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[RP] Parce que même les oiseaux ont une histoire.

Jurgen.

                                                    Parce que Jurgen aussi
                                                    a été un enfant...



              Hiver glacial de 1450, sur les mers gelées du Nord.


        "Mütter standen bald am Strom
        Und weinten eine Flut
        Auf die Felder, durch die Deiche
        Stieg das Leid in alle Teiche
        Schwarze Fahnen auf der Stadt
        Alle Ratten fett und satt
        Die Brunnen giftig, aller Ort
        Und die Menschen zogen fort"





Jurgen est jeune. Quatre ans après le drame de Dantzig. Quatre ans et ça saigne toujours. Quatre ans et la plaie est rougeoyante, et lorsqu'il la gratte trop, il l'ouvre.
D'ailleurs, Jamy aussi, l'ouvre. Il explique tout le temps tout un tas de choses. Dans le Trompe la mort, le brouillard humidifie les voiles, mais ça ne le fait pas taire. Pas de feu sur un bateau. Jamais, le code le dit bien, sinon, c'est trente neuf coups de fouet. Jurgen est tenté, mais il ne le fera pas. L'homme l'a regardé, de toute sa hauteur, et l'a empoigné par le col.
"Ici, on fait pas d'feu, Moineau. Sinon, regarde.." Et il montre le dos d'un matelot au dos rayé, qui a le cuir chevelu brûlé. Jurgen le connaît bien, l'inséparable. On dit qu'ils sont deux, dans sa tête. Lui aussi, c'est un pendu de Dantzig, il n'a pas de nom. On l’appelle juste "L'Inséparable".
Le jeunot caille. Il grelotte. Alors le plus grand lui donne une gigantesque cape doublée de lapin qui semble centenaire. Il se couvre entièrement, se grattouillant le cou comme un chien rongé par les puces, puis se prend une gifle.
"Tu vas encore rouvrir.". Jurgen baisse la tête mais ne sort pas ses mains crades de la cape.

Le capitaine est sur le pont, avec ses hommes. On le voit de loin. Jurgen le trouve si grand. Il observe sa barbe, plisse les yeux pour entrevoir ses lèvres. Impossible. Le Corbeau fait des gestes dans la brume, on ne prendra pas le risque de bouger ce soir.
Et Jamy ne la ferme pas. Il vient s'assoir à côté de Jurgen, qui a couru jusqu'en bas pour profiter de la chaleur et du pain.


-Gamin, T'vois, hein, moi j'sais beaucoup d'choses. J'peux t'apprendre plein d'choses. T'veux savoir? Et puis le gars au strabisme regarde un peu trop le gamin. Jurgen fronce les sourcils, marmonne dans sa langue natale. Oh. Moi j'parle bien l'germain, hein. Wie geht's dir, hein? Jurgen secoue la tête en fronçant les sourcils-ces manies, il les a déjà.
Le teuton se lève jusqu'à une autre chaise, et Jamy le suit.


-Bon, t'vois, dans un bateau, on doit dormir serrés. C'est l'principal, parc'que sinon, on crève d'froid, hein. Tu veux qu'j'te montr'? Et puis il va chercher dans un coffre des petits pions sculptés qu'ils pose sur le pont d'un bateau de bois, et les disposes serrés les uns contre les autres. Voilà, ça se passe comme ça.

Jurgen garde le silence, serre son poing encore trop faible, alors que le sang lui fouette les tempes. Les pirates hurlent, rient, parlent des catins qu'ils paieront, et des femmes qui le leur paieront. Mais le Capitaine reste silencieux, le regard rivé sur la gorge du petit Moineau. L'oisillon est mal à l'aise, mais ne se couvre pas. On ne cache rien à son capitaine, il le sait depuis qu'il est tout jeune. Fils de pirate, Petit fils de Pirate, il le sait bien, même s'il n'a jamais connu son père. Jamy parle encore, et le regard du Sombre se pose sur lui. C'en est finit.

-Coupez lui donc la langue. Dit le Capitaine en caressant sa barbe broussailleuse mais effroyablement bien taillée. Jurgen s'imagine déjà avec la même, alors que sa peau est encore celle d'un enfant. Il passe la main sur la cicatrice, et regarde Jamy, alors que l'équipage rit en se dirigeant vers lui. Parfait, on va bien fair' ça, ouais, ouais. Dit l'Inséparable. Corbeau fait signe au gamin de venir. Jurgen avance jusqu'à son Maître, la tête baissée. Puis le Sombre rit, un rire grave, inquiétant. Mais l'oisillon n'a plus peur du Capitaine. A vrai dire, il n'en a eu peur qu'une fois.

Tous les deux vont dans la cabine, entendent une argumentation, puis des hurlements et des rires. Jurgen se crispe légèrement, et jette un oeil à travers la serrure rouillée, puis sursaute, sans rien voir lorsque le Sombre lui parle.


-Moineau?
Jurgen se retourne.
-Ja?*
Corbeau le fixe, se caressant la barbe, alors que le gamin s’emmitoufle dans la cape de lapin.
-Un jour, tu s'ras mon second.
Il rit brièvement, puis quelqu'un tambourine à la porte, lorsque des rires, il ne reste que des hommes trop îvres.
Le capitaine somme l'homme d'entrer, et le Flamand rose arrive, avec son effroyable accent et sa peau rosée comme celle d'une poupée. On porte tous bien nos noms, ici. Il tient un bocal, avec quelque chose qui ne fait ni couler, ni flotter. Jurgen plisse les yeux, puis regarde la longue pièce.
Jamy pleure et ne parle pas.

Puis Jurgen jette un oeil au bocal rouge, la langue entre deux eaux, et il rit, il rit à en être plié en deux, à en faire couler des larmes, à avoir mal à ses faibles muscles. Et Corbeau, lui, hausse les sourcils, les yeux rivés sur le bocal.

-Hmm... Vous m'avez pris au mot, on dirait.

Et il balance son menton velu vers Jamy, sans un sourire, et ordonne au Flamand Rose de le soigner rapidement sans lui demander son avis, ironiquement.

Et Jurgen rit toujours. Une main se pose sur lui. Il lève la tête, les yeux rougis par les larmes, le visage fendu d'un sourire, puis hoche la tête, se rapproche encore du Sombre, attendant que la porte soit close.


-Je s'rai c'que 'voulez qu'j'sois Cap'taine.

Et le Trompe la Mort flotte encore, alors que le lendemain, il se posera sur une côte, avec ou sans l'avis des autorités, se servant de toutes part.



Bientôt, des mères se tinrent au bord du fleuve
Et versèrent des flots de larmes
Sur les champs, à travers les digues
La souffrance envahit tous les étangs
Des drapeaux noirs sur la ville
Tous les rats repus et gras
Les fontaines partout empoisonnées
Et les hommes partirent (Donaukinder, Rammstein)
*Oui.

_________________
Jurgen.

                                                    Parce que Jurgen aussi
                                                    a été un enfant...



