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[RP] Dans le doute, (Gas)cogne plus fort.

Morelius
Ils approchaient de Dax et au fur et à mesure qu'ils s'avançaient entre les halliers déshabillés par l'hiver, repère rêvé pour quiconque administre au moyen d'un coutel les derniers sacrements, Morelius eut la nette impression qu'on leur emboîtait le pas. Du moins les épiait-on, de cela il était sûr. Transpercé par le regard glacial d'une Gorgone eût été plus proche de la vérité, malgré la brusque tombée du brouillard sur la route Béarn-Gascogne. Il n'entendait plus les trilles enchanteurs des corbeaux perchés sur les hauteurs, la brise s'était tue. Comme saisi d'effroi, le temps ne volait plus.

Un silence angoissant, une vacuité pesante, la mort en personne claquait des dents de froid et craignait sa propre ombre.

Puis il y eut soudain dans l'invisible, un cri déchirant qu'avait précédé un curieux air de flûte. Curieux autant que familier, mais du diable si le spadassin se souvenait en quelle occasion... Puis ce cri derechef. Et quel cri, mes aïeux ! À vous fendre l'âme. Un cri qui traduisait toute la souffrance, tout le désespoir, toute la détresse du monde ; un hurlement de bête sauvage à l'agonie qui évoquait le Gévaudan, l'Ardèche et ses landes maudites, l'auberge des assassins, et ce genre de légende à vous faire venir du poil de sanglier sur l'échine tandis que vous parvient du fond des bois la lancinante mélopée d'une vielle à roue.

Un sanglier ? Mais oui, c'était cela, le cri : un solitaire, juste là-devant, à vingt queues de renard, dans le lacet, couché sur le flanc droit, aux pieds d'un cairn de pierres qui balisait la fourche, et sur lequel une main anonyme avait jadis buriné une Patte d'Oie, la griffe, le logo des premiers bâtisseurs, du temps que l'intelligence habitait encore avec les hommes et qu'ils savaient tirer le miel du rocher, juste avant que la lune n'apparaisse et les crétinise.

Le mercenaire aux blancs cheveux approcha de l'animal. Il était blessé à la gorge, une plaie béante qui coulait le sang gros comme le poing. On eût dit l’œuvre d'une lance qu'on avait enfoncé à dessein jusques à l'ardillon, tourné, vrillé, puis arraché d'un coup sec avec les lambeaux de chair vive qui s'étaient mis après. Une vilenie, un travail de félon, un fait de basse douve.


- Mmmfff, ourf, wharff... Providence nous offre là le repas du soir. Qu'en dis-tu, marquise ?
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Theolenn
- J'en dis que …

Theolenn ne met pas pied à terre comme l'aubaine semble l'y inviter. Les cadeaux de la destinée, elle n'y croit pas trop. Ils ont eu beau passer un long séjour plus que tranquille à Orthez, l'ex-poitevine ne s'en laisserait pas conter par une chance aussi évidente. Et puis la maladie de vieillesse ne l'avait point encore frappée en cervelle. Toute sa mémoire en alerte rouge clignotait en désopilants warnings, lui rappelant les événements précédents, étranges jalons d'un chemin piégé de rencontres peu fortuites, sauvages et sportives s'il en fut, et toutes conduisant à référer son jugement à la prudence la plus élémentaire.

- Providence n'a pas de lance ...chuchote la Pompe-à-doutes dont le cheval arrive à la hauteur du spadassin alléché par cette pitance encore chaude et vibrante. On eut presque pu voir l'âme de l'animal s'échapper tant son heure était proche.

Les yeux parcourant le brouillard sans que nul mouvement de tête ne puisse la trahir, Theolenn touche du doigt, en saccades muettes, le petit arc en bandoulière qui ne la quitte plus depuis l'invitation d'une sorcière par trop conviviale. Puis, avec le même index, sans bouger le bras le moins du monde, elle montre une masse vaporeuse suspecte, où l'air semble avoir été brassé récemment. C'est à quelques dizaines de mètres à peine de leur point d’arrêt et Morelius comprend à présent ce qui trouble sa compagne et lui intime le besoin de se méfier.


- Par pitié quémande t-elle dans un souffle, les oreilles mortifiées par le râle implorant d'un seigneur de la forêt - abrège l'agonie de cette bête, nulle créature ne mérite une telle souffrance...

Reprenant ses rênes d'une main aussi souple que ferme, une pression subtile sur les flancs de Pégase, elle s'éloigne et s'enfonce à son tour dans le voile de brume, prenant toutefois la direction inverse de celle indiquée quelques instants plus tôt, avec pour seul dessein l'urgence d'un guet d'une absolue nécessité. Mentalement elle compte déjà ses munitions, et tandis que son coeur se blinde dans l'éventualité d'une solution irréversible, elle vide son esprit de tout obstacle susceptible de brouiller sa perception... et surtout celui qui dit qu'avec de la confiture d'airelles, le sanglier c'est ...

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Morelius
- Ce que femme veult...

Morélius sortit rapidement sa dague et d'un coup précis et vif acheva l'animal. Et dans un ultime effort pour rassembler son souffle, le brun seigneur des bois à la si fière hure lâcha un joli grognement composé de trois lettres qui ressemblait fort à un indice de quête. Lorsque, plus avant du récit, nous saurons quelle faction vous envoie, lecteur, alors peut-être apprendrez-vous ce qu'hoqueta la bête. Pour lors, monsieur l'ami, patientez, soyez complice, de le savoir si tôt gâcherait votre envie. Un secret est un secret, cochon qui s'en dédie.

