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RP - Association de malfaiteurs

Fleur_des_pois
The girl I could not trust
The girl was bad
The girl was dangerous


Les ruelles étaient loin d’être vides. Tout au contraire, elles grouillaient de monde. Le rebut de la société s’amassait là, trafiquant, assassinant, volant. Entre autres activités du même acabit. Prostituées côtoyaient truands, et tout cela était normal. Il était des lieus et des heures, dans Paris, où il ne fallait pas se retrouver seul. Au risque de ne jamais rentrer.
C’était précisément l’une de ces heures et l’un de ces lieux. Et Fleur-des-Pois était seule. Pourtant elle n’avait pas peur. La présence du chien noir et blanc à trois pattes ne constituait pourtant pas une protection.

La ruelle dans laquelle elle venait de s’engager puait la mort. Avec raison, puisqu’un corps sans vie gisait dans la fange. Les rats avaient déjà commencé leur travail. La chair du visage avait presque entièrement disparu. Les globes oculaires étaient vides, et ses lèvres disparues offraient comme un rictus horrible à ce visage méconnaissable.
Ce spectacle pourtant peu appétissant ne semblait pas troubler la jeune fille, qui poursuivit son chemin. La brune cherchait quelque chose. Et vu son air soudainement satisfait, elle venait de le trouver. La taverne au « Rat Dégoût » était ouverte nuit et jour. Ce qui tombait bien. C’était pour cette raison qu’elle l’avait choisi. Il ne faisait pas encore nuit, mais deux heures auraient tôt fait de plonger le monde dans le noir.

Lorsque Fleur ouvrit la porte, tous les regards convergèrent vers elle. Un mince sourire étira subrepticement ses lèvres. Elle avait l’habitude d’être dévisagée. Elle était belle, très belle. C’en était presque douloureux pour les spectateurs. Sa masse de cheveux noirs cascadant jusqu’à ses hanches fleuraient bon la violette. Ses yeux bruns brillaient d’une intelligence quelque peu retorse. Son nez était droit, sa bouche pleine et ourlée. Son ovale de visage était parfait. Ses pommettes tout comme son front, étaient hautes. Elle n’était pas grande, et possédait les formes nécessaires. Son teint halé des filles du sud contrastait avec l’air pâlichon des clients de l’auberge. Fleur était belle, oui. Et Fleur le savait.

Elle s’approcha du comptoir, et en profita pour examiner les lieux. Une mince pellicule de graisse recouvrait le sol. Les carreaux des fenêtres étaient si sales qu’on ne distinguait rien au travers. La surface des tables étaient collante des bières qui s’y étaient renversées. Et ça et là, quelques étranges tâches rouges parsemaient tantôt le pavé, tantôt les murs, tantôt les meubles.
Posant les mains sur le bois poli par les coudes des clients, Fleur chercha le regard du tavernier. Ses ongles suivirent un instant les nombreux accrocs gravés dans le chêne. L’homme enfin, daigna la regarder. C’était le seul qui n’avait pas levé les yeux vers elle lorsqu’elle était apparue.


Je veux deux verres, et un pichet de vin, s’il te plait.

Avant même qu’il ait eu le temps de lui réclamer sa monnaie, les pièces étaient déposées devant lui. Il n’avait plus qu’à servir. Ses épais sourcils noirs se froncèrent. Et il se gratta une barbe sans doute pleine de puces. Mais il finit par déposer devant elle ce qu’elle avait demandé.
Souriant légèrement, Fleur s’empara du tout. La Fée prit place devant la table la plus proche. Son rendez-vous n’était pas arrivé. Cela tombait bien. Elle aimait être en avance. Cela lui permettait d’exécuter certaines tâches en toute discrétion.

Déposant les verres sur la table, elle s’empara de l’un d’entre eux. Puis, extirpant de sa besace de cuir quatre fioles de verre, de tailles et formes identiques, elle en déboucha une. Et versa quelques gouttes dans l’un des verres. Elle le fit glisser à la place de son rendez-vous. Tout était parfait. Doucement, d’une voix mélodieuse, elle se mit à chanter un air de sa composition. Dandelion semblait l'écouter, couché à ses pieds.


Belladone, je te donne,
Cigüe, je te tue,
Digitale te rend létal,
Assassiné par du laurier,
Ce rhizome t’assomme,
Intoxiqué par le joli muguet.
Puisqu’un jour tout le monde meurt,
Autant que ce soit tué par les fleurs,
Fleur-des-Pois, appelle-moi,
Pour faire passer de vie à trépas.
Avec les fleurs, pas de magie,
Il suffit juste de bien avoir appris.


