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[RP] Un jour faudra régler les comptes de nos vanités*

Umbra
Tu vois Opaline…Nous ne sommes pas seules.

Allongée sur un lit moelleux, les jambes croisées et encore bottées, l’Ombre fixait le plafond. Une bouteille étreinte dans son unique main, elle en vidait l’infâme tord-boyau contenu dedans. La brûlure de l’alcool dans la trachée comme seul réconfort et l’ivresse des sens comme singulière compagnie. Elle est belle la vie, non ?

Pourtant, Umbra n’est pas à plaindre. Elle a su apprivoiser la misère tant bien que mal et se débrouille toujours pour survivre : un toit pour les intempéries, des vêtements chauds pour la bise hivernale, un baquet pour se décrasser de temps à autre, un repas pour pallier à sa faim et de la gnôle à profusion pour combler le reste. Oui mais voilà, le reste c’est tout. Il est aussi vaste que l’immensité, aussi oppressant que le vide, aussi dévastateur que le néant, aussi long que l’éternité, aussi pesant qu’une absence. Le reste, c’est rien. C’est tout ce qui découle de l’existence, tout ce qui met au pied à l’étrier de la vie pour quitter la subsistance.

La Noiraude est consciente de son isolement. Prisonnière de sa propre solitude, c’est son orgueil le coupable ! C’est sa vanité qui la condamne à la réclusion. Mais cette fierté mal-placée a un alibi, c’est le monde qui a ordonné la sentence. Ombeline fut jugée par les siens comme preuve irrecevable. Bâtarde vouée à rester à l’ombre. Ce sont eux qui l’ont rejeté de prime abord. De ce verdict, la Manchote finit par se faire une raison. Esseulée, elle rumina sa rage pendant tant d’années jusqu’à ce que…


Enjoy.

La seconde branche de son arbre généalogique fut découverte. La poutre faitière est posée, l’Ombre n’est plus une Lisreux, elle est une Lisreux Corleone. Les bases sont solides mais l’identité est instable. Entre temps, la vie a déjà fait son chemin et Umbra aussi. Elle s’est déclarée apatride, orpheline. Ne pouvant plus nier, elle a renié. C’est ce qui la conduit aujourd’hui à l’exil. Une quarantaine à perpète ? Tout dépend d’elles maintenant.

La bouteille vide et le cœur gros, la Noiraude n’a jamais supporté sa claustration. Elle en souffre, elle en crève mais elle vit ainsi. La Lionne lui a donné sa chance : rejoindre la Famiglia, porter ses couleurs, défendre ses valeurs mais Ombeline a refusé. Putain de fierté.

Son cœur pleure….Pas ses yeux**. Faudrait-il pourtant qu’une larme roule pour mettre fin à sa détresse ?

Dans sa chambrée, la Bâtarde se leva et tituba jusqu’au bureau. Elle extirpa gauchement de sa dextre le nécessaire à écrire. La plume noircie, ce soir, l’encre va couler…




A Enjoy Corleone dicte ma sœur,

Quand comprendras-tu que ne pas s’allier à toi n’est pas obligatoirement se liguer contre toi ? Je déshonore tes principes pour la bonne raison que je m’émancipe ? Tout de suite, penses-tu que je t’agresse et me colle l’étiquette de traitresse ? Répète encore à autrui que je deviens ton ennemie et je te promets que tu ne fermeras plus tes yeux la nuit. Ce n’est pas parce que ton sang coule dans mes veines que je n’ouvrirai pas les tiennes.

Umbra.


Si tu souhaitais une siamoise, ma chère sœur alors pansons mutuellement notre rancœur et recousons-nous en liant nos cœurs…

*Paroles de Marianne de Damien Saez.
** Titre modifié pour le rp.

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Enjoy

    Vagues en lame de fond. Condamnée au vague à l'âme. Si le navire chavire que cela soit dans un grain-blanc. Afin que même dans les ténèbres sa suffisance soit immaculée.

    T'avais pas le droit,  de renier ta Reine,
    De jouer avec le Roi, de fustiger son règne
    T'avais pas le droit, d'embrasser les chaînes,
    Alors que j'ai rugi pour toi, à embraser l'arène
    T'avais pas le droit, de semer ces mauvaises graines,
    Causer mon désarroi, et faire germer la haine
    Libre dans une prison où tu es percluse,
    Ivre de cette déraison dans laquelle tu es recluse
    Au lieu d'éteindre l'ennui, d'étreindre la nuit,
    Tu viens dépeindre ma vie, et faire geindre l'enduis,
    Sur les murs rougis subsiste une substance aqueuse,
    Tes ratures, tes gribouillis, élevés par ta peinture vaniteuse
    Corneille sourde ne désire pas ouïr le brame,
    Tandis que sur mes joues viennent mourir mes larmes

    Mais il est vrai que...

