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[RP ]: Quand une armée d'incapables se trompe de cible.

Estefan
RP ouvert sur demande par MP




PREAMBULE

Il faisait calme sur la route du retour. Mission accomplie, les chariotes pleines à ras bord de vivres pour Auch et quitter Tarbes me réjouissait assez. Non pas que la ville soit inhospitalière, mais j'avais - nous avions tous - hâte de rentrer au bercail retrouver nos amis et reprendre la route pour une nouvelle mission. C'est bien là la vocation d'une Compagnie marchande.

C'était sans compter avec la stupidité d'une bande d'abrutis mal informés !

Sans même bien réaliser ce qui arrive, nous voilà tous laissés pour morts, ou presque et ramenés, par le Diable seul sait quel miracle maudit, blessés, meurtris, armes brisées dans les faubourgs de Tarbes que nous venions à peine de quitter.

Tout ce dont je me souviens, c'est d'avoir entendu un cliquetis d'armes résonnant dans la nuit noire... à peine le temps de dégainer... une vive douleur au flanc... et me voilà gisant dans une mare de sang, compressant maladroitement une blessure d'estoc. Il me semble reconnaitre des soldats... que dis-je, des va-nu-pieds déguisés en soldats, des mercenaires à n'en pas douter à la solde de l'ennemi ?... Pourtant la seule armée signalée dans la région est une armée alliée... Incompréhension, rage aussi. Je maudis la décision prise de reprendre la route si vite après les transactions... Peut-être serions nous passés sans encombre.
La tête soudain vide, je n'arrive plus à penser...
Lyz ... Nadette... sont elles-vivantes ? Par tous les démons de l'Enfer, si je m'en sors je les vengerai quoi qu'il m'en coûte !
Au bord de l'évanouissement, je me sens glisser du dos de mon cheval, tandis que les clameurs s'apaisent et qu'un silence lugubre s'abat sur les restes de notre petit groupe.

Gémissements, plaintes déchirantes, puis soudain... un trou noir !

Lorsque j'ouvre les yeux, incapable de réaliser où je suis et ce que j'y fais,mon premier réflexe est de me redresser... Mal m'en prend !

Une douleur atroce irradie mon flanc forçant ma mémoire au souvenir de la nuit.


- Mortecouille ! sacrai-je entre mes dents serrées. Où suis-je ?... et où sont mes camarades ?...
Lyz... Nadette...!?
Je me trouve étendu, nu, le torse bandé d'une linge immaculé si l'on excepte la large tache rougeâtre situé sous les côtes. Je gis dans un lit propre, dans une chambre qui, à en juger les bruits qui me parviennent d'en bas, doit se situer au dessus d'une taverne. Je crois même reconnaître la voix grave de Messire Regnalde... Ainsi, nous serions revenus à Tarbes. Et les vivres ? Ces sauvages les ont-ils pillés aussi ?
Un coup d'oeil circulaire m'apprend que mes vêtements sont posés sur un coffre... mais, ni de bouclier, ni d'épée... Je peste.
Mais ce n'est pas le plus important ; que sont devenues mes compagnes ? Je dois le savoir !
Au prix d'un effort violent, j'arrive à me redresser. Assis, je reprends ma respiration à petites doses saccadées, histoire de décompresser un peu.
Au bout d'un moment, je tente de me lever en grimaçant. La douleur est vive, mais supportable. Un pied après l'autre, je marche vers mes vêtements et, tant bien que mal, j'enfile mes braies... Chemise et mantel sont maculés de sang et de poussière... Je peste à nouveau.
Péniblement, je sors de la chambre et je descends les escaliers en m'accrochant à la rampe.
La salle enfumée de la taverne est presque vide et, dans une espèce de brouillard irréel, je perçois la voix claire de Lyz et un grognement familier sortant des lèvres de Nadette...
Soupir de soulagement.
Regnalde est là aussi. Discret et bienveillant, comme à son habitude. Il m'aide à m'installer auprès de mes amies... Blessées superficiellement, elles ont eu le bon réflexe de se coucher au sol sans plus bouger. Sans ça... nul doute que ces imbéciles les auraient achevées. On a eu de la chance que ces incapables n'aient pas terminé leur travail.
Je vous épargne l'épisode des retrouvailles et le soulagement que j'éprouve à ce moment.
Mais, j'apprends par Regnalde - les nouvelles vont vite - que nos assaillants ne sont autre qu'une armée alliée : L'Armée de l'Ombre ! J'apprends aussi, non sans un certain soulagement que notre cargaison est intacte. C'est déjà ça.

La colère au ventre, j'encaisse sans broncher, les mâchoires serrées, le visage fermé, écumant d'une rage intérieure cette nouvelle.


- Mmmm...ça va s'payer ça ! grinçai-je entre les dents d'une voix sourde.

QUELQUES JOURS ONT PASSE...

Grâce aux bons soins de nos hôtes, nos blessures sont en bonne voie de guérison et, repos forcé oblige, nous voilà coincés à Tarbes pour un mois encore.
La vie reprend, monotone à souhaits... Qu'y a-t-il d'autre à faire lorsqu'on est convalescent que de flâner et passer son temps en taverne autour d'une chopine ?
Il y a quelques jours encore, j'étais incapable de tenir en selle, tandis que la cuisse blessée de Lyz la forçait à boitiller encore, mais ce matin, après un examen minutieux de mon infirmière attitrée, il s'avère que ma plaie est enfin refermée et qu'il suffit d'ôter les points de suture.
Un regard à gauche, à droite... personne en vue ? Elyz est allée au ravitaillement... c'est l'moment !
C'est bon.
Je m'empare d'une de mes dagues et me mets prudemment en devoir de couper les fils, non sans réprimer de petites grimaces de douleur... Fermée, mais pas cicatrisée parfaitement !
Bah... l'en a vu d'autres, El Magnifico ! C'est pas une 'tite boutonnière comme ça qui va l'arrêter !
Si bien que, après quelques minutes de supplice, je procède à une toilette minutieuse et j'arrive à enfiler une chemise propre. Je prends le temps de coiffer ma tignasse en réunissant les longues mèches rebelles dans le dos retenues par un lien de cuir et c'est assez pimpant que je descends dans la salle.
Lyz et Nadette sont attablée papotant de tout et de rien et relèvent la tête à mon arivée.

