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[RP - Lusigny] Les gens m'appellent l'idole des jeunes...

Charlemagne_vf
    Il en est même qui mendient
    Mais ils ne savent pas dans la vie
    Que parfois, je m'ennuie.
    Johnny Hallyday


Et Charlemagne s'ennuyait justement quand il fut appelé "idole".
Rappel des faits : Le jeune Castelmaure, siégeant à la Tribune du Collège de la Noblesse Bourguignonne, avait eu le plaisir flatteur de s'entendre lire une demande d'entrée du Seigneur d'Henripont, qu'il croyait d'ailleurs Chevalier Banneret d'un endroit bizarre et lointain.
Ledit seigneur disait, sans flagornerie aucune, vouloir suivre les pas de son idole : Son Altesse Royale Charlemagne.

Le Fils de France, orgueilleux et ignorant du moindre second degré prit alors la chose à la lettre. Aussi, considérant que pour suivre ses pas, il fallait les connaître, le Castelmaure se fit mener en la demeure du candidat à l'entrée à l'Assemblée Nobiliaire.
A dire vrai, tromper son ennui était l'un des motifs de son déplacement.
Le Prince, souvent invité, ne manquait pas non plus de s'inviter où il n'était pas attendu. Son rang assurait qu'il soit reçu en vertu des règles d'hospitalité. Sa noblesse et sa naissance faisaient de sa présence en tous lieux un honneur.
Il honorait sans compter. Il pouvait aussi déshonorer avec facilité ; et malgré une malveillance certaine, l'Infant réservait les Châtiments et les humiliations pour des êtres spéciaux.
Gautier de Vaisneau n'avait rien de spécial, aux yeux de l'Aiglon. Ils s'étaient croisés, et c'était tout.
Or, le Duc du Nivernais, en Juge consciencieux, aimait à juger. Pas seulement les actes, mais aussi les êtres. Érudit, esthète, il entendait avoir un avis sur tout : pas pour le divulguer. Non.
L'Infant silencieux réservait ses jugements, tenant une liste malsaine des gens du monde qu'il avait rencontré. Là, il notait leur utilité, leur potentiel révélé, leur bêtise, mais aussi et surtout leur potentielle loyauté. Chacun de ceux lui ayant prêté serment, par politesse ou non, pouvait, lors, compter être rappelés un jour à leurs paroles.

Tirer au Vaisneau sa loyauté était une possibilité.
En réalité, l'Infant n'avait aucune idée de ce qu'il allait faire, dire, ou prétendre.
Voir, certainement.

Tôt, il arriva donc, et se fit mener. Bien sur, il dut se faire annoncer, non sans pompe. Il n'était pas attendu, il ne pouvait donc débarquer sur les terres de la Stilton et de son époux comme il le faisait, en personna grata chez Hauterive.
Chez Stilton, il faut frapper. Cela ne veut pas dire que l'on ne peut entrer.

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Raoul_et_raymond
L'assemblée venait de fermer. Eux se retrouvaient au chômage, tant que l'assemblée était moribonde on avait encore besoin d'eux mais là ! La blonde avait surement du avoir pitié d'eux aussi elle les embaucha. Ils allaient devoir surveiller les entrées et venu de la châtellenie de Lusigny. Au moins ils restaient en Bourgogne, aurait de quoi manger et un toit sur la tête et même une petite solde. En plus il y avait plein de femme sur les terres et de la gueuse pas comme à Dijon. Le seul hic était qu'il fallait rester propre selon les critères élisabetiens. Ce n'était pas grand chose en somme.

Les deux hommes étaient donc devant la grille, attendant, ou plutôt n'attendant personne quand on s'annonça. Heu oui d'accord mais déjà il n'y avait que le jeune maitre qui était là. Que faire ? Aller chercher le maitre ? Renvoyer la personne jusqu'au retour de la blonde, laisser entrer ?


Raoul : Mais attends c'est un prince de France !
Raymond : Tu crois ?
Raoul : Si si on l'a croisé quand il allait à la réunion des nobles. Tu sais au ch'teau. L'aut' truc des nobles à D'jon.
Raymond : Ah ... Et qu'est ce qu'on fait ?
Raoul : Je sais pas ...
Raymond : On préviens le seigneur ?
Raoul : Ouais.


Et donc le message fut donner au château qu'un prince de France attendait.
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Gautier.de.kestel
    3 + 2 = 7
    Le simple plaisir de faire des maths dans un RP. Sans talent, pour ne pas déroger à la coutume.


Après un été suspendu dans le temps, force avait été de constater que le froid revenait et que l'idylle provençal avec Maureen était définitivement achevé. Pourtant, Gautier insistait, bêtement; le réveil n'en serait que plus brutal. Il retardait sans cesse la rencontre entre son épouse et Maureen. La brune restait donc à Semur et logeait dans l'ancienne demeure du Vaisneau, Acelin veillant sur elle. Passer de la modeste et élémentaire tour en Semur au grand domaine de la Stilton était un changement particulier à vivre. Il y avait un abîme de différences entre sa vie d'avant le mariage et celle qui se jouait en ce moment. Tout s'opposait : le drap plus soyeux chez la Stilton, la cuisine de meilleure qualité, un train quotidien bien plus sage, il n'était pas un jour ici, l'autre là et le jour qui suit reste un inconnu. Non, en vérité il s'était changé en homme sérieux. La paternité, qui sait. Quand trois mois auparavant, son seul but dans la vie était de la vivre agréablement et retiré; à présent il réfléchissait d'avantage à son avenir, écrivait, plaidait un peu, et songeait même à de la politique en Orléans. Ce n'était non pas de l'ambition, mais plutôt le désir de participer à un ensemble que lui semblait être l'humanité. Selon lui, un homme restait un homme, aucun n'était inégalable, et chercher à se distinguer une aberration puisqu'on ne connaissait pas la génération suivante qui saurait peut être surpasser les ainés. D'ailleurs, il ne se pensait pas unique, bien au contraire, il ne voyait que des semblables autour de lui.

- Que se passe-t-il encore ? Eh bien dites qu'Elisabeth est absente. Je ne compte pas jouer le pigeon entre mon épouse et ses clients, amis, enfin tout ce qu'ils veulent.

Extirpé de ses pensées par les deux nouveaux gardes. Gautier ne songea pas un seul instant que la visite fut pour lui.
Outre la différence de richesse, Elisabeth était bien plus active que son époux; et même si le nombre des ses amis véritables ne dépassait pas forcément celui de Gautier, la plupart des visites reçues à Lusigny lui étaient destinées. Définitivement, ce mariage restait bien plus avantageux pour le Vaisneau.
Sauf que les gardes se répètent, le jeune avocat réalise et lève finalement la tête de son bureau.


