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[RP] Il était une fois vers la Castille — Étape Montauban

Aimbaud, incarné par Axelle


Je sais, je sais. J'ai été UN PEU optimiste quant à notre heure d'arrivée à Montauban, estimant qu'en décollant nos poulaines de Cahors à tierce nous arriverions avant le crépuscule... Je sais. Vous avez tous faim, soif et mal aux lombaires. Une bonne auberge serait la bienvenue, je sais ! Ouvrez l'oeil. Tant que nous aurons du suif à nos torches, il sera encore temps de la trouver, cette auberge.

Ainsi parlait Aimbaud de Josselinière, le premier des treize cavaliers qui avaient pénétré en les murs de la ville au couchant, juste avant que celles-ci ne se ferment avec un bruit sinistre. Dans cette troupe, certains tenaient en leur main un flambeau, que les autres suivaient, menant leurs chevaux au pas. D'aucuns étaient fort richement vêtus, d'autres avaient l'allure de serviteurs, d'autres encore de bourgeois, mais tous avaient le même visage blafard, éreinté. Le soleil était depuis longtemps couché, mais ils tournaient encore en file indienne dans les rues à la recherche d'un logis. Les flammes passaient à hauteur des fenêtres, et les paroles grommelées des cavaliers raisonnaient dans les venelles mortes, puis disparaissaient plus loin dans la nuit, emportant avec eux le son meuble des sabots de leurs montures sur la terre sèche.

Soudain, le marquis de Nemours se redressa sur sa selle. Ils avaient traversé la ville et butaient à présent contre les remparts, débouchant dans une rue enfin éclairée et bruyante. L'air y sentait le vin, la pisse, et le feu de bois. C'étaient les quartiers défavorisés, à n'en pas douter... Et, imposante, une maison haute se dressait à cent pas, piquée d'un écriteau : chope + lit, traduction : taverne auberge. Un tableau de prime abord charmant, qui aurait entièrement ravi le coeur de notre Aimbaud si, sur le palier de cet établissement, n'eussent été affalés cinq ou six péquenauds ivres morts, accompagnés d'une demoiselles aux moeurs sans doute aussi légères que sa tenue qui tentait de les relever en riant grassement... Dormir là, ils le pourraient, mais peut-être allaient-ils y risquer leurs bourses et leur état d'hygiène. Hésitant à poursuivre dans cette direction, le Bourguignon serra les brides et tourna la tête vers ses douze compères. Il les vit las et mécontents, sentit comme un air de révolte. Aussitôt il dit un mensonge, pour leur redonner foi :


Là ! J'ai entendu plus d'une fois parler de l'immense renommée de cette fameuse auberge... Les...

Il plissa ses yeux noirs et myopes.

Clonches. Médaillée d'or... euh... au moins sept années consécutives par la guilde du soudard. Nous y dormirons comme des nourrissons. Sûr. Allons !

Un instant plus tard il laissait le licou de son cheval et sa torche entre les mains d'un petit page, enjambait précautionneusement la carcasse d'un ivrogne pour ne pas se salir les bottes, et poussait la porte de la taverne en annonçant :

Holà ! Vous reste-t'il assez de literie pour treize, à cette heure du soir ?

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Katina_choovansky., incarné par Axelle


Katina, elle, tenait un paquet de chouquettes qu’elle partageait avec Calyce, parce que les torches c’était lourd, le suif ça salissait, que sa manucure était fraiche et que depuis l’escapade tourangelle, elle sentait qu’elle devait se méfier grave de Falco, et ne pas s’encombrer pour esquiver une beigne ou n’importe quel objet lancé dans la gueule.
Le baron était toujours hyper prompt à lui envoyer un truc dans la face quand elle avait le malheur de le contrarier et, don ou malédiction, Katina était vachement forte en contrariétés.
La veille, Calyce l’avait empêché de coller une étiquette « Église romaine » dans le dos du Triptyque en la distrayant d’un « Regardez là-bas ! Des enfants jettent des cailloux sur Bocom ! ». Et comme il y a des spectacles dont on ne se lasse pas, elle s’était faite eue.
Bref, à l’heure actuelle donc, elle mâchouillait une chouquette d’un air absent alors qu’en fait, elle réfléchissait à un moyen de fournir les mômes en parpaings plutôt qu’en cailloux.

Elle n’était pas blafarde non plus mais carrément livide car, c’est bien connu, les flamands même s’ils étaient très beaux, très gracieux, très intelligents et ne confondaient JAMAIS la classe et la coquetterie (exception faite des ghentois, dunkerquois et anversois qui eux mélangeaient tout, mais il faut être magnanime dans la vie, ou à défaut, mal voyant), ils n’avaient quand même que deux jours de soleil dans l’année alors question couleur de peau, c’était déjà « teint de porcelaine » au naturel. Là, on attaquait la nuance « qu’a passé huit heures sur son cheval. » (Comprendre « qui va pas tarder à manifester un mécontentement profond surtout qu’on arrive à la fin de la poche de chouquettes »)

Le canasson fut arrêté à côté de celui de Calyce, lui tendant la poche d’un air entendu (« Faites pas passer à vot’ voisin sauf si c’est Blanche ») et l’attention portée sur Aimbaud.

Papillonnement immédiat des yeux en voyant l’Inexistence, parce que non seulement la brugeoise avait un déficit d’attention assez dramatique pour tout ce qui traitait au court terme mais en plus, Aimbaud l’éblouissait comme un arc en ciel de paillettes. Parfois même, l’Aimgrat lui en foutait dans les yeux tellement il était merveilleux, alors ouais, c’était l’bordel, ça pouvait mouiller la rétine, niquer le maquille, voire, dans des cas extrêmes, ébranler un cœur de marbre brugeois, mais tout avait un prix dans la vie (Elle tenait la leçon de Finam après s’être faite escroquer une paire de poulaines à grelots contre un château en marbre d’Italie.
Montmorency, escroc, le peuple aura ta peau…
Mais de loin quoi… Elle avait pas passé 22 ans sans paternel pour se faire dessouder celui que l’univers lui avait choisi au bout de six mois.)


Là ! J'ai entendu plus d'une fois parler de l'immense renommée de cette fameuse auberge... Les... Clonches. Médaillée d'or... euh... au moins sept années consécutives par la guilde du soudard. Nous y dormirons comme des nourrissons. Sûr. Allons !

Sauf que là, même avec la plus mauvaise foi du monde, ça sentait l’embrouille moisie son plan de YMCA, à Aimbaud.

- « J’aime moyen quand on essaye de me gruger sur la literie…», confia-t-elle à Calyce.

Le sommeil était sacré chez Katina, comme le gouter, les canards, et les ours qui jonglent (et les sourires de Calyce, et les lettres d’Aimbaud et les cheveux de Blanche, et les churros, et les beignes paternelles, et la règle qui veut qu’on ne met pas de pois avec de rayures, et la sieste en été, et plein d’autres choses mais ça serait trop long à écrire)


- « Mais il est si beau quand il croit qu’on gobe ses conneries…»

Sourire niais. Atteinte jusqu’à la moelle.
Si Aimbaud avait décrété que c’était une annexe du Louvres, elle ne l’aurait pas cru mais elle aurait fait comme.

- « Je veux une plus jolie chambre que Melchiore » , précisa-t-elle en mettant une botte talonnée à terre avant d’aviser les pochtrons qui stagnaient devant le relai château. « On pourra jouer avec les clodos ? », demanda-t-elle essayant de trouver un rouquin dans le lot à donner à Finam et un Mainois pour les autres, histoire de pas se sentir dépaysés.



Axelle
« Des moutons ! » « Ah ben tiens en voilà une bonne idée, j’vais faire ça ! ».

Pas à dire, certains - que la décence et le respect impose de taire le nom - avaient de sacrées idées, ça oui. Mais que dire de la Gitane qui stupidement les écoutait ? Que c’était une sacrée imbécile. Il n’y avait rien d’autre à en conclure, même en cherchant bien. Un élevage de moutons, pour éventuellement après prendre une échoppe de tisserand, elle qui détestait les bestiaux qu’ils soient à poil ou à plume – exception faite d’un improbable chat roux et d’une jument blanche, mais eux n’étaient pas de bêtes animaux hein – et qui détestait encore plus les fanfreluches, rubans et autres fariboles quand les seules robes rouges qu’elle possédait étaient élimées et que l’idée même de courir les étal des couturiers lui filait de l’urticaire, avait été le conseil le plus pervers qui soit. Et elle avait acquiescé. Ecervelée.