Les bras écartés je lance un
"TADAAAAMMMM !!" retentissant sous le regard admiratif de Lyz... et celui plus mitigé de Nadette qui semble encore souffrir psychologiquement des séquelles des blessures qu'elle a reçues au visage.
Elle ne devrait pas se tracasser à ce sujet, pensai-je, ça lui donne un charme certain et l'allure d'une baroudeuse ! Evidemment, je me garde de lui en faire la remarque. Je sais la donzelle ombrageuse, même si elle m'aime bien !

- Me v'la enfin sur pieds ! dis-je en souriant, ce qui est assez rare chez moi, faut bien l'dire. Mais je pense à mes amies. Cela ne sert à rien de s'apitoyer davantage... dans moins d'un mois, cette aventure ne sera plus qu'un mauvais souvenir... et le début de ma traque !

Un rictus carnassier déforme un i,nstant mes traits sereins, mais très vite, je reprends bonne contenance.

Je m'installe à leur table et, regardant Lyz avec tendresse, mais aussi une pointe de malice pétillant au fond de mes yeux :


- Merci ma douce d'avoir pris soin du vieux loup blessé. Je te dois une prompte guérison... Sisisi... crois moi... Sans tes soins attentifs et ta tendresse, je serais encore à me morfondre en maudissant le sort qui s'est acharné sur nous.

Un regard un peu mystérieux et :

- Je suis allé faire un tour aux écuries pour voir si nos chevaux ne manquaient de rien, dis-je en mentant effrontément, et je me demandais si ça te plairait de m'accompagner pour une promenade à cheval. Ta cuisse est guérie et moi, je tiendrai en selle sans problème... si toutefois nous ne nous lançons pas dans des galops effrénés !

Une pause, puis :

- On dit que les abords du lac sont très jolis... Nous pourrions emporter un repas léger et nous laisser aller à un dîner champêtre sous les saules... qu'en penses-tu ?

Je m'étais adressé à Lyz et je réalisai que j'avais complètement oblitéré la présence de notre amie... Tant bien que mal, j'essayai de réparer les dégâts en ajoutant :

- Euh... bien sûr, vous pouvez v'nir avec nous, hein Nadette... 'fin si vous voulez, quoi...

Ouais bon.. pour les mondanités, tu r'passeras hein, Fan... bonjour la délicatesse ! Mais bon... on s'refait pas... Chassez l'naturel... la suite on la connaît.

Histoire de dévier un peu, je commande une tournée et en profite pour exhiber ma nouvelle épée achetée quelques jours auparavant.

- J'me sentais tout nu sans elle... anonai-je sans grande conviction... l'est belle hein ?

Bon... Fan, tu t'enfonces là !

- Bon Lyz.. t'en penses quoi de cette balade ?

_________________
Elyz
Voir son grand gaillard fanfaronner ainsi alors que quelques jours avant ils étaient tous à l'article de la mort, fait sourire Elyz...

Elle se remémore les derniers jours avec frayeur... l'attaque, la peur de mourir et la peur pour ses amis .. Elle touche sans s'en rendre compte sa cuisse meurtrie qui garde encore la trace de cette nuit terrible...
Estefan fait le fort mais elle, elle sait qu'au fond de lui bout une rage sans fin... Hormis les blessures physiques qu'ils ont tous les trois reçu, celle à la fierté sera la plus dure à cicatriser... surtout pour lui et pour Nadette dont le caractère fougueux égale celui d'Estefan

Elle sourit tendrement à Estefan, une balade à cheval ... en voilà une bonne idée !!

- C'est une excellente idée "Chef" !! s'exclame t-elle en souriant taquine

- Je crois même que c'est la meilleure que tu aies eu depuis quelques temps ... mis à part ... bref... oui je suis partante !!!

Elle regarde Nadette toujours occupée à ronchonner sa vengeance....

- Je ne crois pas qu'elle aie envie de venir, elle échafaude des plans sur la comète pour se passer les nerfs là je crois !! Gare à l'importun qui s'y frottera aujourd'hui !!
Elyz éclate de rire

Regardant Estefan,

- Je suis toute à toi, quand partons nous ?
Estefan


- Je suis toute à toi !

Mmmm... petite phrase en apparence anodine qui recèle cependant une abondance de possibilités toutes plus aguichantes les unes que les autres... mais , n'anticipons pas !

- Eh bien, si tu es prête, nous pouvons partir dans l'heure. Je te propose de nous préparer un en-cas à déguster au bord du lac, quant à moi, je vais m'occuper des chevaux... retrouvons nous dès que tu en auras terminé avec le ravitaillement.

J'ai une passion pour les chevaux. Cela me vient de mon père adoptif, un Rom un peu rude mais au coeur d'or. Sa famille me recueillit alors que je n'étais qu'un enfant. Mes parents, ivrognes et débauchés m'avaient tout bonnement vendus pour quelques deniers afin de combler des dettes de taverne sans doute. Je n'en garde aucun souvenir. Sans doute ai-je inconsciemment oblitéré ma mémoire sur ces événements pénibles.
Après ça, faudrait qu'je sois tendre avec les gens... tsssss !

Mais, même les situations les plus désespérées nous apportent quelque chose de positif. En effet, la rude vie de la route, au gré d'une roulotte cahotante et branlante forme la jeunesse, lui apprend la survie.
La mienne, si elle fut exempte de vraie tendresse, ne manqua pas de moments agréables voire peu ordinaires.

