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RP : Un Cosaque, un Germain : une amitié

Theodrann
Une ville comme une autre dans le nord du Royaume , une taverne- auberge des bas fonds, dans un coin mal éclairé, dos au mur, le germain est là, il picole son godet, il noie le monstre en lui ou l’alimente, la frontière est mince. Il repense à un ami, un cosaque à qui il n’a pas donné de nouvelles depuis des lustres. Et inversement. Les voyages, son dernier séjour dans une geôle, ou on l’y oublia pendant plus longtemps que nécessaire, tout cela n’aide pas à garder le contact même si cela crée d’autres liens. Un sourire carnassier. Souvenirs de leur rencontre. Souvenirs de la naissance d’une amitié. Souvenirs sanglants. Un endroit similaire à celui ou il se trouve, un endroit ou toute la misère, les malfrats, les ivrognes, les pauvres erres locaux semblent s’être réunis. Un endroit où il vaut mieux avoir le dos accolé au mur, voir le danger vous arriver dessus, être près à l’accueillir, plutôt que de le sentir, trop tard, s’enfoncer entre vos omoplates.

Il avait fait quelques petites recherches. Le cosaque à la fameuse manie de ne pas toujours passer inaperçu, mais sait très bien le faire lorsqu’il le désire. Pas toujours évident lorsqu’on le recherche. Quelques renseignements. Quelques questions posées à sa façon. La piste avait été remontée. Le cosaque, l’ami retrouvé. La serveuse venant le resservir, interrompit fort à propos sa réflexion. Il en profita pour lui saisir le poignet juste après, avant qu’elle ne s’en aille. Il allait écrire à Torvar.

Ma jolie, vas m’chercher d’quoi écrire, et un pichet plein aussi .

Il s’arrête, lui sourit, Son pouce exerce dans un même temps, une légère caresse à l’intérieur du poignet des cette dernière, Son regard plonge en elle. Il n’est plus tout jeune, mais il sait avoir de beaux restes. Une lui avait dit un jour "lorsqu’tu souris on t’donnerait presque l’Christos sans confession. " Depuis il en profite, enrobe ses paroles aux femmes de compliments et de sourires lorsque il y voit un intérêt. Un battement de cil de la donzelle, un léger frémissement, une posture qui change, il sait. Ce soir, il aura de la compagnie.

Le sourire enjôleur il l’envoi d’une petite tape sur ses fesses lui chercher ce qu’il demande alors que sous son crâne résonne un cri.

ouiiiiii prenons là, tout entière, je la veux là, tout de suite, elle me plait !
Le regard sur le déhanché, sur la croupe de la belle, qui va, vient entre les tables, lui amène ce qu’il demande. Un sourire toujours aussi enjôleur en remerciements, quelques pièces et un léger pourboire.
Plus tard mon ami, plus tard, elle sera à nous.
Je ne veux pas attendre, coinçons la lorsqu’elle ira dehors, prenons là dans un coin
Plus tard, j’ai dit, nous avons un ami à contacter, à qui écrire.
Oui Torvar !

La plume fut prise, les mots tracés d’une écriture énergique, le godet se vidant au fil de l’avancé sur le velin.




Alors l’ami, j'ai enfin retrouvé ta trace pour apprendre que tu faisais dans la Duchesse maintenant. Tu travailles pour le beau monde !
Si on m’avait dit ça un jour, je ne l’aurais pas cru. J’aurais même découpé en rondelles le mauvais plaisantin.
Dis moi que t’es grassement payé pour supporter les fanfreluches, et les manières précieuses que doit avoir ta patronne, si ce n’est ça, c’est que tu as drôlement changé.


Carnassier le sourire, amusé aussi. Ou comment titiller amicalement un cosaque de pas grand chose son ainé.



