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[RP] Sabrons la Champagne...

Morelius
Depuis leur entrée en Champagne, Morelius et Theolenn s'étaient laissés aller à une vie calme et trainante, à l'image de cet hiver 1461 qui n'en finissait pas et qui trainait en langueur. C'est lors d'une de ses fréquentes promenades digestives que le mercenaire aux cheveux blancs fit une étrange rencontre.

Elle était là, assise au bord de la falaise, sa sombre chevelure flottant au vent, ses yeux d’un vert profond reflétant le mouvement des grands arbres qui se balançaient sous la brise. Elle avait quelque chose de Theolenn et pourtant ce n'était pas la dame de Montmélian, et Morelius en fut troublé. Il faut dire aussi qu'elle était nue et ne semblait nullement souffrir du froid accentué par le vent. Il n'y avait aucun vêtement posé près d’elle.


- Vous n’avez pas froid ? demanda-t'il bêtement, histoire d’engager la conversation.

- Non, je suis habituée, je viens très souvent ici, lui répondit-elle en le gratifiant d’un généreux sourire.

Elle suivait du regard le vol de deux corbeaux, nombreux dans cette région. Ils s’amusaient, leurs ailes largement déployées, à suivre les courants ascendants dus à l’effet du vent contre la falaise. Elle les regardait un léger sourire sur ses lèvres à peine rosées, les mains croisées sur ses genoux.


- Il est facile d’en faire autant, fit-elle à Morelius en se retournant et le fixant droit dans les yeux.

Par ce mouvement, elle fit bouger légèrement sa poitrine, ce qui eût pour effet de mettre notre spadassin dans un état proche de la bestialité.


- Car l’effet dynamique est tellement violent que quiconque peut planer un instant : il suffit de bien écarter les bras et les jambes !

En disant cela, elle rosit légèrement, ce qui ajouta à la confusion de Morelius.

- Vous avez l’air dubitatif ? l’interrogea-t-elle en secouant sa jolie tête, faisant virevolter son épaisse chevelure noire comme les abysses.

- Ben oui ! fit Morelius avec sa concision habituelle.

Lentement, elle se leva, dévoilant une partie de sa personne qui ne laissait aucun doute quant à la naturelle noirceur de sa chevelure. Elle s’approcha au plus près du vide, il bredouilla quelque chose comme :


- Prenez garde, vous pourriez glisser !

Elle se retourna, lui dédia un sourire à faire fondre un moine même endurci (sans allusion aucune), elle écarta ses bras et bascula en avant !

Précautionneusement, Morelius s’approcha du bord de la falaise, prenant garde aux éboulis pouvant se produire à tout moment... Elle était là, deux ou trois mètres plus bas, bras et jambes écartés, puis elle remonta, profitant de l’effet de pente, et atterrit avec une grande maestria quatre ou cinq mètres derrière lui.


- Alors ? interrogea-t-elle.

- Incroyable ! Vous avez réellement volé !

- Oh, voleté plutôt, soyons modeste ! Mais vous pouvez en faire autant, vous savez ?

- Moi… Moi ? Vous plaisantez ?

- Pas du tout ! Allez-y, je vous accompagne afin de vous rassurer. Quoi qu’il arrive, je serai là.

Morelius s’approcha du bord de la falaise, au plus près même. Elle l’avait précédé : bras et jambes écartés, elle flottait en contrebas. Elle était vraiment splendide, et l’envie de la rejoindre et de flotter ainsi à ses côtés fut la plus forte… il s’élança dans le vide, bras et jambes largement ouverts, et bien sûr il chuta ! Au passage, il eut le temps de l’entendre dire :

- Je suis un Ange… mais une belle garce tout de même…

Il n'était qu'à quelques pieds du sol quand il se réveilla, retenant à grand peine un cri d'angoisse. Theolenn était allongée à ses côtés, semblant dormir d'un sommeil... angélique. Était-ce même un sourire qu'il voyait se dessiner sur ses lèvres ?

Morelius jura avant de se recoucher en ronchonnant.


- Me demande même pas... c'est non !
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Theolenn
Ce matin-là, Theolenn fut reçue par l'assistant du recteur afin de recevoir son attestation concernant le cours de Physiologie de base qu'elle venait de terminer. Il faut savoir que si étudier était naguère devenu une habitude pour oublier que le temps, parfois, passe sans intérêt, cette même activité neuronale était à présent l'exception qui servait tout juste de bouche-trou. Et elle en était heureuse. Voir le monde, le sentir en vrai, le confronter aux théories imaginées et bien souvent trompeuses, qui plus est aux côtés de son étrange compagnon, c'était ça la vie, la vraie !

