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[RP] Un breton + une italienne = une sale teigne ?

Erwann_de_naueriels




        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Il n'avait aucunement conscience de ressembler trait pour trait à son père. Erwann tenait de sa mère une peau un peu plus hâlée que la majorité des germains, et le regard de l'italienne lui semblait être son reflet.

    Lorsqu'elle lui assène qu'aucune femme ne peut vouloir la mort d'un enfant, il reste de marbre, songeant qu'il est une épine dans le pied de cette femme, et qu'il est vraiment temps pour lui de prendre congé.


    Apprendre la vie ? Elle s'est chargée de m'éduquer. Votre présence ne me manque pas, Vicomtesse. Ce que vous prenez pour un manque d'éducation n'est sans doute que le reflet de vos souhaits maternels. Ils n'ont pas lieu d'être, et vous le savez. Quant à mon expérience, elle a fait de moi ce que vous découvrez.


    Il l'observe, un faible sourire sur les lèvres, complètement indifférent à la douleur que sa génitrice peut ressentir.

    C'est un peu tard pour vos regrets, même si vous prétendez ne pas en avoir.

    Intuitif, et surtout très observateur, parce que dans le monde où il a été éduqué, il le fallait bien, il remarque les yeux humides. Ses camarades n'étaient pas des tendres et lui non plus, par la force des choses, il a acquis une froideur qui lui sert de carapace en cet instant, et dans laquelle il se mure, comme l'on enfile un vêtement confortable qu'on apprécie.

    Cependant, il faut croire que sa génitrice n'est pas disposée à le laisser partir. Restant de marbre, il l'écoute, et la regarde sortir, se retrouvant seul dans le bureau, avec des mots qui raisonnent dans sa tête : " Demain au déjeuné, nous reparlerons et je vous donnerai ce que vous voudrez." La nuit était loin de tomber à ce qu'il constatait par la fenêtre, mais sans doute voulait-elle s'isoler. Il incline courtoisement la tête, et va vers la fenêtre, debout, les mains dans le dos, observant le jardin.

    Lorsque le domestique revient, il se tourne, le regard un peu perdu, dans ses pensées, et le suit.


    Je vous remercie Etienne. Pourriez-vous me faire porter une collation ? Je ne resterai que peu. Demain, après mon entrevue avec la Vicomtesse, je prendrai la route.


    Posant son maigre baluchon qu'il traine partout avec lui, il le dépose sur un coffre, et se défait de son épée qui le rejoint.


    Avant de partir, Etienne, sauriez-vous me dire où se trouve la chapelle ? J'imagine que le Domaine en est pourvu. J'aimerais me recueillir.

    Se retrouvant dans une salle petite, sombre, ne contenant qu'un Prie-Dieu, il fronce les sourcils, et se retourne vers le domestique, il faut croire qu'il abuse un peu.

    Je retournerai à la chambre que vous avez fait préparer. J'y prendrai ma collation s'il vous plait.

    Puis il s'agenouille, joignant les mains, regardant ce qui sert d'autel surmonté d'une croix, priant à mi-voix, récitant ses prières, avant de remercier le Très-Haut, toujours murmurant.

    Dieu Très-Haut, merci d'avoir conduit mes pas jusqu'ici. Pardonnez ma fougue et donnez-moi la patience. Cette femme détient mon avenir entre ses mains... Aidez-moi à lui pardonner. Je n'y arrive pas, Très-Haut. Vous qui savez tout, je vous en supplie, aidez-moi.

    De nouveau, il récite une prière, puis se signe et se relève et regagne la chambre qui lui a été désignée. La collation est imposante, bien trop pour ce qu'il voudrait. Il n'a pas vraiment d'appétit après cette première entrevue avec sa génitrice. Après un signe de croix et avoir grignoté un peu, il se dirige vers la fenêtre, l'ouvre et posant ses avant-bras sur le rebord, regarde l'extérieur. Les jardins sont beaux, et les membres de la maisonnée semblent plutôt bien traités se dit-il en entendant des rires. Regardant d'où ils proviennent, il découvre deux jeunes filles qui gloussent en le regardant. Soupirant, il se redresse, et les chasse de son esprit. Son éducation fait qu'il craint plus ce genre de rencontres que la mort. Se redressant, il ferme la fenêtre, et va s'allonger sur le lit.