Ainsi mourut le Solitaire des bois de Dax. Les chênes le pleurèrent, le Cerf brama longtemps. De son sang mêlé de terre naquit un champignon aux étranges vertus qui, mêlé à a blanche Aubépine, tient le flambeau au Sol et conduit vers les étoiles, présidant au destin des premiers fils de l'Aube... mais ceci est une autre histoire, revenons à la notre.

Pour Morelius qu'importait la mort ? Chanter, vivre et mourir, le temps d'un songe. Le meilleur à la fin ; le dessert, la cerise sur le gâteau. Mais sentant sa compagne en grande inquiétude, Morelius détacha rapidement un cuissot du noble animal et l'enfourna dans le sac qui pendait à la selle de sa monture. Qui dans ces bois pourrait-bien lui contester ce morceau de choix ?

Seul le silence répondit et resserra son étreinte. L'endroit était malsain, surtout que la purée de pois avait gagné en opacité. Le blanc-chevelu fit signe à Theolenn et résolut de prendre à gauche et de hâter le pas, non sans avoir jeté auparavant sa vieille veste par-dessus les bosquets, sur l'autre voie, pour dérouter les éventuels sicaires à leur trousses. Une ruse qu'il tenait de Boulalamain, le petit casseur de vitres de Varsovie qui ne devait plus porter la barboteuse à présent.

Le subterfuge dut fonctionner, sans doute, car rien ne se passa. Une demi-heure plus tard les voyageurs atteignirent les faubourgs de Dax. D'une bâtisse en pierres équarries couleur de cendre, sortit un homme qui clopinait et s'aidait d'une canne en bois de noisetier, à tout le moins une ébauche, car c'était un petit être tout dégingandé qui avait le pied bot et une main palmée, la barbichette à moitié grillotée, et en guise de crâne, un patatoïde de révolution, trace indélébile de sa tragique venue au monde. Une vraie tête de meneux de loups, quoi...


- Holà, du chemin, les péquelets, là, que venez-vous errer per là ? lâcha l'homme d'un ton un peu bourru.
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Theolenn
Il est des moments dans la vie où il faut savoir donner de soi sans prétention et sans a-priori. C'était un moment qui répondait à toutes ces conditions et Theolenn en prit son parti.
A forger sa trace dans de si nombreux sentiers de traverse, à rencontrer des êtres dont la première image n'était pas toujours très flatteuse, à force de côtoyer la diversité d'un monde qui ne cessait de l'étonner, la voyageuse avait acquis quelques règles de courtoisie qu'elle s’efforçait tant bien que mal d'appliquer au cas par cas. La première de celles-ci était l'effort de s'exprimer en la langue du pays avec les autochtones, du moins autant que faire se pouvait...

Elle chercha donc dans sa mémoire très ancienne, quelques bribes de ce patois gascon qu'un capitaine irlandais lui avait enseigné entre deux pintes, dans le port de Bayonne un soir de déprime.
S’adressant au petit homme, l'espoir naquit néanmoins que sa demande soit entendue dans ce qu'elle avait de plus sincère, malgré la maladresse d'un discours piteusement ânonné...

Raclement de gorge et gonflement de poumons, c'est telle une cornemuse qu'elle lâcha l'air contenu, transformant en sons étranges le message qui se voulait délivrance :

- Bénte ahamiat ne counech pas ley. *... Qu'èt le mi ahide ! **

Aucune réaction déchiffrable ne vint s'inscrire sur la face impassible de l'homme à la canne. Montrant d'un geste hésitant un Morelius qui ouvrait de grands yeux ronds :
- Qu'èt tout amarat de hangue coum un porc *** lança alors l'intrépide qui voyait là une invitation tacite à poursuivre son œuvre.

Peut-être un léger rictus déforma-t-il le coin gauche des lèvres épaisses et à moitié ensevelies par la barbe disparate du gnome ? De toutes les façons, qu'avait-elle encore à perdre, l'histoire était amorcée, il fallait aller jusqu'au bout de l'audace.

- Le pailhe s'arragéùe **** hasarda celle qui commençait tout de même à douter de l'effet de la tâche entreprise.

Mais cette fois elle aurait juré qu'il avait saisi ! Une lueur brève avait éclairé son regard et dans ses prunelles marron, comme de la bienveillance semblait poindre à l'horizon. Courage ! La victoire s'annonçait, et il ne fallait pas la laisser s'échapper dans un moment aussi propice au rapprochement inter-populationnel!

- Qu'a yours soum p'arrayats aquéts calhaùs... *****

Et sans plus attendre de réaction, elle enchaîna pleine d'entrain et d'assurance :
- La bécade descé dou céu ******... Que caù ha bara le broche ! *******

C'est alors que naquit le bruit du tonnerre.
La foudre et ses sbires n'auraient pas pu rivaliser avec les roulements qui se firent entendre jusqu'aux confins de la forêt et plus loin encore. Ce fut un déferlement de vagues, un ensevelissement total de la quiétude qui régnait habituellement en ces contrées solitaires et secrètes où seul le loup chassant en meute peut se permettre tel raffut.
Le nain riait !

Et dans ce rire incroyable s’emboîta bientôt un autre, plus discret quoiqu'aussi volontaire, Morelius faisait chorus et ma foi, le duo masculin était loin d'être mauvais !!!

Theolenn statufiée attendit, hésitant encore entre un rôle de diva pour partition hilarante et la honte qui semblait toute prête à l'envahir à la seconde.
Comme il fallait la jouer fine et que la faim était meilleure conseillère que l’ego, elle trilla de concert et s'autorisa même quelques trémolos mal ajustés.

Enfin le calme reprit-il un peu de terrain et c'est d'une voix nettement moins hostile que l'homme à la tête potagère demanda...