Le sésame plié en mille facettes et fourré dans une poche de sa tenue d'été enfin défroissée et aérée par un vent joueur, elle revint vers l'auberge où les préparatifs, tout brefs qu'ils pouvaient être de par leur peu de possédance, annonçaient la joie prochaine que l'on connaît sur les chemins inconnus mais foulés de concert. Même les chevaux rajeunissaient à vue d'oeil à l'idée de se dérouiller. Quant à Morelius, il était moins inquiet ces derniers temps. Certes ses nuits n'étaient pas toujours de tout repos mais, dans l'ensemble, il semblait serein. Il faut avouer qu'aucune missive alarmante ne leur était parvenue dernièrement et qu'au choix entre s’inquiéter du silence et attendre la sentence en restant aux aguets, ils avaient opté pour une troisième parade ; l'indécision semi-contrôlée. Et le plan semblait fonctionner... puisque rien ne les troublait hormis le chant matinal des oiseaux peu farouches qui s'aventuraient sur le rebord de la fenêtre de leur chambre dès potron-minet.


- Crooooaaaa.... fit la taquine en passant près de Mô qui se battait avec la pesanteur d'un sac récalcitrant.

Le spadassin lui offrit son regard le plus noir, mais pas longtemps. Morelius n'était pas du genre rancunier, à l'inverse d'elle, malheureusement. Car ce n'était pas un de ses traits dont elle pouvait s’enorgueillir, ça et... soit !

Il ne restait plus qu'à octroyer une valeur aux étapes possibles du jour et à jouer la gagnante au dé, une autre des faces ludiques de leur voyage.
Seulement voilà, quand on est trop guilleret, on est inattentif et il arrive que les dieux qui nous observent aient envie de nous donner une petite leçon pour remettre les choses à leur place initiale.
Etait-ce l'ombre de l'unique nuage qui traversait le ciel azur qui lui cacha le nid de poule où se prit son pied gauche ? Ou cette abeille qui, trop familière pour la froussarde, entra dans la bulle de l'aventurière et lui fit faire un écart de conduite ? L'énigme est volatile et aérienne restera sa solution. Theolenn fit un vol plané, enclencha une pirouette de sauvegarde, rata la réception et vint s'échouer tel un cachalot dérouté sur la roue de la charrette.


*Poc*… fit la rencontre du sommet chevelu de l'entêtée avec le rayon miel du bois, les présentations sont rudes quelquefois...
Morelius hésita-t-il entre le rire et l’inquiétude de ne pas la voir se relever tout de go ?
Elle ouvrit les yeux, il lui « tapotait » la joue, le teint bistre et le langage fleuri.


- Tu n'es qu'une … bécasse !!! hurla t-il à la face de celle qui souriait comme telle.

- Erèloc ne se't dnauq uaeb se't … dit-elle si tendrement que même un troll aurait pu fondre.


- Qu'est-ce encore que cette diablerie ? Vas-tu cesser de te jouer de moi, effrontée jacasse !

- Siam... ?
Setogre ut iot te noegip ed fueo nu emmoc essob enu riova siav ej ? Nialiv !
...illustrant ses paroles, elle se massa la cabosse qui bleuissait sous le cuir capillaire.


-Rhaaa, je renonce, tu ne m'auras pas aussi vite deux fois de suite... grimpe et presto !!!
Il maugréait mais il n'en menait pas large sous ses airs de faussaires. Le duvet du front était humide et dressé à la fois, preuve que la panique avait dû le frôler.

- Suilerom … chuchota l'abrutie de sa toute petite voix.

Et c'est ainsi que toute la nuit, Morelius-le-blanc, romain d'origine, suivi de loin pour ne point les faire repérer, une troupe de gitans roumains qui s'en allaient montrer leurs nouveaux tours à la ville voisine...

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L'horizon est infini pour celui qui ferme les yeux...
Morelius
Ils suivirent donc à une distance respectable la bande de bohémiens, jusqu'à ce qu'au beau milieu de la nuit ceux-ci décident d'établir leur camp dans une petite clairière au bord de la route qui menait à Compiègne. Morelius, inquiet de savoir qui étaient leurs voisins de nuitée, et Theolenn, qui elle n'avait pas besoin d'excuses à sa curiosité, les observèrent un moment, tapis dans les buissons.

Au centre de cette clairière, deux figures étaient assises ou plutôt accroupies auprès d'un coffret posé sur une pierre plus large que lui ; à l'un des angles de cette pierre, une des deux figures essayait de faire tenir une bougie allumée, laquelle, en éclairant la scène, projetait cette lumière qui permettait à nos deux voyageurs d'observer. Ces deux figures étaient habillées misérablement, et encapuchonnées de ce voile épais aux couleurs incertaines qui caractérisait les bohémiennes d'alors ; elles étaient vieilles, à en juger par leur maintien et leurs gestes. A deux pas d'elles, se tenait une troisième figure, debout et pensive ; mais comme la vacillante lumière de la bougie n'éclairait point son visage, il était impossible de dire à quel sexe cette troisième figure appartenait.

Pendant ce temps, les deux premières figures disposaient quelques paquets de hardes en guise de sièges. Tout cela était pauvre, misérable, déguenillé ; il n'y avait que le coffret qui jurait singulièrement avec toute cette misère, il était d'ivoire tout incrusté d'or. Sur ces entrefaites, une quatrième figure entra, s'avançant des bois voisins, d'abord dans l'ombre, ensuite dans la pénombre, enfin dans la lumière. Elle s'approcha, s'inclina vers l'une des deux femmes assises, et lui adressa quelques paroles que ni Theolenn ni Morelius ne purent entendre. La bohémienne assise écouta avec attention, puis congédia du geste le nouveau venu.