    Son esprit vagabonde. Il revoit la commanderie, les visages de ses compagnons, et celui du Chevalier Fagnard. Le regard perçu est le même que lorsqu'il osait sortir en cachette, et qu'il se faisait attrapé. Sans doute sa conscience qui parle. Se relevant, il se met dans le bout du lit, et s'agenouille, bras le long du corps, fermant les yeux. Sans doute qu'il ne devrait pas parler ainsi à celle qui l'a mis au monde. Pourtant, c'est plus fort que lui... Il n'arrive pas à lui pardonner. De nouveau, il adresse une prière in peto, une supplique au Très-Haut. Demain, il ne refera pas l'erreur, il se montrera plus courtois. Cette décision prise, il se relève, et retire ses vêtements pour se mettre au lit. La route a été longue, et cette rencontre fut intense. Bien qu'il semble être sûr de lui-même, il y a laissé des forces, certes pas physiquement, mais mentalement.

    Le Lendemain matin, il se lève de bonne heure, mâtines sonnent à peine que déjà, il s'habille. La maisonnée se réveille en douceur. Seuls quelques bruits à peine perceptibles se font entendre lorsqu'il ouvre la porte. Se dirigeant au son, il débouche sur les communs, et salue d'un signe de tête.


    Bonjour. Etienne, pourriez-vous me dire vers quelle heure, la maîtresse de maison prend son déjeuner, et me faire porter de quoi me sustenter d'ici-là ? Je serai dans la chambre où j'ai séjourné.

    Retournant sur ses pas, il retourne à sa chambre, où il rédige une lettre pour le Ritter Fagnard. La relisant, il soupire. Certes, sa mère ne lui a rien donné pour le moment, mais dans cette lettre, il laisse transparaître de l'espoir qu'il est loin d'éprouver. Il se demande bien ce qu'il fera si sa génitrice ne lui donne pas au moins un indice pour trouver celui qui l'a engendré. Lorsqu'on frappe à sa porte, il répond d'un simple mot : Entrez. et plie prestement la lettre, avant de sourire, se doutant que l'homme ne parle sans doute pourtant pas un traitre mot d'allemand. Rapidement, il y écrit le nom du Ritter et celui de la commanderie de Lörrach, puis il le remercie de la collation matinale et lui tend le document. Pourriez-vous faire parvenir ceci à la commanderie Teutonique la plus proche ? Ils sauront faire suivre à qui de droit. L'écoutant ensuite vanter les qualités du domaine, d'où le pain provient, le moulin et les autres possessions de la Vicomtesse, le jeune Erwann réalise que l'homme n'a pas la moindre idée de qui il est. Les simples mots de "commanderie" et l'évocation de l'Ordre semble avoir suffit à lui délier la langue. Tout en l'écoutant, Erwann grignote de nouveau après s'être signé. L'appétit n'est pas revenu, et il est anxieux. Pourtant il lui faut manger. Reposant son bol de tisane, il regarde Etienne.

    Merci Etienne. Veuillez me conduire près de la Vicomtesse je vous prie.




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http://www.univers-rr.com/RPartage/index.php?page=lv&id=2809
Mike.de.naueriels
    - Relais Alpin - Fin novembre 1447 -

    La sensualité à l'italienne dans toute sa splendeur. Il a complêtement oublié sa mission à cette instant alors qu'il la déballe lentement, prolongeant chaque baiser qui se font comme une découverte des plus appétissante. Il apprécie chaque geste qu'elle a pour lui et tente de lui rendre comme il le peut malgré son manque d'expérience. Au moment de véritablement goutté au velours de de la napolitaine, il s'empare d'elle, brusquement, il ne sait pas vraiment comment s'y prendre mais il y va, brusquement, mais surement, il la bourine, c'est très très romantique et moins d'une minute plus tard, le prenant par surprise, il marque son territoire en elle dans un long soupire d'aise satisfait. Ainsi fut la première fois de Mike...

    Mais il se dit qu'il doit continuer, alors il remet le couvert et dure un peu plus longtemps que la première fois, il fait des progrès notable en si peu de temps et arpente avec ses lèvres chaque recoins de la peau tané par le soleil de la belle originaire de la Campanie, son coeur battant si fortement qu'il pourrait sortir de son corps.

    Après c'est deux instants d'amour, où de nouveau, il soupira d'aise d'un air satisfait, il eut un sourire en la regardant, caressant maladroitement ses cheveux alors qu'il est toujours confortablement installé.

    - ça va ?