Tous les matins, c'est moi qui avais la charge de panser Umbrà ( ombre, en roumain) la brave jument Irish Cob toute noire de jais - qu'on appelle aussi "Gypsy horse" parce que nombre d'individus de cette race très endurante, se retrouve bien souvent attelée aux roulottes des gitans et bohémiens - et j'y prenais un plaisir ineffable.
Oh certes, au début, j'avais enduré cette tâche comme une corvée. Mais, peu à peu se nouèrent d'étranges liens d'amitié entre l'animal et moi.
Qui de l'un apprivoisa l'autre, nul ne le saurait jamais. L'osmose se fit sans même que je m'en aperçoive.
Toujours est-il que nous devînmes inséparables, au point que Vechi - le Vieux - en prit un peu ombrage. Au bout d'un moment, il me laissa les rênes, prétextant ses rhumatismes pour ne pas perdre la face !
De ce moment, ma vie changea.
Vechi, sans même l'exprimer, m'estimait. Je grandissais, je devenais fort...très fort... puis un jour, plus fort que lui, même.
En hiver, nous tressions des paniers que nous vendions sur les marchés. Et l'été, nous nous transformions en Saltimbanques.
Mamà jouait du naï... qu'on nomme aussi flûte de Pan et Vechi de la cithare qu'on appelle "titera".
J'avais appris à tailler les roseaux pour en faire des flûtes et les os de vache pour en faire des ocarinas... Vechi m'initia à la musique et Mamà à l'écriture. Eh oui... qui l'eut cru !?
J'étais doué pour lancer des pierres. Et, vers 10 ans, je me servais d'une fronde de manière redoutable.
Vechi m'apprit alors à lancer le couteau Je dus l'impressionner car pour mes 13 ans, il m'offrit une paire de dagues courtes et effilées comme des rasoirs que je porte, toujours actuellement, dans le dos, fixées horizontalement à la ceinture au creux des reins.
Aux dires de certains des amis de Vechi, personne n'avait encore vu lanceur de dagues aussi habile !
Si bien que je fis partie du spectacle d'été donné par mes parents en tant que lanceur de couteau et jongleur.
Mais pourquoi j'vous raconte ça, bande de curieux ?...
Cela suffit !
Si j'suis d'bonne humeur on verra d'main... Ouais... c'est ça..."demaina" !

Tout ça pour dire que les chevaux, je connais et que j'éprouve un réel plaisir à m'en occuper... au moins eux, ils disent pas de conneries et sont pas hypocrites ! Vous ai-je dit que j'étais misanthrope ?

Il ne me fallut pas une heure pour pomponner nos montures et les seller. Robes luisantes, naseaux frémissants battant l'air de large "swish" "swish" de la queue, je les devinais impatients de se dégourdir les fanons.
Je montais alors un bel étalon rouan, large de poitrail de près d'une toise au garrot. Puissant et docile, cet animal était idéal pour le voyage. Un peu léger pour la guerre, mais bon... je porte pas d'armure non plus et je ne suis pas soldat.
Je l'avais appelé "Stacojiu" ce qui signifie "écarlate" au vu de sa robe rouge.
Pour Lyz, j'avais trouvé une jolie jument alezane bien ronde et pas trop grande, confortable et d'une gentillesse rare sa robe tirait un peu sur le roux... aussi je la baptisai arbitrairement Câini... ce qui signifie "roussette".

Sans être exceptionnelles nos montures avaient toutes les qualités voulues pour nos besoins et cela nous convenait parfaitement.

Saisissant les rênes, je m'apprêtais à faire sortir les chevaux de l'écurie lorsque je vis Lyz sortir de la taverne les bras chargés de paquets. Les fontes fixées au troussequin de nos selles allaient bientôt se gonfler de victuailles, à en juger par le volume de la charge de ma brunette.
On allait pouvoir tenir l'hiver, et 'core celui d'après... à n'en pas douter.
Taquin, je la hélai :


- Hola ma Belle... On part sout'nir un siège ? Crois-tu qu'nos montures tiendront l'coup ?

Et je partis d'une grand éclat de rire.

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Elyz
Les bras chargés de victuailles, Elyz avançait difficilement ... Ne sachant trop ce qui ferait plaisir à Estefan elle avait emporté de tout , miche .. de pain, pomme, viande, galette de maïs préparées par ses soins, du lait et aussi un peu de vin histoire de réchauffer l'atmosphère si besoin en était ce dont elle doutait fortement.
L'entendant l'apostropher elle répondit :

- Au lieu de te moquer, viens m'aider gredin !!

Elle se mit à rire avec légèreté

Estefan, grand seigneur, ne se fit pas prier d'avantage et vint à son secours.
Une fois les provisions chargées, il l'aida à se mettre en selle en prenant garde à ne pas trop s'attarder sur les courbes de son corps....

- Je suis prête, et à tes ordres !

Dit-elle simulant un salut militaire dont il avait horreur.

Avec une aisance digne des grands, il enfourcha sa monture et donna le signe du départ.
Chevauchant tranquillement et tout en bavardant de tout et de rien, ils riaient se taquinaient le long du trajet.
Elyz adorait l'entendre rire... Il avait à ses yeux, les plus beaux yeux du monde lorsque ceux-ci s'éclairaient grâce au rire.

Ils arrivèrent enfin en vue du lac.
Ils prirent le temps de contempler le paysage magnifique qui s'offraient à eux.
Magique ! Le lac brillait aux reflets du soleil, la douce brise effleurait la surface de l'eau dessinant de minuscules vagues.

- Que c'est beau ! j'en ai le souffle coupé s'exclama Elyz

Sous le coup de l'émotion du moment elle prit la main d'Estefan dans la sienne pour savourer encore mieux ce moment de communion.
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"Lorsque l'on a rien à dire et du mal à se taire... on atteint les sommets de l'imbécilité"
Estefan


Tout allait vite... très vite... trop vite, sans doute.

