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[RP] Que m'importe que tu sois sage ? *

Lanceline
La rose était en évidence sur le bureau. Une rose rouge. La Balafrée la regardait, attendrie. Gabriel jouait dehors, sous la surveillance d'Adalinde. Et Lanceline ? Elle relisait les quelques lignes envoyées avec la rose.

Toc, toc.

Un peu surprise, elle releva la tête, avant de poser la lettre sur le bureau. Qui donc pouvait la déranger ? Aujourd'hui était jour de fête, de mariage, mais elle n'était pas encore prête. La jeune femme entendit la porte s'ouvrir, Suzane échanger quelques mots avec un homme, les gonds grincer à nouveau.


- Ma Dame ?
- Oui ?
- Vous, heu...


La Blonde se tourna vers sa gouvernante qui semblait embarrassée, une rose et une lettre à la main. Fronçant un peu les sourcils, elle s'approcha. Ernst avait-il oublié qu'il lui en avait déjà envoyée une ? Ou alors était-ce quelqu'un d'autre ? Basile ?

Citation:
Chère Lanceline,

Alors que je te sais sur les routes, ta présence a Bordeaux me manque cruellement de milles façons.

J'attendrais ton retour avec la plus vive impatience, mon désir de te revoir grandissant chaque jour toujours plus.

Passionnément
Basile


Elle eut un sourire, prenant la fleur dans ses mains, la portant à ses narines pour la sentir. Elle eut un sourire, avant de poser la rose à côté de celle envoyée par son futur époux. Si elle s'était plus ou moins attendue à recevoir quelque chose du rhénan, elle ne pensait pas que le maire aurait cette touchante attention pour elle.

- Ma Dame ?
- Mh ?
- Que comptez-vous faire... enfin... C'est étrange qu'il vous envoie une fleur...


La Blonde se tourna vers la brune.

- Je ne sais pas. Je vais lui répondre, quoi qu'il en soit.

Rien ne vint la trahir. Elle regarda sans ciller Suzane qui retourna alors à ses occupations.

* Madrigal triste, Baudelaire.
_________________
Basile
Le temps allait et passait, charge, devoir, perspective, tout cela occupait le temps de Basile. Passant l'exigüe corridor de l'Ombrière, revenant de la chancellerie, ses pensées allaient d'un endroit à un autre. Derrière lui le géant suisse et l'habile italien, tout deux d'indispensables hommes dont il c'était attaché le service, lui faisait escorte. Au détour d'une fenêtre il jeta son regard vers la ville. Les clochers de la cathédrale trônait, dehors la foule allait et venait à ses occupations. Bordeaux continuait de vivre, inlassablement.

Passant devant quelques mendiants, il leur céda quelques écus de sa bourse, en bon débonnaire. Ses pensées allaient se tolchoquer entre les songeries de ses charges et le souvenir de Lanceline qui l'occupait, jour après jour.


- " Excellence, une missive nous est parvenu "

Rompant ses songeries, Basile regarda le petit domestique qui lui tendait un courrier. Il soupira, sûrement quelques banales messages, que cela vienne de la mairie ou de l'ambassade. Il attrapa la lettre hésitant à la lire maintenant ou attendre plus tard, pour ne pas le couper dans sa journée. Continuant à marcher, la curiosité gagnant sur son désir de tranquillité, il décacheta le parchemin pour en parcourir les lignes.

Citation:
À toi,

Je suis à Eauze. Le voyage s'est passé sans encombre. Je vais bien.

Mercé pour la fleur, cela m'a agréablement surprise. Je pense souvent à toi. J'espère que tu vas bien et que tu t'en sors avec la mairie.

Je reviens vite vers toi ; je repars dès demain. Ne monte pas tout de suite sur les remparts néanmoins : je serai sur Bordeaux dans cinq jours à compter d'aujourd'hui.

Je t'embrasse.

Lanceline.


Un sourire remplaça sa mélancolie, il relu a nouveau la lettre restant en arrêt en pleine rue. Il ne savait s'il recevrait réponse, il ignorait même s'il pourrait revoir Lanceline. Il ignorait encore beaucoup de chose, trop. Il lui était devenu pressant de se saisir de son encrier et d'y adjoindre une réponse, d'y faire glisser sur les lignes d'un vélin la force de son désir, la virulence de sa passion, et l'âpre douleur de l'impossibilité de pouvoir le crier sur les toits.

Glissant la lettre dans un des plis de sa chemise, près de son cœur, là ou rien ne pourrait venir la souiller, Basile prit le chemin de son cabinet, le pas rapide.

_________________
Lanceline
    Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
    Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
    Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

    Baudelaire, Le Voyage – VII in La mort.

