vous pourrez prendre ceci dans vos mains.

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Adess
En fait, je ne fais que répéter ce que l'on a aussi fait pour moi jadis. La vieille guérisseuse de mon enfance apportait des fleurs séchées pour aider au moral, elle disait que leur parfum aidait à se remettre plus facilement et j'avoue que j'ai toujours apprécié.
Alors aujourd'hui je vous en apporte aussi. Ainsi…


Adess dévisagea la brune pendant quelques instants. Des fleurs pour aider au moral ? Il savait bien que les plantes avaient des propriétés curatives mais de là à ce que leur simple parfum puisse le ragaillardir, le jeune homme en doutait.
Affichant un air perplexe devant les dires de Catterine, il fût d'autant plus dubitatif lorsque celle-ci frictionna quelques têtes de lavande avec ses mains. Et lorsqu'elle les présenta, ouvertes, à quelques centimètres de son visage, le brun eût un léger mouvement de recul... Ça sentait fort !


Ainsi, quand vous sentirez la morosité revenir vous hanter, vous pourrez prendre ceci dans vos mains.

Regard suspicieux en direction des mains et de l'intense senteur. Haussement d'épaules. Humage timide. Re-haussement d'épaules.

Ce n'est pas désagréable mais... Mais je crois que je préfère le lait de poule...

Le jeune homme sourit, brièvement amusé par sa gourmandise, puis respira profondément le parfum de la lavande. Il est vrai que ce n'était pas désagréable...
Catterine


La réaction du brun à la senteur "lavandine" ne se fit pas attendre et elle fut presque étonnée de sa surprise.
Il était vrai que le parfum très fort pouvait avoir quelque chose de surprenant quand on ne s'y attendait pas.
Celui-ci par ailleurs commençait à se dégager dans les lieux et l'humidité ambiante aidait à répandre la "saveur" de ce parfum qui se mêlait aussi à celui des autres plantes qu'elle avait amenées.

Elle lui sourit et sortit de son panier une petite bourse de tissu fermée d'un fin cordon qui embaumait un mélange de jasmin, de lavande et de fleur d'oranger.
Tenez c'est pour vous, dit-elle en lui présentant le petit sac qui attendait d'être attrapé.
Quant au lait de poule, je pourrai vous en apporter demain si vous le souhaitez

Elle posa un instant sa main sur le bras de son ami, avec une expression compatissante puis se leva doucement.
Je ne voudrai pas vous déranger trop longtemps et j'imagine que vous avez du travail…

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Adess
Les effluves intenses de la lavande lui rappelèrent le Sud. Le soleil, les odeurs, le pain de son père... Il soupira, quelque peu nostalgique du "bon vieux temps". Ici, il faisait froid et humide, les gens étaient curieux et il n'y avait de pain aussi bon que celui de son père... maintenant que Guénaella était partie, tout du moins.

Lorsque Catterine lui tendit une petite bourse, il la scruta quelques instants avant de s'en saisir et de la porter à son nez. Il respira le parfum qui s'en dégageait. Plus doux. Plus fruité. Plus entêtant.
Il tâcha de trouver à quelles plantes appartenait cette senteur complexe. Il reconnut la lavande, bien sûr, mais sa fragrance était perdue entre d'autres.


Quant au lait de poule, je pourrais vous en apporter demain si vous le souhaitez.


Adess sourit légèrement et acquiesça silencieusement. Évidemment qu'il le souhaitait ! Du bon lait de poule... Et puis, depuis quelques jours, la nourriture n'arrivait plus à se frayer un chemin jusqu'à son estomac. Quelque part, entre sa bouche et son ventre, une étrange force refusait qu'il avale quoi que ce soit. Toutefois, visiblement, le breuvage faisait exception.
Il ne pourrait pas s'en repaitre ad vitam aeternam, évidemment, néanmoins pour le moment, ce remède lui était vital. Mais cela, il se retint de le dire à la brune.

Cette dernière, justement, posa délicatement sa main sur le bras du brun et se leva.

