Afficher le menu
Information and comments (0)

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Et n'oublie pas : c'est notre petit secret.

Lanceline
L'inspiration du titre.

La Balafrée avait accueilli chez elle Anna. Elle n’avait pas tout raconté, parce que même si elle s’efforçait de traiter sa filleule en adulte -elle détestait, enfant, qu’on la prenne pour une imbécile-, il y avait des choses qu’elle ne pouvait pas lui dire. Peut-être que la blondinette s’en était douté. Peut-être pas. Mais la Bazaumont ne l’éclairerait pas sur certains points.

Elle n’avait plus faim, jamais. Mais elle s’évertuait en présence de la fillette. En partie pour lui faire plaisir. En partie pour ne pas dépérir tout à fait.
Que faisait-elle encore là désormais ? Existait-il encore un endroit où elle se trouvait à sa place ? Elle l’ignorait.

Ce matin elle s’était levée sans trop savoir quoi faire ; elle avait passé une robe rouge, avait cherché ses rubans, ne les trouvant pas s’était assise sur sa chaise, désespérée. On aurait dit une fillette à l’abandon. Ou plutôt, une personne âgée ayant trop vécu. Ce qu’elle était, dans le fond. Lanceline leva les yeux vers le plafond, scrutant un signe qui ne venait pas. Elle s’avança pieds nus hors de sa chambre, ignorant le regard paniqué de Suzane puis celui d’Adalinde qui venait la voir pour son fils. Elle se dirigea vers la chambre d’Anna. Il était encore tôt, mais jamais la Balafrée ne dormait beaucoup. Doucement, elle poussa la porte, trouvant évidemment la fillette encore endormie. Elle avait renvoyé le limier sans cérémonie aucune : elle était chez elle et l’enfant était en sécurité. Ernst lui en voudrait certainement mais elle s’en fichait bien.

L’adulte resta là à contempler la blondine assoupie, ne voulant faire aucun mouvement pour la tirer de son sommeil. Une personne qui dort semble si paisible et si loin des soucis du monde… De surcroît quand c’est une enfant. La Blonde se figea donc lentement, laissant la nuit disparaître peu à peu, immobile sur le sol froid, laissant une douce torpeur l’envahir. Peut-être qu’Anna sentit finalement sa présence, ou peut-être que Morphée la laissa finalement partir. Toujours est-il qu’elle ouvrit les yeux. Et si elle fut effrayée de voir sa marraine ainsi vêtue et non coiffée, elle n’en montra rien.

La Blonde tenta de lui adresser un sourire mais c’était peine perdue : à peine plus d’un rictus s’échappa de ses lèvres. Elle observa, attendrie, la fillette se frotter les yeux, se contentant de la regarder. Un « bien dormi ? » s’échappa finalement de ses lèvres séchées, sur lesquelles elle passa sa langue comme elle avait coutume de faire. Elle aida sa filleule à s’habiller, pour lui tendre ensuite sa main blanche et fine afin de la glisser dans la sienne.


- Viens.

Elle la mena hors de la bâtisse, la guida en longeant les murs, se dirigea vers la chapelle de l’archange Miguaël. Elle avait lu son hagiographie et son histoire l’avait interpellée, aussi était-ce son nom qu’elle avait choisi pour baptiser le lieu désormais sacré. Lieu qui avait vu son union avec Arnaut, ainsi que son enterrement.

La Bazaumont glissait ses pieds sur le sol encore mouillé de la rosée ; et quand elles s’arrêtèrent devant une simple pierre mentionnant simplement « À celui qui fut, et que j’ai aimé », le soleil se levait à peine, faisant jouer déjà ses rayons dans leurs cheveux dorés. La veuve resta là, relâchant la main d’Anna, la posant sur son ventre plat, silencieuse. Plus un mot n’était prononcé. Les oiseaux chantaient et une légère brise rafraîchissait l’air déjà lourd malgré l’heure matinale.

Un ange passa, et puis Lanceline se tourna vers sa filleule.