    L'Italienne n'est point un modèle de modestie et encore moins exempte de reproches. Toutefois, elle s'est fait un serment depuis le décès de son aînée. Son désir l'harcèle comme le bourdonnement d'une horde de frelons. Et si désormais entre elles, le pacte de sororité a des sonorités assourdissantes. Que la fleur de leur désamour se dépouille au gré de : « Je te déteste un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout ! » Une constante persiste de cette relation algide. Même ancrée dans ses fondations d'argile. Le sang. Un vécu. Certes bien maigre mais présent. Entre pillages, séquestration et tensions. Deux sœurs si différentes en apparence. Mais pourtant bien plus proches de par leur nature profonde. Tantôt empathique, tantôt infecte voire hideuse. Vils démons aux sombres desseins dissimulés sous leurs courbes ou le tracé d'un sein.

    Alors, elle répond...


    Citation:
    A Umbra dicte l'Ingrate,

    Si le monde se teinte de gris et que leurs hôtes ne sont donc ni blancs, ni noirs. Force est de constater que les gens, quant à eux, sont avec ou contre moi. Tu as choisi ton camp. Celui de ne pas être de mon côté. De refuser la main tendue, celle qui t'a sauvée. De renier ceux qui, à l'avenir, auraient été prêts à donner leurs vies pour la tienne.

    Concernant tes menaces, je crains de te décevoir mais pour m'atteindre, il faudra faire la queue. Tu n'es pas la seule sur la liste. Même si au fond, tu as réussi à m'ouvrir les veines sans me toucher. Comme quoi, la déception que tu m'as causée est bien plus forte que ta lame.

    Enjoy Corleone




_________________

[Manque de temps IRL. Retour bientôt.]



Umbra
[C'est marqué en rouge ; Tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça. Seul à poil face à ton reflet, avec ton dégoût de toi-même, ta culpabilité et ton désespoir comme seul témoin.]*

L’Ombre, la vision trouble autant que les sens, observait son image miroiter dans son verre. Son faciès se déformait lorsqu’elle étranglait le godet puis se lissait quand elle relâchait l’étreinte. En résumé, c’était un peu ça, son existence. Le regard d’autrui l’anéantissait, le jugement de certains l’avait brisé mais c’est la présence de quelques uns, le soutien d’une poignée de personnes qui apaisait son calvaire.

A quelques doigts de sa gnôle gisait, noyé de larmes et d’alcool, le pli de la Lionne. Après avoir été blessée de sa réponse, Umbra s’emporta de plus belle.


[J'me calme pas, il sait pas ce que c'est lui, il sait pas ce que c'est qu'd'être un crevard, d'être mal foutu, d'être une crasse, un pantin.]**

L’Ingrate. La Traitresse. Voilà de quoi l’affabulait la Mustélide pour son refus. Renier. Insulter. Pour penser à sa gueule et non celles des autres. Tu te feras bouffer, Enjoy. Ils t’useront jusqu’à la moelle. Moi, j’ai pitié de ton sort, je t’épargne le mien. Je suis fidèle, je suis dévouée. Je suis une chienne en liberté.

La dextre vida le liquide âcre dans la bouche pleine d’amertume. La Noiraude ruminait dangereusement. Elle mâchait les mots de son ainée, prête à lui recracher le tout en pleine face. Le venin est acide autant que le tord-boyau ingurgité. Les traits tristes d’Ombeline se défigurèrent en une moue rageuse. Après la déception, la colère.

Ah !

Le godet en fer s’explosa contre le mur de chaux, déversant le reste de la gnôle sur son passage. La Bâtarde ne savait faire que ça : Haïr. Détruire. Aimer était pour les faibles, pour les dépendants. Elle, elle était affranchie. Pas de couleurs à hisser, pas de principes à supporter. La Manchote n’avait aucune chaine, aucune laisse, aucune limite. Même sa raison dépassait l’entendement. L’Ombre était unique. Elle était seule.

Ah !

La table se déplaça d’un bon mètre puis ce fut au tour de la chaise de voler. Détruire. Tout détruire. Se détruire. Négliger les sentiments des autres pour ignorer les siens. Fuir l’engagement pour se sentir autonome et partir…oublier…Abandonner.

Bâtarde ! Bâtarde !!! Putain d’Boiteuse ! Crève !!!

Et s’époumoner. Umbra criait à en perdre haleine. Tout en saccageant sa chambré à l’image de son cœur dévasté, elle vociférait jusqu’à s’assourdir. Ne plus entendre les battements de son palpitant, ne garder que le sang bouillonnant.

[Ce soir j'veux juste hurler […] Hurler ma peur d'abandon, ma recherche phonétique d'attention, mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien, des caresses […] Hurler mon absence de courage, ma cruauté, ma politesse maladive, mon optimisme débile, mon zèle dangereux, mes réflexions à la con. Mes excès de colère, ma culpabilité bidon, ma sexualité en vrac et mes fantasmes tordus. De hurler ma peur panique des autres, ma mesquinerie sournoise, mes regrets, mes erreurs, mes névroses, mes obsessions, mes méta-obsessions. Ma phobie de la douleur, de la perte, du suicide, de la dépression.]***



A Enjoy, la Reconnaissante ou plutôt l’Opportuniste ?

Si ta gratitude avait un prix alors tu aurais dû lui laisser ma tête. Je n’ai pas les moyens de payer ma dette. Que vaut une vie selon toi ? De l’or ? Une mort ? Non, apparemment, une existence a la valeur d’une liberté… Alors maintenant que tu m’as sauvé, te dois-je ma personne dévouée ?