              20 Décembre 1451, sur un rivage de la mer Baltique.


    "Im Lichtkleid kam sie auf mich zu
    Ich weiß es noch wie heut
    Ich war so jung hab mich geniert
    Doch hab es nie bereut"


Jurgen lisait son livre avec soin. Corbeau le lui avait tout appris, de sa langue, et du françois. Blotti au creux de la cape de lapin offerte un an plus tôt, il déchiffrait les lettres, prenant parfois les B pour des ß germain, alors il ne comprennait pas. Il redoublait sans cesse d'efforts, et son accent se faisait de plus en plus discret. Mais son françois, lui, était loin d'être parfait. Il bouffait des lettres, et ne comprenait pas encore un bon paquet de mot.
Lorsque le bateau glissait doucement et que les marins nettoyaient le pont, Jurgen lui, observait leur moindres faits et gestes. Lorsque l'on devait tirer les voiles, il s'y collait avec bonheur, même si sa jambe lui était affreusement insupportable. Chaque jour, les muscles devenaient plus durs, et l'enfant, plus rigoureux. Il participait à la vie du bateau. Il savait parfaitement que depuis cinq ans, Corbeau violait le code. Il le savait... Mais l'équipage n'en tenait pas compte, et là était la chose la plus importante: Le Moineau était des leurs.

D'ailleurs, ce jour, c'était anniversaire du gamin. Les trois premières années, Jurgen n'en avait rien dit. Et puis l'année d'avant, il l'avait glissé au capitaine, qui ne lui offrit ce jour qu'un sourire, et un bon repas. Mais ce soir, ce serait différent. Oui oui, Jurgen avait treize ans et était un marin. Un bon marin, déjà. Aujourd'hui, Corbeau ne violait plus le code, puisque Jurgen était un homme.
Le Capitaine le fit venir dans sa cabine, lumineuse, vaste, pleines de choses étranges. Jurgen émit un bref rire lorsqu'il vit la langue de Jamy dans le pot, sur le bureau, puis regarda le capitaine.


-T'as treize ans aujourd'hui gamin...
S'il n'avait point été là d'histoire d'oiseau de mauvais augure, on aurait pu lire, dans ces quelques murmures graves, sans doute de l'émotion. Et Jurgen levait la tête vers le barbu. D'ailleurs, on apercevait sous le nez du jeune homme quelques poils, un duvet affreux, presque honteux à bord d'un bateau comme celui là. Quelque chose qui pousserait de façon anarchique dans les années à venir. Il hocha la tête. Oui, il avait treize ans.

-Il te manque une chose pour être un homme.
Il souriait dans sa barbe. Jurgen avait déjà tué. Jurgen avait déjà bu, beaucoup bu, avec Jamy. D'ailleurs, celui-ci était de bien meilleure compagnie depuis qu'il lui manquait la langue. Et le jeune homme fixa le grand barbu de ses yeux bovins.
Pas besoin de mots. Corbeau lui lança une bouteille de liqueur et s'installa dans un fauteuil confortable, en invitant le Teuton à faire de même. Le jeune s'y plongea, bouteille à la main. Et alors, ils claquèrent les bouteilles l'une contre l'autre et burent d'un coup plusieurs gorgées. Le petit brun toussa, les larmes jaillirent de ses yeux, et sa gorge était en feu. Une main large vint taper violemment mais amicalement le dos.
Jurgen se reprit, et rebut quelques gorgées.

-Viens, j'ai quelque chose pour toi.

Et du Trompe la Mort ils descendirent et marchèrent un peu dans les rues froides de la ville côtière. Corbeau parla à un homme, puis une porte s'ouvrit. Ils s'y engouffrèrent, et les joues de Jurgen s'empourprèrent alors que le Corbeau, lui, riait en déposant une petite bourse d'écus sur un comptoir, devant une femme aguicheuse, lui caressant brièvement la barbe. Il bégaya un instant, puis plusieurs femmes vinrent. Toutes si différentes. Toutes si jolies...

-T'attends quoi pour choisir, gamin?

Oh... Jurgen était mal à l'aise. Très mal à l'aise, à vrai dire. Il les regarda à peine, et choisit une jeune femme blonde aux formes presque inexistantes. Les seins faisaient peur à Jurgen. A vrai dire, il trouvait que cela n'avait pas sa place là, que ce pourrait être trop contraignant, du moins, de ce qu'il savait de l'acte. Alors la petite blonde, d'une vingtaine d'année, l'emmena loin de Corbeau. Une once de panique dans les yeux du futur homme, puis les lumières, les bougies lancinantes...


-Installe toi. Déshabille toi !

Elle avait dit cela d'un ton doux, mais peut être un peu trop maternel. Elle, déjà nu, vint se coller à lui, et embrasser ses joues pourpres. Le pauvre puceau était comme un lapin prit au piège. Il ne savait pas comment faire. Il se dévêtit, se dépatouillant de ses braies trop larges, en cachant son intimité d'une main. La catin riait, lui disant qu'il était adorable, et que jamais elle n'avait vu si jeune homme puceau dans un bordel.
Assis sur la couche, les jambes un peu écartées, les mains sur les draps, il ne disait rien, alors que la catin lui embrassait les épaules, le torse juvénile, et bientôt, à croire le petit corps en entier.
Mais ce soir là, il ne bougea pas d'un pouce. Elle fit tout ce qu'il y avait à faire. Il ne savait pas s'il devait en être satisfait ou non. Il savait ce qu'était l'amour charnel, à présent, et c'était bon. Si bon, que de toute sa vie, il ne s'en déferait jamais. Il se rhabilla plus masculin que la demie heure précédente, et, boitillant, il remit sa cape, sourire aux lèvres, sans même adresser un mot à la blonde.
Il ne cessait d'y penser. Gott* ce que c'était bon...

Et puis il prit place dans un salon, où d'autres femmes s'agitaient autour de lui. Mais Jurgen ne savait pas s'il avait le droit, s'il avait le temps. Il attendait Corbeau, et c'est finalement une heure plus tard que le sombre se pointant, sourire sous la barbe. Il prit Jurgen sous le bras en saluant de la main les catins, et tout deux retournèrent dans la rue.
Et le Teuton regardait le Capitaine avec un large sourire.


-Merci, Cap'taine ! Les femmes c'est... bon !

Dit-il, moins mignon qu'une heure et demie avant cela. Ils remontèrent sur le pont, et Jurgen ne cessait de penser à cette blonde, dont il ne comprenait pas tout à fait la langue. Si c'était ça, la vie de pirate, Jurgen en était convaincu, ce serait sa vie.






Dans son habit de lumière, elle vint vers moi
Je m'en souviens comme si c'était hier
J'étais si jeune, j'étais gêné
Pourtant je ne l'ai jamais regretté
Rammstein, Frühling in Paris.

_________________
Jurgen.

                                                    Parce que Jurgen aussi
                                                    a été un enfant...



              Hiver 1447, Dantzig.