D’ailleurs, c’est peut être ça, t’es usé, vieux et fatigué ?
Je vais peut être faire un détour finalement, voir ça de mes propres yeux, avant de gagner Bourgneuf et retrouver l’une de mes petites. C’est que figure toi, l’ami, j’ai fini l’escorte pour laquelle j’étais payé, alors je peux bien faire ce détour voir les ravages du temps.

Garde toi en vie que je vois ça.

Théodrann


Un franc et rare sourire se fit. Il connaissait assez le cosaque pour savoir comment il allait réagir. Ecrire lui avait donné envie de le revoir. Leur amitié née dans le sang d’une mémorable rixe, n’avait jamais pâtie du temps et de l’absence de nouvelle. La missive fut pliée, donnée à un petiot, ainsi que les consignes et l’argent pour la voir arriver à destination. Un godet enquillé, puis un autre, au bout de quelques temps le pichet fut vidé, la soirée bien entamée. Le germain se leva. La suite ? Il coinça la serveuse brune à la jolie croupe dans un coin sombre. Lui fit sentir la force de son envie, quelques caresses et baisers volés plus tard, il la fit monter à l’étage, les mains sur la cambrure de sa croupe pour terminer avec délice et force ce qu'ils avaient commencé.
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Torvar
La mort, le silence, l’inexistence…. Voilà ce qu’était le village où vivait par obligation Torvar car rien ne venait le déranger mis à part quelques cafards qui sortaient de temps à autre de leur cachette. Et c’était là que la lettre de Théodrann l’avait trouvé. Tout d’abord surpris, le cosaque avait souri avant de se poser afin de prendre connaissance des dernières nouvelles de son ami.

Théodrann, le grand blond, le Germain... Ils s’étaient bien trouvé ces deux-là. Deux étrangers en terre française, deux esprits libres, deux déjantés qui aimaient le vin, les femmes et le sang versé. Ça rapprochait à coup sûr lorsqu’on se tombait dessus. Il s’en souvenait comme si c’était hier.
Rien ne présageait une rencontre dans cette auberge sordide. Torvar n’était pas d’humeur à ce qu’on vienne le chatouiller, il n’avait ni envie de rire, ni envie de faire la causette et pour cause. Le noble à qui il avait servi de messager un peu particulier avait refusé de le payer. Le fourbe lui avait même interdit l’entrée de son domaine et ses gens d’armes avaient pour consigne de tuer tout ce qui ressemblait à un Torvar de près ou de loin. Mais ce jour-là, d’hostile humeur, Torvar était passé en quelques instants à amitié naissante. Une bonne bagarre, quelques bourres pifs, un bout d’oreille arraché voir quelques membres tailladés et de grands éclats de rire devant un remontant forge ce qu’on nomme le respect. Et depuis, même s’ils se perdaient de vue, les deux hommes entretenaient une relation que l’on aurait pu qualifier de… fraternelle.

Direction l’auberge où il traînait lorsque la duchesse n’avait pas besoin de lui, Torvar s’était mis en devoir de répondre au Germain. Ça faisait un moment qu’ils ne s’étaient pas vus les deux et Torvar avait besoin de retrouver ceux qui le connaissaient vraiment bien. Depuis un certain temps, il avait à ses côtés une jeune donzelle qui, si au début l’intriguait et l’amusait, lui avait fait perdre son sourire quand les sentiments débordants de la gamine à son égard furent révélés. Elle n’était guère plus âgée que sa propre fille et Torvar s’était laissé séduire par le chant de la sirène dont le sourire et le corps avaient de quoi affoler un homme tel que lui en manque d’affection, il en était vite revenu. Certains mots avaient franchis la barrière des lèvres de la jeunette et dès lors, Torvar s’était muré dans un mutisme obstiné. Il ne voulait pas lui donner de faux espoirs car rien n’arriverait entre eux.

Prenant donc un nouveau vélin, sa plume et son godet que lui avait préparé le tavernier, à force ce dernier connaissait ses petites habitudes, Torvar se mit à tracer les premiers mots.




