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[RP Ouvert] D'un vieux joueur de vielle.

Freidrich
    Il n'était pas tout jeune, c'est le moins que l'on puisse dire. Non, franchement, il était même vieux. Comme il le disait lui-même aux jeunes gens, il avait vu passé une bonne soixantaine d'hivers, ce qui n'était pas rien & tenait même plutôt du miracle !

      -« Tu crois qu’à Paris, les gens sauront apprécier ma musique ?
      - J’en suis sûr, maistre Freidrich.
      - Merci, gamin. »


    Selon lui, sa longévité tenait au fait qu'il buvait du bon vin car depuis le temps qu'il écumait les villes, depuis sa ville natale au nom imprononçable en Germanie jusqu'à Vendôme en Touraine, il avait toujours trouvé aubergiste sympathique ou juste mélomane qui lui offrait le gîte et le couvert en échange de son don du Ciel : la musique !

      -« Alors ? Tu as fourré la serveuse de l’auberge parait-il ?
      - Que… Quoi ?! Mais non ! Jamais !
      - Oh, dis ! Ne me la fait pas à moi. J’en ai fourré plus d’une dans ma jeunesse…
      - Maistre Freidrich ! »


    Il était toujours accompagné de Rudolph, son « petit neveu » comme il disait. Mais à la vérité, le vieux Freidrich avait fait une bonne action en sortant le pauvre garçon de la plus grande misère. Il s’était prit d’affection pour lui, bien qu’il s’amusait à la taquiner quelques fois.
    Depuis lors, ils étaient devenus inséparables. Tout comme sa vielle et sa fameuse cape de laine grisâtre usée par le temps, il le suivait partout, mendiant tandis que le vieux jouait à la perfection de son instrument.

    Les sons tantôt graves, tantôt aigus, tantôt vibrants s’échappait de l’instrument. Le vieillard au passé mystérieux était un véritable virtuose.
    Installé dans une rue parisienne, il s’était mis à jouer un air dansant, tandis que Rudolph qui, au passage, était un nain roux, se découvrait et brandissant son chapeau…


      -« M’sieurs, Dames, à vot’ bon cœur ! »

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Umbra
Paris. Capitale des maux où tous se rassemble, où tout s'ignore. Les miséreux frôlent les nobles. Les misérables côtoient les honnêtes. Le mélange de moult cultures, de moult couleurs, de moult odeurs et de moult sons. Paris, la bruyante où chacun va de son petit mot, de son compliment à sa critique. Ceux qui l’honorent, ceux qui la souillent, ceux qui la rêvent, ceux qui l’effleurent. Paris l’Assourdissante. Et son vacarme incessant.

L’Ombre claudiquait dans le bain de foule. Des brides de conversations entraient dans une oreille, ressortaient par l’autre sans en comprendre les sens. Les bottes, les sabots et les roux cognaient, tapaient, grattaient les pavés. Les voix tantôt aigues, tantôt graves parfois violentes, souvent courtoises et leurs éclats. Les portes qui grinçaient, les volets qui claquaient, les objets qui tombaient et tout le reste. Umbra avançait, essayant de faire abstraction de tout ce brouhaha mais en vain. Paris vit, Paris bruite.

La Noiraude se frayait un chemin parmi les badauds, grognant en sourdine. Qui l’écouterait dans cette marée humaine ? Mais surtout qui l’entendrait ?

Un troupeau compact murmuraient, chuchotaient, résonnaient et de cet amas sonore ne se démarquait qu’une mélodie, un bruit tout aussi étranger que commun. Une musique grinçante autant qu’harmonieuse. Un air entêtant qui brisait le tapage parisien, qui lui rendait un peu de beauté entre ses nuances grisâtres, qui lui donnait un peu de légèreté dans ses lourds pans de pierres. Ombeline bouscula les passants pour regarder de ses oreilles et écouter de ses yeux.

L’image l’émut, à moins que ce ne soit la musique ? Peut-être, au final, est-ce le tout ? Ou rien ? Le vieil homme ne la remarqua, lui jouait tandis que la Bâtarde l’admirait.


-« M’sieurs, Dames, à vot’ bon cœur ! »

Une voix tout proche d'elle l'extirpa de ses songes. Ses iris de jais, impartiales, se posèrent sur le visage du rouquin puis sur le chapeau.

