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[RP] Un jour ou l'autre, il faudra rembourser.

Sybelle
We're just having fun
We don't care who sees*



Sybelle n’avait rien d’une petite princesse bien comme il faut. De fillette gâtée par un père forgeron et orfèvre à jeune femme dépensière et plutôt narcissique, il n’y avait qu’une porte. Qu’elle avait franchit sans la moindre difficulté.
Malgré toutes les épreuves qu’elle avait pu traverser, malgré la souffrance dont elle connaissait parfaitement la saveur douce-amère, la rouquine avait réussi à rester ce qu’elle était d’apparence : une jeune femme de seize ans dont le seul intérêt dans la vie était de s’amuser. Indépendante depuis son arrivée en France, elle ne se privait pas pour dépenser sans retenue et faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Oisive, elle achetait et revendait des produits divers et variés pour subvenir à ses besoins. Et quand cela ne suffisait pas, elle contractait des dettes dont elle avait tendance à oublier l’existence.

Fuyant encore et toujours l’ennui - son pire ennemi - la NicAvoy avait gagné la propriété de sa famille au nord de La Rochelle avec l’intention d’y passer quelques semaines. Après quelques jours fait de reposantes promenades sur la grève, elle c’était décidée à aller en ville pour faire quelques emplettes - activité réjouissante s’il en est.
Là, elle avait acheté de beaux tissus pour se faire faire de nouvelles chemises, ici elle avait fait l’acquisition d’un coffret en bois sculpté ravissant et plus loin, se sont des sucreries raffinés qui avaient été échangées contre quelques écus…

Alors que la nuit tombait sur la ville, Sybelle héla un jeune garçon qui, en échange d’une belle pièce, irait porté ses achats à la Tour : elle souhaitait terminer sa journée, comme il se doit, dans l’alcool et la luxure et elle n’avait pas besoin d’être encombrée pour cela. Quittant les quartiers les plus agréables de la cité, elle s’aventura là où les rues se faisaient plus étroites et puantes, pour entrer dans un bouge des plus sordides, nommé - sans qu’elle sache si il s’agissait d’un trait d’humour ou pas - « le Paradis ». Elle avait l’habitude de s’y rendre pour boire un verre ou deux, avant d’aller danser ailleurs, dans un de ces endroits où se retrouvent tous ceux qui consument leurs vies par tous les bouts pour combler le vide de leurs âmes, et le propriétaire lui fit un signe de la tête quand elle entra.
S’asseyant au bar, sur un tabouret branlant, elle commanda du vin rouge, qui lui fut servit dans un verre à la propreté douteuse. A quelques pas d’elle, un homme de belle stature attira son regard. Il buvait une bière en bavardant avec deux autres personnes et il avait dans le sourire, quelque chose de très attirant. Rejetant sa longue chevelure rousse en arrière pour mettre en avant la finesse de ses traits et la délicatesse de son teint, l’écossaise lui accorda un de ces sourires énigmatiques dont elle avait le secret, sachant que la plupart du temps, ils faisaient fondre les hommes tel la glace au soleil. Sans doute satisfait de l’attention qu’elle lui portait, l’homme leva son verre en inclinant la tête dans sa direction, geste qu’elle copia sans la moindre gêne.

Ce jour-là, Sybelle avait décidé de laisser transparaître la face la moins reluisante de sa personnalité : celle avide de sensations extrêmes et capable du meilleur comme du pire, pour obtenir ce qu’elle désirait.
De fait, la soirée promettait d’être des plus intéressantes.



*Young, wild and free, Wiz Khalifa ft. Snoop Dogg :
On ne fait que s'amuser,
On se fout que l'on nous voit.

_________________
Cyrielle.
    Sur celle qui entre en conquérante, un vieil œil azuré se pose, minutieux. Il reconnaît sans doute le faciès parfait, bien loin du visage sur lequel lui-même est posé. Une moitié laide, couplée de vieillesse, la longiligne blonde est aussi borgne qu’elle a pu être belle, aussi brûlée qu’elle peut être ridée. Ainsi l’œil droit, masqué de cuir neuf, se lie à une joue creuse surmontée de crevasses incertaines, dans des cicatrices boursouflées arrachant à la bouche, à l’oreille, à une partie de cheveux, même, leurs délicatesses sensées. La moitié gauche se contente, elle, de quelques sillons fins filant au coin de l’œil, & de cernes extrêmes d’où suinte une rage de vivre inégalée.

    Bref, pour une grossier résumé compréhensible de tous, nous dirons simplement que Cyrielle Beaumont est vilaine, passée, & force le respect. De fait, si la jeune Sybelle peut s’amuser à saluer le tavernier, la Fauve, elle, peut affirmer qu’il sera de son côté. Ni remous, ni esclandres. Le silence d’une tombe.
    Aisé qu’il est de corrompre père de famille.

