Afficher le menu
Information and comments (0)

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Et ta soeur?!

Umbra
[Quand on souffre d’insomnies, on n’est jamais vraiment endormi et on n’est jamais vraiment éveillé.]*

Les moult lieues parcourus n’avaient pas eu raison des insomnies chroniques dont souffrait Umbra. Le jour et la nuit, elle restait l’Ombre d’elle-même à moitié consciente de l’existence qui l’entourait, à mi-chemin vers d’autres réalités. Sa vie n’était, en somme, qu’un cauchemar éveillé surenchéri d’hallucinations causées par les plantes toxiques ingérées afin de rendre plus matériel cet enfer terrestre. Sans répit, ses peurs et ses problèmes la hantaient : Moran…Seurn…Enjoy. Et la liste s’alourdissait un peu plus à chaque battement de paupières. Pourrait-elle une fois faire une pause et s’évader le temps de quelques heures vers d’autres mondes plus paisibles ? Pour l’instant, la Noiraude restait prisonnière de son éveil, de ses mauvais songes. Les décoctions procurées par Triora faisaient leurs effets quelques soirées mais le sommeil n’était pas sain. Le lendemain, elle semblait encore plus épuisée que la veille et se remettait lentement de sa léthargie. Quand les vertus végétales se dissipaient, il fallait toujours plus puissant pour l’assommer mais à force d’augmenter la dose, tous craignaient qu’un jour, elle ne se relève pas.

Cette nuit encore, dans les environs bordelais, au minuit passé, les iris de jais restèrent grand ouverts. Ils fixaient intensément un point imaginaire, espérant créer une faille dans ce néant et s’y engouffrer jusqu’à l’aurore mais en vain… Ombeline, allongée près de son amie, enviait grandement son repos même si ce dernier non plus n’avait rien de réparateur. Roulé en boule comme un animal, le corps difforme s’agitait régulièrement entre les soupirs haletants. Dans le royaume de Morphée, c’était la guerre et la Bâtarde aurait souhaité batailler aux côtés de la Rouquine. A mille lieues de cet horizon, une dextre décharnée se posa sur l’épaule enfantine en renfort. Un soutien inconscient, voilà la seule chose dont était capable la Manchote.

Elle resta ainsi, de longues minutes, à veiller sur Petit-Œil endormi avant de se relever en silence. La Corneille sortit de sa besace une bouteille d’eau-de-vie qu’elle éclusa sans mal, espérant noyer ses tourments et asphyxier ses pensées jusqu'à s'évanouir. Tombée ivre dans l'inconscience où le marchand de sable viendrait la récupérer sur sa paillasse mais en vain… Les heures défilaient inlassablement, l’astre blanc se déplaçait lentement dans le ciel d’encre et la tête vrillait avec l’alcool.


Je crois que je tourne en rond.

L’Ombre laissa rouler son cadavre de verre sur le sol avant de se lever. Après avoir recouvert le corps juvénile de sa cape brulée puis posé Immortelle près de ce dernier afin qu’il apaise sa trêve journalière mouvementée, Umbra sortit. Il lui fallait maintenant se dégourdir les jambes, expulser tout ce que la prune venait de faire resurgir. Elle arpenta en chancelant le premier sentier croisé, visant l’horizon noir et trouble de celui-ci en quête de chasser ses propres démons.

* Citation du film Fight Club.

_________________
Leorique
Fatidique. La nuit avait désormais ce petit coté sombre, mélancolique et brumeux presque fatal même. Le petit coté qui, l'air de rien, laisse entrevoir un bout d'avenir derrière ses rideaux et puis qui les referme aussitôt, vous invitant à venir dans un piège atroce. Et le pire c'est qu'on s'y jette souvent à bras le corps et qu'on en redemande après. Enfin, quand on s’appelait Léorique, c'était ainsi que cela semblait fonctionner. Comme à son habitude le jeune brun passait ses nuits éveillées par d'obscurs raisons, quelconque tourment qui le préoccupait, plus rarement une joie sans nom, ou simplement pour apprécier le contacts des étoiles. Les astres, témoins silencieux de ses réflexion, de ses débats avec la vie, combats. Il était encore jeune, et sa vie active n'avait commencée qu'il y à peu mais il avait déjà connu des choix et bien des offres.

Il avait rejeté des offres pour lesquelles le gens commun auraient vendu leurs âmes sans plus de réflexion et se seraient damné pour l’éternité. Il en avait accepté d'autres qui les auraient fait hausser des épaules. Il venait de refuser une autre de ces offres, refuser à nouveau des sentiments alors qu'il aurait pu terminer sa vie passionnément avec celle qui se proposait à lui. Mais ce n'était point pour lui. Confusément, même sans trop savoir pourquoi, il avait refusé. Peut être était ce à cause de ses histoires précédentes, peut être avait-il peur, ne voulait-il pas s'attacher simplement, mais inconsciemment quelque chose d'autre le poussait à faire ces choix étranges, incompréhensibles, comme si un sang maudit s'écoulait paresseusement dans ses veines en dirigeant ses pulsions, ses instincts. De plus en plus le jeune homme pressentait bien, remarquait parfois même qu'il était différent des autres, mais sans savoir trop pourquoi.

Des signaux d'une fumé blanche s’échappaient de son inconscient, délicatement, en volutes d'alarmes qui résonnaient doucement dans l'esprit perturbé du jeune brun. Alors que ses pensées noires s'amalgamaient en de sombres nuages qui s'accordaient bien avec la nuit étoilée de bordeaux, il décida de se distraire avant d'exploser, avant de s'abandonner à la sombre colère qui sourdait rarement en lui quand il se laissait trop envahir par ces tourments. Les rues n'étaient pas des plus animée alors que le froid automnal déjà bien rigoureux chassait les éventuels quidams dans des tavernes, bien au chaud sous la protection de l'ivresse et de l'alcool. D'un pas leste il se dirigea vers l'une d'elle, croisant au passage quelques ombres furtives qui rasaient les murs. Ces quartiers, sans être la cour des miracles, n'étaient pas des plus famé, mais Leorique n'en avait cure. Il n'était pas trop inconscient mais simplement il ne s'était jamais senti autant en forme, jeune mercenaire qui s'était enrôlé dans l'armée de Guyenne parce que « engagez vous, c'est bien payé » qu'ils disaient. Surtout que sans paraître intimidant, il avait l'air aussi miséreux que les autres malheureux du quartier et semblait prêt a tout pour défendre sa vie avec l'épée bâtarde qui tressautait au fil des pas, à son coté . Rien d'intéressant à voler sur lui et avec du danger a la clef, ce n'était pas pour encourager le plus téméraire des voleurs.

Au tournant d'une des nombreuse ruelle menant vers ces tavernes, le jeune homme manqua de percuter une clocharde avinée et titubante. Enfin, ce n'était pas une clocharde mais elle était bien avinée, cependant le jeune soldat n'avait cure de son statu, c'est à peine s'il lui accorda un regard, trop perdu dans ses pensées et sachant bien qu'on ne pouvait montrer un gramme de faiblesse dans ce genre de rencontre aux hasard des rues. Pourtant quelque chose au fond de sa conscience s'ébroua et se retourna dans un demi-sommeil alors qu'il croisait la jeune femme. Il s’arrêta et tourna la tête de coté, fronçant des sourcils, le visage à demi éclairé par une source de lumière au fond de la rue, il la contempla l'espace d'une seconde. Haussant des épaules, il reprit sa route sans y accorder plus d'importance. La laissant à ses démons, et retournant au sien. Encore plus décidé a passer un peu de temps à une taverne quelconque.

Méfiez vous des rencontres aveugles, de peur que le destin commence, sans que vous ne le sachiez, une pièce dont vous êtes le protagoniste principal.

Choisissant la première à peu près potable, il y entra le froid sur le talon. Jugeant du regard l'assemblée, les habitués, ou les personnes passage. Satisfait que le bouge ne ressemblait pas à un de ces coupe gorge des plus classique, s'approcha du tavernier, lui commanda une une bouteille de vin du bordelais quelconque et parti s'isoler sur une table libre avec sa trouvaille. Il ne s'enivrait presque jamais, et toujours avec de ses amis. Aussi c'était la première fois qu'il s'adonnait à ce genre de vice seul, mais il avait besoin de libérer de la vapeur avant que d'exploser. Parfois, trop était trop, et lui qui n'avait jamais rien connu dans ses montagnes ''natales'' d'aussi troublant, violent et passionnant que la vie ici bas. Depuis qu'il en était parti, il y a six mois, les événements l'avaient bien changé, fait évoluer, mais à chaque fois des traces avaient été laissés et maintenant le voilà alors qu'elles s'étaient par trop accumulées.