La figure debout suivit, après s'être inclinée, celle qui avait prononcé quelques paroles, et toutes deux disparurent dans les profondeurs de la forêt. Alors, la femme au geste impérieux se leva à son tour, et posa son pied sur la pierre. On voyait clairement les actions de tous ces gens, mais on ne pouvait entendre leurs paroles. Les deux femmes bohèmes étaient restées seules.


- Gageons, ma mie, que ces deux vieilles sorcières ont trois cents ans à elles deux. Ces bohémiens vivent l'âge des corneilles.

Pendant ce temps, la seconde femme, au lieu de se lever comme la première, s'était mise à genoux, et commençait de délacer le brodequin de peau de daim qui enveloppait sa jambe jusqu'au dessus de la cheville. Et au lieu d'une veille jambe pleine de varices, c'est la cheville fine et délicate d'une jeune fille qui apparut. La vieille alla tremper, dans une eau claire comme le cristal et qui roulait dans le petit ru traversant la clairière, un linge d'une finesse parfaite, et elle vint laver le pied de sa compagne. Puis, elle fouilla dans le coffret incrusté d'or, et en tira des parfums dont elle frotta le pied de la jeune femme.

- Des parfums ! des baumes ! vois-tu, Theo, vois-tu ? Que veut dire ceci ?

La bohémienne, après avoir lavé, essuyé et parfumé le second pied comme elle avait fait du premier, venait de passer au voile, qu'elle enleva avec toutes les précautions possibles et une expression infinie de respect. Le voile en tombant, au lieu de mettre à nu les rides d'une centenaire, comme l'avait prédit Morelius, découvrit une charmante figure, aux yeux bruns, à la peau colorée, au nez busqué selon toute la pureté du type ibérique, et les deux voyageurs purent reconnaître une femme de vingt-six ou vingt-huit ans, resplendissante de l'éclat de la jeunesse.

La vieille bohémienne étendit alors sur le sol un tapis de poil de chameau qui, quoique long d'une dizaine de pieds, eût passé dans la bague d'une jeune fille ; il était composé de ce tissu dont les Arabes avaient seuls le secret à cette époque, et qui se fabriquait avec du poil de chameau mort-né. Alors, la première bohémienne posa ses deux pieds nus sur ce magnifique tapis, tandis qu'après lui avoir ôté le voile qui lui couvrait le visage, la vieille bohémienne s'apprêtait à détacher le voile qui lui couvrait le sein.

Tant que ce dernier tissu fut à sa place, Morelius retint son souffle, mais lorsqu'il tomba il ne put s'empêcher de laisser échapper un cri d'admiration. A ce cri, qui sans doute fut entendu des deux femmes, la bougie s'éteignit, et l'obscurité la plus profonde ensevelit la clairière, noyant dans ses replis, pareils à ceux de l'oubli, la réalité de cette scène mystérieuse.

Morelius sentit que sa compagne lui détachait dans l'ombre un vicieux pincement, qui, par une manœuvre habile exécutée à temps, porta dans le vide, accompagné de cette énergique apostrophe :


- Animal !

Il comprit ou crut comprendre que c'était en même temps l'ordre de regagner leurs chevaux attachés un peu en amont de la route, et le châtiment de son indiscrétion. Il hasarda tout de même:

- Que penses-tu de ces deux femmes, toi ?
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Theolenn
Theolenn poussa un profond soupir destiné à apaiser la méchante humeur qui menaçait son coeur. Dans l'obscurité de la nuit il fut heureux que Morelius ne puisse pas voir la noirceur du regard qui tentait de sonder son âme indélicate. Le bleu habituellement joyeux des yeux de sa compagne s'était assombri de l'intérieur. Il valait mieux qu'elle se calme avant de répondre, qu'elle temporise sa colère et son amertume. Un an à peine... il n'y avait qu'un an que... et déjà il ne pensait qu'à s'émouvoir ailleurs !

Theolenn remonta sur sa jument sans mot dire. Elle lui flatta doucement l'encolure pour la rassurer sur ses intentions. Elle se faisait vieille tout doucement et Theolenn ne l'en aimait que plus fort d'année en année. Ses réactions étaient moins vives, certes, mais plus réfléchies, plus accomplies et la cavalière savait exactement où se situaient les limites de sa monture et quand la pousser dans ses derniers retranchements. Elle savait aussi qu'en cas de danger elles ne feraient qu'une. Pouvait-elle encore en dire autant de Morelius ? Soudain elle eut cette bouffée délirante qui n'arrive qu'au moment où la raison est guidée par une sourde douleur. Qu'était le printemps pour lui ? Un renouveau d'énergie ou juste une occasion de plonger le nez dans de nouveaux décolletés, et plus si affinités ? Elle n'eut plus dans ses souvenirs que les regards charmeurs qu'à la sauvette il lançait aux filles croisées au hasard d'une balade. Et Dieu sait si le philtre du doute est un poison violent pour qui en est victime. Mais les pas de l'animal et le balancement lent de sa cadence finirent par effacer la violence de ses sentiments à l'égard du spadassin dont la légèreté l'exaspérait par moment.


