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[RP fermé] Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu*

Axelle
*Jacques Folch-Ribas.


Plus les jours passaient, plus les pérégrinations de la Bestiole se perdaient loin dans les faubourgs parisiens.

Les premiers temps de son séjour, craintive, elle ne s’était guère hasardée dans les rues de la capitale puis, museau à l’affut, avait étendu son territoire exploratoire jusqu’au marchand de couleurs où elle avait passé des heures entières à palabrer passionnément avec le propriétaire laissant, désinvolte, le temps s’égrainer dans le choix religieux de la moindre couleur, de la moindre sanguine. Puis elle avait allongé son pas plus loin, encore plus loin, comprenant rapidement que sa petite gueule de gitane était son meilleur laissez-passer même dans les ruelles les plus sombres, même si malgré tout la lame de son couteau miroitait toujours fidèle à sa ceinture.

Fourmilière, Paris était bruyante, puante, sale, sombre, encombrée, dangereuse, impolie, infestée mais Axelle l’aimait, subjuguée par ce grouillement de vie qui la contaminait pour la laisser vibrante et pantoise.

Elle aimait ces échoppes improbables, cabinets de curiosité. Elle s’amusait des railleries tapageuses et éclatantes des catins arpentant les pavés. Elle souriait devant les mendiants qui le soir venu retrouvaient miraculeusement l’usage de leurs jambes ou de leurs yeux. Elle s’attendrissait devant ces nobles hautains se faire entourlouper par les minois de ces gamines des rues qui, tout comme elle l’avait fait, dansaient avant de tendre devant les chalands complaisants, une main maigrichonne et crasseuse. Paris vivait et Axelle s’en nourrissait. Mais ce qui la faisait vibrer par-dessus tout était ce pullulement de visages. Les visages, les trognes, les tronches, des frimousses. Depuis qu’âgée de neuf ans, du bout d’un index accablé, elle avait dessiné celui de son frère dans le sable des plages camarguaises, ils la fascinaient. Qu’importait qu’ils soient beaux ou laids, jeunes ou vieux, tant qu’ils lui racontaient une histoire. Et des histoires, dans les ruelles boueuses et tordues de Paris, elle en découvrait une à chaque coin de rue. Certaines étaient poignantes, d’autres cocasses ou encore violentes. Mais jamais semblables. Jamais banales quand de ses doigts tachés de fusain, elle les racontait à son tour sur le vélin.

En ce jour de début d’automne l’après midi tirait à sa fin. Elle aurait dû rentrer pour retrouver la sécurité de son auberge avant que la nuit ne tombe. Mais il faisait beau. Elle était bien, plongée dans la lumière orangée d’une vie qu’elle observait, inscrivant ses boucles brunes et sa robe rouge dans le paysage sans vraiment en faire partie, comme une intruse tolérée. Comme une petite araignée qui au fil de ses dessins tissait sa toile sans que personne ne s’en offusque. Des portes entrouvertes, les relents graisseux des repas du soir baignaient les ruelles de souvenirs de gamins. Là, adossée à un colombage, elle n’avait ni faim, ni soif, ni sommeil quand une petite vielle prenait la pose, le menton édenté pompeusement relevé se sachant croquée, mais jouant l’ignorante quand pourtant ses yeux pétillaient de fierté. Le fusain chuintait. Lorsque que le dessin serait achevé, la gitane se contenterait de le poser au rebord d’une fenêtre, certaine que la vieille s’empresserait de s’en emparer dès qu’elle aurait tourné les talons et le garderait précieusement au milieu de tous ses trésors de pacotille.

Cela suffisait à la faire sourire, la brune.

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Quentin_locke
S’enrichir est chose aisée surtout quand on n’hésite pas à jouer sur plusieurs fronts. Courtisan et combattant, Etienne cache ses exploits nocturnes aussi bien que son esprit machiavélique. La noblesse, l’éducation d’Aliénor, la droiture d’un côté et ses penchants pervers, ses pulsions combatives de l’autre. Néanmoins il est agréable pour ce dernier de pouvoir dépenser ces écus durement gagnés en vêtements, étoffes et autres présents qui subliment et flattent l’apparence.
A ce titre, Aliénor bien plus qu’une petite sœur est une femme et comme toutes les donzelles, il serait néfaste de la négliger. Les absences du noble commencent à peser dans l’esprit de la benjamine et c’est en guise de pardon, qu’il arpente les rues à la recherche de présents. Les heures passent donc au fur et à mesure que les seuils des échoppes sont franchis.

C’est d’ailleurs au cours de ses vadrouilles qu’il finit par croiser les courbes d’une artiste dont le rouge flatte dangereusement la peau et les courbes. Doucement, les pas se dirigent vers cette dernière jusqu’à ce que curieux il marque une pause. Il se tait, admirant simplement l’esquisse et le talent dont l’artiste fait preuve. Silencieux, le noble contemple aussi bien les coups de fusain que les doigts agiles et le minois de la belle. Une brune, à la chevelure sauvage mais fluide, aux courbes féminines et gourmandes, une bouche et des traits dessinés avec précision, pour sûr, cette donzelle à bien des talents.

- "Vos services peuvent-ils être loués ? Ma petite sœur serait ravie qu’une artiste avec autant de talent dessine son portrait."

Etienne esquisse un léger sourire avant s’adosser au mur de la bâtisse, lorgnant d’un regard amusé cette vieille qui justement pointe le bout de son nez.

- "A mon avis, vous avez su voir en elle, une beauté que ni moi, ni elle, soupçonnons."