- Se pourrait-il que vous cherchiez un lavoir qui fasse aussi rôtisserie et chambre d'hôte, Dame Jacasse ?

Puis lissant sa barbe ou ce qui en faisait office, Archimboldo en personne ajouta  en souriant sur des dents en surnombre :
- Je m'appelle Merlin, j'acte dans la boulange, entr'autres, et j'ai une grange pleine de foin qu'Eole lui-même épargne à chaque soufflée... si ça vous tente pour quelques nuitées...

- Puis vous me narrerez c'qui vous amène dans pareille contrée, j'aime les histoires qui chantent, j'parie qu'vous savez les raconter...

...et son œil malicieux glissa sur le spadassin dont le cuissot de sanglier commençait à teinter le sac de maraude.


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* Ventre affamé n'a pas d'oreille.
** Vous êtes mon espoir.
*** Il est trempé de boue comme un porc.
**** La paille était chaude.
***** Il y a belle lurette que ces cailloux ne se sont pas chauffés au soleil.
****** La bécasse descend du ciel.
******* Faire tourner la broche.

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Morelius
Il s'installèrent donc pour un temps dans la masure du curieux personnage, car la paille y était fraiche et les voyageurs fourbus.

Raconter une histoire, pour Morelius, c’était forcement se coller dans des situations fausses. Bien sûr qu'il avait vécu de vraies histoires, mais il allait sans dire qu'il ne pouvait les raconter. Il avait été mouillé dans trop de sales combines, était muselé par trop de forfaits, était lié par trop de complicités criminelles pour laisser courir des bruits pareils. Il en allait de sa vie. D’un autre côté, il ne pouvait pas nier qu'il avait des histoires… alors il brodait et transformait ses souvenirs sans vergogner:


Vous voulez une histoire ? Et bien... l’autre soir, à Orthez, je rentrais d’une débauche pré-nocturne. Je venais de me pointer à l'auberge qui nous servait de demeure, l’air faraud, l’haleine fleurie et la braguette encore humide, quand ma dame Theolenn ci-présente fut prise d'une subite envie d'aller voir la mer... séance tenante. Nous sellâmes donc illico nos deux chevaux, Labyrinthe et Choux-fleurs, ainsi surnommés l'un à cause de son caractère tortueux et l'autre à cause des pavillons auriculaires hors du commun qui encadrent sa trogne, et quittâmes Orthez à la nuit tombante.

Il vous faut à ce point, Quasimodo mon ami, engranger en votre remembrance un détail d’importance. Choux-fleur est un hongre. Labyrinthe, une jument, qui ne trouva rien de mieux que de faire ses chaleurs en ce jour. Ainsi me direz-vous, quelle importance puisque le hongre n’est pas en mesure d’honorer la chaude, ni la croupe lui mignonner. Ce à quoi, je vous répondrais certes, mais vous savez que femelle en chaleur, est nerveuse, imprévisible et donc intenable. Je pestais donc de ce fâcheux, que la grande jument de Theolenn ne manquerait pas, en nous gâchant la nuit de ses hennissements et autres piaffes qui accompagnent en général ce genre périodes.

Pourtant, Merlin mon ami, cuidez que cette situation nous sauva la vie et que je n’en remercierai jamais assez les enfers lunaires même avec cent jours de Sabbat, que cette bonne Labyrinthe aie en ce jour de l’An de grâce 1461, la bonne idée de se mettre en situation intéressante. Ainsi, dès que nous nous disposâmes après nous estre restauré à rejoindre nos couches de fortune, nous décidâmes que chacun monterait son tour de garde de manière à ce que l'autre puisse se requinquer d’un sommeil réparateur après cette soirée, somme toute assez éprouvante, puisque ayant parcouru plus de dix lieues d’une seule traite.

Je décidais donc de monter le premier tour de garde avec relève après quatre heures. Ainsi donc, l’œil aux aguets, je pris ma garde auprès du feu veillant sur le sommeil de ma dame et la sûreté de nos biens. Labyrinthe était nerveuse, mais au vue de sa situation, point ne m ‘en inquiétais. Mon propre cheval me paraissait calme, aussi tout était on ne peut plus rassurant. Les quatre heures que durèrent ma garde, passèrent relativement rapidement et ce, sans que la fatigue me fasse violence. Je réveillais donc Theolenn afin qu’elle assure son tour. Tel qu’il convient à une aventurière de sa race, elle ne me sembla ne dormir que d’un œil , car à peine son épaule touchée, qu’elle me brandit sous le gargamel un poignard qui me fit une peur telle que je crus qu’elle allait m’égorger. Remis de mes émotions, de bonne grâce je l’assurais que point rigueurs ne lui tenais, quoi que ne fendant pas l’air assez, la peur m’ayant presque fait souiller mes hauts de chausses.

Je pus donc m’octroyer, du moins le pensais-je, quatre heures de repos. Soudain, au milieu de la nuit... hmmm... il fait soif, ne trouvez-vous point ? Pourquoi ne sortiriez-vous pas un cordial de la région, ami gascon ?