- C’est ici qu’il est. Personne n’est au courant excepté celui qui l’a enterré iceluec, Gabriel, toi et moi.

Elle savait que pour la pire manière de garder un secret était de le diffuser. Mais Anna faisait partie de ceux en qui elle avait encore confiance. Ses noisettes se reposèrent sur la pierre gravée et elle eut un fin sourire : Arnaut avait été enterré selon les lois de celui qu’ils avaient combattus ensemble. Et alors ? Il était chez elle, comme il l’avait toujours voulu. Cela devait bien lui suffire. De toutes manières, personne d’autre que Kronembourg aurait accepté sa magouille. Et elle voulait que cela reste un secret de famille.
_________________
Spirit_a.
"Il est venu, il a vu, il a mourru"

Le temps filait à une vitesse folle, comme emporté par des bourrasques de vent gigantesques. Anna vivotait au cœur d'une tempête, empêtré dans de sombres nuages menaçants. Depuis son enlèvement, la seule personne à qui elle s'accrochait encore était celle la plus éloignée d'elle. Peut-être parce qu'inconsciemment, elle savait ses souffrances intérieures. Peut-être parce qu'elle ne pouvait rien lui reprocher. Peut-être parce qu'elle était l'adulte qui lui ressemblait le plus. Au cœur de cette tempête, Line était son refuge. Fragile, instable. D'énormes gouttes de pluie parvenaient à la mouiller malgré tout. Mais, elle n'était pas sans défense, elle n'était pas seule. A l'autre bout du royaume, il y avait Line. Si l'accalmie n'était pas venue de la douce blonde balafrée, mais d'un 'Naïc retrouvé, c'est vers cette première que la fillette voulu se réfugier quand son double repartit. A nouveau seule, elle avait fait des pieds et des mains, enchaînant caprices, menaces, et boudins noirs, pour obtenir l'accord d'aller rendre visite à Lanceline de Bazaumont.

Elle avait fini par obtenir ce qu'elle désirait, bien que l'ombre de son limier pèse sur ses frêles épaules. Un pincement de joie et de fierté la remplit quand celle qu'elle considérait comme sa maman d'adoption le renvoya. Libre. Pouvait-elle être la seule à la comprendre si bien ? L'étreinte avait été douce. Les retrouvailles un peu silencieuses. Lanceline parlait peu. Comme toujours. Mais ces jours-ci, plus encore, l'enfant percevait en elle cette tristesse profonde qu'elle essayait de lui masquer. Elle comprenait cette chape de solitude qui devait poser sur les épaules de la jeune mère. Réminiscence enfantine de sa captivité d'enfant, Anna était plus que sensible. D'autant plus quand elle aimait les gens. Et elle aimait sa Line plus que tout.

Le réveil fut doux. Son bateau remplit de trésor ses yeux s'ouvrirent lentement, au moment d'une étreinte rêvée avec son pirate Naïc trop absent. Instinctivement, naturellement, ils se posèrent, encore embués sur la frêle silhouette qui se tenait debout devant son lit. Loin d'en être effrayée, elle esquissa un sourire endormi. Seules les mères regardent leurs enfants dormir, non ? La petite tornade se frotta doucement les yeux, pour s'assurer un meilleur retour dans le monde réel. Elle vivait avec Line, dans sa demeure, dans un lieu en dehors du temps. Un lieu suspendu, tant le calme y régnait. Un de ses lieux magiques qui pourraient faire tant de bien, et qu'on appellerait aisément paradis si la peine n'y était présente.


Viens.