La Balafrée était au marché. Elle respirait les épices venues d’ailleurs, tentant de les identifier, se prenant à vouloir voyager dans leurs pays d’origine. Arnaut avait voulu l’emmener à Alexandrie mais la mort l’avait emporté avant qu’ils n’aient pu faire quoi que ce soit. Aussi voyageait-elle comme elle le pouvait, trop à l’étroit dans ce corps qu’elle traînait ici et là, comme un boulet qu’on traîne à son pied.
Délaissant les épices elle se dirigea vers l’étal aux rubans. Elle regarda attentivement les petits tissus, un par un, cherchant lesquels s’accorderaient le mieux avec ce qu’elle possédait comme robe. Elle en choisit quelques-uns qu’elle paya aussitôt ; puis elle rentra.


- Ma Dame, du courrier.

La Blonde fixa Suzane un instant. La veille, le mariage de Melyna avait eu lieu. Elle espérait qu’ils tiendraient. Que leur amour ne volerait pas en éclat. Elle, s’était détachée d’Ernst ; mais pourquoi donc s’était-elle excusée ? Elle avait beau chercher, elle ne savait pas. Pour Basile ? Certainement pas. Si elle devait des excuses à quelqu’un, ce ne serait qu’à lui, pas à Ernst. Même elle n’entrait plus en compte.

Elle prit les quelques lettres, songeant qu’elle devrait répondre à l’Impératrice. Et à Mécène. Et à Claire. Elle soupira en voyant qu’on lui réclamait un impôt ; mettant une bourse de côté, elle serait expédiée plus tard.


Citation:
Oh ma tendre,

Des cimes éternelles miroite le songe de cette nuit, dans l'obscurité la plus sombre que la nuit jette, seule la pensée de ton regard dissipe les ténèbres pour ne laisser que lumière.

Oh grand Eros, qui m'a percé de part en part de sa flèche mortelle, me voilà, pauvre et humble serviteur, à t'écrire mes mots.

Tel Mars jetant épées et boucliers de ses victoires, ôtant capes et armures, ne trouvant que repos auprès de la sublime Aphrodite, je n'arrive à trouver sommeil sans t'avoir à mes côtés.

Le manque et insupportable idée de te savoir si loin, enfoncent que plus ardemment ce trait féérique en ma poitrine, ne laissant pour seul plaie qu'un vide béant.

De ces jours qui nous sépare, le temps me semble devenir siècle, la nourriture semble se faire cendre, le vin se fait poussière, nul plaisir ne sait remplacer celui de cette nuit que nous avons partagé.

Lire tes mots porte si réconfort, si l'or et les pierres précieuses sont aimés de légions d'homme, je n'aurais plus grand trésor que tes lettres.

Passionnément,
Ton Basile



Elle chancela. Suzane se porta à son secours. La Blonde prit le temps de s’asseoir, avant de relire la lettre pour finalement la porter à sa poitrine. Avait-il vraiment écrit ces mots ? L’encre sur le vélin ne pouvait mentir. Elle eut un sourire, mi-charmée mi-gênée. Voilà qu’elle était prise à son propre piège. Elle avait joué sur deux tableaux, elle se retrouvait désormais déchirée. Peut-être n’aurait-elle pas dû répondre ; peut-être aurait-elle mieux fait de disparaître. Mais elle ne le pouvait.

Elle passa sa langue sur ses lèvres, cherchant l’attitude qui conviendrait, brûlant néanmoins de lui répondre immédiatement. Ce qu’elle fit : elle déplora intérieurement n’être que cette fillette s’oubliant pour quelques mots bien dits, bien placés. Les hommes savaient manier la langue et l’endormaient de belles paroles. Mais elle était comme cela et certains l’avaient bien compris. Mais maintenant, à cause de sa sottise, elle se retrouvait prisonnière de sa propre toile sans trop savoir comment s’en défaire.


- Va me chercher à boire.
- Une tisane, ma Dame ?
- Oui.


Pas d’alcool ; qu’en de très rares occasions. La Blonde eut un petit soupir, relisant, tremblante d’émotion, la lettre.
Elle ne pleura pas sur son existence ; elle ne versa aucune larme même si elle en avait l’envie. Ernst ne devait pas savoir, jamais. Il ne saurait pas. Basile… Il fallait qu’elle rentre à Bordeaux. Qu’elle le voie. Qu’elle lui parle. Qu’elle le touche. Expliquer ; raconter. Qu’elle brise cette cage où elle s’était enfermée.

Les propos de sa lettre lui paraissaient décousus ; était-elle ivre de cette sensation de liberté, de secret ? Mais tant pis, elle l'enverrait tout de même. Qu'il la prenne comme elle était.

_________________
Basile
Les mots semblaient avoir un effet à la fois enivrant mais également laissant une profonde marque d'être lointaine. Chaque mots frappaient à double sens, laissant une trainée hétérogène d'interrogations, de pensées et de doute. Basile se servit un verre de ce breuvage fait d'eau et de citron. Lanceline avait su imposer par son seule retour une sorte de rappel de Basile à son existence. Un souffle de fraicheur. Il s'en était fait, qu'elle lui manquait. Était-elle reparti trop vite ? Sûrement. Il régnait un goût alliant la mélancolie à un désir insatisfait.

