Afficher le menu
Information and comments (0)

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Dona Minah fait la mancha

Minah
Posons le décor.
Une place de Toulouse, très fréquentée. Des gens de tout poil. Des artisans, des roturiers, des valets, des coursiers, une poignée de paysans venus jouer les citadins pour la journée, quelques nobles distants. Et tout ce petit monde qui vaque à ses occupations en s’efforçant d’ignorer celles des autres. Un joyeux bordel en somme.

Comme si ça ne suffisait pas, il y avait Minah. Pire encore, il y avait Mémé Glaviotte.
C’était la faute à la vieille, estimait N’à-qu’une-patte. La vieille et tous ses caprices… D’abord ça avait été la bicoque, puis le harpon
*, et maintenant…

[Quelques jours auparavant]

« J’veux un champ »
Gneuh ?
« Pour planter du chanvre »
C’est l’hiver, mémé…
« L’herbe pousse sous mes pas, comment oses-tu oublier ma splendeur, manante ?! »
Ah… Ouais… Eurf… Mais t’sais, j’pas un rond. La patronne, elle m’paye qu’à coup d’pi…
« Sale môme ingrate ! Je vais m’le payer moi-même, ce champ ! Doit bien y avoir un beau et riche propriétaire terrien dans le coin ! »
Gloups**. Et euh… Si j’avais d’quoi t’payer un champ, j’pourrais y planter du maïs ? Au milieu du chanvre ?


Autant que ce soit utile…


[Retour vers le présent]

Seulement, voilà. L’argent, elle ne l’avait pas.
La hiboutée de la cervelle avait grappillé davantage dans la pécune à la Rouge, et pourtant l’exercice équivalait à plonger la paluche dans un nid de vipères et espérer en sortir indemne. Entre deux corvées à l’Ostal, elle avait trimé pour les fermiers, tondu des moutons, égorgé des cochons. Il avait parfois fallu longtemps parlementer. Beaucoup répugnaient à employer une estropiée : serait-elle capable de ses cinq doigts ?
Mais ce n’était jamais assez. Il fallait chercher d’autres sources pécuniaires. Et il y en avait une dont on ne se lassait jamais.


Pitié… Une p’tite monnaie pour une pauvre mutilée…


Grands yeux bruns larmoyants au milieu de la face minahesque mangée par la crasse. Même Philémon, sur son chef, arborait son air mort le plus pitoyable. Un acteur né.
De sa seule patte valide, l’animal agitait d’agressive manière un gobelet de fer sous le nez des infortunés passants.


Pitié… Pour subvenir aux b’soins d’ma pauv’ mémé…

Sourire en coin retors.

Sinon, pour dix écus, mém... La reyne Titania vous fait une passe. Une affaire, elle connaît plein d’trucs qu’z’osez même pas imaginer.


* Que la manchote avait refusé net de financer. Il fallait avouer qu’elle était con comme un balai, la Bête, mais un solide instinct de survie la sauvait de certains faux pas.
** Encore l’instinct de survie. Si un noble fieffé se faisait violer par l’ancêtre Lebergier, à tous les coups c’était l’arrière-petite-fille qui trinquait.

Titre librement inspiré de Don Quichotte de la Mancha. Admirez la pourrititude du jeu de mot.
RP ouvert à tous ceux qui le veulent.

_________________
Satyne
Guise calé au creux d’un bras, Satyne louvoyait parmi les étals du marché. C’était la promenade matinale qu’elle préférait. Point trop de monde. Point trop de cris. Le petit était encore assommé de sommeil, et elle, ragaillardie par une nuit méritée, se donnait du plaisir à claquer quelques écus contre des conneries. Non, parce que franchement, qui avait besoin de cette cuillère à soupe trouée qui permettait de récupérer dans le liquide les meilleurs morceaux ? Bah elle, pardi… Le trophée en poche, la brunette repartie vers la place du village. D’un geste elle rajusta la capuche de fourrure du petit, et déposa un baiser sur le nez froid.

Si je te rentre malade, ta mère me tue. Tu sais qu’elle est toujours à deux doigts de me faire la peau, hein…

Le petit babilla, cligna des yeux et se renfonça dans ses habits chauds. Ouais rien à foutre quoi. Sa « gardienne » aurait pu être pendue par les pieds jusqu’à ce que mort s’ensuive, qu’il aurait continué à se marrer entre deux borborygmes. Etre un gosse ça avait du bon. Les malheurs des royaumes faisaient office de bonne blague, tandis qu’on vous engraissait à l’œil et que vous pouviez vous chier dessus sans que ça n’inquiète personne. Non vraiment. Le luxe intégral.