L'enfant ne se fit pas prier. Elle avait en Lanceline une confiance aveugle qui la plaçait dans un état de sérénité apaisant. Elle se laissa guider, en tentant de mémoriser le parcours. Elle observa avec admiration la petite chapelle. Anna était croyante. Très croyante. Trop croyante. Elle avait beaucoup de respect pour ceux qui vivaient dans le ciel. Tous ceux qui y vivaient, que ce soient celui des aristotéliciens, des réformés, ou ceux des scandinaves. D'ailleurs, elle les priait chacun à tour de rôle. Puis les pieds nus continuèrent leur chemin, chatouillant légèrement les orteils enfantins délicats. La pierre était là, rappelant celle de Cillien, sa vraie mère au passage. La pierre était là, rappelant le poids de la perte, la lourdeur du chagrin, et le drame de la solitude, malgré quelques mots simples, souvenirs ambigus d'un amour étonnant. L'enfant resta immobile et silencieuse quelques instants, se contentant de fixer l'image devant elle, les mots, le chemin pour y parvenir. La voix douce lancelinienne glissa sur Anna comme un voile.

Quatre. Quatre personnes connaissaient ce lieu. Comme les membres d'une seule et même famille. Ses yeux, légèrement embués se posèrent sur le visage de la veuve, et ses lèvres tremblèrent un instant. Elle ne promit pas de garder le secret pour elle. Line n'avait pas besoin de promesse. Et jamais l'enfant ne ferait volontairement quoi que ce soit qui pourrait décevoir ou peiner la jeune femme. Elle se contenta de murmurer :


Merci...

Il venait du fond du cœur, ce mot. Cet unique mot qui parut résonner plusieurs secondes durant. Il venait du fond du cœur, et il symbolisait beaucoup de choses. Le lien et la confiance qui unissait les deux blondes, un petit bout de chemin parcourut côte à côte, et ce regret et cette peine commune pour un homme disparu. La fillette s'avança et alla poser ses doigts sur la pierre froide. Telle une caresse, elle caressa les lettres gravées, en se remémorant sa rencontre avec Arnaut. Des débuts difficiles qu'elle avait connu face à un homme trop franc, parfois un peu brut dans ses propos, qui l'avait fait pleuré bien des fois. Pourtant, elle s'était très vite attachée à cet homme qui ne semblait pas l'aimer. L'affrontement était devenu un jeu auquel elle s'adonnait presque avec plaisir, et quand les mots la blessait trop, Line était là pour apaiser, consoler, et mettre fin au jeu un peu malsain. Elle avait énormément regretter Arnaut en se rendant compte que la franchise, la sincérité, même s'ils pouvaient blesser, étaient des choses trop rares pour les mépriser. Arnaut, dans son esprit enfantin, était le seul homme qu'elle avait connu qui ne lui avait jamais menti. C'est ainsi qu'il avait gagné son respect et son admiration.

De souvenir en souvenir, un en particulier lui revint en mémoire. Un sourire illumina quelques secondes son visage, tandis qu'une idée germait doucement dans sa tête. Il était bien ici, auprès de celle qu'il aimait, de son fils qu'il n'avait pas eu le temps de voir grandir ; dans ce petit havre de paix. Pourtant il manquait quelque chose. Pour l'enfant qu'elle était, cette pierre et ces mots ne pouvaient pas seuls représenter la vie de son parrain. Elle souhaitait apporter sa contribution, mais Arnaut aurait-il apprécié ? C'est dans tout ce doute que la blondine se tourna vers l'âme errante qui l'accompagnait.


Je suis sûre que ça lui plaît d'être ici... Mais, j'aimerais bien lui faire un petit cadeau moi aussi... Tu crois qu'il aurait été d'accord ? Tu crois qu'il aimerait ?

La fillette retourna près d'elle, glissant sa main dans la sienne, et la serrant doucement, pour que leur maigres forces se partagent. Encouragement silencieux et présence tacite, pour un éventuel réconfort éphémère.

En fait, il aimait les fleurs Arnaut ?

Oui, ça n'a rien à voir, non ce n'est pas à cela qu'elle pensait en prononçant le mot "cadeau", mais la question lui avait subitement brûlé les lèvres. Avec Lanceline, elle retrouvait sa fraîcheur et son naturel, même si la réciproque n'était pas respectée. La belle dame aurait besoin de bien plus de temps pour faire face sans doute... Le chemin du deuil était encore long...
_________________
Lanceline
    Tyrion : You have children. How happy would you say you are?
    Cersei : Not very. But if it weren't for my children, I would have thrown myself from the highest window of the Red Keep. They're the reason I'm alive.