L’art consiste après tout en l’adoption d’une vision du monde qui serait autre, indulgente, sombre ou bohème mais bien trop souvent réaliste. La beauté d’une âme est ainsi révélée, douceur, patience, compassion, tant de conduites qui flattent l’âme mais qu’en est-il des âmes sordides et puantes qui cachent tant bien que mal leurs imperfections ? Etienne le sait, le pinceau de l’artiste est tel un miroir qui reflète la réalité avec une vérité déconcertante. Peur de s’y soumettre lui aussi ? Surement. Ainsi, c’est en se sentant mis à nu et jauger par un regard clairvoyant qu’il s’adresse à la Bohème.

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Axelle
-"Vos services peuvent-ils être loués ? Ma petite sœur serait ravie qu’une artiste avec autant de talent dessine son portrait."

Même si elle avait sentit une présence diffuse attentive à ses doigts tachés de noir, elle n’y avait pris garde, trop concentrée à son esquisse qui s’ombrait sous ses traits vifs. La voix qui retentit l’enveloppa si soudainement qu’elle sursauta légèrement, relevant un rapide coup d’oeil vers l’homme, le jaugeant promptement, juste le temps de s’assurer qu’il ne représentait aucune menace avant de replonger ses mirettes sur le dessin à présent achevé.


‘Jour.


Sa voix rauque semblait lointaine, encore dans l’ailleurs de la vie de la vielle quand, doucement, la Bestiole reprenait le cours de la sienne, la replongeant dans un habituel dont elle s’amusait. Dès lors qu’elle posait un de ses pieds nus dans une taverne, les regards se faisaient suspicieux devant ses mots avalés, devant l’absence du moindre ruban dans ses boucles charbonneuses cavalant sur le tissu élimé de sa robe. Et aussi vite la sanction tombait, reléguée immanquablement à ce statut de mendiante qui semblait coller à sa peau brune comme la marque indélébile de son passé, juste car elle était gitane, juste car les fariboles féminines l’exaspéraient. Mais qu’elle tienne un fusain ou une sanguine entre ses doigts agiles et les regards changeaient, soudain respectueux d’une bestiole, comme si quand elle mettait à nu l’âme de ses modèles, elle offrait un peu de la sienne en échange.

- "A mon avis, vous avez su voir en elle, une beauté que ni moi, ni elle, soupçonnons."


D’un souffle elle chassa la poussière de fusain qui paressait sur la page. C’est l’histoire qu’elle m’raconte qu’est belle. Celle qu’est inscrite dans chacune d’ses rides, les voyez ? La gitane sourit doucement en regardant une dernière fois le croquis. Mais si elle n’avait pas remonté son menton ainsi, l’histoire aurait été banale, et c’tte femme juste une vieille peau d’plus. Le vélin comme convenu tacitement fut déposé sur le rebord de la fenêtre à proximité. Mais c’menton assume tout, la pauvreté, la vieillesse, la dureté d’sa vie et ça, c’est rare. Très rare.

Lentement, elle remonta le velours noir de ses prunelles sur l’inconnu, découvrant enfin son visage et resta interdite, sa bouche figée un instant dans une rondeur presque enfantine. Ce regard. Jamais Axelle n’en avait vu un pareil. Un œil contredisait ce que l’autre narrait. Un marron, un presque bleu. Et certainement le regard vairon put lire la surprise et la fascination intriguée. Une simple variation de teinte et c’était toute une dualité qui lui sautait à la gorge. Ce visage était-il un leurre, une duperie ne recélant qu’un vide fardée ou le duel animait-il jusqu’aux tréfonds l’âme de l’inconnu ? Curiosité piquée au vif, la Bestiole se laissa prendre à l’envie d’étudier l’énigme que le hasard avait déposée sur sa route. Et impudiquement, les lèvres à nouveau closes, elle détaillait l’homme accoudé à la bâtisse, la ligne de ses sourcils, la courbe de sa bouche ourlée, le fil aiguisé de sa mâchoire, quand sur un vélin vierge, sa main s’agitait à nouveau, commençant à tracer l’ovale du visage. Taiseuse, ses yeux louvoyaient du visage à la feuille, sans chercher à savoir si cette intrusion pouvait mettre l’homme mal à l’aise. Dans son dos, l’ombre de la vieille se faufila fugitivement pour disparaître aussi vite dans le chuintement du vélin chapardé. Oui, daigna t-elle enfin répondre mes services peuvent être loués, enfin mes dessins peuvent être achetés. C’même mon gagne pain. Tête penchée un sourire glissa à droite dévoilant ses crocs blancs et affutés avant de remonter ses amandes noires qu’effrontément elle accrocha au regard perturbant de l’inconnu. J’serai pas contre. Surtout si vot’ frangine m’cause tant avec ses mirettes qu’vous le faites... Son sourire de racaille s’étira encore, presque perfide. ...vous.
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Quentin_locke
Le trouble se lit cette fois-ci telle une évidence sur les traits délicats de l’artiste. Bohème, visionnaire, lucide, porteur de vérité, l’artiste possède à lui seul bien des qualités, mais cette fois-ci, il manquait à la belle, l’impassibilité. Mal à l’aise, Etienne tente de garder son sérieux et une expression neutre. Il sait pertinemment que son regard vairon reflète au mieux, toute la complexité et l’ambigüité de sa personnalité. A la fois discipliné, serviable, noble dans son esprit et par son rang, il n’en est pas moins un fumier et un pervers à ses heures. Elle ouvre la bouche, les mots coulent, suaves, envoutants. Douce et ferme, presque naïve dans ses explications, cette jeune femme dégage une certaine sensibilité qui aurait su, dans d’autres circonstances, lui mettre l’eau à la bouche. Néanmoins, il est là pour affaire. D’ailleurs, elle aspire à lui tirer le portrait, soit, il saura tirer parti de cet intérêt.

"Je peux vous proposer un arrangement. Je vous sers de modèle pour une séance ou deux, où je serai à votre entière disposition au nom de l’art et en contrepartie je vous invite dans ma demeure pour que vous puissiez peindre le portrait de ma sœur."