- Comment ? Un prince de France, dites vous ? Celui avec la longueur du nom proportionnelle à l'égo ? Dans ce cas, je vais le recevoir. Faites le patienter au salon tandis que je m'habille. Mais qu'on ne fasse pas les maroufles, proposez lui à boire. Ah, ces princes ! Ils se croient tout permis ! S'inviter chez des presque inconnus sans même écrire au préalable.

La dernière remarque n'était que formalité, histoire que chacun profite de sa mauvaise humeur. Au fond, le jeune avocat se réjouissait de la visite. Elle promettait d'être divertissante et de le sortir du quotidien qu'il avait depuis son retour en Bourgogne. Mais ne vous méprenez pas, le quotidien avec Elisabeth n'était pas de tout repos, même très éloigné de l'ennui assurément.
Gautier voyait le prince comme un être assez particulier et jusqu'à présent il avait été source à la fois d'amusement et de curiosité. Il avait certainement pris sérieusement sa lettre destinée au collège. Le Vaisneau qui un an plus tôt rencontrait beaucoup de difficultés avec le second degré et l'humour, avait à présent l'impression de comprendre Charlemagne, bien qu'il ne l'ait rencontré que deux fois, ce qui lui donnait un plaisant petit sentiment de supériorité.

Le jeune Henripont se para sans trop se presser mais ne lambinant pas non plus, faudrait pas que le duc du Nivernais perde complètement patiente. Par contre, Gautier espérait bien lui faire comprendre qu'ici il n'était pas chez lui et que Prince ou pas Prince, il n'était pas bien poli d'arriver à l'improviste.
Vêtu sobrement, comme à son habitude, il rejoignit finalement le Von Frayneur. Une soubrette entra à sa suite pour apporter du Chablis à Charlemagne et un grand verre de lait à Gautier. Il ne songeait même pas à avoir honte. Il lui semblait que ne pas apprécier le lait était une grave faute de gout, enfant ou pas enfant.


- Votre Altesse, quelle plaisante surprise de vous trouver ici.

Le genre de phrase habituellement dégoulinante de miellerie, mais dans ce cas, elle résonnait plutôt sincérité. En effet, la visite était une surprise qui faisait plaisir à Gautier, comme expliqué plus haut.

- J'espère ne pas vous avoir trop fait attendre. Que me vaut l'honneur ?

Pour le coup, le niveau de franchise dans ses derniers propos baissa singulièrement.
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Charlemagne_vf
Tic & Tac, les gardes, étaient presque aussi stupides que la valetaille de Chablis. Moins amusants toutefois que Berthe, l'une des concierges de Bolchen. Son langage désolant était une cure, et même si elle était déconcertante dans les circonstances les plus dramatiques du monde, l'accoucheuse adjointe du Prince était le motif d'une satire complète de la valetaille : de fait, l'on pouvait rire à un enterrement, et nul ne pouvait le reprocher, puisque tous riaient aussi.
Mais Charlemagne ne rit pas, lui. Pas ouvertement, pas hors d'un huis clos.
L'Infant est un marbre froid et dur, une merveille de contrôle du corps, et le moindre de ses battements de coeur peut être décidé, rompu, ou repris.
Tic & Tac avaient des airs des gardes jumeaux des terres d'Empire de l'Aiglon. A croire qu'aucune maison respectable ne peut se passer d'un duo infernal à ses portes, histoire de poser une ambiance. Une ambiance prometteuse. In petto, le Castelmaure avait déjà souri. Physiquement, bien sur, il était resté rigide, frigide. Peut-être ses yeux avaient-ils arqué un amusement quelconque. Peut-être.

Descendu de son carrosse, l'Infant, vêtu du noir endeuillé depuis les trépas parentaux, se laissa guider jusqu'à un salon coquet. Coquet comme Elisabeth Stilton : à gerber, en d'autres mots.
En fait, l'Aiglon trouvait que tout cela manquait de goût et de luxe. Pourtant, la Dame de Lusigny est riche. Il parait.
De toutes façons, le Prince n'était pas là pour juger l'apparat des lieux, mais davantage pour se faire une idée du Maître de la maison. Le toutou d'Elisabeth Stilton avait-il été, lui, choisi avec goût ? Valait-il que le Duc du Nivernais pose son regard sur lui, et accepte de lui donner le modèle qu'il désirait ?
Parce qu'évidemment, Charlemagne est persuadé que Gautier n'attend que les enseignements de ce garçon qui n'a rien vécu encore, mais chez qui la dramaturgie est une vie. Fabulation et amplification : sa jeunesse romanesque suffit à nourrir les légendes et quelques ouvrages. Fils d'une Reine et d'un Roi, l'on pourrait déjà écrire une biographie. Un Justin Bieber avant l'heure, la frange et la connerie en moins.
La voix, en revanche.

Baby, baby, baby, oh.

Après tout, les femelles du Royaume n'étaient-elles pas en émoi sur le passage de ce carrosse sombre ? N'avait-il pas force prétendantes à écarter ? Des gueuses, des nobles, des princesses, des baronnes. Un jour, une rien-du-tout lui avait même pondu qu'il avait besoin d'une femme de rang inférieur, pour se sentir plus supérieur encore. Non-sens.
L'idole des jeunes, a-t-on dit.

Dans ce salon, donc, Charlemagne attendait, un verre de Chablis rempli. Au moins, le palais des Stilton-Vaisneau semblait délicat. C'était sans compter sur le lait qui vint ensuite tirer un sourire fin sur les lèvres de l'Altesse.
Jeune encore, il aimait le bon lait sorti du pis que lui faisait boire son père en lui expliquant que l'eau, c'était sale et plein de maladies. Lors, il ne toucha pas à son hanaps d'un vin qui lui avait été acheté. D'ailleurs, il aurait été déplacé de venir se nourrir de ce que ses métayers avaient du vendre à Lusigny.
Gautier parut, et pimpant.
A la différence de son épouse, le Seigneur d'Henripont n'avait pas la lubie de l'hostilité pour l'hostilité : cette manie fâcheuse de vouloir à tout prix s'opposer à plus puissant pour se sentir vivre. Lui, il savait l'honneur qui lui était fait. Il s'en contentait. Il plut alors à l'Infant, qui décida donc de se réchauffer un peu plus qu'il n'avait consenti à le faire avec Aimbaud de Josselinière, qui avait du lui offrir l'ivresse du vin pour le convaincre.