Léorique en sirotant sa piquette, repensa brièvement ce qui avait motivé son départ. Dans sa sacoche miteuse, se trouvait, secret bien caché, comme une honte, le blason d'une famille inconnue des hérauts noble. Sa mère lui avait-elle légué ce genre de chose, et pourquoi ? Ce genre de question, il ne se les posait seulement quand la nuit était noire, bien noire, et que les astres obscurs, mais ce soir sa vision était bien obscurcie, le vin n'aidant pas. Un soupire discret s’échappa de ses lèvres, après un long moment comme pour se moquer de lui même, ignorant ses alentours alors que les habitués de la taverne le lui rendaient bien. Aucune animation, aucun moyen de se distraire a par boire. Décidant, un peu plus éméché qu'en entrant, qu'il ne gagnerait rien de plus à rester plus longtemps dans ce coin perdu, il se leva et se dirigea d'un pas un peu moins assuré pour se perdre à nouveau dans les ruelles nocturnes, sans but précis. A la rencontre de réponses qui ne lui plairaient peut être pas.
Umbra
[Avec l’insomnie, plus rien n’est réel ! Tout devient lointain. Tout est une copie, d’une copie, d’une copie...]*

L’Ombre claudiquait parmi les pavés bordelais, autant d’ivresse que de maladresse. Bien que sa jambe guérisse à vue d’œil et qu’elle ne ressentait plus le besoin du soutien d’un bâton, le froid avivait la fraiche blessure. Mais ce soir, d’autres plaies s’étaient rouvertes. Même les astres, voyant le désastre poindre, s’éclipsèrent cette nuit pour ne pas en être témoin. Ce n’était pas la première fois qu’Umbra se noyait dans ses tourments, les flots d’eau-de-vie lui retenant la tête dans le torrent, elle voyait trouble. L’alcool s’immisçait dans ses veines, engourdissait ses membres et ses sens puis échauffait son sang. La Noiraude, capuche baissée sur le haut du faciès, errait à l’aveuglette. Un tour à gauche, un tour à droite dans ce labyrinthe de petites ruelles…A moins que ce soit dans les dédales de son esprit ? A l’angle d’un chemin, Ombeline percuta un homme ou l’inverse, elle était trop saoule pour se soucier des règles de priorités et faire preuve de politesse. Derrière ses mâchoires crispées, elle gronda un juron inaudible. Ses iris floutés se posèrent le temps d’un éclair sur le visage de l’importun avant que ce dernier ne reprenne sa route comme si de rien n’était. Cependant, tout ne se déroula pas aussi simplement dans la caboche de la Bâtarde. Plantée dans le tournant, ce fut tout son être qui vacilla à la vision qui s’imposa malgré elle. L’infime espace de lucidité déclencha une terrible tempête dans sa tête. Alors qu’il disparaissait de sa vue, elle lança à sa suite :

Moran !

Seuls les échos d’éclats de rires gras de quelques saoulards dans une auberge non loin de là lui répondirent. Se moquaient-ils d’elle ? Qu’importe, il n’en fallut pas plus à la Manchote pour se laisser dévaster par une fureur aussi noire que les cieux de cette sombre soirée. Adossée contre le pan défraichi qui bordait la route, elle tenta de remettre en ordre ses pensées chamboulées. Etait-ce réellement lui qui l’avait heurté ? Oui, l’Ombre n’avait pas de doutes à ce propos. Prête à couper sa seconde main, elle reconnaissait ce regard d’encre parmi tant d’autres. Cette lueur insolente abritée dans deux billes charbonneuses semblable aux siennes, capable de renvoyer toute l’arrogance et l’amertume de la personne qui les possédait. Les Lisreux seraient-ils rancuniers dans les gênes ? Umbra, quant à elle, ne vivait que dans l’espoir de vengeance ainsi se pourrait-il qu’elle soit plus familière qu’elle ne le songeait ? Ni une, ni deux, la Noiraude emboita un pas chancelant, ne guettant que la trace de son démon de minuit comme ligne d’horizon. Ayant complètement perdu le fil de sa trajectoire, Ombeline dut se résoudre à côtoyer les âmes éméchés. Elle décrivit son frère avec une précision proche de l’obsession. Oui, l’ainé avait marqué son esprit à tout jamais. Ses traits s’étaient ancrés au plus profond de son cœur pour entailler et meurtrir davantage son palpitant.

Cette nuit, Moran, ce sera toi qui saigneras, crois-moi…

Entre quelques balbutiements incompréhensibles et autres propositions obscènes, la Bâtarde retrouva la direction du frangin tant détesté. Ce dernier s’était engouffré dans une taverne, rien de très étrange à première vue, sûrement un énième point commun entre les deux bruns. A quelques mètres de la porte d’entrée, la Manchote s’était postée contre un mur de chaux. Enveloppée dans sa cape, elle patienta longuement dans le froid avec pour seule compagnie, sa colère. L’imaginant à s’enivrer au chaud à quelques enjambées d’elle, un gout amer envahit sa bouche. Dans un moment, elle lui ferait recracher sa bile, c’était certain. Attisant un peu plus sa rage à chaque minute écoulée quand il daigna enfin sortir, sa haine avait atteint son paroxysme. A l’observer se pavaner, poursuivre son chemin sans même la remarquer, l’Ombre crispa son unique poing.

Ce soir, Moran, tu ne m’échapperas pas…

En retrait dans son dos, elle filait son ainé comme un boulet. C’était ce qu’elle était d’après lui : une moins que rien, une bâtarde sans intérêt, une femme sans racine. Mais vois-tu, grand frère, ce fut toi qui alla me déterrer de mon couvent alors accuse…Encaisse. Silencieuse, Umbra boita un long moment dans son ombre jusqu’à qu’aucun badaud ne foula leur destinée. Le brun était devenu sa proie, elle lui avait promis de le tuer en premier avant de s’attaquer au reste de l’arbre généalogique. La mauvaise herbe, c’était elle qui les pourrirait à jamais. La Noiraude ne voyait plus que lui dans sa mire, il était fait comme un rat. Sa proie. Maintenant comment agir ? En traitresse par un coup bas ou légitimement, en face à face. Ombeline était déjà considérée comme renégat aux yeux des Corleone, alors peut-être avec les Lisreux se montrerait-elle plus loyale ?

Pauvre hère…Les tiens t-ont-ils abandonnés ?

Le rire sardonique qui acheva les paroles se répercuta contre les parois pierreuses de la rue déserte, sachant que l’écho de ses dernières frapperait les tympans voulus. Le poing fermé à s’en blanchir les jointures sous les pans laineux, la Bâtarde continua de chanceler jusqu’à sa cible, prête à lui marcher dessus. Le piétiner jusqu’à ce qu’il se retrouve à six pieds sous terre.

* Citation du film Fight Club

_________________
Leorique
Indifférent, incapable d’appréhender, ni de comprendre même pourquoi on le prendrait comme une cible de choix, plutôt que les riches gueux hébétés par les vapeurs de mauvais alcool de la taverne qu'il venait de quitter. Il aurait encore eu bien plus de mal à concevoir que la femme le destin avait placée devant son chemin, jusqu'à presque faire leurs corps s'entrechoquer, le suivait avec une rage bouillante et une patience mortellement prédatrice. Il n'aurait jamais appris quel tour lui jouait le monde si elle avait décidée de lui planter une dague dans les cotes, la, maintenant. Il se serait alors effondré en répandant sur les pavé une étoile sanglante, parmi les ordures, sans rien comprendre de ce qui lui arrivait, le destin peut être cruel ainsi, mais la chance semblait de son coté. Ou peut être la jeune brune était-elle encore plus saoule ou juste plus loyale que son apparence ne laissait imaginer.