- C'était probablement un rite … une purification... avant un mariage... ou un sacrifice... parvint-elle à prononcer avec le moins d'animosité possible.

*...ce qui est du pareil au même pour la plupart des hommes ! * ne put-elle également s'empêcher de penser.

Puis plus bas...

- Elle était belle, hein... ? Mais, tu n'as pas de chance cette fois, sa beauté ne t'était pas destinée... Cette fille est un trésor, leur trésor, et un trésor doit rester caché. C'est aussi le symbole de la beauté intérieure, celle qu'on ne voit pas sous les oripeaux, ni sous la peau, mais seulement avec le cœur… quand on ne se contente pas d'une vue trop basse !

Le silence se fit pesant, c'est fou comme parfois ce qui paraît anodin peut se montrer révélateur.

- N'oublie pas trop vite pourquoi nous fuyons, cher ami, … et ce que l'on peut perdre à trop jouer avec le feu …

Tels furent les derniers mots que Theolenn prononça avant de rentrer, pas vraiment victorieuse, dans Compiègne, au petit matin.

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L'horizon est infini pour celui qui ferme les yeux...
Theolenn
[Le puits de solitude]

Compiègne, ses trois châteaux, ses églises, ses monastères, ses nombreux palais, tout ça pue le faste et l'or et contribuent grandement à entretenir cette nausée persistante qui irrite l'estomac de Theolenn depuis qu'elle y a mis les pieds. Où sont les poursuivants fanfarons à pourfendre, les sorcières maléfiques, les petites auberges mal famées où ils faisait bon ripailler « en toute quiétude » ? Même l'ours colérique lui manque cruellement, c'est dire...

Theolenn soupire à fendre l'âme... Où sont passées toutes ces petites joies du quotidien que Mô nourrissait avec tant d'affection pour que jamais elle ne s'ennuie ?

Tiens, le soleil brille... mais que peut bien faire l'astre suprême quand dans son cœur il bruine ?
Elle en est là de ses réflexions grises, le paysage l’indiffère prodigieusement, même ses pieds ne savent plus quelle direction prendre tant l'horizon est miné par une grisaille trop tenace.
Theolenn rumine... tant et si profondément qu'elle n'entend pas les pas discrets qui se rapprochent doucement dans son dos.

*Où est Mô ? Pourquoi tarde-t-il à me rejoindre ? Dans quel bou... *

On en saura pas plus sur l'écoulement de ses pensées dont l'arrêt brusque n'augure rien de bon.
En une fraction de seconde, ses jambes deviennent molles comme du coton, et le jour, tantôt irradié de lumière, se mue en une nuit noire sous une pluie d'étoiles inattendues autant que soudaines.
Un bâton tombe à la même vitesse dans la poussière à côté d'elle. Celle qui entoure le puits où elle jetait des petits cailloux pour en estimer la profondeur, comme enfant son père lui avait appris à le faire, un jeu automatique qu'elle perpétue chaque fois qu'elle en croise un sur sa route, une habitude de petite fille curieuse de tout.



Le temps passe. Qu'a-t-il d'autre à faire ? Peut-être, parfois, pourrait-il changer de direction ? Tu penses ! C'est un être borné et méthodique, son acte unique est d'une exactitude crasse, quelle que soit l'élasticité de la sensation que son passage procure à celui qui l'endure.
Le temps passe donc, inexorablement.



La nuit est tombée... probablement... mais c'est pas sûr...
Theolenn ouvre les yeux, du moins le croit-elle, mais tout reste noir quand même, totalement obscur, pas le moindre petit photon pour lui titiller la rétine...
Elle tente de battre des paupières, pas pour faire du gringue hein, elle n'est pas folle, elle sent bien que ce n'est pas le moment idéal, et puis ce n'est vraiment pas dans ses habitudes, c'est juste pour recouvrer quelque peu ses esprits qui ont beaucoup de mal à reprendre le dessus.
Quelque chose la gène, quelque chose qui la serre aux tempes et lui fait une bosse désagréable sur l'arrière du crâne quand elle le pose sur la paroi qui soutient son corps.
Elle est assise, ça sent l'humidité stagnante et il fait froid. De ça, elle est certaine.
Du tissu ! On lui a mis un bandeau sur les yeux et un bâillon sur la bouche !!!

*Je trouve celui qui... je le tue ! Prie pour ta vie, maudit bâtard ! *

Mais le moment n'est pas non plus à l'invective, muette qui plus est...

La colère lui remet les idées plus en place, elle s'active de l'intérieur. Recensons ce qui peut être utile ; ses mains ne pourront pas servir dans l'immédiat, elles sont prises elles aussi, les pieds, pas mieux, plus aucun doute, elle est captive !