Seigneur. Je n'aime pas être surpris, mais surprendre est l'apanage des Princes. Merci de me recevoir, et de me flatter au Chablis. Toutefois, je prendrai aussi un nectar de vache.

Et n'allez pas croire que Charlemagne, comme Gautier, sont sponsorisés par une certaine mamelue, duchesse du Charolais.

Il m'a semblé que vous ne me teniez pas en inimitié. Vous avez souhaité être traité en noble de Bourgogne, alors je viens vous rendre les honneurs, justement.

C'était partiellement vrai. Béatrice, en son temps, invitait les tenants de ses fiefs voisins, qui étaient des remparts naturels avant d'entrer en Nivernais, Chablis, Laignes ou Chastellux. L'excuse eut pu être invoquée, si Lusigny n'avait pas été tant situé près de l'Ouche que de la Nièvre.
Alors on avait enjolivé.


Et mes erreurs quant à vos fiefs ont plus de raisons d'être corrigées ici qu'au Palais de Justice, n'est-ce pas ?

Curiosité mal placée, mais royales privilèges. Apanage princier, en somme.
Charlemagne croisa les doigts, et lorsqu'on lui servit du lait, délaissant son Chablis adoré, il y trempa les lèvres, ne les laissant reparaître qu'ornées d'une fine moustache blanche.

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Gautier.de.kestel
Comment n'y avait il pas pensé ? Que Charlemagne souhaite rencontrer l'homme qui alimentait allègrement sa fierté était évidence. Pourquoi fallait-il que ce soient les bêtises de Gautier, bâtard pas même reconnu comme tel, possédant un sang aussi souillé que celui du Prince était pur, qui servent de repas à ce monstre d’orgueil ? Surement parce qu'une Altesse Royale avait le sérieux collé à la peau et n'entendait rien au second degré et qu'un zouave avait tenté de s'en moquer. A présent il n'était plus question de répondre : "Nan mais c'était de l'humour, espèce de bouffon.". Le jeune Henripont pourtant faisait marcher son cerveau à vive allure pour faire redescendre Charlemagne sur terre sans trop de dégâts. Observant et écoutant ce fils de Reyne, il fallut bien se résoudre : le Prince n'était pas terrien et il vivait perché avant que Gautier ne lui offre une échelle.

Inutile de blesser son égo, solution qui paraissait la plus simple et expéditive, le Castelmaure ne comprendrait certainement pas et puis quitte à ce qu'il soit là, autant ne pas se le mettre à dos. Tenter de s'en faire un ami, alternative plus sympathique, relevait malheureusement de l'impossible, songeait Gautier. Tout en Charlemagne résonnait noble : de l'allure du doigt de pied au plus profond du caractère et de l'âme; tandis que tout chez Gautier traduisait l'imposture. Bâtardise un peu mystérieuse, mariage avec une femme bien plus connue, titrée et influente que lui, fréquentation de la gueusaille, adoption prochaine... Que lui restait il de noble après cela ? Peut être l'éducation et la certaine érudition. Quoi que... pas besoin de beaucoup chercher pour dénicher des nobles sots comme des pots. Enfin bref, hormis le gout commun pour le lait, il aurait été difficile de trouver un point commun entre les deux bruns (ah si, le sombre du cheveu).


- Cela importe bien peu, il n'y aura prochainement plus matière à erreurs puisque je compte renoncer à ma seigneurie. Il n'est pas même envisageable d'avoir pour suzeraine une inconnue, surtout l'impudente que ne manquera pas de devenir l'enfant d'Enguerrand.

Car oui, il y avait pire qu'un bâtard : un bâtard n'acceptant pas l'homme qui lui avait donné un nom.
Une idée se construit dans la caboche de Gautier, qui malgré sa défaillance régulière en matière de vivre noblement, n'était pas totalement stérile de réflexion. Poursuivre...


- Je n'ai pas l'heur de vous connaitre, votre Altesse, mais j'espérais, à juste titre apparemment, que ma lettre au collège nous amènerait à une rencontre, et de ce fait épancherait la vive curiosité que j'éprouve à votre propos. Pardonnez je vous prie la manœuvre.

Soit il apprécierait l'intelligence de la "conduite", soit au contraire il se froisserait. Dans le premier cas, le jeune Prince aurait tout le temps d'être déçu par la suite, ou plus probablement, n'ayant placé aucun espoir en Gautier, simplement méprisant (dans l'hypothèse où il ne le fut pas déjà). Au moins, le jeune Avocat n'ayant pratiquement aucune chance d'être considéré par le Prince, il ne s'en sera pas attiré l'hostilité. Le dédain de l'Altesse royale vis à vis de Gautier s’installerait doucement, phrase après phrase, au fil de la discussion. Le Vaisneau n'aura obtenu aucune considération de la part du Castelmaure mais n'en décrochera pas plus l'animosité. Et n'allez pas croire par là que le jeune seigneur cherchait à gagner le respect de Charlemagne. Gautier était même certain de mieux valoir en matière d'humain que ce Prince là, alors qu'importait les avis extérieurs, du moment que lui connaissait sa valeur ? Ce qu'il voulait, c'était la paix.
Partant du postulat qu'une couche de cajoleries ne serait jamais mauvaise pour ne pas blesser le Von Frayner, Gautier reprit la parole.


- Mais soyez assuré, votre Altesse, que vous n'auriez pas attisé mon indiscrétion si vous ne possédiez déjà un peu de mon admiration.