Ce soir là, accoudée au comptoir d’un bouge des quartiers mal famés de Montauban, dire qu’elle s’en bouffait les doigts était un doux euphémisme. La journée avait pourtant bien commencée. Soleil, température clémente, tout pour lui plaire, à tel point qu’elle avait décidé que l’heure était venue de tondre ces choses blanc-sale que la coutume appelait moutons. Elle aurait préféré « pelote de boue », mais bon, si Axelle n’en faisait qu’à sa tête, elle respectait encore le vocabulaire et, légèrement, les règles de grammaire.

Bref, c’était donc parfaitement ignorante de ce qui l’attendait qu’elle avait déboulé dans la bergerie, couteau en main. Là, la grosse brebis venant tout juste de mettre bas l’avait regardée avec de tels yeux tristes, pensant que c’était sa gorge qui était visée, que la Gitane, s’était répandue en excuses, cachant la lame coupable au regard ovin. Elle avait expliqué dans un monologue convaincant qu’il faisait beau, que bientôt il ferrait très chaud, et qu’une jolie coupe serait plus qu’agréable. Elle avait argumenté que le bélier serait bien plus aguiché par un derrière dégagé se trémoussant devant son museau que par la crotte qui pesait à ses boucles. Rien n’y fit. La femelle n’était pas décidée à dévoiler ses formes si facilement, même pour le beau mâle. Constatant que la manière douce n’avait aucune chance de réussite, la Gitane avait alors tenté la manière forte. Sauf que les yeux doux des moutons n’avaient plus rien de tendres quand leur cervelle en avait décidé autrement. Saleté de bestiaux. La Bestiole peu encline à recevoir à coup de sabot avait dû s’avouer vaincue. Ne restait plus qu’à convaincre la vieille Léontine de s’y coller. Et ça avait été difficile. Et ça avait été long. Et la Gitane avait trop bu. La piquette servie avait au moins eu l’avantage de rendre supportable les radotages de la vieille qui n’avait accepté s’occuper de ces chers ovins qu’une fois les soucis gastriques de son chien narrés par le menu. Mais en regagnant la ville la nuit déjà tombait.

Elle n’avait pu regagner son logis pourtant à quelques pâtés de maisons, et se retrouvait là, dans une auberge inconnue et miteuse, saoulée tant de vinasse que de paroles. L’obscurité, ennemie s’il en était, avait été assez clémente pour l’autoriser à rejoindre fortifications de la ville, pas davantage. L’Aveuglée, pour la seconde fois de la journée, avait du rendre les armes et se réfugier à la première enseigne venue. Des bouges, elle avait l’habitude. Ce qui l’agaçait était de devoir payer une chambrée quand son lit l’attendait si proche, la privant par la même occasion des pourboires, même maigres, délaissés sur les tables crasseuses du tripot où elle jouait aux tavernières. Sans compter que la vieille ne facturerait pas la tonte de ses seuls bavardages ineptes. Alors, autant dire qu’en suivant de l’index le tracé du A tatoué dans la paume de sa dextre, Axelle était de mauvais poil, cherchant à se réconforter en laissant ses pensées vagabonder vers la capitale où bientôt elle pourrait rentrer pour quelques semaines. Elle y arrivait presque, touchant du bout du doigt l’apaisement quand un branle-bas de combat s’éleva dans son dos.

S’il était récent qu’Axelle divise son temps entre Paris et la Guyenne, elle avait déjà pris ses habitudes à Montauban et, casanière à ses heures, appréciait de croiser des visages toujours plus ou moins connus. Mais les voix retentissant dans son dos n’avaient rien de familières. Mauvaise pioche, encore. Dans un soupir las, elle allait s’enfuir dans sa piaule sans demander son reste quand trop curieuse, elle se retourna pour lancer un regard noir vers le troupeau qui n’avait rien d’ovin mais tout d’une volière égarée. Mais alors que tous ces volatiles secouaient leurs plumes, il en fut un qui capta son attention avec férocité. Lui, dont elle ne connaissait pas le nom. Lui, le pantin désarticulé. Le petit plaisantin à la peau trop pâle et aux sourcils trop broussailleux rencontré au Louvre. Le drôle de bonhomme aux joues plus cramoisies que celles d’une vierge effarouchée. Le pierrot au nez rouge. Le bonhomme de neige à la goutte au nez. Lui. Lui qui sous ses airs d’abruti fini avait éveillé une curiosité concupiscente, piquante et incongrue dans le ventre gitan pour mieux lui abandonner la frustration. Il était là, et elle savait qu’en penser. Déguerpir aurait été certainement la meilleure chose à faire, et pourtant, après une réponse du tenancier dont le sens lui échappa, la voix rauque d’Axelle s’éleva dans l’ombre de son regard effilé.


Z’avez donc pris gout aux bas quartiers ?
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Aimbaud, incarné par Axelle


Nous sommes d'accord qu'il n'est pas question de retenter l'expérience de l'élevage de grenouilles dans vos chambres, cette fois ?

Disait le marquis de Nemours à demie-voix à la flaminguante Katina, tandis que l'aubergiste recomptait les piles de sous qu'Aimbaud avait avancées sur le comptoir. Il faisait allusion à la dernière visite de Katina dans ses appartements en Bourgogne. Il était bien connu qu'autour de Katina, et selon son humeur, apparaissaient soit des pâtisseries soit des batraciens, soit des paillettes soit des pots cassés, soit les sept merveilles du monde, soit les sept plaies d'Egypte. Il en avait toujours été ainsi ; cela semblait naturel à Aimbaud, puisqu'elle avait suivi son parcours depuis le berceau (où elle s'était penchée pour lui accorder trois dons — humour, agilité et magnificence (ce dernier ayant eu pour ricochet de le propulser marquis par la suite, d'où le prédicat "Votre Magnificence") — suivez un peu, ça ne sont pas deux petites parenthèses qui vous vous perdre, vous êtes lecteur émérite).

Ainsi, par un silence parlant, il préférait prévenir sa bonne fée qu'il n'était pas disposé à payer des dédommagements dus à une pluie de grenouilles, de salamandres ou de limaces, ou de n'importe quelle espèce propre à illustrer son mécontentement, si mécontentement il devait y avoir en réponse à la piètre qualité du petit-déjeuner compris, des draps qui gratteraient ou de la rudesse des aubergistes. Il disait tout cela dans un silence appuyé, avec des yeux globuleux et un sourire pincé, pour la terrifier. Et il la terrifiait, évidement, puisque...


Y prendront le p'tit déjeuner compris, ces m'sires dames ?

Ce serait prendre bien trop de risque... Non.

Z’avez donc pris goût aux bas quartiers ?


Les yeux blasés du marquis se tournèrent vers la silhouette qui venait de parler, se demandant si c'était lui qu'on apostrophait. Contact rétinien. Ses paumes devinrent moites. Un vent surgissant de nulle part se mit à lui secouer les cheveux. Il déglutit de l'acide sulfurique et un bouchon de champagne sauta sous son poitrail. Ça fit de la mousse dans ses artères. Du genre froide et picotante. Pas confort.

Cette figure ! Cette personne. Cette voix. Et puis....
Et puis....
...

Cette femme...! AAAAAAAAAAARRHHHHH. Un peu spéciale, les cheveux en arrière ! TELLEMENT SI FEMME. AAAAAAAAARRHHH. YOUPI. Elle a les yeux arbalète ! ELLE A LE REGARD QUI TUE. L'A TIRÉ LA PREMIÈRE. L'A TOUCHÉ C'EST FOUTU.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRHHHHH.
Et il aime ça.

...

Hormis cela (cela qui hurlait en son fort intérieur comme un porc que l'on égorge), Aimbaud de Josselinière était devenu blanc comme un lavabo, les yeux figés sur la bohémienne. Cette fille sans coiffe, à la peau couleur de pomme gâtée, aux grands yeux sombres comme le fond des puits, brillants comme deux coupes de Murano, au front canaille et aux joues peau de pêche, à y mordre, sans demander de permission ! Cette charmante enfant...! Cette belle fille. Oh il oubliait bien des visages, mais pas celui-là. Celui-là, pour l'avoir seulement aperçu une petite demie-heure sous les remparts du Louvre, il en avait rêvé quatre fois, d'une façon qu'il ne voulait s'avouer. Et plus il l'avait ignoré, plus il était revenu. Puis il avait eut d'autres choses à penser... Il avait rêvé d'autres choses. C'était oublié. Et puis paf. Elle. Là. En chair. Et en os. Et en vêtements dessus. À l'autre bout du royaume de France.

