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[RP] D'une histoire de parentèle, Part I.

--Rollon.


Déjà plusieurs décennies que le Rollon vivotait dans ce que était pour lui l’enfer sur terre, la Bretagne. Tout au long de ces multiples années il n’avait de cesse de se remémorer les verts pâturages quasi fluo parsemés de vaches de son cher et tendre pays, la Normandie. De temps en temps il se demandait même pourquoi il n’y était jamais retourné une fois désoccupé mais sans tarder il se souvenait alors des créances et hommes louches qu’il avait laissé là bas et lachait un petit sanglot geignard d’ivrogne à ce détail.

Bling bling bling…

Quelques piécettes heurtèrent le fond du godet en cuivre prévu à cet effet. Il fit un sourire quasi édenté à la dame qui venait de lui faire l’aumône et ne cessa pas quand elle lui rendit un regard dégouté et tournait les talons.

« Oh m’ci bien Dame, L’Très Haut vous bénisse ! Une sainte parmi les saintes ! »

C’était le même refrain à chaque fois, il déclamait machinalement ses mièvres remerciements tout en comptant discrètement la somme que l’on lui avait accordé. Que celle-ci fut convenable ou non, il ne se gênait pas ensuite pour barbouiller d’obscénités via la pensée, les participants à ses revenus faciles.

Une heure plus tard, alors que le jour commençait lentement à décliner, le vioc se félicita comme de coutume de sa récente trouvaille. Assit comme il était, son capuchon abaissé qui ne laissait paraitre que le bas de son visage, la jambe droit repliée de moitié sous ses fesses et le genou bandé à la manière d’un moignon, il aimait à se faire passer pour un vétéran abimé des guerres Ponantaises, le filon était plus que fructueux et cette journée en était l’un des nombreux exemples. S’il avait su que ça gagnait autant, il n’aurait jamais eu l’idée dans le temps de travailler comme valet… Enfin bon.

Il compta une dernière fois sa monnaie puis heureux du résultat, entreprit de retirer son faux bandage tout en sifflotant l’air d’une chanson paillarde. Avec la somme qu’il avait gagné plus ce qu’il lui restait des autres jours, il avait déjà prévu le programme de la soirée. En bon normand il irait d’abord picoler de tout son saoul et s’offrirait même le luxe d’une bonne tranche de barbaque ! Mais le meilleur restait pour la fin, le ventre plein et l’haleine alcoolisée, il irait ensuite avec ce qu’il lui resterait d’écus, se payer quelques gâteries expertes de la grosse Madezig… L’Rollon en salivait d’avance.

Joyeux donc, il avait remballé ses affaires et toujours sifflotant, s’était engagé dans les ruelles de la ville. Le normand anticipait tellement sa « pure soirée » qu’il en oubliait même de regarder devant lui et bien mal lui en prit.

« Gloups. »

«Hey mon vieux ! Ca tombe bien on t’cherchait ! T’as du retard au niveau d’tes points d’fidélité. »

Les deux hommes qui lui barraient le chemin étaient plus jeunes que lui mais pas forcement mieux bâtit. Pour autant, les dagues qui pendaient à leurs ceintures leur donnaient le charisme suffisant pour risquer de souiller ses braies.
La sueur commençait déjà à couler sur son front, son teint avait viré au blanc et l’envie de soulager sa vessie de plus en plus pressante à chaque pas que faisaient ses créanciers pour le rejoindre. Honnête homme ou à la rue, il fallait toujours qu’on vous préleva des taxes sur vos revenus… Foutu monde que celui la.

« B…bah..bah on peut pas s’arranger dites ? Un délai d’une semaine ? Allez, soyez chics té !... »

Son état de stress grimpa crescendo quand de l’hilarité, ses agresseurs dégainèrent leurs dagues en affichant de larges sourires sadiques et sa vessie donna de violents signes de vie quand une donzelle aux tifs rasés et à l’aspect fantomatique fit son apparition tel l’ange de la mort venant réclamer son dû.