La vie est dure, gamin. Dommage que tu l’apprennes si jeune.

Telles étaient les pensées de la Manchote alors qu’elle sortit quelques deniers qu’elle-même avait mendié plus tôt. La mélodie se poursuivait, embaumait son âme froide et bientôt son regard charbon brilla. Que se passait-il ? Les notes lui piquaient les yeux, lui pinçaient le cœur. L’Ombre prit peur.

Elle fixa longuement l’instrument, les mains usées qui le faisaient chanter. L'air se faisait volatile puis massif. La musique se muait joyeuse puis triste et la tête d'Umbra vrillait aux accords du virtuose sans son consentement. Son coeur frappa fort à son tour, tambourinant dans son poitrail. Il battait la mesure de son doute. D'une intonation sèche, presque agressive, elle héla le mendiant:


Hé gamin ! Dis au musicien que je vous offre le repas s’il partage ma tablée.

Vieil homme, quel est ce son qui me ainsi torture l’esprit ?
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Freidrich
    Et le vieil homme continuait à jouer. Emporté dans sa musique tantôt dansante et enjoué et à présent mélancolique, il se laissait transporté, oubliant presque que c’est de ses doigts, de son instrument et de son archet qui frotte mécaniquement les cinq cordes, que provenait la musique.
    Il ne se souciait plus du monde, plus du vacarme de la ville. Plus rien autour n’existait que sa musique.
    Avait-elle le même effet sur les autres que lui ? Il l’espérait peut-être, ou bien il s’en fichait. Mystérieux était ce vieux musicien.

    Les yeux clos il continuait à jouer. Il fit à peine attention à la voix de Rudolph qui remerciait une femme qu’il n’avait pas vu.
    Puis vint la pause, l’entre-acte et quelques applaudissement se firent entendre et ce simple clap-clap réjouissait plus le cœur du vieux Freidrich que les quelques pièces que le nain roux lui rapporta.


      -« Maistre Freidrich, il y a cette femme là-bas qui a donné ceci et qui propose de nous offrir le couvert pour ce soir.
      - C’est très aimable à elle.


    Et le vieux germanique s’avança jusqu’à la pauvre femme estropiée que lui avait indiqué tantôt son jeune disciple et s’inclina respectueusement devant elle.

      -« Freidrich Lisreux, simple joueur de vielle, enchanté.
      C'est avec plaisir que nous nous joindrons à votre tablée.


    Le simple joueur de vielle était également un fin joueur et un vieil escroc, mais cela, c’est seulement pour les intimes.
    Pour le commun des mortels, pour ceux qui n’appartenaient pas à son cercle, il restait le vieux Freidrich, Freidrich Lisreux quand il voulait bien dire son nom, simple joueur de vielle…


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Umbra
Après avoir vidé son poing d’une poignée de deniers dans le chapeau du nain, l’Ombre patienta que le vieil homme finisse son morceau. Le temps de la chanson, elle put l’observer en toute impunité. Les yeux clos, le musicien était surement à milles lieues de la Capitale. Loin, très loin d’elle et de son regard insistant. Un court instant, Umbra ressentit cette mélodie remplie de spleen comme une complainte. L’air joyeux se distordit en une mélopée nostalgique sans que le vieil homme n’ouvre un œil. Etait-ce sa main tenant la manivelle qui poussait les soupirs ou son âme de virtuose ? Manifestement, ce musicien avait un don, le don de troubler la Noiraude. Retenir son attention n’était déjà pas chose aisée mais alors que la musique prenait fin sous les applaudissements, les dernières notes étourdirent encore son cœur. Le regard de jais se posa sur le petit homme roux avant que ce dernier ne revienne vers elle, accompagné. Ombeline salua vaguement le virtuose en retour de sa révérence. Cet aïeul n’avait pas à se courber devant elle mais bien qu’elle y songea fortement, elle ne pipa mot.

-« Freidrich Lisreux, simple joueur de vielle, enchanté.
C'est avec plaisir que nous nous joindrons à votre tablée.


Les traits de la Bâtarde se durcir et tout son petit monde déchanta en une poignée de battement par minute. Que ces propos sonnaient faux dans la bouche de Freidrich. Un Lisreux n’était jamais simple à ses yeux. A cet instant, tout le vacarme de Paris hurlait dans les oreilles de la Manchote. Non, ça, elle ne voulait pas l’entendre. Détournant le regard de ce traitre, l’Ombre désigna l’enseigne d’une taverne, grinçant dans le vent.