Toi qui te dis au service des autres, des tiens. Dans le fond, tu t’en sers bien. Qui est le larbin chez les Corleone ? Celle qui ordonne ? Celui à qui tu tends la main te doit son lendemain ? C’est égoïste, tu ne trouves pas ? Enjoy, ouvre les yeux et regarde-toi.

La Déchue.


Les lignes étaient brouillées autant que son esprit. A se cantonner dans son enfer, la Noiraude ne comprenait rien à l’affaire. Visiblement, il s’agissait d’une toute autre histoire mais cette dernière semblait trop pleine d’espoir.Quelque chose de trop immatériel pour être réel à ses yeux. Pour Ombeline, il était difficile voir même impossible d'admettre que la Corleone puisse l'affectionner. Elle-même se maudissant, il lui était improbable que quelqu'un veuille s'y attacher. Alors non, c'est faux, la vérité est ailleurs, autrement. La Bâtarde choisit donc de faire ses adieux. Comme toujours, se ment.

[Comment tu peux penser que tu tiens à moi si moi-même j'y tiens pas ? Pourquoi tu dis que tu m'aimes alors que moi-même j'me déteste ? Pourquoi t'es là, pourquoi tu restes ?]****

*, **, *** et **** Paroles de Voyou de Fauve.

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Enjoy
    Brinquebalée au gré des ornières, les missives forment une nappe jaunie sur les planches de sa charrette. Chaque jour est un éternel recommencement, chaque assaut une remise en question. Les respirations profondes et apaisées se désagrègent et ne restent que des soupirs plaintifs. L'innocence des débuts s'évapore à l'instar d'une maigrelette goutte d'eau après une pluie d'été. Sa première campagne en Orléans était si lointaine en cet instant. Sa jeunesse, sa petitesse face à l'expérience des autres. De ses vingt printemps, il n'en restait que sa silhouette. Son moral. Le radeau de sa naïveté s'était échoué depuis longtemps contre les rivages du sacrifice. Personne ne pouvait réellement se mettre à sa place. L'empathie est une personne autolâtre et sournoise, elle cherche à comprendre via un transfert mais ne fait que refléter sa propre image. Le miroir de ce qu'elle désire voir. Quant à la Corleone, ses espoirs déchus ruissellent sur son épiderme lorsque la nuit vient. Son ambition est une combattante agonisante, tout comme son ambition. Alors si son existence est vouée à l'échec, que lui reste-t-il ? Lorsque viendra l'heure de son ultime insubordination face à la Mort. Peut être sera-t-elle interdite de noyer son monde dans un torrent larmoyant. Parce que ses yeux ne seront qu'un triste désert.

    *

    Dans les eaux agitées, on se raccroche à un rocher, à un repère. Le sien se trouvait si proche. Vivre revient à marcher au moment où nocturne est enneigée. Les étoiles contemplent les pas perdus de ces créatures insensées. Elles arpentent l'étendue glacée en laissant une traînée. Des traces tantôt profondes, tantôt en surface. Parfois même qu'elles expriment un ressenti, la lassitude de ressasser sans cesse la même chose, la même cause jusqu'à l'épuisement. Le désespoir d'essayer de gravir des sommets, de s'y égarer, de s'y essouffler pour finalement débouler dans une plaine. La même que la précédente avec la sensation de ne jamais atteindre son but. Les astres les observent d'un air sardonique, ils savent que c'est une quête inaccessible que celle de suivre un étoile. Ce n'est pas pour rien que les rêves en regorgent car eux ne se réalisent jamais. Alors le voyageur conscient stoppe un jour sa marche impossible. Ses jambes flageolent, son cœur vibre non pas d'enthousiasme mais de fatigue. Il pose un genou à terre, hume la fraîcheur hivernale et s'allonge dans les limbes. Bientôt sur sa peau rougie, des milliers de minuscules cristaux se déposent pour former un linceul. Aurait-il pu espérer mieux ? Sans doute que oui, si l'autre âme errante à quelques pas de lui, l'avait soutenu. Peut être même qu'à deux, ils auraient parcouru davantage de chemin, échangés des sourires, des pleurs. Ils se seraient tenus la main et dans un ultime effort, leur destination aurait été non pas la stellaire goguenarde. Mais les nuages alentours leur tendant les bras. Parce qu'à deux leurs œillères n'existent plus. La vision s'élargit sur un paysage empli de possibilités.

    Son regard sombre sonde la nuit. Les siens l'entourent, ces fameuses âmes qui lui permettent de voir en grand, de plonger dans le néant. Sachant que leur souffle chaud la soutienne, la transfigure, la motive, la pousse à monter toujours plus haut. Et quand ils n'y arrivent plus, ce sont ceux qui tentent de lui passer devant qui lui insufflent encore plus de hargne. Mais parfois le départ d'une seule personne berce son palpitant jusqu'à lui causer des nausées. Une Ombre vous manque et c'est tout votre monde qui est dépeuplé. Parce que celle-ci était quelque part la sienne. Sa cadette, le lien de sang le plus proche depuis le décès de Syuzanna. Une de ses semblables, une égale en devenir. Seulement tout ceci venait de voler en éclat sous le déplacement noir d'une corneille paumée.