« Aaargh ! »

Il secoua la tête tout en glapissant quand son regard affolé s’attarda sur l’objet que se trimballait la passante zombifiée… Une arbalète !? La faucheuse avait-elle choisi la facilité en se procurant une arme à distance ou bien était-ce une de ces mercenaires timbrées comme on pouvait en croiser sur les routes ?... Il opta pour la deuxième solution, sauvegardant pour l’occasion le peu de santé mentale qu’il lui restait.

« Heeeppp !! TOI !!! Aide moiii !! J’paye !!! »

Reprenant un semblant de courage alors que les deux zigs s’approchaient toujours de lui, il fit de grands gestes en direction de la passante.

Sa vessie lâcha.

Au pire il clamserait en ce début de soirée. Souillé et honteux comme il l’était ça l’arrangerait p’t’être…
Astana
C'est venelle de la tour Trompette que l'on aperçoit ce qu'il reste de la mercenaire sortir de l'antre Chimerienne. La caboche fissurée ainsi exposée à la vue de tous, en dépit du jour qui décline. Dans ce court laps de temps où les astres diurnes et nocturnes se partagent le ciel, la tondue remonte la ruelle dans ses fripes devenues trop grandes. Maigre, même le mot sonne creux tant il est loin de la vérité. Enfin. La Danoise n'est pourtant pas sortie seule, car depuis peu la femme souffre d'un mal répandu nommé paranoïa. Par crainte de prendre un nouveau coup sur la tronche qui la plongerait une fois encore dans un sommeil profond, la blonde sort couverte... par une arbalète chargée. Celle-la même offerte par Maleus en des temps plus anciens.

Seulement voilà : l'Astana compte curieusement les pavés jusqu'à la prochaine intersection, s'imaginant hermétique au monde.


- « Dézingue-Finn, dézingue-Blaireau, dézingue-Rien, dézingue-Finn, dézingue-Blaireau, dézingue-Rien, déz... HEIN ? »

- « Aide moiii !! J’paye !!! »

Kézako ?

Haussant les sourcils, elle avise la situation d'un bref coup d'oeil, avant de marmonner :

- « Minute, j'suis occupée. »

Et la scandinave de repartir sur la compte des pavés. Méticuleusement.
Dézingue-Finn, dézingue-Blaireau, dézingue-Rien... HAHA ! Intersection !


- « Dézingue-Finn ! »

Faciès triomphant sur fond de joues creusées. Dans sa joie incommensurable d'avoir trouvé un petit nom à son joujou, elle en oublie que ce dernier est bandé et prêt à tirer. Une seconde de relâchement, un geste en entraînant un autre, et... c'est le carreau qui part à toute vitesse se loger dans la cuisse d'un pauvre type. L'agresseur agressé.

S'en suivent un cri, deux cris, une injure et pour finir, un malaise.


- « Ho, je suis dé-so-lée ! »

Et la sénestre de se plaquer sur ses lèvres, à demi honteuse-mais-pas-tant, pour contenir un rire nerveux.
Enfin bon on sait pas, peut-être qu'il s'appelait Finn aussi. C'est la faute au destin.

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--Rollon.


« Minute, j'suis occupée. »


Le vieux eut l’impression que sa mâchoire allait se décrocher en entendant la réponse de l’étrange femme. Minute… Minute !? Non mais elle attendait quoi la bougresse ? Que les deux loubards lui aient taillé quelques tranches dans le jambon ? Transi de trouille, ne faisant quasi plus attention à ses braies souillées, il se pensait déjà mort et commençait à voir sa vie défiler devant ses yeux.

Il secoua vivement la tête.

Non, le flash back c’était vraiment pas la bonne idée, surtout quand les trois quart des souvenirs avaient odeur d’étrons. Il grimaça et se mit doucement à sangloter se rendant encore plus pitoyable qu’il ne l’était déjà… Ce qui était en soi un grand prodige.