Perdu dans un embrouillamini de sombres pensées qui s'étiolaient sous la caresse du froid, Leorique continuait sa ballade inconsciente au cœur de la nuit. Insouciant des danger qui planaient sur lui, grâce a l'alcool qui lui ôtait une partie de la lourde peine sur ses épaules, en échange de sa vigilance. Un marché de dupe auquel il s'était, hélas, prêté bien volontiers ce soir. Dans les rues noires et vides, il n'y aurait aucun recours, aucune voie de secours autre que ses propres capacités. Peut être était ce qu'il cherchait ce soir, défier le destin, tutoyer les cimes, les limites de l'insouciance et s'en sortir, comme pour bien se prouver que ses choix n'avait rien de rationnel. Que la raison à laquelle il s'accrochait parfois, pour résoudre ses combats avec lui même, avec la vie, n'avait pas toujours sa place dans la bataille quotidienne pour la survie.

le coup de dague tant attendu ne vint pas, mais à la place, soudainement, une voix rauque mais résolument féminine claqua sèchement dans l'air nocturne. Il se figea un instant sur place avant que ses réflexes ne reprennent le dessus et le fasse virevolter vers la direction d’où on l'interpelle. Ses yeux émeraudes se posèrent sur elle pour la deuxième de la fois soirée alors qu'un air d’incompréhension commençait à s'emparer des traits du jeune homme. Confusion car il y avait quelque chose d'indistinctement familier chez cette ombre. Était-ce parce qu'il l'avait croisé sans trop y faire attention plus tôt dans la nuit, ou parce que son instinct hurlait désormais sourdement à ses oreilles. Quelque chose d'obscur se réveilla en lui en secouant l'échine, en son inconscient, à la vision de cette femme, à l’énoncé de cette phrase claire et froide. Menaçante, froide, enivrée, chancelante, petite, rageuse, les yeux brillants comme des feux-follets d'un sentiment qu'il ne reconnu pas, elle s'avançait inexorablement.

« Pauvre hère…Les tiens t-ont-ils abandonnés ? »

D'un geste posé, le jeune homme fit passer sa dextre sur la garde de sa bâtarde, alors qu'il s'extrait tout à fait des brumes alcoolisé, ressentant un danger diffus provenant de l'inconnue. Elle ne payait point de mine, et la vision était tellement étrange qu'il ne sut comment réagir. Que voulait-elle ? Le brigander, elle aurait été certainement plus discrètement, enfin elle semblait bien partie dans des délire alcoolisée, donc méfiance. Une mendiante, une prostitué en recherche de quelques sous par ce froid hivernal, possible. Le jeune homme en avait déjà vu de loin, mais il ne connaissait point vraiment l'engeance et ne s'y était jamais, oh grand jamais, mêlé. Il avait été pauvre, démuni comme les autres, subissant famine sur famine, mais il n'avait jamais connu les affres bien plus dure de la vie miséreuse citadine, perdu dans ses montagnes ''natales''. Incapable de prendre une décision la concernant, il répondit de sa voix grave, mélodieuse mais affaiblie par l'air frigide de la nuit.


« Seul, on l'est souvent. D'abandon et d’évasion ainsi l'on est bordé. Que me voulez vous ? Passez votre chemin, je n'ai pas d'argent. Ni à échanger contre votre vertu, ni encore moins à me faire soutirer » Dit-il d'un air renfrogné, mais sans animosité. Il ne cherchait pas de complication, ni à l'insulter, il voulait juste être seul, retourner à ses démons solitaires. Vrai qu'elle n'était pas très jolie comme ça, mais peut être que vue de plus prés elle était assez désirable pour offrir son corps, le jeune homme était exempt de jugement sur la chose. Alors qu'elle s'approcha encore plus, proche, menaçante, il ressenti comme un grondement sourd dans ses os, son corps tendu d'anticipation par la menace sous-jacente alors qu'elle pénètre en titubant dans son espace personnel. d'un geste apaisant, presque timide mais ferme il vient la repousser en posant une main sur l'épaule de l'ombre. Peut être parce que c'est une femme, peut être parce qu'il était troublé plus que de raison en rencontrant cette inconnue qui n'en était pas une, pitoyable, familière presque mais dangereuse, il ne voulait pourtant pour la blesser ni être trop brusque alors qu'il la dévisageait de plus près.

« Qui êtes vous ? »
Umbra
« Seul, on l'est souvent. D'abandon et d’évasion ainsi l'on est bordé. Que me voulez vous ? Passez votre chemin, je n'ai pas d'argent. Ni à échanger contre votre vertu, ni encore moins à me faire soutirer »

Les paroles entraient par une oreille, s’échappaient par l’autre. Le malheureux parlait à une sourde, calmait une enragée. En vain. Blablabla… L’humeur philosophique n’était pas à l’heure ce soir. Les mots ne soigneront pas les maux. La mélancolie a laissé place à la rage. Et ce soir, nous allons cogner au lieu de discuter.

Nous avons déjà trop usé de salive, j’ai la gorge sèche alors nous allons saigner. Tu comprends, Moran ? J’ai plus envie de te parler, je veux juste te tuer.

La voix qui résonnait dans sa tête n’était pas celle de l’ainé. Elle était plus claire, plus douce. Son frère a la voix rauque, tranchante et pourtant, il était bien là, face à elle. Quel sens joue des tours cette nuit ? Tous ou peut-être aucun ? Hélas, c’était déjà trop tard, le poing armé, les nerfs ont lâchés. Elle va craquer, l’Ombre…

Trois.


« Qui êtes-vous ?»

Deux.

Le contact de la paume sur l’épaule fut ressenti comme un doigt sur le détonateur.

Un.

Le déclic qui parcourt ses synapses semblable à l’électricité dévalant les câbles avant d’atteindre l’explosif.

Boum.

Les phalanges s’écrasèrent directement en un bruit mat dans le visage familier avant que les doigts noueux ne dégagèrent vivement l’emprise.

Me touche pas, crevure !

Les iris troubles fixèrent la cible tandis que le mécanisme se réenclenchait.

Alors comme ça, tu ne me reconnais pas, Moran ? Tu m’as oublié si rapidement ?!

L’allumette est craquée.

T’es bien comme ton père, hein ! Vous évincez vite ce qui vous dérange !

La poudre s’embrase.

Je vais te rappeler qui je suis, grand frère !

Boum.

Le deuxième coup est lancé. Il siffle avant de s’exploser sèchement dans un amas de chair tendre, une joue peut-être ?

Umbra jaugea la victime de sa violence ou le coupable de sa colère. Allait-il lui rendre la pareille ? La Noiraude ne baissa pas sa garde titubante mais ne chercha pas à engager le combat de nouveau. Son poing picotait surement autant que le faciès du brun. Elle s’attendait au revers cinglant de ce dernier mais ne faillit pas. D’une voix grave et doucereuse, proche de la masculine, Ombeline nargua :


La mémoire te revient, Moran…Ou c’est encore vague dans ton esprit?
_________________
Leorique
Plus il la contemplait, plus il distinguait quelque chose dans ses yeux noir, dans ses traits jeunes et élancés mais déjà rendu grossier par la haine, abîmés par les peines. Un quelque chose qui le troublait. Une vague réminiscence peut être, malgré l'odeur de vinasse qu'il avait ingéré tout seul ce soir la, l'haleine fétide de la brune et son air de clocharde pochetronnée, malgré le froid sec et la nuit sombre qui les recouvrait tout les deux d'un linceul de glace. Rien qu'un instant, figé, un éclair de lucidité ou alors une vapeur d'alcool et d'ivresse incertaine lui murmura : ''Qui est-elle ? Allons! ne me fais pas rire. Tu la connais. Depuis toujours. Dans tes r... '' Et la suite n’eut même pas le temps de se former alors qu'un choc brutal vint déloger l'instant de sa niche spacieuse.

Une brume rougeâtre se déversa dans son esprit alors que, la fulgurance de la douleur lui arracha un grognement de surprise et de peine. Confus il se retrouva repoussé avec hargne, complètement abasourdi lui qui n'avait jamais été haït par quiconque, lui qui n'avait jamais été la cible d'une telle passion virulente et destructrice. Elle voulait lui faire mal, elle voulait du sang, le sien, cela se lisait dans ses yeux d'un noir obscurci par sa rage. Complètement déstabilisé les propos incohérent de l'Ombre qui, pourtant, l'atteignaient plus que la douleur, plus que le coup bas meurtrissant son faciès.

L'esprit confus par la situation et par le voile de douleur qui recouvrait le tout d'un brouillard opaque, le jeune homme se mit en garde instinctivement alors qu'une cascade déferlante de question inutile se déversait sur sa langue sans passer ses lèvres fermées.
''Qui ? Pourquoi ? Qui es tu ? Moran ?Tu connais mon père ? Qui es tu, toi qui me semble si étrangement lointaine. ? Évincée, tout comme je l'étais probablement il y a plus de dix ans ? Pourquoi me haïs-tu autant ? '' Toutes ces questions il aurait voulu les lui hurler, lui crier dessus comme jamais encore il n'avait voulu élever le ton, pour trouver ces réponses que réclamait son âme, son sang qui battait à ses tempes avec fureur. Mais il était trop perplexe, trop surpris par cette rage mutuelle, trop saoul lui aussi peut être pour agir comme à son habitude.