La gorge sanglante, le goût du sang, le coeur faible, les bras mous, et la jambe en feu. La jambe encore plus douloureuse que la plaie sur la gorge. Une chose effroyable s'est passé. Atroce. L'enfant n'a même pas la force de hurler, et les larmes qui jaillissent de ses yeux lui brûlent le cou en s'engouffrant dans la plaie. Il gémit, on lui somme de ne pas bouger, mais la jambe droite gesticule comme un poisson hors de l'eau, alors on la lui maintient comme on peut. Et l'enfant continue de pleurer, incapable de serrer les dents.
On le porte jusque dans un bateau, entre les cris et les pleurs, entre le sang qui jaillit de partout, et le sang sur le visage d ecelui qui le porte. L'homme avance comme un héros, son héros. Le gamin fait pendre sa tête vers la gauche. Il ne ressent qu'à peine la douleur, les larmes rendant sa vue trouble.
Les pendus de Dantzig dans le brouillard hivernal. La brune, là bas, dont les pieds ne bougent plus, c'est sa mère. Et la gamine, à côté, c'est la voisine. Elle aussi, c'est la fille d'un pirate. A vrai dire, beaucoup ici ont quelque chose à voir avec les pirates. Mais il n'y en a pas un, ici. Ils se contentent d'engrosser des filles de pêcheurs et de s'en aller loin, par de là les mers.

Le petit bâtard se réveille sur un lit. Confortable, dans une cabine spacieuse, encombrée d'objets divers, de cartes, et même d'une statue de femme nue. Le bois est de bonne qualité. Le calme baigne, et, à côté de lui, un homme vraiment étrange à la moitié du cuir chevelu brûlé. La main sur la gorge, une tonne de linges rouge à côté. Il ressent de petites piqures, puis quelque chose transpercer sa peau, puis un fil passer. Il a l’impression de s'étouffer, porte les mains à sa gorge pour se gratter, et se prend une gifle qui l’assomme sans trop de mal.

Et puis il se sent secoué par de puissantes mains, une voix grave vient rompre le silence inédit dans un bateau pareil. Il ouvre les yeux doucement, tousse et gémit de douleur, porte la main à la gorge, mais la puissante main l'en empêche.
Un homme à la barbe encore fine, les cheveux noirs, les yeux gris foncés. Jurgen est terrifié, pourtant, le visage n'est pas menaçant. Il se redresse, et regarde par la fenêtre. la côte est bien loin. Alors le petit bâtard s'enfonce contre le mur de bois, faiblement, observe rapidement les traces de sang sur les draps, puis regarde encore l'homme. Il n'est pas très vieux. Tout jeune, à vrai dire. Sa barbe n'est pas des plus fournie, mais inspire déjà le respect.

-Moi c'est Corbeau, gamin.

Et il fronce les sourcils. Il a le visage d'un homme qui se prend tous les soucis d'une vie en une seule fois, en une seule journée. Jurgen oublie sa terreur, même s'il ne comprend pas ce que l'homme dit. Alors il se rapproche doucement et tend la main, comme on lui a appris. Comme les hommes le font. Le Corbeau la lui serre vivement. L'homme est grand, déjà, imposant. Il a le visage noble, la chemise débraillée, mais correcte, les cheveux coiffés, bien coupés. Jurgen ouvre la bouche, et un son faible en sort, avec un accent germain terrible.

-Jurgen.

Et bien sûr, le Corbeau ne lui sourit pas. Il regarde sa gorge, et reprend:

-Ich bin Corbeau.

Et là, Jurgen comprend mieux. Il répète doucement: "Corrrbo... Coorbo?". Mais il n'a pas la force d’esquisser ne serait-ce qu'un sourire. Alors il regarde l'Oiseau, interrogateur. Mais le Corbeau ne dit rien. Il se lève, s'en va quelques minutes et remonte avec un plat. Une odeur exquise s'empare des narines du petit bâtard. Il gonfle alors les yeux, et l'assiette en bois est déposée sur le lit, alors que l'homme s'en va.

Le gamin se rue sur la dinde en essayant d'être audible en le remerciant. Son ventre grouille, est presque douloureux. Il prend avec les doigts la dinde qu'il reconnaît. Il adore la dinde. Il en avait marre de manger du poisson tout le temps, et les dindes, elles crèvent toutes de faim dans la ville. Il avale un morceau, les larmes au bord des yeux, et regarde son reflet dans un miroir totalement imparfait. Il voit sa cicatrice et la touche du bout des doigts, sanglotant. Il se croit mort, le bâtard, et pleure encore.

_________________
Jurgen.
1457, sur les côtes Espagnoles.




    Les ordres furent donnés. Le jeune second était sur le pont. Il caressait fièrement sa barbe peu fournie. Sa jambe morte serrée dans sa main, puis il regardait au loin avec une lunette. Les côtes. Alors il partit voir son Capitaine, boitant, tapant au passage sur l'épaule d'un jeune pirate qui venait juste de se faire entailler la main. Jurgen y avait eu le droit quelques années avant cela, et il l'arborait fièrement partout où il allait, bien que les gens ne comprenaient pas toujours l'ampleur de cette engagement, l'importance de cette cicatrice. Surtout qu'il avait du lutter pour supporter cela. Jurgen était de ces hommes traumatisés qui ne supportaient pas de voir leur sang. Ce jour là, il remettra son foulard autour du cou, malgré la chaleur accablante.

    Il se dirigea dans la cabine, où le capitaine étudiait et griffonnait des cartes, étirant sa barbe. Il était entré sans frapper, se croyant tout permis, de sa nouvelle fonction. Il était second sur un bateau pirate redouté. Le Trompe la Mort continuait sa course sur les mers, et Jurgen poursuivait sa vie -ou plutôt, sa mort, avec dignité, rage et force. le corps frêle de pêcheur avait laissé place à celui d'un homme aux épaules larges, au torse déjà velu, au ventre musclé et à une jambe longue et ferme, alors que l'autre était plus mole et se traînait désespérément. Il ne se souciait que très rarement de son handicap, bien que la douleur était constante, il tâchait de rester concentrer. Sur les eaux, il n'était pas le Moineau fou qui vole un peu partout. Mais pied à terre...
    Le Capitaine leva les yeux vers le second.


    -Ça te couperait les doigts de frapper, Moineau? Il marqua une pose, et replaça la plume dans l'encrier. Sinon, je peux t'arranger ça.

    Oh, Jurgen regrettait. Il regrettait tout ce qui pouvait froisser son Capitaine, à vrai dire. Alors, dans ces moment là, il se grattait le cou sans s'en rendre compte. Il bredouilla quelques mots. Puis se reprit, avec plus d'assurance.

    -Oh, cap'taine, j'crois bien qu'j'en aurais besoin. Côte en vue !
    Il affichait un sourire. L'idée de poser le pied à Terre et de faire ce qu'il avait, aussi loin qu'il veuille s'en souvenir, adoré.
    -Tu me prends pour un idiot? Il le fixa quelques secondes. Je suis le Capitaine de ce bateau, bien sûr que je le sais, que les côtes sont en vue.
    Il fit un geste de la main pour chasser Jurgen et se leva. Jurgen marmonna en germain, puis se retourna, remonta sur le pont, non sans avoir été chercher son foulard. Il n'avait pas mal pris la remarque du Capitaine. Bien sûr, qu'il le savait, mais son rôle, au Moineau, était de le prévenir, et d'agir en conséquences. Il fit appeler tous ses frères, et se posa sur le pont, en hauteur, le foulard serré autour du cou.