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Theolenn
Theolenn, installée sur le bord de la grande cheminée, pilier principal de la masure dacquoise, touille. La grande cuillère en bois dont sa main est armée, sculptée par une main artiste, est plongée dans une grande marmite d'où s'échappe un doux gargouillis à l'odeur alléchante. C'est qu'elle renferme la spécialité du pays et ça mérite tout son respect !
L'homme aux trois-pouces-de-jambes-et-le-trou-du-cul-tout-de-suite les a prévenus, la garbure est fameuse mais il n'y en aura pas assez pour en faire un repas unique pour trois personnes, surtout si deux d'entr'elles semblent être dotées d'un appétit d'ogre en goguette. C'est pourquoi, de bonne grâce, comme on entrerait en religion, s'est-elle laissée enrôlée en "cuisine"...
Car juste à côté du ragoût gascon qui mijote, il y a la broche, et sur la broche le cuissot de sanglier qui grille à petits crépitements joyeux, mouillé régulièrement de sa propre graisse, et avec le plus grand soin, par l'apprentie-commis. Les deux hommes, eux, sont assis dans des fauteuils rapiécés d'où la paille se laisse deviner aux coutures, face à l'âtre, donc face à elle aussi. Deux hommes si différents de taille que l'un se perd dans les méandres de tissu quand l'autre déborde et ne sait où ranger ses grandes quilles. Theolenn touille donc en réprimant quelque peu ses réactions, c'est qu'elle a la mimique spontanée la marquise, et qu'au récit de Morelius, bien que sachant pertinemment que c'est pure invention, elle s'y laisserait presque prendre. Mais l'hôte a l'air totalement conquis, comme toujours quand son gredin raconte, et ne remarque rien des simagrées qui ponctuent régulièrement les traits de la « dame » quand un détail croustille plus qu'il ne le faudrait. Ce n'est pas la première fois qu'elle assiste à la supercherie du narrateur mais qu'importe, l'histoire l'intrigue, elle est curieuse de connaître la suite. Et puis quand bien même, dans tout mensonge se cache une part de vérité plus ou moins bien tapie. Le nom des chevaux, par exemple, est suffisamment significatif. Labyrinthique est le plus souvent le raisonnement de Theolenn, quant aux oreilles du blanc chevelu, c'est rien de dire qu'elles n'entendent que ce qu'elles veulent bien !

Theolenn en est là de ses touilleries aussi neuronales que culinaires, quand l'assoiffé exprime son désir de s'humidifier le gosier d'un baume local.


- Par la corne du bouc-ami, il est grand temps de chasser le brouillard !... clame l'hôtelier emballé.
- Il n'y a aucun risque de se ronger le cul à la vinaigrette avec un tel conteur à ses côtés ! Femme... deux gobelets aussi vite que tes mains sont habiles !!!

Theolenn s'étrangle à moitié. Heureusement que le rustre a eu le temps de reprendre ses esprits avant qu'elle n'ait repris son air car il ajoute, les joues plus empourprées que celles d'une jouvencelle à ses premières ripailles...
- Oh … pardon, dame, je suis … je me suis laissé … et d'un bond il est à ses pieds, agenouillé, tête basse et mains jointes en signe de rédemption sincère.

La belle est calmée aussitôt par cette vision aussi grotesque qu'émouvante. Elle pardonne de suite et propose même pour alléger la situation :

- Hum... je vous en prie, c'est … oublié. Dites-moi plutôt où vous rangez vos flacons de marc et vos nectars que je … c'est que quand il a soif, il devient vite grincheux !

Et tandis qu'en sa barbe naissante ricane le menteur patenté, sortent d'armoires encastrées ribambelles de liquoreux mélanges.

- Lou Floc de nouste ! * annonce le rinceur enthousiaste en servant trois larges bolées.

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*Le bouquet de chez nous.

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Morelius
Le cordial aidant, Morelius reprit son récit sans se faire trop prier.

Voilà donc qu'au beau milieu de la nuit, une demi-douzaine de faquins nous voulaient occire et détrousser !

Theolenn, vive comme le poisson du mesme nom, avait déjà bandé son arc et en avait percé un au milieu du front. Il en restait donc cinq m’apensais-je en mon for. Une ombre surgit à vingt pas de moi, je lançais ma dague. Un hurlement me donna à penser que j’avais touché ma cible. Quatre m’apensais-je encore…


Réchauffé par le tord-boyaux de leur hôte, Morelius s'était levé et gesticulait en tous sens, mimant la scène.

Les montures m’inquiétaient, je me disais que si d’aventure un des coupes-jarrets venait à nous prendre à revers, nous serions en mauvaise posture de nous voir voler les chevaux et ainsi estre privés de tout moyen de fuir. Pendant que ma dame arrosait les buissons de ses traits, je me rapprochai du lieu où se tenaient nos bestes, Aussi, lorsqu’un des robeurs voulut se glisser auprès d’elles, je tirai mon aciérie et, ne riez pas Merlin, l’atteignit, le cuideriez-vous, au cul. Le gueux perdant son sang comme un goret s’enfuit et n’alla pas bien loin comme nous le sûmes plus tard puisque nous retrouvâmes son corps baignant dans son sang à dix coudées de nostre camp. Trois marmonnais-je...

Une voix retentit alors du bois:


- Mes Seigneurs, certes nous ne sommes plus que trois , mais vous ne sortirez pas vivants de ce guêpier, la patience est notre fort et le temps joue pour nous. Alors que diriez-vous de nous laisser la moitié de vos montures, une bourse d’écus d’or, toutes vos provisions, ainsi que la moitié de vos armes ? N’est-ce point cher payé pour la mort de trois gentilshommes du cru ?

- Tudieu ! Des gentilshommes répondis-je ?! Plutôt gueux mal nés de bagasses engrossées par des archers royaux ! Il ferait beau voir de commercer avec des perces bedaines tels que les marauds que vous estes se prétendant Sangs Bleus !

- Calme-toi me fit Theolenn, il nous faut ruser .

- Grmpff, dis-je rouge de rage .

- Faisons en sorte qu’ils croient que nous acceptons ce choix Mo, une idée me vient. Remplissons une des malles de cette poudre noire et de pierres. Ensuite, proposons leur de déposer la moitié de nos vivres, bien, chevaux, et armes, puis demandons qu’ils respectent le contrat et nous laissent partir.