Sa mâchoire un peu pendante dû mettre un certain temps avant de retrouver ses fonctions motrices.


Jvg... Jv... Vghj... Jvous faites quoi ici ? ... Hum ! Ça va ? Bien ?

Il s'accouda brutalement au comptoir, renversant une pile de pièces d'or que l'aubergiste n'avait pas fini de compter.
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Axelle
She says, hey babe, take a walk on the wild side*


Les mirettes de charbon arrimées au velours toujours opulent malgré la poussière, la Gitane, toisait l’Innomé, finalement réjouie que la soirée prenne ce tour insoupçonné quand elle s’annonçait morose et ennuyeuse. S’il prenait l’envie au Pierrot d’être aussi déstabilisant dans les bas fonds de Montauban qu’il l’avait été dans la grisaille parisienne, la nuit s’annonçait et troublante, et intrigante, et incompréhensible. Et frustrante, aussi, certainement. Pourtant qu’importait que l’issue soit verticale ou horizontale, déjà la Bestiole se léchait les babines des touchantes maladresses à venir.

Toutefois, contrairement à ses espérances, il ne rougit pas. Tout au contraire, le voici qui blêmit, comme si sa peau n’était pas déjà assez pâle. A poursuivre trop dans ce sens, il pourrait en devenir transparent jusqu’à s’évaporer à la vue vacillante des pupilles gitanes. L’idée la fit frémir. Disparaitre aussi vite après être enfin réapparu. Sans avoir pu jouer, rien qu’un peu. La perspective était plus que fâcheuse. Peut-être était-il malade. Atteint d’un mal incurable et mystérieux. La gitane s’agita à cette pensée, le cœur étrangement tordu. Elle ouvrit la bouche soudainement inquiète mais la referma aussi vite dans un froncement de sourcils piqué au vif. Pressée de poser des conclusions, elle se hâtait d’interpréter cette pâleur. Il avait honte d’elle. Ne la croyait-il pas mendiante ? N’avait-elle joué la catin ? Si. Et dans l’implacable et paranoïaque logique gitane, devoir avouer la connaître, même à peine, devant tous ces autres, était dégradant. La noblesse et la gueuserie n’avaient jamais fait bon ménage, Axelle le savait, mais pourtant sa fierté se rebellait et piaffait, offusquée.

Pourquoi diable n’avait-il pas rougi? Définitivement, à peine se pointait-il devant son museau que déjà les sentiments gitans s’entrelaçaient pour danser la gigue.

Tu vas danser avec moi cette fois !


Alors, elle sourit la Gitane, d’un de ces sourires fait pour piéger, pour endormir les consciences, pour ensorceler peut-être aussi et le mensonge éclatant claqua.

J’vous attendais. Mensonge à demi pourtant, quand sans l’admettre, depuis cette rencontre étrange, l’envie de le revoir tournait en boucle dans un recoin réservé de sa cervelle confuse. De toute façon la controverse était inutile, la provocation valait mille fois mieux que la bêtise et la banalité de la vérité. De quoi aurait-elle eu l’air d’avouer qu’une brebis têtue l’avait empêchée de rentrer chez elle, à quelques pas seulement de là ? D’une idiote. Gueuse passait encore, mais gueuse et idiote, non. Fort de la conviction que ce choix là était le plus judicieux, le fin sourire luisant à l’ombre de sa peau s’étira alors que d’un pas nonchalant, la danseuse s’avança, réduisant la distance jusqu’à sentir le souffle pale sur sa bouche impertinente. Et comme z’êtes venu, j’vais bien. Murmura t-elle sur le ton d’un secret volé. Clémente un brin, son regard relâcha sa poigne pour s’échouer sur les piles de pièces d’or renversées que, d’une main distraite, elle s’amusa à rempiler. Et vous ? Z’allez comment ? Ce qu’il fichait là, elle s’en moquait. Il était là. Point.

Danse ! Danse adorable pantin. Danse pour moi, rien que pour moi qui danse trop.

*Walk On The Wild Side - Lou Reed
[traduction: Elle dit, hey bébé, marche un peu sur la mauvaise pente]

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Aimbaud, incarné par Axelle


[Je n'ai jamais vu un soir où tu sois aussi... Close to me.]

    Si j'avais ta confiance,
    Alors ce serait sans danger.

    — The Cure — M —


Ouais il en tremble. Sa marquisale tête exécute un recul stratégique et ses mains se crispent lorsque l'étrangère fait fi de la distance qui les sépare. Un réflexe. Une éducation. Pas frôler les gens. Être proche c'est sale. Pfiou... On avait été à un cheveu de friser les convenances... Bien trop de principes. Bien trop de témoins. Bien trop de risques...!

Le front d'Aimbaud affichait sa terreur au nombre de plis qu'il arborait. Mais sa terreur n'avait d'égal que son plaisir alors que les déclarations de la pauvresse tombaient une à une dans le creux de son oreille, flattant sa certitude de lui plaire. Mais était-ce bien possible, que cette sombre inconnue voulu l'approcher ? Était-il parvenu, Dieu sait comment, à se faire aimer d'elle, rien qu'en lui balbutiant trois mots ? Beh ! À tout bien réfléchir, il lui semblait vrai qu'il pouvait plaire. Jadis, gamin, il avait tout de même gagné le coeur de sa cousine en grattant les cordes d'une cithare. La belle Blanche de Castille n'avait-elle pas été émue par sa figure alors qu'il ne possédait pas même encore de barbe ?' Et certaines filles de huit ans ne se pendaient-elles pas encore à ses manches, en le priant d'être leur chevalier servant ? Puis... C'était à peu près tout. Sa femme, elle, n'était touchée que par ses faits d'armes. Le reste de la gent féminine lui était toujours passé devant sans s'arrêter.

Mais non. Il comprenait maintenant. Celle-ci était pauvre, trompeuse. Elle ne pouvait en vouloir qu'à son argent. Ce devait être le motif de bien des pécheresses, prêtes à s'abandonner aux bras du premier riche venu contre une paire de souliers en satin. Même, voulait-elle l'attirer par le bras dans un recoin de cette ville glauque pour l'y faire bastonner par des complices et détrousser de son or ? Il y songeait avec une certitude grandissante, en observant les doigts fins de la jeune-femme s'enrouler autour des écus qu'il avait renversés sur le comptoir. Se jouait-elle de lui ? Comment faire confiance à une femme du peuple ? Allez comprendre les codes qui peuplaient ces yeux magnifiques...!

Il y avait de la poudre à canon dans l'air. Nerveux et paniqué, le marquis.

En définitive, le rouge lui était venu aux joues. La sentir tout contre... Le regard de cette mauresque était resté si longtemps ancré dans le sien, qu'il avaient fait bouillir en lui foule de questionnements et de gênes. Et ses yeux à lui sautaient et tournaient, fuyaient, cherchaient ses compagnons, surveillaient l'aubergiste, se baissaient sur la gorge de la bohémienne, revenaient, battaient en retraite, craignant de heurter de plein fouet ses semblables évidement désirables, mais par Dieu trop francs ! Mais qu'allait-on penser de lui, qui rougissait, tout contre cette fille... On allait rire. Le voir... Lui et cette... Cette... Trop proche. Nom de Dieu ! Trop chaud. Il devait respirer. Un sursaut s'empara de lui.


Nmhça va. Ça va. Dit-il pour couper court, furieux contre lui-même de ne savoir dissimuler ses états-d'âme.

Il tourna un visage impassible vers Katina. Ses oreilles commençaient à chauffer, elles allaient devenir brûlantes. Bientôt sa toque allait prendre feu et il faudrait le jeter entier dans l'abreuvoir.


Une vague connaissance... Ghm. Se cru-t'il forcé d'expliquer, avec un tic de la paupière, en agitant la main comme une petite balayette. Ça donc ! Les clefs de nos chambres. Soyez remercié, aubergiste. Il y a le compte ? Bien. Bien. Bon.