Tout le plaisir est pour moi, sieur Freidrich Li..Lis…

Impossible, le nom ne franchissait pas ses lèvres. Il butait dans sa gorge, coincé entre ses cordes vocales. La déception fut de taille et difficile à digérer. Maudit soit ce vieil homme et sa musique ensorcelante. Maudit aïeul et son air entêtant. Maudit Lisreux qui la hanteront toujours. La voix resta courtoise mais pas agréable à entendre pour autant. Un filet rauque à limite du croassement, loin des notes mélodieuse de tantôt. L’Ombre est éraillée, une dissonance de plus dans ce bas monde.

Allons donc déjeuner là-bas. L’odeur est si alléchante.

Un peu comme votre musique, vieillard. Une harmonie divine chantée par le Sans-Nom en personne.

Umbra emboita le pas parmi les badauds au près de l’ancêtre. Pour une fois, elle bénit ce brouhaha capiteux. Celui qui combla son mutisme lors du trajet. Au départ, elle aurait souhaité le complimenter sur sa musique puis le questionner sur sa dextérité. Elle ne voyait là qu’un simple joueur de vielle. Mais maintenant, la Noiraude ne percevait plus ce grand virtuose. Elle ne sentait là qu’un ennemi redoutable. Un Lisreux jouant avec sa corde sensible.

Elle poussa l’huis de l’auberge puis retint la porte de son unique main dévoilée pour laisser entrer les deux hommes à sa suite. Ses oreilles bourdonnèrent encore du charivari externe lorsqu’ils prirent place. Tout à coup, un silence pesant s’abattit. La salle n’était pas vide mais d’un calme presque surnaturel et inquiétant pour Paris. Ombeline balaya la pièce d’une œillade sombre avant de reporter son attention sur le musicien.

Au moins, nous pourrons discuter sans hausser le ton.

La pensée divulguée à haute voix n’avait rien de désagréable hormis peut-être le ton faussement amical. Le regard dériva alors sur le rouquin et là, tout semblait plus simple pour la Bâtarde. Sans quitter des yeux ce dernier, elle reprit la parole :

Je n’avais jamais entendu le son d’une vielle… Il est très paradoxal et mélodieux. C’est..Hum…Vous en jouez depuis longtemps, sieur Freidrich ?

Si la question était destinée au vieil homme toute l’attention de la Manchote était rivée sur son acolyte. Une façon comme une autre de se voiler une énième fois la face et ne pas affronter directement ses démons.
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Freidrich
    Le vieux Lisreux avait remarqué le froid jeté par sa présentation. Mais qui était donc cette jeune femme estropiée ?
    Néanmoins il gardait ce ton affable qui lui sied dans ses bons jours et lui sourit poliment. Lui aussi à présent était gêné.


      -« Je vous suis, mademoiselle. »


    Et ils s’en furent tous trois dans la taverne la plus proche, sans piper mots.
    Attablés, il se rendit bien compte qu’elle lui parlait sans toutefois le regarder, bien trop absorbée dans la contemplation de son disciple.


      -« Je joue depuis mon plus jeune âge, l’instrument n’a plus de secret de pour moi.
      Je puis vous apprendre si vous le désirez ?


    Il tentait tant bien que mal de déridé la jeune femme. Mais celle-ci semblait absorbée par le nain.


      -« Je vous présente Rudolph !
      - Enchanté, mademoiselle.
      - A qui avons-nous l’honneur ? »


    Et le vieillard de commander une tournée d’hydromel qui ne tarda pas à arriver.
    Après avoir reluqué les miches de la serveuse, il se tourna vers la Manchote en lui souriant doucement.


      -« J’espère que vous aimez l’hydromel ?


    Et de tremper ses lèvres dans la chope, attendant une réponse à ses deux questions bien que la première lui importait plus que l’autre.

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Umbra
Enfoncée dans son siège, le dos droit contre le dossier, les iris de jais fixaient intensément le petit homme roux face à elle. Peut-être le rendait-elle mal à l’aise ? Pour l’instant, c’était le Lisreux partageant sa tablée qui la gênait.