- Mais tu sais bien ma douce, que ces loqueteux n’ont aucune parole et que dès que nous aurons rempli nostre part de marché, ils nous irons sus, hors que nous n’aurons plus grand chose pour faire face.

- Bien le sais-je, mais dès qu’il voudront venir prendre possession de la picorée, surprise les attendra.

- Messieurs, dis-je, nous acceptons contraints et forcés, nous disposons près de notre feu, malles, armes, pécunes et monture pour vous prouver nostre bonne foi, nous mettrons à vingt pas une malle avec sus, une épée et deux dagues ainsi qu'un carquois de flèches, le reste sera placé en deçà afin que gage d’honneur vous ayez.

- Nous avions dit toutes les vivres mes Seigneurs !

- Certes mes Saigneurs, mais notre souci d’équité veut qu’ayant pris trois de vos vies, vous revienne la moitié seulement de nos biens.

- Juste Monsieur, me hucha celui qui me semblait estre les chef de ces brigands. Hors sus, Mon Prince, procédons à l’échange. Quel moyen suggérez-vous ?

- Bien , vilain ! Je vais réunir la picorée que vous exigez. Durant ce temps, ma compagne vous tiendra en respect pour nous éviter traitrise de votre part. Ensuite, comme il fut stipulé de prime, le premier coffre vous sera placé avec les armes près du feu, le reste vingt pas en retrait. Dès ceci fait, nous prendrons congé de vostre mauvaise compagnie. Mais il faut que vous sachiez que mon amazone est capable d’oster la creste d’une Aigrette à cinquante pas, et qu'elle ne vous quittera pas des yeux durant nostre retraite. Ceci vous convient-il Sieur bas de poil ?

- Assurément Mon Prince, pour vous servir, nous cria ce fils de bagasse.

- As-tu entendu le barguin Theolenn ?


- Toute ouïe...

- Quel est ton plan ?

- Mettre sur le devant la malle emplie de poudre noire et de caillasse, y déposer ton épée et nos deux dagues sus afin qu’ils voient nostre bonne foi . Attacher comme convenu ta monture et les vivres à vingt pas de retrait et quitter les lieux.

- Es-tu sensée ? Je ne vois pas le piège !

- C'est simple, lorsque nous battrons en retraite, nous laisserons les quidams approcher de la malle contenant la poudre et les armes juchées sus. De fait, ta belle épée béarnaise sera comme chesvre pour leu, ils y voudront taster de prime et ainsi estre en force pour des croupières nous tailler. Hors, dès qu’ils seront à distance requise, d’une flèche enflammée bien placée au mitan de la malle, je leur ferai pester à face et génitoires.

- Fichtre, tu es rusée comme goupille ma belle, certes nous y perdrons prou, mais moins que vie.

- Entre deux maux Mo, ne faut-il pas choisir le moindre ?

- Oui da, nul ne le conteste.

Et la ruse fonctionna plus qu’espéré mon gaillard, dès que stratagème en lieu et place fut, nous partîmes comme prévu et, selon le plan de Theolenn il ne manqua rien de la scène, les trois larrons, comme un seul homme, se précipitèrent sur nos armes comme soudard sur pucelle. Notre dame n’eut plus, d’une flèche bien ajustée, qu’à éparpiller les gueux.

Et nous voici...

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Theolenn
C'est une mimique amusée qui ornait à présent sa face rougeaude d'être restée trop longtemps si près du fourneau, et Theolenn se disait qu'il s'était, ma foi, fort bien débrouillé...

Tandis que Morelius-le-conteux animait encore sa trouvaille avec force détails, elle servait les agapes enfin prêtes, et entre deux bouchées se rinçait l'oeil au spectacle du gnome impressionné. Impressionné mais particulièrement attentif malgré le Floc qui coulait généreusement pour encourager le récit endiablé du beau parleur, car celui-ci terminé de quelques minutes à peine, un froncement du sourcil droit annonça aux invités qu'il allait falloir fignoler l'histoire...


- Mais... en quoi les chaleurs de la jument de votre dame furent-elle d'une si précieuse aide, Maestro ?
… et, la cochonnaille, dites-moi... ce n'est quand même pas ???
… hasarda le petit homme à la mine soudain décomposée.

- Mmmm ?... Meuh non !... articula péniblement Morelius dont les papilles roucoulaient de plaisir dans un chuintement de mandibules.
- Ch'est pas loin d'ici quand on ...

Theolenn mit plus de temps à comprendre quels doutes harcelaient l'hôte, mais quand en cervelet la lumière se fit, elle posa doucement une main sur le bras de son acolyte pour lui demander permission de continuer à sa guise.

- Si vous le voulez bien, j'ajouterai quelques détails moins … prestigieux, mais qui dissiperont, sans nul doute, tout malentendu possible. C'est que nous manquons grandement de sommeil et que les conditions de retour furent pénibles, on oublie aisément quand le ventre est vide et que savoureuse assiette vous fait de l'oeil si amoureusement.

Nous étions donc persuadés qu'ils étaient six parce que c'est ainsi que l'ombre nous les avait découpés sur les rochers avoisinant notre campement, mais c'est oublier la vigie qui souvent, perché dans un arbre, guette la victime qui fera larcin facile au groupe.