Pourtant ces mots éveillèrent a Basile un plaisir, celui de la retrouver bientôt. Accompagné ? Basile marqua un arrêt. Il n'avait réellement songé à son fiancé, rejetant ces idées coupables et morales pour ne se laisser que prendre à ses propres passions. Avait-il mal agis ? C'était là, la question qui le tarauda. La réponse ne s'imposait pas. C'était comme lancer ses doutes au vent. Et cet homme, l'aurait il appris ? Viendrait il la vengeance dans les bras ? Basile jeta son regard sur son épée, songeant qu'il ne faudrait s'en dévêtir.

Attrapant, un vélin et son encrier, Basile laissa un instant ses pensées s'assemblaient avant de jeter ses mots, posant sur le côté la lettre de Lanceline.


Citation:
À toi.

Mon regard n’est pas lumineux pourtant, il transporte la boue de cette terre. Le tien en revanche porte tout l’espoir du monde.

Soigne tes blessures, mon doux ami. La mort ne peut être pour toi ; je ne suis personne pour t’infliger ces tourments.

Le temps passe vite, je l’ai appris bien trop souvent ; profite donc de ces instants, bien que volés. Je reviens vite, je l’ai promis. Malheureusement, peut-être serai-je accompagnée d’Ernst : il a décidé, pour une raison que j’ignore, de m’accompagner. Peut-être le remord le ronge. Peut-être regrette-t-il. Moi, pas. Bien souvent je pense à toi, et je souris. C’est comme ça. Il doit se demander, mais peu importe.

Tu dis que mes lettres sont les égales de l’or. Les mots pourtant ne valent rien. Mais je t’écrirai encore, si tu le veux bien. Je ne veux pas oublier, et je n’oublierai pas. J’espère qu’il en sera de même pour toi.

Tendrement,

Lanceline.

_________________
Lanceline
Eauze, toujours. Son départ avait pris du retard : Gabriel voulait rester un peu, Ernst n’était pas pressé de partir. Mais elle trépignait d’impatience, essayant sans succès de se raisonner. Il fallait qu’elle parte. Qu’elle aille le rejoindre. Elle ne pouvait demeurer là à rien faire.
Heureusement qu’elle savait lire et écrire. Heureusement qu’elle avait ces lettres. Heureusement que ni Gabriel, ni Ernst ne dormaient dans sa chambre. Chaque nuit, elle se couchait après avoir relu chaque mot un à un, les connaissant par cœur, avant de fermer les yeux, allongée près des parchemins.

Le dernier reçu posait beaucoup de questions, auxquelles elle-même n’arrivait à apporter aucune réponse.


Citation:
Ma muse,

Tes mots m'atteignent bien plus que l'or ne pourrait le faire, il est fait d'un bien plus précieux.

J'entends ton retour, et son plaisir se voit occulter par la présence de cet homme. Devrons-nous nous dissimuler ? Serait-ce le mensonge qui viendra couvrir nos désirs de son voile obscure ?

Cela me fait peur, peur de te perdre, car sache que j'aurais toujours plaisance à lire tes messages.

Je n'oublie pas.

Mes plus aimantes pensées,



Elle ne savait pas. Elle était incapable de répondre à ces interrogations, qu’elle se posait pourtant. Elle soupira un peu. Que convenait-il de faire ?
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Basile
Les mots frappaient plus durement que les coups de lance sur un écu. Chacun semblait résonner d'outre tombe. Chaque pensée laissé dériver à sa propre liberté revenait, confronté à une âpre réalité. Tout cela n'avait été qu'un simple rêve. Sa seule passion, qui n'avait besoin de temps, de connaissance, mais qui ne voulait que l'instant et l'éternité se trouvait comme brisé, refusé, et cela ne le faisait que grandir. Comme un fruit défendu vers lequel toutes pensées devaient se tourner et le convoiter.

Il n'était plus cet indolent enfant qui aurait trouvé plaisir à pareil jeu, il n'avait plus l'indolente jeunesse qui l'avait fait se jeter d'un balcon à un autre. Il était pris en la colère et la mélancolie. Ses pensées allaient l'une à l'autre, sans ordre ni raison. Le doute l'habitait. La lettre glissa un moment de ses doigts pour choir au sol, glissant un moment sur elle même.


Citation:
À toi.

Mon départ est retardé. De combien, je ne sais pas. J’attends qu’Ernst et Gabriel se décident. Il me faut rentrer, pourtant. Je suis désolée.

Je te préviendrai quand je reprends la route.

Quant au mensonge, cela aussi il le faudra. Le mensonge pourtant, n’occulte pas à tous. Nous, nous savons. Et comme tu l’écris : « je n’oublie pas ».

Ma plume n’est jamais avare de mots même si parfois elle peine à se mettre au travail. Ne m’en veux pas. Je t’écrirai.

Tendrement,

Lanceline.


Il n'était pas question de culpabilité, qui n'arrivait à prendre prise sur Basile, plutôt une simple sensation de paraître stupide, une fierté compromise naissant d'une passion mise à mal.