Rien n'arrête un volcan qui bouillonne, et la vie qui rugit dans les veines de l'auvergnate ressemble à de la lave en ébullition tant elle lui réchauffe les sens et ravive ses neurones.
A force de bouger la tête contre une aspérité de la pierre, le nœud du bandeau se défait peu à peu et bientôt la cécité qui l'effrayait tant disparaît au profit d'un halo dont l'origine reste incertaine.
La lumière est faible mais ses yeux s'y habituent rapidement et c'est effarée qu'elle se rend compte que les cailloux qu'elle lançait le matin même sont à présent à côté d'elle ! Pas étonnant qu'elle n'ait rien entendu de la fin de leur chute, le fond du puits est rempli d'une vase si épaisse que cela fait comme un coussin moelleux dont le confort au fessier est tout relatif et si froid qu'il n'a d'égal que le caractère hautement nauséabond de sa nature putrescente.


* Mô... * et son unique pensée se concentre sur lui avec une force bien supérieure à toute la Foi humaine...

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L'horizon est infini pour celui qui ferme les yeux...
Morelius
- On t'avait prévenu, il bianco... ta compagne n'est plus. Et ce ne sont là que les intérêts de ta dette.

Morelius avait passé toute la soirée à chercher Theolenn dans les rues de Compiègne. Et c'est en rentrant vers l'auberge, bredouille et inquiet, qu'il avait réalisé la présence de l'homme qui le suivait depuis un moment, un sourire narquois sur le visage. Il avait mis quelques temps à reconnaître l'homme, un des sbires de Cesare.

- Où est-elle, misérable fils de...

Le spadassin ne finit pas sa phrase et fondit sur le gredin qui, sur ses gardes, s'enfuit à main gauche, manquant de glisser sur les pavés convexes qu'une ondée printanière avait détrempé tantôt, et se rattrapa avec une adresse remarquable. Il se dirigea à toutes jambes vers la muraille, transformée en insondable trou d'obscurité par la nuit tombée. Morelius le suivit de trop près pour qu'il puisse disparaître dans un interminable escalier de bois surmonté d'un toit oblique. L'un après l'autre, séparés par deux battements de cœur, ils gravirent les marches quatre à quatre, puis débouchèrent sur le chemin de ronde, une longue galerie couverte éclairée de loin en loin par des flambeaux bon marché, et sur les planches grinçantes de laquelle ils poursuivirent leur course effrénée. Et soudain, le poursuivi bondit de côté au travers d'une large fenêtre qui donnait vers l'intérieur de la ville. La muraille faisait au moins vingt pas de haut, l'insensé avait-il cédé au désespoir et préféré la mort à son juste châtiment ? C'était fâcheux, il fallait que l'homme reste en vie pour qu'il avoue où était Theolenn, morte ou vive. Après seulement il pourrait bien crever.

Le fracas d'un choc minéral informa Morelius que son homme n'était pas fou, mais au contraire, tirait pleinement parti de sa connaissance du terrain. Car un peu plus d'un étage en contrebas, séparée de la courtine par une dizaine de pas, se trouvait le toit transpercé de moult cheminées d'un haut bâtiment, sur lequel notre forban avait chu, ma foi, pas trop mal, si l'on considère que la manœuvre avait été nocturne et à l'aveuglette. Avant même qu'il ne se relève, Morelius se résolut à l'imiter, et put ainsi pousser plus avant la poursuite. Par la malpeste, mais ce gaillard connaissait donc les toits comme sa langue connaissait l'arrière de ses dents ! Voilà que sans perdre de temps, il avait coulé sa svelte silhouette dans une étroite lucarne, et poursuivait sa fuite à l'intérieur du bâtiment. Des complices l'y attendaient-ils ? Notre impétueux mercenaire ne se posa même pas la question, et parvint, à force de contorsions, à faire suivre le même chemin à sa longue carcasse musculeuse.

Dans la cacophonie qui suivit sa chute sur le parquet pourri de la soupente couverte de poussière et de crottes de volatiles, l'oreille aiguisée de Morelius perçut un chuintement familier, celui d'un fil d'acier fendant l'air, guidé par une main résolue. Il s'écarta vivement, la dague de son ennemi ne fit que le frôler. Un halètement frustré, un réflexe, Morelius à son tour tira son glaive, balaya largement l'espace autour de lui sans toutefois mordre dans rien. A pas de loups, le pendard avait rompu l'engagement avant même qu'il ne commence, et s'était glissé dans une trappe d'où tintaient les lointains accords d'une musique qui en ces lieux semblait irréelle. Morelius ivre de sang se releva et poursuivit sans tarder sa chasse parmi les ténèbres, seulement guidé par son ouïe et son instinct. A l'étage inférieur, un corridor étroit bordé de deux rangées de portes closes serpentait entre les piliers porteurs du bâtiment, ce qui ne facilitait pas la progression dans le noir. Et maintenant, voici que le coquin obliquait dans une cage d'escalier !