Je vais te rappeler qui je suis, grand frère ! 

« Oui, rappelle moi ... toi que je n'ai jamais vu de ma vie … toi si familière » murmura-t-il entre ses dents serré, suffisamment fort pour traverser l'air qui se faisait d'une froideur mortelle entre eux. La réponse ne se fit pas tarder sous la forme d'un poing dirigée avec une fureur aveugle qui vint lui percuter l’arcade sourcilière. Le jeune homme n'était pas du genre à frapper les femmes. Il avait une sainte horreur de ceux qui frappaient sans raison la gente féminine, cela avait faillit lui faire sortir son épée pour expliquer son point de vue à un rustre qui malmenait les femmes, une fois ou deux, lui qui n'était pourtant pas porté sur la violence.

Mais c'était la deuxième fois qu'elle le frappait, avec l'intention de lui faire mal, sans provocation, comme si le jeune soldat était l'unique responsable de tous ses malheurs, l'unique destinataire de toute cette haine accumulée. Du sang avait giclé la deuxième fois, répandu sous cette lune blafarde, malade. L'odeur métallique du liquide rouge se mêlait délicatement avec la puanteur de la ruelle et de l'alcool. D'un geste distrait, comme si une étrange séparation entre son corps et son esprit prenait place il essuya le sang qui menaçait de s’écouler dans son œil, contempla le liquide rouge, sanguin, comme s'il ne s'attendait pas à voir cela. Alors d'un geste brusque et inattendu il envoya valser sa besace dans l'estomac de la brune. Sous l'impact le sac dégueula son contenu un peu partout : un paquet bien ficelé en forme de livre, un mouchoir en dentelle trop féminin pour appartenir au jeune homme, tout un tas de lettre et de vélins qui s'éparpillent en un nuage épistolaire. Et bien sur, l'objet de cette nuit, objet fatidique, blason perdu, déchiré, déchiqueté qui s'envola tel un oiseau de proie pour retomber un peu plus loin.

Profitant de l'impact, le jeune homme tenta de lui prendre fermement les poignets, et essaya de les lui tordre violemment derrière elle, pour la maîtriser. Il ne voulait lui faire mal, mais il était bien forcé, la maîtriser avait au moins l'avantage d'épargner plus de sang versé. Il ne l'a haïssait pas, il ne la connaissait pas mais pourtant …


« Je ne suis pas Moran. Réveille toi ! » Dit-il alors que le sang s’écoulait de plus en plus de sa blessure, parant son œil droit d'un voile rouge flou et distordu. « Qui est tu ? » répéta-t-il, à court de mot pour se faire comprendre, de paroles de raisons pour lui expliquer qu'il était aussi victime qu'elle ici, il ne savait même pas s'il pouvait l'atteindre encore.
Umbra
Finalement, ce fut une sacoche pleine propulsée dans ses côtes qui fit vaciller l’Ombre. A vrai dire, il n’en fallait pas plus pour la déséquilibrer. Entre sa patte folle qui lui faisait défaut et l’alcool, Dieu seul sait comment Umbra tenait encore debout à cette heure-ci. Les effets se déversèrent à terre sans que le regard trouble n’accroche l’un d’entre eux. Qu’il pleuve des cordes ou des vélins, la Noiraude s’en ficha éperdument à cet instant. Son seul objectif était là, face à elle. Par deux fois, elle avait réussi à l’atteindre, la troisième fois, elle ne le louperait pas non plus. Un sourire carnassier déforma sa bouche quand elle remarqua l’arcade s’ouvrir derrière son poing. Elle y était presque…

Mais voilà que l’ainé riposta en tentant de lui couper le souffle. Alors qu’il essayait de la maitriser sans la blesser, Ombeline s’échappa in extremis de son emprise. Le brun fut surpris de ne voir qu’un gantelet de cuir siégé à la place d’une senestre absente. Sans pitié, la Bâtarde profita de ce court instant d’inattention pour lui glisser entre les mains. Encore à sa portée, la Manchote lança un violent coup de botte dans l’articulation de la jambe droite de son frère pour le faire fléchir. Malheureusement, le choc se percuta sur l’Ombre qui perdit l’équilibre. Umbra s’écroula au milieu de parchemins éparpillés, légèrement sonnée. La chute ne fut pas douloureuse, juste perturbante pour la carcasse enivrée. La Noiraude resta un moment au sol, hagarde. C’est alors qu’elle prit conscience des propos proférés quelques minutes auparavant.


« Je ne suis pas Moran. Réveille toi ! » « Qui est tu ? »

Qui…Qui suis-je ?

Ombeline s’exprimait alors avec bien moins d’assurance. La tête lui tournait dangereusement, de sorte que tout l’environnement et même les pavés sous elle semblaient chavirer. Ses iris balayaient les dalles couvertes d’objets insolites sans s’attarder dessus. Tout à coup, la Bâtarde ne sentit plus le danger, elle oublia quelques minutes sa folie destructrice, se perdant dans une contemplation que seul une personne aussi avinée qu’elle pourrait entreprendre. Maladroitement, la Manchote se releva et chancela sur quelques pas avant de se remettre complètement d’aplomb. Sous sa semelle, une énième babiole dont elle s’empara cette fois-ci.

Ne prêtant toujours pas attention à l’ensanglanté dans son dos, l’Ombre défroissa, de sa dextre valide, le tissu prisonnier de ses doigts tachés de sang. Soutenant une partie de la broderie par son moignon, elle força sur sa vision pour décrypter la couture. Entre l’obscurité ambiante et le mauvais état, il était réellement difficile de retrouver l’illustration originelle et pourtant…

Ces teintes de vert et de bleu délavés, ce "L" perdu entre les mailles du tissu usé par le temps. Tout cela ne pouvait être que les lambeaux d’une seule chose, un vestige maudit, un blason interdit.


LISREUX !

Les phalanges se crispèrent à nouveau pour étrangler la broderie usagée avant qu’Umbra ne se retourne vers le familier. Ces traits bien que couvert de sang à cet instant étaient plus reconnaissables et beaucoup plus appréciables colorés de carmin selon la Noiraude. La soudaine lucidité qui éclaira son esprit était plus terrifiante que son mauvais alcool. Elle renvoyait une haine incommensurable, une fureur sans limite. Sans même le connaitre, elle le haïssait déjà. Sans même le juger, elle le condamnait déjà.

Si tu n’es pas Moran, comment se fait-il que tu lui ressembles tant ? Dis-moi !

La voix tremblait de colère. L’intonation demeurait fébrile car difficile à contrôler. Si Ombeline ne se gérait pas sur l’instant, elle s’égosillerait à hurler les pires insanités que le Monde puisse supporter d’entendre mais elle perdure calme, la tempête… Elle grondait en sourdine derrière ce regard de charbon éteint, derrière ce filet de voix sifflante. La Bâtarde ne souhaitait pas entendre de réponses, elle posait les questions pour retarder ses éclats. Elle laissait le temps aux nuages d’assombrir son esprit avant de tout dévaster.

Les bottes claquaient sèchement sur les pavés, la Manchote claudiquait d’un pas certain vers son ennemi. Blason broyé dans le poing qu’elle tend avec une violence proche d’un coup comme elle a envoyé quelques minutes plus tôt.


Que fais-tu en possession de ce maudit blason si tu n’es pas un Lisreux ?! Parle !

L’ordre fut rugi et certainement que les voisins du quartier l’entendirent aussi. L’Ombre se chargea de haine et de mépris, de toute la souffrance et la peine enduré par ce simple nom. Elle gonfla son cœur et bloqua ses larmes. Umbra devra exploser pour ne pas imploser.
_________________
Leorique
Une infirme ? Il était en train d'utiliser toute sa force pour maîtriser une jeune femme, et une infirme qui plus est. A cette seule réalisation une vague de honte et de surprise traversa brièvement son esprit pourtant voilé par la fureur de la rixe. C'était cependant assez pour lui faire relâcher sa prise, un très bref instant, sur le poignet mutilé qu'il tenait si fermement alors. La brune en profita pour se soustraire à son joug et d'une ruade vicieuse lui frappa le genoux. la jambe droite du jeune soldat s’affaissa sous le coup et il laissa s'échapper un cri de douleur étouffé d'entre ses dents serrés. Chutant aux milieu de ses affaires éparpillées en une étoile désordonnée, seule témoin de la lutte fraternelle dans cette ruelle sombre et sordide Étourdi un instant par la douleur, il essuya de sa manche le sang qui coulait, machinalement, alors que ses yeux émeraude se parent de reflets métalliques glacés en observant la brune avachi non loin de lui.