Perdu un instant dans ses pensées, le normand ne fit pas attention à l’exclamation de la rasée ni au rude sifflement qui l’accompagnait puis se souilla une deuxième fois en voyant le carreau d’arbalète qui traversait la cuisse d’un des lourdauds. Vraiment pas beau à voir, clair ! Grommelant quelques insanités dans sa barbe blanche à la vue de tout ce sang il poussa un grand et long soupir de soulagement quand l’autre maraud couru en direction de la supposée sociopathe pour venger son copain.

Une grimace de fourbe parut sur son visage barbu.

« Hin hin… »

L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter. Voyant l’autre agresseur occupé à charger la folle, il délesta de sa bourse l’évanoui et commença à s’éloigner discrètement par où il était venu. Peut être que les autres allaient s’entretuer ? Lui en tout cas il avait gagné un supplément d’écus pour faire un saut aux étuves histoire de paraitre présentable devant sa catin préférée… En plus en foutant le camp il gardait l’intégralité de la somme ! Il gratifia dame Chance de quelques prières...
Astana
Mandale.

Le premier coup atteint la pommette scandinave. Elle peut déjà sentir l'ecchymose qui se forme, dessous la peau, ainsi que le goût cuivré sur sa menteuse. Mais regarde un peu ma tronche, tu crois que j'en ai pas vu d'autres ? Moi du moment qu'on me touche pas le crâne... Léger sourire. Siphonnée mais pas sénile, la rasée est consciente que sa force d'antan n'est plus. Qu'il faudra retravailler tout ça. Et vous savez ce qu'on dit : la femme est une vile créature. C'est pourquoi elle rétorque par un savant coup d'arbalète en plein visage. Si fait qu'on peut s'en servir au corps-à-corps. Et toc ! Remonte ton slibard Lothar ! Pas pour rien qu'on l'appelle l'arme des lâches non plus. Hein. Bon.

Gueulante.

De l'un parce qu'il vient de bénéficier d'une refonte du faciès, et de l'autre parce que le gueux se tire à l'angloise. Tu t'en sortiras pas si facilement mon gars. Sans un regard pour les deux loustics laissés sur le carreau - humour du soir, bonsoir -, la blonde s'empresse de rattraper l'empaffé à coup de grandes enjambées.


- « TOI ! »

Doigt menaçant pointé sur son râble qu'il ne voit donc pas.

- « Jeg slår dig ihjel! »
[Je vais te tuer !]

Ouh. Quand la grande perche se met à causer en sa langue paternelle, c'est jamais bon signe.
Pire : généralement elle passe à l'acte. [...] Mais avec quoi ? T'as plus de munitions.

Le pisseux sait pas. Tant mieux. Coup de bluff.


- « Dis, tu préfères le prendre où ton carreau ? Dans le fion ou dans la nuque ? »

Sois gentil et arrête-toi. Parce que je compte bien t'assommer avec vu qu'elle dézingue tout. Mais surtout Finn.

* Citation de Perceval, dans Kaamelott
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Rollon



« TOI ! »

Gasp ! Grillé !...

Décamper, décamper, décamper… Rollon pestait en sentant la lourdeur de ses guiboles. A rester assis par terre toute la journée et en ajoutant à cela son âge avancé, il fuyait à une vitesse des plus misérable. En son for intérieur, et malgré le coté pépère de son activité, il se jura de trouver autre chose d’ici quelques années sous peine qu’un jour il n’arriva même plus à se relever.


- « Jeg slår dig ihjel! »

« Hiiii »

Il se crispa et ses jambes se mirent à flageoler, quelle était cette langue démoniaque ? Venait-elle de lui lancer un sort ? Lui avait-elle noué l’aiguillette ou quelque chose de pire ?... Il se mordilla la lèvre inferieur et entreprit de continuer à fuir quand la menace de la donzelle tomba.