Hé bien le jeunot, depuis quand tu perds ma trace ? J’ai pourtant laissé des indices un peu partout où je suis passé afin que tu puisses me suivre mais apparemment pas suffisamment pour toi. Tu es devenu aveugle depuis la dernière fois qu’on s’est croisé ? Arrête donc de jouer les jolis cœurs et cherche mieux les indices la prochaine fois… Bon à ta décharge, j’avoue que j’avais disparu du paysage afin de retourner au pays quelques temps pour y régler des affaires familiales. La famille tu sais ce que c’est… on te donne un bras et on essaie de t’arracher l’autre… Et depuis je fourre mon nez dans les jupons en satin d’une duchesse. Et oui mon vieux, je me la coule douce qu’est-ce que tu crois ?


Torvar agita son godet afin de signaler au tavernier de rappliquer. Tant qu’il n’en aurait pas plusieurs au fond du gosier, il ne serait pas rassasier. C’était comme ça, tous les jours, une sorte de rituel afin de bien vivre sa journée. Une fois la dernière goutte d’alcool glissée au fond de la gorge, que le tavernier ait laissé le pichet, le cosaque reprit.



A mon âge, il me fallait bien trouver une planque où passer l’hiver. Ma vieille carcasse a du mal à suivre l’esprit et je dois dire que la donzelle m’a fait une offre que toi-même tu n’aurais pas su refuser…. Corps séparé de ma tête ou bien corps à son service… je ne pouvais donc pas dire non à quelque chose de si « gentiment » demandé. Bon j’aurais bien aimé que garde du corps implique autre chose que rester à ses côtés à écouter ces balbutiements mais faut croire que j’ai perdu de mon charme légendaire. Mais peut être que lorsque nous serons côte à côte, nous pourrions nous mesurer afin savoir qui de toi ou de moi est le plus usé ou abîmé par le temps. Qu’en penses-tu vieille branche ?

En attendant de te revoir, fais gaffe à ta bourse. J’aimerais profiter de tes derniers écus gagnés afin de me rincer le gosier.



Le cosaque sortit une pièce et tendit au tavernier le vélin ainsi que l’écu. Il ferait le nécessaire afin qu’on l’envoie à qui de droit. En attendant, lui il avait à faire et devait retourner dans les couloirs froids du palais de la donzelle qu’il gardait. Bien qu’il n’y ait pas grand-chose à garder finalement puisque le domaine était à l’image de la ville, froide et déserte.
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Theodrann
La réponse de Torvar lui arriva en chemin. C'est qu'il ne l’avait pas attendu, pour faire la route. Il connaissait la réponse ou presque de son ami. Il avait donc pris les devant. Celle ci lui arriva plus exactement après son entrainement quotidien, alors qu’il revenait à l’auberge, dégoulinant de sueur, auberge ou il avait décidé de passer la nuit. Pas le grand luxe, mais pas non plus le gourbi, le coupe gorges local. Avec les années, il appréciait le confort, et trouvait toujours âme involontairement généreuse pour se le payer .

Chaque jour, depuis qu’il était assez fort pour tenir une arme, il s’entrainait plusieurs heures, jusqu’à sentir chaque muscle de son corps rouler, chauffer, jusqu’à ce qu’il décide qu’il était prêt. Peut importe l’arme, il avait appris à en manier des plus diverses, mais pour l’entrainement, il préférait le classique bâton, ou encore l’épée. Il ne manquait jamais de le faire, quelque soit le temps et peut importe l’endroit. Entretenir son corps, garder la souplesse, la force, la dextérité qu’il avait en son jeune âge. Un combat de chaque jour. Une discipline de vie. Même en prison, il s’était entrainé. Aucun relâchement. Jamais.

