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[RP ] La chasse au dément...suite savoyarde

Ludwigvonbek
Ludwig avait mal dormi...

Outre le fait qu'il s'était couché le ventre vide, l'épisode avec les brigands de la veille l"avait perturbé et il avait mis de longues minutes avant de trouver le sommeil.

Mais pourquoi donc avait il ainsi fait preuve de..clémence ? La Rousse aurait elle eu sur lui un effet pervers ? Le Lupus, qui avait terrorisé les campagnes transylvaniennes, dont tout le monde vous dirait que prononcer son nom était déjà un gage d'insécurité, aurait il été infecté par une trace d'humanité ?

Il s'était tourné et retourné sur sa couverture en même temps que les questions.

Décidément, sa quête lui réservait plus de surprises qu'il n'en attendait !
Que n'avait il pas confié la tache à deux de ses loups ? Le Dément était une proie facile...Venir se perdre dans ses royaumes dont il percevait maintenant la nocivité était ce qu'il avait fait de pire depuis...non, il n'avait encore rien fait de pire !

Mais, avait il vraiment le choix ? Son père, le Graff, ne lui avait laissé aucune alternative.

Finalement, il s'était levé et aprés avoir rangé son équipement, il avait marché une bonne partie de la nuit.
Il avait contourné les portes de Sion comme un loup qu'il était, discrètement et sans s'arréter, et il marchait maintenant dans la campagne, ignorant qu'il venait de franchir la frontière de la Savoie.
Les Montagnes au loin brillaient sous la lune mourante et les premiers éclats du soleil sur les neiges éternelles leur donnaient un aspect majestueux comme surmonté d'une couronne de feu.

A cette dernière pensée, le Lupus s'arréta.

Non mais...qu'est ce qu'il t'arrive ? Voilà que tu te mets à regarder et apprécier la nature ?

Le trouble persistait. Il devait tuer le mal par le mal.
Le prochain que tu croiseras paiera cher ...je vais te l’éventrer...et peut être même le torturer avant...non mais !

Il longeait un lac dans lequel se reflétaient les cimes enflammées et il eut cette simple réflexion :
J't'en foutrais, moi, de la poésie !

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Ludwigvonbek
Annecy n’était qu’une ville fantôme…arrivé au petit matin, Ludwig avait trainé toute la journée à la recherche d’une taverne pour étancher une soif qui se faisant pressante, en vain…
Pas un tavernier ! La ville semblait avoir été abandonnée. Elle gisait prés de ce lac aux reflets irisés comme une perle solitaire dans un écrin bleu nuit.
Le soir lui apporterait peut être plus de satisfaction ? Les habitants étaient peut être tous parti à Genève ? Une foire devait s’y tenir ?
L’une après l’autre il avait fait toutes les tavernes de la ville et il ne tarda pas à s’y installer comme s’il en était le propriétaire. Le plus curieux était qu’aucune porte n’était fermée. Il entrait, passait derrière les comptoirs, se versait ce qu’il y trouvait et passait à une autre taverne.
Il avait une certaine endurance…

O combien de beuveries d’après carnages il avait honoré !

Ses loups lui manquaient…

Le vieux Vodomir qui l’avait accompagné dans ses premiers pas de Capitaine, lorque son père, alors qu’il n’avait pas encore seize ans, l’avait promu à la tête de la compagnie. Toujours à deux pas de lui dans les combats, il lui avait sauvé une fois la vie au prix d’un bras. Celui qui lui restait aurait pu vous assommer un veau tant il était puissant !

Drago, le serbe, aux yeux fous, qui défiait la Mort, comme si ils étaient en compte et qu’elle lui devait plusieurs vies mais qui s’avérait être le plus fidèle des loups quand Ludwig lui donnait un ordre.

Vinius, le plus jeune des loups, était arrivé au château un matin d’on ne savait où et qui avait passé les épreuves sans un seul mot…avait subit les brimades des soldats sans ciller…et elles étaient nombreuses…le blond Vinius avait tout d’un éphèbe et son corps souple n’aurait pas dépareillé sur les planches de ces spectacles de rue où musique et danse distrayait la populace.
Nul n’aurait pu croire qu’il se montrerait le plus cruel d’entre eux…

Ludwig était las…Il reprit la route dans la nuit, direction Chambéry.
Die n’était plus très loin…Il doutait que son frère s’y trouverait. Il devrait alors reprendre la route…pour combien de temps ? La rage qui l’habitait à cet instant lui fit accélérer le pas et ce fut finalement en courant qu’il s’engagea dans la campagne savoyarde.

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Vasco.
Ils étaient arrivés à Chambéry disciplinés, en ordre de bataille dans la Spiritu Hydroleone Circus. Un jour plus tard, les débris de l'armée brigande s'éparpillaient devant la capitale Savoyarde, prise entre le marteau des remparts de la ville et l'enclume blanche du Tiallaz. certains avaient prétendu qu'Emi et Kreems avaient pu réorganiser un semblant d'ordre dans les unités de l'armée après le combat meurtrier. Le Visconti ne s'y trouvait pas. Son corps gisait, meurtri entre les éclisses de lance, les boucliers fracassés, les mares de sang, les têtes sans corps, les corps sans tête, et les jambes qui cherchaient leur tronc. Visconti s'en était remis. Dans une tente de fortune plantée dans un camp qui n'avait de nom que celui qu'on voulait bien encore lui donner, Velasco avait reçu les soins appropriés à son rétablissement. Plusieurs personnes s'étaient penchées sur son chevet, dont certaines étaient pour le moins surprenante.