    « Les balanciers de fortune ! »

    Elle s’est levée de son coin de beuverie, abandonnant là une partie de dés dans laquelle elle partait bonne perdante. Après quelques secondes de réflexion, la chose s'est confirmée : cette gamine lui doit du fric. Filant dans le dos de la jeune rousse, elle s'accoude au bar, pour souffler d’un filet de voix rauque son début d’accroche.

    « Un jour, vous êtes pauvre. Le lendemain, plein aux as. C’est ça, les balanciers de fortune. »

    Elle n’attend pas de réponse, commandant à son tour, non pas un verre, mais la bouteille de vin. Si Sybelle aime à oublier ses dettes, Cyrielle a la chance qu’on lui rappelle les siennes continuellement. Ainsi, les écus qu’elle a elle-même prêté, avant d’accumuler les créances, elle compte bien les récupérer, au denier près.

    « On a affaire à clore, ma doucette. »

    Et d’un clin d’œil adressé au séduisant. Qui ne manque pas de détourner la tête.

_________________
Sybelle
La soirée a bien commencé… Mais elle ne finira surement pas aussi bien.

Dans son dos ne se glisse pas un joli garçon, mais l’Horreur. Ou tout au moins une femme qui en a les traits. Une voix rauque, une menace sous-jacente aux mots… Et un faciès monstrueux.
Imperceptiblement, le corps souple de la NicAvoy se raidit. Elle est d’ores et déjà sur la défensive.

Bien que méfiante, elle se tourne face à la femme et la détaille sans la moindre gêne : la laideur ne lui fait plus peur depuis longtemps mais elle n’en est pas moins fascinée par ce visage ravagé, pour la bonne raison que la femme est une survivante. Elle a sans nul doute vécu l’infamie et pourtant elle est là, face à l’écossaise, réclamant son dû alors que n’importe qui à sa place aurait choisi de mourir plutôt que de vivre dans ce corps. Quelle force morale ! Quelle courage ! Cela a beau ne pas être à l’avantage de Sybelle, celle-ci ne peut s’empêcher de penser - tout comme la première (et unique) fois où elle a vu ce visage - que l’âme se cachant derrière a dû être taillée dans les roches de Ben Nevis.

Sous le regard de la monstrueuse, la rouquine réfléchit à toute vitesse, cherchant comment se sortir de cette mauvaise passe. Elle ne se souvient pas exactement combien elle a emprunté mais se connaissant bien, elle sait que le montant de sa dette doit être faramineux. Ou tout au moins trop élevé pour qu'elle puisse rembourser présentement. Pourquoi, mais pourquoi a-t-elle eu la folie de faire de cette femme sa créancière ? Et comment a-t-elle pu croire qu'elle ne la retrouverait jamais ? Et surtout, comment se tirer saine et sauve de ce guêpier qu'est devenu "le Paradis" ? L’idée de passer en force est ridicule : la femme est bien plus grande et musculeuse qu’elle… Cela sera l’alternative de la dernière chance. Donner l’argent qu’elle lui doit est impossible : elle ne l’a pas. Ou tout au moins, elle ne l’a plus. Ne reste donc plus qu’une possibilité : jouer la carte de l’ignorance. S’en tirer à l’aide de mots.

Redressant le menton d’un air aussi impertinent qu'hautain, Sybelle remplit son verre du vin que la femme vient de commander et sans la quitter des yeux, elle le porte à ses lèvres. L’alcool tantôt agréable dans sa bouche a la saveur de la cendre maintenant… A moins que cela ne soit le goût de sa propre anxiété.


Je ne crois pas avoir déjà eu l’heur de vous rencontrer, lance-t-elle d’une voix clair. Et même lorsqu’on a la mémoire courte, je ne pense pas qu’on puisse oublier un visage tel que le votre, n’est-ce-pas ? Ajoute-t-elle non sans ironie. Un peu de vin ?

Et tout en remplissant d’autorité un verre pour Cyrielle, la jeune femme prit pour que l’autre doute. Le doute c’est la clé. Il faut qu’elle croit s’être trompée.
_________________
Cyrielle.
    Sourire déchiré, visage défiguré. Les doigts fins s’agitent & viennent saisir le verre que Sybelle s’est servi. Là, elle récupère une partie des intérêts qu’on lui doit. Là, elle avorte la tentative légère de s’en tirer à bons comptes.
    On ne trompe pas borgne attentive.

    Le verre vidé, la blonde s’empare à nouveau de la bouteille, gardant sa possession bien en main, protégeant sa chère & tendre piquette des attaques d’une rouquine. Et elle parle, déjà, en animal trop calme, dans un ton grave & tout aussi ironique.