    Et les marins avaient l'oeil, puisqu'il scandaient déjà, à l'affût d'une terre à piller, de pucelles à violer. Ils criaient en levant leurs armes. Jurgen n'avait pas à ouvrir la bouche. Sur ce bateau, c'était sa vie, sa vraie, qui s'était dessinée. Il était respecté, malgré sa barbe peu fournie et ses cheveux longs de nobliot. Malgré son handicap et sa cicatrice. D'ailleurs, il avait l'impression que ces deux dernières choses lui offrait cette place toute particulière, en partie. Car les gens ont toujours peur des morts, et Jurgen faisait un très bon mort, ayant côtoyé la faucheuse de près à plusieurs reprises et ayant toujours résisté. Parfois, on l'appelait "Le boiteux" et alors, il grognait, et insulter dans sa langue natale. Puis les duels avaient lieu, et souvent il les gagnait. Ce n'était pas un fier guerrier, plutôt un fourbe pirate. Parce qu'avec une jambe boiteuse, on doit s'adapter au monde.

    Jurgen donna l'ordre de descendre les barques et de s'y engouffrer. Alors, les quelques marins blessés resteraient là, à l'intérieur, à prévenir d'un éventuel assaut, avec leur dédommagement, et la quarantaine d'autre finirait sur la ville côtière. Corbeau arriva, sorti comme de nulle part, à son habitude et embarqua dans une ridicule barque, et leur ordonna de ramer. Les plus vigoureux s'y collèrent, et Jurgen retrouvait ce sourire qui le caractérisait tant, dans une barque voisine.


    Alors, les trop nombreux pirates arrivèrent sans sommation. Il se ruèrent sur tout ce qu'ils trouvèrent, tuant les quelques défenseurs de la ville sans problème, alors que Jurgen lui, s'était un peu éloigné. Les cris, les pleurs. Encore et encore. Les femmes qu'il s'efforcer de ne pas regarder, les enfants qu'il avait, en secret, l'envie d'arracher à leur famille, et les gorges saillantes.
    Le teuton avait eût l'avis de son capitaine: Quartier libre, si on ramène quelque chose. Alors Jurgen s'engouffra dans une maison bourgeoise où il vit une dame, bien achalandée, et cela le dégouta. Il tourna la tête et remarqua deux fillettes et un garçon. Il les salua brièvement de la tête, et monta à l'étage. Il ne jugea pas bon de les terrifier d'avantage. Car si Jurgen était parfois un mauvais bonhomme, il n'en était pas pour autant cruel.


    Le Teuton pénétra dans la couche parentale, et pilla les bijoux, saccageant la pièce jusqu'à entendre un faible bruit. Il haussa un sourcil aguerrit et plaça sa dague devant lui. Un homme, sous une couche. Pitoyable. Il s'avança en boitant, calmement, vers l'homme qui devait sans doute voir ses bottes pleines de sable. Il baissa la tête et lui sourit largement, le tirant par le bras de toutes ses forces, et le mettant à genoux, au beau milieu de la chambre.

    Il ne tentait même pas de se débattre, abdiquant sous la main puissante qui lui agrippait les cheveux avec force. Il parlait une langue que Jurgen ne connaissait pas. Alors même s'il lui disait qu'une somme rondelette était cachée au fond d'une armoire, le Teuton n'en saurait jamais rien.
    Il le fixa de ses pupilles dilatées, excité. Il passa sa dague sous la gorge et chantonna.


    -Der Herzschlag gibt den Takt so sterben wir nach Noten.*

    Et sans plus attendre, il empoigna plus fermement encore les cheveux de l'homme, et lui trancha lentement la gorge, alors que le sang ruisselait de la plaie. L'homme semblait le regarder, souffrant le martyr. Car Jurgen l'égorgé, était presque mort. Jurgen l'égorgé reproduisait bêtement, ne dissimulant même pas son plaisir pour le liquide rouge. L'agonisant fut balancé d'un coup de pied, plaçant ses mains sur sa gorge. Mais plus il bougeait, plus la plaie s'ouvrait.
    Le teuton avisa ses mains quelques secondes, puis pris ce qui lui revenait de droit, comme soulagé d'un poids. Il dévala les escaliers de la riche demeure, chargé de quelques babioles qui lui avaient permis de trancher cette gorge -car Corbeau ne l'aurait pas accepté autrement. Il savait comment le tenir, le Sombre, et Jurgen s'en contentait facilement, sans jamais se poser de questions. La femme et les enfants n'étaient plus là. Il traversa quelques rues sinueuses et ombragées, comme on en trouve tant dans le sud, et rejoint la plage où Corbeau l'attendait. Il déposa le tout dans un petit coffre, et essuya ses mains sur son pantalon de cuir.


    Corbeau le regarda faire.

    -Je sais vraiment pas ce que tu fais ici.
    Il émit un bref rire, grave, puis retourna à la contemplation de ses hommes qui pillaient.
    -J'dois just' êtr' efficace, et j'réclam' pas une grosse part...
    Il haussa les épaules, et resta avec Corbeau. S'il était un bon second, il n'aimait pas participer activement aux pillages. Il faisait ce qu'il avait à faire, sa part, prenait son dû, et attendait les autres. Les viols, les meurtres, il n'aimait pas ça, et pour justifiait les siens, de meurtres -qu'il n'aurait jamais appelé ainsi, il se trouvait le prétexte de la justice. Il regarda Corbeau.
    -Cett' fois ci... C'tait un gars qui s'planquait en laissant sa famille.

    Il se trouvait des excuses. Mais au fond, oui oui, il avait fait ce qu'il devait faire, il en était convaincu. Il se gratta la gorge et plongea ses mains dans l'eau alors que les autres revenaient lentement, chargés.

    Mais Jurgen n'était pas un mauvais bonhomme. Le teuton vivrait une vie, quelques années plus tard, bien passionnée, une vie qu'il n'aurait jamais imaginé, et qui, peut être, l'empêcherait sans trop de mal, et de déplaisir, de trancher des gorges. peut être...



*Les battements de coeur donnent la cadence, ainsi nous mourrons en musique/ après les notes.

_________________
Jurgen.
Décembre 1461, quelque part où ils ne veulent pas être trouvés.




    La nuit était tombée, de même que le brouillard. De la fenêtre de la miteuse chambre, on ne voyait pas à deux mètres. Il rêvassait doucement, fumant la pipe par la fenêtre pour ne pas agacer sa douce. Sa douce... Quel étrange mot pour un rustre comme lui. Quelle étrange sensation s'emparait de ses entrailles lorsqu'elle entrait dans une pièce. Quelle étrange sensation que celle de brûler de désir sans cesse. Jurgen était devenu aveugle, et son soleil avait la couleur et la saveur du miel. Douce oisillonne tombée de son nid, ou arrachée de son nid par les assauts d'un cœur trop noir, trop sombre, un cœur jamais éveillé.
    Il respirait doucement la fumée qui s'échappait, le froid s'engouffrant dans la pièce, lui assis sur l'appuie de fenêtre. Il entendit un miaulement. Il se tourna vivement, mais n’aperçut rien d'autre qu'une jeune fille emmitouflée dans les draps, et replongea dans ses pensées. Le coeur, oui, le coeur. Parce que Jurgen savait bien que le coeur, c'était ce qui battait derrière les côtes, mais il n'avait jamais compris ce qu'était l'amour. Et ce n'était pas faute de lui avoir expliqué, pourtant. Il reprit une bouffée. On lui avait expliqué par moult mots plus ou moins compliqués. Et puis il n'avait jamais eu sa réponse.
    Sauf à Limoges où la vile sirène avait œuvré avec soin sur sa carcasse. Douce et innocente, elle avait montré patte blanche, avec son chant de nobliote. Et lui, loin de son Capitaine, avait sombré dans les eaux poisseuses de la séduction, et l'avait convaincu qu'elle était une femme.