La réponse ne venait pas, ni les mots et les pensées. Plus le temps allaient, plus ces quelques moments semblaient n'avoir de forme que dans les souvenirs. Il se pencha, dans un geste lent et mesuré, laissant ses doigts se glisser sur le vélin. Il relut la lettre, reprenant à plusieurs fois la même phrase, accordant à chaque mot son importance.

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Lanceline
    Oh, you can't hear me cry
    See my dreams all die

    Ben Cock, So Cold

Elle s'était relevée. Cette nuit, elle avait refusé de dormir avec Ernst. Elle avait prétexté un lit trop petit pour deux. Une chambre pas assez grande pour un couple. Et elle avait bien fait. Au beau milieu de la nuit, la lettre lui était parvenue. Alors, elle s'était relevée.

À elle aussi, la lettre lui était tombée des mains, mais elle l'avait reprise aussitôt. Était-il possible d'avoir aussi mal ? Ce n'était pas la même douleur qu'après le décès d'Arnaut. Celle-là l'emportait moins loin, mais plus haut.

Elle s'appuya contre le chambranle de la porte, relevant la tête vers le ciel, se laissant aller à quelques larmes, les mains lâchées sur les plis de sa chainse, tenant toujours la missive. Elle n'était plus une adulte, mais une adolescente à ses premiers émois, ignorant ce qu'elle devait faire. Elle ne réfléchissait plus, elle n'arrivait plus à considérer les faits, à connaître les règles sur le bout des doigts.

« Il ne faut pas qu'il craigne de perdre une jolie fille comme toi ». Les mots de Jérémy lui revinrent en mémoire. Un instant, elle crut savoir. Alors elle écrivit, tâchant de ne pas oublier.

Elle ne voulait pas ; pourtant ses mots disaient le contraire.


Citation:
Tendre Lanceline,

Ces mots me foudroient. Tu me semble si lointaine, ta présence qui m'a été arraché est des plus douloureuses, tu me manque, affreusement.

Si je puis dissimuler, je ne saurais si je pourrais mentir, et je ne le pense pas. De te voir avec un autre, je ne sais si je saurais le supporter.

Oh Dieu miséricorde, tu m'as jeté dans le plus terrible fléau.

Je ne sais ce que nous pourrons vivre ensemble, et vivre dans l'aveuglément le plus absolu m'effraye, car je crains de ne te perdre.

Mes aimantes pensées,
A toi,


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Basile
    C'est l'extase langoureuse,
    C'est la fatigue amoureuse,
    C'est tous les frissons des bois
    Parmi l'étreinte des brises,
    C'est, vers les ramures grises,
    Le chœur des petites voix.

    Paul Verlaine, Romance sans paroles


La martèlement sourd de son cœur rompait le silence. Chaque battement semblait renvoyer à une pensée. L'intégralité de ses sentiments semblait se faire sentir, grandir. La savoir loin, avec cet homme le hantait chaque nuit, chaque jour. Comme un spectre infernal qui s'amuser à déverser ses tourments.

Seul la certitude la revoir, apportait un rayon de lumière, une espérance qui semblait si loin, irréelle. Et comment reviendrait elle ? Le doute avait établit son règne sempiternel. Déposant le parchemin dans un petit coffre ou s'entassait les autres missives, Basile se leva doucement pour s'asseoir dans le fauteuil près de la cheminée.


Citation:
À toi,

Je ne veux pas te blesser.

Il veut aller sur Mimizan, je l’y accompagne, avant de monter sur Bordeaux, seule. Je prétexterai quelque chose.

Ces questions que tu te poses, je les ai aussi, mais tout comme toi je ne puis y apporter aucune réponse, sinon que nous vivrons ce que nous avons à vivre. Je ne veux pas m’inquiéter. Je ne veux pas me tracasser.

Moi aussi, j’ai peur. Elle peut nous aider à survivre, à surmonter tout le reste, tout comme elle peut nous bloquer.

Mais je viendrai. Je te le promets. J’ai toujours tenu mes promesses, tu le sais…

Je t’embrasse.

Lanceline.


Le regard perdu dans le crépitement des flammes, sa main glissa sur la table adjacente pour attraper une bouteille d'eau de vie au goût détestable. Mais ce n'était pas la saveur qui en était recherché, seulement sa nature de spiritueux, offrant une courte libération des tourments de l'âme.

Plusieurs gorgées avalés, le goût exécrable régnant en maître dans a bouche du bordelais, il attrapa un vélin, encrier et plume pour jeter ses mots, hors de la patience et de la modération, hors de l'attente et de la satisfaction, hors de tout, tout de sincérité.

_________________
Lanceline
    Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
    Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux

    Baudelaire, Je suis comme le roi d'un pays pluvieux.

Une taverne, à Eauze. Elle attendait. Un signe. Quelque chose. Spirit peut-être, qui rentrerait dans la taverne, une fleur aux lèvres. La Blonde porta sa main à son front. Elle ne se sentait pas bien. Elle frissonna.