La jeune femme fouina dans un panier de lacets de cuir, et en sortit une paire qu’elle se retint de glisser dans sa poche. Ha ça ! Les vieilles habitudes ! Elle se demandait encore pourquoi Scath Von Frayner lui avait fait confiance. Elles s’étaient rencontrées de nuit, tandis que Satyne essayait de filouter une place dans le convoi de la rouge. Au final qu’importaient les raisons, puisque Satyne s’y arrimait avec force, espérant trouver là son salut.

Et au-delà de l’espoir il y avait cette terreur sourde.

Elle fut tirée de ses pensées par un godet en fer dansant sous ses yeux.


Pitié… Pour subvenir aux b’soins d’ma pauv’ mémé…

L’inflexion de la voix. Cette façon de poser les graves et les aigües... Non de dieu ! Qu’est-ce que Minah foutait sur le marché à secouer son unique paluche ? Et quand il y avait Minah, il y avait dans le coin cette horrible vieille bourrée qui pensait toujours tout savoir sur la façon de s’occuper d’un nourrisson. Satyne, mauvaise foi faite femme, plissa le nez et regarda l’écuyère se dandiner. Elle devait avouer que la gamine s’en sortait bien. Et… Ho bordel ! C’était pas 10 écus qu’un type venait de jeter dans l’escarcelle de la manchote ?! Jalousie, envie, démon du passé, tout remua en Satyne comme un ragoût de légumes, et elle vint taper sur l’épaule de sa compagne de Mesnie.

Mortes Couilles ! T’as ramassé combien à secouer tes fruches ?
_________________
Minah
Les affaires allaient doucement mais sûrement.
Il fallait dire que la manchote n’en était pas à son coup d’essai. Bien avant d’entrer au service du capitaine de Bouillon, durant ces terribles mois où elle avait erré loin de son village natal, la mendicité lui avait apporté son pain quotidien. Ou plutôt son pain hebdomadaire – quand elle avait de la chance.
Depuis qu’elle était estropiée, c’était plus facile. D’ailleurs, entre deux harcèlements de passant, elle avait ôté le bandage qui enveloppait le membre arraché. Spectacle à fendre le cœur que le moignon aux chairs encore rosies et fripées…


Siouplait … D’mauvaises âmes m’ont enfermée dans leur cave… Y…
* phase 1 : petit reniflement lamentable* y m’ont découpé l’bras pour l’manger ! *phase 2 : se mordre l’intérieur de la joue pour fondre en larmes*

Et quand N’a-qu’une-patte n’arrivait pas à extorquer quelques piécettes par la pitié, elle y parvenait à l’usure. Mendier, c’était se faire payer pour foutre la paix aux gens.
Et puis sinon… il y avait toujours les clients aux goûts douteux. Comme ce blanc-bec à l’air si juvénile encore qu’il devait se faire refouler à la porte de tous les bordels de la ville. Qu’importe puisque pour la modique somme de dix écus, il pourrait se vanter auprès des copains d’être devenu un homme avec une femme, une vraie. Certes, elle n’était plus de première fraîcheur depuis trois quarts de siècles au moins mais que valait un si insignifiant détail face à la gloire d’incarner la virilité ?

Minah empocha prestement les dix écus et poussa le godelureau en direction de mémé avant qu’il ne change d’avis.


Filez derrière la charriote, là, chuchota-t-elle à Titania. J’veux pas voir ça.

Ni l’entendre. Espérons que le brouhaha général masque les hurlements.
Sans souffler un instant, la hiboutée de la cervelle se tourna vers une nouvelle victime… et tomba nez à nez avec Satyne. Malgré la route passée ensemble et le quotidien de la mesnie, Minah ne la connaissait pas beaucoup. L’une occupait ses journées à surveiller le bébé, l’autre à courir derrière mémé Glaviotte pour l’empêcher de faire une connerie.

Les yeux de la petite Bête s’étrécirent avec méfiance quand la gueuse loucha sur son pécule durement amassé.


Ça t’regarde pas.

Pour un peu, elle montrerait les crocs, l’animal.
Puis son regard alla de la bouille satynesque au bébé. Et inversement.
Sourire aussi carnassier que peut l’être une mâchoire édentée.


Fous-toi à côté d’moi et pleurniche en disant qu’ton mâle t’as battue et t’as dépouillée avant d’te laisser seule ‘vec vot' gamin. Si ça marche, j’te laisse garder la moitié d’c'que t’as gagné.