Les jours avaient passé, se succédant les uns aux autres sans se ressembler. Les blessures se refermaient, les stigmates disparaissaient. Le sicilien reprenait peu à peu une allure humaine, un peu comme ces armures que l'on envoie chez le forgeron pour se faire débosseler. Chez lui, le forgeron s'appelait Dame Nature...à laquelle il fallait ajouter les onguents qu'on lui avait laissé pour panser ses plaies et ses contusions. A Chambéry, il avait peu à peu pris ses aises. Ina avait finalement ouvert une taverne et c'est là que la Famiglia avait pris l'habitude de se retrouver pour échanger. Mais à part ça, dans la ville savoyarde, il n'y avait rien à faire. C'est ainsi que le Visconti se mêla un peu de la politique locale. Cela commença par un décret municipal qui allait à l'encontre même de ses idéaux. Comble de bonheur, le dit-décret comportait une erreur. Une erreur infime, sans grande conséquence. Le genre de graine avec laquelle pourtant le sicilien aimait à jongler. S'en est suivi sa lettre envoyée à la hérauderie impériale, un faux signé White de Tiallaz pour reconnaître l'adoption d'Elvy Lydre et de Niallan. Pourquoi Niallan? Vasco ne s'en souvenait plus. Il se rappelait simplement que cela avait pour origine une discussion en taverne avec le drôle de mari de Gaia Corleone. Et puis vint le deuxième procès d'Ina, celui qui déchaina l'ire viscontienne: envoyer en procès quelqu'un pour deux malheureux pains vendus un peu plus haut que la grille ducale alors que le marché était largement approvisionné. Un non-sens total pour Velasco. Il y eut la procureur qui fit fi de trouver les preuves pour démontrer qu'il y avait eu spéculation, qui n'écouta pas les témoins. Il y eu le juge qui alla plus haut que les demandes du procureur. Il y eu les cinquante écus et les deux jours de prison d'Ina, la visite de sa Corleone dans sa geole. Il y eut son "recensement" pour se gausser du maire et lui montrer l'incongruité de ses lois. Il y eu le procès de Livie et les mensonges du Prévôt Thornton. Et maintenant il y avait Ludwig Von Bek.


- Ludwig von Bek! Sâle engeance! Montre-toi!

Bâton à la main, le sicilien arpentait la rue principale de la capitale savoyarde, se dirigeant lentement vers la lice, en profitant pour haranguer à la foule à la recherche de sa victime.

- Alors comme ça les nobliaux se permettent de lever la main sur le peuple qui se rebelle? Tu n'aimes pas les moutons qui refusent de se laisser tondre Ludwig?

Un noble. Voilà ce qu'il cherchait. Et visiblement cette fois, ce n'était pas un de Chenot. Un noble qui parait-il venait de Transylvannie, une région à peine connue du Visconti qui n'y était jamais allé faire des affaires. Non pas lui... Non... Lui? Non plus! Au passage, il crut apercevoir Karmelina des Chenots, celle qu'il avait blessé à la bataille de Chambery. Sans doute que la haine entre lui et la famille des Chenots avait pris racine dans ce combat-là.

- Je t'attends Ludwig! En lice! Cela fait trop longtemps que je n'ai pas rossé de nobles! Mes mains ont hâte d'en découdre et moi, j'ai envie de voir couler du sang bleu sur le sol de Chambéry!


Son épée? Disparue dans le ressac des vagues provoquées par l'armée des septs venant s'échouer sur la grève brigande. Qu'importe! Il irait se battre à mains nues s'il le fallait. A Défaut, un bâton ferré ferait l'affaire.

- Où es-tu raclure? Maraud? Maroufle? Tu as peur de m'affronter? Où se cache ton honneur? Dans le fond de tes braies? Ou bien tu ne sais pas où se trouve la lice de Chambéry? Si c'est ça, demande donc au prévôt Thornton! Lui, il est habitué de mentir. Il n'a pas de parole et pas de fierté! Alors s'il te dit que la lice est au sud, va au nord et tu me trouveras!
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Vasco.
Le vent s'était levé. Assis sur une vieille souche d'arbre, le Visconti, emmitouflé dans sa cape, plissait les yeux pour éviter que la poussière du sol ne vienne irriter ses yeux. Foutu campagne! Foutu ville! Il avait arpenté en vain Chambéry à la recherche du malotru. Il avait fini par entrer à la Gitane Magyare pour s'abreuver, et il était tombé sur le Von Bek. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour le jauger: arrogant, pédant, imbu de sa personne, l'archétype même du noblaillon qu'il abhorrait, le genre de personne à se sentir au dessus de tous parce qu'il avait le cul bordé de pièces d'or, typiquement le genre de personne qui ne servait à rien dans cette société féodale. L'homme n'était même pas capable de protéger d'éventuels vassaux. Quant à sa population? Pour le Visconti, cela ne faisait aucun doute : il la méprisait. Délit de faciès? Appelez-ça comme voulez. Les nobles, Vasco les jugeait tous au premier coup d'oeil. Et puis, le faciès par la suite importait peu: le sicilien escomptait bien qu'il serait méconnaissable après le duel. Dans la taverne, il n'avait pas tardé. Il lui avait remis en personne sa demande de défi et s'était éclipsé. Sans ça, il sentait que le combat se serait déplacé jusqu'ici.

Vêpres approchait. En ce 24 Mai de l'an 1462, son bâton ferré barrant son giron, le Visconti attendait patiemment. Viendra t-il ou esquivera t-il le duel? Vasco avait parié avec lui-même qu'il ne viendrait pas. Cette noblaille-là était une noblaille de bas-étage. Si White avait été son ennemi, le Visconti reconnaissait également que l'homme était de qualité. Le général avait répondu à ses lettres. Il lui avait même envoyé un cadeau à transmettre à Elvy. Celui-là était bien loin de valoir ne serait-ce qu'un centième de Tiallaz. Il n'avait rien dans les braies. Sans doute argumenterait-il qu'il ne se rabaisse pas à relever un défi lancer par un gueux. Mais ça, c'est parole de lâches, de ceux qui souillent leurs braies, de ceux qui clament haut et fort qu'ils sont un parangon d'honneur mais qu'on ne voit jamais ni sur un champ de bataille, ni dans une lice. L'homme avait le choix. Il aurait pu déléguer un combattant de sa suite s'il avait voulu mais il ne le fera pas. Il tremble. Il a peur de perdre et de devoir se fendre en excuses. Cet homme-là ne savait que gifler des femmes et encore, il avait du racler son fond de bourse pour trouver tous ses petits deniers de courage pour y arriver. Cet homme était sans doute fort en gueule mais après, il n'y avait plus que du vent! Certes Vasco parlait et il parlait trop. Ses paroles le servaient parfois, le desservaient en d'autres occasions, mais jamais il ne se défilait à ses responsabilités. Voilà pourquoi lui ne serait jamais noble! Il ne cadre pas avec le modèle.