Hier encore, j'eus égorgé une fille comme elle sans aucun état d'âme si ma mission - ou les circonstances - m'y obligeaient.
Et là, en cette matinée idyllique, je me comportais avec Elyz comme si nous étions un vrai couple - pour ne pas dire un vieux couple. Et le contact de la menotte de Lyz venant se réfugier dans le cuir de ma paume me parut presque irréel.

Oui, le spectacle de ce lac serein, à peine chatouillé par une chaude brise estivale, avait quelque chose de magique et mes yeux se brouillèrent un instant - ou une éternité, allez savoir !
Mais dans ce brouillard surgirent soudain des images du passé.


"Je venais d'avoir quinze ans et, depuis deux ans, notre petite troupe de saltimbanques sillonnait les routes depuis ma Roumanie natale de sinistre mémoire.
Nous avancions au rythme lent et paisible des gens du voyage qui savent que la route n'a ni fin, ni frontière, qui savent que jamais ils ne seront arrivés à destination.
Tels le Juif errant, nous autres Roms, Bohémiens, Gitans et Tziganes avons notre patrie en un endroit ignoré de tous - même de nous sans doute - et c'est cette quête étrange que nous poursuivons sans relâche et qui nous empêche de prendre racine.
Mais jamais nous n'en parlions.
Nos peuples semblent maudits, les "gadjo" nous craignent - allez savoir pourquoi - dans le meilleur des cas, ils ne nous comprennent pas. Mais, où que nous allions, tout le monde est soulagé de nous voir lever le camp, même si, le temps d'un spectacle, on nous admire et on nous applaudit.
Même si nos vanneries et notre artisanat fait l'admiration de tous... derrière chaque sourire, il y a du mépris et de la crainte.

Depuis dix ans, nous avions parcouru les routes de Roumanie, de Hongrie, d'Autriche. Puis le nord de l'Italie et enfin, la Provence.

En cet été 1446, nous arrivons à Marseille. Ville portuaire en pleine effervescence et développement grâce au commerce avec l'Orient mystérieux.

Vechi pense, non sans raison, que parmi cette foule, nous serons sans doute mieux accueillis que dans de pauvres hameaux isolés. Partant de cette réflexion, il décide d'installer la camp pour toute l'année - une fois n'est pas coutume - afin de tirer un maximum de profit de cette aubaine.
La troupe aura, en effet, un succès jamais égalé auparavant et les ventes s'en trouvent, bien évidemment, augmentées. Et, avec cette popularité éphémère, mais ô combien réconfortante, vient alors une période, sinon de sédentarisation, au moins d'accalmie où demain n'est plus à redouter.
Marseille semble devenir alors pour les gens du voyage, une terre d'accueil, sinon une terre promise.
Si j'avais alors une idée du bonheur, ce fut sans doute cette période qui le représenta le mieux.

Mais, chacun sait que le bonheur est éphémère. On a pas le temps de s'y habituer. Et, finalement, c'est sans doute pas plus mal.

Il y avait dans la troupe une jeune fille de mon âge, belle comme une déesse et pure comme une vierge.
Elle avait fait voeu de chasteté jusqu'au mariage et avait décrété que :"ce serait pas d'main la veille qu'un galant la f'rait vibrer d'amour"... à mon grand dam, du reste car elle me fascinait littéralement.
Nous étions amis, sans doute même parents par je ne sais quel méandre capricieux des branches généalogiques des tribus Roms, et n'osais lui avouer mes sentiments. J'espérais qu'elle s'en rende compta d'elle même, mais, étrange paradoxe des amoureux timides, je faisais tout pour les lui cacher !
Il n'empêche que je la respectais et l'admirais à la fois pour son voeu de chasteté si difficile à tenir pour nous petites gens, dont les filles étaient souvent la proie d'envieux et pervers nantis, bourgeois et nobles n'avaient guère de scrupules à user de leur position pour abuser de nos filles.

Maria, pas original, mais c'est son nom, faisait partie de notre troupe et dansait divinement bien, pour la plus grande joie des spectateurs mâles et le désespoir de leurs épouses.
Ses danses teintées d'orientalisme, lascives et sensuelles avaient effectivement de quoi tromper l'assemblée sur la pureté de son exécutante. Mais Marie s'en fichait éperdument... la danse seule était sa passion, sa manière de s'exprimer. Elle ne voyait ni n'entendait personne lorsqu'elle dansait. Nous nous contentions de jouer des airs de chez nous et nulle parole n'était nécessaire : le corps de Maria en exprimait mieux le sens que toute parole."

La pression de la main de Lyz me ramena à la réalité du moment.
Un instant déconcerté par ce plongeon dans le passé, je repris contenance et entourai les épaules de Lyz en murmurant :


- Cet endroit es magnifique oui. Je pense que nous allons nous arrêter ici. Nous pourrions prendre notre repas sous ce magnifique saule... qu'en penses-tu ?

Mais sans même attendre une réponse que je devinais positive, je lui lâchai la main et marchai vers les chevaux afin de les débarrasser de leur harnachement et récupérer nos victuailles.

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Elyz
Elyz observa à la dérobée Estefan qui allait s'occuper des chevaux ... Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait le sentiment qu'il "était parti loin ... très loin d'elle" un moment.
Le sachant secret et solitaire, elle ne lui posa pas de question, espérant qu'il lui parlerait de lui même ... un jour...

- Oui nous serons très bien ici ! Dit-elle pour donner constance

Elle sorti les vivres et la jolie nappe maculée qu'elle étendit. S'agenouillant elle s’attela à la tâche et prépara leur repas en silence ne sachant trop si il lui fallait parler.
Elle regarda Estefan... qu'il était beau ... Trop beau pour elle.
Après toutes les épreuves qu'elle avait subi, elle se demandait si elle allait enfin avoir droit au bonheur.

- Tu viens manger, le repas est pres !