Servir de modèle ne l’enchante pas et pourtant, attirer par la gratuité d’un service, Etienne passe outre sa crainte. Il ne doute pas une seconde, qu’elle sera capable de lire en lui, toute l’immondice de son être mais il saura également, en temps et en heure, se délecter de ce trouble."Je suis sûr que vous aurez beaucoup de choses à raconter me concernant…Je vous laisserai peindre l’histoire qui vous semble être la mienne."

Doucement le noble relève ses iris afin d’observer ce temps qui brusquement se couvre. L’Automne est une saison bien capricieuse. Au-dessus d’eux, le ciel se déchire, s’électrise et finalement déverse ses larmes. Serein, le visage ruisselant de quelques gouttes il s’empresse de réunir le matériel de l’artiste afin de protéger son talent et son gagne-pain. "Seriez-vous prête à suivre un inconnu dans sa demeure ? Aucun mal ne vous sera fait, je vous le jure et je n’ai qu’une parole. Vous serez au chaud et nourrit le temps de la réalisation. A chaque visite, vous aurez droit à ce même traitement, cela vous laissera le temps de peaufiner votre histoire…"
Les affaires finissent par être regroupées et le noble, galant à ses heures, retire son manteau afin de le poser sur les épaules de la Bohème. Après tout, il serait dommage que l’artiste transmette la mort aux occupants de sa demeure parisienne. "Je m’appelle Etienne…" Légère pause, le noble commence à lancer le pas. "Je vous propose que l’on se hâte afin de ne pas tomber malade bêtement…Je vous raccompagne ou vous suivez mes pas ?"

    - Choisi et scelle ton destin...

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Axelle
Les gestes et les paroles de l’homme étaient précis, rapides, efficaces, teintés de cette amabilité fine qui pousse à acquiescer tant tout semble logiquement implacable et réfléchi. Mais tout allait vite, presque trop vite pour une bestiole abasourdie. Le ciel lui même se moquait d’elle. Lui encore si radieux quelques temps auparavant s’invitait à la danse en les pressant encore, lunatique. La gitane était piquée au vif par la proposition, coupable de trop spontanéité. Elle, habituée à voir le sol de son atelier foulé par des êtres plus étranges les uns que les autres sans jamais sourciller, s’était vue prise au piège sournois d’un regard vairon. Axelle n’était pas femme à vouloir cacher ses ressentis, plus volcan que glacier, plus pudique que calculatrice, et malgré ses jeux de cache-cache la vérité toujours affluait pour qui savait ou voulait la voir. Mais elle rechignait, bien trop échaudée, à laisser quiconque avoir une quelconque emprise sur elle, à une exception près. Et elle venait, maladroite idiote, d’offrir à l’inconnu son intérêt sur un plateau d’argent, lui donnant en pâture une faille à laquelle s’accrocher. Vexée quand c’est elle presque qui devrait payer la commande. Elle que l’on venait voir et pour offrir volontairement et son visage et une bonne poignée d’écus. L’homme inversait l’ordre des choses pourtant si bien incrusté dans ses habitudes. Et bonne routinière qu’elle pouvait être quand les principes lui semblaient acquis s’en voyait tiraillée et sa fierté égratignée. Pourtant l’échange proposé était juste et honnête. Peut-être le recul lui permettrait de comprendre qu’entre se vendre ou payer, elle n’avait certainement pas la position la plus défavorable.

Les lourdes gouttes d’eau claquant sur son nez la faisaient ciller, indignée quand l’homme s’activait à ranger ses affaires, étonnamment galant. Galant au point de couvrir ses épaules de sa cape. Trop galant, trop attentionné pour qu’elle parvienne à accepter. La sauvageonne était rompue à se débrouiller seule depuis gamine et se complaisant dans cette distance qu’elle imposait sachant combien il était dangereux de se perdre à des manières trop douces. Mais l’homme avait raison, du temps il n’y en avait pas quand déjà la rue se voyait veinée de petits torrents. Il avait annoncé ses conditions, son tour venait et il était déjà trop tard pour réfléchir plus avant. J’ai pas b’soin d’être nourrie, et pour c’qu’est d’ma sécurité, j’sais m’défendre si b’soin s’avérait. J’ai pas b’soin non plus d’être protégée. Bref, vot’visage m’suffirait. D’un geste vif, elle se débarrassa de la cape pour la rendre à son propriétaire. Quand y pleut comme vache qui pisse, j’préfère courir. Les capes, c’fait qu’pour s’prendre dans les pattes dedans et vous ficher l’nez par terre.

Indifférente aux flaques dans lesquelles ses bottes trop grandes claquaient, elle fit quelques pas, dépassant l’homme sans plus le regarder. Puis s’arrêta et se retourna, ses boucles brunes alourdies par l’eau encadrant son visage brun. J’vous attends ! J’sais pas où qu’vous créchez moi. Et de lui sourire sans plus d’hésitation, moi c’est Axelle.
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Quentin_locke
Farouche, indépendante et piquée au vif par l’empressement dont il faisait preuve, le noble esquisse un sourire, légèrement amusé par la situation et par les courbes graciles et délicates de l’Artiste. Elle emboite le pas, tente de retrouver un semblant de maitrise et aussitôt, interrompt son pas. Lui manquerait-il une direction ? Je me disais bien que vous aviez oublié quelque chose…Appelez-moi, Etienne. La veste enfilée à nouveau, le sourire rendu à la dite Axelle, le Griffé prend de l’avance et ouvre la marche.