Titre : Michael Jackson - Dangerous
Je ne fais pas confiance à cette fille
Cette fille est méchante
Cette fille est dangereuse

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Sybelle
He had it coming,
He had it coming,
He only had himself to blame.*



Les âmes peuvent être comparées à des pièces de tissus. Certaines sont de lin ou de laine et d'autres sont de velours ou de soie. Il en existe de toutes les couleurs, de toutes les formes et chacune est couverte de motifs différents. Toutefois si les âmes sont toutes différentes, elles ont un point commun : aucune ne change du tout au tout. Comme les pièces de tissus auxquelles elles peuvent être associées, les âmes sont parfois déchirées et tâchées mais aussi raccommodées. Leurs couleurs peuvent faner et elles peuvent même déteindre les unes sur les autres tel deux vêtements laver ensemble. Mais jamais une âme ne devient une autre âme, parce que ce qu'on est en naissant, on ne cesse jamais vraiment de l'être.

Sybelle elle, a une âme d'enfant turbulent passant son temps à se cogner à la vie et à tomber à genoux dans la gadoue pour aussitôt se relever - parfois en boitillant, mais toujours avec la même soif d'aventure. Son âme est de soie bleu comme un ciel d'été et elle est d'ores et déjà toute recousue avec en option ajout de p'tits bouts de tissus pour qu'on ne voit plus les trous. Et en enfant qu'elle est, la rouquine a le goût des contradictions. Lorsque tout le monde est noir, elle est blanche. Lorsqu'on lui dit haut elle dit bas. Lorsqu'on lui parle mariage elle pense meurtre.

C'est donc charmante dans sa robe blanche, ses longs cheveux roux relevés en chignon et décorés d'un ruban jaune poussin, elle avance en sifflotant dans le dédale de rues crasseuses qu'on trouve dans les bas-fonds de Paris. Habituée à fréquenter des endroits on ne peut plus étranges, elle ne prend même pas la peine de s'offusquer des activités plus ou moins licites que les gens exercent autour d'elle, pas plus qu'elle ne s'arrête devant le cadavre à demi-rongé par les rats qui empeste toute la ruelle dans laquelle elle évolue. Tout juste retrousse-t-elle le nez, occupée comme elle est à réfléchir à son mariage à venir.

Dans une société où être amoureux semble être la norme, elle, elle hait son fiancé. De toutes ses forces. Ce qui ne l'empêche pas pour autant d'organiser ses futures noces avec un zèle sans pareil. Tout doit être parfait, de la couleur des nappes à la composition des bouquets en passant par les boissons au menu et la liste des invités. Et c'est d'ailleurs ça qui l’amène au Rat Dégoût, puisqu'elle doit y retrouver l'invité d'honneur de cette journée-là : Gaia Corleone alias Fleur-des-Pois, empoisonneuse de son état. Son amie et elle l'espère, sa sauveuse. Enfin, si elle le veut bien.

Poussant la porte – branlante – de la taverne, elle ne tarde pas à repérer celle qu'elle vient voir et pour cause : au milieu des brutes et des catins édentées, il se dégage de Gaia une aura incroyable, au point que les regards sont automatiquement attirés par elle. Rarement, Sybelle a eu l'heur de rencontrer si belle femme, et pourtant, celles de sa propre famille sont toutes dotées de traits fins, charmants et de caractères propres à subjuguer quiconque. D'ailleurs, elle-même n'est pas laide, bien au contraire. Elle est dotée d'une beauté enfantine, toute en légèreté et en douceur. Mais en rien on ne peut la comparer à la brune car plus que ses traits parfaits, c'est son charisme – et son mystère aussi – qui rendent celle-ci si attirante.

S'approchant, la jeune femme flatte la tête de son chien à trois pattes d'une caresse avant de brièvement poser sa main sur celle de sa propriétaire. Celle-ci a eu l'intelligence de déjà commander à boire ce qui tire un sourire à la renarde qui, en écossaise digne de ce nom, est toujours prête à boire un verre (ou dix).