Si avec cela Charlemagne ne lui pardonnait pas la lettre au collège et qu'il se vexait de n'être réellement idolâtré, Henripont ne pouvait rien de plus... et advienne que pourra.
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Charlemagne_vf
Gautier de Vaisneau était donc un flatteur de la pire espèce. Si les révérences n'étaient pas trop basses, son verbe encensait trop le Castelmaure pour qu'il en fut dupe. Toutefois, Charlemagne n'entendait pas faire taire un vis-à-vis bavard : il s'ennuyait profondément auprès de ceux qui prenaient son silence pour une invitation au mutisme. A défaut de parler beaucoup, il aimait écouter, et apprendre. Penser.
En quelques mots, il savait déjà que la situation familiale des Vaisneau était presque aussi alambiquée que la sienne propre, et que le Seigneur d'Henripont, non content de flagorner, se piquait de manipuler les êtres. Ainsi avait-il eu la prétention de tendre un piège - ni plus, ni moins - au Prince, pour le mener sous son toit, et de feindre la surprise d'une visite attendue.
L'Infant resta un instant circonspect. Sur sa moue, la moustache laiteuse s'estompait avant d'être retracée par une nouvelle gorgée. Boire est un moyen de justifier une réflexion, in petto, de garder les lèvres closes avec l'air de respecter un hôte, tout de même.
L'oeil guiséen de l'Aiglon n'avait cependant pas quitté celui de Gautier. Fallait-il donc jouer son jeu, ou y mettre un terme, sèchement ? La prime solution était une ouverture, la promesse d'une relation quelconque, mais d'un profit particulier, car le Fils de France n'a de relations qu'intéressées et motivées par un quelconque apport, matériel ou spirituel. Il n'est que de rares exceptions à la règles, faites pour le respect du sang, ou par ce que l'Infant considère comme un égarement et une imperfection de son esprit : le peu de contrôle qu'il peut avoir sur Amour et Amitié. Aussi les dissimule-t-il, faute de les pouvoir annihiler.
La seconde possibilité précipiterait sans doute le départ de l'Aiglon, qui conserverait un mépris affiché pour Gautier, mais un mépris qui n'était rien d'autre que le traitement de base, le degré zéro de la relation Charlemagne slash le Monde. Un mépris qui n'aurait que signifié qu'il n'est aucun intérêt, pour l'un, comme pour l'autre, de se fréquenter outre mesure.

La pratique l'emporta. Le Vaisneau est un homme, a priori. C'est aussi un noble bourguignon : l'époux d'une hostile femelle. Un juriste. Un potentiel allié, et de Nevers à Lusigny, il y a suffisamment de lieues pour qu'on ne les veuille pas vaines.
Déposant son hanap, le Prince passa un doigt pâle sur ses lèvres à peine plus roses, et répondit, placide.


Votre manœuvre est douteuse, et vos paroles flatteuses. Trop, peut-être. Mais je vais faire la conjecture que vous êtes honnêtes.
Vous me vouliez ici, j'y suis, et puisque j'ai daigné offrir bonne marche à vos complots, je permets que votre curiosité soit épanchée : je répondrai à tout.
Mais avant que vous n'osiez m'adresser la moindre question, dois-je comprendre que vous serez bientôt roturier par le fait que seul votre mariage vous portera à noblesse ?


L'idée même ne manqua pas de tirer une grimace légère à l'Infant. L'homme qui fait une alliance avantageuse ne saurait la faire sans offrir, lui aussi, quelque avantage : sans quoi, il n'est qu'un parvenu, par une mésalliance douteuse. La dot ne saurait surpasser le bien de l'époux, question d'honneur, et dans l'Univers de Charlemagne, l'idée même d'avoir une dette, ou le moindre asservissement envers autrui est réducteur. Alors, être l'obligé, le gigolo d'Elisabeth Stilton : hérésie.
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Gautier.de.kestel
Léger temps de suspens, tandis que le Fils de France se délectait (ou pas) d'une nouvelle gorgée de lait. Gautier n’éprouvait aucune inquiétude. Quelle que fut la décision du Prince, Henripont ne pouvait que gagner. Si encore Charlemagne avait été un proche d'Elisabeth, envers qui il aurait fallu se montrer agréable pour ne pas dégrader les relations, l'entrevue ennuierait certainement le jeune Vaisneau. Dans le cas actuel, c'était plutôt le contraire, et que le Prince finisse avec une opinion négative ou positive, le Dragon n'avait rien à perdre. A l'inverse du Castelmaure, rares étaient les relations de Gautier intéressées. Pour une raison simple d'ailleurs : il n'avait jamais cherché à faire carrière sur le long terme dans quelque domaine que ce soit. En mettant les Dragons de côté, qui était un cas à part puisque seuls les talents juridiques donnaient la renommée, et les amitiés ne statuaient pas sur la qualité de l'avocat.

Ses paroles, trop flatteuses ? Pourtant Gautier était presque sincère. En effet, il y avait forcément une part d'admiration envers l'homme (vite dit) le plus titré de Bourgogne et à la naissance aussi prestigieuse que celle de l'avocat ne l'était pas. De là à dire que le Vaisneau en éprouvait une vive curiosité... la chose était sans doute exagérée. Il trouvait étrange qu'un homme lui dise : "Vous voulez me connaitre ? Alors posez moi des questions.". Les choses n'étaient elles pas censées se faire naturellement, au fil de la discussion ? Enfin le Prince avait certainement peu d’expérience en matière de relations humaines normales.


Mais avant que vous n'osiez m'adresser la moindre question, dois-je comprendre que vous serez bientôt roturier par le fait que seul votre mariage vous portera à noblesse ? [Charly]

Il n'eut pas long temps de réflexion. Puisque Charlemagne le jugeait trop flatteur, Gautier perdrait un peu de sa miellerie pour offrir de la sincérité, tant pis si cela ne plaisait pas.

- Dans votre cas, il est aisé de juger le noble sans titre. Si une seigneurie ou le nom Henripont m'offre dignité, alors je serai vilain prochainement.

Une certaine colère transpirait dans ses motss. Comment un gamin qui n'avait de mérite que la naissance pouvait juger celui qui renonçait à ses terres, sur une question de cœur ?

- Il est tellement de nobles crottés et de simples dignes que la honte ne m'atteindra jamais pour cela.

Gautier lui disait clairement par ses paroles que malgré son sang taché et toute la titraille qu'il ne possédait pas, son âme était bien plus noble que beaucoup d'autres, peut être même de celle du Prince, cela restait à juger.
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Charlemagne_vf
Charlemagne aurait pu s'offusquer. Il n'aimait pas être contredit, ou même que l'on apporte une nuance à ses propos. Dans son Empire, son mot était une loi indiscutable, incontournable, irrévocable. Dans sa mesnie, le moindre de ses regards était un ordre strict qui ne souffrait contestation, et si d'aventure, l'on s'aventurait à le défier : la mort.
Malheureusement, sorti des terres du Nivernais, de Bolchen, de Chastellux, de Baudricourt, de Chablis, de Laignes ou de Thuillières, l'Infant perdait son droit de vie ou de mort, sa Haute Justice adorée. Dommage.
Néanmoins, les paroles du Vaisneau, si elles piquèrent l'attention du Prince, ne suffirent pas à l'agacer. Bien sur, il eut préféré ne pas être pris à parti. Hé ! Pourquoi lui serait-il plus facile de juger le noble sans titre ? Au contraire. Le Castelmaure savait que sa condition d'héritier lui était un obstacle dans un monde où il avait oublié que le sang primait sur tout. Le sang pur. Le sang noble, bleu. Ils étaient tous méprisables.
Quant à mettre en doute la noblesse en son entier, cette famille déchirée et corrompue : l'Infant aurait pu s'en outrer. Il était persuadé, peu ou prou, que l'élévation du rang était naturel et dans l'ordre du monde. Les disparités et places de chacun devaient être respectées et connues. Strictement. Sans objection.
Tristement encore, il dut se résoudre à donner raison à son hôte, et se fendit d'un soupir, rompant le silence qu'il observait lorsque parlaient ses interlocuteurs.