    « Dans ma grande & vénérable mansuétude, j’t’accorde une deuxième chance. Reprend ton verbe, & fais mine au moins, en te retournant, d’être horrifiée par mon visage. »

    Car oui, l’anglaise s’est grillée dès lors que son regard s’est posé sur la demi-face brûlée. L’enfant étonné se doit de sursauter, grimacer, & détourner le regard dans un rougissement incontrôlable. Peut-être, s’il garde les yeux sur « ça », arrivera-t-il à porter menton haut & dédaigneux, jetant un coup de botte dans le tibia presque quarantenaire, avant de crier « à l’aide, les démons m’attaquent ».
    Et Sybelle, à la première rencontre, n’avait pas manqué d’être choquée. Or le regard qu’elle lui porte désormais se teinte uniquement d’un intérêt piqué sur ce qu’il a bien pu arriver à ces traits qui gardent les stigmates d’une beauté frelatée.
    Elle lui laisse quelques maigres secondes, pour savourer la capacité de sa créancière de manier le verbe comme elle manie le lever de coude.

    « Après, seulement après, tu prends pitié, t’angoisses un peu, tu jettes un coup d’œil au tavernier qui fait désormais mine d’pas nous voir. Et pour pas avoir plus d’emmerdes, tu fais péter les sept cents écus qu’tu m’dois. Ou plutôt qu’je réclame, puisque tu m’connais pas.»

    L’arrogante s’avance, se penche & se délecte du parfum de la rousse, répandant sur son sillage un vague relent d’oignon cru.

    « Oh, & ça fera cents de plus pour intérêts.
    Pour que j'ose gober qu'mes informateurs ont d'la bouse à la place des orbites. »

    Ceci, glissé d’une voix lascive au creux d’une oreille attentive.

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Sybelle
Elle doit fuir. A tout prix.
La femme qui lui fait face est folle à lier et avec la folie, le danger… Et si Sybelle ne craint pas les gros tas de muscles, elle n’est pas non plus suicidaire et, elle sent les risques qu’elle prend avec Cyrielle…
Tandis que son vis-à-vis parle, la rouquine ferme les yeux une seconde et se force à prendre une grande respiration. Le calme. Il faut qu’elle retrouve le calme de la forêt, la paix transmise par les esprits de ses ancêtres… Rouvrant les yeux, elle jette un regard autour d’elle, à la recherche d’une aide quelconque, mais les personnes présentes baissent toutes les yeux. Elle est seule. Personne ne viendra la sauver.

Sachant donc qu’elle ne peut compter que sur elle-même, la jeune femme tente le tout pour le tout, ne pouvant de toute manière que continuer sur sa lancée, puisque débourser ces foutus huit cents écus est exclus. Quand la brûlée se tait enfin, Sybelle elle, joue les provocatrices et elle éclate de rire. Un rire sans joie, tout ce qu’il y a de plus forcé. Comme si elle réagissait à un trait d'humour raté. Dans le même temps, elle se laisse glisser au bas de son tabouret et elle s’enroule dans sa cape doublée de fourrure.
Elle veut mettre de la distance entre elle et la blonde, vite ! Mais il ne faut pas faire trop vite non plus : elle doit se mouvoir le plus naturellement possible, ne pas avoir de gestes brusques qui pourraient être mal interprétés… Et surtout elle doit continuer de jouer son rôle.


Vous êtes grotesque, dit-elle froidement en regardant la blonde. Et bien que votre compagnie soit aussi divertissante que celle d’un quelconque monstre de foire, je vais vous laisser.

D’une démarche qui se veut naturelle, elle part vers la porte, tous ses sens tendus vers l’arrière. Pas de bruit… Faites que la blonde ne la suive pas ! Si elle arrive à sortir de la taverne, c’est gagné : elle court vite et laisser la femme derrière elle ne sera pas un soucis. Ceci fait, elle pourra quitter la ville en vitesse et se faire oublier. Cet objectif en tête, elle s’oblige à garder un port de tête altier et à ne surtout pas se retourner. Enfin, l'écossaise pose la main sur la poignée de la porte, va pour l’ouvrir et… Regarde la voie vers la sortie lui être interdite par le patron de l’établissement. Levant les yeux vers lui, elle le supplie du regard mais, inflexible, l’homme claque la porte.

T’vas d’voir rester ‘core un peu avec nous, ma jolie, annonce-t-il tout bas.

Se retenant de le frapper, se retenant de se mettre à hurler de rage de rater son coup de si peu, Sybelle se tourne vers la femme. A cet instant, elle représente parfaitement l’expression « avoir le dos au mur », toutefois, dans un élan de fierté, elle rejette sa longue chevelure rousse en arrière et sourit outrageusement à la blonde. Hors de questions de montrer qu’elle craint la suite des évènements, hors de question de ramper.
On a rarement fait plus idiot comme réaction, mais elle est incapable de s’en empêcher : quitte à foncer droit dans le mur, autant le faire avec élégance.


Bien. Je vois que vous ne pouvez plus vous passer de ma compagnie… Mais il y a un petit problème : l’argent que vous voulez tant, je ne l’ai pas.
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Cyrielle.
    L’œillade jetée au tavernier alors que la jeune fille s’échappe est discrète, & sans équivoque. Il bougera, histoire de protéger ses rejetons.
    Oh, Cyrielle n’est pas une grande sanguinaire, pourtant, non. Torturer par amusement n’est guère son crédo. Mais personne n’a dit qu’elle ne pouvait prendre de plaisir à le faire par nécessité.
    De fait, la chose l’exige. Et la carcasse du menacé s’est déjà mise en travers de la théâtrale sortie de la rouquine. Ainsi, la borgne n’a pas bougé d’un pouce, forte de ses menaces sans échappatoires.