Je suis heureuse de te voir, Fleur, avoue-t-elle avant de boire une gorgée de vin, ne songeant pas une seule seconde à se méfier de la belle empoisonneuse qui lui fait face. Et après tout, qui l'eut fait ? Elles se connaissent, leurs familles respectives sont liées par le mariage (bon, un mariage atypique, mais un mariage quand même) et surtout, elles partagent la même foi, fait ô combien important pour la druidesse en devenir qu'elle est. Dis moi, tu as quelque chose de prévu le dix mai ? Demande-t-elle dans un sourire enjôleur, préférant entrer directement dans le vif du sujet, ne se doutant pas que d'ores et déjà dans ses veines, coule un liquide qui n'y a pas sa place.


*Cell block Tango, version de Glee :
Il l'a bien cherché,
Il l'a bien cherché,
Il ne peut s'en prendre qu'à lui même.

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Fleur_des_pois
A smooth criminal

Sybelle are you OK ?



L’arrivée de Sybelle fut comme une bouffée d’air frais dans une pièce puante. Elle était si jolie, songea Fleur. Si innocente malgré ses ascendances. Elle était comme… un rayon de soleil. Oui, cela lui allait bien. Un sourire effleura les lèvres de l’Ortie. Sa nouvelle meilleure amie. Peut-être qu’elle n’était pas obligée de jouer avec elle. Et si cela compromettait leur amitié toute fraiche ? Non, décida le Poison. Sybelle comprendrait. Et puis ce n’était qu’un jeu. Elle ne la laisserait pas mourir. Mais elle ne le lui dirait pas. Il ne fallait pas gâcher le jeu. Car la vie n’était-elle pas précisément ceci ? Prendre des risques. Se mettre en danger. On y réchappait toujours. Sauf la dernière des fois. Et Sybelle n’avait pas encore atteint sa « dernière partie ». Pas tant que ce serait elle qui manierait les fioles.

Je suis heureuse de te voir aussi, répondit-elle sincèrement.

Car même si Fleur avait glissé du poison dans le verre de la rousse, elle l’aimait beaucoup. C’était sa meilleure amie après tout, non ?
Fleur se pencha en avant. Ses longs cheveux dévalant ses épaules, coulant sur ses avants bras. Un sourire joyeux éclaira son visage. Quelque part dans la taverne, un homme poussa un éclat de rire à faire frissonner un mort. Mais la Fée ne l’entendit pas, ou peu. Tous ses sens étaient concentrés sur ce qui se passait devant elle. Cela promettait d’être un spectacle magnifique. Isolda la Guérisseuse, celle qui l’avait sortie du couvent, avait peut-être raison quand elle la traitait de sorcière. Peut-être en était-elle une, après tout.


Le dix mai ? Je ne fais rien de spécial. Et toi, ajouta-t-elle, tu risques bien de n’avoir plus rien à faire du tout.

Fleur se recula brusquement. Se calant dans sa chaise, elle désigna les quatre fioles devant elle. Puis le verre de Sybelle à moitié vide.

J’ai mis du poison dans ton verre avant que tu arrives. Tu as environ… disons un quart d’heure avant les premiers effets. Et la demie d’une heure avant de rendre l’âme. Le poison que je t’ai donné se trouve parmi ces quatre fioles. Et l’un d’elles est le contrepoison. Une autre est un autre poison. Enfin, la quatrième ne contient que de l’eau de rose. Inoffensif, mais ne soigne rien du tout. A part certains problèmes de peau, mais cela ne nous intéresse pas, n’est-ce pas ?

Fleur but elle-même une gorgée de son propre verre, dénué de tout poison, cela s’entend. Le visage de Sybelle exprimait… Eh bien la même chose que les autres. Cherchait-elle à cacher sa peur ? S’énerverait-elle et gâcherait-elle un temps précieux à la frapper, avant de prendre une décision à la va-vite ? Ou bien s’obligerait-elle au calme et à la réflexion ? La partie qu’elles allaient aborder était sa phase préférée. L’énigme. Fleur l’avait volontairement rendue facile : elle voulait que son amie trouve vite, et par elle-même.

Mais il n’est pas question que tu meurs. Ceci est un jeu. Dangereux, certes, mais jeu tout de même. Je vais te poser une énigme. Si tu réfléchis bien, tu trouveras la réponse sans peine. Comme tu le vois, il y a un ruban bleu, un ruban vert, un ruban jaune, et un ruban rose autour des goulots. Tu vas voir, c’est très simple. Ecoute-moi bien, et ça ira. Il y a un couplet pour chaque fiole. Et les couplets sont dans le désordre. Trouve qui est qui, et tu auras la vie sauve.

Fleur disposa les fioles selon un certain ordre. Vert, jaune, bleu, et rose. Elle se racla la gorge et commença :

A ma droite le néant,
A ma gauche, rien d’important,
Poison.