Ses doigts cliquetaient sur le bois usé de la table, alors qu'elle regardait devant elle, fixement, se mordillant de temps à autre la lèvre. Elle savait où elle allait, plus ou moins. Elle avait fait son choix ; pour des raisons qui lui demeuraient obscures mais comme soufflées par un dieu supérieur. Le Sans-Nom peut-être. « Je ne suis plus vraiment une petite fille. Je sais ce que je fais et pourquoi je le fais. … Enfin, la plupart du temps. » C'est ce qu'elle avait dit à Ernst, plus tôt ce jour-là. Mais ce n'était pas vrai. Elle était toujours une petite fille. Elle se laissait aller au hasard, piochant ici et là, allant d'un point à un autre en gambadant, insouciante. Sauf qu'elle était une adulte... Et qu'elle devait faire face à ses choix. C’est ce qu’on appelait « assumer ».

Quelqu’un apporta une lettre à la Balafrée. Elle savait déjà de qui c’était. Elle la fit poser d’un geste sur la table devant elle. Elle demeura prostrée, l’observant. Il lui sembla retourner bien des mois en arrière, quand Arnaut était parti. Mais aujourd’hui, personne n’était là pour lui tenir la main tandis qu’elle l’ouvrirait.

Alors elle finit par se décider, les yeux dans le vague.


Citation:
Mon aimée,

Dans le tourment de l'attente, je saurais que tu tiens tes promesses par vents et marées, et sache que jamais je ne douterais de toi.

Mais je ne peux penser te savoir loin de moi avec un autre, ces pensées m'effrayent, me font craindre le lendemain et à chaque missive reçu, je tremble comme un enfant, de ne lire de triste mots.

Oh, éternelle beauté de ma vie, comment le Très Haut peut il éveiller en moi pareil passion pour toi qui est promise à un autre. Serais-ce le châtiment de mes crimes ? Je le trouve des plus cruels.

Oh, ma muse, je veux vivre tout ce qu'il y a de possible avec toi, je veux te voir rire, je veux te voir sourire à jamais.

Je n'ai repos ni nuit ni jour, je brûle et je me meurs d'amour.

Si ta passion égale la mienne, Oh je t'en prie dit le moi.

S'il en est ainsi, oh ma douce, oh ma tendre, épouse moi.

Éternellement et passionnément,
A toi,



- Il…

Il ne pouvait pas être sérieux. Lanceline releva les yeux, embrassant la taverne vide du regard. Il ne pouvait pas être sérieux. La lettre resta là, dans sa main tremblante. Elle la relut, attentive.
Son menton se haussa un peu tandis qu’elle se mordillait la lèvre inférieure, pensive. Elle aurait pu lui en vouloir. Elle aurait pu.

Venait-il vraiment de lui demander sa main ?

Un bruit étrange la fit sursauter et elle observa avec minutie autour d’elle. Personne. Ce sifflement venait, en fait, d’elle. Elle demeurait là, la lettre entre ses mains tremblotantes, craignant de ne défaillir si elle devait se lever. Les noisettes parcoururent une nouvelle fois les mots couchés sur le parchemin, mais seule la dernière phrase lui sautait aux yeux. « S'il en est ainsi, oh ma douce, oh ma tendre, épouse moi. » Le reste était trop vite effacé, comme si cela n’avait aucun sens, comme si ces mots ne signifiaient rien dans sa tête.

Finalement la lettre fut reposée sur la table et elle la repoussa du bout de ses doigts, toujours pensive. Perdue. Enfermée dans cette cage qu’elle avait elle-même préparée.

Et elle sut ce qu’elle ferait. Bordeaux. Il avait peur de ne lire que des tristes mots ? Alors elle se ferait violence pour ne plus lui écrire. « Vous êtes fiancée ma douce.. Et cet homme me manque de respect en vous écrivant de la sorte. » Elle tressaillit, ayant cru entendre Arnaut lui susurrer ces phrases à l’oreille. Mais ce qui avait pu s’appliquer à l’un s’appliquait désormais à l’autre.

Bordeaux, donc. Elle y serait bien assez vite.

_________________
Lanceline
    « Quand on se sent incapable d'écrire, on se sent exilé de soi-même. »
    Harold Pinter.

Eauze, toujours. Elle y attendait. La venue d’un enfant, celui de son amie. Le retour d’Ernst. Elle tournait en rond comme une lionne dans sa cage. Elle se retrouvait liée par ses promesses. Mais elle ne pouvait pas abandonner Abriellyn. Parce qu’elle-même s’était retrouvée presque seule pour accoucher de Gabriel, et ç’avait été un souvenir dont elle n’aimait que moyennement se rappeler.
Elle regardait la pluie tomber, bien à l’abri dans sa chambre. Le blondinet était là aussi, et la Balafrée venait de jouer un passer un peu de temps avec lui. Une brave mère qui veillait au bien-être de son fils. Puis elle s’était relevée, le laissant jouer à la guerre avec ses chevaux de bois. Faire « comme papa » dont elle avait raconté qu’elle l’avait vu, un jour, se battre depuis les remparts, rugissant en contrebas et repoussant les assaillants de son mieux.