Il est en effet des nobles crottés qui souillent ceux qui peuvent se parer d'un nom. Il en est, pire, qui trahissent leur sang par la mésalliance ou par une conduite basse.

Ces derniers étaient bien connus de l'Aiglon, qui tenait la moitié de sa famille pour telle : de stupides héritiers qui, à défaut de préserver ce que la postérité leur avait légué, se comportaient en fieffés bourgeois bêtes et consanguins.

La noblesse de sang vaut parfois mieux que celle des parvenus, c'est chose entendue. Le Duc de Bourgogne et ce qui deviendra sa femme sont deux serfs qui n'auraient jamais du s'affranchir. La pire espèce, celle qui corrompt notre sang. Ce sont aussi ceux que l'on voit le plus se pavaner. Ils n'ont rien compris à notre dignité, ni à notre rang. Ils sont bas et stupides.

Apanage de Son Altesse Royal : la morgue. Cet orgueil hautain de la Noblesse, la vieille Noblesse. Depuis des générations, Von Frayner et Castelmaure avaient nourri un sang pur. Jamais il ne le laisserait salir par une alliance douteuse. La difficulté était accrue : qui était pur ? Il aurait pu épouser une Duchesse, elle aurait pu être parvenue et descendre de gueux de la pire espèce. L'idée lui tira une grimace.

Quand à la valetaille, les simples, comme vous dites. Oui. Il en est qui mérite la chance de se voir élever, et il me plait de les gratifier de ma Grâce en les faisant mes vassaux, parfois. Cela n'en fait pas moins des parvenus : avec plus d'élégance, certes. Mais des parvenus, tout de même.
Vous, vous avez un nom.


Et une élégance certaine, une certaine élégance.
Satisfait de la tournure de l'entretien, le Prince se fit resservir un verre de lait, comme s'il s'était agit d'un millésime.
Son oeil n'avait pas chancelé, fixant Gautier, étudiant jusqu'à percer le grain de sa peau.

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Gautier.de.kestel
Apparemment, le Prince n'avait rien compris. Peut être n'était-il réellement que dédain accompagné d'idées farfelues -un peu sottes, comme le pensait Elisabeth. Gautier, au contraire, l'imaginait futé et vif d'esprit. La déception pointait d'ailleurs. Drôle de voir les rôles s'inverser : il semblait que le fils de France ne tenait pas à être mécontent du Vaisneau tout de suite. Par contre, le jeune Avocat commençait à se frustrer, il s'attendait à mieux. Quant l'avocat parlait noblesse d'esprit pour compenser l'absence de titraille, le Prince comprenait sang et nom.
Quoi qu'en vérité, une seule chose l'énervait : Charlemagne le mettait dans son panier. Sans doute aurait il du en être flatté mais il était finalement maussade de ne faire réellement parti de cette classe. Prenant cette peine pour de l'idiotie et sa nonchalance à le renseigner quant à sa véritable origine pour de la lâcheté, il s'en fâchait.


- Je suis bâtard et j'escompte me faire prochainement adopter par une famille avec qui j'ai bien plus de rapports que les Vaisneau.

Et pourtant ! Dieu qu'il aurait été bon de pouvoir se pavaner comme le Prince, d'être bien né, d'avoir tout naturellement le droit à l'arrogance, et que personne ne s'en offusque. Oh oui, qu'il aurait été bon !
Le chagrin pouvait facilement pu se lire sur le visage de Gautier.
Si l'avocat se maudissait pour n'être satisfait de sa naissance, au moins avait il eu le courage de l'avouer à Charlemagne.


- Il semble que la qualité du nom et du sang soit maitre de vos jugements. Je préfère donc vous prévenir de suite, que votre appréciation ne soit pas altérée.

Très clairement Gautier lui reproche son apparent manque d'objectivité. Le Vaisneau est trop agité pour songer à la diplomatie.

- Il n'est d'instant plus simple que la naissance. On ne présente qu'une seule chose à l'enfant : la vie. Le nouveau né n'a de ce fait aucun mérite. La valeur ou au contraire la couardise vient quand des choix s'offrent à nous. M'apprécier sur le seul acte que je n'ai pu influencer ne pourrait que relever de l'erreur.

Gautier se surprit à se justifier. Finalement, peut être la désirait-il, l'estime du Von Frayner. Mais alors, il n'en savait fichtrement pas pourquoi.
Les azurs se posent sur ceux du Prince, sans ciller. Baisser le regard retournerait de la faiblesse et de toute façon, il n'est même pas gêné par le regard qui le scrute, le sonde.

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Charlemagne_vf
L'atmosphère se rafraîchit un peu plus. Le lait fut éloigné du doigt comme s'il s'agissait d'un sérum pervers. Charlemagne de Castelmaure était entrain de boire un verre et de discuter en compagnie d'un bâtard qui avait, en plus, l'ingratitude de vouloir renier son nom.
Il déglutit, ne quittant pour rien au monde des yeux la face de Gautier. Le marine de ses iris eut l'air de s'assombrir, et les lèvres rosies se pincèrent. Sur la table, la main pâle devint légèrement moite.
La bâtardise était la corruption du sang. La reconnaissance de la bâtardise était la revendication du déshonneur. L'adoption était pour l'adopté l'opportunité de s'élever en dépit de toute légitimité, pour l'adoptant une chimérique illusion : un manque d'affection on ne peut plus inférieur. Malheureusement, Guise von Frayner avait un bâtard, et quelques adoptés. L'être au monde qui, aux yeux du Prince, avait été le plus parfait, et le plus aimant, le Père, dit Implacable mais aussi doux avec ses enfants qu'il était dur avec les autres avait eu ses faiblesses, et parmi les pires.
Récemment, la nièce de l'Aiglon, bâtarde d'un bâtard, avait eu l'audace, elle aussi, de vouloir renier son nom.