Les ruelles sont traversées sans hésitation, passant outre les putains, les gueux et les odeurs nauséabondes de certains quartiers peu réputés. Il observe dernière lui, vérifiant ainsi qu’elle le suit et qu’aucun mendiant ne l’importune en quémandant la charité. Finalement, l’air devient moins incommodant, les bâtisses se font plus solides et les portes ornées de quelques décorations futiles et pompeuses. Il est arrivé dans son quartier. Des regards sont échangés avec les passants et Etienne ronge son frein. Des messes basses se glissent en même temps que des index se pointent à l’adresse de l’Artiste. Ne faites pas attention à eux…Cette mégère doit surement vous prendre pour une putain. Son mari en revanche, doit surement me considérer comme un veinard. Un sourire moqueur s’étire sur le minois du Griffé qui ouvre la porte de l’appartement. Il n’a pas tort d’ailleurs.

Une odeur d’essence s’échappe doucement de la porte. Ça sent l’ordre et la femme, le calme et la chaleur. Une fois le seul franchi, le salon apparait chaleureux, apaisant et éclairé par quelques bougies. Malgré le temps qu’il fait à l’extérieur, le trouble et le froid semble se heurter avec fracas contre les volets, sans pour autant les faire vaciller. Quelques fauteuils sont disposés en cercle, ainsi qu’un bureau dans un angle, quelques mets trônent sur la table du salon comme une invitation et sous cette clarté dissimulée et intime se dessine les ombres des différentes pièces. Aliénor ne semble pas avoir entendu leur pas, à moins qu'elle ne soit à l'extérieur, tant mieux. Il retire sa veste et invite l’Artiste à pénétrer dans le salon.

Faites comme bon vous semble, installez-vous et servez-vous en met si vous le désirez. Il doit rester quelques macarons si…Aliénor ne les a pas tous dévorés. Le noble s’avance d’ailleurs et desserre légèrement sa chemise pour profiter de la chaleur présente. Il observe à nouveau la jeune femme et peine à se défaire de ses charmes et de ses iris sombres.
Sans un mot, solitaire comme à ses habitudes, le Griffé s’installe sur l’un des fauteuils et sort d’un placard verrouillé, ses ustensiles et sa bouteille d’absynthe …Ce moment signe l’heure de son repos, de sa jouissance à court terme, d’un péché de plus caché aux yeux de sa sœur.

Ma chère sœur ne devrait pas tarder à pointer le bout de son nez. La Dame de compagnie n’étant point-là, elles doivent toutes deux être au marché. Vous pouvez commencer à me peindre si tel est votre choix…La main du brun se perd sous sa chemise alors que la gorgée du spiritueux est avalée cul sec. Une légère grimace vient se nicher sur le visage du noble alors qu’il effleure du bout des doigts quelques bleus hérités lors de ses rixes. La nuque se dénoue, la gorge savoure la brûlure et son esprit lui, se repose enfin.
Je me demande bien ce que vos iris voient en moi qui attisent autant votre curiosité…Est-ce la nature de mes yeux ou juste un goût prononcé pour les hommes peu respectables… Etienne se sert avec précaution un autre verre et lorgne à nouveau la donzelle.Comment préférez-vous que je pose ?

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Axelle
Malgré la pluie ruisselant sur son visage ambré, elle restait attentive aux bottes qui claquaient devant elle. Elle ne savait pas où elle allait, ni même ce qui l’attendait. Qu’importait quand la saveur de la découverte lui chatouillait le ventre. La gitane ne prit pas garde aux index tendus, coutumière du fait. Etre traitée de catin, tout autant. Même si l’insulte était trop lourde pour les fautes commises, elle n’y attachait plus la moindre importance depuis le jour où elle avait fusé d’une bouche adorée. Mais la flatterie, sans ostentation, toute teintée d’une pointe de taquinerie lui arracha un sourire. Exploit assez rare pour elle qui jamais ne les écoutait, persuadée que les mots étaient tous menteurs et les compliments uniquement dédiés à soutirer des faveurs.

La lourde porte se referma sur elle.

Immobile et taiseuse, elle observait, reniflait, petit animal à l’affut dans un terrier inconnu. Terrier d’une femme, douillet, chaud et parfumé. Sous le regard noir s’exposait l’un des yeux d’Etienne : l’ordre, la famille, l’application d’un frère à choyer sa sœur. Le tableau offert il sembla un instant décevant malgré le confort de la pièce. Trop sage. Trop simple. Trop soumis peut-être à son devoir de paraître, d’homme éduqué et courtois. Alors elle délaissa le décor et le regarda lui pour capturer l’autre œil.

S’il l’accueillait avec toute la bienséance de mise, le Griffé agissait pourtant comme s’il était seul, avec un naturel déconcertant rompant l’ordre établi. La voix mâle glissait polie à son oreille quand c’étaient la chemise légèrement délassée qui captait son attention, les gestes racés, la fée verte.

Sourire tenu au coin de la bouche, elle laissa chuter nonchalamment au sol une de ses bottes détrempée, trop grande pour même avoir besoin de la délasser. Puis la seconde, tout aussi mollement, s’affala à coté de sa jumelle, ses amandes noires accaparées par la main de l’homme glissant à son torse. Main félonne, la laissant imaginer un instant de trop que c’est la pulpe de ses doigts fins qui s’égarait à la peau cachée et peut-être blessée quand la grimace troublait le bien-être évident.

Mes doigts sauraient-ils s’faire assez habiles pour n’pas t’arracher d’grimace en t’caressant?