    Oh oui, que tu es perdue Umbra. Perdue, si loin de moi...


    Citation:
      A Umbra, l'Abîmée,

      Si je n'étais pas aussi affligée, je pourrai bien t'accorder un certain talent pour l'ironie ou du moins l'humour. Tu sais te servir d'une plume mais le sens de tes mots est incorrect. Cela ne t'aurait pas écorché la gueule de faire preuve d'un peu de reconnaissance, de respect envers celle qui a sauvé ta tête, comme tu dis. A la réflexion, j'aurai dû m'abstenir. En aucun cas vis à vis de la situation actuelle mais parce que sauver une personne qui ne le désire pas elle-même, est une véritable perte de temps. Ma chère petite égoïste, j'en viens donc à répondre à ta seconde interrogation : Ta vie, aussi misérable soit-elle en cet instant, est inestimable. Tu le sauras. Tu t'en rendras compte le jour de ma mise en terre. Lorsque mon absence ne te permettra plus d'essuyer ta colère, ni même de me faire porter ce fardeau qui est le tien. Tu me regretteras. Non par sentiments où peut être que si. Celui de ta haine excessive.

      Tu me reproches mon égoïsme. Alors que mon quotidien est la preuve du contraire. Le don de soi. Tu me prends pour une religieuse aliénée pour tendre une main à un chien enragé ? A accepter d'offrir ma joue sans une once de retour ? Dans quel monde vis-tu Umbra ? Celui de ton nombrilisme exacerbé ? Si je me regarde, tu devrais te poser la même question. Qui est la plus égocentrique de nous deux ? Celle menant tout un Clan, prête à se porter en première ligne pour leur éviter le pire, à penser « Nous » avant « Je ». Ou bien toi ? Toi qui n'as que toi à te préoccuper. Voulais-tu que je t'apprenne à te battre ? Je l'aurai fait, si j'en avais eu le loisir. Désirais-tu t'abreuver de mon savoir ? Tu n'avais qu'à rester. Je ne te cite pas l'argument simple et candide de me suivre, juste pour être aux côtés de ta sœur. Visiblement, il est nécessaire d'évoquer un intérêt quelconque pour ta cupidité sans faille. L'idée d'une famille ne doit pas être assez attrayante. Nous sommes sans doute trop ternes à tes yeux. Sans importance. J'en viens même à me demander que s'il m'arrivait quelque chose, si tu irais me sauver ou me laisserais-tu crever. Ton attitude me dirige que vers la seconde possibilité. Tu auras beau me rétorquer quoique ce soit, la vérité est que les faits annihilent toujours le mensonge.

      Quant à ta prose sur les larbins, pour une esclave qui doit demander l'autorisation pour aller pisser... Le seuil de ta porte est un amas d'immondices, un balai ne suffirait point pour les faire disparaître. Ma réputation de tyrannique leur permet de se rendre aux latrines, d'aller et venir et de s'entretenir avec quiconque en toute liberté. Ce qui n'est pas ton cas. Loin de là. Je n'ai donc aucune leçon à recevoir de toi. Du moins pas de ce genre-ci. Et si tu veux tout savoir, j'en parlais justement à l'une de tes cousines. Bien avant de recevoir ta lettre. Une personne forte, fière de ses racines, des siens, de ce qu'elle est. Une vraie. Je lui disais que souvent on pouvait penser que je me servais des autres. Alors qu'elle ne me demandait rien à ce sujet, ceci ne lui a même pas effleuré l'esprit. Si j'avais le biondo sous la main, il serait la victime de mon habituel : « Tu vois. J'avais encore raison. » Penses donc ce que tu veux de moi. Je n'ai rien à me reprocher. Ma mort ne sera que mon plus beau présent pour le Clan. En aucun cas par altruisme, ni par démence. Juste par devoir. Parce que celui qui est à côté, est mien. Il ne me le rendra peut être pas mais au moins je pourrai rejoindre mes aïeux, bien droite et sans aucune honte.

      Pourras-tu en dire autant ? Je me doute que ceci glisse sur ton visage. Imperméable à ces notions. Tant pis. Toutefois, ne t'avise plus de faire preuve d'irrespect envers les miens. Insulte-moi, menace-moi. Viens donc me trancher la gorge mais laisse-les en dehors de ça. Si je suis infâme, eux au moins sont respectables. Alors cognes-moi, cognes fort car je rends les coups au centuple.

      Enjoy Corleone,


    Son premier paragraphe aurait été presque une branche tendue. Là, dans les remous où elles se trouvent. Puis son agacement lui susurre à l'oreille qu'on ne touche pas aux membres de la famiglia. Que ce Clan est tout. Absolument tout. Qu'elle les défendra becs et ongles...


*Biondo = Blond
Famiglia = Famille

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[Manque de temps IRL. Retour bientôt.]