Au fond d’elle, elle ressentait l’amertume et la déception. Sa voix moralisatrice lui soufflait à chaque instant « je te l’avais bien dit ». Il lui avait demandé sa main, mais elle n’avait pas répondu. Et il n’avait pas réagi à cette absence de répartie. S’il l’aimait vraiment, il aurait dû lui renvoyer une lettre dans la soirée qui avait suivie. Et le lendemain. Et le jour d’après. Mais rien. Rien que le silence. Rien que ses mots à elle qui résonnaient dans les ténèbres où elle s’était plongée et où venaient se mêler dans une cacophonie ses mots à lui.

La pluie tombait plus fort, et elle songeait à Ernst qui était à Pau. Elle se fichait bien de savoir ce qu’il faisait. Peut-être avait-il retrouvé Spirit. Elle l’espérait même si elle ne se faisait pas vraiment d’illusions. Il le lui aurait annoncé, sinon. Mais peut-être était-elle revenue, fatiguée mais bien vivante. Parce qu’elle ne pouvait qu’être vivante ; impossible d’imaginer autrement. Elle s’humecta les lèvres, un peu mal à l’aise.

Et les mots percutèrent dans son cerveau, et elle comprit qu’on venait de lui parler. Gabriel s’était arrêté de jouer pour observer sa mère qui ne réagissait pas, un peu inquiet. Suzane la regardait sans mot dire, lui tendant une lettre. Elle s’approcha, manquant s’emmêler les jambes dans sa robe dans l’empressement.


Citation:
Ma tendre Lanceline,

Je reste sans nouvelle depuis plusieurs jours, et le doute m'envahit, la crainte, le désespoir, la peur.

Te serais t-il arrivé sombre aventure ? Oh par tout les saints si cela était, je ne saurais le supporter, je savais que te laisser partir seule avec Gabriel était un grand risque, je ne saurais me pardonner si quelques reîtres t'auraient violenté.

J'espère que ne ce n'est point mes mots qui t'ont fait fuir... Ils étaient paroles de mon âme, cri de mon esprit.

Si tu n'as rien, je t'en prie, dit le moi.

Tendrement



Elle se sentit cruelle et perfide. Elle lui avait dit qu’elle lui écrirait et voilà qu’elle ne le faisait plus. Elle songea un instant à prétexter quelque chose ; avant d’écarter l’idée de son esprit. Elle aurait déjà dû être sur Bordeaux. Elle aurait déjà dû lui dire, le serrer dans ses bras. Elle aurait dû mais elle ne l’avait pas fait.
Était-elle encore elle-même ? Les choses semblaient lui échapper de plus en plus, tourner autour d’elle sans qu’elle puisse les arrêter.

Plus tard, elle prit la plume pour lui répondre.


Citation:
Basile,

Je …


Rayé. Ses pensées dépassaient ses mots. Elle eut un léger soupir.

Citation:
Basile.

Sache que …


Au feu. Elle mit la lettre qu’elle venait d’écrire au feu. Elle pinça ses lèvres, relâchant sa plume qui finit sa course contre la gravité en s’écrasant sur la table.
Ses noisettes lurent une nouvelle fois les mots qu’il avait gravés à coups d’encre sur le parchemin. Elle l’avait bien senti, qu’il l’aimait. Que cela n’était inscrit que sous le coup de l’émotion, de l’impulsion. Mais ils n’en n’étaient pas moins vrais. Ses doigts tapotèrent le bois de l’écritoire.

Quand elle ouvrit les yeux, au petit matin, trop tôt encore, elle n’avait toujours pas avancé dans la rédaction de sa lettre.

_________________
Basile
    Un caillou ! Comme c'est intéressant !
    *Sur la petite roche, une peinture. Lui, tel qu'elle le voit.*
    Chouette !


Ce jour, Basile fêtait ses vingt-neufs mois de mars. Le temps y était plaisant, le vent sifflant mais non point dérangeant, le ciel dégagé, Basile sortait de sa demeure, comme tout les jours, inspirant une grande bouffée d'air comme pour se glisser dans le temps du jour pour s'y accoutumer.

A peine avait-il un pas dehors, qu'un gaillard portant un paquet s'approchait, visiblement pressé. Le bordelais lui jeta un regard, se demandant ce qu'il pouvait bien lui vouloir celui là. Sans plus de cérémonie, il lui adressa un bref salut, avant de lui donner un paquet et un petit mot.


- " Mais que.. ", a peine avait-il ouvert la bouche que le porteur de message après un autre salut encore plus bref repartit.

Drôle de bougre, se murmura Basile, en posant le paquet par terre, c'était fort lourd. Qu'est ce que cela pourrait donc être ? Un Cadeau ? Basile, infantile, voulu sauter sur place heureux de pouvoir ouvrir ce dernier. Mais pas la dans la rue, non, aussi il fit demi tour en entra à nouveau dans sa demeure, sous le regard un peu perplexe de ses gens. Avant d'ouvrir le paquet, ouvrons le petit mot !