Entre la douceur et la mort,
Je garantis la vie,
Tu me désires.

A côté de moi, tu le bois déjà,
Mon autre voisin, tu le voudrais bien.
Douce odeur.

Celui que tu veux est à mes côtés,
De l’autre, je risque de tomber,
Empoisonné.


De nouveau, l'Ortie se recula. Souriant gentiment à Sybelle, elle but une nouvelle gorgée.

N'oublie pas. Un quart d'heure avant les premiers effets. Mais je te laisse réfléchir.


Titre : adaptation de A Smooth Criminal - Michael Jackson
Une tueur élégant
...
Sybelle est-ce que ça va ?

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Sybelle
Precious people always tell me
That's a step, a step too far
Do you really want to hurt me ?
Do you really want to make me cry ?*



L'annonce tombe et Sybelle, elle, se fige. Que dire ? Quoi faire ? Comment réagir ? Tout semble inapproprié à cet instant. Habituellement face à la difficulté, la rousse préfère la fuite et ce plus particulièrement lorsque les sentiments se mêlent à l'addition. Parce que si elle peut sembler sûre d'elle, voir même insensible, derrière le masque elle a tout d'une enfant effrayée.

Se forçant au calme, la renarde prend une grande bouffée d'air et elle reste muette. Son attention toute entière se focalise sur la devinette de Fleur : après tout, c'est une question de vie ou de mort. La Corleone se tait finalement, mais dans l'esprit de la NicAvoy les mots tournent et tournent encore. « Entre la douceur et la mort,  Je garantis la vie, Tu me désires... » Oui, c'est vrai. Sybelle le veut cet antidote. Elle veut vivre. Parce que malgré toutes les peines qu'elle a pu connaître, malgré la douleur, elle a toujours eu un instinct de survit, une soif d'exister et de ressentir plus forte que tout. Plutôt être malheureuse que déjà morte. Voilà son credo et ce n'est pas encore aujourd'hui qu'elle va lâcher prise.

Sentant poindre la migraine, la jeune femme se demande vaguement si le quart d'heure est déjà passé, mais elle en doute. L'énigme n'est pas bien compliquée et même si par prudence, elle la pense et repense dans tout les sens, elle a deviné quelle fiole contient l'antidote. Posant doucement la main sur celle entourée d'un ruban jaune, elle relève les yeux vers Fleur.


Ai-je bien deviner ? Demande-t-elle dans un sourire. Ou alors suis-je en train de courir à ma mort ?

Observant le beau visage de la brune, Sybelle sent son sourire s'agrandir. Elle ne croit pas que celle-ci ait réellement voulu sa mort. Tout ceci n'est qu'un test, un jeu. Un jeu dangereux et mortel. Un jeu excitant. Et maintenant c'est au tour de la rousse qui joue le tout pour le tout. Soit elle a vu juste et alors Gaia voudra lui sauver la vie, soit elle mourra stupidement. Dans le premier des cas, l'Italienne devra la convaincre de boire cet antidote.

Retirant sa main de la fiole, la rousse reprend son verre et le termine, un air effronté gravé sur le visage. Étonnement, le liquide qui coule dans sa gorge n'est pas si amère que ça. Il a le goût sucré des plaisirs défendus.


Je ne sais pas si j'ai envie de boire cet antidote. Tu penses que je devrais ? Et que crois-tu que je serais dans ma prochaine vie ? Je me vois bien renarde. C'est un noble animal le renard : astucieux, sauvage, beau... Et puis il est roux. J'aimerais bien croire que ceci est ma dernière vie mais cela me semble improbable. Je ne suis pas encore si sage que ça, dit-elle, comme si elle parlait du beau temps plutôt que de sa mort. Dis moi Gaia, il agit en combien de temps ton poison ? Entre le moment de l'ingestion et la mort ? Il doit bien y avoir dix minutes de passées, j'aurais bientôt mal, mais j'aimerais bien savoir combien de temps ça va durer. Si j'ai le temps j'irais bien acheter une pomme avant de mourir. J'adore les pommes, ajoute-t-elle, toujours aussi souriante, allant jusqu'à tapoter la main de Fleur tout en douceur, dans un geste pleins d'amitié. Quand je serais morte, tu voudras bien aller le dire à ma famille ? Je ne voudrais pas qu'ils croient que j'ai fuit. Mais ne leur dit pas que tu m'as tué, d'accord ? Ça pourrait être dangereux pour toi et je ne voudrais pas qu'il t'arrive un malheur.