    [Tyrion : Tu as des enfants. Dirais-tu que tu es heureuse pour autant ?
    Cersei : Pas vraiment. Mais si je n’avais pas d’enfants, je me serais déjà jetée par la plus haute fenêtre de la garde rouge. Ils sont ma raison de vivre.]
    Game of thrones.

Le mot la frappa en plein cœur, venant l’atteindre en un endroit qu’elle avait oublié. Ce palpitant qui se démenait pour la garder en vie alors que tout en elle lui hurlait d’en finir. De se laisser enterrer là, auprès de celui qu’elle aimait. Mais Gabriel, Gabriel vivait et elle ne pouvait l’abandonner. Parfois, dans ces nuits où elle n’arrivait pas à trouver le peu de sommeil qui lui restait, elle se levait et tournait en rond, pestant contre Suzane qui fermait la porte à clef pour l’empêcher de partir et d’aller assassiner son fils.

Tout aurait été plus facile si elle avait été seule. Mais elle ne l’était plus jamais. C’était mieux ainsi. Et maintenant que sa filleule, celle qui avait failli être sa fille, était là, elle ne pouvait plus. Comment commettre un acte de lâcheté quand de tels yeux débordant d’amour lui montraient qu’elle connaissait sa douleur ?
Elle aurait pu toucher Spirit. Blesser la fille pour atteindre le père. Mais la Blonde n’était pas comme cela ; elle n’aurait pas accepté de poser une main menaçante sur celle qui lui accordait sa confiance, de plus, elle était innocente. Elle détestait blesser, en aurait été incapable. L’idée même ne lui avait pas traversé l’esprit.

Le mot s’éleva dans les airs, décrivit une courbe, vint plonger au plus profond d’elle, l’ébranlant comme elle ne l’avait plus été depuis longtemps. Depuis la mort d’Arnaut, en fait. Aimait-elle encore ? Était-ce possible ? Elle avait oublié. Avait tout enfoui rageusement, voyant le temps et cet homme lui échapper à jamais.
« Notre amour ne trouvera pas de fin. Il perdurera au-delà de la mort. » Ces mots, Lamorteau les avait utilisés. Elle en avait pris pleinement conscience alors qu’elle serrait sa main comme une naufragée à la mer. Mais c’était lui qui partait à la dérive. Il n’y avait rien de pire que de voir celui qu’on aimait mourir ; la mort n’était rien, ceux qui restaient devaient endurer mille maux. Les « pourquoi », les « comment », et les plus horribles, les « et si »…

Ses doigts se crispèrent sur son ventre. Et si elle n’avait pas été là, chez les VZ, ce jour-là ? Et si elle avait décidé de partir plus tôt ? Et si elle avait fermé les yeux une fois de plus ? Et si… Et si… Il était trop tard. Trop tard pour regretter. On ne pouvait faire marche arrière.

Ses pensées furent interrompues par la fillette, et la Balafrée lui en fut reconnaissante.


- Je ne sais pas s’il aurait été d’accord. Il n’aimait pas les enfants. Mais il avait appris à t’apprécier…

Elle regarda, bienveillante, attendrie, celle qui se tenait à son côté, ses doigts entre les siens. Elle lui adressa un sourire, un vrai, pas de ceux qu’elle posait maintenant sur son masque impassible. Elle avait oublié comment faire, mais elle réapprenait, doucement, à son rythme, à vivre, aux côtés de sa filleule qui avait été, un court temps, sa fille.