Le sang obscurcissait tout, épaississait tout, comme si une sorte de mélasse emplissait sa vue alors qu'il s'agissait bien de sa force vitale qui s’échappait petit à petit. Léorique avait participé à une ou deux rixe et il n'avait pas été avare de ses poings en plein milieu de l'action, mais cette situation n'avait rien à voir, l'ombre désirait vraiment lui faire mal, vraiment le blesser pour se venger de ce qu'il ne lui avait jamais fait. Alors que lui avait envie de fuir, de la réveiller de cette rage insensée, de lui faire sortir des explication quoi qu'il en coûte, pourquoi, juste pourquoi était-elle aussi familière, pourquoi son sang bouillait-il à cette seule échauffourée lui qui était d'habitude si calme, si réfléchit. Il n'avait jamais été aussi mortellement sérieux ni aussi confus, tous ses sens étaient en train de hurler en même temps… toute une nouvelle palette d’émotion et de sentiments qui ne s’éveillaient que très rarement en lui était en train de se déchaîner.

S'appuyant sur un mur, il se releva tant bien que mal tandis qu'il ignorait les cris d’agonie que son genoux lui faisait parvenir. Il fixa le dos de la brune, l'observa un long moment alors qu'elle semblait avoir cette soif de sang, qu'elle redevint comme lui en fin de compte, perdue au milieu de ses affaires, de sa correspondance. Sa fureur et ses sens du jeune soldat se calmèrent et il l'admira dans sa transe alcoolisée, elle semblait bien plus accessible, bien plus fragile malgré les coups et les blessures qu'ils avaient échangé. Mais soudain elle ramassa le blason, son blason, celui que l'ombre sembla reconnaître avec une telle horreur familière, avec un tel dégoût familier qu'il pouvait presque le palper. Son attache à un passé révolu et tel un éclair fulgurant Leorique fut traversé par une révélation si puissante, si lourde qu'il manqua de trébucher et de retomber à même le sol.
Elle était ce qu'il cherchait malgré lui, elle était son Lien. Le Lien vers ce passé tellement obscur et lointain qu'il avait perdu tout espoir d'en trouver une explication. Elle était la. Devant lui. Elle savait …

Lisreux.

Tel était le mot clef, le mot qui le reliait à tout, peut être le mot qui lui permettrait d'avancer à nouveau. Ce mot était chargé d'une telle peine, d'une telle haine qu'il ne se demanda pas brièvement s'il n'avait pas ouvert la boite de pandore avec cette clef en L. Il tressauta en se détachant du mur, et se campa sur ses pieds malgré la douleur lancinante. La fureur, la haine à son égard qui couvait dans la voix de la brune ne pouvait plus être calmée et sans savoir pourquoi le jeune homme en ressenti une brève mais intense tristesse. Mais le temps n'était pas à ces émotions car elle revenait à la charge, chancelante, titubante mais volontaire. Le combat semblait inévitable, et pourtant au fond de lui il espérait pouvoir la raisonner encore. Il tenta une dernière fois la diplomatie, en secouant la tête en signe d’incompréhension profonde, il voulait lui faire comprendre qu'il n'avait pas non plus les réponse à ces questions qui semblait brûler leurs deux âmes d'un même brasier.

« J'aimerais comprendre autant que toi, j'aimerais savoir, te répondre … Ne pouvons nous pas chercher, ensemble ? » au travers du sang, il essaya de l'amadouer de toutes ses forces, d'un ton clair et apaisant, doux. Pourtant les paroles ne semblèrent pas la toucher, elle n'écoutait pas, elle n'entendait plus. Peut être ne l'avait-elle jamais entendue, perdue trop loin, trop longtemps dans son délire de vengeance, perdue dans cette illusion cruelle que faisait naître ses traits aquilins semblables à ceux de son grand-frère. Elle allait le frapper à nouveau, et il ne se laisserait pas faire cette fois ci, la fureur reprendrait et il se ferraient mal, l'un l'autre. Il ne désirait aucunement cela, la pensée le rendait nauséeux ; elle lui était précieuse, maintenant qu'il la savait son Lien.

Aussi il se jeta de toute ses forces sur elle alors qu'elle lui hurlait l’étendue de sa haine, de sa douleur, de ses blessures profondes. La question «tu n’es pas un Lisreux ? » se réverbéra en un écho puissant sur les murs étroits de la ruelle pour résonner à leurs oreilles encore un long moment après qu'il eu plaqué la brune contre un mur. Il avait fait cela d'un mouvement naturel, fluide, résolu de faire cesser le combat, l'affrontement. Il l'avait cogné sans ménagement contre le mur le plus proche, en plaçant une main derrière le crane de l'ombre pour amortir le choc puissant. Leorique, sans savoir trop pourquoi encore, sans trop réfléchir à tout cela, dans le feu de l'action même il répugnait vraiment à lui faire du mal et était prêt a endolorir sa main pour qu'elle ne se fracasse pas le crane contre le mur. Ne prêtant pas attention à la douleur qui explosa de sa main, la retenant pour qu'elle ne tombe pas par terre, assommée, il l’enlaça de son bras valide, presque à la manière d'un amant.


« Écoute moi … je ne veux pas te faire de mal. Qui tu es ? je suis pas Moran. mais je lui ressemble apparemment. Comme je te ressemble aussi … comme toi, je cherche les mêmes réponse, j'ai le même vide en moi … »
Umbra
« J'aimerais comprendre autant que toi, j'aimerais savoir, te répondre … Ne pouvons nous pas chercher, ensemble ? »

Il pouvait toujours causer le brun de sa voix douce et apaisante, l’Ombre était hermétique à toute discussion. Elle était loin, déjà loin dans sa perdition et ce soir encore, elle repousserait les limites de sa damnation. « Mais n'aies crainte, je prendrais soin de t'éliminer en premier... ». La promesse faite à l’Ainé resurgit des limbes de son esprit. Elle ne faillerait pas, cette nuit, elle le tuerait. Puis demain, ce serait au tour du père et ainsi de suite... La Lignée des Lisreux prendra fin en même temps qu’elle. Umbra l’a juré.

Son poing et sa démarche ne tremblaient plus. Sa destinée débutait là, dans l’obscurité d’une ruelle commune, à l’abri des regards, sous l’emprise de ses démons nocturnes. Le pas accélérait, le ton haussait, tout était maintenant clair dans son esprit et plus rien ne l’arrêterait.


Que fais-tu en possession de ce maudit blason si tu n’es pas un Lisreux ?! Parle !

Parle…parleparle


L’écho de la voix retentit encore, prisonnier des pans de pierres délabrés. La Noiraude n’avait pas vu l’homme charger sur elle, trop aveuglée par son délire. Un bruit mat se choqua contre un mur et ce fut la carcasse abimée d’Ombeline qui percuta la palissade froide. L’impact fut soudain et violent mais calculé. La Bâtarde manqua une respiration, oppressée dans le mouvement. Sa carrure claqua sèchement le roc tandis que l’unique main libéra le blason étouffé. C’était elle qui suffoquait à cet instant. Le tissu s’écrasa au sol en silence tandis que lèvres entrouvertes et regard écarquillé, la Manchote tentait de reprendre ses esprits. Ses yeux brillants d’ivresse et de larmes fixaient le vide et ses jambes défaillaient sous son poids plume. Le craquement des phalanges derrière son crâne résonnait encore dans sa tête. Il l’avait épargné. Lui-même avait encaissé la violence de son propre coup mais pourquoi ?

Poupée sonnée dans les bras de son frère, l’Ombre écouta enfin ses propos. Elle était certaine maintenant, ce ne pouvait être Moran. Ce dernier l’aurait éliminé de sang-froid et peut-être se serait-il délecté de son trépas comme il jubilait de ses maux. Cet inconnu qui la retint dans sa chute avait beau lui ressembler physiquement, il était totalement différent.


« Écoute moi … je ne veux pas te faire de mal. Qui tu es ? je suis pas Moran. mais je lui ressemble apparemment. Comme je te ressemble aussi … comme toi, je cherche les mêmes réponse, j'ai le même vide en moi … »

Ce vide ? Comment pouvait-il le partager ? Cet abandon qui avait mené Umbra à la destruction des autres, de soi. Ne pouvant les aimer, elle les a haït. Les siens. Cet homme mentait, il ne pouvait pas comprendre. Personne ne comprenait ! Et pourtant, il disait vrai… Sans geste brusque, la Noiraude se détacha lentement de celui qui la protégeait autant qui la détruisait.