    Rôdée, elle l’est. Réputation précède souvent d’ailleurs la Fauve à l’allure monstrueuse. Menaces, torture, escroqueries. Poisons, infanticides & gorges tranchées.
    Elle est la main armée de bien des pleutres, le silence acheté de bien des trublions. Nobles, bourges, gueusailles de bas étages, la liste est longue, non exhaustive, & aussi propre que les cuisses d’une catin de remparts.

    Qu’elle se serve elle-même ne change rien. Cette gamine lui doit du fric, somme qu’elle doit elle-même à bien des créanciers. Et si lui demander gentiment n’aide pas, il faudra bien changer de tactique.

    « Sybelle… c’est bien ça, non ? Il serait dommage que ton si joli visage souffre pour une vulgaire histoire d’écus… Non ? »

    Le chantage est paré de faux-semblants. Cyrielle ne touche pas aux visages, non. Mais nul doute qu’arborer le sien ainsi peut faire douter les plus téméraires. Elle, préfère détruire les corps, de cicatrices aisées à cacher, mais impossibles de calmer. Laisser les corps s’effiler entre ses mains habiles est bien plus savoureux.
    Les vrais artistes sont les plus invisibles.

    D’ailleurs, d’un signe de tête au tavernier, elle fait signe déjà qu’elle a besoin d’intimité. La cave est ouverte dans un cliquetis angoissant, alors que le silence règne déjà dans la pièce bondée.

    *Clac, clac, clac*
    La Fauve est là, enlaçant d’un geste doux les frêles épaules de la gamine. Direction la cave, si belle Sybelle.

    « Qu’est-ce qu’tu dirais d’discuter à l’abri d’oreilles indiscrètes, mhm ? On va bien trouver un terrain d’entente… Et puis, toute cette gueusaille n’m’inspire pas confiance. Pas vrai ? »

    La lippe s’étire dans un semblant de sourire narquois. L’azur grisé couve d’une douceur féline la pauvre enfant. Et la serre se resserre sur l’épaule délicate.
    Piégée.

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Sybelle
Pas son visage !

Sa créancière - ou son bourreau, à voir - s’approche, mais elle n’arrive plus à se concentrer sur ce qui se passe autour d'elle. Tétanisée, elle me contente de garder les yeux fixés sur l’hideux visage de la blonde en priant tous les Dieux qu’elle connait pour échapper à ce cauchemar. Elle ne veut pas ressembler à celle qui lui fait face ! Elle a une trop haute estime de sa propre apparence pour le supporter. Et puis, elle ne comprend pas comment la situation a pu se dégrader aussi vite. Un instant elle s’amuse à séduire un homme parmi tant d’autres et celui d’après on l’entraîne dans une cave sombre pour lui arracher sa beauté - ou tout au moins c'est ce qu'elle croit. Et cela n’a aucun sens pour elle.

Dans une vaine tentative de défense, l’écossaise se laisse tomber au sol mais cela ne change rien. Irrémédiablement, on l’entraîne vers le Noir. Et là son orgueil s’évapore définitivement pour laisser place à la terreur. Elle voudrait hurler mais elle a la gorge nouée par une peur plus grande qu’elle. La bouche sèche, les yeux grands ouverts, la rouquine commence à se débattre pour échapper à l’emprise que Cyrielle a sur elle, mais l’étau de ses bras ne fait que se resserrer.


Non… Pas ça. Pas ça, chuchote-t-elle plus pour elle-même que pour les autres.

Trainée au sous-sol, elle ne cherche même pas à se protéger lorsqu’on la jette à terre et elle s’écrase sur le sol de terre battue. Ses bras se tendent vainement vers la trappe, vers ceux qui ne l'aideront pas, mais le battant de bois est claqué, produisant un bruit sourd. Elle est enfermée. Si la scène n’était pas un cauchemar avant, ça en est devenu un au moment où l’on a décidé de la retenir sous terre. Là, le danger est imminent. La catastrophe inévitable… Et elle ne peut plus rien faire pour lutter.

Se recroquevillant sur elle-même, Sybelle respire avec peine. L’odeur de poussière qui se dégage des lieux lui donne envie de vomir. Son cœur bat à toute vitesse, menaçant d’exploser dans sa poitrine, se faisant tambour dont le bruit détruit le silence. Un tremblement plus que perceptible agite son corps… Car plus que d’une simple cave, l’écossaise est prisonnière de sa claustrophobie.

La Monstrueuse aurait-elle deviner comment la briser ? C’est-elle renseignée ? Ou est-ce un pur hasard ? Qu’importe, dans tous les cas cela marche : Sybelle ne lutte plus.