Il laissa sa troupe saisir les clefs et se les partager. En lui c'était la détresse totale. Forte était l'envie de fuir cette bohémienne collante qui risquait d'entâcher sa réputation. Plus forte encore était la peur de recroiser ses yeux magnétiques auxquels il ne comprenait RIEN. Et encore un poil au dessus plus forte était l'envie de lui prendre la main et de lui déclamer un poème épique avant de baiser ses lèvres avec la classe ultime des mecs dans les chansons de geste. Il oscillait. Il se tâtait. Et son hésitation se traduisait par des tapotements ridicules de ses doigts sur le bord du comptoir, contre lequel il se tenait bien droit, regardant au loin (comme s'il avait quelque chose de primordial à regarder au loin)... À son dam, elle était si proche...

Vous vous. Vous dormez à l'auberge ?

Demanda-t'il, l'air détaché, ponctuant sa question par une brève toux.
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_katina_choovansky
Parmi ses multiples qualités, Katina avait du nez.
Elle pouvait trouver une chouquette les yeux bandés dans une pièce aux fenêtres ouvertes. Par contre question relations humaines, elle était vachement à la traine (mis à part quelques fulgurances qu’elle ne réservait qu’aux gens qui l’intéressaient, c’est à dire, pas grand monde)

M’enfin même à la traine, y a des choses qu’on ne loupe pas.
La dame indisposait visiblement vachement Aimbaud (zéro en relation humaine j’vous dis).
A moins qu’elle cherche à lui refourguer un truc à vendre…
Perplexe, la brune rejoignit le comptoir pour aider l’aubergiste à ramasser les pièces éparpillées sans perdre la scène du regard (comprendre, indiquer d’un doigt manucuré où sont les pièces qu’il ne voit pas)


Le premier qui disait qu’Aimbaud était moche, elle lui collait une mandale grosse comme ça en le traitant de gros menteur, et autant dire que ça laissait peu de place à une fuite salutaire.
Le premier qui disait qu’Aimbaud, y avait plus beau, elle menaçait son père, sa mère, et même son chien , et il n’y avait bien que si ça venait de Melchiore qu’elle faisait semblant d’être sourde (parce que traiter sa famille c’était déjà chaud, mais devoir traiter Finam c’était juste pas possible)
Le premier qui disait qu’Aimbaud était pas l’un des êtres les plus merveilleux que la terre ait jamais porté, elle posait plainte auprès de la maréchaussée.

En gros, Katina aurait trouvé ça super normal qu’Aimbaud marche constamment sur un tapis de soupirantes énamourées mais en faisant genre « je les vois pas » parce qu’il était très bien élevé (mais, je vous le rappelle, elle avait zéro en relations humaines.)
En plus, comme si ça suffisait pas, la flamangevine n'avait jamais vu Aimbaud in love, ni même séduit... Autant dire que tout était contre elle pour percevoir la grosse tension sexuelle qu'il y avait sous son nez.


Penchement de la dame sur l’Inexistence jusqu’à le frôler, provoquant une moue horrifiée sur le minois brugeois.
SA RACE COMMENT C’EST SALE , ELLE VA LUI MANGER LA BOUCHE!!!!! !!!
Car Katina avait beaucoup de pudeur et tolérait mal les effusions publiques
Ah non, observa-t-elle au prise de son monologue quand la dame s’éloigna, poussant un gros soupir soulagé bien audible parce qu’autant se laver les oreilles quand on entend des trucs sales c’est fastoche, autant se laver les yeux quand on voit un truc intime, c’est vachement plus compliqué.

SA RACE , COMMENT C EST FOURBE, ELLE VA VOLER LES SOUS !!!

Mais la main de la brune délaissa le tas de pièce, ce qui réconforta beaucoup la brugeoise qui n’avait aucune envie de devoir changer d’auberge et de clodos (elle avait réservé le troisième en partant de la gauche parce qu’il n’avait que deux orteils au pied gauche et qu’elle trouvait ça merveilleusement original.)

Rencontre de regard avec Aimbaud.
Magnanimité de la fée sur son trésor de Marquis en ne lui demandant pas pourquoi il avait un tic à la paupière, limite prête à jurer plus tard que ça ne s’était pas autant vu que ses oreilles rouges.


Une vague connaissance... Ghm
- « Bonsoir, vague connaissance » fit elle en se surpassant question politesse parce qu’avec quatre angevins et demi dans la troupe il fallait déployer des trésors de sociabilité pour éviter les fourches et les torches dans à peu près tous les comtés traversés.

Puis, se sentant de trop (la fulgurance, toussa...) et craignant que la dame ne fasse plus que renifler Aimbaud la prochaine fois, elle détourna le regard pour s’accaparer toutes les clefs avec une moue de défi au reste de la troupe avant de se pencher vers l’aubergiste et de lui demander très sérieusement une chambre mieux que celle de Melchiore.
Ouais, elle avait aussi des idées fixes.


Axelle
Let's dance little stranger
Show me secret sins
Love can be like bondage
Seduce me once again

Burning like an angel
Who has heaven in reprieve
Burning like the voodoo man
With devils on his sleeve*


A quoi s’était-elle attendu, la gueuse, la gitane, la mauresque, la maudite? Le pantin de cire semblait se souvenir d’elle, le constat n’était déjà pas si fâcheux, finalement. Mais son ego était une petite chose fragile qui se ménageait et se caresserait dans le sens du poil, sinon, ça faisait mal, ça brulait, ça tiraillait et ça égratignait. Et toutes les tonnes de sagesse qu’elle pouvait chercher à étaler ne changeait rien au fait qu’un ego malmené irritait comme une plante urticante que seul le baume d’un regard avait le pouvoir de soigner.

En guise de regard, ce fut un instinct de dérobade qui empesta aux narines gitanes, joliment souligné par des yeux préférant ausculter le mur que son visage. Comme si le mur avait besoin de soins et d’attention. Le rouge aux joues n’était que duperie, rien que la marque cuisante de la honte et de la gêne. La gitane en trépignait quand stupidement, elle n’avait, elle, qu’une envie, prendre la main noble, en caresser la paume pale pour en découvrir la douceur et y déposer ses lèvres chaudes, les yeux fermés pour mieux se troubler de leur parfum. Cet homme, ce pierrot lunaire lui donnait des envies de douceur, de découvertes, et lui ne lui agitait que son mépris à la figure. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, telle se signait la leçon. Elle aurait pu être en colère et chercher à le mettre plus mal à l’aise encore. Enflammer son jupon. Mordre sa lèvre. Tendre son cou pour dégager la rondeur de son sein affleurant sous le rouge de sa robe, jusqu’à ce que le regard fuyant soit happé de curiosité et s’échoue vaincu à la pointe arrogante dardant vers lui sans pudeur. Mais elle n’en fit rien, quand de tous les reculs, ce fut un simple geste de la main qui balaya tout ce qui aurait pu être colérique et révolté dans une blessure aigüe, de celles qui obligent les sourcils à se froncer, la bouche à se pincer, et la gorge à se nouer d’une déglutition pénible.

Souvent sa condition lui avait été crachée à la figure, mais jamais avec tant de désinvolture. Ou plutôt, jamais par un être à qui elle avait envie de plaire, même un peu. Juste un peu, rien que pour le voir sourire, une fois. Alors ses yeux se décrochèrent de la silhouette noble, hochant vaguement la tête à la salutation de la femme l’accompagnant, lâchant un bref ‘Soir. Finalement, certainement aurait-elle dû dormir avec ses moutons, au moins ceux-ci n’avaient pas de mains affublées de doigts pour miner « du balais ». Et voila qu’il tapotait sur le comptoir, certainement agité par l’impatience de la voir déguerpir de son champs de vision.


La gitane baissa un moment le regard vers ses bottes trop grandes, remontant son regard de charbon sur le rouge élimé de sa robe, pour se poser sur la peau trop brune de sa main. Fallait-il qu’il soit sorcier pour qu’à cet instant elle se prenne à regretter d’être ce qu’elle était ? Qu’elle se prenne à envier les chevelures pales et tressées avec soin, les robes soyeuses et les souliers de cuir fin, les bouches en cœur et les yeux de biche effarouchée ? Le tout bien enrubanné dans une voix douce ou aucun mot ne dépassaient ?

Au diable les sorts éventuels, au diable les peaux diaphanes, jamais personne n’avait écorné sa fierté de manouche, et s’il avait failli l’ébrécher, le premier à y parvenir n’était pas encore né. Foi de Casas ! Alors elle releva le menton, laissant déborder dans le port de sa tête de danseuse toute la fierté de son sang fougueux, enfiévré du soleil andalou, et de sa voix gouailleuse à souhait rétorqua à la question dont elle ne vit, bêtement, aucune curiosité sincère mais qu’une politesse trop soignée.