L'Infant méprisait ces prétentions de ceux qui ont la grâce d'être acceptés par un nom malgré la bassesse de leur extraction : erreurs de la nature que l'on tolère, se faisant violence, et qui vous abandonnent lâchement. Ils font une fleur à votre arbre généalogique, mais un affront au peu de confiance qui leur avait été concédé.
Toutefois, le Duc du Nivernais n'entendait pas faire le moindre scandale sous un toit qui n'était pas le sien. Il aurait pu, et avec légitimité, s'en aller. Il n'aborda pas même un mouvement de départ. Au contraire, il se détendit sur son siège : devant un être bas, il n'était plus nécessaire de paraître si haut.
D'une manière toute étrange, l'Aiglon, à défaut de complètement et radicalement ressentir le moindre dégoût à la vue du Vaisneau, ressentit une vague pitié à son égard. Il était de qualité, évidemment. De ces gueux qu'il n'est pas désagréable de voir s'élever. Il avait la tare d'une mauvaise naissance. Le mauvais goût de l'adoption. Était-il complètement à blâmer ? In petto, l'Infant pensait que non, sans toutefois accepter la corruption pleinement. En public, il se garderait d'exprimer la moindre pitié pour la roture et la bâtardise. Dans l'huis d'un tête à tête, il se laissa aller à la nuance, et à une certaine forme de confidence qui ne lui était en rien usuelle.


Toujours, l'on m'a éduqué avec un sens précis de ce qu'est la pureté du sang. Je ne renie pas cet enseignement, et n'abjure pas ma pensée.
Vous êtes chanceux : mon appréciation fut faite dans l'ignorance, mais vous avez eu la franchise et l'honnêteté assez rapide pour qu'elle ne passe pas pour une omission mensongère.


En effet, d'aucuns auraient oublié allègrement leur condition, laissant le Prince dans l'ignorance de leur qualité sanguine, trop heureux de le voir penser qu'ils sont dignes et légitimes.
Le Seigneur d'Henripont n'avait rien caché. Pas même ses idées douteuses, sur lesquelles l'Aiglon jugea bon de rebondir.


Le mérite...

Il se fendit d'un rictus fin.

...le mérite n'apprend rien sur personne. Le mérite est un arrivisme déguisé, un opportunisme en tenue carnavalesque. Sur quoi préjuger si ce n'est sur le sang et l'attente que l'on doit avoir d'une éducation digne et d'un rang élevé ?
Peut-être n'est-ce pas suffisant, mais nous ne pouvons nous piquer de vouloir connaître tout le monde. Il faut trier. Arbitrairement.


Puis le rictus devint un sourire amusé.

Vous êtes passé entre les mailles du filet. Cette chance, vous n'aviez pas non plus influé dessus. Pourtant, c'est d'elle que vous tirez l'intérêt que j'ai eu le temps de faire mûrir pour vous. Sans cela, vous n'auriez été qu'un bâtard comme un autre.
Mon Frère est un bâtard. Il vaut pourtant mieux que mon puîné légitime.


Le Prince fit une pause, il chercha à capter le regard de son hôte.

Ne me pensez pas stupide. Tout n'est que question d'apparences et de principes.

Penser, taire ce que l'on pense. Mentir, dire. Ne pas dire. Omettre, volontairement ou non. Penser, dire ce que l'on pense. Tout n'était question que de choisir les moments, les personnes, et les lieux, en fait.
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Gautier.de.kestel
Gautier sentait presque sa pitié, palpait son mépris, était giflé par son dédain. Un affreux frisson lui parcourut l'échine.
Si ! Je te pense stupide, parce que tu es stupide, jeune con !
Une seule envie : lui sauter dessus et l'étrangler de toutes ses forces. Mais mieux valait ne pas tenter, le Prince aurait été capable de l'embrasser. Sans compter qu'une fois Charlemagne assassiné, les gardes derrière la porte lui tomberaient dessus. Le Castelmaure méritait-il tel sacrifice ?
Ô rage ! Ô désespoir ! Ô bâtardise ennemie !
N'ai je donc tant perdu que pour cette infamie ?*
Sur le fond pourtant, Gautier était en total accord avec Charlemagne. Le mérite, la valeur, mots qui veulent tout dire et rien à la fois. Qui juge, quels sont les critères ? Seule la naissance peut se prétendre objective. Pourquoi faut il que ce soit l'étape ratée, chez le Vaisneau ? En cet instant Gautier maudit son père, sa mère, et toute sa famille qui ne fut pas là, jamais.
Décemment, il ne peut approuver les dires du Prince ouvertement. Ce n'aurait qu'une seule signification : il se plaçait en dessous de Charlemagne et beaucoup d'autres encore. Et cela, il ne pourrait jamais l'accepter. Modeste oui, mais se considérer comme l'inférieur d'un autre homme, sur le point intellectuel autant qu'au niveau du cœur, jamais.


- Votre intérêt pour ma personne, une chance ? Cela reste à juger.


Attaquer pour ne pas montrer ses faiblesses. Libérer les crocs pour répliquer tant bien que mal. Minable attitude. Et surtout, il a certainement dépassé la ligne rouge, se montrant trop hardi. L'avocat en fut tout de suite conscient.
Gautier guette le Von Frayner et doucement se calme. Après tout il n'y est pour rien. Certes il est très arrogant mais le Vaisneau passe outre, il est ainsi, c'est son éducation, sa naissance, et il serait idiot de lui en tenir compte. Si l'on mettait de côté la forme, le Prince n'était pas dénué d'intelligence.


- Non, veuillez m'excuser. Très sincèrement, et selon mon avis, vous ne déshonorez pas votre lignée, pardonnez s'il y a eu offense.

Que répondre qui n’acquiesce pas de trop ? Une parole franche, peut être.

- Si je possédais un sang de votre qualité, j'approuverais. Dans mon cas, je suis trop digne cela.