Devenue poupée de chiffon, elle est à la merci de la blonde. Si elle était encore capable de réfléchir elle parlerait, elle négocierait, elle implorerait même mais la peur télescope tout le reste. Au moment où elle a entrevue ce qui l'attendait, Sybelle c'est évaporée pour laisser place à une bête traquée...

Mais la souffrance physique déliera certainement sa langue.
Ou pas.

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Cyrielle.
    Sybelle, d’elle-même, a chassé toute part d’humanité. De jeune femme insolente & assurée, elle passe à animal traqué, laissant à Cyrielle les pleins pouvoirs en son statut de prédateur.
    Et le Très-Haut seul sait combien la Fauve se complaît dans ces rôles angoissants.
    Alors grisée, elle l’est. Agacée, aussi.
    Après tout, c’est de son argent, dont il est question.

    Avant de s’enfoncer dans le noir, une chandelle est saisie, plantée aussitôt sur un bougeoir traînant par là. Si la Fauve porte bien son surnom, elle n’en est pas encore arrivée à une quelconque vision nocturne.
    Et elle ne voudrait pas que son couteau ripe trop sur la peau douce de sa débitrice. C’est qu’elle a une idée bien précise des sévices qu’il convient de faire endurer à ceux qui croient pouvoir échapper à leurs dettes.

    Longue & minutieuse, elle s’applique à détacher son poignard de sa ceinture, l’essuyant sur ses braies pour effacer les dernières traces de son repas. Et la lame d’être tenue à quelques millimètres de la flamme de la chandelle.
    Concentrée, la Cyrielle, concentrée.
    Elle ne prend garde aux gémissements de sa proie que lorsque celle-ci se tait enfin.

    « Eh bien, ma jolie, on a perdu sa verve ? Les souvenirs te sont revenus, peut-être ?
    T’as p’t’être peur du noir ? d’être enfermée ? Pas d’moi j’espère ? »


    Elle s’agenouille auprès de la rouquine, dans un craquement sinistre. La lame, dangereuse, se rapproche de la joue blanche & lisse, alors qu’un rictus sadique étire la lippe monstrueuse de la borgne.
    Non, si elle s’est renseignée sur sa proie, elle n’en a pas profité pour faire une recherche sur ses peurs. Elle sait, bien évidemment, que Sybelle n’est pas bien riche, & aura du mal à rembourser seule. Tout le reste… elle l’apprend là, à l’instant, dans les yeux humides d’une prisonnière qui a baissé les armes.

    Le pouce crasseux de la borgne glisse sur la joue de Sybelle, savourant la perfection de la chose. Et sans crier gare, c’est le bras qui est saisi, & la manche relevée, avant que la pointe de la lame, brûlante, effleure la chair trop douce.

    « Je t’explique mon problème. Je t’ai gentiment prêté une somme plus que rondelette… T’es d’accord ? T’étais sensée me rendre ça y’a un bon mois, tu te rappelles ?
    Qu’importe, moi, je m’en rappelle. Et j’ai besoin de cet argent, tu vois.
    Bon alors certes, tu m’as fait un mauvais coup, t’as pas arrêté de bouger histoire que j’ai du mal à mettre la main sur toi, etc, etc, etc… mais tu sais qu’on m’échappe pas aussi facilement, mhm ? J’pensais que t’avais compris, quand t’as accepté les termes de c’contrat…

    Bref, tout ça pour dire… si tu m’files l’argent d’ici demain, pas de problèmes.. J’t’amoche un peu, pour la forme, mais rien d’bien grave, rien qu’soit pas réparable… tu vois ?
    Par contre, si tu continues à m’prendre pour une conne… »


    La lame s’enfonce, du pli du coude au creux du poignet, dans un trait fin & sanglant, d’un demi-centimètre de profondeur, aussitôt cautérisé par la chaleur de la lame.
    Ou comment s’amuser comme des petits fous.

    « J’aime pas, qu’on me prenne pour une conne. »

_________________
Sybelle
I see my pretty face in his old eyes [...]
It's so cold so dangerous that I can't stay*



Toute à sa crise de panique, la rouquine n’écoute pas vraiment. Elle en est incapable. Mais voilà que le Monstre se rapproche d’elle avec une lame chauffée à blanc. Une première fois le bras est effleuré par le coutelas, venant lui brûler la peau et lui tirant un gémissement.

Levant les yeux vers sa tortionnaire, Sybelle espère un instant y trouver ne serait-ce qu’une once de regret mais elle ne lit que de la folie sur ce visage affreux, que du plaisir à faire souffrir dans l’œil unique. Cela rend Cyrielle encore plus laide, comme si la cruauté venait déformer les traits déjà ravagés. Et les menaces qu’elle profère la rende encore plus hideuse aux yeux de l’écossaise qui sent monter en elle, une haine aussi brûlante que la lame avec laquelle la blonde joue. A cet instant, elle remercie celui ou celle qui a détruit le visage de Cyrielle. Au moins, elle est un peu vengée par avance. La vengeance… Oh oui, elle donnerait tout pour pouvoir prendre le pouvoir, pour pouvoir blesser la blonde, pour pouvoir faire aussi mal qu’elle a mal… Mais elle n’est pas en position de force alors, telle une petite fille effrayée elle se recroqueville un peu plus sur elle-même, souffrant avec autant de dignité que possible.