Il ne s'agissait pas d'un de ces nobles escaliers que des commanditaires fortunés sollicitaient auprès d'architecte prétentieux, qui en confiaient alors la réalisation à des virtuoses de l'albâtre ou des maîtres ébénistes. C'était un escalier sans âme ni ornement, un simple puits rectangulaire où deux volées de marches en sens contraire vous conduisaient d'un étage à l'autre, avec une halte à mi-chemin pour faire demi-tour. L’italien avait pour sa part une façon plus expéditive d'opérer les demi-tours, s'agrippant à la rambarde, il sautait comme un cabri en une volte gracieuse qui lui faisait gagner quelques pouces sur son adversaire, qui pour sa part, se contenta de descendre les marches quatre à quatre. A l'étage du dessous, ils croisèrent un couple d'âge moyen qui montait en sens inverse, effaré, une chandelle à la main, et ce rai de lumière permit à notre spadassin de mesurer la distance qui le séparait de l'autre. Ils descendirent encore d'un étage, puis de deux, et à chaque niveau, ils se rapprochaient d'une source de chaleur, de bruit et de lumière.

Finalement, Morelius eut la surprise de déboucher sur une assez large passerelle surplombant la salle d'une auberge animée, dont la clientèle de modeste extraction semblait principalement composée de marchands ambulants et de paysans venus en ville vendre qui sa récolte, qui son bétail. L'établissement, mais c'est de peu d'importance pour la suite du récit, était à l'enseigne du " Chat du Nord ". L'homme de Cesare n'eut pas le temps de se fondre dans la foule comme il en avait eu le projet, sans se soucier des habitués qu'il bousculait ni du désordre qu'il semait, l'implacable mercenaire aux cheveux blancs poursuivit sa chasse, sautant directement de la passerelle sur une table proche de la sortie pour couper la route du fuyard. En un clin d'oeil, le leste meurtrier changea ses plans et courut vers l'arrière-salle, sautant par-dessus une table, effaçant un gros négociant, et usant de son agilité pour gagner quelques secondes dans ce lieu encombré qui handicapait son poursuivant.

L'aspect terrible et courroucé de Morelius, ainsi que son large glaive à la mode romaine, suffisaient pour écarter de son chemin le gros des convives, aussi perdit-il moins de temps que l'autre ne l'escomptait. Contrairement à ce que Morelius avait soupçonné, il n'y avait pas de porte à l'arrière de l'auberge, l'acrobate trouva une issue en se projetant hardiment au-travers d'une fenêtre que fermait un lourd rideau de velours, lequel le protégea fort opportunément des éclats de verre qui sans cela l'auraient cruellement mis à mal. Une cabriole, et l'admirable filou se remit sur ses pieds, l'épuisement commençait toutefois à faire trembler ses jambes.

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Theolenn
Theolenn en « profite » pour piquer un petit roupillon, que faire d'autre dans ce trou à rats ?
L'odeur de décomposition qui, au début, lui brûlait les poumons, a fini par devenir acceptable, enfin... disons respirable.
Quand elle se réveille, la lumière a baissé de quelques crans, c'est à peine si la lune s'invite à éclairer le sommet du récipient cylindrique qui l'héberge. Elle essaye de définir la profondeur de sa cellule au souvenir du diamètre approximatif de la margelle où elle était assise hier encore, ou était-ce le matin d'avant ? Le temps a recommencé ses cachotteries, il crapahute à son gré sans laisser de trace précise dans la cervelle de son pion du moment. Nous déciderons dès lors que c'est l'heure de se souvenir de ses lointains cours de mathématiques. L'ennui c'est qu'elle utilisait bien plus souvent l'intuition, sa logique personnelle, que les formules que son précepteur l'obligeait à ingurgiter. Les théorèmes et les axiomes l'ont toujours beaucoup refroidies, elle leur préférait de loin l'expérience du terrain. Ben parlons-en du terrain, elle est en plein dedans !

La corde qui lui attache les mains dans le dos est la même que celle qui lui lie les pieds, ainsi le bougre qui l'a « invitée » là s'est arrangé pour qu'elle ne puisse pas se lever. Le point de vue de l'observateur est donc tronqué, ce qui n'aide pas au calcul, aussi vain soit-il. Mais il faut bien s'occuper la cervelle pour ne point sombrer dans le désespoir et rester efficace quelles que soient les limites de ses moyens. Limités à 100 % en ce moment, avouons-le tout de go.

Theolenn aimerait bien changer de position, ses jambes repliées commencent à s'engourdir et le froid qui règne dans ce gourbi n'améliore en rien sa situation. Il faut remuer pour se réchauffer, quitte à s'épuiser mais à rester vivante et réactive le plus longtemps possible. A ce stade, notre prisonnière à tout du lombric que l'on vient de déranger par un coup de binette malencontreux, elle se tortille, gigote dans tous les sens, vocifère chaque fois qu'elle s'écorche sur un déchet coupant caché dans l'amas déliquescent où elle est installée bien malgré elle.


* Si je m'en sors, je fais le serment d'émasculer avec mes dents le petit maître italien ! Tu l'auras ton portrait, tu verras comment j’interprète ton œuvre au noir, moi, Cesare !*

A force de ronchonner, de cisailler machinalement des mâchoires sur le tissu qui lui irrite la commissure des lèvres, la fibre dont le bâillon est fabriqué commence à se rompre par endroits, sans pour autant qu'elle ne s'en aperçoive. Pas encore.