    Il sortit de ses songes et pressa sa jambe. Il s'imagina sur le pont d'un bateau, à trois mâts, comme le Trompe la mort. Et puis il se l'imagina elle, sur le bateau. Il se surprit à sourire par la fenêtre, avec en fond les gloussement de Nina la Dinde.
    Nina la Dinde. une des folies qu'elle lui avait fait faire. Si l'équipage voyait ça... Quelle honte. Mais lui s'en accommodait. Elle lui causait tellement de soucis, mais chacun de ses baisers ou de ses rires encore enfantins lui éclairait un peu plus le coeur, et alors il oubliait les risques qu'elle lui faisait encourir.

    Parce que l'amour de Jurgen et sa loyauté n'étaient destinés qu'à une seule personne: Corbeau, il lui avait tout d'abord obéit. Ou il avait essayé, mais le biscuit au miel qu'elle était semblait bien trop appétissant, alors des baignes, il s'en était pris, jusqu'au jour où le Sombre s'en était lui aussi plus ou moins accommodé, déplorant tout de même le fait qu'elle était toujours pucelle.

    Que lui passait-il par la tête, au teuton, pour ne pas prendre de force ce qu'il convoitait tant? Peut être un peu de douceur nichée au fond de son ventre. La bête qu'elle avait réveillée -outre celle qui logeait dans ses braies, était un monstre qui le rongeait de désir, mais il découvrait également les femmes, autres que les catins entreprenantes. Et cela lui était terriblement insupportable, le dévorant à petits feu. C'est que le Corbeau avait raison, elle perturbait sa concentration, et s'il était amené à agir, quelque part, il en serait peut être incapable, pour ses foutus beaux yeux.

    Il jeta un oeil à la dinde qui picorait une chaise. Aussi idiote que lui, cette dinde. Il avait même promis de ne pas la dévorer.

    Il referma la fenêtre et posa la pipe sur la table après l'avoir vidée dehors. Le froid régnait à présent en maître dans la chambre, et il se souvint de Jamy. Alors, comme tous les soirs depuis quelques temps, il se déshabilla et se glissa sous les draps sans ménagement, se serrant contre elle dans le lit qui, bien que petit, lui paraissait encore bien trop grand. Sa peau parsemée de petites boules de chaire comme celle d'une dinde déplumée, les poils hérissés, il se réchauffa auprès d'elle. Il l'enlaça doucement, posant son coude sur sa hanche, nichant ses doigts sous son corps, alors que sa tête reposait au dessus de la sienne.
    Si ses cheveux n'avaient plus la même odeur, sa peau était toujours aussi agréable. Elle semblait s'être endormie, alors que son corps, à lui se réveillait tout juste au contact du sien. Il n'en fut pas agacé, puis-qu’habitué, et la frustration était la maîtresse de ses nuits blanches. Il serra alors son corps frêle contre ses muscles, abandonnant la souffrance de sa jambe et de ses côtes dans un soupire d'aise.

    Longtemps il resta ainsi, le corps en rébellion. Il se leva deux fois. Une fois pour boire un verre d'eau, et l'autre pour faire les cents pas dans la chambre, alors que même la dinde s'était calmée. Il prit un vélin, sans réellement savoir pourquoi, et avant même de sortir son encrier, il se ravisa, ne sachant même pas quoi écrire.

    Alors il retourna sous les draps, contre sa peau, dans la même position, agacé.
    Il ne s'endormit qu'une heure plus tard. Une nuit sans rêve. Et quand elle s'agitait, dans son sommeil, il épousait les mouvement de son corps à la perfection, inconsciemment.

    Les sentiments et les sensations qui l'habitaient étaient terribles, destructeurs. Il était jaloux de tout, possessif de la moindre parcelle de sa peau et de son âme, jalousant jusqu'à Déos. Il l'avait dans la peau, au sens littéral du terme, une sirène trônant fièrement entre sa colonne vertébrale et son omoplate. Il râlait lorsqu'elle parlait avec un peu trop d'entrain des tatouages et de la barbe du Sombre, et lorsque le sombre parlait de son cul, à elle, il réprimait de féroces réactions. Et quand c'était le scandinave qui parlait d'elle, il ne savait trop qu'en penser, l'homme ayant une expérience certaine des femmes.

    Mais pour l'heure, il profitait de sa peau comme il le pouvait, comme elle lui accordait. et si, de sa mémoire ridicule, il ne demeurait souvent que des souvenirs sanglants ou idiots, il retiendrait son quinzième anniversaire. Autant parce qu'il tenait profondément à elle qu'à son précieux pucelage. Quel fou était-il, pour avoir même refusé d'aller voir les catins?
    La vile sirène se dandinait sans ménagement contre lui, parfois, et sa souffrance de marin était grande, alors il avait décidé de faire d'énormes efforts. De contenir ses pulsions.
    Et au réveil, le corps torturé était toujours aussi fougueux, naturellement.
    Tous deux s'apprivoisaient l'un l'autre, découvrant les plaisirs et les déboires de l'amour. Mais elle était jeune, trop jeune, et lui était peut être un peu trop mort.

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Jurgen.
    Ils avaient mis le pied à terre à Cork en Irlande, un après-midi du mois de Juillet. Le Trompe la mort fut alors laissé au port, avec cinq ou six hommes à bord, histoire de surveiller le navire. Les pirates en savaient long sur le vol de bateau, puisqu’eux même en volaient. Le Trompe la Mort avait été particulièrement difficile à débusquer. Un fier navire que Corbeau avait fait retaper. Il y avait placé un long éperon, le plus pointu possible, devant. Avec cette arme redoutable, peu de navires leur résistaient, et, souvent, ils laissaient les cadavres derrière eux, avec un bateau en mauvais état, vide de toutes richesses. Puis le butin était partagé. Deux parts pour le Corbeau, une part et demi pour le second, et une part pour les marins.
    Jurgen détenait le rôle de second. Il possédait le petit carnet de cuir qui refermait des vélins abîmés, souillés, et rongés par le sel, où étaient inscrites les loys. Jurgen les connaissait par cœur. Sur le bout des doigts. De fait, il était un marin particulièrement obéissant, si on ajoutait à cela la loyauté sans failles envers son protecteur et Maistre Le Corbeau, dict sextus Pompée, dont le véritable nom sera à jamais tu, pour des raisons bien sombre que Jurgen connaissait, là aussi, parfaitement. Le Teuton était l’homme de confiance du danois. Ils partageaient tout et rien, leur butin et leur bouteille. Mais jamais les femmes ou la cabine. Jamais, car le Capitaine demeurait le Capitaine, il avait ce charisme, cette affrontement envers les choses de la vie qui l’avait poussé au-delà des mers.