«… pour les hommes peu respectables… »

Deux hommes se cachaient bien là et le sourire gitan s’étira davantage sur les crocs blancs. A la question toute teintée de mise en garde, elle ne répondit qu’en glissant sa dextre à sa ceinture, laissant son poing se refermer sur le manche ciselé de son couteau meurtrier. Le geste lent et posé, une lueur de défit dans le regard, elle l’extirpa de sa cachette et tendant le bras, le déposa dans un cliquetis sur un petit guéridon à portée. La bestiole ne craignait pas son étrange client, elle le provoquait même. Téméraire, elle n’avait peur que de deux de choses. Les araignées, même les plus petites, qui savaient la mettre dans des états d’affolement incontrôlables, et ceux qu’elle aimait. Trop. La gitane avait appris la leçon depuis bien longtemps. Sans même la toucher, sans même une parole, les êtres qui avaient su se faire une place au fond d’elle étaient les seuls capables de la blesser au point de vouloir en mourir. Son père et un ours ayant été des maitres incontestables en la matière.

N’posez surtout pas. M’priveriez d’l’histoire.

Les pieds nus enfin se décidèrent à s’avancer, sans un bruit, quand le tissu mouillé de sa robe collait à ses jambes. Badin, son index glissait sur le bois de la table où trônaient toutes sortes de mets plus alléchants les uns que les autres sans pourtant qu’elle n’en prenne aucun. Ce qu’elle convoitait était assis sur le fauteuil dont lentement elle s’approchait. Le mystère. Tête penchée dans une cascade de boucles lourdes de pluie pour suivre des yeux le trajet du doigt, sa voix se fit basse. C’qui attise ma curiosité ? Disons qu’j’m’demande qui peut bien inviter une voleuse chez lui. Un rire léger et furtif s’échappa de ses lèvres. Voleuse, elle l’était, voleuse elle l’avait toujours été. Si elle ne volait plus de bourses, ses larcins étaient à présent bien plus sournois.

Arrivée devant Etienne, elle daigna enfin relever les yeux pour les ancrer dans les vairons, s’y fichant sans pudeur et s’assit en tailleurs, là, presque à ses pieds. Passant la lanière de sa besace par-dessus sa tête, elle allait y dénicher feuilles et fusains quand son geste se suspendit et dans mouvement du menton vers la liqueur verte ondulant paresseusement dans le verre.
M’faites gouter ?
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Quentin_locke
Une voleuse ? Le sourire d’Etienne s’étire doucement alors qu’il remarque que le seul danger présent ici lieu était les courbes félines de l’Artiste. Assurée, à son aise, curieuse, cette dernière prend place à ses côtés et réclame une gorgée d’Absinthe. Il hausse un sourcil et finit par se pencher en avant afin de lui préparer un verre. Son souffle se perd, chaud et taquin, vers le visage de l’Artiste qu’il se plait à contempler du coin de l’œil.

- L’important dans ce spiritueux est de le diluer petit à petit, goutte par goutte avec de l’eau bien fraîche. Il ne sert à rien d’être pressé…Le mélange s’opère doucement et ce n’est qu’une fois la préparation achevée, qu’il tend le verre à l’Artiste. Buvez cela cul sec. Si vous aimez le goût du fenouil et des plantes, vous ne serez pas déçue. Néanmoins, cet alcool est valorisé dans une ambiance autre, celle du péché par exemple. Il enivre les sens, les réchauffe pour quelques secondes seulement et l’effet s’estompe en douceur, sans laisser aux gourmands d’ivresse les effets néfastes et désagréables d’une gueule de bois.

Pendant qu’elle se prête à l’expérience de la fée, les iris vairons se détournent de l’Artiste pour se perdent sur la tenue moulante et aguichante de cette dernière et une moue insatisfaite s’affiche sur la trogne du Griffé...Je vous abandonne quelques secondes et je vous prierai de ne rien me dérober…Vous pensez bien que frapper une voleuse ne me causera aucun problème de conscience. Etienne se relève donc et s’aventure jusqu’à sa chambre et celle d’Aliénor afin de récupérer une chemise sèche ainsi qu’une robe simple. A son retour, il reprend sa place de pacha et tend la tenue à l’Artiste. Bien que j’apprécie de voir vos formes ainsi moulées grâce à votre robe trempée, il serait bon de revêtir une tenue plus convenable pour l’arrivée de ma sœur. Je cherche à la préserver de certaine…débauche. Sous ces paroles judicieuses, le Griffé retire sans pudeur sa propre chemise humide afin de revêtir la nouvelle. Les plaies, les hématomes, les cicatrices sont ainsi mises à nues pour le plus grand plaisir ou dégoût de la Bohème. Il n’est pas né de la première pluie et ce corps en est l’illustre preuve. Vous qui aspiriez à en savoir plus sur moi, je pense que votre curiosité est aiguisée, je me trompe ?

De nouveau installé sur le fauteuil, la chemise sur lui, le noble esquisse un sourire pervers à l’adresse de la Bohème. Je vous en prie…A votre tour de m’en dévoiler un peu plus sur vous…Un rire s’échappe alors de ses lèvres tandis qu’il se mord avidement la lippe. Il y a effectivement des dangers bien plus grands que le tranchant d’une lame et les femmes et leurs charmes étaient de loin, les armes les plus fourbes qu’il connaissait. Donnant donnant, s’il prend la peine de se dévoiler sans pudeur, il espérait en connaître d’avantage sur la personnalité troublante de cette femme. Etait-ce la folie ou le courage dont elle avait fait preuve pour le suivre, ou simplement la beauté de son arrière train et la finesse de sa taille…Le Griffé se laissait volontiers intriguer par cette entité.

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Axelle
L’Absinthe. Elle en découvrit d’abord le parfum aux lèvres qui s’arquaient pour en distiller les secrets. L’envie de l’ivresse s’invita à son dos en un long frisson doux remontant de ses reins jusqu’à sa nuque quand du spiritueux, le désir de le gouter la bouche même du Griffé s’insinuait. De ces lèvres, elle ne s’arracha de leur contemplation que pour regarder le trouble s’alanguissant doucement dans le verre entre ses doigts. Bon élève, elle suivit les instructions et vida la coupe d’un trait. Le gout nouveau éclata à son palais, particulier mais délectable et un bien être confus glissa dans ses veines alors que sa gorge la brulait.