- S’il aimait les fleurs ? Je ne sais pas… Je ne lui en ai jamais offert. C’est plutôt lui qui le faisait… Moi je peignais pour lui. Il aimait tout ce que je faisais, mais il n’était pas très objectif…

Non, pas tout. Il n’avait pas aimé, par exemple, cette fois où elle avait peint pour un ami. Qui n’était rien d’autre qu’un ami qui lui avait appris à faire face. À faire confiance à nouveau. Elle aurait eu besoin de lui, en ce moment. Mais il ne donnait plus de nouvelles. C’était ainsi.

- Si tu veux lui mettre des fleurs… Mets-lui des violettes… Les dernières ont fâné et ont dû être dispersées par le vent…

Elle regarda la tombe, songeant un instant à ce qu’aurait pu être sa vie s’il en avait été autrement.

- C’est mon parfum… C’est pourquoi il les aimait. De cela, je suis sûre.

Sa voix ne se brisa pas, elle fut ferme et décidée. Arnaut était mort, pas son souvenir. Malheureusement, il n’en allait pas de même pour cet enfant perdu dans les limbes, qu’elle ne connaîtrait jamais à cause de l’inconstance humaine.

- Si tu veux, nous pouvons aller voir si nous en trouvons.

Change-moi les idées Spirit. Fais ce que tu as toujours su faire le mieux : sois toi-même. Je finirai par faire de même. Ne m’en veux pas, il me faut du temps. C’est ainsi, les vieux ; cela met plus de temps à oublier… Certains finissent même par en mourir. Mais pas moi. Moi je reste solidement là, à lutter contre les vents et les marées qui veulent me mettre à terre.
_________________
Spirit_a.
    La douleur infinie de celui qui reste, comme un pâle reflet de l'infini voyage qui attend celui qui part. Pierre Bottero


Et tandis que sa petite main était étreinte tel un ultime rempart à la noyade, la fillette restait là, à demi-silencieuse. Compatissante, attristée, inquiète. Elle devait trouver un moyen de faire sortir sa chère et douce marraine de ce deuil sans fin. Sans trop réfléchir, sa voix s'élança, surgit hors de a bouche, et vint briser le tendre et pénible silence de recueillement qui se posait toujours comme une chape de plomb sur les frêles épaules des blondines.

Malgré son jeune âge, Anna avait déjà beaucoup de tristes expériences. Elle connaissait la mort, elle connaissait l'absence. Elle savait ces regrets qui vous rongent de l'intérieur, cette culpabilité qui s'installe, ces "et si" incessants qui vous brise davantage, qui vous enfonce plus encore. Elle connaissait le manque, la solitude et la colère. Et elle savait mieux que quiconque comme il était difficile de souhaiter la vie, quand les êtres chers disparaissent. De la mort de sa mère, à la disparition de Lénaïc, son jeune double masculin, Anna avait tout connu, tout vécu de ces sombres heures. Mais elle avait appris, à force de rencontres que la vie devait suivre son cours. Comme un fleuve invincible, elle coule, et nous emporte loin, si loin... Et regarder le rivage est complètement inutile, puisqu'au bout d'un moment, nous ne voyons plus le rivage qu'en souvenir.

Arnaut... Quel être incroyable. Un homme qui avait marqué à jamais l'esprit et le cœur de la fillette. Et malgré leurs disputes, malgré ces moments difficiles passés avec lui, il resterait toujours une figure modèle dans l'esprit enfantin ; et c'était toujours avec un grand sourire que lui revenait des souvenirs de lui. Arnaut était drôle, imprévisible, étonnant. Ils faisaient un si beau couple...


Hum... Je l'aimais beaucoup aussi tu sais... C'est pour ça.

Le sourire lancelinien toucha la rhénane au plus profond de son être, l'attendrit et la ravie comme jamais. Un tel sourire en provoque nécessairement un semblable sur la personne à qui il est adressé. Ainsi fût fait. Et elle écouta, attentivement tout ce que lui racontait sa marraine. Parler, pour ne garder que le meilleur. L'enfant était sans cesse épatée par le pouvoir des mots. Elle hochait la tête, avec douceur, en regardant celle qu'elle aimait le plus au monde.