-« Je joue depuis mon plus jeune âge, l’instrument n’a plus de secret de pour moi.
Je puis vous apprendre si vous le désirez ?


Il y a bien des choses que l’Ombre désirait apprendre à présent, plus importante que le maniement d’un instrument dont elle ignorait le son il y a si peu de temps. Sa soif de connaissances avait fini par se noyer sous un océan de doutes plus conséquent. Avant que le musicien ne présente son acolyte, Umbra répondit, le sourire en coin :

Je n’ai point les capacités pour cet art.

Elle inclina légèrement la tête pour saluer le rouquin mais ignora la question suivante. La Noiraude était dotée de sales habitudes notamment quand il s’agissait de parler d’elle. Le vieil homme commanda leur première tournée sans qu’Ombeline ne lui prête plus d’attention. Une fois son verre en main, elle daigna poser son regard sur celui qu’elle évitait tant afin de rétorquer, plus insolente que taquine :

Je suis habituée aux alcools plus forts, en général. Je tâcherai de m’y accommoder.

Levant son unique bras visible pour trinquer avec les deux mendiants, la Bâtarde se prit à espérer que la boisson l’aiderait. Habituellement, c’était l’eau-de-vie de prune qui lui faisait tout oublier. Elle avait la mauvaise manie de combler le vide en elle par ce tord-boyau. Parfois, la Manchote arrivait même à s’endormir saoule mais la plupart du temps, ce démon ne servait qu’à réveiller ses tourments. A cet instant, elle pria pour que l’hydromel lui délie la langue sans déchainer son cœur. Après avoir bu une longue rasade, la Boiteuse se sentit le courage d’affronter son invité. Elle s’intima de l’imaginer comme il s’était présenter : simple joueur de vielle.

Rares sont les fois où la foule s’ameute pour autre chose qu’un esclandre. Vous avez l'art de captiver l’attention d’autrui, sieur Freidrich. Un réel don, je dois admettre que je fus bluffée.

L’Ombre n’avait pas coutume de se mêler aux groupes de badauds et encore moins à jouer du coude elle-même pour voir ce qu’il se passait. Oui, elle était impressionnée que quelqu’un l’interpelle au milieu de son errance et que, de surcroit, elle lui accorde un intérêt particulier.

Je suppose qu’avec ce talent, vous devez avoir bon public.

Le regard d’encre détailla le visage ridé de l’interlocuteur, à la recherche de traits familiers, histoire qu’elle réagisse à un autre air que celui de musique. Peut-être le faciès avait-il été distordu avec les années car Umbra ne remarquait strictement rien de singulier chez le virtuose. Seule, leurs apparences miséreuses faisaient d'eux des semblables. Pousser la chansonnette n'apportait pas plus richesse qu'en soupirant la complainte, le bras tendu apparemment.

La Noiraude avait donc finalement bien choisi son camp en côtoyant la misère du côté des misérables. Elle restait à l'ombre d'un chemin ou dans le dos d'un commanditaire pour s'enrichir. A force de réputation, les affaires commençaient à payer, un peu comme la rumeur colportée par un ménestrel sur un accord de luth. Elle avait encore toute sa vie devant elle pour se donner en spectacle si besoin. Ce qui ne paraissait plus être le cas du vieil homme...

D’ailleurs, quel âge pouvait-il bien avoir ? Serait-ce son grand-père ? Son oncle ? Difficile à dire quand les seuls repères valables ne sont que quelques points communs physiques entre demi-frères et demi-sœurs. Cet aïeul tenait-il le reste de sa lignée dans ses adorateurs ?

Une vague impression que cet homme n'était pas simplement un joueur de vielle effleura l’esprit de la Noiraude. Petit à petit, le contenu de sa choppe se vidait sans qu’il ne trouble ses sens ni n’engourdisse sa carcasse. Ombeline esquissa un frêle sourire à l’idée de pouvoir tenir une discussion avec un proche sans déverser moult propos remplis de haine ni de tristesse.


Mais dites-moi, sieur Freidrich, la vielle est-elle un instrument du Saint-Empire ou de Bretagne ?