    Et ce jour là, un peu plus de trente pirates étaient entrés dans une taverne, dans les bas-fonds de la ville, à leur place respective. Jurgen avait bu, une ribaude sur les genoux, comme Corbeau. Mais allez savoir pourquoi, celles-ci ne faisaient que vendre leurs charmes. Alors le capitaine et le second, ils paieraient, c’était sûr. Jurgen n’avait pas le droit de coucher avec des femmes qu’on qualifierait de « normale ». Il n’avait droit qu’aux catins, parce que le jeune homme était jeune, justement, parce qu’il ignorait encore tellement de choses. Sextus le protégeait avec ferveur contre l’amour, et contre les griffes affreuses des femmes qui faisaient sombrer le cœur des hommes. Un marin amoureux n’en est plus un, dirait-on. Et Jurgen ne connaîtrait pas la jouissance d’aimer une donzelle avant bien des années.
    Ils buvaient. Beaucoup. Trop, très certainement. Eau de vie, et surtout, Whiskey. Jurgen adorait ça. C’était une sensation exquise que de sentir sa gorge brûler de l’intérieur. AU final, cette boisson était comme une corde, sauf qu’elle lui était bénéfique. Tous se sentaient à leur aise, ici. Tous, sauf le Rouge Gorge, l’irlandais. Il venait justement de Cork, et avait été enrôlé sur le navire quelques années avant cela. Il avait encore de la famille, par ici, et était connu comme pirate, et surtout, comme brigand notoire, du plus petit larcin, au pire viol de pucelle. Mais le teuton l’appréciait, il appréciait sa compagnie, ses blagues grasses, salaces, et… sans humour, il faut le dire. Pourtant, lui aussi se prêtait au jeu. Il buvait, interpellant toutes les femmes qui croisaient son chemin, même cette pauvre Linda, serveuse de son état. Elle avait la réputation d’être une pucelle fort courtisée pour sa beauté et la flamboyance de ses cheveux. Parce que son père était un pirate digne et téméraire, personne n’osait vraiment l’approcher. Le dernier qui avait tenté s’était fait couper la moitié du bras, jusqu’au coude. Couper des membres, c’était une coutume chez les marins de cette trempe, et celui qui n’avait jamais fait couler le sang de cette façon ne méritait probablement pas autant de respect que ça.

    Le Teuton s’affairait à tripoter la catin qu’il faisait sautiller sur ses genoux. Si son minois était mignon, son corps était, pour Jurgen, tout à fait repoussant. Elle avait des seins. Et pas qu’un peu. Les autres marins disaient qu’il était honteux de ne pas apprécier les mamelles à leur juste valeur, mais Jurgen ne pouvait se forcer : Les seins, ça lui faisait peur. Les seins étaient encombrants, pour l’acte, à son sens, mais personne, et pas même lui, ne savait d’où venaient ce dégoût et surtout, cette crainte. Toute l’après-midi, il avait fait perdre son temps à la pauvre femme qui aurait pu s’installer sur d’autres genoux. En plus, ça lui faisait mal à la jambe. La soirée enfin venue était animée. Le jeune homme aimait profondément la nuit. Il la trouvait douce et reposante, et, souvent, dans la pénombre, il s’allongeait sur le pont pour regarder les étoiles et entendre les vagues s’écraser contre la coque. Mais en ville, il fallait être d’autant plus méfiant. Parce que là n’était point leur terrain de chasse, et ils n’en étaient que plus vulnérables. Si marcher sur des cordes avec une jambe boiteuse pour Jurgen était chose aisée, piétiner les pavés l’était moins, et ce devait être là une réaction purement psychologique, car bien des années plus tard, il serait qualifié par « Loup de mer ».
    Des centaines de choppes furent avalées par les pirates. Des nez, des doigts, des côtes furent cassées, comme à l’accoutumée, la Linda ne fut pas plus approchée que cela, et Jurgen avait viré la Ribaude de ses genoux.

    -J’veux pas d’toi. Tes seins m’plaisent pas, et si mon cap’taine doit m’payer une catin, autant qu’elle soit à mon goût.
    -Mais ! Tu ne les as même pas vu, Monsieur Jurgen ! L’après-midi perdue ? C’était hors de question pour la prostituée. Elle ne laisserait pas passer si bon client, surtout que l’animal n’était pas vilain, la barbe naissante. Elle qui avait l’habitude de vieux marins affreux. Elle délaça son corsage et montra sa poitrine.
    -Pas b’soin d’les voir, ils sont gros. Et quand c’est gros, ça me donne pas envie. Il fit d’ailleurs une moue lourde de sens.

    Mais les autres pirates, eux, n’avaient d’yeux que pour la poitrine. Alors elle alla de genoux en genoux, finalement pas si mécontente de son après-midi qui mènerait à une nuit qui la rendrait peut être riche, au dépend de son malheureux corps. Et ils burent encore et encore. Là, Jurgen fuma aussi pour la première fois l’opium qui lui fit disparaître la douleur à la jambe quelques heures. Son esprit était embrumé comme jamais.

    -J’crois qu’j’vais… Il lâcha un affreux rot euh… rentrer… Il se tenait à une chaise, complètement appuyé dessus. Au bateau…
    -Moineau ? le Barbu, la ribaude sur les genoux, comme un Roy légendaire, le fixait.
    -Ja, Corbeau ? la barbe et la moustache naissante, signe de l’immense admiration pour le danois, avait frétillé sur ses lèvres.
    Corbeau lui balança une bourse remplie de quelques écus. Y’a un bordel, pas loin. Vas donc retrouver tes pucelles.
    Et l’assemblée, moqueuse, rit joyeusement en chœur. Mais Jurgen n’était pas vexé pour si peu. Il n’avait jamais goûté de pucelles, mais les catins qu’il adorait étaient toutes plates, la taille fines, et les hanches peu promptes à enfanter.


    -A d’main Monsieur Jurgen. Se fit entendre. S’il était fier de cette appellation ? Ah ! Plus que fier, c’était, à dix-sept an seulement, l’aboutissement de toute une vie. Le titre du second glorifié.

    Complètement pinté, l’alcool jusque dans les pointes des cheveux, il sortit, la porte fut maladroitement claquée, et ses pieds se posèrent un à un sur les pavés. Il avait l’impression qu’il réapprenait à marcher. Pourtant, il se promena une bonne demi-heure, surtout parce qu’il avait perdu son chemin, ne le cherchant pas vraiment non plus. Il s’arrêta, s’accouda à un rebord de fenêtre, dans une rue sombre, et regarda la bourse qu’il avait en main. Il la pesa brièvement. De quoi s’en offrir au moins deux ! Il comata comme ça une dizaine de minutes, s’imaginant une nuit avec deux femmes, deux jeunes filles comme il les aimait, et gardait le sourire aux lèvres, pervers.

    -Hé ! Jurgen posa les yeux sur la créature, un œil fermé, et sourit en coin. Un sourire, bien que la dentition ne fut pas parfaite, éclatant et charmant sous son trop court duvet de poils. Il s’approcha de la femme. Parfaite.
    Des courbes à le faire rougir si l’alcool n’avait pas déjà bien entamé son œuvre. Il tâta la donzelle. Les seins, les hanches, les cuisses, puis hôcha la tête. Il l’emmena dans la rouelle jouxtant la rue sombre. La ruelle en était donc d’autant plus sombre.