L’effet fut direct et sans appel.
Paralysé par la peur et déjà fatigué, il s’arrêta, levant doucement les mains en l'air sans se retourner.

« Je… Je… J’allais chercher du s’cours mademoiselle, j’vous jure sur la Sainte Boulasse !... Tirez pas ! Pitié ! J’ai… »

Il lui fallait inventer illico quelque chose dans le registre du pathos qui pourrait lui sauver la peau, dans sa caboche de vieux fourbe, ça cogitait sec.

« J’ai une femme ! Des p’tits enfants et un poney tout doux ! Qu’est-ce qu’ils feraient sans moi j’vous demande… M’faites pas de mal… j’vous payerais et même euh… j’vous offrirais un verre ! »

Gros soupir, tremblant de tout son être, il entendait le cliquetis des écus dans sa besace, ce cliquetis qui lui promettait tant de choses plaisantes quelques temps avant et qui lui semblaient si lointaines maintenant.

« Pis… Faut que je m’change… »
Astana
Courroucée, la blonde marmonne quelque insulte en danois tout en fustigeant du regard le dos offert à vue.

- « Des renforts ? Ben voyons. »

Un pas de plus, l'arme flirte dangereusement avec la colonne vertébrale du miséreux. Et voilà qu'il nous sort le couplet sur la femme, les gosses et... le poney. Qu'est-ce que ça peut me foutre à moi ? J'ai pas demandé à ce que tu me sortes ton historique familial. Et comme il s'acharne, elle s'agace et fait claquer sa langue. L'arbalète se lève au dessus de son crâne. Gaffe à la bosse.

- « J’vous payerais et même euh… j’vous offrirais un verre ! »

Ah ? Le tintement des écus lui arrache un bref sourire.

L'arme redescend à hauteur de main, lui offrant un peu de répit.
Tout s'achète en ce bas monde. Même une vie. La tienne en l’occurrence.


- « Feu mon père se plaisait à répéter que l'on est comptable de ce que l'on dit... »

Tu vois où je veux en venir ?

- « File-moi ta bourse et tu pourras repartir en courant vers ce qui te sers de femme. »

Et dis merci au coma qui m'a rendue compréhensive. À moins que l'or n'en soit responsable. Quoi qu'il en soit, y'a pas de petit profit.
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Rollon



Tout ça pour ça… Y’avait de quoi chialer tant la situation était négative et ridicule pour lui. Pendant quelques secondes il s’imagina grandir et virer à la couleur verte, son petit corps frêle de vieillard se transformant en montagne de muscle rageuse sous les yeux ébahit de la donzelle. Il lui rirait au nez, le genre de rire démoniaque qui glace le sang et l’enverrait voler jusqu’en Artois d’une simple pichenette… Dans ta face grognasse !

La présence de la cinglée et de son arme le ramenèrent sans ménagement à la réalité, il bredouilla quelque chose d’incompréhensible puis se retourna doucement pour lui faire face. Un sourire de faux-cul crispé apparaissait sur sa trogne tandis qu’il luttait contre les tremblements insensés que lui provoquait la peur.

« Vot’ père devait être un homme bien ! … ‘fin il m’semble… Devez avoir hérité de ça non ?... »

Le visage de la donzelle lui rappela vaguement quelque chose pourtant il était incapable de dire quoi… L’heure était à la survie, dernière tentative de brossage de poil, il luttait avec désespoir pour garder ses pécunes mollement gagnées.

« Brave et charmante donzelle que vous êtes… Vos… vos parents devaient être des gens bien ça s’voit de suite… Croyez m’en, je devine ce genre de chose… ‘suis sûr qu’ils voudraient pas que vous agressiez un pauvre, pauvre , pauvre petit homme d’un certain age… Qui vous invite à boire qui plus est !... Non franchement on peut s’arrang… Hééééééé ! »

Zappant l’existence de l’arbalète, le vieux normand pointa un doigt tremblant vers le fond de la ruelle à laquelle la blonde tournait le dos.