Umbra
Il neigeait sur un quelconque hameau. N’importe lequel, oui car l’Ombre se fichait royalement de ses pas. Depuis quelques temps, elle suivait aveuglement le Hibou, espérant devenir quelqu’un. Elle misait tout sur l’enseignement de ce germain inconnu. Inconscience ou détresse, Umbra marchait dans ses pas.

Les flocons recouvraient la campagne, cachant dans le grand manteau blanc toute la misère de l’hiver. Le séant dans la poudreuse, la Noiraude restait de glace dans ce décor. La bise lui giflait le visage jusqu’à s’infiltrer sous ses épaisseurs de laines et lui gelait les os. Sa main gercée étranglait le nouveau pli de la Lionne et elle priait pour que la neige vienne recouvrir ce tissu mensonger. A vouloir inlassablement se voiler la face, Ombeline était usée de se mentir. Elle ne croyait plus en ces illusions depuis des lustres mais n’admettait toujours pas son désespoir.

Enjoy avait raison, c’était elle la fautive, l’égoïste dans cette histoire. Elle-seule décidait d’agonir dans son affliction. Dans le fond, la Bâtarde avait peur de souffrir davantage si quelqu’un lui passait du baume sur son cœur écorché. Elle craignait que le contact avive ses tourments et ne la blesse à outre mesure. Alors la Manchote perdurait dans sa solitude et sa haine dévastatrice.

Après les dégâts de la veille, l’Ombre avait été expulsé de sa chambrée ravagée. Ce soir, au clair de lune, elle claudiquait à travers les rues blanchies et vivantes. L’hiver n’avait pas fait fuir les soiffards, ils venaient toujours se réchauffer dans l’ivresse et la dépravation. L’alcool échauffait leurs esprits simples et les chairs enfiévrées des ribaudes s’écartaient pour lover en leur sein ces êtres pitoyables.

Umbra poussa la porte d’une des tavernes bordéliques et boita jusqu’à une tablée branlante où elle prit place. Elle commanda une demi-bouteille de gnôle et rajouta un généreux écu à la douloureuse quand on lui apporta une plume déplumée, une encre tournée et un parchemin taché. Les iris de jais balayaient la salle sans tenter de s’accrocher aux détails tapageurs de la foule présente. La moiteur ambiante fit dégrafer la lourde cape à la Noiraude avant que celle-ci ne s’attaque réellement à son tord-boyau. D’un œil sombre, elle jaugeait les faciès cramoisis de vin et de froid.

Les seins ridés de la serveuse dégueulaient d’un décolleté vulgaire lorsqu’elle se penchait de manière obscène. La lueur salace qui brillait dans les yeux de certains clients faisait amplement comprendre que sa fête ne tarderait pas. Cette dernière, amusée de son sort, offrait aux moins moches, l’un de ses sourires troués et goguenards. Les rires gras chargés d’injures et d’alcool résonnaient dans l’assemblée quand l’un des poivrots se ramassait violemment à terre, trop fait pour tenir debout. Les paluches vicelardes compressaient dans la crasse de leurs paumes des rondeurs défraichies et derrière son comptoir, le tenancier jugeait cette orgie d’un air satisfait. Ombeline avait beau tourner la tête, river son regard sur son godet, les odeurs mêlées du foutre, de la pisse et de la sueur lui rappelaient encore et toujours sa place.

Enjoy, tu crois que j’ai touché le fond ?

La Bâtarde songeait qu’il serait peut-être tant d’abattre ses cartes et de s’avouer vaincu. De clamer son besoin d’affection et peut-être même celui d’amour. Elle n’aurait qu’à murmurer un petit pardon pour tout recommencer mais non… Ce dernier restait cristallisé dans sa gorge, prête à l’étouffer si elle le vomissait. Ravaler sa fierté lui était malheureusement encore impossible, elle ne s’était pas écraser dans les tréfonds de la déchéance. La Manchote ne s’était pas noyée dans la lie de l’humanité. Elle se contenta d’écluser sa bouteille pour faire passer le morceau, suffoquant entre l’absolution et la damnation.




A Enjoy, la Cheftaine de la meute,

J’ai toujours pensé que tu étais une louve solitaire mais non, tu es un canidé solidaire. Peut-être est-ce tout à ton honneur ? Surement, est-ce mon plus grand malheur. Qu’importe, mon reflet me tient suffisamment compagnie. Lui ne m’a jamais abandonné ni n’est apparu en une nuit. Il est resté mon égal dans mon égo. Il n’a jamais tenté de me flatter ni de se rendre plus beau. J’imaginais que tu me sous-estimais mais en réalité, je constate que non, tu me surestimais.

En ce jour, ma chère sœur, réjouis toi car nous ne sommes plus proches que tu ne le crois. Aujourd’hui, tu es la parfaite incarnation de la déconvenue. Tu as compris que l’affection est meurtrissant pour qui y a cru. Nous souffrons toutes les deux d’un mal incurable, celui de l’attachement et chacune tente de le combattre vainement. Tu tentes de me rallier alors que je te fuis, c’est un peu le jeu du chat et de la souris.