Il déplia le vélin et en entama la lecture tout en continuant vers l’auberge. Quelques minutes plus loin, un éclat de rire résonna . Il faisait bien de venir retrouver son ami. Il avait hâte. A grandes enjambées il se rentra à l’auberge. La porte claqua à son entrée, et il s’en moqua. Commande fut passée auprès de l’aubergiste pour la pitance du jour, un pichet, et de quoi écrire, avant qu’il n’aille s’attabler à une table, plein d’assurance.


Il n’a pas oublié ton gout pour les femmes
Oui, et il n’est pas en reste de ce que je me souviens
Oui,vous êtes une paire ….de jolis cœurs !
Et pas que ça ! * sourire satisfait*
Tu vas pouvoir …

Un plat sur la table, pichet de vin et nécessaire pour écrire, le tout venait juste d’être posé devant lui. Ils commençaient à en avoir mare d’être interrompu tout le temps en plein dialogue. Impossible de se parler tranquillement. Un regard noir, et quelques pièces déposées sur la table. Quelques godets enquillés, une cuillère de ce qu’il osait appelé un plat enfournée, et le germain commença sa réponse.



Et bien l’ami, j’aurais dit qu’avec la famille, tu donnes la main, ils te prennent la tête et qu’à ce jeu là, si tu y tiens, surtout à la voir rester bien accrochée sur les épaules, vaut mieux savoir s’en tenir éloigné.
Pour ce qui est de perdre ta trace, un séjour bien involontaire et bien trop long dans les geôles locales y ont été pour un peu. Il m’arrive de pas savoir choisir l’homme pour qui je prête contre rémunération mes services, rien à voir avec ma vue. Je m’en vais te rassurer, je suis encore loin d’être aveugle. Les jolies croupes féminines sont toujours un régal à ma vue.

Nouvelle gorgée, nouvelles cuillères enfournées. Il dévore toujours lorsqu’il revient de son entrainement. Il aurait pu faire l’un après l’autre, mais non.

Tu vas en mettre partout si tu continues
Grounchhhh
Ca va je dis plus rien *soupire* t’es insortable quand t’as faim !
Grounchhhh Grounnnccchhhhhh




La proposition de ta Duchesse, je ne l’aurais effectivement pas refusé, il faut savoir de ne pas se montrer trop difficile parfois, surtout si l’enjeu est sa propre tête. Mais dis moi que fais tu encore là bas ? Ne me dit pas que ça te plait, le Torvar que je connais se serait déjà tiré depuis un bon bout de temps ! Et laisse ta vieille carcasse,ton âge avancé et la volonté de passer l’hiver au chaud comme une vielle ridée, laisse ça aux jeunots que tu croises, ils te croiront peut être, on ne me l’a fait pas à moi.

Tu t’encrasses, et t’en oublie ce que tu es. J’arrive, je vais t’aider à dérouiller tout ça moi !Tu le sais bien, j’suis toujours ton homme, et ça nous rappellera le bon vieux temps.

Compte moi d’ici à peine quatre jours .

Et pour rincer le gosier, je ne rince que les amis, pas les gardes jupons, tous brodés et joliment garnis qu’ils soient.


Un sourire satisfait. Plume posée. Le repas fut vite englouti et le pichet vidé.

Notre ami va nous attendre de pied ferme.
Oh mais j’y compte bien. Nous allons le dérouiller et le sortir de ce gourbier oui.
En attendant, tu me laisses...
Oui, fais toi plaisir...

Sourire carnassier sur le visage, éclat plus noir, le germain se leva. Le vélin fut remis au tavernier avec une pièce pour s'assurer de l'envoi rapide. Ce soir, il aurait le plaisir du sang....