« Là ! »

« Oh bordel d’belette escouillée ! Nooon !!!... »


Six loubards aux mines patibulaires commençaient à courir dans leur direction, les hachoirs et autres armes tranchantes suffisaient à décrire leurs attentions. Ni une ni deux, oubliant qu’il pouvait périr d’un carreau dans le dos, il tourna les talons et cavala plus vite qu’il ne se pensait capable vers le premier chemin à droite…

Faites vos jeux, rien n’va plus…
Astana
Le ton se fait sec et sans émotion.
Blondeur n'aime pas évoquer ses racines.


- « Ma mère est morte en couche. Mon père frappait d'abord et causait ensuite. »

Tu parles d'un héritage...

- « J'te laisse deviner de qui j'ai pris. »

Autant de l'un que de l'autre, d'après l'Ancien Sorensen. Physique maternel et caractère paternel. Un savant mélange de gênes bretons et danois. Avec entre les deux, un panel de nuances dont la dépigmentée peine encore à saisir toutes les subtilités. Une chose est sûre néanmoins : on ne regrette pas ce que l'on a pas connu. Pas même une mère.

Ce qui survient ensuite n'a aucune logique. Plutôt que de suivre le vioc dans sa dérobade et d'ainsi être assurée de voir la prochaine aube se lever, la blonde part tout droit. Direction on-ne-sait-où. Et ne connaissant pas Vannes, elle s'y perd, s'y re-paume, repasse dans des venelles déjà empruntées, sous les injures de trois poursuivants. Elle tourne en rond. Et la pauvre, elle se marre un peu. Si fait que t'as toujours le don pour te foutre dans les emmerdes, toi. Parce qu'il faut avouer que c'est drôle, un peu. Donc elle se gondole tout en courant, essoufflée, les poumons prêts à exploser.

- « Pfou..hou...hou... faut que j'arrête de fumeeeeer. »

Au bout d'une heure qui n'a en fait duré que dix minutes, les zigs lâchent l'affaire quand la blonde leur échappe près de la venelle trompette. Au point de départ, donc. Et c'est tant mieux.
Plus tard, après avoir envoyé Athelstan en mission de reconnaissance, on la retrouvera au comptoir d'un rade miteux dans le fameux chemin sur la droite. Là où le vieux avait été vu pour la dernière fois.

S'il avait survécu, il se pointerait. Et cette fois-ci, elle aurait sa bourse.

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« Respire mon vieux… Respire… »

Le Rollon avait la sensation désagréable que son palpitant allait lui sortir par la bouche et que ses poumons allaient exploser… Faut dire qu’il n'avait jamais aussi vite couru de sa vie, la peur lui avait donné des ailes, enfin des moignons d’ailes.

Il enfila ses seules et uniques braies de rechange et poussa un profond soupir… Fallait se ressaisir, la timbrée et les loubards étaient loin maintenant, tout allait rentrer dans l’ordre… Normalement.



A l’abri dans sa miteuse piaule/planque, il avait repris petit à petit son calme et s’était mis à compter les mouches pourtant l’envie de picoler et la vision de la grosse catin ne cessait de le torturer… Faible homme il craqua une demi heure plus tard et claquant la porte de sa maison il se rendit prudemment jusqu’à son rade préféré.

Durant tout le trajet il fut aussi discret qu’un gaspard en recherche de nourriture, la capuche rabattue au maximum, il circula de ruelles en ruelles pour éviter toutes mauvaises rencontres. Quand enfin il entra dans le rade, l’air enfumé et le parfum de sueur et d’alcool eut un effet rassurant et quasi maternel sur le vieux salaud… Grand seigneur il lança une poignée d’écus sur le comptoir et alla prendre place à la tablée.