Elle lui tendit un verre de vin d'un main tremblante.[/b]
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"Lorsque l'on a rien à dire et du mal à se taire... on atteint les sommets de l'imbécilité"
Estefan


En regardant Elyz s'affairer rendant cet endroit encore plus magique, j'eus une pensée émue pour elle.
Si on m'avait dit, en arrivant à Auch quelques semaines auparavant, que j'allais y trouver ce que je ne cherchais même plus, je pense que j'aurais tranché la gorge à celui que j'aurais pris pour un mauvais plaisant... et je me serais retrouvé avec un cadavre - innocent, cette fois - de plus à mon actif.
Intérieurement, je remerciai le ciel, ou l'enfer, allez savoir, de m'avoir épargné ça.
Le regard qu'elle posait furtivement sur moi, alors que j'étais perdu dans mes pensées, ne m'échappa cependant pas et je réalisai soudain combien cette jeune femme devait m'aimer pour accepter mes silences, mon passé qu'elle devinait tumultueux.
Sa tendresse et sa fidélité méritaient bien plus que cette attitude mystérieuse.
Aussi lorsque sa douce voix m'appela pour ce repas, je m'assis en souriant tendrement et me saisis du verre qu'elle m'offrait.
Dans ce geste, je perçus le léger tremblement de sa douce main et la gardai un moment, plongeant mon regard dans le sien.


- Lyz...

Bon sang que les mots tendres viennent difficilement parfois. Il est tellement plus aisé d'invectiver, d'insulter, de maudire ou de hurler sa haine et sa colère !

Sans lâcher sa main, je levai mon verre vers elle et murmurai pour me donner du courage :

- A nous Bébé !... et je veux profiter de cette occasion pour... Je fronçai les sourcil, cherchant mes mots... pour lever un peu le voile qui entoure mon passé. Tu as le droit de savoir...à toi, je n'ai rien à cacher.

Je bus une gorgée, puis sans lui lâcher la main et sans la quitter du regard, j'entrepris enfin de lui narrer par le menu ce qui venait de faire l'objet d'une plongée vertigineuse dans mes souvenirs. Je ne voulais rien dissimuler. Après tout, je l'avais déjà prévenue à mots couverts et, finalement, dans le cadre champêtre de cette belle journée d'été, il me semblait que l'heure était propice aux confidences.

- Tu dois te demander pourquoi j'ai fui les femmes, l'amour depuis si longtemps. Bien que les aventures n'aient jamais manqué pour épicer mes nuits, je n'ai jamais su ni voulu m'attacher à personne depuis... depuis les événements qui ont marqué cette époque.

Tout en bavardant, j'avais lâché sa main et l'aidais à servir. De temps en temps, je picorais de ci, de là.
Mais j'avais commencé... il me fallait aller jusqu'au bout à présent.
Et je repris le fil de mes souvenirs, mais à voix haute cette fois, les yeux un peu perdus dans le lointain... comme pour y chercher les détails de ma vie.


"- Maria dansait divinement les badauds se pressaient pour la regarder et nous jouions joyeusement des airs de Bohême ou de Roumanie. Les pièces tombaient dru, comme une pluie d'orage et la saison s'annonçait bien. Même si, finalement, l'argent n'est pas vraiment un moteur pour les gens du voyage.
Pour la première fois de ma vie, je me sentais euphorique. Heureux ?... oui, sans doute. Euphorique mais pas aveugle au point de n'avoir pas remarqué une jeune nobliaud fort intéressé par la danse de Maria. Tellement intéressé qu'il revint souvent... trop souvent.
Cela ne me plaisait guère, mais, je n'avais aucun droit sur elle. Mon coeur saignait à chaque fois que, passant devant ce jeune homme, elle se cambrait et lui souriait. Oh, je sais, elle faisait ces gestes tous les jours pendant son numéro, mais je n'y prenais plus garde, cela faisait partie du spectacle. Mais là... J'avais un mauvais pressentiment... une impression indéfinissable de danger imminent... mal défini. Et n'ayant aucune justification sérieuse pour en parler autour de moi... je me tus et rongeai mon frein.
Une fois la danse de Maria terminée, notre spectacle s'achevait par mon numéro de lancer de couteaux.
Les cibles étaient variables, fixes ou mobiles. Des pommes, des plumes... des ficelles tendues, une cible fixe également.. puis une planche devant laquelle venait se placer Maria, bras et jambes écartés et attachés par de fines cordelettes.
Le "jeu" consistait d'abord à lancer les couteaux au plus près d'elle, puis de la "libérer" en tranchant les cordelettes la retenant "prisonnière"... Frissons garantis !
La foule frémissait en silence et à chaque fois que ma lame "ratait" Maria, les gens applaudissaient comme s'il s'était agi d'un miracle. Ma partenaire et moi devions faire des efforts pour ne pas rire de l'émoi de cette foule un peu stupide. C'est que, comme je l'ai dit, je m'étais révélé d'une adresse inouïe à ce jeu. Je ne ratais jamais ma cible... sauf en spectacle afin d'entretenir une tension sans laquelle le public se fut lassé.
A la fin de mon numéro, une fois Maria délivrée, Vechi offrait 100 deniers à qui oserait venir sur scène avec une pomme sur la tête en guise de cible.
Mais ce jour là...


- MOI !!... clama une voix au premier rang... Mais je ne veux pas de tes deniers !

- Et que veux-tu donc alors ? répliqua Vechi

- Passer un moment avec cette beauté brune au pied si léger !

Le silence se fit un instant, lourd, presque palpable. Vechi, perplexe regarda Maria, nos regards se croisèrent tous en une fraction de seconde, essayant d'évaluer la situation le plus pertinemment possible.
Ce fut Maria qui le rompit.

- C'est entendu Messire... en tout bien tout honneur !

- Cela va sans dire, belle enfant !