Je ne voudrais pas vous déranger trop longtemps et j'imagine que vous avez du travail…


Même s'il était reconnaissant envers son amie d'être passée, il ne souhaitait point la retenir. La mélancolie, cette faiblesse qui le tourmentait depuis de longs jours, était la seule chose qui le reliait encore à elle, la blonde. Il s'en voulait d'être si faible mais il ne pouvait se lasser de penser à elle, de voir son doux visage dans les langues de brume qui se détachaient sur l'horizon bleu pâle du ciel hivernal, de l'imaginer se promenant à ses côtés, les doigts amoureusement entrelacés... Même si la solitude lui pesait, il en avait besoin.
Il sourit timidement à la jeune femme et lui répondit :


Soit, il est vrai que j'ai à faire... Merci d'être passée, Catterine.
Catterine


Adess était soucieux, elle le voyait dans son regard, dans ses traits et dans son silence.
La présence de la brune était à la fois une punition et une bénédiction mais il le lui avait dit, ne souhaitait pas qu'elle parte.
Alors elle le soutenait comme elle pouvait malgré son sentiment d'impuissance.
Debout à côté du brun, elle lui fit le meilleur sourire possible qu'elle puisse en dépit de son inquiétude pour lui.
Il avait les traits tirés et semblait aussi avoir minci. Elle aurait aimé faire plus pour lui mais quoi ?
La blonde responsable de cette mélancolie dont il semblait atteint ne voulait rien entendre et semblait persuadée de faits pourtant irréels.
En passant derrière lui, une main sur l'épaule dans un geste amical, elle laissa le souffle d'un léger soupir passer ses lèvres presque closes.
Elle aurait voulu ajouter quelque chose mais aucun mot n'était suffisant alors après avoir ramasser son panier qu'elle raccrocha à son bras,
elle jeta un dernier regard à son ami avant de le quitter, reprenant le chemin en sens inverse, comme le passage d'une ombre qui déjà s'évaporait.

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Adess
Quelques temps après, à l'heure où les armées Royalistes menacent Craon.

Le jeune homme, les yeux dans le vague, observait la masse informe qui se dressait devant les remparts. Des soldats. La plupart en armures rutilantes. Les autres, fagotés de maille ou de cuir. Plaques, maille ou cuir, de toute manière, cela ne ferait pas grande différence pour Craon. Ni pour lui d'ailleurs.
Il soupira paresseusement et se laissa tomber sur la chaise qui trônait en plein milieu du chemin de ronde.


M'Sieur Adess ?

Le brun tourna le regard vers son comparse, sourire aux lèvres.

Bertin, mon vieux loup ! Que fais-tu là ? Je te croyais chez toi à trembler de peur...

Le balafré éclata d'un rire tonitruant qui résonna dans le village assoupi. Le calme qui régnait depuis de nombreuses journées, ainsi brisé par le rire nerveux mais bienfaiteur de son ami, apporta un peu de réconfort au brun. Craon tomberait sûrement mais au moins, un rire aurait retenti avant la fin. Et de voir ainsi le soldat se gausser de la peur qui devait tout de même le tenailler, de le voir ainsi se tenir les côtes de sa senestre et se taper la cuisse de sa dextre, Adess se joignit à son camarade, dans son fou rire.
Puis, après une bonne minute de ce rire puissant, Bertin se redressa, dévisagea son ami, lui fit un clin d’œil malicieux et rétorqua :


Pour sûr qu'j'suis là et j'compte ben y rester ! Vous n'pensiez pas qu'j'allais laisser une bleusaille comme vous toute seule, hein ? Craon s'rait dans d'beaux draps 'vec vous seul pour la défendre...


Défendre, quelle drôle d'idée ! Non, le brun n'était pas là pour ça. Ni pour défendre, ni pour se battre. Il était là pour songer une dernière fois. Songer à quoi ? À tout. À rien. À elle. À eux.
Il pensait à son arrivée en ce lieu étrange qu'était l'Anjou. Il pensait à ses premiers mois, à passer furtivement en la mairie pour pouvoir aider. Il pensait à la première fois où ils avaient discuté.
Sa poitrine se gonfla, son cœur se serra et un long et douloureux soupir s'échappa de ses lèvres.

Dis, Bertin... Qu'est-ce que tu penses de tout cela ?

Le gaillard scruta le brun, l'air incrédule.

Tout ça ?

Oui, la guerre, l'Anjou, Craon...


Bertin grogna quelque peu et, sautillant sur place, l'air visiblement gêné, répondit à Adess :

V'savez, j'suis qu'soldat moi... On m'dit défendre, j'défends. Et pis, la guerre, j'suis pour ! Rien d'mieux qu'une bonne castagne !