Y’en a qui doutent de rien…
_________________
Satyne
Le regard n'est pas tendre. La mine se renfrogne. Hep là toi... Satyne referme ses bras sur Guise. Elle se méfie de Minah comme elle se méfie d'à peu près tout le monde.

La manchote est un peu plus grande qu'elle. Si ce n'est son hibou, trophée étrange, qui trône sur sa chevelure et qui lui fait prendre une tête. La brunette lève les yeux vers "la chose", perplexe. Parfois vaut mieux pas se poser de question. Et avec l'écuyère de Bouillon elle a compris que la bizarrerie était de mise. Elle était coincée entre la compréhension, elle qui n'était pas non plus très finaude, et la répulsion, mais bon après tout, Satyne ne sentait pas la rose.

L'idée suis son chemin dans la caboche de la filoute. Prétendre d'être une jeune engrossée esseulée et sans le sou ? Y'a de l'idée ! Le filon semble prospère. Le hic c'est que Guise n'est pas habillé comme le nourrisson pouilleux du coin. Rien que sa fourrure pourrait nourrir deux personnes. La donzelle réfléchit, et fouille dans sa besace pour en sortir un tissu peu reluisant. Elle entoure le gosse avec d'un geste rapide. Voilà qui fait déjà plus vrai.


J'marche.

Ha l'appât du gain ! Et voilà maintenant deux mendiantes, secouant main et godet sous le nez des Toulousains piqués de curiosité.

Ouais même qu'il m'a engrossé... Satyne répond aux questions, docile. Les écus tombent dans sa main creusée. Il est parti, un matin, en m'ayant dit qu'il allait chercher le pain.

Yeux plein de larmes. Elle donnait le change.
_________________
Minah
Bête clignement de mirettes. L’animal se retrouva con. Plus que d’ordinaire, s’entend.
Que Satyne accepte de jouer les mendigotes, soit. C’était une gueuse tout ce qu’il y a de moins honnête, comme vous et moi, aussi ça n’était pas très étonnant de sa part. En plus, il fallait bien l’avouer, c’était rigolo.

Mais qu’elle ne rechigne pas à partager la moitié de ses recettes ? Foi de N’a-qu’une-patte, il y avait mouton sous éboulis*
La manchote la laissa s’installer à ses côté, soudain légèrement circonspecte. Sa cervelle travaillait à un rythme auquel elle n’était pas habituée. N’était-ce qu’un plan diabolique pour s’emparer de tout l’argent ? Etait-elle riche au point de n’en rien avoir à faire ? Nan… elle ne travaillerait pas pour m’dame Scath si c’était le cas. Ou était-elle simplement gentille ? Mam’zelle hibou crevé secoua la tête. Impossible.
La question ne cessait de la tarauder, mais sa cervelle jugea bon d’éviter la surchauffe et de revenir aux passants.


Une p’tite pièce ? ‘M’sauvriez la vie… Mon bras ? On m’a vendue d’force à un marchand maure pis j’lai rongé pour sortir d’mes chaînes…
*trémolos dans la voix*

Schkling ! Fit l’écu en tombant dans le godet de fer.

Entre deux mensonges, elle tourna la tête vers la charriote derrière laquelle avaient disparu mémé Glaviotte et son client.


OH ! C’pas bientôt fini, là ?! S’y veut du rab, l’chaud lapin, y doit r’mettre la patte à la bourse ! Nan mais oh… Comme si c’tait gratuit ces affaires-là…

Tandis que Titania sortait de sa cachette, traînant derrière elle un godelureau à l’air hébété, épuisé et qui marchait en crabe, Minah continuait son baratin. Et le résultat se faisait de plus en plus sonnant et trébuchant.

C’marche du tonnerre !
Glissa-t-elle à la fausse mère éplorée. Les bébés, ça attire du public !

De temps en temps, pourtant, son regard parcourait nerveusement la place. Manquerait plus qu’un bouillonneux se pointe et aille cafter à la patronne.
Son écuyère et sa nounou qui faisaient la manche en se servant de son nouveau-né comme appât à pigeons… Il y avait de sérieux coups de latte qui se perdaient…