    -Hep hep hep… Les écus avant tout ! Jurgen sourit. Il avait son sabre à la ceinture et une gorge comme celle de la fille ne lui résisterait pas longtemps. Il tendait la main. Il y déposa la moitié de la bourse, puis reprit une pièce. J’en r’prends une parc’qu’on a pas d’chambr’. Dur en affaire ? Oui. Radin ? Un peu.

    Elle acquiesça sans dire un mot et glissa les écus dans sa bourse. Jurgen lui défit le corsage rapidement et fut satisfait de ce qu’il vit. Une poitrine haute et ferme. La demoiselle était brune, les yeux sombres. Probablement une métissée, d’ailleurs. D’une main dans le dos il la plaqua contre le mur froid. Celle-ci protesta et se retourna de force, les sourcils froncés. Jurgen tituba, et elle le plaqua au mur avant de s’agenouiller et de lui délacer les braies. Il ria, et atrappa une bouteille d’on ne sait quoi sur un tonneau qui marquait le coin de la rue. Il but quelques gorgées alors que sa virilité s’émoustillait dans la bouche de la jeune femme. Il posa une de ses mains sur le haut de son crâne, l’incitant à continuer, et de l’autre, il buvait le breuvage inconnu. Puis, il eut l’impression de se faire avoir, il baissa les yeux, et tira sur les cheveux.

    -Hé, j’ai pas payé pour ça !

    Tout à fait consciente de son effroyable méfait, la jeune femme se releva sans râler, et sourit. J’aurais essayé.

    Jurgen la plaqua de nouveau face au mur, posa la bouteille sur le tonneau, et remonta la robe comme il le pouvait, l’alcool lui battant les tempes, afin d’atteindre son but. Un coup de rein un râle, suivit d’autres. Les mains posées sur ses hanches, il donna un rythme plus harmonieux à l’étreinte achetée, pour finir, quelques minutes plus tard seulement, en un doux gémissement de jeune homme, à peine rauque. Il laissa tomber les pans de la robe et relaça rapidement ses braies.

    -Danke schön.

    Elle lui offrit un sourire tout à fait charmant tout en remettant en place les pans de sa robe. Elle le salua brièvement, et retourna dans la rue à la recherche de pirates en mal d’amour. Lui reprit la bouteille de breuvage inconnu, et tituba encore jusqu’au port. Il s’assit sur un quai, observant le montre. Le navire qui l’avait tant fait voyager. De l’Espagne jusqu’en Islande, de L’islande à la Bretagne, et ailleurs, loin, toujours plus loin…
    Une heure passa. Il s’effondra, bouteille à terre dans son vomit et dans la terre humide.

    -Hé, Crevard. Jurgen senti un coup de pied mou dans les côtes. Il ouvrit un œil, et le bruit des vague s’écrasa contre ses tempes affreusement douloureuses. Il se releva péniblement, et regarda Le Trompe la Mort. Le Capitaine était sur le pont.
    Jurgen passerait un sale quart d’heure.


[Bonjour, merci de traduire les passages qui ne sont pas en français comme le précise les régles d'or.
Vous pouvez effacer ce message une fois cela fait.
Bon jeu.
Modo Tord_fer]

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Le_corbeau
Le Corbeau avait prit la plume cette nuit là.
L'oiseau de malheur n'avait pas semé le chaos depuis bien longtemps et il n'en avait pas réellement l'envie cette nuit, au contraire de la précédente suites à ses craintes pour les jumelles. Cette nuit ci, il avait envie d'écrire. De coucher sur vélin des mots.

Il écrit une première lettre à un vieil ami marchand à St Malo,epère notaire de types louches en tous genre. Il voulait des informations sur son pays et savait que cet homme, par ses relations et son commerce naval en avait régulièrement. Il avait besoin de savoir comment se portait son Royaume même si il n'avait rien à revendiquer, il n'en avait jamais eu d'ailleurs mais voyant qui le dirigeait, il n'avait jamais vraiment pu laisser ça derrière lui. Un tyran qui avait conforté son trône contesté par des assassinats en masse, éradiquer des familles entières aux yeux de tous sans que personne ne réagisse. Même alors ce n'était pas "normal".

La seconde allait à Bordeaux où il devait trouver une caisse de "la Motte Margaux" pour la Duchesse. Il la lui avait promis avant de l'avoir ... C'était malin. Dire que c'était pour sauver Jurgen de son mime alors que cela n'avait nullement fonctionné ...





"Jusques en haut des cuisses
Elle est bottée
Et c'est comme un calice
A sa beauté"

S. Gainsboug.



Soupire.

La dernière de la nuit allait être pour un fantôme. Celui de Celle.
Il en avait écrit des lettres qui lui étaient destinées depuis mais jamais elles ne lui étaient parvenues.
Et pour cause.
Il prit le plus beau vélin qu'il avait et saisit sa plume, la trempa dans l'encre et commença à écrire.
Sans aucune difficultés, sa main traça au rythme de ses pensées des lettres en sa langue natale. Sa main n'en avait jamais perdu l'habitude, ce rituel étant assez fréquent bien que personne n'en sache rien. Même son second.


Citation:
Min kære Anna.



Dette faktum flere uge, vil jeg gerne indrømme noget.
Jeg ønskede at skrive før begivenhederne i ... Men jeg kunne ikke.
Jeg vil gerne indrømme, at jeg ønskede at *gribouilli d'encre baveuse*


Lars se saisit soudain du vélin et le chiffonne, en rage, avant de le laisser ainsi, sur son bureau de longue minutes, les mains tenant son crâne fermement, les doigts crispés, laissant ainsi des traces rouges sur son visage.
Lorsqu'il revint à lui, la bougie s'était consumée en grande partie. Il se leva, en alluma une autre et plaça la première dans l'âtre de la cheminée pour y brûler la lettre qui à nouveau n'arrivera jamais ...




Il saisit alors un dernier vélin et écrivit rapidement une lettre à la Duchesse d'Ambroise pour la déposer scellée à son hôtel.

[Bonjour, merci de traduire les passages qui ne sont pas en français comme le précise les régles d'or.
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Bon jeu.
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Darria
« Chaque année le Rossignol revêt des plumes neuves, mais il garde sa chanson. »

Fréderic Mistral


Elle était des leurs à présent, une entaille barrant la chair de sa paume. De justesse, Darria à la curiosité exacerbée et à la langue parfois trop déliée avait échappé à la Pie. Sa voix mélodieuse ou la supplique mouillant ses grands yeux fauves avaient influé le vote : ce serait Rossignol. Son histoire à elle semblait bien différente, et qui la mirait sous ses boucles d'or et de feu, l'oeil pur et rieur, aurait juré que son chant n'était que bonheur et délice.

Darria naquit dans une roulotte quelque part entre Espalion et Rodez. Jusqu'à ses cinq ans elle ne connut que les routes et les lubies fantasques de sa mère qui vivait en bohémienne, amourachée d'un berger. De cette époque, elle ne garda que des bribes de souvenirs heureux en particulier le doux visage de Danaé qui la berçait le soir en lui contant des histoires de druidesse et de magie.