    Que dire d'autre ? Le Nauériels n'est pas encore le grand séducteur, alors il fait avec les moyens du bord le pauvre. Il esquisse un large sourire en la regardant, fixant ses yeux vers savoureux à travers son regard azur.

    Le feu crépite toujours, il faut remettre un bûche dans l'âtre mais de nouveau, il a encore envie, tel un gosse qui découvre pour la première fois une épée et qui veut s'amuser encore avec. Va-il encore remettre ça ?

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Niwiel.de.castel.volturno


Flandres - Alost - mars 1463

Devant un bol de tisane fumante, l'Italienne observait le soleil se lever à la fenêtre. Des cernes noires sous ses yeux laissaient deviner une nuit trop longue au goût de la Napolitaine. Si elle avait réussi à trouver le sommeil, peut être aurait elle pu se convaincre que le retour de son fils n'avait été qu'un rêve ? Mais là...

La veille au soir, lorsqu'elle avait quitté son fils, l'Italienne avait fuit à Tournai, espérant trouver du réconfort auprès de son compagnon. Mais lui qui s'ordinaire était si doux s'était montré froid, blessant lorsqu'elle lui eut conté ce pan de son passé qu'elle avait préféré oublier. Lâche. Le mot résonnait encore aux oreilles de la Chancelière. Et il avait raison. Elle s'était montrée lâche à l'époque. Elle ne pouvait faillir à nouveau. Lorsque enfin le doux Khalidia s'était radouci, la Brune avait fini par comprendre... Et puis ils s'étaient séparés, lui préférant éviter l'orage qui risquait d'éclater à nouveau à Alost, elle pour donner à cet enfant ce qu'il désirait.

Mais qu'allait elle lui dire ? Comment ? Et le reste de sa nuit avait été rythmé par ces questions et tant d'autre. Parfois son esprit avait divagué vers ce qu'aurait été sa vie si elle avait gardé près d'elle ce rejeton... Mais rien n'y avait fait, elle n'était pas parvenue à lui imaginer un passé heureux avec elle. Son erreur avait été de ne jamais prendre de nouvelles de lui, de vouloir l'effacer comme s'il été responsable de son malheur à l'époque. Il n'avait pas mérité cette ignorance. Indigne, lâche... Mémoire sélective...

Quittant des yeux les tourbillons qu'elle formait avec sa cuillère dans son bol, la Chancelière finit par se lever. Posant les yeux sur sa robe, elle soupira et regagna sa chambre pour se changer. Elle ne voulait pas que son fils remarque plus que nécessaire à quel point il avait réussi à l'atteindre, à la bouleverser. Une fois habillée, elle se rendit dans le petit salon où sa tisane avait eu le temps de refroidir et en but une gorgée avant de prendre son nécessaire à écriture. Il était temps.


Citation:
A Vous, Mike de Naueriels, Vicomte de Pleubian et de Pongau,
De Moi, Niwiel de Castel Volturno, Vicomtesse d'Alost et Dame de Zoutenaaie.

Mes salutations.

Voilà près de quinze ans que nous ne nous sommes pas revu, et que vous m'ayez oublié n'aurait à mon sens rien d'étonnant. Seulement lors de ces quelques semaines hivernales où le froid n'avait eu d'égal qu'une passion éphémère, nous avons de concert mis un avenir en route.
Avec qui se présenta sous les traits d'un garçon que je choisis alors de nommer Erwann et que j'abandonnai ensuite sans me retourner. Ayant laissé mon nom à ceux à qui je confiai l'enfant, il m'est aujourd'hui revenu et souhaite connaître son père. N'ayant pas à prendre la responsabilité de vous identifier à lui, je me permets donc de vous prévenir de sa venue prochaine en terres bretonnes.

Vous déciderez alors de révéler ou non votre identité à ce fils que nous avons eut.

Très cordialement,

Niwiel de Castel Volturno.



Alors qu'elle achevait sa missive, Etienne fit son entrée, annonçant Erwann. Niwiel sentit son estomac se nouer, mais elle acquiesça.

Fais le entrer Etienne, merci. Pourrais-tu porter ceci au pigeonnier et nous rapporter de la tisane par la suite s'il te plait ?

Il repartit avec la missive et l'Italienne se leva et accueillit le jeune homme, le saluant d'un signe de tête.

Le bonjour Erwann, avez vous bien dormi ?