Plus le temps passait et plus la pleutrerie de son adversaire le faisait rager. Des duels en lice...Lui revint en mémoire celui de Mâcon. Cette fois-là, il avait été l'offensé. Il avait relevé. Son opposant? Agnesina Temperance Corleone. Le début d'une aventure commune au gout de sel et de poivre... Et puis plus loin dans le temps, Poligny: Elwenn Corleone contre Beren de la Fiole Ébrechée représentant Sarani de la Fiole Ébrechée. Beren...L'un des hommes qu'il détestait le plus au monde, bien loin devant Yrvis de Chenot, Thornton ou même Lizzy. En cet instant, le Visconti ne put cependant que constater que le Courchaton avait au moins eu le courage de relever le défi qui lui avait été lancé, courage que ce noblaillon là n'aurait sans doute jamais. L'homme est par trop stupide. Il ne peut comprendre qu'on puisse sortir grandi d'une défaite. Sans doute que des générations et des générations de consanguinités avait affaibli ses facultés intellectuelles...ou ses sphincters. De Beren, ses pensées virèrent vers Ina et le noir s'empara de ses pressentiments. Vasco se doutait qu'à sa sortie de prison, une période trouble s'installerait entre eux. Une nouvelle période de disputes et de froideur. La prison l'aurait marqué. Sans aucun doute. La prison marque tout le monde et les Corleone sans doute plus que tout autre personne de ce monde. Ce que ces sottards de savoyards ne comprenaient pas, c'est que chacune de période de prison renforçaient en eux la volonté d'appliquer leur propre loi et de répandre le sang. La Spiritu Sanguis,.. L'esprit sanguin? Cet esprit qui la conduira à chaque coup du sort à s'enfoncer un peu plus encore dans les ténèbres. Pour deux pains, ils venaient d'alimenter sa haine, sa soif de vengeance, sa brutalité et dans un certain sens, sans doute aussi sa bestialité. Pour quelques écus de trop oui. Et tout ceci, lui le vivrait au travers de leur relation. C'est elle qui absorbera le débordement de haine. La rivière sortira de son lit, inondera leurs berges communes avant de finir par se réguler. Mais le niveau de l'eau qui est monté d'un cran, jamais ne redescendra.

Viendra t-il ou esquivera t-il comme un pleutre? Pile ou Face? Alors que la poussière du sol savoyard vint recouvrir ses cheveux d'une fine pellicule ocre, le Visconti n'était pas loin de penser qu'il tenait en main une pièce à deux côtés Face.

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Ludwigvonbek
Depuis qu'il avait franchi les montagnes noires, Le Lupus allait de surprise en surprise. Les brèves rencontres qui avaient égrenées sa route ne l'avaient pas écarté de sa quête mais il en était sorti toujours plus étonné.

D'abord, ce fut le mélange ...Il n'en revenait toujours pas de voir qu'en ces terres, il était passé par l'helvétie où il en était de même, comment la populace s’adressait aux gens de son rang ! Si certains montraient encore un minimum de respect la plupart pissaient joyeusement sur la différence naturelle qui s'imposait à leur yeux.
Ils buvaient, rotaient, riaient, sans ce soucier le moins du monde de sa présence. Les êtres en ce royaume semblaient donc bien se mélanger sans honte ? Il va dû ronger son frein plus d'une fois. Sa quête, pour précieuse qu'elle fut, exigeait de la discrétion.
Finalement, les seuls moments où il avait pu montrer son vrai visage étaient ces escarmouches de voyage quand quelques brigands mal avisés avaient croisé sa route. Mais ils ne leur en voulait pas, c'était dans l'ordre des choses.
Ils truandaient, il les châtiait...
Il n'avait donc pas pu encore montrer quel dégoût il avait de cette société abâtardie, dévoyée et sans fard.
Aussi, lorsque la veille, un brun barbu fit une apparition remarquée dans une taverne où il se désaltérait, devisant avec la propriétaire, une femme de son rang, pour lui remettre un pli, fut il tour à tour, agacé, surpris et ravi. La missive contenait un défi !
Il en sourit même en lisant ces quelques lignes griffonnées par une main dont on sentait que si elle avait pu tenir une épée, elle n'avait pas ouvert beaucoup de livres.
Plus tard, on lui conta que le dit Vasco, c'était là le nom de sa prochaine victime, avait clamé son nom dans toute la ville, l'accompagnant de jurons qui ne laissaient planer aucun doute sur la basse extraction dudit Vasco.
Le Lupus n'avait jamais été de ceux qui fuyaient l'adversité.
Il lui était arrivé récemment, et assez curieusement d'ailleurs, de faire preuve de clémence et le simple fait de le défier suffisait à ce qu'il réponde présent, mais, savoir que son nom avait été souillé, traîné dans les rues de cette ville de dégénérés, venait augmenter son envie d'en découdre.
Oh...le Lupus n'était pas idiot ! Il savait que cette logorrhée verbale n'avait qu'un seul but, le provoquer, le piquer là où ça la zone est sensible, le pousser à ne pas renoncer.
Renoncer ? Voilà bien un mot qui ne faisait pas partie du vocabulaire du Transylvanien !
Le gueux apprendrait à ses dépends qu'on ne provoque pas impunément un Von Bek !
Et même si le motif farfelu de ce défi était infondé, il se rendrait à la Lice avec l'empressement d'un vieux soudard au moment du partage après la razzia, c'est à dire calmement, sereinement, en étant sûr que quelque soit la part qui lui serai réservée, elle n'aurait pas autant d'attrait que le plaisir qu'il avait pris pour l'obtenir.
Ludwig avait été élevé dans la certitude que son rang portait en soi la responsabilité et l'engagement, il avait suivi dés son plus jeune age un entrainement qui ferait de cet engagement un sacerdoce. Il avait une foi absolue dans la justesse de son combat. Il lui été arrivé de mettre un genou à terre mais il lui avait servi d'appui pour bondir.
Il ne faillirait pas !
En traînant dans les rues froides de la ville en attendant la Lice, le Lupus eut une pensée fugace pour son père...
Le sang coulera ce soir...Au Nom des Von Bek !