*Emprunté à Corneille, Le Cid
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Charlemagne_vf
Les lèvres du Prince se pincèrent. Il peinait franchement à identifier le Vaisneau. Ce dernier se laissait aller à une certaine impudence, qui, dans la bouche de divins garçons ne laissait jamais l'Aiglon tout à fait de marbre, mais il retirait ses paroles inopportunes aussi vite qu'elles étaient sorties. L'antidote était dégainé avant même que le venin ne puisse prendre.
Piquant un instant l'intérêt de Charlemagne, Gautier redevenait le foutu esclave des sociabilités par ses excuses : un être mou et sans caractère profond.
Pourtant, les mots jetés en l'air, acerbes et peut-être même frustrés, semblaient être la pensée spontanée du Seigneur d'Henripont, et c'était celle-ci que voulait entendre le Prince, fut-elle orientée contre sa majesté.
Rôdé aux compliments et aux obséquiosités, le Castelmaure avait appris à goûter l'insolence avec délectation. Les roturiers audacieux et les nobles téméraires étaient légions, et cachant leur envie derrière des reproches parricides, ils aimaient à provoquer tout ce qui naissait avec prédicat d'Altesse. C'était de bonne guerre, mais d'aucuns le faisaient avec ridicule, d'autre avec conviction, mais il en était encore qui savaient exprimer leur dédain avec sublime. A défaut d'être complètement risible, à défaut d'être parfaitement sublime, Gautier de Vaisneau semblait osciller entre provocation convaincue et déférence obligée.
S'il feignait un second degré dans son idolâtrie, il paraissait soudain évident aux yeux de Charlemagne qu'Henripont lui était tout à fait dévoué : il haïssait simplement la passion qu'il lui portait. Pourquoi s'excusait-il de ses sarcasmes, sinon ?

Malheureusement, tant d'ambivalence poussait plus encore l'Altesse à la pitié. Il était trop entendu que l'avocat ne contrôlait pas plus son corps que son esprit. L'Infant savait la difficulté de la chose, car il était encore troublé à de rares occasions, mais l'oscillation incessante de l'hôte entre franchise, faux-semblants et sincérité était trop lunatique pour conclure à une simple indécision. Le seigneur de Lusigny savait parfaitement ses émotions : il ne les assumait pas.
En un sens, Charlemagne ne put que le comprendre, et compatir. Peut-être se trompait-il en son jugement : il était convaincu d'avoir vu juste, et s'en gratifia d'une lampée de lait, avant d'offrir à Gautier un sourire tout à fait amical, selon les canons d'une amitié gentiment feinte et mondaine.

Nul ne devrait déprécier son sang, fut-il roturier. Il faut juste veiller à ne pas le magnifier quand il n'est nulle raison pour cela.
Tout est dans le potentiel. Une maison déshonorée peut toujours feindre de se battre pour se refaire : cela donne au monde l'illusion d'une possible renaissance, et les gens se taisent.
Dites que votre sang, tout bas soit-il, saura être élevé, et les gens n'auront qu'à attendre vos prouesses.

La philosophie du sang, par Charlemagne de Castelmaure, est une science étudiée, testée, vécue. Stratégies hypocrites inculquées par un frère bâtard, et réinterprétées, mûries.
Bizarrement, le Von Frayner dévoila ses astuces. Qui pensait à agir comme l'Infant venait de le proposer ? Peu de monde en somme, et c'était bien utile. Peut-être le Prince était-il en un bon jour pour aider le démuni Vaisneau.


On peut déshonorer une lignée. On peut aussi la rendre honorable.

Portant le hanap à ses lèvres, et ne le retirant qu'au prix d'une nouvelle moustache laiteuse, Charlemagne contint presque un clin d'oeil. La tournure de l'entretien devenait tout à fait amusante. Il se prenait pour un maître. Et après tout, Gautier n'avait-il pas dit vouloir suivre les pas d'une idole ?
Du reste, le Duc du Nivernais voyait se dessiner un dessein particulier pour son vis-à-vis. Gâcher le potentiel est un crime, et un Juge ne saurait se rendre criminel.

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Gautier.de.kestel
En effet, Gautier admirait le Von Frayner, mais plus pour son sang et sa lignée que pour sa personne. Cependant, et aussi haïe qu'il l'était, il ne pouvait contrôler cet émerveillement. Passion, le mot était bien trop fort. Le sentiment relevait plus d'une certaine jalousie.
Bien que le désir d'être heureux, le plus simplement possible, s'était fortement incrusté dans son esprit quand avant il ne songeait même pas au bonheur; l'ambition de devenir un homme respectable et respecté, influent et dynamique le reprenait à nouveau, alors que durant l'été cette envie avait disparu.


- Je ne déprécie pas mon sang, je l'estime simplement à sa juste valeur.

Le sourcil ne s'arque pas aux paroles du Prince mais l'idée était là. Pour qui il se prend, avec ses vieux conseils péteux ? D'un coup, on ne sait pourquoi, la fierté revient et l'idée de se laisser faire la leçon par ce gamin prétentieux et surtout acquiescer sagement et servilement ne lui plaît plus du tout. Si jeune et déjà si vieux, à lui « apprendre des choses » comme ferait un grand père ayant bien vécu.
Si coincé, bien mis, convenable. Même Gautier s'y était laissé prendre, alors qu'il avait promis le contraire. S'il admirait Charlemagne, était ce pour sa vivacité d'esprit ? Non. L'intelligence n'était qu'un prétexte à cet enthousiasme. Au final, les mots du Prince de France glissaient sur lui, il ne les saisissait pas, il les laissait repartir, gentilles, et fixait son attention sur la présence, la stature du Von Frayner. Gautier n'avait pas vraiment réfléchi au sens de ses phrases, il s'était dit : « Cet homme là ne manque pas d'esprit, je suis d'accord avec lui ». Et voilà une bonne chose pour justifier la soumission uniquement due au panache, finalement.
Prenant conscience de cela, le Vaisneau reprit la discussion à l'envers, les intentions. Sujet futile, futile sujet. Oui, on peut déshonorer une lignée autant que la rendre honorable. Et après, qu'est ce que cela changeait ? Les rivières asséchées s'en retrouvaient elles alimentées ? Les famines cesseraient elles pour autant ? Et l'honneur retrouvé des Vaisneau stoppera-t-il la peste ?
Pourtant... l'apparence est primordiale dans ce bas monde. Et cet élément, Charlemagne l'a assimilé depuis longtemps, dirait-on.

Les idées sont revenues au claires. Pas une petite gueule d'ange avec de la titraille grande comme ça, mérite de mes deux, qui va tout chambouler. Gautier veut lui dire que tout ça, c'est de la m.erde, que cela ne vaut rien, dans la vraie vie. Celle du dehors, celle de tous les jours, celle du pauvre, celle du triste, celle de l'infortuné. Toi, tu es enfermé, protégé, tu côtoies la propreté, tu ne comprends pas que les apparences ne servent que dans ton jeu, tu ne comprends pas le superflu de tes dires, tu ne comprends pas qu'une infime population se soucie de cela. Tu ne comprends pas que j'en ai rien à foutre.