Le jeune fanfaron paradait comme un coquelet de basse-cour toisant ses compagnons et la foule en grimpant sur l'estrade. D'instinct il se positionna devant la planche et Maria lui posa une pomme en équilibre sur le haut de son chapeau."

Arrivé à ce stade de mon récit, il me fallut m'interrompre un moment. La scène se déroulait à nouveau sous mes yeux plus nette que jamais et j'avais besoin d'en chasser les images un instant trop réelles.

Je mordis alors dans une belle miche en souriant à Lyz :


- Chi cha t'ennuie, che veux bien arrêter mon réchit, hein ! Ch'est du paché à préjent... J'avalai mon pain et l'arrosai généreusement d'une longue rasade de vin... ensuite, je tranchai le jambon et le servis en souriant.

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Elyz
Elyz ecoute le recit d'Estefan sans l'interrompre, lui si avare de confidances habituellement....

En entendant parler de Maria, Elyz sent une pointe de jalousie lui etreindre le coeur...

Que suis je bête se maudit elle ....

Se ressaisissant elle l'encourage à continuer non sans quelques peurs sur ce qu'il allait lui révéler.

- Non tu ne m'ennuies pas du tout au contraire, je veux tout savoir pour être encore plus proche de toi

Retenant son souffle et buvant plus que de raison son verre de vin pour se donner contenance elle est suspendue à ses levres .....
Son ton léger cache surement un mal être qui lui fait mal depuis si longtemps ...

Si seulement je pouvais alléger ses tourments .... pensa t-elle ..

Malgré son invitation à continuer son récit, Estefan demeure silencieux .. Il semble à nouveau plongé dans les méandres de son passé bien loin d'elle.
Préférant garder le silence une fois de plus, Elyz détourne la tête et essaie de s'affairer à la préparation de la suite du repas.
Rien n'y fait, à l'intérieur son cœur cogne à lui en faire mal. Pour une raison qu'elle ignore elle ne se sent pas à la hauteur des espérances d'Estefan. Elle croit voir en lui une recherche de la perfection qu'elle est loin d'avoir en elle.
Préférant profiter des moments présents elle se garde bien de lui parler de ses doutes.

Maria .... Comme il a du l'aimer ... et peut-être même qu'il l'aime encore ... songe t-elle

Elle essaie de se calmer en respirant profondément tout en prenant garde de ne pas éveiller les soupçons d'Estefan toujours absorbé dans ses pensées...
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"Lorsque l'on a rien à dire et du mal à se taire... on atteint les sommets de l'imbécilité"
Estefan


J'avais parlé longtemps... trop longtemps, surtout pour quelqu'un comme qui n'est guère enclin aux longs discours. Mais Elyz avait le droit de savoir quel homme j'étais et surtout, ce qui m'avait amené à devenir l'homme que je suis.
Certes, Maria avait beaucoup compté pour moi à cette époque. Mais alos, je ne savais rien de l'amour et de ses tourments. Tous ce que je savais, c'est que des sentiments confus et troublants faisaient bouillir en moi un sang déjà impétueux.
A cette époque, Maria représentait l'idéak féminin... un peu naïvement sans doute, mais à part la vieille, je ne connaissais pas d'autres femmes dans mon entourage immédiat.


- Non tu ne m'ennuies pas du tout au contraire, je veux tout savoir pour être encore plus proche de toi !

Je sentais une pointe de jalousie dans le léger tremblement de sa voix et la regardai tendrement, rassurant. Il me fallait à présent aller jusqu'au bout de ce récit afin de dissiper tout malentendu entre nous.
Je repris donc :


- Or donc, le jeune nobliaud, apparemment confiant en mon adresse souriait, je remarquai cependant quelques gouttes de sueur perler à son front, signe évident que le jeune prétencieux avait été plus loin que sa couardise naturelle l'eut voulu, tout émoustillé qu'il était par la présence de ses camarades, mais surtout ne voulant pas perdre la face devant Marie.

En le regardant, les yeux plissés, je me disais qu'il me serait facile de loger une de mes lames dans une orbite, dans sa gorge ou dans son coeur et le clouer à la planche comme un papillon. Mais je me fis violence, ce geste aurait eu des conséquences terribles pour ma famille.

Néanmoins, je ne voulais pas qu'il s'en tire aussi facilement, je me tournai vers la foule et déclarai, très sérieusement :


- Braves gens... cet exercice demande énormément de concentration, d'autant que ma précision a déjà été affectée par le tour précédent... aussi, je vais procéder à trois essais avant de toucher ma cible.

Un silence de mort régna soudain sur l'assemblée, on entendait des dents claquer et des respirations haletantes. Ma "victime" n'en menait pas large soudain. L'homme me regardait avec des yeux dans lesquels je pouvais lire une peur terrible. J'espérais qu'il craque et s'en aille sans demander son reste... Mais il resta. Où se trouve la frontière entre le courage et l'inconscience ?... Je ne sais, mais lui avait largement franchi ce point de non retour.

Je pris donc trois dagues parmi ma panoplie et les soupesai longuement les unes après les autres. Me mis enfin en position de tir et bandai mon bras en fixant ma cible sans ciller.
L'homme eut un mouvement imperceptible... je laissai retomber le bras et lui dis avec une politesse mielleuse teintée d'ironie :


- Mon bon Messire, si vous bougez tout le temps, ne vous étonnez pas de recevoir une lame au mauvais endroit... ce ne serait pas de ma faute !


Et je pris le public à témoin :

- N'est ce pâs, braves gens ?... Ce serait du suicide, non ? et je partis d'un grand éclat de rire qui eut pour effet de détendre le public... mais pas ma victime et là, sans crier gare, je lançai une dague qui alla se ficher à 3 centimètre de son oreille gauche. L'homme tressaillit, mais n'osa pas bouger.

- Premier essai ! [/color[color=darkblue]]Clamai-je.

- On ne bouge plus Messire !