Plongeant son regard dans celui de l'Ortie, elle tente de la sonder, de deviner ses pensées et ses intentions.
L'émeraude rencontre l'ambre et il y a comme un sourire dans cet échange. Étrangement, les deux femmes se comprennent. Mais après tout, le jeu n'appartient pas qu'à celle qui l'initie. L'autre aussi a le droit de l'apprécier et de gagner. De montrer qu'elle est maîtresse de son destin.

C'est la funambule contre l'empoisonneuse.
Le lutin contre la fée.
La vie contre la mort.

Le jeu vient de commencer. Reste à savoir qui des deux gagnera.



*Do you really want to hurt me, Culture Club :
Les gens précieux me disent toujours
C'est un pas, un pas trop loin
Veux-tu vraiment me blesser ?
Veux-tu vraiment me faire pleurer ?

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Fleur_des_pois
A trop jouer avec le feu
La mort les yeux dans les yeux

A trop vivre sur le fil
A trop faire les imbéciles

Freine
Tire un peu plus fort sur les rênes
Avant qu'on se fasse de la peine
Avant que le vide nous entraîne


Sybelle avait trouvé sans grande peine. La prochaine fois, il lui faudrait corser les choses, songea Fleur. Mais voilà que la Renarde jouait avec l’Ortie. Provocation ? Cela arracha un sourire à la Fée. Elle aimait jouer, définitivement. Et l’Ecossaise aussi visiblement. Issues toutes deux de peuplades au sang bouillonnant, elles affichaient pourtant un calme olympien. Si la rousse voulait prendre le risque, la brune ne l’en empêcherait pas. Dans un premier temps. Sybelle n’était pas ce genre de filles qui se laissaient mourir sans réagir. Elle aimait la vie, sans aucun doute.

Tu as bien deviné, répondit Fleur en tendant une main.

D’un geste lent, étudié, l’Ortie fit basculer les trois fioles inutiles. L’antidote était désormais seul debout. Les doigts agiles du Poison s’en saisirent. Sybelle venait d’achever son verre. Tout autre qu’elle l’aurait probablement jeté à travers pièce. Mais elle ne l’avait pas fait. Et quelque part, cela ravit Fleur. Une amie à sa mesure. Son sourire s’accentua.


Je te vois bien en renard, oui. Agile, malin, sauvage, c’est tout toi. Pour ma part, si je devais me réincarner… je pense que ce serait en vipère. Froid et mortel. Oui, cela m’irait bien. Mais tu sais sans doute que l’on revit jusqu’à ce qu’on ne fasse plus jamais d’erreurs ? Cela me parait… compliqué. J’ai encore quelques vies après celle-là.

Gaia repoussa une mèche de cheveux noirs. Elle déboucha le flacon et en huma l’odeur qui s’en dégageait.

Les premiers effets se font sentir au bout d’un quart d’heure, comme je disais. Ensuite, c’est variable, cela dépend de ta constitution. Disons entre une demi-heure et deux heures. En attendant, tu souffriras probablement comme tu n’as jamais souffert auparavant. Douleurs à la poitrine… sensation de brûlure… soif inextinguible… convulsions... jusqu’à arrêt du cœur par impossibilité respiratoire. C’est moche. Mais je te souhaite bonne chance.

Lentement, Fleur renversa sur le sol le précieux contenu de la fiole. Ce n’était qu’un dépuratif lié à un purgatif. Tant que le poison ne s’était pas infiltré dans les veines, il était utile. Mais ensuite… cela devenait beaucoup plus compliqué.
Néanmoins, l’Ortie ne tenait pas à la mort de Sybelle. Elle n’aurait rien de drôle. La jeune rousse était sa seule amie, après tout. Si on exceptait Dandelion. Mais puisque la Renarde voulait valser avec sa propre vie, Fleur entrait dans la danse.
En bonne joueuse, l’Ortie avait plusieurs cartes dans sa manche. Plusieurs remèdes aussi. Mais le dire à Sybelle ? Non, ce n’était pas utile. Pas encore. Fleur voulait savoir. La jeune rousse était-elle aussi solide qu’elle y paraissait ? Ou bien tout ceci était-il… du vent ?


J’irai les prévenir, ne t’en fais pas. Sans doute Merwynn t’organisera des funérailles dignes de toi. Sache que je te pleurerai sincèrement. Dommage que nous n’ayons pas été amies plus longuement. On aurait fait des choses étonnantes, toutes les deux.