Elle ne savait guère comment commencer, mais quelque chose dans le regard du jeune homme avait changé et la mère qu'elle était se sentit soudainement quelque peu rassérénée. Peut être que cette fois, l'entretien ne serait pas aussi pénible. Elle désigna un fauteuil en fasse du sien à son invité et esquissa un sourire fugace, presque invisible. Elle eut à nouveau l'impression de voir Mike devant elle avant de se reprendre.

J'ai trouvé quelqu'un qui pourrait vous mener à votre père. Le temps faisant, j'ai perdu la trace de ce dernier, mais la personnage vers qui je vous envoie saura vous guider.

Elle marqua une pause.

Connaissez vous la Bretagne ?


Relais Alpin - Fin novembre 1447


Pénétrée de sentiments confus, l'Italienne avait succombé sous les caresses du Breton. Le corps électrisé, déjà, elle sentait que Mike l'habitait. Elle l'avait dans la peau. C'était presque littérale. Mais déjà, il en avait fini. C'est tout ? On se faisait donc des montagnes pour ça ? Sérieusement ?! Un scandale ! L'Italienne se mura dans le silence, contemplant le plafond avec une certaine... déception. Les caresses avaient été délicieuses, les baisers assurément tout aussi délectable...

Mais la coupant dans le cheminement de ses pensées, la beau breton y revint et Niwiel lui sourit légèrement. Elle l'embrasse, tendrement, passionnément, se demandant tout de même dans un petit recoin de son esprit si elle est normale... Et puis... du mieux, bien du mieux. Il se fait un peu désirer... et voilà qu'enfin elle comprend tout le crique fait autour des nuits à deux. Un sursaut la saisit, elle tressaille, frissonne, ce ne sont que les prémices de leurs futurs échanges, mais elle comprend mieux... Lorsque tout s'achève à nouveau, elle se mordilla la lèvre, les yeux mi clos, un sourit détendu sur le visage.

Sentant ses doigts dans ses cheveux, elle plongea son regard dans le sien et lui sourit tendrement, posant doucement sa main sur la joue de son premier amant. En cet instant précis, elle souhaitait garder cette scène en mémoire... la graver à jamais dans son esprit...

Elle acquiesça simplement.


Bien

Et elle laissa son regard errer sur lui sans aucune gêne et revint à ses yeux, esquissant un sourire espiègle. A son tour de prendre les devants.

Délicate, suave, guettant la moindre de ses réactions, elle se hisse au dessus de lui et laisse ses mains s'attarder partout où il lui est possible d'aller. Ses lèvres suivent le même chemin, embrassant chaque parcelle de peau, le mordillant, ça et là, et puis, lorsqu'elle le sentit près à repartir, remis en route les machines et se lança dans la chevauchée fantastique. Encore...

Et ce petit jeu de découverte et de séduction dura jusqu'à ce que la fatigue les achève l'un comme l'autre...

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Erwann_de_naueriels




        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Chasser croiser avec le valet de la Vicomtesse qui entre, l'annonce et repart avec une missive. Il entre et incline la tête lorsqu'invité à le faire. Il semblerait que la nuit n'a pas été plus reposante pour sa génitrice qu'elle ne l'a été pour lui. Le jeune homme l'observe avec un peu moins d'animosité que la veille. Il semble plus détendu également, même si pourtant, son sang bat ses tempes. Cependant, c'est avec une pointe d'humour qu'il lui répond.

    Le bonjour Vicomtesse. Aussi bien que vous, il semblerait. Je vous remercie pour votre sollicitude.

    Sur ses traits, qu'il ne peut deviner appartenir à son père, se dessine un très faible sourire, tout aussi fugace que celui de sa génitrice. Après tout, il lui faut faire preuve de courtoisie s'il veut un minimum d'informations. S'installant dans le fauteuil présenté, face à celui de la Vicomtesse, il la regarde avec attention, et son regard se fait beaucoup plus doux lorsqu'elle lui parle de son géniteur.

    Si je connais... Non, je ne connais de la Bretagne que des bribes. Un pays de sauvages et de barbares, se réclamant indépendants du Royaume de France. D'après ce que j'en sais, ils sont païens, prient des dieux de la nature ou autres insanités de ce genre. Pourriez-vous m'en dire plus ?

    L'homme que je dois rencontrer s'y trouve ? Pensez-vous que mon géniteur saura me trouver un Chevalier pour terminer ma formation ? J'aimerais vraiment obtenir une place d'Ecuyer.