L'homme suait de tous ses pores à présent mais il était plus que jamais trop tard pour lui. Je me remis donc en position et rapidement envoyai ma seconde dague à quelques centimètres de son oreille droite cette fois. Ainsi encadré il ne pouvait plus se défiler, ni bouger, ce qui m'arrangeait bien, je l'avoue.

Ma troisième lame se ficha à quelques centimètres au dessus de la pomme dans une grande rumeur d'effroi de la part du public. Ma cible était pétrifiée, je soupçonnais le jeune coq de s'être oublié dans ses braies, mais je n'en avais cure... Il avait voulu jouer...soit.

Je ne pris pas ma dernière dague dans le lot dont je me servais habituellement sur scène, non. Je pris l'une de celles que je dissimule toujours au ceux de mes reins, elle sont plus tranchantes, plus effilées et surtout plus équilibrées et plus lourdes. Ce sont des armes de combat , pas de démonstration.

Je posai la main sur mes yeux pour me concentrer ce qui eut pour effet d'imposer un lourd silence dans l'assemblée, puis, très vite, je visai, armai et détendis mon bras... Un éclair, un "TCHAC" sonore et la lame vint se ficher à l'endroit où était la pomme dont les deux moitiès roulèrent au sol.
Il y eut un moment de grande stupeur... un grand silence... Puis soudain, ce fut un tonnerre d'applaudissements et de cris de sifflements joyeux et je me retrouvai porté en triomphe tandis que le nobliaud, tremblant sur l'estrade se palpait le crâne pour bien s'assurer que le liquide qu'il avait sur la tête n'était pas du sang, mais bien du jus de pomme.
Une fois le calme revenu après que le jeune homme eut repris figure humaine, il s'était agi d'honorer le contrat. De loin, je vis donc l'homme s'éloigner avec Maria à son bras. A cet instant, je sus que j'aurais dû rater ma cible et lui planter ma dernière dague dans le front !

Je ne revis pas Maria de la soirée... ni même le lendemain matin alors que nous avions coutume de trainer ensemble sur le marché, histoire de délester quelques bourses trop remplies. J'eus beau scruter ruelles et tavernes, nulle trace d'elle.
De guerre lasse, je décidai de rentrer à la roulotte, Vechi devait savoir où elle était... Mais je reconnais que j'étais rongé par la jalousie.

Nous devions donner un spectacle le soir même. Mais Maria ne se montrait pas, j'en parlai au Vieux qui me regarda d'un air sombre.


- Quoi ?... Que se passe-t-il ?... Tu sais quelque chose toi !... Elle est toujours avec ce Gadjo !... C'est ça ? Mais parles par la Vierge !!

Vechi me regarda, il me semblait qu'une larme perlait au coin de ses yeux, puis il posa la main sur mon épaule et doucement :


- C'est le Mal, Fils... Le malheur est sur nous...

Il ne put en dire plus et se détourna le dos plus voûté que jamais me laissant ainsi avec une cruelle douleur au coeur. Qu'avait-il voulu dire ?...
Le doute me rongeait, la rage crispait mes mâchoires et mes poings et je fis la dernière chose que j'avais imaginer faire : Aller prendre de ses nouvelles à la roulotte de ses parents. Ce genre de chose ne se faaisait pas chez nous... souvent, le smariages s'arrangeaient entre parents, bien qu'on prenne en compte l'attirance que deux jeunes gens pouvaient avoir l'un pour l'autre. Mais, je ne m'étais jamais déclaré, je ne l'avais jamais osé. J'espérais juste que Vechi ou la vieille eussent remarqué mon intérêt pour Maria.
Mais là, j'étais inquiet, non pas pour une éventuelle promise, mais pour un membre de notre famille. Aussi, avec autant de fermeté que me le permettait ma timidité et mon trac naturels, je frappai à la porte de la roulotte.

Diego, son père ou son oncle ou son tuteur - je ne l'ai jamais su - s'encadra dans la porte l'air plus sombre que jamais. Cet espèce d'ours mal léché haut de plus d'une toise, avait la mine déconfite et semblait avoir pris 20 ans. Il me regarda, hagard et atone - en d'autres temps, soit il m'eut éconduit vertement soit il m'eut fermé la porte au nez.

- Entre... me dit-il simplement.

J'hésitai tant son invitation me sembla incongrue, puis enfin, j'obéis et, dans la pénombre de la roulotte, je vis une forme allongée sur la couche.
Tout d'abord, je ne crus vois qu'un tas de chiffons ou de linge, mais mes yeux s'habituant à la clarté avare de la lampe à huile je la vis.

Le visage tuméfié, ensanglanté, les cheveux ébourrifés les maisn cripées sur une couverture avec laquelle elle tentait de se cacher...
Je m'avançai doucement mais elle me foudroya du regard et Diego posa sa lourde patte sur mon épaule, sans rudesse, mais avec fermeté et murmura :


- Elle doit se reposer, fils... Viens... reviens demain, si tu veux.

Une fois sur le seuil je me retournai et le regardai dans les yeux avecun air farouche qu'il ne me connaissait pas et qui le surprit. Ma timidité venait de fondre comme neige au soleil et, presque sans le vouloir, je m'adresai à lui :

- Que s'est-il passé Diego... je veux savoir... Qui lui a fait ça ?!

Son regard me fuyait, la situation changeait, avant ce soir, il m'eut giflé pour me faire comprendre que c'étaient pas mes affaires. Mais au fond, il avait conscience que nous étions une famille et que ce qui touchait l'un d'entre nous nous touchait tous. Enfin, il me regarda, presque pitoyable et articula péniblement :

- Le... le jeune noble... il l'a emmenée, avec ses amis...je sais pas où... mais... Ils l'ont fait boire... puis... ils ont.. Il déglutit péniblement... Ils ont essayé d'abuser d'elle. Maria, tu la connais, elle s'est pas laissé faire... alors, ils l'ont frappée... et ils l'ont prise de force...
Diego s'effondra sur le seuil de la roulotte et ajouta d'une voix éteinte :

- Va Estefan... va... laisses nous à présent...