Si la rousse acceptait sa mort sans plus sourciller ? Fleur fut tentée de grimacer à cette pensée. Son visage toutefois devait rester impassible. Mais la question demeurait. Eh bien, songea l’Ortie. Elle se verrait dans l’obligation de la soigner de force.


Titre : On se fait peur - David Hallyday et Laura Smet

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Sybelle
I feel connected, protected,
[...]
You hear me, you're near me,
and everything else's gonna be alright.*



Les yeux fixés sur les mains de la Corleone tandis qu'elle se débarrasse du remède, Sybelle ne fait toutefois pas le moindre geste pour l'empêcher de réduire à néant ses chances de survie. Elle a l'intime conviction que rien de mauvais ne va lui arriver aujourd'hui. Fleur est dangereuse, vénéneuse même, c'est certain mais aussi étonnant que cela puisse paraître étant donné qu'elle a été empoisonnée par elle, la rousse continue d'avoir confiance. Peut-être parce qu'elles partagent la même foi et que cela a plus de valeur que bien des choses à ses yeux. Ou alors peut-être est-ce tout simplement parce que dans les attitudes de la brune, elle se retrouve d'une manière surprenante : il y a quelque chose qui les rapproche, qui les relie. Qui fait qu'elles se ressemblent et ce peu importe ô combien leurs apparences ou leurs passés diffèrent.

Se calant contre le dossier de sa chaise, Sybelle croise les jambes et sourit à son amie. Non, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'elle lâchera son dernier souffle : c'est hors de question pour elle et, elle en est certaine, pour Fleur aussi.


Tu ne veux pas que je meurs Gaia, affirme-t-elle, posément, dans un sourire, comme si c'était aussi évident que «2+2 = 4 ». Alors que va-t-il se passer maintenant ? Tu me donnes un antidote maintenant ? Ou alors tu attends que je commence à avoir mal pour la beauté du spectacle ? Je ne suis pas sûre que je l'apprécierai personnellement, mais j'ai vécu pire. Ce n'est pas une crampe d'estomac qui viendra à bout de moi, vois-tu.

Observant le visage délicat de la brune, la renarde reste aussi solaire qu'à son habitude. Elle n'est pas abattue, ne se sent pas trahie... Elle joue avec le feu. Reste à savoir si elle se brûlera les doigts, mais ça c'est à l'italienne d'en décider.

Oh et tu sais Gaia, je ne te vois pas en vipère. Peut-être es-tu aussi froide... Mais on se méfie toujours des vipères alors que toi, tu es si belle que les gens se laissent piquer par toi sans même se rendre compte de ce qui se passe tant ils sont hypnotisés. Ou peut-être même sont-ils consentants.

Remplissant de nouveau leurs verres, elle avale une gorgée de vin, prenant tout son temps pour en savourer le goût alors que l'alcool coule dans sa bouche.

Oui... Je suis prête à parier que nombreux sont ceux dont tu as empoisonné cœurs et esprits et qui se sont laissés faire avec un délice certain. Alors toi, en vipère ? Non... Toi tu as tout d'un félin ma belle : gracieux, majestueux, incitant à la langueur... Et capable en une seconde d'enfoncer ses griffes dans la main qui un instant plutôt le caressait.

Et en disant ceci, l'écossaise sent son sourire s'élargir : si ses proches peuvent avoir la certitude qu'elle est prête à tout, même mourir pour eux (la preuve, elle se mari pour eux), il est clair que personne d'autre ne peut avoir confiance en elle. Se jouer des autres, se moquer de leurs émotions est bien trop amusant pour qu'elle se laisse aller à des sentiments aussi vains que la pitié ou la générosité de l'âme. Ce qu'il y a de positif en elle, elle ne l'offre qu'à quelques élus. Et ça, cette cruauté aux notes douces-amères, elle la partage avec l'empoisonneuse.

Soudain prise d'une crampe, ou plus exactement, alors qu'elle a l'impression que ses entrailles sont en train de se distordre, elle plaque une main sur son ventre, les lèvres si serrées qu'elles ne forment plus qu'une mince ligne rosée barrant son visage. Ça y est : elle a mal. Reste à savoir maintenant si cette sensation est la dernière qu'elle connaîtra.



*Connected, Katharine McPhee,
Je me sens connectée, protégée,
[...]
Tu m'entends, tu es prêt de moi,
Et tout le reste ira bien.

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