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Nizam
    [Le jour du duel en lice, Chambéry]

    Fallait-il s'amuser comme un rat mort dans cette cité afin que la rumeur d'une bastonnade, si tôt lancée par les beugleries du sicilien, pourlèche les esgourdes de la populace chambérienne. Terré dans un bouge, le mercenaire n'avait pas échappé à la nouvelle et cette dernière le réjouissait. Il ignorait la raison qui poussait l'un des frères d'armes de la Spiritu à jouer des poings ou du fer avec un pégus et disons-le bien, il s'en cognait grave la rondelle. Malgré les coups et les revers, le Blondin crachait rarement sur la castagne lorsqu'elle se présentait à lui, sa carne guérie pouvait bien le traîner jusqu'à la lice, ce qui lui offrirait l'occasion de voir un gonze se faire salement tanner le cuir. On se distrait comme on peut. Il songea à prendre une outre de gnôle, 'cas où le Vasco ne se foule pas le croupion et fasse durer le plaisir de la rouste.
    Comme à l'accoutumée, le Balafré avait enfilé la brigandine et s'était harnaché sa ferraille au cou et aux épaules, cela lui valait de suer aux premières chaleur de la saison, mais le rassurait autant que ses lames. Il alla pour rôdailler autour de la lice et plutôt qu'attendre le duel en sifflant l'alcool emporté, il héla la gente et gueusaille présente avec la vigueur d'un marchand de mauvaises poiscailles.


    - D'la baston qui s'annonce, messire, j'connais pas mieux pour gonfler sa bourse ! On parie pour l'italien ou l'nobliaud, c'est au choix et c'est à quelle bête vous plaira ! Déjà vingt écus sur l'italien, la moitié sur l'blasonné ! Qui n'veut pas rentrer avec de quoi s'pinter et godailler jusqu'à la minuit, m'ssire ? Pariez donc !

    A l'évidence, le Blond ne causait pas des écus qu'il flanquerait dans ses poches. Le malheur des uns fait le beurre des autres, c'est connu.
--Vasco.
Le Von Bek ne s'était pas présenté la première fois. Qu'importe! Le Visconti persista. Certains disent qu'avec une femme qui se refuse à vous, demander ses faveurs une deuxième fois fait partie des bonnes convenances, du savoir-vivre. Insister une troisième fois est de la grossière indécence. Le lendemain, à vêpres, il était là. Un regard satisfait brilla fugacement dans les prunelles du Visconti. Le déversement d'humeurs guerrières aurait bien lieu. Le sol battu de la lice ne tarderait pas à se couvrir de bleu... d'un noble bleu.

D'un geste, Velasco invita son adversaire à se poster au centre de l'arène. Pour une fois, il n'avait pas besoin d'un flot de paroles pour entamer les préliminaires.Campé sur ses pieds, les extrémités de son bâton de combat dans les deux mains, il laissa au noble l'honneur de porter le premier coup. Il était sur de sa victoire. Le combat se fit tournoyant, les hommes se cherchaient. Le sicilien lui, mesurait ses appuis. Le sol était meuble, glissant. A plusieurs reprises, il s'était dérobé sous ses pieds et Velasco avait du compenser. Les premiers coups avait été donné. Un corps couvert de contusions? Sans aucun doute! Il aurait besoin d'un bon massage une fois qu'il en aurait fini de donner cette leçon à cet impétrant. Leçon...Lice... Ses pensées s'évadèrent furtivement vers Ina lorsque son opposant lui donna un peu de répit. Flash...Éclair...Lumières vives qui venaient irriguer son esprit... Lice de Mâcon, un chignon qui se délie laissant l'opportunité à une cascade de cheveux de venir s'écraser sur les brisants d'une épaule féminine. Des mots échangés. Des regards qui se dardent, qui se jaugent, une envie de l'embrasser... Et puis un autre flash... Quelque part dans la forêt avant la prise de Saint-Claude, un poignard qui atterrit à quelques pas d'Enjoy Corleone, La voix d'Ina derrière lui. Colères, cris, disputes... A Chambéry les coups s'échangaient au rythme d'une ballade rythmée. Le sicilien avait le contrôle du combat, Ses coups étaient plus francs, Le Von Bek avait encore du progrès à faire pour maitriser cet art. Le Visconti le dominait. Tout n'était qu'une question de temps pour achever la bête immonde. Les esquives succèdèrent aux parades, les muscles saillirent mais ne rompèrent pas. La bataille de Chambéry et ses blessures étaient désormais bien oubliées. Il était en forme le Visconti. En grande forme. Physiquement du moins....

...car mentalement son esprit revenaient sans cesse à Ina Corleone. Haletant, Velasco laissa Von Bek respirer. Lui aussi avait besoin de retrouver son souffle après les ardentes civilités qu'ils venaient de s'échanger...mais c'étaient d'autres civilités qui lui occupèrent l'esprit à ce moment-là: alors qu'il se préparait pour le duel, une lettre. D'ina...


Citation:
    Vélasco,


    Que dirais-tu de rester avec ta putain qui trouve tes lèvres si douces ? Qui se trémousse sur les hommes et qui se sert de toi pour te ridiculiser et m'insulter ?

    Ina.