Labyrinthe, particulièrement « fragile et émotive », comme l'a dit Mô, au bruit de la poudre devint furie... et se détacha. Tandis que des morceaux de chair rôtie retombaient encore ça et là, la voilà partie, grande bringue qu'elle est, au triple galop dans la nuit inconnue d'une région peu hospitalière. Je m’inquiétais, c'est qu'elle est cadeau de mon père et que... bref... Morelius me prit en croupe du sien et nous voilà cherchant monture emballée dans le petit matin frisquet. Au bout d'une heure, perdant peu à peu espoir de retrouver cette amie si chère à mon coeur, nous entendîmes comme par miracle son hennissement si caractéristique en période de … hum... C'est que, même si le Chou-fleur ne peut pas la satisfaire comme elle le voudrait, elle y est attachée comme une rose à son épine et … enfin, vous voyez, quoi ! Elle nous avait retrouvés. Jamais froufrou murmuré ne me parut si doux à l'oreille même s'il ne m'était aucunement destiné ! … surtout que près d'elle gisait la septième victime de la nuit, assommé par une ruade équine qui lui faisait encore mille étoiles quand le soleil commençait déjà à briller. Nous ne saurons jamais comment rencontre se fit ni qui fut abusé par l'autre mais qu'importe, le résultat était là ! Cher ami, si je puis me permettre de vous appeler ainsi, nous ne sommes pas meurtriers de métier... et encore moins anthropophages, mais qui nous cherche noise doit s'attendre à riposte sentie. Nous ficelâmes le rescapé de cette folle échappée pour nous rendre au bourg le plus proche et le livrer à qui de droit. Nous n’eûmes pas à aller bien loin. Le prévôt en personne chassait en ses terres et reconnaissant le diable que nous transportions, nous fit cadeau de ce cuissot d'un sanglier qu'il venait tout juste de tuer. C'est que la bande sévissait depuis Noël et que notre prise le ravit au plus haut point !


Deux goulées plus tard elle crut bon d'ajouter en guise d'épilogue :
- Bon, avec tout ça je n'ai pas vu la mer mais … Bon appétit !!!

Sous la table, un pied remonta lentement le long du mollet de la cavalière. Nul doute à avoir, ce ne pouvait être l'oeuvre que d'un seul et Theolenn le remercia d'une caressante œillade complice.

Plus tard ils firent connaissance avec l'Armagnac, un digestif particulièrement approprié pour clore cet excellent repas partagé entre gens de bonne compagnie... car le crédule est le meilleur ami des menteurs et nos deux voyageurs, à ce jeu-là, devenaient de vrais experts...

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Morelius
Leur hôte rassasié d'histoires plus ou moins vraies, ils avaient fini par repartir, nos menteurs ambulants. Et de fil en aiguille, de chemin en route, de hallier en dune, ils avaient aussi fini par y arriver, à cette mer que Theolenn appelait de ses vœux. Pour Morelius, qui ne connaissait de la mer que la Méditerranée - et encore c'était il y a à peine un an de ça - l'Atlantique était encore une autre paire de manche. Bien plus agité... rien que d'y penser il sentait son cœur se soulever.

A leur destre le petit port de pêche de Mimizan fourmillant d'activité, bordé d'une digue massive où accostent les pêcheurs qui voguent vers le pays des sardines... A senestre la plage, à perte de vue... Ici, on ne rigole pas avec la marée basse. Cris perçants de mouettes qui escortent les barcasses de pêche. Des petites dunes hérissées de graminées dans le vent, et un ciel si vaste qu'en plissant les yeux il parait qu'on peut distinguer l'île de l'Atlantide, de l'autre côté du monde... Mais pas aujourd'hui : les nuages masquent le bleu, ils ressemblent à une brume.

Morelius rabat son capuchon en arrière et s'assied sur un gros rocher face à la mer qui s'approche. Il inspire à plein poumons l'air iodé de la marée qui monte, le vent lui coupe brièvement le souffle et joue avec certaines de ses mèches blanches.


- Il y a trop d'eau, n'est ce pas ? Cela dépasse l'entendement humain. En tous cas le mien.
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Theolenn
Theolenn, au pied du rocher, en de légères latéralités, creuse du fondement un nid de sable sec pour s'y reposer confortablement. Ses cheveux rebelles sont attachés en une grosse torsade lâche qui lui donne un air étrangement sauvage, et son regard subjugué par l'immensité est comme fondu dans les flots qui s'agitent non loin.

- Tu sais, pour moi ce n'est pas tant la mer qui compte que son mouvement... toute cette énergie qui se donne en partage. L'eau et l'air qui se brassent dans un mélange infini. Cette communion intense entre deux matières si étrangères mais qui dansent sans jamais se lasser, qui s'enlacent pour tourbillonner ensemble, aussi, parfois... quand la tempête les unit en d'intimes étreintes...

Ses yeux se ferment par moments, pour mieux écouter la chanson lente que lui susurre le vent chargé d'embruns. La cadence des vagues qui s'échouent inexorablement puis repartent au large libérées de leur charge. C'est le rythme du temps dans ce qu'il a de plus vibrant.

- Ta montagne m'apaise, repose mon âme, c'est une force tranquille qui me rassure, m'entoure de bras puissants et protecteurs… mais l'océan... il me donne du courage, rebooste mon envie de vivre quand j'aurais tendance à la perdre, me rend un peu de cette assurance qui me manque sous les apparences. Je ne pourrais pas vivre ici en permanence... mais j'en ai besoin de temps en temps.

La rêveuse se perd parfois dans des visions éveillées où la conscience se pare des atours de la réalité quand elle est simple et naturelle, et si évidente à admirer.

- Et puis, il y aussi les eaux de tes montagnes qui s'y jettent et s'y rassemblent après un long voyage qui les a éparpillées, non ? Imagine que tu vois d'un seul tenant toutes les gouttes de la pluie du printemps, et de la neige qui recouvre les sommets de tes hivers savoyards... n'est-ce pas étonnant que tout reste connecté de la sorte, en des échanges plus ou moins éloignés mais toujours renouvelés ?