Citation:
Basile.

Ce n'est pas grand-chose, mais je ne t'oublie pas.

Je t'embrasse.

Lanceline.


Oh doux miracle que ces quelques mots. Ils eurent pour effet de transporter le bordelais de joie et de plaisir. Qu'importe ce qu'il pouvait contenir c'était là, simplement, un mot qui aurait plus de valeurs que n'importe quels autres chose. Il irait trouver sa place parmi les autres trésors de vélin dans le petit coffre de bois de son cabinet.

Mais tout de même, il fallait ouvrir le paquet ! Il resta un moment à regarder la pierre. Un cailloux ? Bon, et bien c'était original. Il ria alors, et glissant le cailloux pour le transporter, remarqua que sur l'autre face, des lignes de couleurs étaient tracés.


- " Que... ?"

Un portrait. Mais ce visage, lui était familier, c'était.. lui ? Basile sentit un sourire se dessiner naturellement sur son visage. Il ne trouvait de mots, de pensées ou d'idées pour manifester son plaisir. Il ne savait réellement qu'en fait, mais le geste l'atteignait en son âme avec une poigne virulente. Un simple cailloux ? Certes, mais il y voyait à travers, Lanceline et son visage, sa beauté, elle.
_________________
Lanceline
- Suzane, va me chercher Nys. J’aimerais savoir si elle a fini de nettoyer ma robe rouge.

La Balafrée tourna la tête vers la chambre. Elle s’approcha de son lit, s’assurant que sa malle était en ordre. Les robes y étaient correctement pliées. Elle partait ce soir. Elle partait ce soir ! Un fin sourire vint se dessiner sur ses lippes alors qu’elle se tournait vers l’écritoire, où était toujours posé la lettre de Basile. La réponse à son cadeau.

Citation:
Lanceline,

J'ai reçu ton présent, et autant le mot, que le geste et le présent, mais surtout que le simple moment qu'il ma permis de pouvoir penser à toi, et rien qu'a toi, fut en ce jour la plus belle chose qui aurait pu être.

Si le portrait eut été de tracer ta beauté, je l'aurais regardé encore et encore, jusqu'à ce que le temps me prive de la vue. C'est donc par mes pensées que je te garde en mon âme, attendant ton retour, avec cette impatience démesuré, languis que je suis de ne point t'avoir à mes côtés.

Sache que tu resteras à jamais gravé en moi,



L’attendrissement était de mise. Elle s’assit et prit le temps de lui répondre. Son cœur battait à tout rompre.
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Basile
Les jours se suivaient, dans une inlassable continuité nonchalante. Le soleil se levait, et la journée commençait. Dans une plate répétition quotidienne, la routine perpétuelle avait planté le drapeau de son règne. C'est ainsi la perdition des valeurs, lorsque le temps ronge chaque partie d'entrain, chaque once de volonté, pour ne laisser subsister que ce qui a su survivre, comme un oiseau en cage qui habitué à sa prison, perpétue son existence sans rêve.

C'était ce qui saisissait Basile de plus en plus. C'était donc, comme un message de délivrance porté par blanche colombe, que lui parvint cette lettre.


Citation:
À toi,

Je ne pouvais me dessiner. Je ne suis pas narcissique à ce point. Et si ma main peut trembler à tracer mes traits, elle est certaines des tiens. Ce sont eux que je vois quand je ferme les yeux, le soir. Quand je lis tes mots. Je ne devrais pas… Ce n’est pas une bonne chose.

Mesure ton impatience : je quitte Eauze aujourd’hui. Je suis navrée de l’attente, mais elle se finit bientôt.

Je ne t’oublie pas.



Enfin. C'était des jours, devenu semaines, des secondes qui semblaient siècles, que le bordelais avait attendu, encore et encore. Sublime libération, réponse tant attendu. Non celle à sa question, mais qu'importait, il la savait revenir, bientôt pouvoir a nouveau l'avoir à ses côtés. Seul cela comptait pour l'instant. Jetant ses mots sur un vélin, il se prit à lui répondre.
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Lanceline
Installée dans cette taverne, perdue dans le Poitou, la Blonde contemplait pensive le parchemin vierge posé devant elle. Elle se mordillait la lèvre. Mais son devoir avait été fait.

Alors lentement, elle posa la plume et la laissa glisser, y formant des pleins et des déliés. Elle laissait ses mots se poser. Parce qu'à lui, elle lui faisait confiance. Parce qu'elle l'aimait. Parce qu'elle ne savait pas quoi faire d'autre.

La colère sourde s'était quelque peu apaisée à l'évocation de son nom. Basile. Pourquoi au sien, et non à celui d'Ernst ? La nature humaine était si compliquée que la Valdesti ne se l'expliquait pas.
Les mots s'échappaient du bout de sa plume sans qu'elle cherche à les retenir. Elle aurait dû pourtant. Parce que cela n'était pas correct.