Mais l'esprit de la captive est en mode recherche et son attention est à son comble, aussi observe-t-elle tout ce qui est à sa portée, et plus sa rétine s'habitue à l'obscurité, plus elle additionne de détails.
Elle frotte sa joue contre la pierre derrière sa nuque, elle est parfaitement sèche, preuve que le puits ne sert plus depuis longtemps et qu'il n'est pas si profond qu'elle le pensait, sinon l'humidité suinterait malgré tout, de plus, aucune mousse n'y pousse. Cinq mètres, peut-être six...

Soudain un bruit parvient à son oreille, quelqu'un s'approche, si c'est bien le puits où elle attendait son drôle, il est situé à quelques foulées derrière l'auberge, c'est sûrement un client victime d'une insomnie ! Sa chance !
Theolenn se débat comme une diablesse, elle pousse des grognements dignes de … Hum... des grognements de détresse, quoi ...
Les pas s'arrêtent net, un petit son métallique bref se fait entendre, et c'est une douche brunasse et tiède, accompagnée de divers éléments que je préfère ne pas identifier, que la suppliciée se ramasse sur la tronche, médusée...

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L'horizon est infini pour celui qui ferme les yeux...
Morelius
Ils étaient maintenant dans une cour intérieure, ayant un puits central où le matin, les femmes de chambre allaient battre le linge, et ayant une issue vers la rue par le truchement d'un large porche. Mais tandis que le poursuivant franchissait à son tour la fenêtre brisée, il vit que contre toute attente, le malandrin se dirigeait vers l'autre extrémité de la cour, où la lumière mourante d'une lanterne dévoilait une sinistre et inamovible grille de fer. Etait-il fou ? Morelius en doutait fortement, ayant eu largement le loisir de jauger l'habileté de son adversaire. Etait-ce un piège ? Avait-il des complices dissimulés dans l'ombre ?

Non point, et bientôt le stratagème se dévoila : l'homme était si mince et si souple qu'en se mettant de côté, en expirant à fond et en comprimant quelques cartilages, il parvint à se glisser de justesse entre deux barreaux, avant que Morelius ne s'y agrippe et les secoue comme un fou furieux en jurant de la pire des façons. Se voyant sauvé, le tueur se crut autorisé à faire quelques mots d'esprit, tout en haletant.


- Eh bien, il bianco, sois donc bon joueur ! Ce langage ne te rendra pas ta dame, ou ce qu'il en reste...

- Je te percerai, ordure, crois moi, tu ne seras pas prêt d'oublier le châtiment que je t'infligerai, dès que j'aurai mis la main sur toi !

- Mais oui, mais oui.

- Approche-toi seulement un peu, pourriture !

- Je ne pense pas que ce serait très prudent. Eh, que fais-tu, tu crois vraiment pouvoir écarter ces barreaux à la force des bras ?


Le vaillant mercenaire avait en effet épuisé toutes les alternatives raisonnables, mais ne pouvant se résoudre à la défaite, ne pouvant supporter de finir grosjean comme devant, sans retrouver le corps de Theolenn, il avait laissé sa fureur prendre le dessus, en choisissant une option déraisonnable, à savoir tenter de forcer l'acier des barreaux, contre toute logique. Il est rare que ce genre de chose marche.

Un craquement de rouille humide informa notre italien stupéfait qu'il était temps de reprendre le chemin de la fuite, tandis qu'un sourire crispé se peignait sur le visage congestionné de Morelius, qui finissait d'écarter de son passage le barreau le plus faible. Lorsqu'il traversa l'obstacle, il sut que la traque touchait à sa fin. Un sbire des cités italiennes, quelle que soit sa dextérité, ne pouvait crapahuter aussi longtemps sans s'affaiblir, alors que lui, élevé pour la course et entraîné depuis son enfance à courir de longues distances, jouissait encore d'un souffle presque intact. En économisant ses forces, il reprit la course dans une venelle parallèle à la grand-rue, une voie obscure que le cadastre connaissait sous le nom de Rue de l'Ecrevisse, qui servait en fait plus de dépotoir que d'axe de circulation, et qu'occupaient quelques miséreux abrités sous des baraques en planches, des tentes de fortune, des barriques...

Morelius vit du coin de l'oeil l'homme se précipiter dans un mince bâtiment à deux étages qui avait encore son toit, et c'était la seule raison pour laquelle on ne la qualifiait pas encore de ruine. Jadis sans doute, l'endroit avait abrité l'industrie d'une honnête famille, mais il y avait longtemps que les meubles avaient disparu, et que les rats avaient chassé les habitants. Il l'y suivit, redoutant un coup fourré, mais le coquin n'était plus de force à tendre des embuscades.

Il se contenta de grimper à un escalier, espérant sans doute trouver le chemin des toits, propice, dit-on, à sa profession, c'est pour ça qu'on les appelle les monte-en-l'air. Las, la chance l'abandonna à cet instant, car l'escalier était rongé par les champignons, et ne pouvait plus supporter le poids d'un homme en fuite. Aussitôt, Morelius se jeta sur sa proie encore sonnée, et la plaqua contre une cheminée de pierre, avant de lui pointer sa dague sur la gorge.


- Où est-elle ?

- Dans... le puits.

- Quel puits ?