Tout à coup, alors que Sybelle ne s’y attend pas, la douleur revient. Fulgurante. Son bras est comme traversé par un éclair incandescent : ça la tiraille, la transperce, la déchire, la brûle... Ça la foudroie. Tétanisée par la souffrance, la jeune femme ne peut que hurler jusqu’à ce que sa voix se brise en un sanglot. Mais bien sur, personne n'est là pour l'écouter.
Le long de son bras une seule goutte de sang à le temps de couler alors que la blessure à peine faite est cautérisée par la lame. Ramenant contre sa poitrine, ce bras sur lequel s’étend maintenant une cicatrice rectiligne dont le carmin contraste avec la pâleur de sa peau, Sybelle ne peut s’empêcher de pleurer silencieusement. Oh, elle ne perdra pas l'usage de son bras. Elle sera juste enlaidie. Et elle souffrira longtemps avant de se remettre.
Elle habituellement résistante au mal, souffre plus que jamais… Mais il faut dire que c’est la première fois qu’on la blesse, non pas malencontreusement ou dans le simple but de la tuer, mais avec pour objectif de la faire souffrir. Et cela change tout. Le sadisme, la lenteur de l’action, l’horrible attente durant laquelle elle peut se demander à quelle partie de son corps si tendre on s’attaquera ensuite… C’est insoutenable. Personne ne peut supporter cela sans devenir fou.

Tentant de maîtriser les tremblements de son corps, la jeune femme prend la parole d’une voix rendue rauque par ce cri déchirant qu’elle a poussé quelques instants plus tôt.


Je… Demain ça ne sera pas possible… Mais… Je peux vous donner une première partie de l’argent… Et vous aurez le reste très vite, murmure-t-elle, hésitante, craignant de provoquer la colère de la folle qui lui fait face.

Elle aurait du tout faire autrement. Si seulement elle avait été plus prudente… Si seulement elle avait trouvé un autre créancier… Si seulement elle n’avait pas eu besoin d’un créancier... Si seulement elle c’était mieux cachée... Si seulement elle était bien sagement rentrée ce soir là… Si seulement elle n’avait pas été seule…
Mais avec des si on pourrait mettre Paris dans une chope et l’heure n’est pas à la rêverie mais à la survie.

La survie, la souffrance et la peur.


S'il-vous-plait... Je veux partir...


*Pretty Face, Soley :
Je vois mon joli visage dans ses vieux yeux
C'est si froid, si dangereux que je ne peux rester.

_________________
Cyrielle.
    « Je… Demain ça ne sera pas possible… Mais… Je peux vous donner une première partie de l’argent… Et vous aurez le reste très vite. »

    Silence. Long, profond, foudroyant silence. Car Cyrielle est rôdée à l’art de la torture. Elle sait qu’un silence, teinté d’un sourire forcé, masqué d’une paupière à demi-close, est bien plus angoissant que n’importe quelle palabre insensée devant porter la peur aux oreilles opprimées.
    Bref, Cyrielle en rajoute une couche, & ça, sans même avoir une pointe de honte.

    Y’a ceux qu’on pas d’cœurs, quoi. Pis y’a les autres.

    « J’aime pas m’répéter, ma beauté, mais pour toi j’vais faire une exception… J’ai dit… J’aime pas qu’on m’prenne pour une conne. »

    La dernière phrase, susurrée au creux de l’oreille rouquine, appuie la pointe de la lame qui s’appuie vicieusement au creux de sa paume. Elle sait la douleur moindre, mais bien trop agaçante.
    En vérité, Cyrielle ne fait que s’amuser. La mort de Sybelle n’est pas dans ses plans, tout du moins pas pour les prochaines minutes, car la borgne tient à son argent tout autant qu’une maquerelle peut tenir à ses filles. Son fric, c’est une partie de son commerce. Dès lors que Sybelle supplie, l’affaire est pour elle arrangée, avec toutefois quelques menues modifications de contrat. Toutes menues, les modifications, en fait.
    Presque.

    « Le problème, ma doucette, c’est qu’je veux pas le reste très vite… J’le veux tout d’suite. Mais on va s’arranger, hein ? On va s’arranger. J’te laisse trois jours. Pour tout m’rendre. Avec les intérêts, bien sûr, hein.
    J’te veux ici même, même heure… et si t’as, ne s’rait-ce qu’dix minutes de retard…
    Le corps long se redresse, soufflant la bougie avant d’ouvrir la trappe, sans même tâtonner. J’t’ai r’trouvé une fois. La deuxième, j’serais moins clémente. »

    La sortie lui convient, & elle ne doute pas qu’elle plaira tout autant à la jeune rouquine. Entre gueux, on sait reconnaître ceux qui sortent avec classe.