Ina... Cela faisait quelques jours qu'il le ressentait. Lorsque l'on éprouve des sentiments si forts pour quelqu'un comme le sicilien pour Ina Corleone, certains mots étaient inutiles. Des gestes même imperceptibles aux yeux des autres, une tournure de phrase, un regard...Il ne fallait pas grand chose pour détecter la venue d'une période orageuse. Les premiers éclairs venaient ainsi de montrer leur visage. Comme ils n'étaient jamais seuls, les coups de tonnerre associés répliquaient peu à peu dans un ciel pourpre

Citation:
    Bonjour Ina,

    Pourrais-tu préciser tes accusations? Il y a deux femmes qui, récemment m'ont demandé une danse. La première est Gaia Corleone. La deuxième est Bellha, une chambérienne. A l'issu de cette danse, les deux ont eu, comme d'habitude, le droit à un baise-main sicilien, mes lèvres effleurant à peine le revers de leur main.

    Mais petit précision : Ni l'une ni l'autre n'est ma putain. Je n'ai pas encore gérer de maison close...même s'il est possible que ça ne soit qu'une question de jours. J'ai en effet un projet de ce genre ici dans lequel un associé résidant va gérer les affaires courantes et embaucher le personnel.

    Si tu veux plus de détails, n'hésite pas à me le demander. J'y répondrai avec plaisir. En attendant, je suis attendu en lice.

    Dans l'attente de tes lèvres,

    Celui que tu nommes le Visconti.


Éclairs et tonnerre... Une belle représentation de ce qu'était la relation d'amour-haine si particulière entre Agnesina Corleone et Velasco Visconti. Fallait-il en dire plus? Sans doute oui. Un dernier éclair frappa alors que le sicilien était déjà en lice.

Citation:

    Vélasco,

    Je n'ai pas à préciser mes accusations et le problème est bien Bellha. Donc à toi de voir si tu continues sur cette lancée ou pas. Réfléchis bien. Parce que le fait que tu sois mon compagnon ne change rien au fait que tu es sur la mauvaise pente pour la Cheffe que je suis.

    Tu te ridiculises et tu ridiculises le Clan, en permettant à la putain de m'insulter. Parce qu'une femme qui se frotte contre un homme en taverne à la vue de tout le monde ne mérite que le surnom de putain et de chienne.

    Elle ne mérite aucun respect. Donc, elle est persona non grata.

    J'espère pour toi que tu vas gagner ce combat sinon le savon risque d'être plus sec que prévu.

    Ina.


Et la pluie s'abattit alors sous la forme de ces coups échangés ça et là avec le Von Bek! Une bruine qui se transforma en crachin et puis en véritable pluie torrentielle. Son pied glissa, un coup violent fut porté à la tête. Trahi par le sol. Trahi par ces appuis qu'il craignait au commencement. Toutes les images se dissolvèrent dans les ténèbres qui s'emparèrent alors de son esprit. Une dernière image se forma furtivement dans son esprit : Ina Corleone. Elle aussi se fondit dans le paysage en s'étiolant le long d'une paroi invisible comme un souvenir que la pluie viendrait effacer peu à peu. Toute vigueur disparut de son corps. Le bâton tomba sur le sol de la lice. Deux bruits sourds se firent entendre. Ses genoux entrèrent ensuite durement en contact avec le sol et tout son corps bascula vers l'avant, le visage venant s'échouer sur les récifs de la lice chambérienne. Un jour, Déos avait dit au Visconti : "Tu ferais mieux d'écouter ma parole". Le sicilien avait répondu : "Combien tu me paies pour ça?". Aujourd'hui, Déos s'était vengé.
Ludwigvonbek
Le Lupus avait longuement réfléchît avant de se trouver là, au milieu d'une arène ensablée et a demi-boueuse, face à un inconnu armé.
Sa quête, comme ses bottes, s'enlisait.

Alors qu'il aurait dû déjà être sur la route de Diè, il avait posé son sac dans cette ville étonnante. Ici le temps semblait suspendu, il ne s’écoulait plus et vous laissait cette curieuse impression d'immobilisme. Comme si plus rien ne vous atteignait, comme si les habitants d'un lieu maudit avaient signés un pacte avec le Sans Nom qui leur garantissaient que tant qu'ils y restaient, ils seraient à l'abri des vicissitudes de la vie.

Les voyageurs se faisaient rares, et ceux qu'il avait croisé semblaient avoir fait comme lui. Ils s’éternisaient, sans raison apparente.
Aussi, en voyant les gradins se remplir de têtes inconnues, eut il encore le désagréable sentiment d'être là en exhibition. Comme deux poupées que l'on aurait placé là pour amuser la galerie, pour divertir le peuple sage qui avait rempli sa part de contrat.

L'homme qui lui faisait face semblait lui aussi perdu dans ses pensées.
Une mascarade de combat...voilà à quoi il s’apprêtait à participer !
Le bâton de son adversaire n'avait toutefois rien d'un jouet factice et lorsque les premiers coups s’échangèrent, Ludwig se rendit compte qu'il ne devait pas sous estimer la situation.

Les cris dans les gradins le plongeaient de un cauchemar et le premier coup qu'il n’évita pas, bien appliqué sur la cuisse le fit revenir à la réalité.
La douleur fut si intense qu'il faillit en lâcher son épée mais on ne terrassait pas un Von Bek en un seul coup.

Profitant de l'égarement de son adversaire qui n'avait pas remarqué qu'il lui aurait suffit d'un second coup appliqué juste sur cette même cuisse pour que le Lupus se retrouve sur une jambe, il reposa un instant tout son poids sur l'autre jambe et récupéra.

De nouveaux coups s’échangèrent, plus rapides que puissants, et, alors que le Lupus plantait ses yeux noirs dans ceux de son adversaire, délaissant un instant la trajectoire du bâton, il y lu comme une absence, fort brève, mais réelle. Comme si le Vasco n'était plus là, comme si celui qui tirait les ficelles ne jouait plus avec lui.

L'expérience de Ludwig des combats lui fit faire la seule chose qui s'imposait.
Il leva son épée et du plat de sa lame, asséna un grand coup puissant sur le crane du sicilien.
La foule poussa un Ooohhhh de désappointement lorsque, tel un pantin désarticulé, le sicilien vacilla et tomba à genou. L'épée encore levée, le Lupus l'acheva, toujours du plat de l'épée, d'un autre coup appliqué sur le crane.