« Ta meilleure gnôle taulier ! Votre vieux Rollon doit fêter la disparition des nuisibles ! »

Il gratifia le tavernier de son horrible sourire de fouine et attendit qu’on le serve. Une fois de plus il recompta ses écus et absorbé qu’il était il ne remarqua qu’au dernier moment qu’une personne prit place face à lui…

Il se figea et laissa tomber quelques piécettes.

« Vous !?... »
Astana
Troisième verre de chouchen. La rasée en est là lorsque la porte s'ouvre sur le lascar défraichi. Ses yeux se plissent légèrement sur la silhouette courbée, comme pour lire au travers, profitant du fait qu'il ne l'ait pas remarquée. Tel le prédateur qui attend le moment propice pour s'abattre sur sa proie. Vicieuse. Une fois son verre expédié en quelques lampées, la grande gigue déplie sa maigre carcasse pour aller s'échouer sur la chaise qui lui fait face. Manifestement choqué par l'apparition fantomatique, le vieux laisse tomber quelques écus sur lesquels la blonde s'empresse de mettre la main.

- « Je crois que ceci m'appartient. »


Dit-elle dans un sourire narquois tout en ramenant les pièces vers elle. Possessive.

- « Tu voudrais pas vexer un nuisible une fois encore, si ? »


Ouais, j'ai bien entendu. J'ai l'esgourde affutée. Les ronds d'or rejoignent la bourse scandinave dans un "shling" éloquent.
D'un geste elle commande au taulier de lui remettre la même chose, avant de fixer l'homme-loque de sa grisaille torve.


- « Trois fois dans la même journée ça fait beaucoup. Tu vas me devoir plus que quelques piécettes, l'ancien. »

Pourtant le ton reste étrangement calme. La retenue marche mieux quand il s'agit d'intimider.
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Rollon


Perdu.

Eh oui, il fallait bien qu’il accepte sa défaite, l’Rollon aurait bien pu faire du grabuge, appeler à l’aide mais il s’était rendu à l’évidence, c’était le destin. Les épaules affaissées et le visage pale, il regarderait avec tristesse les écus filer vers un autre propriétaire et il versa une larmichette en songeant qu’elle lui tirerait jusqu’au dernier denier de sa bourse.

Le vioc écoutait vaguement la donzelle, il n’avait qu’une envie, se liquéfier et couler jusqu’aux premières douves à porté de plongeon. Fallait-il qu’il soit aussi poissard après avoir remporté une petite somme importante? On lui avait pourtant toujours inculqué que les escrocs et les voleurs avaient la chance de leur coté ? S’était-il brouillé avec Dame Chance ?...

Haussement d’épaules.

« Pouarf … »


Une donzelle d’âge mur déposa deux godets et une boutanche sur la table et il n’attendit pas la folle pour se servir, après tout, il était plus âgé et qui plus est il avait grand besoin de se saouler. Il tisa plusieurs gorgée de liquide brulant puis regarda pour la première fois franchement le visage de la donzelle.

Ces yeux !

Sous le choc le normand recracha le contenu de son godet au visage de la cinglée et pointa pour ne pas changer un doigt tremblant dans sa direction. Ce regard gris, ce regard froid et métallique, comment ne l’avait-il pas remarqué plus tôt ? Dans la confusion du moment il ne s’était attardé que sur l’allure étrange de la donzelle et son équipement mais si la situation n’avait pas été si tendue il était sûr, il l’aurait remarqué de suite !

L’espace d’un instant, toute l’époque où il servait dans une maisonnée bretonne de petite noblesse lui revint en mémoire, cette couleur d’yeux récurrente dans la lignée, du père aux enfants peu y échappaient et il ne connaissait pas d’autres personnes avec semblable regard, impossible.