Elle suçotait tranquillement ses lèvres pour en récolter les dernières goutes qui pouvaient s’y attarder, que l’homme se levait, laissant la Bestiole observer sa robe d’un regard dubitatif. De dubitatif il passa à l’étonnement devant la robe tendue avant, oublieux du tissu sec entre ses doigts, de se plisser quand, sans la moindre gêne, Etienne se défit de sa chemise. Si elle vit les marques, les griffures, les hématomes qu’elle avait devinés, ses yeux s’accrochèrent, luisants, au ciselé du torse découvert, aux muscles déliés roulant paresseusement sous la peau. Et elle ronronna. Il aurait eu tout le loisir de se changer dans sa chambre, et pourtant, volontairement, il s’offrait à sa curiosité, prenant le risque de lui donner faim. Prenant le risque d’être surpris par cette sœur qu’il voulait protéger. Ses contradictions éclataient dans chacun de ses gestes contredisant ses paroles et c’était encore bien plus chavirant que l’Absinthe. Plus le mystère de l’homme s’éclaircissait, plus il semblait insondable. Dans un double sens à peine voilé, il prit à nouveau le risque de déclencher le flagrant délit qu’il disait vouloir éviter. Espérait-il qu’elle lui demande de lui indiquer une autre pièce où se changer, loin de cette bouche qui se mordait ? Espérait-il qu’elle refuse ?

Jamais quand le défit était lancé.

Ses onyx dévalèrent frustrés la chemise qui à nouveau dissimulait cette peau qu’il avait offert à son regard trop brièvement à son gout. Empoignant la robe claire sans pourtant qu’elle ne puisse dire si elle était bleue ou verte, elle posa sa main sur l’accoudoir, s’attardant un peu trop à effleurer la cuisse mâle et se leva d’un mouvement souple.

Si le Griffé se mettait seul en danger, la meilleure arme de la gitane serait alors d’obéir. Elle n’avait rien à perdre, ni personne à épargner.

Lui tournant le dos, elle avança de quelques pas pour déposer la robe étrangère sur le dossier d’une chaise de la table et commença à délacer le cordon rouge de sa robe. Pudique, elle l’était mais pas de sa peau. Seules ses balafres dijonnaises auraient pu la faire se défiler, mais sans le savoir, il avait balayé ses craintes d’un revers de la main en montrant des séquelles bien pires que les siennes. Le rouge glissa sur l’ambre de ses épaules qu’elle contorsionna sous la cascade de boucles dégringolant jusqu’à la chute de ses reins pour extirper ses bras des manches. Et le tissu chuta encore, s’accrochant désespérément à la courbe de ses hanches sans toutefois pouvoir encore cacher le grain de beauté parfaitement rond narguant la naissance de sa fesse droite. Le visage caché quand le dos s’offrait impudique, elle souriait en se mordillant la lèvre, amusée par ce petit jeu et certainement aiguillonnée par l’Absinthe. Mais elle n’aurait pas joué franc jeu si d’un bras elle n’avait ramené ses cheveux par-dessus son épaule, dévoilant sa réponse en une cicatrice nette et droite, vestige d’une épée au milieu de son dos dont le pendant se cachait sous son sein droit.


Dijon, sous les couleurs du Roy,
annonça t-elle simplement. Puis tendant le bras, découvrant furtivement la courbe d’un sein arrogant, attrapa la robe prêtée et la passa par-dessus sa tête tout en se déhanchant pour que le rouge capitule et dégouline au sol, remplacé presque dans l’instant par le tissu clair. Tournant la tête pour regarder l’homme par-dessus son épaule, un léger sourire aux lèvres, Cette robe s’lace dans l’dos, l’est encore plus indécente ouverte qu’une robe mouillée. M’aidez ?

L’homme était bel et bien dangereux et avait éveillé l’envie de le sentir prêt d’elle pour frémir encore sous son souffle, quand le sien se faisait plus profond, éperonnée d’une envie qu’elle savait interdite par la présence diffuse d’une sœur.

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Quentin_locke
Maître dans sa demeure, pacha dans son fauteuil, Etienne esquisse un sourire satisfait en constatant que la Bohème apprécie autant que lui, l’odeur sulfureuse du défi et de la provocation. L’échine se redresse, le tableau s’offre à lui et la peau hâlée se découvre au fur et à mesure que le tissu abdique. La lippe est mordue avidement alors que les iris vairons coulent le long de ces formes qu’il prenait plaisir à imaginer. L’esquisse est finalement devant lui.
L’Artiste devient toile et les coups d’œil avides se transforment en crayon de bois. Les doigts du Griffé se perdent sur son verre et l’alcool glisse dans sa gorge. Un coup de fouet, de chaud pour un homme dont les sens s’embrasent avec avidité. Le goût du risque, d’une porte qui s’ouvre sous le visage troublé d’Aliénor et d’un masque vertueux et droit qui se brise en morceau. Etienne n’est que troubles et contradictions.

L’imperfection est perfection.

L’esquisse se poursuit. Les traits se posent sûrement et sereinement sur ce vélin niché dans le creux de ses tempes et de son ventre, toutefois, les sourcils du noble se froncent devant l’imperfection. En effet, le soyeux de sa peau, la courbure si lisse et parfaite de cette échine féminine s’effrite sous le poids d’une cicatrice disgracieuse. Les iris vairons se font alors plus sombres tandis qu’Etienne imagine sans difficulté l’origine de cette plaie. Néanmoins, il ne peut s’attarder d’avantage sur cette entaille. Le galbe d’un sein et une invitation alléchante le sortent rapidement de cette torpeur sans fond.