    Erwann se tait, conscient d'en réclamer beaucoup, et sans doute qu'il l'assomme avec ses questions, mais seule cette femme peu l'aider, s'il ne veut pas retourner à la commanderie comme n'importe quel orphelin.

    Pardonnez mon inconduite d'hier. Mes attentes déçues ne justifient en rien mon comportement. J'aimerais... que vous me parliez de mon père... Vous a-t-il... fait la cour ? Comment était-il ? Un roturier ? Un Chevalier ? Je... j'aimerais en savoir un peu plus... J'ose espérer que ce n'était pas un soudard ?

    De nouveau, des milliers de questions se bousculent dans sa tête. Et si son géniteur était un goujat et qu'il ne le reconnaissait pas... et si son père refusait d'assumer quoi que ce soit, y compris un bâtard ? Il n'espérait pas vraiment une reconnaissance officielle, mais au moins, il espérait être placé chez un Chevalier. Il rougit légèrement et lui demande encore.

    Etiez-vous sa maîtresse... je veux dire était-il marié ? Suis-je le fruit de son adultère ?

    Reposant le regard sur sa génitrice, il est presque cordial.

    Parlez-moi... de votre vie, s'il vous plait... Mère. Vous m'avez écarté... et hier je refusais d'entendre vos raisons. J'y suis prêt aujourd'hui, à les entendre.

    Il faut croire que la nuit porte conseil, ou que le manque de sommeil a endormi sa haine farouche envers sa génitrice, vu qu'il l'appelle même "Mère". Il a surtout compris qu'il n'en a qu'une et n'en aura qu'une, et qu'il n'a pas le choix que de faire avec.



Niwiel.de.castel.volturno


Flandres - Alost - Mars 1463




L'italienne n'avait pu réprimer un sourire à la remarque de son fils. Elle aurait pu le taxer d'observateur si la nuit houleuse qu'elle avait passé ne s'était pas inscrite sur son visage comme le nez au milieu de la figure.

Elle posa son coude sur l'accoudoir de son fauteuil et se passa négligemment la main sur la nuque, écoutant ses questions. Que le jeune homme enchaînait rapidement. Ecuyer hein... ? Un sourire plus net s'accrocha aux lèvres de l'Italienne tandis que son regard se fit lointain. Un murmure s'échappa de ses lèvres.


Tel père, tel fils...

Et puis comme il semblait attendre ses réponses, elle reposa son regard sur ce fils perdu et se redressa légèrement.

A mon sens, vous venez de faire une description plutôt... juste de la Bretagne, mais je dois avouer ne pas connaître très bien ces terres. Vous en saurez très bientôt plus que moi sur la question car oui, c'est votre prochaine destination. Je ne doute pas des capacités de votre père, il vous trouvera un Chevalier... et je ne doute pas qu'il éprouvera une grande fierté à vous voir suivre ses traces...

Comme Etienne entra avec la tisane, elle se tut et le laissa les servir l'un après l'autre. Elle sourit doucement au domestique, le remerciant d'un signe de tête et attendit qu'il ne parte avant de prendre sa tasse et de la porter à ses lèvres, soufflant doucement dessus.

Et puis son fils s'excusa. L'Italienne ressentit comme une décharge dans tout son être et elle en resta interdite. Un mélange confus de honte, de soulagement et de peine l'étreignait. Honte pour ce qu'elle avait fait subir à ce fils, soulagée de le voir adouci, peinée qu'il ne s'excuse que par... nécessité. Elle le savait. Elle ferma les yeux, le laissant poser toutes ses questions, tandis que dans les recoins de son esprit l'Italienne rassemblait ses souvenirs.


Votre père... ne m'a pas fait le cour. Je crois être tombée amoureuse de lui au premier regard... et réciproquement. Il avait votre âge à l'époque et vous ressemblait beaucoup... Vraiment beaucoup.

L'Italienne avait quitté la pièce, du moins mentalement. Son visage s'était adoucie considérablement à l'évocation de Mike et un sourire doux ourlait ses lèvres.

Il était écuyer, en mission. Nous étions coincés par une tempête dans un relais. Isolés du monde... et amoureux. Il était tout ce qu'il y avait de plus correct, de bonne éducation... Et fait non, il n'était pas marié, nous étions jeunes, seuls et amoureux.

Elle ferma les yeux un moment, s'adossant à son fauteuil et but une gorgée de tisane dans un léger soupir.