Cependant, il soupira brièvement avant de reprendre :

Mais bon, Craon... J'regrette. C'est qu'une p'tite ville sans problème. Y'a d'bonnes gens qu'habitent ici.
Et vous ? Z'en pensez quoi ?


Ce fût au tour du brun de soupirer. Il détendit ses jambes, gratta la barbe naissante qui grignotait son visage émacié, et dit :


Je n'en sais rien... Je crois que j'ai été aveuglé. J'ai cru que l'Anjou était ma nouvelle patrie, Craon, ma nouvelle maison. Mais je pense que j'étais simplement heureux de l'avoir rencontrée...
En fin de compte, l'Anjou est un curieux endroit. Les gens ont tous cette singulière folie qui fait d'eux des gens attachants mais aussi diablement compliqués à comprendre. Et puis, il y a aussi l'amour, qui n'a pas un sens très certain.

C'est un drôle de Duché.... Je ne suis pas sûr d'être fait pour y vivre. Trop sérieux.


Fugace, un sourire se dessina sur les lèvres du brun. Sérieux, il l'était trop, pour sûr. C'est bien ce qu'on lui reprochait souvent.


Z'allez partir, pas vrai ?


Le jeune homme se leva doucement, s'approcha de son ami, posa une main sur l'une de ses épaules et murmura :


Je n'en sais rien...


Puis il tourna les talons, laissant la muraille et le patrouilleur derrière lui.
Catterine


A l'aube, comme elle l'avait (pré)dit dans sa missive de la veille, elle arriva en vue des hautes poternes de la ville encerclées des remparts.
Ceux-ci se dressaient, hauts et solides, gris parmi les brumes matinales charriées par l'Oudon alors que la route qu'elle quittait peu à peu pour le confort des ruelles de la ville étaient encore couvertes de neiges.
Ses pieds étaient gelés d'avoir marché toute la nuit dans la poudreuse mais la missive qu'elle avait reçu l'avant-vielle venant de son ami l'avait inquiété au plus haut point.
Ainsi, elle avait acheté à la hâte quelques vivres sur le marché de Laval avant de prendre la route pour retrouver le village qu'elle pensait avoir quitté définitivement.
Durant sa route, la brune avait vu son pigeon lui revenir chargé d'un nouveau message assez brouillon venant du brun lui interdisant de revenir mais la distance parcourue était déjà des plus entamées et
elle ne souhaitait pas le laisser tomber alors qu'il lui avait dit ces mots des plus alarmants.
Ainsi, les lourdes portes de bois se dressaient devant elle, closes et elle fit un geste d'en bas aux gardes juchés au dessus d'elle, sa parole n'étant toujours pas revenue.
Le garde auquel elle faisait signe ne semblait pas la voir, occupé à rêvasser en regardant l'horizon et elle râlait intérieurement de sa présente infirmité.
Ne trouvant pas mieux, elle prit un caillou qu'elle lança sur le roche du rempart, en dessous du garde qui eut enfin une réaction assez surprise.


Hey ! Qui va là ?! Hurla-t-il de sa hauteur à la petite brune.
Celle-ci évidemment, maugréa pour elle-même de ne pouvoir lui répondre et lui fit un signe, en tenant sa gorge de sa main et tournant la tête à la négative, qu'elle ne pouvait pas parler.
Etait-ce un garde qu'elle avait déjà vu en rendant plus tôt visite à Adess ? Peut-être puisqu'il sembla la regarder d'un air curieux comme si il la reconnaissait.
Elle le vit alors descendre de son parapet un instant, il disparut pour ensuite réapparaître derrière le judas qui s'ouvrit de la porte.
Il lui sembla également reconnaître l'homme et celui-ci lui fit signe d'approcher.


Ah, c'est vous ?! Comment z'êtes rev'nue ici par les temps qui courent ? Z'êtes pas folle ?! Entrez donc !

Il fit signe à ses collègues d'ouvrir la porte et elle put entrer de nouveau en Craon "la calme" qui ne devait plus trop l'être. Le garde la regarda un peu surpris ; la dernière fois qu'elle l'avait vu, elle avait encore usage de la parole.


Vous est arrivé quoi ? Questionna-t-il, mais elle soupira simplement et haussa les épaules.
Il hocha la tête et fit refermer les portes derrière elle, la laissant s'enfoncer vers le centre du village

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