De ses iris de jais, elle jaugea ce brun qu’elle avait pris tantôt pour son Ainé. Véritablement, il lui ressemblait… Cette carrure, ses cheveux, des traits si similaires à ceux de Moran. Trop familier et pourtant, le regard émeraude ensanglanté n’avait rien de singulier pour elle. Tout doucement, Ombeline se reprit. Se redressant de sa petite taille, elle détailla longuement cet inconnu. Sa froideur glaça son faciès amer et le charbon de ses yeux s’éteignit pour de bon. D’un vague coup de pied, la Bâtarde désigna les couleurs lisréennes à terre et d’un filet de voix rauque, imperturbable, elle questionna :


D’où vient ce blason si tu n’es pas un Lisreux ?

Intérieurement, la Manchote se demandait pourquoi elle persista à l’interroger alors qu’il ne fallait pas être plus perspicace que ça pour comprendre la vérité. L’Ombre toisa l’homme et avant qu’il ne puisse répondre, surenchérit, intransigeante :

Comment te nommes-tu ?

Son regard s’était alors figé sur ce visage si semblable et différent à la fois. Plus elle le dévisageait, plus la vérité qu’elle ne souhaitait admettre s’imposait implacablement. Umbra écoutait son cœur battre dans ses tempes comme si ce dernier essaya de l’assourdir. Ses oreilles bourdonnaient pour lui voiler cette ultime révélation. A force de déception, la Noiraude s’était tant habituée à se mentir que même son corps maintenant vivait de cette incessante mascarade.

Quand admettras-tu que tu n’es pas seule, Ombeline ?
_________________
Leorique
L'adrénaline dû à la charge retomba brusquement alors qu'il contemplait cette ombre, son Lien, sonnée, étourdie, presque abandonnée dans son bras. Souffrance, larmes, même de douleurs, c'était probablement un des points faible du jeune homme, quand bien même elle voulait lui faire mal, quand même elle aurait voulu le tuer, il lui pardonnait tout à cet instant. Enfin, il l'aurait fait si une douleur intense et insoutenable ne fusait de sa main droite pour exploser dans son esprit en une myriade de couleurs agressives, et de plus en plus il réalisait que sa vision lui faisait défaut. Entre lui et Ombeline dansait un voile rouge mouvant, passif, alors que des points noirs papillonnaient devant ses yeux, points noirs qui semblaient, sans crier gare, pouvoir se transformer en trous noirs dévorant la lumière déjà presque inexistante dans cette ruelle obscure. Tout cela l’appelait à sombrer doucement, à laisser tout tomber pour se coucher, et faire le mort.

Mais il ne pouvait pas faire cela, et dans un sursaut le jeune soldat pris conscience qu'elle le considérait longuement, après s'être ecartée de lui, avec des yeux dont la lueur était bien incomparable à la pure haine qu'ils exprimaient plus tôt dans la fureur de l'action. Non, le visage de la brune était méfiant certes, mais la rage s'estompait et laissait les lignes de son visage reprendre une harmonie froide mais bien plus rassurante pour le jeune homme. Aussi un sourire faible et timide vint étirer les traits aquilins du jeune homme, alors qu'il estimait que le pire était désormais passé. Car il avait maintenant une chance, une chance de lui parler, d'échanger, de lui faire comprendre qu'il ne voulait pas la blesser, qu'il n'était pas ce qu'elle haïssait de toute son âme, de tout son être.

D'une voix rauque, un peu cassée après son hurlement, une série de question claqua dans l'air froid alors que le jeune homme se détendait, se relâchait petit à petit. Elle posait des questions, des questions véritables, celle dont attendait une réponse, pas celle qu'elle lui hurlait dessus sans chercher à écouter ensuite, et l'espace d'un instant il jura qu'elle n'était pas dupe elle non plus sur ce qu'ils étaient l'un pour l'autre. Il se passa une manche sur l'arcade en grimaçant pour essuyer le reliquat du sang, se demandant distraitement combien de temps s'était il passé depuis le début du ''combat'', probablement à peine quelques minutes, mais cela lui avait paru une longue et tumultueuse éternité, et bien malgré lui le contrecoup de toute cette action, toutes ces émotions commençait à lui retomber sur les épaules tandis que son bras droit restait inerte à son coté. Ce n'était pas qu'il ne pouvait pas le bouger,il ne voulait pas le bouger, alors qu'il subissait déjà l'enfer, pourtant il était presque fier d'avoir eu ce geste d’abnégation envers celle qui était son Lien.

Il la contemplait de sa vision floue, de sa vision distordue par le sang et la douleur, et il la trouva belle. Non pas attirante, ni quoi ce soit d'autre, juste belle sur le moment, artistiquement alors que l'âme cachée de poète du jeune prenait un instant le dessus pour admirer le tableau devant lui, qui de ses couleurs rouges, noires, blanches, blafardes, virevoltantes, exprimait la netteté exagérée des traits d'Ombeline, traits abîmés qui faisait ressortir le feu intérieur dans ses yeux noirs tandis qu'elle ne le quittait pas des yeux. Il ne savait si ses yeux, à l'instant exprimait tout ce qui lui passait dans la tête, mais il était bien heureux que malgré la pénombre, la lune leur permette tout de même de se dévisager entièrement. Malgré tout cela, il s'efforça de garder une voix égale, de son timbre toujours un peu clair et doux pour lui répondre.


« Je suis Léorique. Enfin …Mon vrai prénom commence par Léo, le reste je ne sais pas. Tu as d'ailleurs peut être plus de chance de le savoir que moi. » Déclara-t-il au bout d'un long moment de réflexion. « Car la seule explication logique de ce que tu m'as dit est que … Je suis moi aussi un Lisreux. Attend ! » Il leva la main gauche d'un geste apaisant, alors que ses jambes flageolaient, il ne voulait pas que cela recommence, il savait que les prochains mots étaient cruciaux, qu'ils allaient décider si elle continuait sa furie destructive ou si elle se laissait amadouer. « C'est toi qui vient de me l'apprendre, ce soir. Comprend-tu ? Je n'avais jamais entendu ce nom avant ce soir … malgré mes recherches désespérés, malgré ce vide inconnu en moi, bien malgré moi alors qu'on à essayé de me tuer en m'abandonnant avec ce blason, jeune, pour cacher le secret que je suis, probablement » Il s'adossa au mur, pris d'un instant de faiblesse.

« Aussi je le ressens, comme toi … ce sang maudit que je ne connais pourtant pas et qui coule dans mes veines … » Il ajouta au bout d'un long moment d'hésitation. « grande sœur … ? ». Ses jambes se dérobèrent sous lui, et il se retrouva sur le séant, un peu hébété , c'était trop pour lui. Bien trop, trop d’émotions violentes, extrêmes, il pensa furtivement que c'était ainsi que l'on se sentait après une vrai bataille, misérable, il avait envie de vomir, il ne se sentait pas bien, et surtout, il n'avait plus envie de lutter contre elle, il n'avait plus envie de lui faire du mal, aussi se laissa-t-il tomber, aussi décida-t-il dans un élan de folie de faire confiance, même rien qu'un bref instant, à celle qu'il avait en face.

Je suis à ta merci, ma sœur.
Umbra
Boum…Boum…Boum…

Les battements de cœur se muaient insidieusement en un décompte lancinant. Les oreilles bourdonnaient toujours et les iris tremblaient légèrement. La vision se floutait petit à petit car inconsciemment, elle le souhaitait. Toujours vouloir se voiler la face, bien que la réalité était nette dans son esprit.

Click…Click…Click…

Les phalanges se replièrent une à une sans volonté et le poing se réarma, prêt à accueillir l’inévitable sort de sa destinée. Le brun aussi la dévisageait, peut-être remarquait-il les coïncidences ? En silence, l’Ombre se laissa détailler. Il ne trouverait rien en fouillant ses traits. Elle était impassible, un masque sans visage à dévoiler. Elle était froide, une vie sans histoire à raconter.


Cherche dans les sillons de mes années perdues…Trouve une raison à mon existence.