Elle soupira, contemplant les mots qui restaient là, gravant ses pensées sur un bout bon à brûler. Elle ne comprenait pas. Ou plutôt si : la différence s'appelait l'amour. Lasse, elle finit par se relever, reprenant la lettre avec elle. Elle l'enverrait. Ce soir. Avant d'aller se coucher en espérant que son fils ne la réveille pas à cause d'un cauchemar. Ou plutôt si, qu'il la réveille. Après, elle le serrerait contre elle, le berçant jusqu'à ce que l'aube pointe, ses lèvres posées sur les cheveux blondins. Suppliant le Très-Haut de lui ramener la fillette.

Lentement elle gravit les escaliers de l'auberge non sans soupirer. Et puis elle se glissa dans son lit après avoir ôté ses habits, simplement vêtue de sa chemise de nuit.

Elle resta longtemps les yeux ouverts à fixer le plafond.

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Lanceline
Folie.

C'était ce qui se rapprochait le plus de l'état de la Balafrée en cet instant. Elle avait demandé à Nys un verre de vin. La servante ne s'en était pas étonnée, même si elle savait que sa maîtresse ne buvait généralement que de la tisane.
Elle s'était retrouvée le soir, tard, à boire de l'alcool. Elle se sentait perdue. Complètement coupée du monde. Elle ne sortait plus vraiment, préférant l'ombre à la lumière. Et elle buvait. Un peu à la fois. La Blonde, observant l'obscurité sans bouger, songea qu'elle devrait l'affronter pour reprendre la route.

Et elle avait faim. Une faim incommensurable. Non sans grimacer, elle porta sa senestre à son ventre, fixant le responsable de sa douleur. Et elle sut. Relevant la tête, elle sembla plus hagarde que jamais, et une chape tomba sur ses épaules. Elle n'avait pas ressenti cela un grand nombre de fois. Une seule, pour être précis.
Et elle n'aima pas cela du tout. Prise de rage, elle se leva brusquement, lançant la coupe contre le mur, avant de se laisser tomber sur le sol, tête enfouie entre ses bras entrelacés. Elle se força à respirer profondément et calmement. Lentement, ses yeux émergèrent à nouveau, luisant dans la noirceur de la taverne. Elle savait ce qu'elle ferait. Retrouver la petite, avant d'aller à Sainte Illinda. Ou à Laguian. Elle se répugnait déjà pour ce qu'elle allait faire ; mais aucun autre choix ne s'offrait à elle. Femme indigne de l'être. Fuir, voilà bien tout ce qu'elle savait faire. Gabriel verrait, mais ne poserait aucune question : trop jeune, il ne comprendrait certainement pas.

Remontant à cheval, elle ruminait encore ses sombres pensées, sa faim n'étant pourtant toujours pas assouvie. Heureusement qu'elle n'avait pas plus attendu pour écrire à Ellya. Il lui aurait fallu mentir, afin de préserver la nonne -même si la Bazaumont se doutait bien qu'elle n'était pas si innocente que cela-.
La lettre de Basile ne parvint qu'à peine à apaiser son ire, désormais dirigée contre elle.

Elle aurait voulu être morte.


Citation:
Lanceline,

J'espère que tes nouvelles ont été bonne, et que tu pourras la retrouver rapidement et en bonne santé, car c'est ce qui doit le plus compter, jamais une enfant devrait être abandonné sur les chemins.

J'aurais aimé arpenter les chemins avec toi, hélas mon destin est autre, je ne suis libre d'en disposer par mes engagements et ma dévotion pour notre ville et notre duché, puisse t-il se débarrasser de ses arrivistes et personnes immorales pour se hisser vers sa grandeur d'antan.

J'ai parcourue les villes de Guyenne, de Bordeaux à Cahors, par Bazas, Marmande, Agen et Montauban, tous ont leur âmes pourtant je me rends compte que je resterais attaché à Bordeaux pour toujours, car déjà cette ville me manque.

Mes pensées vont ainsi à ces réflexions, mais avant tout à toi. Je te sais en bonne compagnie, tu pourras tous les saluer de ma part, espérant pouvoir les revoir également. Je me languis ainsi de ton retour, trop rapidement tu m'as été retiré, cruel destin, cruelle vie. Cependant la distance et la force de nos sentiments qui perdurent et demeurent malgré cela, sont pour le témoignage de la vérité et sincérité de notre amour.

Je t'aime.



Le destin se moquait des hommes. [1] Elle chiffonna la lettre, les mots continuant cependant à danser devant ses yeux. « Cruel destin, cruelle vie ». Il ne croyait pas si bien dire. Lançant son cheval au galop, se fichant bien de savoir si les autres la suivaient, elle projeta son bras pour envoyer la missive paître avec les moutons.

Elle venait de pénétrer dans les terres d'Anjou.


[1] Gao Xingjian, La Montagne de l'âme.

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