Ouais, j’dors ici. Sous les toits, là où dorment…
elle agita sa main sous le nez de celui dont elle brulait au moins de connaître le nom, singeant l'offense ...vous savez hein…

Son regard un bref instant s’accrocha à celui qui s’évertuait à refuser de la regarder.


Rejoins-moi si tu l’oses. Prouves moi que je me trompe. Prouve moi que tu n’es pas qu’un de ces nobliaux qui n’est charmé que pas le nombre de perles cousues à une robe ni au poids d’une couronne. Et en guise de couronne et de pierreries, c’est le rouge de son jupon qui virevolta sur l’ambre de ses jambes quand elle gagna l’escalier.



*Dance With Me- Nouvelle Vague
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Aimbaud
[Trois heures au petit matin, et...]

The mirror's image
Tells me it's home time
But I'm not finished
'Cause you're not by my side
And as I arrived I thought I saw you leaving
Carrying your shoes
Decided that once again I was just dreaming
Of bumping into you...

— Arctic Monkeys —


L'auberge était désormais silencieuse. Un ronflement de-ci de-là derrière les cloisons, mais hormis ça, c'était plutôt calme. Comme son écuyer l'attendait à Toulouse, Aimbaud ne partageait sa chambre avec personne. Pour le coucher, il s'était occupé de lui-même comme un grand, à savoir, il avait ôté lui-même ses bottes et délacé lui-même son pourpoint, et jeté lui-même tout son attirail sur un tabouret sans se douter qu'il était sensé plier quoi que ce soit pour éviter les froissures. Mais c'était bien ainsi. Voyager, libre, froissé, sale comme en temps de guerre. Il aimait bien, ça changeait de l'ordinaire. Puis il s'était servi une coupe de vin — d'une carafe qu'il s'était fait monter dans sa chambre — et avait longuement feuilleté un petit livre d'heures qu'il portait en journée dans son mantel côté coeur. Il s'adonnait à la lecture de la vie de Saint Polin, avec l'espoir qu'elle serait assez soporifique pour l'aider à fermer les yeux. Mais figurez-vous que certains passages du dogme sont assez palpitants. Ainsi la chandelle brûlait, goûtait, rapetissait au fil des heures.

Parfois les yeux du marquis continuaient leur trajet sur les lignes manuscrites, mais son esprit, lui, perdait complètement le fil, et partait rejoindre les escaliers de la fille en rouge. Il, son esprit, gravissait les degrés, rattrapait les petits pieds basanés et voulait s'y jeter, fou d'amour, en concevant quelques tournures de phrases élégantes qui diraient tout ce qu'il pensait d'elle, tout d'un coup... Puis Aimbaud fronçait les sourcils, glacé d'agacement et d'angoisse de pécher, il relisait le paragraphe qu'il venait d'oublier, sévèrement.

Polin combattait les averroïstes. Les miroirs d'étain... Les ennemis aveuglés par la lumière du soleil... Les campagnes païennes en feu... Le Bourguignon se demanda si sa femme aurait apprécié qu'il lui fasse pareille lecture, et si elle priait à l'heure où il songeait à elle. Sûrement oui, elle ne faisait plus que ça, prier, et rester emmurée dans son aile du château (parce qu'ils faisaient souvent aile à part). La bohémienne, elle, devait dormir à poings fermés sur un petit lit de paille et de chanvre, avec pour oreiller ses cheveux dénoués. Comme il avait été impoli, avec elle... Il s'en voulait terriblement. Quel dommage de n'avoir pas pu discuter... Et dire qu'il reprenait la route à l'aube. Il ne la reverrait sûrement jamais plus...

Mais qu'importe ! Polin ! Polin. Allons, Polin de Champagne... Bon. Il but encore du vin pour se donner du courage, et du sommeil. Les lignes étaient plus difficiles à cerner. Les enluminures devenaient vagues et le manuscrit penchait. Aimbaud ferma les yeux mais il se rouvrirent tout seuls. Il avait entendu un bruit.

Une sorte de grattement. De soufflement. De courant d'air. Un truc. Ou peut-être rien. Peut-être juste une excuse pour s'intéresser à ce qui se passait dans le couloir de l'auberge. Mais quand même, il fallait savoir. C'était primordial, non ? Un bruit, comme ça, infime, imperceptible, fruit de son imagination, c'était trop louche pour ne pas être vérifié... Il sauta sur ses pieds et prit sa bougie presque fondue. Sa tête passa par la porte. Il déglutit, un poil nerveux soudain, tandis qu'il observait l'escalier qui montait sous les combes. À quoi bon. Et puis... Il ne savait même pas s'il y avait beaucoup de monde là-haut, ou juste elle... Elle. Non, il ne pouvait pas faire ça. Il était tard. Il était pécheur. Il se rongeait les lèvres. Le vin lui floutait le regard. Elle dormait juste au dessus, peut-être... Diable ! Qu'est-ce qui lui prenait, à monter les escaliers ? Juste pour voir ? Comment ça, juste pour voir ? Voir quoi ? Une soupente crade avec des crottes de rats ? Pour faire quoi ? Pour dire quoi ? Pour lever les yeux juste au niveau du plancher, là ? Voilà, il a vu. Eh bien. Une soupente vous disait-on. Il reste tapis, moitié engouffré dans l'escalier. Ivre et paniqué. Avec sa tête qui se hisse discrètement pour espionner, jaunie par la lumière d'une chandelle. L'escalier grince.

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Axelle
[Et… Qui aurait pu savoir?]

It's 5 o'clock in the morning
Conversation got boring
You said you're going to bed soon
So I snuck off to your bedroom
And I thought I'd just wait there
Til I heard you come up the stairs
I pretended I was sleeping
And I was hoping you would creep in
With me
*


Ce fut seulement arrivée au milieu des escaliers que la Bestiole réalisa que dans son empressement à s’envoler loin de Lui, elle en avait oublié de demander une bonne réserve de chandelles à l’aubergiste. Passer la nuit dans le noir le plus complet était impensable. Mais redescendre, prendre le risque qu’il croie qu’elle voulait le revoir, encore plus inconcevable.

Maudit orgueil.

Quand on n’a pas de tête il faut avoir des jambes disait l’adage ? Et bien cette nuit là, Axelle serait privée et de tête et de vue pour le soi-disant repos de ses jambes. Au final ce qui lui manquerait, serait Lui. Lui qu’elle avait perçu pantin les premières minutes, au cœur de la cour du Louvre. Pourtant à présent, c’était bien elle la marionnette, quand Lui, pantin déchu, tirait les fils de chacune de ses pensées.

A tâtons, elle avait gravit les marches, bras tendus, le maudissant, se maudissant.
A l’aveuglette, elle avait piétiné les lattes du plancher grinçant des combles jusqu’à ce qu’enfin le bout de sa botte heurte la couche de paille. Inconvénient minime quand la nuitée avait été négociée au prix d’un demi-fût de bière qui serait le lendemain chapardé aux Combes. Petit larcin qui passerait inaperçu aux yeux du Prince. Et si tel n’était pas le cas, elle réussirait bien à feinter ou à apitoyer. Privilège de saltimbanque d’avoir la comédie dans le sang quand la nécessité se posait en impératif. De toutes façon, elle savait bien que d’ici une semaine, prise de remord, le demi fut serait remboursé de sa poche.


Debout, dans la lueur laiteuse de la lune filtrant d’une lucarne, elle secoua un pied, puis l’autre, laissant tomber distraitement ses bottes dans un bruit mou avant de laisser choir son couteau sur la paillasse. Et petite marionnette aux pensées évaporées mais aux habitudes tenaces, s’ébouriffa les cheveux en passant sa robe par-dessus sa tête. Le rouge se froissa quelque part sur le plancher, sans qu’elle n’y prenne garde. Elle était fatiguée, l’alcool de la vieille s’acharnant à serpenter dans ses veines, elle n’aspirait plus qu’à s’endormir et que cette journée enfin s’achève. Persuadée qu’Il ne viendrait pas, autant dormir et l’oublier. Enfin, oublier, c’était plus facile à dire qu’à faire. Satané Noble.