_________________
Sybelle
La panique ne la quitte plus. Que ce soit quand la blonde parle ou quand elle est silencieuse, Sybelle craint pour sa vie, pour son corps et pour son esprit… Elle va devenir folle si cela continue de durer. A la torture, elle préfère les attaques de brigands et les tentatives d’assassinats. Là au moins, on a pas le temps de réfléchir, pas le temps d’avoir peur. On nous attaque et notre corps répond. Naturellement.

Les yeux baissés, Sybelle sent son âme s’étioler tandis que la blonde parle… Quelle chance y a-t-il pour qu’elle réunisse cet argent qu’elle n’a pas en trois jours ? C’est impossible, elle ne s’en sortira jamais… Et elle préfère mourir plutôt que d’avoir à subir ça de nouveau. De toute manière, elle n’y survivrait pas.

Enfin, sur une sortie magistrale, Cyrielle la laisse seule dans le noir, avec pour seule compagnie la douleur. Lentement, elle se remet sur pied et son bras blessé serré contre sa poitrine, elle regagne la salle d’une démarche titubante. En la voyant, si pâle, avec sur les joues, des larmes roulant encore et encore sans qu’elle puisse y faire quoique ce soit, les gens se contentent de détourner les yeux : la souffrance, on ne la regarde pas.

De retour chez elle, la jeune femme se soigne en se mordant la langue pour ne pas hurler : elle ne veut pas réveiller les autres personnes. Ceci fait, elle compte l’argent qu’il lui reste, réalise qu’elle a cette broche en or et pierres précieuses qu’elle peut vendre et enfin, elle écrit à son frère. Bien sur, elle aurait pu réveiller sa cousine et lui demander de l’argent. Syuzanna aurait surement accepté de le lui donner et elle l’aurait même soigné et consolé… Mais elle ne veut pas lui faire subir le poids de ses propres erreurs alors que tout va bien pour elle. Et puis, Darren est son héros depuis toujours, la sauver c’est une sorte de seconde nature chez lui.
La lettre envoyée, la jeune femme s’effondre dans son lit où elle se recroqueville et là, les larmes qui coulent depuis qu’elle a quitté la taverne se transforme en long et douloureux sanglots. Cette nuit là elle ne dormira pas.



Trois jours plus tard, Sybelle arrive à la taverne pile à l’heure, mais contrairement à sa dernière visite, elle n’est ni pleine de joie, ni sulfureuse, ni quoique ce soit du genre. Depuis trois jours elle a à peine dormi et encore moins mangé. A chaque fois qu’elle ferme les yeux, c’est le visage de Cyrielle qui lui apparaît. A chaque coin de rue, elle croit l’apercevoir… Bref, elle est terrorisée et cela se ressent physiquement. Ce soir là, la rouquine a revêtu une longue robe noire aux manches serrées qui cachent le bandage entourant son bras et la couleur du vêtement ne fait que ressortir la pâleur presque maladive de sa peau. Ses boucles rousses formant habituellement un halo autour de son visage poupin sont ramenés en un chignon strict qui ne fait que rendre plus visible les cernes sous ses yeux qui eux, semblent éteints. Sous son bras, la jeune femme tient une cassette en bois sombre contenant les huit cent écus demandés : entre l’argent qu’elle avait encore, la vente de la broche et ce que lui a envoyé son frère, tout y est. Elle est ruinée, mais tout y est et c'est tout ce qui compte.
Ne lui reste donc plus qu’à prier pour que l’entrevue soit courte, qu’elle puisse enfin fuir ce cauchemar dans lequel elle vit depuis trois jours.

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Cyrielle.
    Mais cette fois, si Sybelle est à l’heure, c’est Cyrielle qui est à la bourre. Pas qu’un peu d’ailleurs. Aussi ronflante que les tracteurs que l’on inventera quelques siècles plus tard, la Fauve dort & récupère d’une journée mouvementée, trônant sur une paillasse bordée de puces qui ne lui appartiennent pas.
    Et pour la jeune rouquine, il faudra dire merci aux rats, & plus particulièrement à celui qui fait tomber la bouteille de vinasse au sol dans un bruit de verre brisé, & qui meurt dans un *couic* suite à un éclat lui transperçant le crâne, pour avoir réveillé la vieille créancière. L’œil aux cils blonds étonnamment longs s’ouvre sur un azur grisé particulièrement terne qui se hâte de se protéger d’une main fine & sale.

    Avant que le corps tout entier ne se redresse vivement.
    Ce qu’il faut savoir, tout d’abord, que Cyrielle ne passe pas sa vie à parier, boire, exécuter des contrats, dépenser ses écus pour des drôles de babioles & à courir ses débiteurs, non. Ce qu’il faut savoir, en fait, c’est que la Fauve est une femme avant tout, & que malgré l’approchante quarantaine, malgré son œil manquant & son visage à moitié brûlé d’une bien vilaine façon, oui, malgré tout ça, & son corps encore brisé par mille endroits, il y a encore des hommes pour vouloir de son corps, de ses traits, & de son cul, qu’on jurerait parfait.
    Il faut bien quelques qualités.