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Torvar
Vorobei s’ébrouait dans le champ derrière l’auberge et Torvar était assis tranquillement sur quelques ballots de paille, une lettre à la main. Il avait reçu cette dernière le matin même et prit dans l’agitation du château, il avait dû renoncer à la lire. Dans quelques jours, la duchesse s’en repartait chez elle et Torvar avait décidé que cela sonnerait la fin de leur petit arrangement. Il lui avait donné trois semaines de sa vie afin de payer cette dette alors qu’elle n’en avait réclamé qu’une, il estimait donc que plus rien ne le retenait près d’elle surtout qu’en fin de compte, il ne la croisait que peu et que ses ennemis n’étaient pour l’heure aucunement menaçant. Il s’était même demandé s’ils existaient vraiment. De plus, la garde son époux lui suffirait amplement. Bref, tout ça pour dire que Torvar se sentait l’âme légère et le cœur près à faire les pires folies.

Sifflant entre ses lèvres, sans redresser la tête il savait que Vorobei rappliquerait rapidement. Sortant une pomme de sa poche, il la coupa en quatre et en donna les morceaux à son fidèle compagnon. Jamais l’un sans l’autre, depuis plus de dix longues années. Torvar connaissait bien son animal et dans son pays, un cosaque donnerait sa vie pour son cheval. Caressant le chanfrein, Torvar sourit avant de poser son front contre le velours de celui de Vorobei.

- Dans quelques jours, nous aurons de la visite… ce vieux Theodrann. A croire que mon passé me rattrape ces derniers temps… Si j’étais superstitieux, j’irais jusqu’à croire que mes victimes vont se mettre à venir me hanter…

La main de Torvar glissa le long de l’encolure de Vorobei qu’il flatta avec douceur. Autant les mains du cosaque pouvaient être sans pitié lorsqu’il s’agissait d’un être humain mais ses chevaux, jamais. Puis doucement, il fit reculer sa monture.

- Allez file, y’a plus de pomme et pas la peine de revenir pour essayer d’en réclamer. J’ai à écrire maint’nant alors sauve-toi !

Prenant sa besace de cuir sur l’épaule, Torvar alla s’installer au pied d’un arbre afin d’y être tranquille. Il se devait de répondre à la crapule qui lui tenait lieu d’ami avant que ce dernier ne s’impatiente et lui fasse remarquer qu’il avait perdu de sa rapidité. Pour un peu il allait lui aussi le traiter de vieillard. Se retenant de rire malgré tout, Torvar sortit ses affaires et plongea la plume dans l’encrier.



Que tu es sournois et mauvaise langue le Germain ! Comment peux-tu médire ainsi sur ton ami, peut-être le seul qu’il te reste encore si tant est que tu en aies eu d’autres ! Je me fais vieux et de ça, je n’y peux rien. Je te rappelle quand même que j’ai quelques années de plus que toi et donc l’ainé et tu me dois le respect. Non mais et puis quoi encore ?

Quant à la duchesse que je sers, je ne vais plus la servir très longtemps. L’inaction m’épouvante que j’en serais à aller égorger des vaches la nuit afin de faire sortir la populace de son sommeil éternel. Et encore, je ne suis pas certain que ça les ferait réagir. Et je dis bien des vaches, ne va pas t’imaginer autre chose encore. Avec ton esprit tordu, tu risquerais encore de trouver qu’une vache n’est pas assez provocante.

En t’attendant, puisque tu daignes mettre autant de temps que ces quatre jours, à croire que tu n’es pas si pressé que ça de me retrouver, je me réserve les quelques rares coureuses de remparts que j’ai pu croiser dans ce trou perdu afin de m’amuser. Peut-être, et je dis bien peut-être, que je consentirais à te faire don d’une de ses malheureuses contre une bouteille de tord-boyaux digne de ce nom !

Ramène vite ta p’tite gueule d’ange mon ami, on a quelques ravages à faire ici !


.