Le demi-fut n’était pas volé. Les draps étaient frais et sentaient bon le savon et l’air neuf du printemps. Tout augurait donc une nuit passable, mais pourtant nichée dans ses draps blancs, la Gitane ne cessait de se gigoter. Et coup vers la droite. Et un coup vers la gauche, ses soupirs s’enchevêtrant au grincement des lattes malgré son poids plume. Elle tentait bien de faire vagabonder ses pensées vers Paris où deux paires de mirettes noires l’attendaient, rien n’y faisait. C’étaient invariablement un autre regard noir qui s’accrochait à ses rétines ombrageuses. Du noir, du noir, toujours du noir, même les ondulations rousses n’y pouvaient rien. Inapte à l’étude les nœuds de la charpente, elle ne pouvait que ressasser la soirée, s’en voulant d’avoir répondu tel mot quand telle phrase aurait été bien plus piquante. Alors elle répétait ce qu’elle pourrait dire le lendemain, si elle le croisait, mais restait incapable de choisir entre l’insulte, le mépris, ou le pardon le plus amouraché. Et ça tournait, implacablement, jusqu'à lui tourner la tête. L’insulte restait invariablement utopique, elle s’en savait incapable. Le mépris, était terne, sans saveur, et puis non, non, elle ne pourrait jamais le mépriser. Elle ne pourrait que le pardonner et lui sourire, peut-être même lui demander son nom. Mais non, non. Le geste de la main pâle s’offusquait d’être si vite oublié. Alors l’insulte revenait à la charge.

Je sens des boums et des bangs
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang…**


Et tout recommençait. Invariablement. Jusqu’à ce qu’un grincement incongru qui n’avait rien à voir avec le plancher, mais tout à devoir à l’escalier ne la fasse se redresser comme un diable sortant de sa boite, le drap pressé contre elle. Qui va là ? Lança t-elle d’une voix blanche, les yeux trop grands s’agitant dans le vide. Répondez ! La main brune déjà glissait sous le drap froissé, tâtonnant pour dénicher la manche de son couteau. Puis d’une voix plus douce malgré elle, comme prise d’une lubie fantasque ou d’une clairvoyance soudaine. C’vous ? Parlez-moi, s’vous plait…




* Lily Allen - Who'd Have Known?
** Comme un boomerang - Serge Gainsbourg

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Aimbaud
Je t'aime tellement
Qu'il me faudrait du temps
Pour ne plus penser à toi tout le temps
Ça m'arriverait tellement souvent
Que j'aurais plus que ça à faire
Tout le temps...

— Jamel Laroussi —


Qui va là ?

La chandelle vacilla. Dans son sursaut, le marquis manqua de lâcher sa lumière et de mettre le feu aux escaliers. Il resta tapi dans son recoin, statufié. L'abruti ! Il l'avait éveillée ! Elle avait parlé trop fort. On les avait peut-être entendus. Mieux valait rebrousser chemin et descendre les marches au triple galop.

Répondez ! C’vous ? Parlez-moi, s’vous plait…

Son coeur se mit à cogner comme un bélier sur les portes de ses côtes. À frapper de la sorte, il allait tout rompre et lui sortir du poitrail. Il faudrait le ramasser sur le plancher. La voix de la jeune-femme, tout comme le raclement d'une lame qu'il avait cru reconnaître près du parterre, intimidaient fortement notre Aimbaud. Il choisissait toujours si mal les élues de son coeur... Mauvais partis, armés de couteaux... Il opta pour une tentative d'apaisement, tournant prudemment la tête du côté du grenier, tandis qu'il restait en retrait.

Damoiselle ! J'ignore si le "vous" que vous dites est le moi que je suis. Ce "vous" ne me ressemble guère, j'en suis confus, puisqu'il se trouve pris sur le fait, jouissant de la faveur de la nuit pour gravir des degrés ne menant pas à sa chambre, tandis que le moi que je suis, évidement, condamnerais justement cette incursion, bien qu'il n'y ai eu nul bris, puisque nulle porte... mais ! Peu nous chaut la circonstance atténuante. Si ce vous est bien moi, et si vous m'avez reconnu, je suis coupable et fort honteux...!

Le chandelier glissa sur le plancher, préférant être posé par les mains très agitées et presque tremblantes qui la tenaient, la penchaient, et se brûlaient avec des gouttes de cire, pendant qu'Aimbaud chuchotait son plaidoyer, à faible voix dans la montée de l'escalier. Il avait débité sa défense à vive, très vive allure, soucieux de se justifier sans délai, et surtout de rassurer cette pauvre femme qu'il avait brusquement tirée des songes, en s'infiltrant dans ses quartiers, comme le dernier des soudards, un violeur, un pilleur, un chien galeux tout juste bon pour le piloris.

En guise de déclaration d'amour courtois, c'était un rébarabatif plaidoyer de juriste qu'il lui sortait. Il manquait de courage, pour abandonner ce lexique au profit de mots plus doux, mais ces derniers n'attendaient qu'un signe favorable pour rouler sur sa langue.


Pardonnez-moi, je n'entendais pas vous importuner ! ... Je désirais seulement, en vérité, voir. Si vous dormiez ! Veiller à ce qu'en votre soupente rien ne vous fasse défaut... Ne vous dire qu'un mot, peut-être deux, et m'en retourner sans plus nuire à votre sommeil, afin qu'il soit bel et bon, non plus rompu à tort et à travers par l'indigent que je suis !

Puis il attendit, les yeux flattant l'obscurité avec inquiétude, espérant qu'il avait murmuré assez fort pour être entendu d'elle, et qu'elle ne donnerait pas l'alarme dans toute l'auberge, provoquant ainsi le plus grand scandale dans la famille Josselinière depuis... On ne savait plus dire à quand remontait le dernier scandale. Il n'y en avait peut-être jamais eu. C'est dire.
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Agathedr
Dans une vie pas encore si lointaine, Agathe croyait que la nuit était une parenthèse accordée au sommeil. Mais ça...c'était avant ! Avant qu'elle ne s'engage, sur un malentendu tout est possible, dans un long voyage vers la Castille... Bien sûr, sa Jolie-Maman, Erwelyn, l'avait rejointe tant la mort paternelle ne les avait à jamais fusionnées ces deux-là. Depuis, la fillette découvrait le monde, dans toutes les acceptations possibles de cette affirmation. Si Lynette, poney rose de son état, lui avait ouvert les portes de la fantaisie et de la douceur de vivre, Calyce et Katina l'avait propulsée dans un univers parallèle où tout semblait possible... Peu à peu, Agathe apprenait à composer avec sa double culture : de l'austérité de Longny, incarnée par Shynai et Mheïl, elle s'immergeait dans la fantaisie rose.

Aussi, la nuit n'appartenait plus à Morphée, non, la nuit, c'était le même terrain de jeu que le jour, en plus sombre...et certes...en plus flippant.

Si le marquis de Nemours se l'était joué grand seigneur en leur offrant une piaule dans ce bouge pittoresque, il n'en restait pas moins qu'il avait été bien plus radin quant au festin qu'il aurait du être en mesure de leur accorder. C'est donc avec des gargouillis stomacaux que la fillette ressassait, étendue sur sa couche, la vision du pochon de chouquettes que Katina et Calyce s'échangeaient plus tôt dans la journée, sans même partager avec le reste de la troupe...sont quand même sacrément pingres ces Angevins....

Si la chouquette ne vient pas à toi...va donc la trouver ! Allez, zou ! C'est décidé, pieds nus, chemise de nuit blanche immaculée, cascade blonde en vrac sur les épaules, Agathe quitte la chambrée partagée avec une Lynette assoupie. Tel un fantôme, elle se glisse silencieusement dans le couloir.
Des chouquettes, chui sûre, elles en ont plein leur malle... Inutile de les réveiller pour leur en quémander, sont radines, autant se servir discrètement... ( Là, on aura de suite remarqué que la seconde culture d'Agathe a nettement pris le dessus sur l'éducation Mheilienne !).

L'esprit complètement enchouquetté, la salive en alerte, la fillette se glisse sans bruit.

Bon, alors, elle a dit, une chambre plus belle que celle de Melchiore, ça ne doit pas être difficile à trouver ! Contre chaque porte, elle pose son oreille. Des ronflements ? Nan, ça doit être la chambre de Bocom... Elle continue sa muette progression.