Ton nom sonne faux, musicien…Dis-moi d’où tu viens.
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Freidrich
    Le vieux Lisreux n’était pas plus gêné que cela à l’instar du pauvre Rudolph qui ne savait trop quoi dire.
    Il n’était pas gêné, seulement intrigué. Pourquoi donc s’adressait-elle à lui tout en mirant son disciple ?
    Il haussa doucement les épaules et l’écouta. Elle éluda ses questions mais il ne lui en voulait point. Cela l’intriguait plus encore ? Mais qui était donc cette drôle de demoiselle à l’air aussi misérable que lui ?


      -« Oh vous savez, le public… ça va, ça vient… »


    Autant dire qu’il s’en foutait. Tout à fait ? Non, pas tout à fait. Certes, il était encore riche, bien que sa fortune s’amoindrisse de jour en jour, mais il tenait à jouer devant un public.

      -« Une bouteille de scotch, jeune homme ! »


    Lui aussi préférait les alcools forts. Mais quitte à se pinter la tronche, autant le faire avec de bonnes choses.
    C’est alors qu’elle posa une question en apparence toute anodine, mais le vieillard devina une question sous-jacente. Où donc voulait-elle en venir ?


      -« La vielle vient de nulle part en particulier. L’on en joue en Germanie comme en Bretagne… »


    Qui es-tu, belle inconnue ? Pourquoi parler de la Bretagne, la terre de mon enfance ? Cela fait bien longtemps que j’en ai perdu l’accent…


      -« Bon ! Elle arrive cette bouteille ?!
      - Minute, vieillard ! »


    Sans plus attendre, le vieux sortit de sous sa cape un couteau bien aiguisé et le lança en direction du serveur qui bavardait, le dos contre le mur, avec trois ivrognes.
    Le couteau vint se planter dans son chapeau, et le serveur, blanc comme un linge, s’empressa d’apporter les réjouissances ainsi que le couteau.


      -« Merci bien, jeune homme. »


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Umbra
L’Ombre soutenait maintenant sans mal le regard de son interlocuteur. Elle tournait nonchalamment son godet d’hydromel entre ses doigts alors qu’il commandait un alcool plus fort. Ces propos ne retenaient guère l’attention d’Umbra dont les traits restaient égaux. Il fallait avouer que le musicien ne semblait pas réceptif à ses sous-entendus ou alors les ignorait-il à son tour ? Peut-être que nier faisait parti des gênes Lisreux ? Après tout, l’arrogance était singulière dans sa fratrie. La Noiraude ne pouvait pas être plus subtile dans ses interrogations sans devoir éveiller les soupçons chez le vieil homme alors elle se tut un court instant. Assez de temps pour jauger la dextérité effarante du virtuose.

Les iris de jais fixèrent la lame plantée puis revinrent lentement à la tablée sans quitter le serveur et la commande. Ombeline détourna le regard sur la bouteille et précisa :


Trois plats du jour avec ceci, je vous prie.

Une fois que le pauvre homme eut tourné les talons, toute l’attention revint à l’instrumentiste. Sans piper mot, Ombeline éclusa son hydromel, tentant de voiler son ahurissement. Si seulement, elle s’attendait à ça… Le fond du godet claqua sèchement sur le plateau en bois avant que la Bâtarde ne se redressa dans son siège, contrariée.

Je vois que vous avez plusieurs cordes…A votre arc.

Ce n’était pas moins de le remarquer. Le ton était froid et l’œil sombre, comme si la jouvencelle se permettait de rabrouer l’aïeul.

Vous venez surement de perdre un admirateur, sieur Freidrich. Faites attention, Paris est intransigeante…

Un fin rictus naquit à la commissure de ses lèvres, laissant la phrase quelque peu en suspend avant de reprendre :

Mais d’ailleurs, qu’est-ce qui vous amène dans la Capitale ?

La Manchote poussa son verre vide vers le musicien afin qu’il lui remplisse.

La renommée ou les affaires ?

Laissant tournoyer son whisky dans sa dextre, elle lui jeta une œillade taquine.

Allez, bas les cartes, Lisreux. Tu viens de te discréditer. La musique à d’autres, maudit virtuose. Je connais déjà la chanson…
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Freidrich
    Le vieux Boucher contemplait la jeune femme, l’œil méfiant.
    Qui donc était cette drôlesse qui semblait l’avoir décortiquer en un rien de temps.
    Les Affaires… Comment pouvait-elle se douter ?
    Il remplit son verre puis le sien avant de le porter à ses lèvres…


      -« Les Affaires ? Mais quelles Affaires ?