Etienne s’avance donc vers l’Artiste et s’empresse d’humer sa chaleur et son parfum. Ses doigts se perdent sur ses épaules alors qu’il refuse délibérément de s’emparer des liens. Il n’entend aucun son de pas venir en direction de la porte, il peut donc s’abandonner à quelques délices. Sa dextre droite vient quérir sa nuque qu’il masse du bout des doigts, effleurant sa chevelure et l’ambrée de sa peau avec un plaisir non dissimulé. L’autre main quant à elle, vient enlacer le ventre plat de cette dernière pour la plaquer un peu plus contre lui. Sa bouche, son souffle viennent baiser le creux de sa nuque et mordiller le lobe de son oreille.

- Heureusement que cette plaie orne votre dos… La beauté parfaite est de loin la plus insipide et fade à mes yeux.

Ne demandant nullement l’avis de l’Artiste, sa dextre abandonne la nuque de cette dernière pour venir s’emparer de l’arête de sa mâchoire afin de faire, doucement, basculer son visage vers le sien. Son souffle s’interrompt quelques instants alors qu’il frôle avec l’interdit et l’adrénaline, le plaisir et la frustration.
Ses lèvres s’emparent des siennes, les caresses subtilement avant de venir appuyer le baiser. Le palpitant s’active, la chaleur l’enivre et ses dents mordillent la lèvre inférieure de la Bohème.
Ces premiers contacts, ces premières caresses et mises en bouche sont de loin ceux qu’il affectionne le plus. Rien n’est aussi bon que le goût de la découverte et de la première fois. Ses mains quittent désormais nuque et hanche pour venir s’immiscer sous le tissu. Il effleure sa peau, longe son échine et doucement rencontre ce qui l’embellie…Sa cicatrice.

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Axelle
Elle attend fébrile alors qu’il avance, la tête pleine de la cadence de son pas qui scellera son sort. Quelle sera la décision de l’homme ? La sagesse ou le risque ? L’attente pique son ventre de milles éclats délicieux quand la réponse enfin se livre. Ce n’est pas le tissu qui se resserre sur elle, mais la pulpe chaude de ses doigts qui s’égare sur ses épaules. Les yeux fermés, un soupir étouffé s’échappe de ses lèvres palpitantes et soulagées. Soulagée de ne pas s’être fourvoyée, soulagée que les mots, que les yeux ne soient en rien un leurre. Et elle se délecte de ce visage de l’ombre, docile sous le velours qui la consume d’une douceur troublée.

Il est déjà trop tard, elle ne se rebelle pas et laisse le sel de ses lèvres captivantes envahir les siennes dans un souffle suspendu. Etienne est de ces hommes qui l’étourdissent, qui prennent sans demander. Sans hésitation mais sans brusquerie il la berce de désir en bravant les dangers. Et vaniteuse à ses heures, la peintre s’en abreuve, lui laissant sa bouche à dévorer, n’osant qu’à peine répondre à ses appels tant elle craint que l’instant si fragile ne se brise cruellement, même si elle devine la frustration au bout du chemin. Qu’importe quand ses baisers sont si fascinants. Qu’importe quand son souffle est si chaud. Qu’importe quand le goût du risque la fait vibrer. Que la frustration soit pleine et entière. Qu’elle la ploie, qu’elle le ploie, et elle aura un gout d’extase affolant.

La main mâle s’égare à son dos, volage et légère, ne rien précipiter, profiter de chaque instant permis, et frôle la peau trop sensible de la cicatrice, comme si là où la mort avait voulu s’insinuer, la vie jaillissait avec une emphase farouche. La gitane se tend, arquant son corps sans savoir si elle veut s’échapper de la caresse trop intense, presque indiscrète ou en quémander d’autres. Mais l’effet est là. La tirant de sa douce torpeur, les crocs blancs se plantent à la lèvre pourtant si douce, avant de la consoler d’un fervent chapelet désordonné de baisers, sa langue s’enhardit, s’insinue laissant exploser le gout d’Etienne à ses papilles confuses. Son parfum lui fait tourner la tête, sa chaleur l’enivre et ses doigts se crispent de dépit d’être privés de sa peau. Refusant de se dérober à cette bouche son bras s’étire et sa dextre légère, enfin, s’abime à sa nuque, la frôle du bout des doigts comme pour l’apprivoiser avant de l’enserrer doucement. Sa bouche dérape, se perdant volontairement à sa joue, au fil de sa mâchoire, à son cou et dans la cage dorée des bras du Griffé, elle s’enroule pour mieux se retourner. Ses prunelles vibrent d’un feu neuf alors qu’elle ancre chacune de ses courbes au corps viril, glissant son pied nu contre le cuir de la botte pour mieux l’approcher encore et narguer son bassin d’une sournoise et infime ondulation de ses hanches. Sa bouche dérive au lobe qu’elle mordille doucement et caressant son visage du sien murmure


Toutes les cicatrices n’sont pas visibles, celles qui s’cachent sont encore plus poignantes à mes yeux.


Sa senestre glisse le long de l’échine attentive à n’arracher aucune grimace de douleur, jusqu’à s’échouer au ceinturon qu’elle dévie pour se faufiler sous le tissu blanc. La peau qui tant la narguée s’offrant à sa paume lui arrache un sourire aiguisé.

m'semble que c’est à votre tour d'vous dévoiler encore. Souffla t-elle avant de happer sa lèvre inférieure entre les siennes, muselant la fougue qui pourtant s’alanguit au creux de son ventre.
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Quentin_locke
"Alinéor…Ne rentre pas trop vite.
Laisse-moi savourer sa peau…
Lui voler un soupir, une plainte."