Complètement anéanti, je m'en allai d'un pas lourd, l'esprit vide. J'errai un moment au milieu des roulottes, perdu et tiraille entre des sentiments divers allant de la rage au désespoir.

Je finis par aller me réfugier dans l'enclos où étaient gardés les chevaux et m'endormis dans la paille d'un sommeil peuplé de cauchemars.

C'est le lendemain que les choses se gâtèrent définitivement pour moi.

J'errais sur le marché, désoeuvré. Nous n'avions pas donné de représentation la veille, et pour cause. J'hésitais sur la conduite à tenir après ces événements... partir, rester ?...

Finalement, je me décidai à rentrer chez moi. Plusieurs personnes étaient réunies au centre de ce qui ressemblait à un village sur roues. Parmi elles Diego et Vechi... Des femmes en pleurs des hommes à la mine défaite... La consternation et la douleur se lisait sur tous les visages... de la colère aussi. J'avais peur de comprendre.
je m'approchai et, à ma vue Diego me fixa d'un regard sombre... Vechi n'osait poser les yeux sur moi. Diego s'dressa à moi d'une voix atone :


- Fan... Maria... elle est... et il fondit en larmes. jamais je n'aurais cru que ce personnage d'aspect si rude puisse un jour pleurer. Il fallait que ce soit terrible !

- Quoi Maria ?... dis-je d'une voix tremblante... Que lui est-il arrivé ?

Il me regarda et grinça, les mâchoires serrées :

- Morte Estefan... Elle s'est pendue cette nuit !

Un régiment de cavalerie avec ses chevaliers en armure me seraient alors passés sur le corps que cela n'aurait fait aucune différence... Je ne réalisais pas ce que cela signifiait. Je ne pouvais imaginer que Maria... Non... pas Elle...

A mesure que je reprenais mes esprits, je réalisais qu'elle avait dû préférer se donner la mort plutôt que de vivre avec la honte d'une telle souillure. Et, immédiatement, je fus envahi d'une haine sans borne à l'égard de celui qui était la cause de cette infâmie !
Je ne pus ajouter un mot...je m'enfuis comme un fou et je me mis à courir à travers les rues de la ville à la recherche d'un homme, un sous-homme plutôt, afin de vanger mon amie.

C'est sans soute le Sans Nom qui m'entendis lorsque, errant de rues en ruelles je priais afin de croiser celui qui était la cause de la mort de Maria, car au détour d'une ruelle donnant sur la marche, je LE vis, sortant d'une Taverne, visiblement aviné.


- TOI !!...

L'homme se retourne, et me reconnaissant, arbore un sourire hautain, suffisant...

- Tiens... le p'tit lanceur d'aiguilles...

Je l'entendis à peine et marchai droit sur lui. Arrivé à moins d'un mètre de lui, je tirai une longue dague de ma botte et lui enfonçai dans le ventre en faisant faire un tour à la lame. La stupéfaction figea son visage avant que la douleur le lui déforme et dans un rictus d'une rare cruauté, je soufflai :

- De la part de Maria... Pourriture !...

Puis je retirai lentement la lame et le laissai s'effondrer sur le sol comme un pantin, désarticulé. Je me penchai et essuyai la lame à son pourpoint.
Des gen,s assistaient à la scène silencieusement... Puis un cri jaillit :



- A L'ASSASSIN !!!

Je sortis soudain de cet état second dans lequel m'avait plongé l'annonce de la mort de Maria et réalisai que l'on aurait de cesse que de me retrouver pour me pendre.
Je m'enfuis donc dans le dédale des ruelles de Marseille et me fondit dans la foule et allai me cacher sous une roulotte jusqu'à la nuit tombée.

Au petit matin, alors que la maréchaussée battait la ville, je frappai discrètement à la porte de Vechi.
Il dormait encore, je le secouai doucement et lui murmurai :


- Justice est faite Père... mais je m'en vais... Adieu.

Je tournai les talons et je volai un cheval que je sellai rapidement...
Je ne revins plus jamais à Marseille et je ne revis plus jamais ma famille...


Je repris ma respiration et prononçai doucement en regardant ma douce Lyz :

- Voilà toute l'histoire ma Lyz.Depuis cette époque... bah, je suis devenu l'homme que tu connais. Maria n'est plus qu'un douloureux souvenir... comme la perte de mes amis de ma famille. Cela ne me hante plus... mais il m'arrive d'y repenser, comme une espèce d'hommage à leur mémoire à tous... tu comprends ?

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Elyz
- Oui je comprend .... une larme coula le long de sa joue...

Voyant Estefan complètement troublé et perdu dans ses souvenirs, ELyz préféra le laisser seul un moment, le temps qu'il se reprenne, ou pas, afin de continuer leur conversation et leur pique nique.
Pour le moment elle aussi avait la gorge trop nouée pour avaler quoique cela soit.
Elle se leva et alla en direction du lac à quelques pas de là.

Elle se posa sur une souche d'arbre et contempla le miroir qui s'étendait devant elle. Elyz était quelqu'un de caractère mais les derniers évènements l'avaient vraiment secoués. Elle ne savait plus tres bien où elle en était ni pourquoi ... Elle n'avait plus qu'une seule certitude, ses sentiments pour Estefan.

Que fallait-il faire ? Comment pouvait-elle le réconforter ...

Complètement perdue, elle se mit à pleurer, la charge d'émotions étant devenue trop lourde à porter d'un coup. Elle aimait cet homme plus que sa propre vie elle en était certaine, mais cela suffirait-il ? Cela lui suffirait-il à lui ?
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"Lorsque l'on a rien à dire et du mal à se taire... on atteint les sommets de l'imbécilité"
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