Le soleil fait alors une apparition furtive. Ses rayons font une percée entre deux nuages et traversent les fausses brumes en un faisceau dense qui éclaire quelques instants une crête d'écume, s'en allant mourir lentement dans la masse aqueuse d'où jailliront ses semblables. C'est un jeu de patience où ce qui se ressemble n'est jamais pareil. La lumière, en son doigt divin, rappelle les images pieuses que distribuent les curés aux enfants sages. Et Theolenn sourit, l'illusion est si facile...

- Est-ce que tu crois que le poisson qui remonte en surface se dit la même chose que toi, mais à l'envers ?

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Morelius
Sans doute affamé par l'air du grand large, Morelius sort une miche de pain et la mord à pleines dents.
C'est alors que:


30/01/1461 08:13 : Vous vous forcez à manger mais rendez une partie de votre repas : vous n'avez du coup pas bénéficié de tous les apports nutritifs de votre pitance.


- Foutrerie d'étendue de flotte... je ne suis même pas monté sur ton dos que déjà tu me rends malade...
Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises !
La mer, tu n'es qu'une cuite calamiteuse, en pire et sans l'ivresse !!!


Pugnace, il fait un second essai. Mais là encore:

30/01/1461 08:24 : Vous vous forcez à manger mais rendez une partie de votre repas : vous n'avez du coup pas bénéficié de tous les apports nutritifs de votre pitance.


Son dernier repas a encore jailli hors de ses lèvres.
Il a suivi une trajectoire fétide avant de se perdre dans l'écume et les vagues.
Encore convulsé par les hauts de cœur, Morelius essuie les filaments baveux qui lui poissent le menton.


- Socenfouin de millecharres... pire qu'une fumelle en gésine !
Theolenn, mon amie, je crois que le Dieu des Océans m'a refilé un de ses miasmes malins par pure mesquinerie.

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Theolenn
Si son soupir est intérieur, il n'en est pas moins fort.

- Je renonce...

A quoi sert d'ouvrir son cœur et d'exprimer ce qui vous importe alors qu'on sait pertinemment que les a-priori l'emporteront toujours !
Là, c'est plutôt l'onde qui emporte les pré-digérences du mâle-obtu... et il faut bien avouer que quelques minutes de mise sous vide émotionnel vont être nécessaire à notre incomprise pour retrouver une once d'abnégation et prendre en compte le réel malaise qui agite son compagnon en de spasmieuses gastricités.


- Le grand Neptune n'y est pour rien, tu es une petite nature, voilà tout !

Mais la femelle est ainsi faite que le côté maternel resurgit dès qu'un mal atteint sa sphère affective, et c'est pleine d'une volonté bien sincère qu'elle se penche pour le soulager de sa misère en lui soutenant le front qu'elle trouve bien trop chaud pour le climat du rivage.

- Je suis au regret de t'annoncer qu'il va te falloir limiter les entrées per os. Pain sec et eau pendant quelques jours, ou un peu de polente pour varier, mais surtout rien d'autre !
Tu es blanc comme un linge d'auberge un lendemain de lessive, il nous faut rentrer et pendant que tu t'allongeras pour prendre quelques repos, j'irai cueillir certaines herbes aptes à améliorer ton pauvre sort de naufragé alimentaire...
Petit sourire en coin, l'animal a piteuse apparence.

- Allez viens, je t'avais pourtant promis qu'on ne reprendrait jamais la mer, mais finalement... on parle de soigner le mal par le mal, c'est peut-être pas si …

Certaines vengeances ne coûtent rien, il n'est même pas utile de les mettre en œuvre, il suffit de les suggérer... et de savourer. Si on a le cœur bien accroché...

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Morelius
31/01/1461 10:15 : Vous vous forcez à manger mais rendez une partie de votre repas : vous n'avez du coup pas bénéficié de tous les apports nutritifs de votre pitance.


- Beuarhhhhgggg...

Le long de l’œsophage moreliusien les marées hautes et basses s'enchainent à un rythme diabolique, encore hastée par l'idée de reprendre la mer.

- Est-ce toi ma mie qui me veux tuer par vidange? J'enrage! Je me meurs tranquillement et tu m'enfonces le glaive dans le cœur, je suis mort et tu viens m'enterrer comme un chien! Coquine! Ne ressens-tu point de honte à traiter de la sorte un honnête homme aux portes de la mort, un soldat malade, que seule la vue de tes attraits tient encore en vie?

Il tousse exagérément, ce qui ne manque pas de provoquer un autre vomissement, réel celui-ci.

- Ah! Ma fluxion me reprend, je me meurs! Mais mon trépas saura attendre ma vengeance. Car tu fais ton impertinente devant mes maux, mais je saurai te trouver une fois rétabli. Ne serais-tu pas en train de te jouer de moi?

31/01/1461 10:29 : Vous vous forcez à manger mais rendez une partie de votre repas : vous n'avez du coup pas bénéficié de tous les apports nutritifs de votre pitance.


Nouveau relargage. Cette fois le pain est depuis longtemps sorti et il n'y a plus que bile.

– Par les saintes aréoles... J’ai l’impression que gaster m’a été ôté. Le Dieu des mers, je le crains, ne m’est pas d’heureux auspices en ce jour. Je vais me reposer un peu. Qu'on aille quérir un docteur... un médecin...