« Taisez vous m’enfin ! »

La crainte s’était évaporée mais son cœur battait la chamade tant il avait l’impression d’avoir en face de lui une apparition fantomatique. Il ne s’excusa pas de lui avoir craché sa gnôle à la figure non plus.

« D’Assay… Vous en êtes hein ?... »
Astana
La boutanche passée d'une main à l'autre, la Sørensen se sert généreusement. Le verre porté à ses lèvres, elle y trempe la lippe en attendant que le croulant marine un peu. Que le temps fasse son effet. Le jeté d’œil glacial toujours bien fixe sur le faciès d'en face. Plus il se décompose, et plus le rictus s'élargit. À l'apogée de ce dernier, voyant que le type risque l'arrêt cardiaque, la blonde lance un :

- « 'tain, t'as vu un f... »

Un verre craché à la gueule pour réponse prématurée.
Et le doigt tremblotant en guise de confirmation.

Au tour de la mine nordique de se décomposer, petit à petit, tandis qu'elle essuie son visage d'un revers de manche, sous le choc. Elle doit cligner des yeux plusieurs fois de suite pour sortir de sa torpeur et finalement, de serrer la mâchoire. Le nuisible dévisage son vis-à-vis, le regard infiniment plus froid, se projetant mentalement en train de l'égorger. Coup de sang.


- « Non mais ça va PAS ! T'es complètement allumé ! »
- « Taisez vous m’enfin ! »

La voix monte dans les aïgus - Astana reste une femme, ne l'oublions pas.

- « ARRIÈRE-FAIX DE TRUIE LADRE ! »

Elle bondit, renversant sa chaise au passage.

- « D’Assay… Vous en êtes hein ?... »

Avant d'être stoppée net dans son élan. Le nom. L'espace d'un instant, un regard s'échappe au-dessus de son épaule. Pas de Maleus en vue. De quoi il parle c'ui là ?
Décontenancée, et le sourcil fort arqué, elle le chope par le col pour approcher son visage du sien. Parce que la femme enrage à l'intérieur, et que l'explosion est proche.


- « J'ai une gueule de d'Assay, p'têtre ?! »


Ils sont dingues dans cette famille, en plus.


- « Continue à te payer ma tronche et tu vas perdre des dents. »
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Rollon



Malgré le fait qu'elle le tenait par le col, il n'arrivait pas à détacher son regard de celui de la donzelle. Dans la taverne, le concept de non assistance à personne en danger s’était enclenché plus que naturellement, les clients regardaient dans le sens opposé à eux, le taulier sifflotait en essuyant des chopes et la donzelle continuait à servir les clients sans se départir de son air stoïque et fatigué… Bref une taverne normale pleine de gens normaux.

La folle fulminait, les menaces pleuvaient et Rollon était moitié las moitié paniqué, mélange étrange en soi. Il claquait des dents et le regard de la "zombièsque" lui rappelait les piques de colère du vieux maitre d’Assay ainsi que les regards froids et distants de ses héritiers… Ca lui avait toujours foutu les jetons ces mirettes grises, pourtant il en avait vu d’autres de ce genre d’yeux… Mais ce gris chez les d’Assay évoquait trop la froideur d’une lame mortelle, une promesse d’exécution sanglante et sans pitié. A l’époque il avait presque envie d’aller les dénoncer comme créatures du Sans Nom à l’archevêché, mais il n’en avait jamais rien fait, sa rémunération comme larbin apaisait ses angoisses.

« Lachez moi sacrénomd’didiou ! »

Le pépé ponctua sa demande en levant un petit poing tremblant et en fronçant les sourcils mais avec un charisme de mulot rachitique il n’irait jamais très loin…

« J’vous le dis ! Z’en êtes ! Sur la barbe d’Aristote soit-il trois fois loué et reloué ! »

Il postillonnait sec le gredin mais après lui avoir craché le contenu de son verre en pleine face, est-ce qu’elle aurait franchement fait la différence la gazelle ?...