C'est à ce moment précis qu'un grincement dans l'escalier tout proche la stoppe net, le cœur chamadant ( Du verbe chamader, bien trop peu usité !), l’ouïe en alerte. Il ne s'agit pas de se faire gauler à trois pas du buffet ! Elle s'approche du pas de l'escalier et y risque un coup d'oeil furtif. Une faible lueur vacillante l'alerte de la présence d'un déambulateur nocturne- Meuh non, il n'est pas si vieux le Nemours !-. Soudain, des voix. D'abord, une féminine, plus lointaine mais plus haute, puis, une voix masculine, qui se fait plus discrète...Cette voix...elle la connait...
Hannnnn ! Le pingre ! Lui aussi, il cherche à piquer des chouquettes ! Il a trouvé le coffre aux merveilles et si sa voix se fait charmeuse c'est qu'il est en pleine négociation, c'est certain, What else ???? Le pire c'est qu'il s'est fait prendre....

je suis coupable et fort honteux...!


Agathe tend un peu plus l'oreille, de là où elle est, elle n'entend que des bribes :

l'indigent que je suis !

Oh l'affreux ! Il se la joue nouveau pauvre pour rafler le pactole ! Agathe ne peut laisser le Marquis engloutir seul les chouquettes ! Ainsi, la plus belle chambre serait à l'étage, ben oui ! Pourquoi n'y a-t-elle pas pensé plus tôt ?! La vue sur les étoiles y est plus belle !!!! ( C'est certain, Agathe ne possède pas encore tous les codes de la société renaissante !).

Bon, si la voix féminine est bien celle détentrice du trésor, rien ne semble indiquer qu'elle est prête à lâcher le butin. Il ne faut donc pas se précipiter... D'abord, repérer les lieux...Si le Marquis repart avec la faim au ventre, elle pourra toujours tenter sa chance en hurlant à l'invasion de lapins blancs, ce qui permettrait d'avoir le champs libre pour inspecter la chambre évacuée...

Il ne lui restait donc qu'une seule chose à faire : s'avancer au plus près pour repérer la pièce contenant le Graal, sans se faire remarquer, bien sûr !

Sur la pointe des pieds, Agathe poursuit son ascension...
Axelle
Les battements de mon cœur
Ne cesseront pas tout à l'heure
Car je t'ai dans la peau
Et moi quand j'aime, quand j'aime c'est marteau
Je fais toutes les erreurs
Je pleure, je fouille, sème la terreur
Je fais aussi plein d'efforts
Oui serre-moi vite et bien serre-moi fort
*


Le temps s’amusait gaiement. Poison caoutchouteux allongeant quelques secondes en heures. Tiraillant de battements offensifs le sang gitan jusqu'à faire trembloter les mains brunes. Inquiétude toute légitime de craindre ce noir inviolable, perfide acolyte de la puanteur d’un gant plaqué sur un visage effrayé, son visage, pour taire les cris? Ou bien désir farouche qu’en guise de monstre, ce soit sa voix, à Lui, qui résonne, annonciatrice souveraine d’un danger bien plus mordant encore quand la gueule du loup se parait frénétiquement de tant délices que la petite danseuse rouge n’aspirait qu’à s’y jeter, bouche entr’ouverte sur un souffle haché et yeux trop grands ouverts ? A moins que ce ne soit l’inverse et la mensongère Innocente ne soit finalement chasseresse.

Et ce fut Sa voix.

Sa voix à Lui, qui même chuchotée ricochait comme une balle folle entre les poutres de chêne pour mieux assaillir les tympans gitans d’une mélopée entêtante. Le cœur, pourtant si vif à son devoir palpitant quelques poignée de secondes auparavant, dérailla et loupa une tripotée de battements avant de se remettre en selle, cahin-caha, dans le désordre affolant des novices. Cœur à ce point trimbalé de droite et de gauche qui, et souffreteux, et échaudé pour ne pas craindre l’eau froide quand elle bouillait déjà aux pieds de la danseuse, ou simplement boudeur, avait fait le choix de s’enfermer minutieusement dans une coquille hermétique à la moindre alerte trop vive, sortant d’improbables griffes défensives dès qu’un quidam cherchait à en égratigner la couche la plus superficielle d’un ongle curieux. Et voila que l’huitre irréfléchie se mettait à bayer, exhibant sa perle sans même prendre garde au vol. Extravagance d’où la raison sortait piteusement vaincue sans même avoir pu combattre. Tant et si bien qu’au le venin entiché rampant dans les veines gueuses, plus aucun serpent se mordait la queue. Il était tout pardonné, le Pierrot lunaire, même des fautes qu’il n’avait pas encore commises.

Si la Gitane ne voyait pas l’ombre de ses yeux noirs aux sourcils batailleurs, le timbre de sa voix collait à sa mémoire, étrangement reconnaissable bien que jusque alors si avare de bercements. Les mots flottaient d’un air chantonnant aux sens gitans, comme une fredaine douce dont le sens s’échappait pour ne laisser que la mélodie tourner dans la tête jusqu’à l’agacement. Pourtant rien n’agaçait Axelle, pas même la richesse d’un langage soutenu dont elle ne distinguait pas les pleins et les déliés. Il aurait pu lui parler en latin, en grec ou même en araméen tant que c’était au pavillon de son oreille que ses syllabes s’échouaient. Mais le sacrilège était, car il y en avait bien un, que oreille, reste bien trop loin de la bouche repentante, nichée outrageusement dans l’escalier. D’une voix basse quand d’un quatuor ou d’un quintette elle ne voulait que le duo - pourtant déjà trio dans l’ombre - elle murmura à son tour.


Oui… vous est bien Vous. Ca aurait pu être toi, sous un toit, ça va d’soi, mais y a plus d’soie dans vous et Vous êtes soie. Bref, c’pas lui, mais bien Vous qu’j’hèle d’mon ile pour un Nous, même si y a des jeux qui s’doivent d’être tus. Mais si vos ailes vous menent jusqu’à mon toit, y aura bien qu’un Vous avec un moi.


Le manche du couteau fut délaissé d’un froissement de tissu délateur. Le fin cou de ballerine se tendit, entrainant avec lui tout le buste pour grappiller quelques pouces dérisoires à la distance affligeante séparant les duettistes. J’pionçais pas et j’veux pas qu’vous vous carapatiez. Z’êtes pas un comme vous dites là, et y a bien qu’que chose qu’y m’manque… Vous, c’Vous qu’Vous êtes. A force d’être trop tendu, l’équilibre pourtant vanté d’être agile, céda indigné d’être tant malmené et une dextre sauveuse de la farce grotesque d’un museau s’écrasant au plancher, s’aplatit aux lattes grinçantes.

V’nez…



* Vanessa Paradis - Love Song

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Aimbaud, incarné par Axelle


Geographie, sois favorable, car ces lieues de distance me tuent.
Ce soir je mourrais pour être à ses côtés, alors...
Que la route s'accélère, que les lumières fusent.
Mêmes les mauvaises filles dorment ce soir...

— Piano magic —



La fille noire. Dans le noir. Et de noirs desseins, pour couronner le tout. Comment y voir clair, dans cette histoire... Aimbaud observait les ténèbres avec de grands yeux inutiles. La très faible flamme engloutie dans sa cire qu'il tenait devant lui n'éclairait que sa manche. Les marches grinçaient sous ses pas prudents. Il tenait une main près de son poitrail, et contre elle rebondissaient les tressauts de ses veines, vifs et lourds comme un galop effréné.

La mauresque. L'africaine. L'ottomane. La fille dorée... Il l'avait entendue et il la savait tout près. De ses mots, il n'avait presque rien compris, mais du ton de sa voix, tout. Ô belle, où était-elle ? Prisonnière de la pénombre, il allait la délivrer et la rendre à la lumière... Il évincerait la distance qui les séparait, la rencontrerait et l'ôterait à la solitude de ce si piètre logis pour partager ses heures ! Ah...! L'obscurité lui parlait en visions agréables, il s'apprêtait à sentir, à dix pas, contre ses mains tendues, le souffle tiède de la créature et l'orbe douce de ses cheveux compliqués. Il imaginait sa silhouette gracieusement étendue, là devant, et il croyait la discerner par la meurtrière de ses paupière plissées. Mais par réflexe, il imaginait ses formes blanches, hors, elles devaient être foncées. À moins qu'en deçà de la gorge, les noires aussi soient blanches. Quel mystère, quelle ivresse... Quel tumulte.