« […]Je suis moi aussi un Lisreux. Attend ! »

Le bras se souleva instinctivement à ses propos. Comme un pantin automatisé, la mécanique s’enclencha lorsque la clé fut entrée. Lisreux…La clef de tous ses maux. Le casse-noisette connait la danse depuis le temps. Le mot magique est prononcé et la marionnette prend vie, pleine de rage, pleine de douleur. Elle part en guerre, petit soldat de bois. Creuse à l’intérieure, elle n’écoute pas son cœur, elle n’en possède pas. Elle a été fabriquée puis abandonnée comme une vulgaire poupée de chiffon dans un coffre à jouet. Elle reste à l’ombre parmi les autres oubliés. Quand un inconscient ouvre la malle avec sa clé, Pantine s’anime de haine et détruit tout sans rien ressentir.

Fallait pas créer un rejeton…

Etrangement, cette nuit là, le poing resta en suspension comme si un fil le retenait. Marionnette n’avait peut-être pas coupé tous les cordons ? Lentement, le bras s’abaissa de nouveau et la friture dans sa tête s’estompa. Les paroles de Léorique purent enfin être entendues. Les mots prononcés poncèrent l’amertume du facies de la Noiraude et lentement les copeaux de colère qui meurtrissait son âme à cet instant s’envolèrent, soufflés par le flot. Ombeline fixait intensément l’homme face à elle. Il semblait faible, si fragile. Si elle n’était faite que bois, lui devait être conçu de brindilles. La Bâtarde l’observait trembler comme une feuille morte. Etait-ce elle qui le mettait dans cet état ?

« grande sœur … ? »

Les dires percèrent l’écorce qui cloisonnait son cœur et voilà qu’elle aussi vacilla sur place. La Manchote tituba en silence. Quelques pas vers le mur puis elle se retrouva à terre, près de son frère. Ils sont beaux les boiteux Lisreux, tapis dans l’ombre, achevés. Le mur était froid, le sol glacé et elle, de marbre. Son regard fixa le vague tandis que les paroles dévastaient son âme.

T’as pas le droit de tout saccager comme ça… ça prend du temps d’ignorer ses sentiments. Tu peux pas arriver comme ça et me les renvoyer.

L’Ombre ramena sa jambe saine contre son poitrail et posa sa tête sur son genou. Poupée de chiffon reprend vie pourvu qu’elle ne finisse pas en torchon cette fois-ci. De longues minutes s’écoulèrent sans qu’un mot ne franchisse les lippes scellées. Umbra partit dans ses songes ou plutôt dans ses tourments. Elle ramassa les miettes de son palpitant que les propos grignotaient puis recolla les morceaux de sa raison, ceux qui volaient alors en éclats.

Si tu veux survivre, Léo… Renie ce sang. Ne t’accroche pas à l’espoir que revoir les tiens soit l’antidote de ce poison qui te ronge. Ils ne veulent pas de nous et ils ne nous désireront jamais autrement que mort. Comprends-le maintenant, Léo. Avant qu’il ne soit trop tard…Ne m’appelles jamais sœur.

Le débit fut limpide et posé. Peut-être le message aurait-il plus d’impact qu’un poing entre les deux yeux. La Noiraude n’est pas violente de nature mais elle n’est pas bavarde non plus. Fallait-il fuir maintenant et l’abandonner avec ses réponses ? Rien qu’à cette pensée, les forces de ses jambes la quittèrent. Il était dans le même cas qu’elle alors pourquoi le craindre. Ombeline jeta une œillade au brun à ses côtés puis réfléchit.

Tu connais la détresse d’un enfant abandonné mais connais-tu la rage d’un adulte rejeté ?

T’as envie de vivre, Léo ?
_________________
Leorique
La confiance est une chose fragile, pourtant une relative sensation apaisante semblait s'instaurer entre les deux bâtards, comme si le sang appelait le sang, malgré les dénis catégorique de l'ombre. La conclusion qu'ils avaient atteint tout les deux, presque ensemble, sur l'origine du blason et de ce sang qui battait dans les veines du jeune homme semblait avoir choqué Umbra au point de la rendre aphone, incapable d'agir. Elle s’écroula à ses cotés après avoir caressée l'idée de frapper à nouveau le jeune homme. Sans doute n'était-ce pas même pas une idée, rien qu'un instinct, un reste de la haine qui bouillait furieusement en elle quelques instant plutôt. Pourtant Leorique n'eut aucun geste pour se protéger, il se contenta de lui sourire tristement, faiblement, au travers du sang, au travers de la souffrance qu'il ressentait. Peut être était-ce cela aussi qui acheva de convaincre la jeune femme de ne pas laisser parler sa haine plus longtemps, qu'il n'était pas la cible de cette rancune si profonde, si douloureuse.

Ils étaient désormais, assis, affalé l'un proche de l'autre, tels deux marionnettes dont le destin avait décidé d’entremêler les fils. Et si l'ombre n'avait plus tout à fait le contrôle de ses liens, le jeune homme lui aurait bien volontiers donné une partie des siens en échange de réponse et aussi pour que sa sœur retrouve un peu de sa liberté, de son libre arbitre. Le jeune homme la contemplait intensément, lui qui s'était offert à sa merci il ne le regrettait certainement pas, elle avait pris son offre et semblait s'être mise à son niveau, sur le sol glacial et humide alors que leurs os et leurs êtres devenait transi par le froid régnant dans la ruelle, pour qu'ils traitent d’égal à égal, de frère à sœur, peut être.

Un sentiment étrange le traversa alors qu'elle prit une position songeuse, rêveuse, la jambe pliée contre elle, la tête posée sur celle-ci, comme une jeune femme perdue dans ses pensées, comme si elle avait besoin de songer intensément, furieusement. C'était aussi une position que l'on ne prenait qu'en face de quelqu'un en qui l'on avait confiance, en face de qui l'on avait pas peur. Quel contraste saisissant s'exprimait alors entre cette jeune femme ci triste, belle, perdue presque, prise dans des tourments plus grand qu'elle, et celle qui, plus tôt, l'avait assailli remplie d'amertume, défigurée par la haine. Leorique avait envie de la prendre dans ses bras, nouer un contact avec cette sœur qui n'avait jamais existé dans son esprit et qui maintenant semblait indispensable désormais. Alors que le silence s'installait entre eux, lugubre dans cette ruelle sordide pourtant c'était presque comme si une chape de complicité naissait entre eux, comme une compréhension qui se faisait à jour petit à petit, difficilement avec des débuts qui furent plus qu'éprouvant. Pourtant le jeune homme ressentait bien un attachement balbutiant pour cette sœur inconnue qu'il venait de retrouver, elle n'avait pas nié d'être de son sang, au contraire elle semblait aussi déboussolée que lui.

Enfin, la voix rauque et abîmée de la jeune femme s’éleva, déchirant le silence qui les avait recouvert d'un linceul glacé mais rêveur. Voix de raison, lucide, tranchante, pourtant au travers de l'acier froid de ses mots, le jeune soldat devinait la fragilité derrière, les impacts qui avaient érodé la grille de sa raison, de ses protections contre la souffrance. Le jeune homme esquissa un léger sourire en l’écoutant, ses yeux d'une couleur vert sombre, vinrent admirer à nouveau le visage de sa sœur doucement éclairé par l'astre lunaire, comme si la lune profitait de cet instant pour les bercer tout les deux de sa lumière pour contrer les ombres de cette nuit. La réponse à cette question était évidente et il n'y accorda pas plus de réflexion. Il avait déjà cherché cette réponse, longuement, lors de nombreuse nuits comme celle-ci, glacée, solitaire, douloureuse mais sa volonté de vivre, de survire était plus forte que tout semblait-il. Car au fond ce sang maudit qui courait dans ses veines avait ancré cela en lui, l'égoïsme, la rage de vivre.