« Je croyais en avoir fini avec cette famille de… de…d’tarés ! Vous êtes une d’Assay, j’suis sûr ! Ce regard… Humpf… »


S’en était trop, ses braies de rechange eurent droit au même traitement que les autres, à son âge, se retenir était bien plus compliqué surtout quand la tension était trop forte.

« ‘Chier… »

Etait-il maudit ?
Astana.


Durant tout le monologue la blonde nie en bloc, chaque fois qu'il argumente elle gueule un "non" sévère et sans appel. C'est pas un illuminé qui va m'apprendre d'où je viens. À chaque négative, l'étau se resserre un peu plus autour de son col. Il finira sûrement étranglé d'ici peu. Sauf que lorsqu'une tâche sombre se dessine sur les braies fatiguées de l'ancien, elle grimace large.

- « Ah, la barbe ! »

Elle relâche l'incontinent d'un geste dédaigneux, se reculant de deux-trois pas.


- « Je suis une Sørensen, tout ce qu'il y a de plus vivante ! »

Les sourcils se froncent. Non point par contrariété, mais parce qu'il a semé le doute. Or Blondeur n'aime pas douter. Elle aime les choses nettes et précises. Les zones d'ombres sont remisées au placard, et on y reviendra plus tard.

- « Ma mère est morte, je te dis. »

Etat de fait. De sa mère, l'enfant n'avait gardé qu'un prénom, Lenaig. Souvent écrit en cachette, mais jamais prononcé. Il n'avait jamais été question de nom de famille, ni d'appartenance. Et la dépigmentée n'irait très certainement pas poser la question à la dépouille pourrissante de son paternel au fin fond du Danemark.

- « Mes yeux sont gris. C'est pas comme si... »


Comme s'ils te venaient de ta génitrice ? Bah si.
Doute, malaise, doute, malaise. Qui font mal aux entrailles autant qu'au crâne.
Avant d'être brusquement balayés d'un revers de main. Astana se ressaisit.


- « C'est le couplet que tu sors à tous les étrangers ? Belle performance. »

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Rollon


- « C'est le couplet que tu sors à tous les étrangers ? Belle performance. »

Relaché mais souillé, il dévisageait la donzelle presque aussi secouée que lui l’était… A dire vrai, avec les évènements du début de soirée, la voir ainsi avait un coté troublant qui foutait le vioc encore plus mal à l’aise qu’il ne l’était déjà. Il soupira puis, fatigué, se laissa tomber sur sa chaise ignorant la contact mouillé et désagréable de ses braies contre ses cuisses.

« J’mens pas… J'ai bossé pour eux !... »

Et à se souvenir, il tendit un bras tremblant pour se saisir de la boutanche et se resservit un godet qu’il vida cul-sec.

« Qu’est-ce que j’sais d’quel ou quelle d’Assay vous descendez hein ? Pis allez pas m’embrouiller avec vot’ nom étrange là.. euh… Sot-rien-saine… Sor’N’seneuh… ‘fin m’avez compris… N’m’embrouillez pas ! Vous êtes une foutue d’Assay ! Ma main à couper ! C’regard vaut mieux qu’une signature !... »

Il cogna du poing sur la table avec tellement de force qu’il entendit craquer ses phalanges et couina quelques instants. Roi de la gaffe, roi d’la poisse qu’il pensa tout en soufflant sur sa maigre paluche.

« J’suis prêt à le jurer sur tous les Saints et les Prophètes ainsi que sur l’saint cul du souverain pontif ! Ca vous va !?... »

De nouveau il attarda son regard sur les grisâtres mirettes de son interlocutrice et il fut pris d’un grand frisson.

« S’vous plait ma petite… Pas taper d’accord ?... »

Le pépé sentait les goutes de sueur perler sur son front ridé, il se força à sourire, joli sourire partiellement édenté, histoire de la calmer… Enfin d’essayer.
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