Un pas de plus. Le parquet gémit sinistrement. Alors les ombres commencèrent à inquiéter notre marquis. Ce recoin d'auberge mal-fâmé ne lui plaisait pas. Et quelle femme inviterait un inconnu à le rejoindre nuitamment en sa chambrette, sans même le connaître ? Étaient-ils seuls dans ce grenier ? Une embuscade se préparait-elle autour de lui tandis qu'il approchait ? Un piège. C'était trop doux pour être vrai. Chaque pas qu'il faisait pouvait rencontrer une corde qui lui ligoterait les chevilles, puis sa gorge une lame, puis sa vie une rançon... Étaient-ils seuls ?...

Mais il l'entendait à présent. Était-ce sa respiration, ou l'infime frottement des tissus autour d'elle, le craquement de la paille, le bruissement de ses cheveux...? C'était...

La bougie se noya définitivement.


J'ai... Je n'ai plus de lumière...! Un instant...

Chuchota-t'il, fébrile, en tendant bêtement les bras devant lui. Puis il baissa les mains et alla vers le sol, ne se sachant plus si loin d'elle, et jugeant plus sûr de s'y rendre à tâtons pour ne pas risquer de la piétiner. Ses mains touchèrent les lattes, la poussière, et enfin quelques brins de foin sec qui lui firent penser à une couche. Un morceau de gros drap aussi. Il se tint à genoux et murmura, presque claquant des dents tant il avait d'émotion :

Est-ce vous ? Est-ce vous là ? Le Sans-nom a mouché ma bougie et je ne puis vous voir tel que je le souhaitais...! Dame. J'ignore tout de vous et... Me trouvez vous trop hardi ? Je n'ai pas coutume de l'être, tant s'en faut, avec le beau-sexe j'entends. Le Très-haut m'en soit témoin ! Je signe sûrement ma perte, la perte de mon âme, que sais-je. Mais il est si doux de vous dire ces mots, et peut-être le vin les découd, mais je vous les dis comme je les pense. Et ma pensée à votre égard est vive de sentiments, en témoigne mon pouls et mon sang qui se chauffe comme au fouet...! Pourtant au Louvre vous ne me dites mot ou quasi, et je ne vous vis qu'un instant, mais il ne m'en fallut pas plus pour concevoir l'amitié que je vous porte. Votre beauté n'a pas son pareil, à tout vous dire jamais je n'ai vu de figure semblable à la votre. Et aussi vrai que le Très-Haut a mis de la beauté en toutes choses, je m'énamoure de vous...!

Et il n'en revenait pas de parler tant et si vite, que sa langue se délie si aisément à la faveur de la nuit et du vin qu'il avait bu. Comprenait-elle ce qu'il lui récitait ? Était-il lui-même conscient de ce qu'il disait ? Était-ce l'ivresse ou le printemps, la beauté de cette étrangère ou un trop plein de lectures de romans courtois ? Était-ce l'amour ou le désir ? Était-ce un début d'emmerdes ? Était-ce un soir... Étaient-ce cinq minutes.
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Axelle
There's nothing you can do that can't be done.
Nothing you can sing that can't be sung.
Nothing you can say but you can learn how to play the game.
It's easy.

Nothing you can make that can't be made.
No one you can save that can't be saved.
Nothing you can do but you can learn how to be you in time.
It's easy.


All You need is love – The Beatles


Le corps tendu comme un arc dans la béance du noir, les écoutilles de ses sens toutes grandes ouvertes, Axelle était prête à larguer les amarres pour quelques pas de deux ou une ronde sans fin avec Lui. Au diable la noyade quand l’onde était si attirante. Définitivement corrompue aux nobles caprices, les pas maladroits raclant les lattes brutales se paraient de toutes les grâces de la terre. Et si la terre ne suffisait pas, que le ciel soit cambriolé. Amen. Même le noir battit retraite, se laissant envahir, impuissant, de myriades colorées et guise de haie d’honneur au souffle clair émouvant la joue ambrée. Embrouillamini de bulles légères et pétillantes éclatant joyeusement dans le ventre gitan jusqu’à chatouiller le bout de ses doigts. Et ça faisait des wip ! Des clip ! Crap ! Des bang! Des vlop ! et des zip ! Shebam! Pow ! Blop ! Wizz ! Le plus incroyable dans l’histoire, était que ça ne faisait même pas mal, bien au contraire, c’était affriolant même si affolant, bon comme rien. Ou si. Bon comme un rayon de soleil acidulé dégourdissant les frimas d’un hiver trop rude. Comment aurait-il pu être menaçant, ce drôle de bonhomme, rampant au sol juste pour s’approcher d’elle ? Comment aurait-elle pu le craindre ? Comment avoir peur ? Pourrait-il vraiment lui faire du mal ? Si, horloger méticuleux, il égratignait son orgueil tel un métronome méticuleux, elle ne discernait chez lui que douceur, amabilité, révérence et respect. Même sa maladresse était si touchante que les crocs batailleurs se faisaient dents de lait. Non, il n’était pas des ces hommes qui tâtaient, reniflaient, s’amusaient, usaient et abusaient, et délaissaient la dépouille de leurs proies, prédateurs se gaussant en remplissant leurs tableaux de chasses. Preuve en était que jamais il n’avait encore cherché à la toucher, pas même là, à la seule portée d’un bras tendu. Et de cela, la Bestiole, prédatrice plus qu’à son tour, en restait sens dessus dessous, habituée à la chaleur des corps épargnant celle des mots. A ce point troublée, qu’elle, impudique à dévoiler la rondeur d’un sein arrogant ou le fuselé d’une cuisse tant aguicher et provoquer était enivrant, resserrait le drap blanc contre elle avec la naïveté d’une vierge effarouchée. Elan idiot quand les pupilles du bonhomme de neige ne semblaient pas voir plus clair que les siennes. Pourtant, les doigts bruns s’entrelaçaient au blanc du drap, témoin de son acharnement tout respectueux et ardu quand la danse des sept voiles aurait été si facile.

Lui, ce n’était pas avec ses doigts qu’il l’effeuillait, mais bien avec ses seuls mots, brulant sa bouche de désir avec autant de fièvre que s’il l’avait couverte de caresses plus effrontées les unes que les autres. Qu’importait que les mots soient égrainés trop vite, l’affolement palpable n’était que plus poignant. Qu’importait que le sens et la saveur de beaucoup lui échappe, dédaigneuse impénitente des paroles, quand le seul le timbre de la voix aristocratique, vacillant d’émoi, parlait pour mille.

Toupie entre les mains d’un gamin turbulent de grain de poussière négligeable, il la faisait nuée de diamant. Et elle aimait le vertige. Farouchement. Très Haut. Perte de mon âme. Doux. Sentiment. Pouls. Sang. Beauté. Enamourer. Les mots cabriolaient dans la tête ignare des langages courtois. Devait-elle se pincer ou disait-il vraiment ce qu’elle croyait deviner? Si le cœur gitan avait déjà eu de sérieux loupés, cette fois ci, il rendit l’âme dans un soupir exalté. Inconsciente, folle ou imprudente, son cœur tout entier filait se réfugier entre les mains de celui qui avait le pouvoir de le faire battre avec ferveur.


J’suis fille d’rien. Excommuniée. Greluche répudiée. Manouche, voleuse d’poules quand qu’j’vole rien qu’du plaisir. J’suis maudite, âme damnée. Dire le pire pour offrir sereinement le pur, farouchement préservé et défendu. Mais quand qu’vous êtes là, qu’j’peux sentir qu’vot’ souffle sur ma fraise, j’pourrais m’faire donzelle empesée d’fanfreluches si ça d’vait vous chanter, cause qu’vous avez pas vot’ pareil pour m’chahuter l’palpitant et foutre l’foutoir au d’dans d’moi, doucement, à tâtons la main gitane s’égara au plancher jusqu’à effleurer le bout des doigts nobles, incendiaires prodigieux de ses convictions que l’Amour n’était que billevesée et souffrance infernale pour qui s’y laissait prendre. Mais les prodiges avaient cela de prodigieux qu’ils s’affranchissaient d’explications. Et elle avoua d’un souffle, et son ignorance, et son élan, Z’enamourez pas d’moi, aimez-moi, cause qu’moi, j’’suis fichtrement mordue. D’vous.

Trop tard, c’était dit. Sans qu’elle ne sache comment elle se ferait croquer. Sans qu’elle ne sache même un nom. Aberration sans nom qui ne devait son éclat qu’à l’obstination du Pierrot à être différent.
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