- Celui de la cour de l'auberge, maintenant laisse-moi partir.

- Avec plaisir.


Morelius l'égorgea alors sans fioritures, n’omettant toutefois pas de lui souhaiter bon voyage. Après quoi il s'en retourna à l'auberge aussi vite qu'il put, pour finir penché au dessus de la margelle du vieux puits qui trônait au centre de l'arrière-cour.


- Theolenn ???
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Theolenn
A la peur se mêle à présent la déchéance, et notre héroïne se demande sérieusement s'il ne vaut pas mieux mourir, finalement, que d'être retrouvée dans cet état-là !
Vexée au plus haut point, elle tremble sous l'offense, et le tissu qui lui lézardait la bouche cède enfin. Pourtant, elle reste coite.


*Ainsi, c'est comme ça que tu as programmé ma fin … aussi lamentable ? *

Theolenn n'est pas croyante, ce qui ne l'empêche pas de causer régulièrement avec Aristote, en conversation intérieure hautement privée, bien-entendu. Bon, il est vrai que c'est principalement pour lui faire des reproches... mais c'est qu'il le lui rend bien, le sa.lopard !

C'est la raison pour laquelle, évidemment, quand Morelius se penche enfin sur la margelle et qu'il lance son appel dans le noir du trou où elle gît, elle l'entend bien-sûr, mais elle n'y croit pas.


*Encore une mauvaise blague de ton cru, vieux monstre ? *

Mais le doute ne résiste pas longtemps, et si.... ???

- Mô ???

De s'être tue depuis des heures, et cet espoir insensé qui lui étreint soudain le coeur, sa voix s'éraille. Le volume émis se révèle à ses propres oreilles bien trop faible, alors elle recommence de toute la force dont elle dispose encore...
- Morelius ???

Par le jeu d'amplification du tube irrégulier que forme la paroi du puits, ça doit donner quelque chose comme...
- MoReliUUUsss?

Puis tout s’enchaîne, elle veut tout lui dire en même temps, cafouille, répète plusieurs fois les choses les plus folles, en vrac, sans ordonnance, qu'elle est attachée, qu'il ne faut pas qu'il la voit comme ça, qu'il faut qu'il lui lance un couteau, qu'elle se débrouillera, elle voudrait un seau d'eau claire aussi, pour se laver un peu... Et puis qu'elle l'aime, tant que s'il veut, elle le dispensera de toutes ses promesses, qu'il pourra faire ce qu'il veut quand il veut, qu'elle ne le jugera plus jamais pour rien. Bref, toutes ces choses que l'on dit sous l'effet de l'énorme soulagement qui suit une angoisse incommensurable.

Pourtant c'est vrai qu'elle l'aime et que ce qui la perturbait le plus, s'il ne l'avait pas retrouvée à temps, c'est de ne pas l'avoir embrassé une dernière fois, en guise d'adieu.


- Mô, dépêche-toi, j'ai pas très chaud...

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L'horizon est infini pour celui qui ferme les yeux...
Morelius
Morelius est tellement soulagé de retrouver sa belle envie en vie que folie douce s'empare de lui. La situation est à la fois si tragique et si comique, que le voilà l'espace d'un instant tragédien de comédie.
D'un bond leste, il est debout sur la margelle du puits, dont il fait le tour les bras en croix, avant de saisir la corde pour en détacher consciencieusement le seau en déclamant:


Ô Théolenn, mon aimée, ma mineuse de fond.
Moi qui rêvait enfant de délivrer princesse au sommet de sa tour,
Voilà que c'est au fond du puits qu'elle m'attend !
Ce qui est en haut est en bas,
Ce qui est en bas est en haut,
Il faut fouiller la Terre pour trouver le Ciel...


Puis doucement, il tourne la lourde poulie de fer pour faire doucement descendre la corde salvatrice jusqu'au fond.

Ma douce, nouez-moi cette corde au bout mignon de votre cœur et je vous tirerai hors de ces murailles protectrices.
Mais avant cela, laissez-moi vous réciter le Lai leste à Theolenn, du célèbre Chrétyn de Troyes, puisque nous en sommes proches:

Ah, qu'il est lent, le débit du lai,
Ah, qu'il est long, à descendre ce seau,
Ah, qu'il est beau, ce charmant bourreau,
Il a l’œil vif et un joli mollet.
Le trouvère est troublant,
Mais son lai est pesant.
Et la princesse languit au fond de son puits;
"Il n'y a pas de doutes, ce jeune homme est bien beau,
Et me parait doué, autant qu'une tranche de veau."
Ah, qu'il est lent, le débit du lai,
Le vilain n'est pas laid,
Mais son lai, lui, l'est.
Et la princesse se dit:"Voilà un gars qui m'plait,
C'est un bien grand dommage vraiment qu'il soit si sot,
Il doit l'avoir roide au moins comme un mulet."
Ah, qu'il est long, à descendre ce sceau,
La belle souffre, on l'entend, c'est très net,
Le trouvère nous ennuie, c'est trainant,
La poulie grince en travaillant, c'est entrainant,
Et la princesse soupire:"On dirait du Tresnet."

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