Le cosaque se relut, s’amusa du ton donné à la lettre puis l’enroula avant de se lever pour aller la remettre à un coursier. S’il avait bien calculé les dates et la rapidité à laquelle se déplaçait Theodrann, Torvar indiqua à peu près où le bonhomme pourrait le trouver. Une fois sa mission portée à bien, il rappela Vorobei sur le dos duquel il monta afin de partir au galop. Rien de tel pour se décrasser de l’ennui.
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Theodrann
Et il la ramena vite sa petite gueule d’ange. Il la ramena d’autant plus vite qu’il lui plaisait de retrouver son ami. Un des rares. Sur ce point là, le cosaque avait raison. Il n’en possédait pas tant. Pas qu’il n’aurait pas pu. Avec un visage avenant, un peu d’effort pour se montrer sympathique, et aimable, il avait la possibilité d’en avoir une tripoté. Il savait être avenant lorsqu’il le voulait. Mais le germain ne veut pas souvent. Il ne supporte pas la fadaise de ceux qui se disent amis, et qui pourtant vous poignardent dans le dos, à la moindre adversité. Grattez le vernis, dessous : une pomme pourrie. Hypocrisie des sentiments. Il soulève de temps à autre le vernis, regarde sous la couche ce qui s’y trouve. Et le plus souvent passe son chemin. Les véritables liens ne se dévoilent que dans l’adversité, que dans le temps. Les amis sont rares. Les amis sont précieux.

Et il la ramena si vite, qu’il ne prit pas le temps de répondre. Il s’en dispensa. Torvar savait qu’il venait. Pas besoin d’en rajouter.

La petite gueule d’ange, arrivée à destination, prit d’abord la peine de se chercher une crèche ou dormir. Un endroit ou son cheval Unwetter serait soigné convenablement après la longue course qu’il venait de faire. C’est le cosaque qui lui avait enseigné comment en prendre véritablement soin. A le voir comme autre chose qu’une simple monture. Avant il ne s’en souciait guère. Un cheval était un cheval. Il n’en avait que faire. Il prenait, montait, voyageait et échangeait lorsque sa monture n’était plus en état de le porter. Mais, il avait compris Torvar, lorsqu’il avait rencontré Unwetter. Ce magnifique Bavarois à la couleur de baie avait commencé par vouloir le tuer. Dangereux, un rien retord, un rien ombrageux. Il leurs correspondait parfaitement.

Il est magnifique. On ne peut faire plus parfait. *ton très fier*
Oui, c’est vrai.
Et intelligent ! Et...
Oui, aussi.
Alors, tu vois j’avais raison de pas vouloir le mettre en pièces ! Tu vois ! Tu vois !
Ai-je dis le contraire ?
Oui....enfin non…*ton légèrement boudeur*

Cela fait. Il se mit à la recherche de son ami. Les rues très légèrement animées, le désert ou presque dans cette bourgade. Déprimant. Quelques mots biens choisis au peu de populace locale rencontrée, et il su ou trouver son ami. Du moins la taverne habituelle de son ainé. Celui ci n’allait certainement pas être assis dans un coin gentiment là à l’attendre.
Il poussa la porte et un rapide coup d’œil le lui confirma. Commande fut passée au tavernier et payée. On se méfie de l’étranger par ici. Un pichet, deux verres. Un germain attablé non loin du feu. Sourire carnassier amusé. La chaleur pour les vieux os de son ami. Il n’irait pas avouer que lui aussi avec le temps, il aimait chaleur et confort. Il griffonna un rapide mot, qu’il donna avec les indications pour le remettre.




Je suis arrivé. Un pichet plein attend d’être partagé.



Et le pichet lui faisait de l'oeil. Il attendrait Torvar. Quelques temps. Un peu. pas longtemps. La route donne soif après tout.
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Torvar
Vorobei était revenu au village à brides abattues, complètement épuisé tout autant que son cavalier. Torvar avait poussé sa monture pour exorciser ses vieux démons. L’appel de l’aventure le titillait, sans doute avec l’arrivée imminente de son frère d’armes qui le poussait à réfléchir sur ce qu’il faisait là à jouer les nourrices pour une noble dont il ne voyait que trop peu souvent l’ombre. Mais par grandeur d’âme, une fois n’était pas coutume, il avait tenu à honorer ce contrat.