Je ne l'étais pas non plus d'ailleurs, si jamais la question vous effleure l'esprit.

Et puis elle sentit son oreille se vriller. "Mère" ? Elle rouvrit les yeux, plantant son regard dans le sien. Les larmes remplir son regard vert et elle posa sa tasse, se levant pour se détourner légèrement. Elle sortit un mouchoir de son corsage et s'épongea le coin des yeux avant de s'approcher d'une fenêtre. Toute l'histoire ? Non... mais il fallait qu'il comprenne.

Elle poussa un soupir léger.

Je suis fille de Duc Italien non reconnu. Non pas que je fusse bâtarde, mais parce que feue ma mère préféra me faire passer pour morte née plutôt que de m'offrir à la folie de mon père qui était un homme violent. Je fus donc élevée par une nourrice jusqu'à mes seize ans, à l'écart du monde avec pour seule visite familiale celle de ma bien aimé génitrice.

Elle reporta son attention sur lui, se détournant de la fenêtre.

C'est pour cette raison qu'il m'a semble naturel de vous confier à votre tour lorsque...

Elle secoua doucement la tête. Avait elle seulement encore aujourd'hui une excuse. Si en le recevant elle avait été convaincu du bien fondé de son action, le temps faisant et le contact s'établissant... ses certitudes la fuyaient.

Bref, à ma seizième année, ma mère m'apprit la disparition de mon père en mer. Et m'appris l'existence d'un frère aîné, qui avait fugué des années auparavant. Sur son lit de mort, elle me chargea de le retrouver et j'acceptai.

C'est au cours de cette... mission que j'ai rencontré votre père. Un intermède grisant... Plusieurs semaines se sont passés durant lesquelles nous nous sommes aimés, et puis il me quitta avant que je ne puisse lui annoncer... votre venue prochaine.


Le visage de l'Italienne s'était quelque peu voilé, perdant de son éclat. Elle souffrait encore de cet abandon... tout du moins, elle n'avait pas pu faire son deuil de ce premier amour.

Jeune, seule, perdue et missionné par ma défunt mère, je ne pouvais me résoudre à me parjurer auprès d'elle, tout comme je ne pouvais me résoudre de vous emmener avec moi.

Vous étiez un bébé, adorable, mais ma vie sur les routes étaient... instables. Je dormais parfois dans les bois, dans des ruelles, sous des porches, dans des granges d'où j'étais chassée à coup de fourche... je ne voulais pas vous élever dans ces circonstances... Et puis... vous étiez ma souffrance. Comme une preuve de l'abandon de votre père...


Le coeur de l'Italienne tambourinait à sa poitrine et sa gorge se serra.

Je suis désolée Erwann. Sincèrement. Je croyais faire le meilleur choix pour vous... hier encore j'en étais convaincue... Mais aujourd'hui j'en doute. J'ai été lâche. Vous méritez mieux. Beaucoup mieux.

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Erwann.de.naueriels




        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Il la regarde, l'observe tandis qu'elle parle, admire sa prestance, bien que la nuit ne fut pas vraiment reposante pour l'un comme pour l'autre, et il le remarque à la main qu'elle passe sur sa nuque. Observateur, il l'est. Il a tant et tant à découvrir. Jusque là, il ne s'était jamais posé autant de questions. Etudier, s'entraîner, prier, devenir Chevalier. Sa voie était tracée, et en cet instant, il savait que cette voie était la seule qui pouvait lui convenir. Elle n'avait pas eu tord la veille de lui dire qu'il ne connaissait rien au monde, et à la vie en dehors des murs de la commanderie. Il esquisse un sourire au murmure. Ainsi, il semblerait qu'il ressemble à son père, au moins sur le point de vue de la vocation.

    Le jeune homme, à l'intrusion du valet, remercie d'un signe de tête. Prenant sa tasse à son tour, il en boit une petite gorgée, manquant de se brûler tellement la tisane est bouillante, et souffle doucement dessus, avant de reprendre une petite gorgée, et de la reposer sur la table.