Morelius se prend la tête de la main. Les médecins qu'il a croisé dans sa longue carrière de spadassin n'étaient pas des foudres, et lui avaient donné grande méfiance dans le corps médical. Le brave vieux docteur Courtin avait été retrouvé mort en tétant son alambic et certains avaient songé à lui distiller le corps avant de le mettre en terre. Le docteur Youssouf El-Allameï, sarrasin de père et peu aristotélicien de faciès, s’était fait transpercer le cou à la dague lorsqu’il avait demandé à la maitresse d'un caïd local d’ôter ses robes pour la consultation. Et le père Aubagne, le vieux vétérinaire des écuries ducales, qui n’y voyait goutte à confondre vache en gésine et lapin de garenne. Non, il n’y avait rien à attendre de ces doctes gens là, à moins que...

– Un boucher plutôt, qu'on me sorte cette chose qui me bouffe les tripes... va quérir le boucher du coin !
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Theolenn
La voici totalement rassurée, il est en pleine forme à part cette petite indigestion passagère !
Une telle énergie employée à vociférer contre une ruse si évidente est de très bonne augure. Si elle osait, elle en sourirait ouvertement. On devine aisément qu'elle ne s'en privera guère...

Mais comme les hommes sont doudouilles quand même ! Ça tue à tour de bras et sans verser la moindre goutte, sauf peut-être de sueur quand l'arme était trop lourde ou le dernier repas avalé trop proche de leur labeur destructeur, mais quand une pincette interne leur rappelle qu'ils ne sont pas de fer, patatras, ils gambergent !

La nuit n'a pas dû être si éprouvante pour le malade thalassophobe qui grommelle dès le réveil, il a ronflé comme un cochon la moitié des heures et maintenant qu'il devrait se montrer raisonnable, c'est d'un boucher qu'il fait requête !!!?


- Zut, je suis démasquée !!! Tu viens de découvrir mon penchant pour la torture sur souffreteux …

Trêve de compassion, c'est sans ménagement qu'elle débarque près du lit avec l'artillerie des jours de peine, aussi appelée étrangement « Kit Night-in-Gale » sur l'île aux anglois. Un bassinet d'épuration, un aplati-langue pour une meilleure vision glotteuse, un petit marteau en bois pour calmer les malades agités et quelques serviettes pour éponger les éventuelles remontées intempestives. Une petite bouteille d'huile de lavande aussi, la plante désinfecte à merveille les atmosphères saturées en miasmes de tout acabit et à en juger par les bruits divers, mais peu variés, qui ont bercé les rares moments de tranquillité de cette nuit, c'est toute l'auberge qui semble avoir été déportée à Gerbeland !

- Morelius, sois courageux, ce que j'ai à te dire n'est pas facile à entendre, il va falloir que je te …

Mais son faux-air de pitié sadique ne franchira pas le cap des cinq secondes.
Prise en traître ! Une douleur d'une force 8 sur l'échelle du Rendu (qui en comporte 7), lui arrache tripes et boyaux tout en lui tordant les canalisations adjacentes...
Saloperie de microbe !


31/01/1461 12:48 : Vous vous forcez à manger mais rendez une partie de votre repas : vous n'avez du coup pas bénéficié de tous les apports nutritifs de votre pitance.

Ce qu'il y a de bien avec le foie gras c'est que dehors comme dedans, l'apparence change peu …

- Je vais essayer de nous obtenir un prix de groupe …

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Morelius
Remis de leurs mésaventures gastriques, nos deux voyageurs quittèrent Mimizan et ses huitres pas fraiches dans la soirée pour atteindre Labrit au milieu de la nuit. A cette heure avancée, les honnêtes gascons du coin étaient chez eux, ou bien ils se pressaient d'y retourner, aussi la grand-rue quittant la place était-elle peu fréquentée.
Morelius ayant chevauché toute la soirée et souffrant encore de quelques acidités gastriques était fort las, aussi n'eut-il aucune réaction lorsqu'un gamin dépenaillé le dépassa en trombe, émettant un cliquetis à peine perceptible.


- Arrêtez-le, au voleur, au voleur !

La voix juvénile et essoufflée était celle d'un jeune garçon brun et maigre, sans doute d'extraction modeste, qui courait après le malandrin. Il s'agrippa soudain aux chausses de Morelius, le suppliant avec de grands yeux embués de larmes.

- Messire, arrêtez-le, je vous en conjure ! Il m'a pris tout l'argent que je destinais à l'apothicaire, sans lui, ma vieille mère ne passera point la nuit...

- Et en quoi c'est mon problème ?

- ...et si mes yeux ne me trompent pas, en vous bousculant, il en a profité pour prendre aussi votre bourse.

Comme piqué par une guêpe, Morelius porta la main à sa ceinture, et n'y trouva pas la masse rassurante de sa vieille bourse, ce qui en l'occurrence n'était pas une perte immense car il avait connu des jours meilleurs, mais quand même. Aussitôt il rugit, tira son grand glaive, fit se cabrer son cheval et galopa sus au voleur, à bride abattue.
Virile démonstration qu'il dut interrompre cinq pas plus loin lorsqu'il s'aperçut combien tortueuses étaient certaines venelles de Labrit dès qu'on s'écartait des grands axes, et que la nuit, lesdites venelles servaient apparemment d'entrepôt, de garage ou d'habitation à toutes sortes de gens.
Furieux, il démonta et s'interrompit, pris d'un doute affreux.
C'est qu'à bien y réfléchir, le malandrin ne l'avait pas touché, pour autant qu'il s'en souvienne. Et même, il était passé à plusieurs pieds de lui, ce qui fait que pour lui voler sa bourse, il aurait dû être équipé d'un bras télescopique et particulièrement habile. A l'inverse, le garçon avec l'histoire d'apothicaire l'avait vigoureusement et assez longuement empoigné...


- Reviens ici, enfant de p...

Mais le gamin était déjà loin...
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