* Minah avait grandi dans une famille de berger. Il y avait plus de moutons que d’anguilles.
_________________
Satyne
Et voilà un jeune mousse qui vient d’essuyer sa première tempête. Peut-être même qu’il a vu le Kraken. Satyne regarde le jeunot sortir de derrière la charrette avec Mémé Glaviotte sur les talons. La vieille a encore de la ressource. C'est que ça doit pas être brillant sous les jupes. La donzelle grimace. D’un geste maintenant presque expert (bah ouais quoi, elle est nourrice depuis plusieurs semaines maintenant, alors les nez qui coulent, les caca puants plus que d’ordinaire ou les fronts tout chaud, elle les repère vite) Satyne tâte le petiot. Merde. C’est glacé là-dessous. Elle a joué à la débile. Et il semblerait qu’elle ait perdu. Sauf que couper là à cette aventure ça la ferait passer pour une nounouille-qui-n’veut-pô-s’mouiller devant l’écuyère de Bouillon. La honte quoi… Des semaines de travail acharné pour se faire accepter (ce qui se réduit surtout à ne pas voler la bouffe des copains) réduit à néant. En même temps c’est Guise. Guisou d’amour. Guisousou… aheeeeem euh… On s’égare. Bref, on ne met pas en danger le rejeton adoré, la prunelle de ses yeux, le mini-Rouge.

Ça tourne dans la caboche de la brune qui jette des coups d’œil à Minah.
Autant que ça peut tourner dans celle de la manchote qui ne cesse de la regarder aussi.


Quoiiii euuuh bordel ? J’ai une tâche sur le pif ?

Elle fait glisser Guise d’un bas à l’autre. Ça la réchauffe. Puis un nourrisson ça pèse juste trois tonnes. De quoi vous engourdir le bras. Remuage de godet. Ecus qui tintinnabulent (hou que c’est mignon comme bruit). L’idée se fait en un éclair. Faut juste qu’elle la fasse gober à Minah. D’une futée à une autre (hin hin hin) ça va être dur !

Ho !

Cri de surprise exagéré. Bah quoi elle n’est pas comédienne ! Satyne se plie en avant. Main sur le poigné de Minah qu’elle tire vers le bas.

Vite ! Cache-toi ! J’viens de voir le gros Robert, l’préposé aux cuisines ! Même que s’il nous voit ce vieil empaffé, va aller cafter à la Patronne. Un vicieux j’te dis !

Elles sont accroupies maintenant dans les ornières gelées de la ruelle. On pourrait croire qu’elles pissent.

J’te propose d’aller se jeter des bières à la taverne histoire de se faire oublier un peu.

Elle maugrée.

Même que j’t’invite.

Qu’est-ce que je ne ferai pas pour toi Guise-Eusaias !
_________________
Minah
Enthousiasmée par les petits disques de métal qui trébuchaient dans sa timbale, N’a-qu’une-patte oubliait peu à peu sa méfiance envers Satyne.
Il fallait dire que sous les strates de crasse et les couches de bourrinitude, elle était d’une nature qu’on pourrait gentiment qualifier de naïve (ou, moins gentiment, de niaise).

Toute à sa lucrative affaire, elle ne remarqua pas la nounou qui tripotait le baveux et le secouait en tout sens.
Pour Minah, quand un bébé ne hurlait pas ou ne vidait pas ses entrailles sur votre giron, c’est qu’il allait bien. Sa mère avait pondu plusieurs marmots après elle, mais ils étaient tous morts avant qu’elle ne s’y intéresse.


L’Très-Haut vous l’rendr…Ah ?!

Bien plus vivement qu’on pourrait se l’imaginer, la manchote ramena à elle le gobelet plein de monnaie, laissant à peine le temps à une rombière d’y ajouter sa généreuse contribution. Le pécule disparut nerveusement sous la pèlerine de la Bête tandis que ses mirettes noisette parcourant la place.
Le gros Robert était large comme un verrat et traînait sa lourde carcasse avec telle difficulté qu’il suait au bout de dix pas. Facile à semer. Mais il avait la langue leste, surtout quand il pensait pouvoir tirer quelque chose de sa délation. D’autant plus que Satyne et Minah, avec leur tendance naturelle à la chapardise, n’étaient pas dans ses bonnes grâces…
La hiboutée de la cervelle ne parvint pas à le repérer parmi la foule mais n’hésita pas une seconde à suivre sa comparse dans une ruelle.


Psst… ! Mémé ! Lâche le messire ! Lâche-le ! L’a pas d’quoi payer d’façon, t’vois ben qu’il a des trous à ses chausses !


Ne pas oublier les preuves compromettantes derrière soi. Surtout une preuve qui pouvait finir au poste de gardes pour trouble à l’ordre public, exhibitionnisme et viol sur passant.
Tout en suivant la nounou, la manchote remit en hâte son bandage. Maintenant que les clowneries étaient terminées, son moignon à nu la mettait mal à l’aise.

A boire, tu dis ? Chic alors !

Froncement de sourcils.

C’pas pour m’faire oublier qu’tu dois m’filer la moitié du fric qu’tu viens d’te faire, hein ?

_________________
See the RP information
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)