Je dois ma survie à mon égoïsme et ma vanité comme tu dois ta renommée à ton endurance face à la vie et à ta fierté. Ne songes pas au trépas, tu as encore beaucoup de chemin devant toi. Si nos destins ne voient pas le même horizon, sois certaine que nos routes se recroiseront. Marche la tête parmi les encombres et n’oublie jamais que tu as une Ombre.

Ombeline.

P.S : Si ma foy, le seul apaisement que tu penses convenable est le repos éternel. Laisses-moi le plaisir de te guider jusqu’au Père Eternel.


Une bourrasque de vent emporta alors le vélin jusqu’à son destinataire tandis que l’Ombre remboitait le pas à contre-sens. Son regard charbonneux se posa dans le ciel d’encre et fixa une des étoiles trônant là-haut. Elle accrocha son espérance à son éclat, ignorante que si la vision de cette dernière brillait dans ses iris, c’est que cet astre, à des années lumières, était déjà mort. Les rêves sont fait pour être brisés et l’espoir pour les recoller.
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Umbra
[Mes erreurs à jamais greffées
Dans ta chair comme des boutures
Jusqu'à la fin vont repousser
Comme une maudite culture
Et j'aurai beau tout retailler
Jusqu'à la moindre nervure
Tout repoussera comme un bouquet
Que tu me jetteras à la figure]


Noël approchait maintenant à grand pas. Dans une poignée d'heure tout au plus, familles comblées ou hypocrites, miséreuses ou bourgeoises, pieuses, se retrouveraient pour festoyer la divine naissance. Quelque part dans le royaume, l'Ombre hantait un marché. Les flocons tombaient des cieux comme les Tic-Tac de l'horloge comme si le temps pressait. Les derniers badauds accouraient aux étalages décharnés afin de combler le vide sur leur table. Surement y aurait-il plus que de quoi pitancer et demain, les charognards gratteront aux huis pour réclamer les restes. Ce soir, c'est jour de fête. Toute la tristesse du monde sera voiler par le grand manteau blanc et les bouches pleine de nourriture ne pourront se plaindre. Tous les marchands étaient pris d'assaut et Umbra continuait son boitement pour fuir la foule.

Seriez-vous le fantôme de Noël pour errer de la sorte, demoiselle?

Le regard sombre et glacial de la Noiraude se posa alors sur l'interlocutrice. Une vieille dame au sourire trouée, drapé d'un châle mité se tenait près d'une carriole aux essieux grinçant. A l'écart des autres commerces grouillant, aucune trace de pas dans la poudreuse n'indiquait du passage à son stand.

N'avez vous donc rien à fêter cette nuitée pour vagabonder esseulée?
De quoi je me mêle...
crissa Ombeline tout en s'approchant de la mégère.
Oh ma jeune fille, je ne me mêle de rien...Je sais déjà tout sur vous.

Les iris de jais dévisagèrent sévèrement le faciès ridé que le rire déformait davantage. Elle était moche et culottée, la Bâtarde la jaugea de haut en bas et ne la trouvant pas dangereuse, lui laissa une chance pour jouer de son mystère.

Laissez-moi deviner, l'Ombre. Vous n'êtes pas du coin, n'est -ce pas? La bise ravive la douleur de votre patte folle et ces fêtes vous tourmente.
...
Je prends votre silence pour consentement.


La marchande leva lentement sa main flétrie en direction de la Manchote et l'agita longuement devant son visage sans que cette dernière ne bronche ou ne recule. Ses paupières boursouflées de la vieille dame se fermèrent et d'un filet de voix sombre, elle déclara presque mystiquement:

Triste enfant, tu n'es pas au bon endroit. Ta famille t'attends bien plus loin. Ne devrais-tu pas poursuivre ton chem...
Taisez-vous,
ordonna froidement la Boiteuse.

Surprise de la réaction de l'Ombre, la mégère rouvrit les yeux puis abaissa son bras tremblant. Détournant son regard de l'oeillade jeune et agressive, elle s'en retourna dans sa carriole.


Attends-moi ici, jeune fille. J'ai ce qu'il te faut pour guérir tes maux.

Umbra patienta un instant devant la charrette branlante tandis qu'une voix usée sifflait:

Paralysée...Démente...Peinée mais pure...

La marchande réapparut et clama, une main derrière le dos:

Fleur solitaire poussant à l'ombre... Offre à qui de droit celle qui délivrera de ton angoisse.

Et dans sa paume fanée se tint une Rose de Noël.

Une heure plus tard, la Noiraude déboursa un coursier:


Si cette fleur arrive fraîche à son destinataire, je t'offre le double de ta course.

Cette nuit là, Ombeline fut généreuse. C'était le soir de Noël...



Ce Noël est très particulier à mes yeux car c'est le premier que je passe avec l'idée que quelque part dans le royaume, une famille recevra mon présent. Et cette famille, c'est la mienne, c'est toi.

Pour la peine, permet-moi de t'offrir mon esprit en jachère. J'ai jeté l'Adonis, l'Ajonc, l'Aloès, l'Amaryllis, le Bouton d'Or, la Bruyère et la Gueule de Loup.* Toutes ces mauvais herbes qui rongeait mon âme.