Maintenant que le temps de probation était respecté, Torvar n’avait plus qu’une idée en tête, se barrer. C’était bien beau d’assurer une protection mais entre quatre murs, la donzelle ne risquait pas grand-chose et puis lui il était épris de liberté, de grands horizons et de sang. Là, il se rouillait, fallait bien l’avouer. Le ralentissement de Vorobei aux abords de l’écurie fit prendre conscience au cosaque qu’il était arrivé à destination. Un pied à terre et déjà un gamin lui sautait dessus porteur d’un message. Et tout en prenant connaissance de qui venait le réclamer, Torvar envoya une piécette au mioche histoire qu’il aille s’acheter de quoi boire et manger pour la journée.

Le visage du cosaque se fendit d’un sourire. Rares moments dans cette vie de galère qu’il connaissait, il lui fallait donc en profiter. Mais avant, il s’occupa de sa monture. Son pauvre cheval avait mérité de paitre dans le champ derrière l’auberge mais pas avant d’avoir été brossé et entretenu comme il se devait. Et rien n’aurait détourné le cosaque de ces instants…

Le temps passa et soudain, la porte de l’auberge s’ouvrit à toute volée sur un cosaque trempé, les cheveux hirsutes, qui n’avait pris que le temps de se vider un seau d’eau sur le visage histoire de se rafraîchir avant de pénétrer dans le lieu saint qui verrait les godets se lever d’ici quelques instants. La chemise entrouverte sur un poitrail puissant, un colifichet pendant autour de son cou, le regard vif comme l’éclair, Torvar repéra rapidement Theodrann. Et ce fut en levant les deux mains en l’air qu’il s’avança vers ce dernier, s’extasiant d’un rire tonitruant et de quelques mots appris dans la langue du blond.


- Mein Bruder*….

Et la main du cosaque vint se poser sur l’épaule du germain, la serrant avec force et amitié. Cet instant, Torvar l’avait rêvé depuis pas mal de temps déjà. Retrouver les siens, retrouver ceux pour qui il comptait et qui faisait partie de sa vie, à jamais. L’amitié avec Theodrann ne datait pas d’hier et elle perdurerait au-delà de la mort. Les deux hommes ne se liant pas facilement, leur rencontre les avait instantanément rapprochés pour ne plus les séparer. Et il y avait tant de choses qui s’étaient passées… tant de rires, tant de colères, tant de joies et de tristesse et tant de morts autour d’eux…

- Comment vas-tu vieux frère ? Tu as trouvé facilement le trou perdu où je crèche avant l’hiver ? Les autorités ne t’ont pas posé de problème j’espère sinon tu l’dis… on arrangera ça toi et moi…

Un nouveau rire vint ponctuer sa phrase. La présence du germain ragaillardissait le cosaque. Avec sa quarantaine sonnante et trébuchante, il ne se considérait pas encore fini mais quand même sur le déclin depuis pas mal de temps et de voir son ami lui donnait l’envie de mordre encore la vie à pleines dents.

- Allez raconte… t’étais où durant ces derniers mois ? T’as visité des geôles intéressantes depuis qu’on s’est croisé ?

Sourire en coin, Torvar savait que Theodrann était un éternel fauteur de troubles, pire que lui-même. Et si l’un arrivait à échapper à l’arrestation ce n’était pas le cas de son cadet. Mais là où Torvar était d’une tranquillité déstabilisante, Theodrann était un excité acharné. Toutefois, ils se complétaient et c’était bien cela qui comptait aujourd’hui où les temps devenaient difficile pour survivre correctement. Et en attendant d’avoir les réponses qu’il attendait, le cosaque louchait sur la bouteille qui semblait l’appeler sans merci.