    L'évocation des souvenirs de sa génitrice était pour lui une découverte. L'amour... Il n'en savait rien, et le redoutait. Il avait au fond des entrailles cette haine de l'amour, celle d'avoir été engendré et abandonné. Pourrait-il le pardonner un jour ? L'avenir le dirait. Mais pour lui, l'amour était synonyme d'abandon et de cruauté. Il avait cette douleur de l'enfant qui découvre sa mère à quatorze ans passés, qui se croyait orphelin et découvre qu'en fait, sa mère a une situation aisée, et qu'il n'est qu'une épine dans le pied de cette femme. Pourtant, d'un autre côté, elle ne l'avait pas laissé dans un orphelinat, elle l'avait placé dans une établissement qui quoi que rude, l'avait formé à ne pas se laisser submergé par des sentiments inappropriés.

    Soudain, il réalise... les mots de sa Mère sont des indices... Il allait donc rencontrer son père. Elle allait l'envoyer près de lui. Des doutes s'imiscent, elle lui a dit qu'elle ne lui donnerait pas son nom. Ce ne peut donc pas être l'homme chez qui elle va l'envoyer. Impossible.

    Sa mère pourtant semble avoir les nerfs à fleur de peau, les larmes qu'elle essuie en sont la preuve. Elle est fragilisée, et lui, il ne peut profiter de la situation. Erwann ressentant la honte de l'avoir ainsi fragilisée ne peut que mordiller sa lèvre lorsqu'elle va vers la fenêtre, et reprend sa tasse, histoire de se donner une contenance en occupant ses mains par la même occasion.

    L'écoutant parler de son enfance, il ne dit mot. Elle au moins, avait eu de la visite familiale. Il se souvient alors des fameuses journées où les apprentis de la commanderie recevaient de la visite. Il avait attendu la première fois, puis la deuxième, et les déceptions s'étaient enchaînées, si bien qu'il avait pris l'habitude de faire le mur pour aller nager près du vieux pont. Plonger et nager, l'eau pour couvrir les larmes qu'il aurait pu verser. Il serre la mâchoire. Même de cela, elle l'a privé. Buvant une gorgée, le regard un peu perdu, il tente un sourire lorsqu'elle se tourne vers lui.


    Je comprends... et je vous remercie de m'avoir placé à la commanderie.

    De nouveau, sa Mère se perd dans les souvenirs de sa romance avec son père. Il en apprend un peu plus, il était jeune, écuyer... Bref, un conte pour les jeunes filles. Un jeune et bel écuyer et une jolie damoiselle qui s'aiment et bla bla bla. Ce qu'il peut haïr l'amour ! Pourtant, il ne laisse rien paraître, et esquisse un léger sourire. Son regard de jade venant scruter les émeraudes maternelles. Il n'avait pas remarqué la veille qu'il avait les yeux de sa mère, mais ce matin, il le constate, ce qui le fait sourire un peu plus franchement.

    Nous avons les mêmes yeux.

    Simple, concis, il est avare de mots, peut-être par crainte de ne pas retenir ce qu'il retient au fond de lui, sa souffrance qu'il a enchaînée il y a des années, murée derrière un masque de marbre.

    Ne soyez pas désolée, Mère. Je comprends les circonstances de ma naissance. Je n'étais pas souhaité.

    Erwann reprend une gorgée de tisane, puis se lève, et vient près d'elle, près de la fenêtre.

    J'ai la même habitude que vous... Celle de regarder dehors. Voir la vie à l'extérieur permet de s'oublier soi-même. Mon enfance ne fut pas malheureuse. La vie à la commanderie était intéressante, riche d'enseignements.

    Se tenant droit comme un "i", les mains dans son dos, la gauche tenant le poignet droit, il regarde à son tour les jardins du castel de sa Mère.

    J'ai eu tord de vous en vouloir de m'y avoir placé. Au vu des circonstances, vous n'aviez pas d'autre choix.

    Se tournant vers elle, le regard clair, il esquisse un léger sourire de nouveau, et incline la tête.

    Je ne vous demanderai pas de me reconnaître. N'étant qu'un bastard, je n'aurais pas cette exigeance. Je vous demande simplement de m'aider à réaliser ma vocation de Chevalier. Trouver une place d'escuyer, lorsque l'on est bastard, voire un orphelin comme je le suis officiellement, n'est pas chose aisée.


Niwiel.de.castel.volturno





Flandres - Alost - mars 1463




Comprenait il vraiment ? Elle en doutait au fond, mais elle se contenterait de ses paroles. Lorsqu'elle avait enfin retrouvé son frère des années auparavant, elle l'avait haïs avec une telle intensité... Une haine sourde qui l'avait empêchée de comprendre alors. Longtemps elle avait tenu ce frère responsable de ses malheurs de sa vie, de la perte de Mike, de celle de son fils... elle n'avait pas vraiment cherché à comprendre, il est vrai et elle n'était pas prête à pardonner. Que son fils ne puisse lui pardonner... serait la preuve qu'il était bien en parti Italien et de son sang.