Desserre tes belles petites fesses blanches, immaculées, et essaye de comprendre le monde, parce que là tu m'emmerdes. Oui, ça c'est bien, je vais lui dire.

Gautier se lève donc, pour aller à la fenêtre et lui montrer les petits gens qui s'activent dans la cour. Sauf que, agité, il ne fait pas attention où il met les pieds, trébuche dans le tapis, perd l'équilibre et tombe sur le Prince. Le souffle du Vaisneau vient effleurer la peau du cou royal. Il s'immobilise là. Derrière le mur de glace, il y a un homme, un corps, une odeur, le contraste est étrange.
L'avocat voudrait bien se relever, mais il s’aperçoit qu'il a été pire que ridicule, et du coup il arrête tout mouvement, espérant pouvoir rembobiner.

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Charlemagne_vf
Erreur système. 404 Not found.
Ou presque. Une chute est un acte brutal et inopiné, un imprévu triste et déplorable. Quelques philosophes n'y auraient vu que l'expression de la perfection du monde exprimée dans une parfaite harmonie de particules infinitésimales ayant tout orchestré pour que Gautier de Vaisneau se retrouve sur les genoux de Charlemagne de Castelmaure. Après tout, Dieu étant perfection, sa création et son monde n'étaient-ils pas gage d'une certaine perfection ? Et s'il ne fait pas d'erreur, créant l'homme à son image, il crée le Monde et les êtres les plus parfaits possibles.
L'Aiglon, lui, loin de ce genre de considérations relativistes devrait y voir un outrage. Intouchable Prince de France, au corps aussi sacré que le Graal, ou du moins le croit-il, l'Infant ne supporte pas le contact de qui n'a pas été invité à l'exercer.
Parfois, il se laisse toucher plus qu'effleurer ; parfois, il a pris des mains dans les siennes ; parfois, des lèvres sur les siennes. Toujours, il y avait soit consentement, soit punition.

Alors, de façon toute vraisemblable, l'on eut pu s'attendre à un scandale : le Fils de France se levant en un sursaut brusque, rejetant de fouet son hôte au sol qui aurait du être sa cible privilégiée, se parant d'un masque de dégoût et d'horreur, et lâchant un verbe aussi sec que froid.
Il n'en fut rien.

Si l'espace restreint du Castelmaure avait été profané de force, lui-même avait été entraîné à la proximité vers le Vaisneau : comme ce dernier avait senti l'humanité battante de l'être de marbre, Charlemagne avait senti la vie battante du Seigneur d'Henripont. Il en frissonna.
Le souffle dans son cou était la réminiscence de nuits plus chaleureuses que les jours.
Il aurait tout aussi bien pu se laisser aller à la spontanéité du geste, à l'imprévu qu'il abhorre pourtant, et poser une main glabre sur le visage brûlant et sans doute rougi de son vis-à-vis.
Il n'en fut rien.

Le Prince resta interdit un temps qui à défaut de l'être vraiment, parut long. Dans un mouvement protecteur, il avait écarté ses mains de la table, et ses bras pendaient en l'air, jurant à qui voulait les voir qu'il n'avait jamais été question d'accueillir le Vaisneau entre eux.
Son visage avait affiché un air grave, puis perplexe. Au frisson, une ride était apparue sur le front d'albâtre. Placide, Charlemagne hésitait, en fait. Le souffle sur sa gorge s'attardait. Trop.
Restant immobile, l'Infant troublé par la position s'essaya à un rire : il fallait prétendre qu'il ne s'agissait de rien. A défaut, il laissa échapper à un gémissement sans expression. Aise ? Peur ? Gêne ? Ridicule ? Amusement ? Rien de cela, mais un peu de tout à la fois.
Le regard marine se fixa sur le dos du Vaisneau. Sans conteste, il était charmant et bien fait. Ses cheveux, aussi noirs que ceux de l'Aiglon, et ses yeux pâles, flattaient le narcissisme du Castelmaure qui ne pouvait trouver qu'attrait à telles particularités.
Le trouble alla jusqu'à l'horreur : resté interdit un temps, l'Infant avait oublié que là, quelque part sous sa mise sombre, il était un objet qu'il pouvait aussi bien haïr qu'adorer : il se manifesta, laissant le rose peindre les joues blanches.

C'était devenu gênant, et Charlemagne avait oublié l'outrage, ne pensant lors plus qu'à lui-même et à l'idée que Gautier se ferait de son idole dans une disposition si vulgaire, soumis à des affects si bas. Diversion.
La voix serrée, il parvint tout de même à souffler à Gautier quelques paroles décousues et loin de son discours réfléchi usuel.

Seule une chute peut justifier qu'on me touche sans que je l'autorise, vous savez.

Il laissa échapper un rictus embarrassé. Pourtant, il n'était pas celui qui devait s'excuser.
Or, de facto, et sans que le pardon ne fut demandé, il avait été accepté.
Etait-ce l'odeur fruitée émanant des cheveux du jeune Seigneur ? Charlemagne n'aurait su le dire, il avait eu une faiblesse indulgente, et déjà, son émoi visible lui faisait regretter cette complaisance.

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Elisabeth_stilton
Pendant ce temps là, à Paris, une blonde ...

C'était la première fois qu'elle était séparée de Gautier depuis leur première nuit ensemble et cela ne lui plaisait pas. Elle ne savait pas pourquoi mais la présence de son époux lui était devenu familière et même indispensable. Le temps de l'indépendance était finalement clos, Gautier avait su s'imposer dans sa vie malgré tout ce que la blonde avait fait pour le faire fuir.

Se plonger dans un dossier était la meilleure solution pour oublier son absence. Sauf qu'elle n'y parvenait pas. Elle ne cessait de tourner en rond comme un lion en cage. Comment travailler dans ces conditions ? Elle était décidée, elle rentrerait en Bourgogne et plus jamais elle n'irait quelque part sans Gautier.

Elisabeth mit les serviteurs en action pour que la petite famille rejoigne tout l'époux, le père, l'amant - ah non pas ça - à Lusigny. La blonde ne pouvait pas savoir que Gautier n'était pas chez eux, elle ne pouvait pas savoir qu'il était chez Charlemagne et encore moins ce qu'il se passait entre eux. Heureusement d'ailleurs car la blonde n'aurait sans doute pas appréciée de savoir ce que le prince pensait de son mari surtout d'un point de vu physique. En même temps allez savoir avec elle ...

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Cherche écuyer pour venir en joutes avec moi !!!
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