    Ainsi donc, c’est un homme qui gît à ses côtés, ronflant plus fort qu’elle d’ailleurs, mais qu’importe. Il n’a aucun intérêt dans notre histoire, si ce n’est que c’est bien à cause de lui que Cyrielle est en retard, débraillée, & l’œil étrangement torve.

    Car c’est à cause de Sybelle, après tout, qu’elle s’est forcée à sortir de la chaleur de la paillasse, alors qu’elle aurait pu passer une nuit de plus sans sortir, à récupérer de sa longue après-midi à s’envoyer en l’air avec un parfait inconnu.
    Foutre, ce que ses débiteurs sont chiants.

    Bref, la Fauve est là & s’affale dans un gémissement épuisé sur la chaise à côté de Sybelle. Déjà, sa main s’est posée sur l’épaule fine, alors que l’haleine probablement fétide s’insinue dans les narines délicates de la rousse. La nature incongrue de la scène ne semble pas même choquer la borgne, qui, d’un sourire furtif, entame la conversation.

    « Bonsoir, mon joli cœur. Tu m’offres un verre ? »

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Sybelle
Enfin elle apparaît. Les minutes de retard ont semblé être des heures à Sybelle qui, lorsqu'elle voit la blonde entrer se sent au bord de l'évanouissement. Jamais au grand jamais elle ne pourra oublier le visage de cette femme et encore moins la souffrance qui y est associée. Cyrielle, le cauchemar vivant... Pour le restant de sa vie, l'écossaise la craindra plus encore que la Faucheuse. Toute en puanteur et nonchalance, la blonde commence à parler, ignorant sûrement volontairement le souffle court de sa voisine et ses mains tremblantes.

Un verre de vin pour madame, commande-t-elle d'une voix blanche en désignant son bourreau d'un geste de la tête.

Hochant la tête, le tavernier dépose un verre devant la blonde avant de s’écarter des deux femmes. Dans le même temps, Sybelle elle pose la cassette de bois sur le comptoir poisseux et la pousse dans la direction avant de retirer précipitamment sa main, craignant que l'autre ne s'en empare.

Il y a les huit cents écus, murmure-t-elle, sans oser regarder la blonde.

Voilà. C'est fait. Et maintenant, elle va partir très, très vite et très, très loin. Se laissant glisser de son tabouret la NicAvoy s’écarte de Cyrielle d'un pas, toute en prudence. Elle lui laisse une seconde pour s'assurer que la somme y est bien et lorsque c'est fait, elle part sans demander son reste, laissant la porte ouverte derrière elle, terrifiée qu'elle est à l'idée que la blonde dans une lubie ne décide qu'elle n'a pas assez joué trois jours plus tôt.

Une fois hors de la taverne, Sybelle n'hésite pas une seule seconde et elle se met à courir jusqu'à en être hors d'haleine. Au bout de quelques minutes elle se laisse tomber à genoux, se fichant bien de salir sa robe et elle se recroqueville sur elle-même sous les regards surpris des rares personnes à encore traîner dans les rues à cette heure là. Reprenant son souffle, la jeune femme laisse les larmes rouler sur ses joues, la lavant de l'état d'anxiété dans lequel elle a baigné depuis sa dernière rencontre avec la Terrible. Mais comme cela ne suffit pas, elle se relève et retourne à la Tour toujours en courant. Là, elle réunit ses affaires avant de sceller son cheval pour quitter la région. Elle veut mettre le plus de distance possible entre elle et sa tortionnaire. Elle ira vers le sud. Ne reste plus qu'à espérer que sous un soleil indolent elle saura se remettre tant physiquement que mentalement de cette rencontre... Mais cela reste peu probable. Une rencontre avec la Fauve, ça n'est pas une rencontre dont on se guérit facilement.

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Cyrielle.
    « Je te crois. »
    Et je n’ai pas le choix.

    Pas que Cyrielle ne sache pas compter, non – il est toujours bon de savoir combien de têtes il doit rester à couper – mais s’amuser à sortir chaque pièces devant les yeux affamés des badauds ivres & pauvres est loin d’être une bonne idée.
    Elle se saisit du verre, sans même jeter un coup d’œil à la cassette déposée, fixant résolument le visage effrayé de la rouquine.
    Qui s’enfuit. L’intelligence ne l’a pas encore délaissée.

    Fuis, mon enfant, & ne te retourne pas.
    Le monstre est derrière toi, s’est coulé dans tes rêves, ne te lâchera pas.
    Fuis, mon enfant, non, ne te retourne pas.
    A quelques pas de toi, dans les plis de ton ombre, le monstre se glissera.


    Non, une rencontre avec la Fauve, ça n'est pas une rencontre dont on se guérit facilement.

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