Je n'ai gardé que l'Aigremoine, l'Amarante Queue-de-renard, le Bégonia, la Corbeille d'Argent, le Muguet, la Giroflée des Murailles et la Vigne Vierge.** Toutes ces germes qui fleurissent dans mes songes.

Puisse les fragrances de ce bouquet t'embaumer le coeur.

Ta Soeur,
Ombeline Corleone.


[Il existe un langage où toutes les fleurs cités ont une symbolique, la voici:

* Les souvenirs douloureux, la colère, le chagrin, l'orgueil, l'ingratitude, la solitude et l'arrogance.

** La gratitude, l'espérance, les pensées sincères, la réconciliation, la fidélité dans l'adversité, le retour du bonheur et l'amour fraternel.]

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Enjoy
    Cette nuit-là, l'agrégat de cristaux dévalaient les cieux assombris. Zéphyr venait de sceller ses lèvres pour n'entretenir que sa discrétion. Les flocons descendent à allure calme et se déposent sur les terres immaculées. Les fumées, se dégageant des chaumières, rassurent les badauds pressés. Malgré la pauvresse de leur quotidien, la joliesse déshéritée aspire à instaurer un climat jovial parmi les familles morcelées. Les travaux des champs sont les coupables désignés de leurs divergences. Les serfs claudiquent, le visage égratigné tels des haillons. Mais sur la bouche de leurs plaintes à naître se pose un bâillon. Ils s'abreuvent d'alcools estompant les remontrances et étranglant les pensées hypocrites. Les velléités se conservent dans les bocaux de la procrastination coutumière. Les résolutions, les envies de changement ne tiendront pas le lendemain des jours de fêtes. Pourtant les propos tenus, les vœux transmis de la main à la main sont si chaleureux. Un baume appréciable. La sombre frangine avait eu l'excellente idée d'accorder une de ses pensées à son aînée. La Corleone en fut bien plus touchée qu'elle ne le laissa transparaître. Quelque part dans ce royaume, une personne a songé à elle. Nombreux sont ceux qui viendront lui demander une chose ou deux, s'accaparer son oreille attentive ou tester sa patience. Par contre quand il s'agit de s'assurer de son état de santé ou moral, le grand nombre se mue en unité. L'italienne ne leur en veut en aucun cas. Après tout, elle n'était pas vraiment la première à faire un geste. Et ils étaient tous semblables dans le Clan, enfin ce sont des mercenaires et non un rassemblement d'âmes mièvres. De toute façon suite à l'élaboration d'une collection particulière; ses traumatises. Son palpitant crève à chaque aube et à l'annonce de son jumeau de vêpres. En ce crépuscule festif où pouvait bien se trouver son sang ? En quel endroit dissimulait-elle son ombre ? En quelle compagnie sa langue se complaisait dans la beuverie ? Que faisait-elle ?

    La réponse ne tarda pas. Une missive parfumée. Désormais, l'italienne savait que les éventuelles tensions venaient de s'estomper. Que ce soit l'une ou l'autre, seul le résultat importait. La hache de guerre retourne à la terre et ceci lui insuffle un apaisement bienvenu. Voici une aigreur à oublier, une paix pour son estomac maltraité. Elle connaissait toute la difficulté qu'avait sa puînée à faire sa place. Depuis Sarlat, son rôle souffrait de l'absence de la meneuse du Clan. Ce temps si rare qui ne lui permet plus de jouir de la vie comme elle l'entend. L'enlèvement et les révélations qui s'en suivirent, marquèrent les deux esprits. Pourtant la Corneille eut préféré s'envoler de ses propres ailes car l'envie de se démarquer reste la plus forte. Sans compter le choc des civilisations entre clergé et mercenariat, entre orpheline et famille débordante. La Corleone aurait pu le comprendre si seulement elle le savait. En attendant cette présence fuyante était douloureuse et difficile à gérer. Peut être que l'avenir les réunirait toutes les deux. Avant que la Lionne ne ronronne pour l'éternité.

    Des jours plus tard. Les remerciements iront mourir contre les murs de l'implicite. L'en-tête se suffit.


    Citation:
      A ma Sœur,

      Visiblement tu as enseveli notre rancœur sous des gravats fleuris. J'apprécie. J'use un vélin Chinonais, suite à la prise de cette cité, mon orgueil me perdra. Pour une fois, j'étais seule. Bien loin du reste de la famiglia, un pont entre deux mondes. Revigorante déraison qui m'a permise de revenir d'entre les morts pour y retourner ensuite. Je suis actuellement en route afin de retrouver ma clé de voûte. L'Indispensable. L'une de mes rares faiblesses, sans elle, rien ne survivrait à la froideur de mon âme. Quant à ce que tu disais. Louve solitaire ou chienne solidaire, les deux se regroupent au sein de la famille des canidés...

      Le temps nous échappe sans cesse alors profitons des restes pour ronger ensembles l'os du Passé. Parle-moi de toi, de ton enfance, de ton autre famille. Un jour, voudras-tu les réunir ? Dans mon cas, c'est une espérance vaine mais elle a le mérite d'exister. Toujours mieux que rien me rétorqueras-tu. Même si rien persiste et signe bien souvent.