*mon frère

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Theodrann
L’attente est ce qu’il aime le moins. Impatient le germain. Toujours. Même si avec les années il se contrôle mieux. Juste sa jambe qui monte et descend en rythme rapide témoin de son attente fébrile. L’attente de son ami. Le cosaque. L’eau en avait coulé sous les ponts depuis la dernière fois ou ils s’étaient vus, mais ça n’entachait en rien leur amitié. Celle ci restait toujours aussi forte malgré le temps, malgré la distance. Une amitié comme il y en a peu. La porte s’ouvrit dans un fracas, lui faisant quitter les souvenirs. A la vue de son ami, il bondit sur ses pieds, un large sourire affiché. Son rire se joignit à celui du brun, sa main vient se poser en parfait reflet sur l’épaule du cosaque.

Mój brat*

L’accolade est amicale, fraternelle. Les mots reviennent naturellement dans la langue de son frère dont il a apprit quelques rudiments. Il a peu d’amis le blond. Il a donc plaisir à retrouver le cosaque. Mercenaire, s’apparentant à bruler la chandelle par les deux bouts. On fini rarement vieux entourés de ses enfants et petits enfants. Le cosaque est donc l’un des seuls, un des rares encore de ce monde. Le germain donne une nouvelle tape sur l’épaule du brun

En pleine forme et heureux de te retrouver ! Mais oui, j’ai trouvé ton trou sans problème vieux frère ! T’oublies que ça fait un bout que je parcours les routes des Royaumes. Et les autorités on s’en occupera plus tard, dans un moment d’ennui !

Rire qui s’élève dans l’air de la taverne. Puis regard qui détail le cosaque, l’englobe, amical. Tempes grisonnantes, rides au coin des yeux, le temps à fait son œuvre pour eux deux. Pourtant c’est toujours le même homme qu’il voit devant lui. Le même que lors de leur rencontre. Le même gaillard près à en découdre si on le chauffe de trop.

T’as l’air en forme, pas trop encrassé finalement !

Et le germain de partir à rire, tout en désignant le siège près de lui d’un signe de main pour inviter son ami à s’asseoir. Il prend place sur le sien tout en répondant naturellement à la question de son ami.

J’étais en Bretagne, et un peu partout sur le Nord du Royaume de France. Rien que de très ordinaire, quelques contrats à honorer, quelques âmes à faire rejoindre leurs ancêtres. Et là je dois me faire un peu oublier. La routine ou presque ! Quoi que ces derniers temps, les contrats se font plus rares.


Sous le regard avide de son ami, il se saisit de la bouteille. Sourire en coin de rigueur. Il remplit un premier verre, qu’il garde un instant dans la main, suspendu, avant de le poser devant son ami.

Quand aux geôles, j’peu t’en déconseiller quelques unes ou il ne fera pas bon passer l’hiver. Et si ça t’intéresse l’ami, te donner le nom d’une, ou les filles du geôlier sont fort agréables…J’vais finir par écrire un guide !

Partant à rire, il se servi un verre, le leva qu’il fit cogner contre celui du cosaque. Il lui plaisait vraiment de retrouver son ami. Ils se connaissaient les bougres.

A la notre !

Le germain prit une bonne gorgée dans son verre, et claqua des doigts en direction du tavernier, signe pour qu’il en remette une sur la table. Ils n’allaient pas avoir assez de celle déjà présente. Si le germain faisait attention de ne jamais boire plus que nécessaire, le cosaque avait une résistance et une descendante bien plus grande que la sienne.

Et toi tu as traumatisé du monde depuis la dernière fois ?

Sourire. Verre qui se vide un peu plus. S’il est survolté, fauteur de troubles, et prompt à réagir à la moindre chose, le cosaque est du genre placide Le géant froid venu des steppes, un regard glacial qui vous transperce et traumatise les faibles. Lors de leur première rencontre, ils avaient pu s’en rendre compte. A eux deux, ils se complétaient bien. Cela faisait longtemps d’ailleurs, qu’ils n’avaient pas fait équipe ensemble


*mon frère

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