Lorsque le chapitre fut clos et que sa mère retourna à ses obligations familiales et à sa quête de pouvoir, il fut décidé qu'on l'enverrait en pensionnat jusqu’à ses 12 ans. D'un naturel timide et réservé, celle à qui on ne demandait jamais son avis ne protesta guère bien que la tristesse déchira son pauvre cœur de se séparer de cette mère distante mais aimante. Au fil des ans, le visage de sa mère s’effaça peu à peu pour ne laisser qu'une impression floue et un manque atroce. Les grands yeux verts restèrent à jamais ancrés dans son souvenir ainsi qu'un immense rideau de boucles rousses qui lui rappelait les héroïnes de ses livres.

Sept ans c'est long, très long pour une gamine. Assez long pour se penser orpheline et ne plus espérer la visite d'une grande dame rousse à la beauté enchanteresse. Elle n’espéra plus. Elle ne vivait pas vraiment, son cœur battant au rythme morne et silencieux des heures d'ennui à lire, à apprendre, à compter. Un cœur vide de tout amour et de tout rêve.

Darria se sentit renaître une seconde fois, lorsqu'elle vit une silhouette élancée apparaître au milieu de la cour et houspiller les sœurs, le nez froncé tandis qu'une demoiselle la suivait accrochée à sa manche. Les deux jeunes filles étaient d'une beauté remarquable et bien que Rossignol ne fut pas certaine de reconnaître les traits harmonieux de sa mère, elle sut en les mirant qu'elles étaient de sa famille.

La plus grande venait d'attraper le visage d'une de ses camarades.

« Où est ma fille ? Non non pas elle, impossible qu'elle soit devenue si brune … Je n'en vois aucune d'assez belle pour être Ambroise, Seleys lâchez ma manche et tâchez de faire bonne figure, aidez-moi à retrouver Darr.. Mon oisillon ! »

Darria se sentit étreindre et embrasser. Sa mère examina ses cheveux, ses dents, sa peau puis lui présenta sa tante. Elles rentrèrent en Berry et on fit comme si ces sept années d'amertume n'eurent jamais existé.

On pardonne tout à une mère aimante.

Quelque chose lui manqua toujours néanmoins. Un souffle, un courant d'air entre chaque battement de cœur, le gouffre d'une enfance en mal d'affection qui persistait au creux de la poitrine. Un mal être permanent, un vague à l'âme qui ne la quitta pas malgré les retrouvailles familiales.

Et puis un après-midi de novembre, Rossignol rencontra Moineau et l'abîme se fit trop plein. Elle avait eu tord de penser que sa famille comblerait tout le vide de son âme. Darria venait de rencontrer sa moitié et toutes les plaies du monde se refermèrent en un sourire.

Les chats ont 7 vies. Mais certains oiseaux naissent 3 fois...

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Jurgen.
    L’enfant était grosse depuis huit mois et demi. Elle le savait parfaitement. Sa première « conquête » avait aussi été la dernière depuis ces mois. La chose l’avait profondément traumatisée. Et pourtant, de cet ignoble, elle était tombée amoureuse. Le brigand des mers, comme elle en connaissait beaucoup, était un Capitaine d’un âge certains, au moins la quarantaine. Mais il était vif. Il avait le visage parsemé de cicatrices –il avait, durant sa jeunesse, survécu à la variole, les cheveux bruns et touffus, et toujours rasé de près. Chaque jour, il se rasait lui-même, avec sa lame de rasoir parfaitement émoussée. Cependant, à cause des cicatrices, qui formaient des sillons dans la peau, il se coupait souvent.
    L’homme avait été trapu, mais de taille honorable. Nous dirions aisément qu’il aurait parfaitement pu être chevalier, si sa naissance l’en avait permis. Car jamais le sang Waldteufel n’avait été entaché de quelqu’une ascendance noble.

    Anja, la fille de pêcheuse, gardait alors le lit depuis quelques mois, à cause de saignement. Si, dans sa famille, on était travailleurs, on savait également prendre soin des femmes. Elle aimait l’enfant alors qu’il n’était pas encore né. Elle l’aimait car il était innocent. Et si, par la suite, elle détesta de tout son être le père, l’enfant n’y était pour rien. Elle espérait d’ailleurs qu’il s’agisse d’une fille, pour éviter toute ressemblance et incrimination, au petit.

    Un matin de décembre –le 20, de l’année 1438, ou 1439, le ventre se durcit. Elle allait de toute évidence donner vie. Et sa mère l’y aida, comme elle l’avait toujours fait avec ses propres sœurs.
    Aux premiers cris de l’enfant, après des heures de douleur, la joie fut de mise pour tous, et la mère, voulant une fille, était pourtant tout aussi joyeuse lorsqu’elle vu l’entrejambes de l’enfant.


      -Jurgen ? Jurgen sera parfait.


    Et le futur barbu était ainsi né. Dans la souffrance mais la joie. Et qui, à cet instant, lui aurait prédit un tel destin ? Personne, probablement. Des années durant, il fut choyé. Il apprit la pêche et la navigation de petits bateaux. Plus les années passaient, plus il devenait un fier garçon. Il n’hésitait pas à se battre lorsqu’on lui disait que sa mère était une putain : Il n’y croyait pas. Sa mère, sa grand-mère et son grand père étaient de véritables trésors, pour lui. Bien qu’il ne se posait pas de questions, à cet âge –cinq ans, environ. Il ne réfléchissait pas à la vie qu’il mènerait, tout était déjà tracé : Il serait pêcheur, comme ses ancêtres. Et depuis sa tendre enfance Jurgen connaissait son père, de par les récits de sa mère à qui on suppliait de ne pas réveiller les désirs de découvertes de l’enfant. Mais elle ne pouvait s’en empêcher.

    Il voulait rencontrer le Waldteufel. Il s’imaginait très probablement que le géniteur l’accueillerait les bras ouverts. Grave erreur. L’enfant fut profondément déçu.
    Mais rien ne l’empêcha de continuer sa vie de petit garçon. A cet âge là, il courtisait déjà les demoiselles. Filles de pêcheurs également, comme partout dans le village. Il ne s’intéressait pas à la haute société : notaires et autres. Ils vivaient tous, à Dantzig, dans la haine de l’armée et des « grands ».

    C’est d’ailleurs un an plus tard, vers ses six ans, que le Waldteufel commençait à soulever les robes des filles, et qu’il se prenait de grosses gifles de la part des pères, qu’il nécessitait de défier. L’enfant n’était pas obéissant. Il devenait turbulent. Il regardait les pirates et les marchands qui se feraient dépouiller une fois le port vidé, avec admiration. Lui aussi voulait parcourir le monde, dénicher les trésors, des femmes. Il rêvait de se marier à chaque port, comme le paternel. Il rêvait de grandeurs, d’illusions, de sirènes.
    Il traînait même les tavernes lorsqu’il leur ramenait un peu de poisson, en espérant y revoir son père. De là, il n’avait vu que des hommes mal léchés, qui le maltraitaient bien souvent. Et lorsque que le petit teuton disait être le fils Waldteufel, les autres s’esclaffaient en lui ébouriffant la crinière, néanmoins avec respect.

    Le petit enfant qui traînait les rues était adoré. On le voyait comme un garçon resplendissant, qui grimpait aux cordages, qui nageait rapidement, qui courait, qui criait, qui se déguisait même parfois en volant ici et là des vêtements. Mais personne, jamais, n’aurait pu imaginer qu’à son tour, il deviendrait un pirate estropié, barbu.

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