      Enjoy Corleone

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[Manque de temps IRL. Retour bientôt.]
Umbra
Un bon trimestre s’était écoulé depuis que la hache de guerre entre les deux sœurs avait été enterrée. Depuis ce temps, la lame avait dû rouillée et le manche moisir dans un linceul de rancœur. Sur la tombe fanait un bouquet de pensées et d’immortelles, les chrysanthèmes n’étant pas souhaités pour l’heure.

Une nouvelle année, un nouveau départ ?

Umbra avait osé l’espérer mais en vain. Depuis leur dernier échange épistolaire, les brunes s’étaient recroisées lors du siège de Poligny par la Spiritu Sanguis. Leurs ombres avaient combattues côte à côte pour les mêmes desseins. Pourtant, de cette fameuse prise, la Noiraude n’en gardait qu’un très mauvais souvenir. Hormis de revoir les siens, ce qui ne l’enthousiasmait guère, elle n’avait même pas côtoyé l’unique qui l’avait poussé à venir. Entraperçus au détour d’une rixe, son aînée n’avait pas pris le temps de faire un pas vers elle. Ombeline, qui avait piétiné sa fierté le jour de Noël pour la Mustélide, ne supporta pas l’inattention de celle-ci. Si elle avait fui aussi brutalement son Mentor pour lui prêter main forte, elle s’attendait à un minimum de gratitude si ce n’est qu’un simple remerciement. Hélas, rien de rien même pas une moindre œillade échangée. Ce fut donc amer que la Bâtarde quitta sa famille maternelle, jurant de ne plus les rejoindre avant un long moment.

Insidieusement, des germes d’arrogance repoussèrent comme des mauvaises herbes au dessus de leur bière. Les ronces vaniteuses entaillaient le cercueil où gisaient les efforts de la mercenaire qui préféra intelligemment s’éloigner de ce nid de vipères avant de se faire écorcher vif le cœur.

Trois mois plus tard, au fond d’une taverne bretonne, la Manchote parcourrait les dernières lignes de la Lionne, seul souvenir positif qu’il lui restait. Quand on dit que le sang appelle le sang, elle lui manquait cette absente ! Ses iris de jais survolaient à nouveau les courbes manuscrites l’invitant à se confier. Le regard se tourna alors vers un paquet de plis ficelés.

L’Ombre avait mis le temps mais en une poignée de vélins, elle avait tout de même réussi à noircir son passé tumultueux. Des noms et des déboires bavaient entre deux lignes remplies de maux. Les ratures enluminaient son récit d’abandon comme un texte sacré et le parcours chaotique se transformait en une belle épopée. Le tout bien relié d’un cordon de chanvre pour qu’aucune bride de cette vie de solitude n’échappe à la lectrice. Ce paquetage ou plutôt ce fardeau de parchemins résumait bien la tâche qu’elle était, le torchon de son existence.

La dextre délaissa le vieux courrier pour s’emparer d’un verre de gnôle local alors que l’attention dériva vers un feu de cheminée s’étiolant. Depuis peu hors du royaume de France, Umbra sillonnait les terres bretonnes à la recherche de l’élément manquant à son histoire : Son géniteur. Père ayant donné trop d’honneur à ce semeur d’illégitimes. Elle connaissait son nom, elle savait maintenant où le trouver grâce à son bras droit, il ne manquait plus qu’à le trouver pour le réduire à néant. Cette haine profonde et ses sombres desseins se lisaient facilement entre les lignes de ses aveux. La Noiraude avait confessé son identité, sa vie et ses projets dans ces quelques bouts de peaux travaillées. D’ailleurs, peut-être que dans le fond, c’était trop: trop à lire, trop à encaisser, tout simplement de trop.

Une œillade interrogatrice lorgna le paquet de secrets avant de se reconcentrer sur l’âtre mourant. Enjoy, devait-elle réellement savoir tout cela sur sa cadette ? La réponse était claire dans l’esprit d’Ombeline : Non. En somme, personne n’avait à en savoir autant sur elle. En y réfléchissant bien, ces heures à se repentir sur les vélins avaient plus été une thérapie personnelle pour franchir ces longues nuits d’insomnies. La Bâtarde avait pris du recul sur son passé afin de voir plus loin dans son avenir. Aujourd’hui, attablée dans une quelconque auberge, dans un quelconque duché, elle savait qui elle était et ce qu’elle faisait au milieu de nulle part. Consciente de ceci, la Manchote comprit alors qu’elle n’avait besoin pas de se justifier et qu’il était même dangereux de coucher de tels aveux à la portée de n’importe qui.

Balançant le paquetage de plis dans les flammes étouffées, l’Ombre aviva l’ardeur du brasier en vidant le reste de son godet infâme dans celui-ci. Longuement, elle observa d’un œil sombre son passé s’envoler en fumée jusqu’à la dernière lettre. Quand de son existence, il ne resta que des cendres, Umbra reprit sa route laissant sa subsistance à l'abri des indiscrétions.

Requiem à l'état de poussière, les secrets d'Ombeline ne seraient jamais aussi bien gardé qu'au fond d'une tombe avec l'orgueil comme unique roncier...

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