Pourquoi ne l'avait il pas découpé en deux comme il l'avait tant fait ? Pourquoi le sang n'avait il pas coulé ?
Alors que le Lupus tournait le dos au corps du Vasco allongé dans la boue et s'en allait en boitant, il avait sa réponse.
Tout cela n'était qu'un jeu...

Et dans les regards morts des spectateurs qui quittaient l'arène, éteints dès la fin du combat, il lu que ce jeu risquait de l’entraîner bien plus loin qu'il ne l'aurait souhaité.
Ludwig se dirigea vers les tavernes de la ville. Il mourrait de soif.

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Juzstina
La Magyare était là, parmi la plèbe qui s'entassait dans les gradins pour assister à ce spectacle de fascination macabre qu'était le duel. Cette joie, ce plaisir qui prenaient aux tripes en voyant deux hommes se battre était un dernier relent de la nature pour rappeler à l'Homme qu'il était un animal, une créature que Dieu avait d'abord fait à l'image de tout autre bête en Son monde avant de l'élever au titre de favori lorsqu'Oane avait élucidé le sens de la vie. Dans sa robe de soie céladon et dorée, parée de quelques discrets bijoux, Juzstina aurait pu faire tache dans l'assistance si elle n'avait pas eu la présence d'esprit de couvrir ses épaules d'une cape noire légère. Son regard d'argent, presque opalescent, voguait d'individus en individus. Ils étaient venus pour voir du sang. Ils vivaient tous dans cette quiétude qu'est l'ignorance. Ils ne réfléchissaient pas à savoir d'où leur venait cette envie de violence, ce petit orgasme lorsque son favoris mettait l'autre au sol. Regarder un duel éveillait des sensations, des sentiments proches de ceux que procuraient le sexe. C'était là que recelait tout son caractère enivrant. Cela n'avait rien de noble ni d'honorable aux yeux de la jeune femme. C'était sale, bestial.

La von Sélénios posa un bref regard sur Velasco, celui qui avait lancé le duel sur d'obscures allégations. La Magyare ne cachait pas le déplaisir que lui inspirait sa présence. Ses doigts se tordirent sur ses cuisses avant qu'elle ne reporte son attention sur le Transylvanien. Tout en lui rappelait à Juzstina les contrées de sa naissance, ses montagnes, la chanson de sa langue. Elle lui avait assuré qu'elle baignerait et soignerait son corps s'il devait trépassé et qu'elle écrirait à qui de droit afin de que sa dépouille soit rapatriée. Elle lui avait dit qu'il ferait un beau cadavre de toute façon. Le compliment morbide avait fait sourire Ludwig. La jeune femme ne put s'empêcher d'esquisser un rictus satisfait à ce souvenir en posant la main sur son ventre que la vie arrondissait toujours plus de jour en jour.

Le bruit du premier choc vibra jusque dans son coeur. Elle n'entendait pas même la foule qui s'exclamait autour d'elle. Elle ne cilla pas de toute la durée du duel. La pâle dame de Sagliano Micca observait avec ce calme paniquant qu'elle savait posséder. Lorsque Velasco tomba face contre terre, vaincu, elle se leva alors que les gens saluaient et acclamaient le combat. Elle savait où le von Bek se dirigerait. Elle savait qu'il viendrait la voir pour partager sa victoire. Il n'avait rien dit, niait encore, mais Juzstina en avait vu assez pour savoir qu'il était ce genre d'hommes qui aiment impressionner par la force. L'épouse Lanas sourit. C'était une façon comme une autre.

Les ruelles se succédaient et elle avalait les mètres d'un bas rapide pour une femme dans sa condition. L'enseigne de la Gît'ane Magyare la soulagea intérieurement. Il ne restait plus qu'à s'asseoir sagement à faire comme si elle n'avait rien vu du combat. Elle prévint seulement la servante de faire bouillir de l'eau. Assurément, ce serait pratique pour soigner les contusions du vainqueur.

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Nizam
    Le Blondin s'affairait à convaincre le servum pecus attiré par la bastonnade d'enchérir sur les paris, et par la même occasion de remplir ses poches crasseuses avec le pognon du voisin. L'ardeur mise dans la tâche paya hélas moins qu'il l'espérait, mais avait-il discerné suffisamment de trognes à berner pour s'offrir à moindre frais sa gnôle et sa becquetance durant les prochains jours. Il hélait et braillait tant qu'il n'y eut assez de pégus chambériens à son goût. Les duellistes se présentèrent enfin, et parmi les parieurs, il fut temps de savoir qui tailladera le lard de l'autre en premier. Le mercenaire lorgnait l'italien qui tenait un bâton pour seule arme. Il fallait là une certaine prétention, ou bien une lame brisée, et le brun possédait certainement les deux. Nizam hésita à jeter à la lice la bâtarde dans son fourreau qu'il avait ceint à sa taille, mais le choc des armes sonna le début du duel. Alors il cessa d'haranguer, et l’œil rompu aux scènes vigoureuses des combats suivit chaque assaut et chaque revers.

    Le Balafré remarqua la jambe faiblarde du blasonné, ce qui rappela à son bon plaisir la sienne, elle-même guérie, mais ayant encore des allures de patte folle lorsqu'elle s'épuisait. Le sicilien menait, ce fut évident jusqu'à ce qu'une brumaille froide envahisse les lieux, triste présage d'un ciel capricieux. Bientôt la grisaille fut déchirée d'orages et du bruit des armes vint les échos de la foudre. Les gouttes tombèrent, mouillèrent les carnes nerveuses, dont celle du Blondin impassible malgré sa tignasse trempée et l'eau s'enfonçant vilement aux jointures des spallières. Son attention se portait sur le combat, l'éclat du Visconti avait disparu, le voilà lent et maladroit, tant et si mal qu'il s'empêtra piteusement dans la terre fangeuse. Le nobliaud fit ce que l'on redouta, deux frappes simples et le duel prit fin.
    Les parieurs voulurent leur gain, mais Nizam n'avait désormais guère d'intérêt à leur porter, pogne à sa bâtarde, il poussa fermement la gueusaille agglutinée et rejoignit l'italien vaincu, salement étendu sur la bourbe. Il avisa brièvement les meurtrissures de l'homme, mit genou à terre et passa l'un des bras balant à ses épaules.