Oui, je veux bien. Mais dis, Line ? Plutôt que de les couper, et qu'elles fanent Est-ce qu'on pourrait pas... en mettre là, à côté, mais dans euh... planté tu vois... ? Comme ça, tu seras toujours un petit peu avec lui, et pis, ça fera plus joli... et moins... tout gris. Nan ?

Un regard pour attendre le verdict, mais, qu'importe, il fallait sortir, bouger, changer l'air et les idées. Alors, la menotte enfantine tire doucement la dextre de l'adulte pour l'emporter plus loin. Là où elles pourraient trouver des fleurs. Là où elle pourrait trouver un sculpteur. Une idée trottait dans sa caboche blonde. Ultime clin d'œil, ultime souvenir. Et une petite surprise, à la fois pour l'Arnaut que l'enfant avait appris à aimer, et pour Lanceline, mais aussi pour Gabriel. Il ne restait plus qu'à... Un fin sourire étirait ses lèvres. Il était temps de faire bouger les choses.
_________________
Spectrarnaut


Qui saurait dire où se trouve l'âme d'Arnaut aujourd'hui ? -certains répondront qu'il n'en avait pas- En l'enfer ou au paradis ? Lui qui s'était battu pour la Sainte Eglise Romaine avait fini par être enterré par ceux qu'il avait combattu , par ceux qu'il considérait comme hérétiques , il se pourrait donc que cette âme infâme erre encore dans ce bas monde , cherchant peut être à se venger de ceux qui l'ont damnée. Une supposition. Ou alors , il avait enfin trouvé le repos qu'il convoitait tant auprès de sa dòna. Il reposait à Laguian , tel avait était son souhait. Souhait motivé par une incroyable jalousie plus que pour la beauté des lieux. Il est certain qu'il appréciait cette terre d'Armagnac , d'autant plus que cela lui offrait à chaque séjour un temps de repos auprès de la balafrée mais c'était bien pour s'assurer de la propriété -notez le romantisme- de cette dernière qu'il souhaitait reposer icelieu. Pensait-il qu'elle lui appartiendrait à jamais , même après sa mort comme il le lui avait déjà annoncé : notre amour perdurera bien après la mort.

Les paroles s'étaient pourtant transformées en acte avec la naissance de Gabriel , ce petit blond qui ne connaîtra son père qu'au travers les portraits signés de la main de sa mère et des témoignages que voudront bien lui donner ceux qui l'ont connu , autant dire qu'il saura peu de choses. Derrière lui il n'avait pas laissé qu'une veuve et un fils , il avait laissé toute une famille qu'il tenait d'une main de fer.

Et une filleule.

Anna , une petite blonde qui ne semblait jamais fuir devant le taureau bordelais , et qui , de part son caractère avait réussi à le toucher au fond de lui. C'est en ce sens qu'il avait accepté d'être le parrain de la Von Zweishneidig , non sans renâcler. Elle pourra sans doute se vanter plus tard auprès de Gabriel d'avoir connu son père bien plus que lui bien qu'il valait mieux taire cela tant le défunt Bazaumont se montrait sans coeur avec la blondinette. Pensez bien qu'Arnaut regrettait certains mots bien forts pour une gamine une fois seul lorsqu'il se remémorait sa journée ce qui ne l’empêchait pas de recommencer le jour suivant. Incorrigible. Ou jaloux ? Sans doute qu'il était jaloux par l'amour que portait Lanceline à Anna , lui qui n'en avait pas reçu , ayant perdu ses parents tôt et élevé à la berrichonne.

S'il était encore présent , il tenterait sans aucun doute de sourdre de sa tombe pour être à nouveau avec les siens et offrir à sa filleule tout l'amour d'un parrain et à son fils l'amour d'un père. Et à celle qui était alors son épouse , la vie qu'il lui avait promis. Ou alors il se contenterait de suivre , de surveiller , de protéger les siens par une présence imperceptible.
See the RP information
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)