    Sourire en coin, il vide son verre cul-sec avant de servir le nabot qui proteste.
    Bien sûr qu’il était là pour affaires, enfin du moins, il les cherchait.


      -« Auriez-vous donc une… Affaire… à me proposer ?


    Il ouvrit alors sa cape, découvrant toute une panoplie de couteaux, poignards, machettes et autres canifs.

      -« Je joue de la vielle… Mais j’ai d’autres talents… en poche. »

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Umbra
L’Ombre éclusait par courtes gorgées son verre, tentant de digérer par la même occasion tout ce qu’elle découvrait petit à petit. D’un œil noir, elle jaugeait le vieil homme face à elle, se demandant jusqu’où irait-il comme ça? D’un simple joueur de vielle, il devint un parent puis d’aïeul, voilà qu’il exhibait un arsenal de coutellerie en tout genre. L’éternelle question restait donc un mystère entier même après quelques verres.

Qui es-tu, Lisreux ?

Bien que face à un ennemi armé, Umbra gardait son impassibilité. Ses iris de jais se posèrent sur les différentes lames aiguisées sans la moindre lueur d’inquiétude, de gêne ou d’effroi. La soudaine improvisation tantôt l’avait ostensiblement surpris mais maintenant, la Noiraude se tenait en garde au cas où le virtuose dévoilerait de nouvelles cordes…à sa vielle. Le modeste musicien n’était finalement pas humble qu’il transparaissait. Ces talents divers et variés se jouaient toujours dans la subtilité et la maitrise. Instrument ou canif, Ombeline était incapable de les manier. Fallait-il l’éloigner de son entourage le plus rapidement possible ou au contraire, le garder sous son aile ? L’œillade perdura quelques instants, s’interrogeant intérieurement sur la meilleure façon de l’évincer de sa vie.

La Bâtarde achevait son verre quand elle tiqua : Peut-être son géniteur était-il comme Freidrich ? Un homme dangereux. Pire encore, et si c’était lui ? Il pouvait facilement mentir sur son prénom, après tout, elle-même le faisait déjà. La tête de la Manchote tourna à cette hypothèse et les tripes vrillèrent sous sa chemise bouffante. Le doute assombrit ses traits lorsqu’elle rétorqua d’un filet de voix tremblant :


Personnellement, je n’ai pas d’affaires à vous proposer pour la simple raison que je ne vous offrirais pas mon labeur…Vous avez déjà un réel talent de musicien alors pourquoi vous salir les mains ?

La question resta une fraction de seconde en suspens avant que l’Ombre ne reprenne avec une pointe de nonchalance :

Cependant, vous pourriez toujours aller faire un tour à la Cour Brissel, c’est à deux pas et chance pour vous, ils sont toujours à l’affût…

Pourquoi le redirigea-t-elle dans l’antre des canards ? Parce qu’un joueur de vielle fera la paire avec l’Archipoète et sa soeur. Elle connaissait aussi l’aliénation du Borgne, victime d’une folle ablation. Umbra n’avait pas encore posé un pied là-bas mais elle était certaine de ne pas vouloir croiser un Lisreux à la Cour des Miracles.

Le serveur livide revint avec les plats et posa les assiettes devant chacun. La présentation n’était pas fameuse mais un morceau de viande baignant dans une sauce douteuse serait toujours appréciable gratuit. Remerciant d’un hochement de tête l’apeuré, la Noiraude attendit que le virtuose et son acolyte silencieux prennent leurs couverts et rompent le pain.


J’ai ouï dire qu’un armateur breton du nom d’Yves cherchait aussi, en ses terres, de la main d’œuvre… Peut-être voyez-vous de qui je parle, sieur ?

Les magouilles et les affaires dorées devaient circuler dans la famille pour que la Boiteuse égarée en entende également parler. Un éclat d’amusement raviva son regard terne et s’emparant d’une tranche de pain, Ombeline s’exclama avec franchise :

Messieurs, bon appétit !

Sans bouger son bras gauche de sous sa cape, elle jongla maladroitement entre couteau et fourchette de son unique main afin de trancher son repas sans se soucier des pensées de ses invités à ce sujet.
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