«Je veux vivre. » lui répondit-il alors que ses yeux vert se firent d'acier un instant alors qu'il pensait aux souffrances déjà vécues, à celle que sa sœur avait du subir, mais la souffrance n'était-elle pas preuve qu'on vivait ? Qu'on avait envie de vivre, qu'il fallait se battre pour la faire partir, la combattre. Son regard se radoucit instantanément alors qu'il contemplait son Lien. Il rassembla la force pour lui sourire d'un air doux, rassurant, malgré la douleur et le sang qui s’acharnaient à lui faire tourner la tête. Sa voix claire refit à nouveau une tentative pour expliquer ses pensées alors qu'un fin sourire se fit tendre, elle l'avait appelé par son prénom, et cela faisait résonner quelque chose en lui

« Mais je n'ai pas besoin de te renier. Tu n'es pas comme eux, n'est ce pas. » Ce n'était pas une question, car il savait la réponse, vu sa haine, vu son amertume, sa rage. « Le mot famille n'a jamais eu aucune signification pour moi, c'est pour cela, que je le comprend parfaitement ce que tu veux dire. Ils ne sont pas les ''miens'', et cela je le déciderais moi même. Ils sont juste des personnes avec qui je partage ce sang, et j'ai besoin de savoir ce qu'ils sont, la façon dont ils me considèrent n'a pas d'importance en tout cas pour l'instant. Je sais que je suis indésirable, mais j'ai besoin de savoir, pourquoi ce sang me rend-t-il si différent des autres, pourquoi sommes nous maudit ?  »

« Mais toi, je t'appellerais comme je le désire, ce n'est pas toi qui me tuera. Non ? » il l'admira à nouveau un instant alors que sa main valide s'avança timidement pour venir effleurer la naissance du poignet du bras sain de l'ombre, comme un signe fragile de compréhension, il savait ce qu'elle voulait dire. Si toute les rencontres entre lui et sa famille étaient comme celle ci, il n'y survivrait pas, pourtant, il avait besoin de savoir, sa curiosité le tuerait un jour, il en était bien conscient et faisait tout pour l’éviter mais peut être était-ce simplement une autre facette de cette malédiction des Lisreux.

« Parle moi de toi, s'il te plaît. Ou si tu ne veux pas, au moins, qui es-tu ? Je n'ai jamais eu de sœur, je ne sais pas ce que c'est d'être un frère, mais instinctivement avec toi j'ai envie de te prendre dans mes bras, d'essayer de te protéger même si c'est bien naïf de ma part … et en plus tu frappe plus fort que moi » D'un naturel toujours trop franc, il savait bien que ces dernières remarques allaient probablement la brusquer, mais il n'avait pas pu retenir cet élan, il lâcha un petit rire mélodieux amusé, discret, se moquant de lui même, de sa naïveté.

Attendant qu'elle lui répondre, il se pencha vers les pavés de la ruelle entreprenant de ramasser ses affaires éparpillés un peu partout sur ce sol sombre et humide.
Umbra
L’Ombre aurait pu le tuer, peut-être même aurait-elle dû mais en réalité, elle resta assise près de lui. Les iris de jais ne quittèrent pas le visage familier baigné dans le clair de lune ambiant. Lui aussi était beau…Comme son ainé. Ses émeraudes limpides, son sourire naissant, cette empathie ou plutôt cet engouement, Umbra n’avait pas le cœur à les délaisser. Dans le fond, il n’était pas comme Moran qui lui, l’avait rejeté un an auparavant. Ce dernier ne s’était pas soucié de détruire une existence en une fraction de seconde alors que Léorique s’évertuait à la garder au près d’elle ou du moins, la Noiraude ressentit ces actes tel quel. Si à son tour, il avait levé la main sur elle, surement leurs destins auraient été différents, cependant il préféra plier genou et encaisser afin de ne pas briser ce lien.

« Mais je n'ai pas besoin de te renier. Tu n'es pas comme eux, n'est ce pas. […]»

Le jeune homme parlait mais elle s’entendait elle-même. Ombeline aurait pu clore les paupières sur ses paroles et s’écouter. Il racontait ce qu’elle voulait croire avec une telle aisance qu’elle ferma les yeux sur ces propos. Elle espérait secrètement qu’il le pense sincèrement tout en sachant qu’il ne pouvait faire autrement. S’il était bel et bien un bâtard Lisreux, son sort ne devait pas être si éloigné du sien.

« Mais toi, je t'appellerais comme je le désire, ce n'est pas toi qui me tuera. Non ? »

La Bâtarde resta coite même si, pour la première fois de sa vie, elle ne recula pas lorsqu’un inconnu tenta de l’approcher et pour cause, le brun n’était déjà plus un étranger dans son estime. La Manchote avait toujours exigé une totale emprise sur son identité. Elle avait décidé de ses antécédents en se baptisant orpheline et non, boiteuse maudite, elle commandait son présent de mercenaire sans aucun remord et poussant le vice jusqu’au bout, elle choisit elle-même son prénom. Qui mieux qu’elle dirigeait sa vie? Juge, bourreau et victime de son existence, telle était sa propre sentence, son ultime condamnation.

Pourtant, cette nuit-là, l’Ombre aurait voulu tendre ses poignets à ce frère afin qu’il lui ôte les chaines qui entravaient son essence. Sans pouvoir l’expliquer, elle sentit qu’il avait le pouvoir de briser sa subsistance et de lui insuffler une réelle destinée. Intérieurement, ce fut pour cela qu’elle ne répondit pas à sa dernière question. Léorique pouvait la nommer comme bon lui semblait, s’il pouvait lui créer le cadre qui allait avec, Umbra ne le chérirait que davantage.


« […] et en plus tu frappe plus fort que moi »

Il avait fini par user d’ironie et fuir le lien qu’il avait tantôt noué mais la Noiraude ne lui en tint pas rigueur. Dans cette situation elle aurait fait la même chose voir pire. Il fallait avouer qu’elle avait le don pour mettre mal à l’aise autrui de par son mutisme et son impassibilité. Seulement, ce soir-là, Ombeline s’était mise de côté, elle, ses principes, ses manières et son orgueil. Elle avait lâché prise afin de devenir une autre, celle qu’elle aurait du être, celle qu’elle aurait pu être, celle qu’elle voulait être. Au lieu de le suivre d’une œillade sombre et mélancolique, la Bâtarde se redressa à son tour et s’affaira à ramasser ses effets. Elle prenait dangereuse conscience que s’il partait à cet instant, c’était tout un avenir qui s’écroulait. S’il disparaissait à tout jamais ce soir-là, ce serait elle qui l’aurait chassé. En somme, elle n’aurait pas valu mieux que le reste de sa fratrie.

Alors que la Manchote réalisait les conséquences qu’elle encourrait, qu’elle pressentait le poids d’un énième abandon, elle ne put se résoudre à souffrir la boucle infinie qu’était sa vie. Claudiquant jusqu’au brun, elle lui tendit le paquet de vélins qu’elle venait de récupérer et profita de ce contact pour l’observer de nouveau. A ce moment précis, son regard charbonneux s’embrasa et son faciès blafard s’illumina en une expression saisissante.

Si dans les cieux assombris ne passa aucune étoile filante pour exaucer un souhait, un pâle rayon de lune suffit à ouvrir les yeux de l’Ombre. Face à face, ce n’était pas Moran, c’était elle. Les traits qu’elle avait reconnus et détestés n’étaient pas ceux de son ainé mais ceux qu’elle maudissait encore plus, les siens. Ces singularités qui lui rappelaient ce qu’elle était, qui lui recrachaient à la figure ce qu’elle ruminait inlassablement. Si Umbra l’avait attaqué en début de soirée, ce n’était pas en vain. L’alcool ayant tendance à faire ressortir sa vraie personnalité selon certains, à force de boire, elle vu trouble. Et qui voit trouble, voit souvent double…

Le déclic fut soudain et brutal, en cette brève œillade, tout eut un sens dans l’esprit de la Noiraude. Son existence prit un tournant si estomaquant qu’elle fut prise d’un vertige émotionnel. Son cœur au bord des lèvres, ses tripes se vrillèrent et sa vision redevint aussi floue qu’il y a quelques heures. Tous les symptômes de l’ivresse la prirent d’assaut jusqu’à en avoir la nausée mais cette fois-ci, la prune n’y était pour rien. L’alcool ne coulait plus dans ses veines, seules quelques larmes roulèrent sur ses joues.

Fébrilement, les lèvres s’entrouvrirent pour échapper l’ultime réponse à toutes les questions posées précédemment, à ce vide qui les rongeait, ces suppliques murmurées et ces ordres dénigrés :


Je suis ta sœur, Léo.

Sous le ciel d’encre de cette étrange nuit, le présent d’Ombeline se fractura pour accueillir une bride de son passé oublié, une évidence reniée. A toujours se mentir en se créant un monde qui n’était pas le sien, elle chassait les démons d’une autre mais quand le sien apparut réellement, la Bâtarde comprit qu’elle n’était pas seule dans cet enfer. C’est alors que la Bâtarde put se libérer du fardeau d’une inconnue et que ses tourments s’apaisèrent lentement.

Un sourire de soulagement étira sa bouche frémissante malgré les pleurs et pour la première fois de vie, la Manchote fut belle. Ses traits étaient sereins et son visage avait retrouvé un semblant de douce pureté. A mille lieues de la mercenaire implacable, l’Ombre se jeta dans les bras du brun et l’étreint douloureusement.


Mon Frère…
_________________
See the RP information
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)