La bouche de la Bohème vient chercher la sienne en même que son corps gracile et que son bassin viennent effleurer son propre bas ventre. Son ondulation est aussi exquise et enivrante que cette caresse qui longe son échine et qui s’échoue dans le creux de ses reins. Il en oublie cette douleur infime sur son épaule qui doucement se dissipe pour finalement disparaître. Les sens du Griffé sont en émois, appréciant chaque parcelle de peau qu’il effleure de ses doigts, chaque note de parfum qu’il hume avec envie. Elle transpire l’envie et le défi, le goût du risque et le plaisir malsain et libérateur de l’abandon. Son regard se porte discrètement vers la porte d’entrée alors qu’il vient doucement glisser sa main jusqu’à l’entrejambe de l’Artiste. Le souffle se retient et s’échoue contre la gorge de la brune alors qu’il vient glisser l’arête de sa main le long de l’antre féminine, suivant malgré le tissu le chemin étroite et aguicheur de ce jardin d’Éden.

- Il y a des choses qui se méritent…Vous avez déjà eu l’occasion de découvrir ma demeure et à mon…hospitalité…Chaque chose en son temps.

Sa bouche vient alors quérir la sienne alors que sa main appuie son geste et que ses doigts remplacent l’arête de sa main. Il aspire à la glisser par-dessous cette robe volage et à goûter du bout de sa pulpe la moiteur de ses cuisses et le sucré de son nectar…Pourtant, le voilà freiner dans un désir pour lequel il ne connait aucune limite sinon celle imposée par sa sœur. Jamais il n’oserait lui nuire, lui imposer au cœur même de leur logis une vision qui saurait à jamais la blesser et lui insuffler le mépris. Retenant alors son ardeur, enchainant son envie première de glisser autre chose que ses doigts en elle, Étienne pose sa main sur sa joue et l’effleure. Vous ne me facilitez pas la tâche, Axelle.

Reprenant son sérieux, baissant légèrement le timbre de sa voix, Étienne la plaque contre lui, la forçant à sentir sa roideur contre le bas de son ventre. De ses doigts il noue les liens de la robe, concluant prématurément un moment qui aurait su lui arracher soupirs et jouissance. Sa lèvre inférieure est mordue, prisonnière de ses dents alors que le Griffé ronge son frein. Choisissez l’auberge qui vous plaira, je vous y retrouverai. L’invitation est glissée alors qu’il scelle la robe et sa frustration. Il s’y fait, s’y résout et que cela plaise ou non à ses compagnes d’infortunes, aucune ne saurait lui faire prendre le risque du déshonore. Sa sœur est tout ce qu’il lui reste de sa famille, sa seule charge, sa propre raison de rester en vie et de se relever après ses rixes.

- Voulez-vous commencer l’esquisse ?

Il s’écarte doucement avant de venir à nouveau embrasser ses lèvres et goûter une dernière fois le goût de ses lèvres et sa langue. Le murmure se glisse tel une confidence, un aveu rageant. Cette frustration est plus douloureuse que vous ne le croyez.

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Axelle
Les lèvres mâles ont le gout du stupre le plus abyssal, le plus entêtant, et la gitane n’aspire qu’à s’y égarer. Du bout de la langue, elle goute à un fruit défendu que tout son corps désire dévorer. Corps traitre qui se tend sous ses doigts impudiques et téméraires qui la narguent et l’essoufflent. Maudit tissu, maudite demeure où la bienséance est exigée par respect pour une jouvencelle. Bienheureuse sœur d’avoir un frère si aimant, elle qui ne connaît que le mépris et la violence des siens et leur offre en retour son dégout le plus profond. Les doigts aguicheurs l’emprisonnent de délice, mais se sont ses propres lèvres qui musèlent la plainte qui enfle à sa gorge sans néanmoins parvenir à dissimuler son souffle qui se brise.

Tout se mérite, oui, et les deux enlacés n’ont pas gagné encore une délivrance qui aurait un gout de facilité bien trop décevant finalement. Partir pour mieux revenir ne dit-on pas ? Le tissu se fait geôlier sur la peau de son dos, incapable pourtant de chasser l’envie persistante des lèvres nobles sur l’ambre de ses courbes, impuissant à taire le soupir que sa raideur plaqué au creux de son ventre lui arrache tel une promesse, inapte à diluer le sourire presque complice quand l’invitation tombe.

Il s’éloigne, la privant si cruellement de son parfum qu’elle pourrait en grogner de dépit. Il revient, tenaillé entre devoir et plaisir. Et elle sourit, charmée de cette lutte, magnifique Vairon, lui accordant la fugue, courbant l’échine de ses envies pour ne pas l’entraver même si l’incendie ravage son ventre. Pyromane.

Mais de cela, par goût du jeu, par défit, par coquetterie mal placée certainement, elle n’en dit rien. Refusant de lui offrir la facilité, elle s’éloigne de quelques pas, reprenant son matériel de dessin et sa robe. Le rouge est enfourné dans sa besace d’un geste indifférent, le début d’esquisse retrouve sa place sur le carton à dessin et le fusain se cale à nouveau entre ses doigts quand arrogante elle retarde sa réponse.

Asseyez -vous, oui, mes doigts m' démangent d'vous croquer.
Lança t-elle amusée, puis penchant la tête sur le coté, le dévorant d’un regard encore bien trop luisant. J’ai pris le risque d'vous suivre, prendrez-vous celui d'me trouver encore ? Non, elle ne lui fournirait aucune adresse, ne proposerait aucun jour, aucune heure. Non, elle ne voulait rien prévoir, rien écrire d’avance, rien espérer pour ne rien regretter. Surprenez-moi encore. Et alors que son visage se concentrait et que ses sens s’apaisaient, sa main couchait sur le papier les stigmates de son désir entremêlé aux traits d’Etienne.

Parviens encore à me débusquer dans les ruelles parisiennes Etienne, et délivre-moi de ce goût exquis de trop peu qui flâne à mes lèvres.
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