    - N'fais pas ta pucelle et lève-toi.

    Le mercenaire peina à redresser le brun, l'esprit flottant et le corps contus en étaient naturellement responsables, tandis que le titré se retirait déjà, hâtif. Un cri perça la bruine à son encontre.

    - Nobliaud ! Tourne-toi ! Si tu nommes ça victoire, je dis que ton nom est plus souillé qu'les cuisses d'une catin ! Sans c'crachin, c'est ta gueule fendue qui boufferait la fange de cette lice !

    Le noble était inconnu au Balafré, et cela l'importait peu. Velasco avait défié et perdu, venger un frère d'armes par le fer plaisait au point de taire les réticences à lever l'épée contre du sang bleu. Et au delà de cette fraternité entre affiliés de la Spiritu Sanguis, ce fut l'opportunité de désengourdir une chair lasse et d'ordinaire prompte aux castagnes qui scella la décision de l'angevin. Nizam s'assura que le vainqueur l'entendait et s'adressa à lui une seconde fois, la voix tant railleuse qu'arrogante.

    - Va, nobliaud, bois, mange donc à t'en crever la panse ! Mais si le ciel le permet, ce soir je te défie de revenir. Croise ma lame et montre leur que j'ai tort, que tu n'es pas de ces fiottards qui remportent grâce au bon jeu du hasard ! Je parie mon or que c'est ce que tu es !

    Il releva la carne avachie de l'italien, le blasonné pouvait répondre ou non aux menaces, l'heure était de quitter la lice boueuse et de traîner cette loque sicilienne jusqu'à de meilleures mains.
Ludwigvonbek
Avait il rêvé ? Il avait cru entre apercevoir la silhouette de Dame Juzstina dans les travées ? Il ne se pouvait que ce fut elle ? Dans son état, le spectacle de la bêtise humaine en action ne pouvait être conseillé. Quel que soit son état, d'ailleurs, elle ne pouvait s'abaisser à prendre plaisir au combat.
Il avait dû rêver...
la voix rauque qui l'interpellait n'était pas un rêve !
Il se retourna pour voir un blond délavé essayer de redresser le Vasco étendu dans la boue. La voix était donc la sienne ?


ce soir je te défie de revenir. Croise ma lame et montre leur que j'ai tort, que tu n'es pas de ces fiottards qui remportent grâce au bon jeu du hasard !

Ca recommençait...Qu'avait il fait pour être à ce point désiré par tous les marauds de Savoie ? Sa jambe le tirait, son bras lui pesait mais il dû se rendre à l’évidence...tant qu'on le défierait, il répondrait présent...
Il revint sur ses pas...la taverne attendrait...la soif attendrait...
Il fixa l'homme de ces charbons et s'approchant lui murmura :


Même mort, je me relèverais pour vous rosser...A ce soir !

Le temps était au repos...il devait faire soigner cette jambe avant d'affronter le blond dont il ignorait le nom...
Il quitta l’arène en se demandant si un jour il arriverait vraiment à se sortir de cette situation ubuesque que le retenait à Chambéry alors que son frère...

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Nizam
    [Le même jour, le soir entamé]

    Vêpres et complies eurent leur chant, les ventres furent gavés et les poivrots cuvèrent leur journée de labeur aux rades de la capitale savoyarde. L'horizon fut de feu pour la mort silencieuse de l'astre jaune, alors la pénombre envahit ce ciel de cuivre bruineux. Fades banalités s'il n'y avait eu une nouvelle agitation à la lice chambérienne. Les torches crépitaient et les flammes léchaient timidement l'air humide, la terre de la lice était fraîche, mais parue moins tourbeuse qu'auparavant, cette fois-ci elle rechignait à avaler chaque botte qui la battait. Quelques badauds s'attroupaient tandis qu'un homme s'avançait au milieu du terrain. Plus tôt dans la journée, Nizam s'était s'arrangé avec les pigeons-parieurs et avait traîné Vasco jusqu'à la première auberge de la cité, le tenancier avait dû veiller à ce qu'un médecin se penche sur la carcasse de l'italien.
    L'heure approchait, le blond n'avait pas défait les lacets de cuir de son armure depuis le premier duel, la brigandine serrait encore son torse dont la carrure était comme à l'accoutumée soulignée par les spallières. Son baudrier ne tenait qu'une lame, une bâtarde venue remplacer celle malheureusement brisée, et à laquelle il sera bientôt familier. Le Balafré tente de maîtriser sa nervosité, point de craintes pourtant, seulement ce désir brute de jeter sa carne dans une lutte pour sa survivance. Bien que le jeu fut truqué : le sang sera certainement peu versé, les différents étaient flous et concernaient l'honneur. Voilà une raison qui menait rarement le mercenaire aux armes, fallait-il de la sympathie pour le sicilien et un besoin féroce de bastonnade afin que le chien sans collier ait aboyé de cette manière sur du nobliaud. Blasonné qui ne saurait faire patienter davantage le Blondin s'il tenait sa parole, durant son attente Nizam héla les pégus présents.


    - Alors ?! Encore envie de parier ? Ceux qui misent une fortune sur l'noble vont raquer jusqu'à la peau d'leur fondement, j'vous l'dis !
Ludwigvonbek
Ludwig était soucieux...Il avait passé la journée avec Dame Juzstina, en taverne, à faire soigner les maux du combat contre l'italien. Sa cuisse n’était qu'un énorme bleu qui virait au mauve et il boiterait sans doute quelques temps ..mais ce n'était pas cela qui lui faisait souci.

Lorsqu'il arriva en vue de l'arène, il nota que la foule était moins dense qu'au matin, lors de son premier combat, mais celle là semblait plus agitée, composée sans nul doute, de poivrots et de soudards en mal d’événements.
Voir un noble se faire rosser avait toujours eût une certaine côte auprès de la populace, même si le Lupus n'avait pas l'intention de la satisfaire.

Le Blond était déjà là... On voyait à sa tenue qu'il ne manquait pas d'expérience et que l'arme qu'il tenait, pour être ordinaire, saurait trouver les failles s'il les lui ouvrait. De cela non plus, Le Lupus ne se souciait pas...Non, ce qui le chagrinait...il ne trouvait pas le mot juste...c'était Dame Juzstina !
Elle avait été si douce avec lui, si attentionnée, que lorsqu'il l'avait vu grimacer, cacher une douleur qui devait être forte, en se tenant ce ventre qu'elle avait anormalement proéminent, il s’était demandé si la santé de sa bienfaitrice était aussi bonne qu'elle ne le laissait paraître ?

Il était là, avançant vers le blond, mais ses pensées étaient ailleurs...

Et s'il lui arrivait quelque chose pendant qu'il défendait son honneur ?
Que resterait il de cet honneur si, l'ayant abandonné, il n'avait pu l'aider comme elle l'avait soulagé ?


Il n'eut alors qu'une idée en tête, abréger ce combat sans enjeu et la rejoindre au plus vite.
Il se campa sur ses jambes face au blond,masquant la douleur que sa cuisse ne manqua pas de lui rappeler, et, alors que la foule criait maintenant des noms d'oiseaux à son encontre, lança :


Je suis là, maraud ! J'espère que tu n'avais pas que l'italien comme ami, parce qu'il n'y aura personne pour te ramasser comme tu l'as fait pour lui...

Sa voix grave résonna dans l’arène et eut pour effet de décupler les cris de la foule.

Il tenait fermement son bouclier, légèrement de coté, prêt à parer le premier coup... Il savait que le blond, après quelques secondes d'observation, s’élancerait pour tenter de lui faire ravaler ces mots...

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Nizam_
    Et blasonné vint à lui. Nizam accordait quelques mérites à ces bestioles au sang bleu, pour la plupart, la mise en jeu de leur honneur leur piquait assez le cuir afin qu'elles tiennent parole et ne se dérobent pas comme des poltrons. L'estime du mercenaire pour son opposant se releva faiblement et un rictus amusé déforma ses lèvres lorsque la menace fut lancée. Les deux hommes rivèrent la rudeur de leurs regards et se jugèrent ainsi un instant. Le Balafré était là pour entendre le chant du fer, mais il ne se jeta pas de suite sur le nobliaud, avait-il l'avantage de connaître sa manière de se battre grâce au duel contre Velasco. Il dégaina la bâtarde et les deux pognes couvertes par ses gants de cuir en serrèrent fermement la poignée. La garde basse, il s'avança jusqu'à inviter le noble au combat. Premiers chocs, la bâtarde s'abattit plusieurs fois et avec violence sur le bouclier, s'il était aguerri aux pratiques usées contre l'épée et ses coups de taille, son adversaire l'était également, il veilla à offrir que peu d'ouverture et à titiller l'équilibre.

    La respiration s'alourdit, les veines battent un sang échauffé, les lames se croisent et brusquement le mercenaire saisit de la senestre le milieu de la sienne. Il joua de son contact avec l'épée et se pencha suffisamment pour glisser son pommeau et une part de la fusée sous le genou du nobliaud. Il lui suffit de se servir de la bâtarde comme levier pour soulever sèchement sa jambe, et le voilà en situation guère confortable. Avec la même vigueur, il poussa l'homme au sol avant toute riposte, ce qui valut quelques cris aux pégus présents. La bâtarde tendue, il s'écarta du noble non sans un sourire narquois en travers de la figure. Il ne souhaitait pas mettre fin au duel, pas encore, ce serait gâcher la fièvre naissante du combat. Le Von Bek sut mettre à profit ce que venait de lui offrir l'orgueilleux et, remis sur pieds, fut bientôt le premier à prendre l'offensive.

    Tailles et estocs menaient aux parades et aux déplacements des deux duellistes, ces derniers goûtaient tantôt à la rage des frappes, tantôt au calme fébrile qui s'installait entre celles-ci. Les armes s'arrêtèrent brutalement, l'une contre l'autre, le poids de la bâtarde faillit l'emporter, mais le Von Bek vit l'ouverture négligée... Il dévia la lame et le bouclier s'abattit fortement contre le Balafré. Nizam recula vivement et maugréa un juron lorsque le bois l'heurta, un des côtés avait rencontré la tempe et l'arcade. Eut-il suffisamment de présence d'esprit pour parer l'arme du sang bleu et creuser la distance entre leurs deux gardes. Il eut soudainement une raison de plus de voir la gueule du titré contre terre, et ce fut assez pour éveiller une fougue dans les bras du mercenaire.

    Le blasonné sut se défendre, mais au vu des coups qui touchèrent la chair couverte de ferraille, ce fut insuffisant. Lors d'un croisement de leurs lames, Nizam saisit à nouveau le milieu de sa bâtarde et s'approcha promptement pour jouer sur le coude du Von Bek. La fusée s'immisça contre l'articulation, forçant l'homme à lâcher l'arme, sa botte s'écrasa sur le genou du noble et si tôt que ce dernier fut à terre, il tint la bâtarde de sorte à abattre violemment le pommeau d'acier contre sa tempe.

    Nobliaud étendu et sévèrement étourdi, les beuglements des poivrots sonnaient la fin du duel. Le Balafré posa le pied sur le bouclier salement entaillé et retint par la même occasion le bras qui y était lié, il tourna avec la pointe de sa bâtarde la trogne ensanglantée du Von Bek. Celui-ci avait certainement autant de conscience qu'un de ces pochards cuvant sa gnôle, mais le mercenaire ne rechigna pas à lui confier quelques mots.


    - Mon nom est Nizam, si tu sauras t'en souvenir un jour.

    Il n'enfoncera pas l'épée ni à la gorge, ni aux tripes du noble, Nizam avait obtenu ce qu'il était venu chercher, et pour une nuit, cette soif de castagne sera repue.
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