Son coeur se serra lorsqu'elle décela une franchise nouvelle dans le sourire de son fils. Il lui ressemblait...

Oui... Les mêmes que feue votre Grand mère.

Et le même menton que son frère... qu'elle devine être celui hérité de son père. Un sourire doux glissa sur les traits de l'Italienne, mais cette fois, il était destiné à son fils et lui seul. Si elle avait eu la force... ou la lâcheté de rejeter l'enfant qu'il avait été... aujourd'hui elle sentait que son coeur se briserait si elle perdait le contact avec cet enfant. Etait ce de l'amour ? Non, pas encore. Ce genre de lien est difficile à recréer lorsque l'on a passé cinq ans de sa vie à l'étouffer, mais peut être qu'un jour... Et pourtant elle éprouvait une fierté de voir ce jeune homme devant elle. Il était beau -quelle mère ne trouverait pas son fils beau après tout ?-, débordait d'une assurance pourtant empreinte de douleur.

Comme il se leva pour s'approcher, elle reporta un instant son attention sur l'extérieur où ses jardins, à la sortie de l'hiver commençaient à renaître de leurs cendres. Alors qu'il portait son attention sur l'extérieur, elle observa son profil. Il se tenait droit au possible et un nouveau pincement au coeur ébranla la Vicomtesse. Droit comme un enfant qui ne connut dans sa vie que les armes pour seule famille... En cet instant, elle aurait aimé le serrer dans ses bras, lui dire combien elle était désolée, combien elle savait l'avoir fait souffrir... Mais à quoi bon. Il n'accueillerait surement pas cette étreinte maternelle avec enthousiasme, bien au contraire... Et il aurait raison.

Le reconnaître ? L'idée ne lui était pas encore venue... et pourtant. Elle préféra ne pas répondre, se détournant pour récupérer sa tisane qui refroidissait.

Et pourquoi pas ? Il était son fils et nul autre, elle n'avait rien à cacher, rien à perdre. Ses erreurs passées l'avaient conduite ici, en ce jour, dans la position qu'elle occupait et faisait pleinement partie d'elle. Tout en buvant une nouvelle gorgée de tisane, elle l'observa une seconde. Si toutes ses erreurs passées avaient été aussi... heureuse que celle-ci... Elle n'avait pas peur du regard des autres.

Un autre mot la fit tiquer. Orphelin. Sa gorge se noua une nouvelle fois. Bien sûr qu'il passait pour orphelin. Non, elle ne voulait pas de ça. Elle avait fait des erreurs, mais elle les réparerait au mieux de ses moyens. Ses mains tremblaient un peu et elle posa sa tasse. Elle ne lui dirait rien pour l'heure... mais elle avait bien l'intention de le reconnaître.

Votre vocation est très noble Erwann, et je serais plus qu'honorée de vous apporter mon aide afin d'accomplir votre rêve. L'homme auprès de qui je vous envoie saura vous aider au mieux de ses capacités je l'espère, et s'il rechigne ou ne vous donne pas satisfaction, je serais...

Quel mot employer en pareilles circonstances... ?

...heureuse de vous offrir ce qui vous tient à coeur.

Maintenant si vous le voulez bien, j'aimerai... En savoir davantage sur votre vie.


Elle savait, à travers cette question, qu'elle souffrirait de la réponse. Peut on espérer une vie de bonheur à un orphelin... ? Espérer seulement, un enfant ne se construit pas correctement sans famille.

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Erwann.de.naueriels




        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Erwann s'était habitué à être seul au monde, orphelin, et pourtant dans la chambrée de ceux pour qui les études étaient payées, autrement dit, avec un peu de confort, et surtout des cours un peu différents. S'il avait comme tous appris à s'occuper des chevaux, tel un palefrenier, il avait aussi appris à monter, et ça, ce n'était pas rien. Il découvrait aujourd'hui qu'il avait des origines, une famille, même s'il ne la connaissait pas, une mère qui se tenait là, près de lui, et une grand-mère dont il avait hérité les yeux émeraudes.

    De nouveau, il porte son regard sur les jardins, un regard clair, posé, et il semble se détendre, même s'il conserve cette attitude martiale, acquise par des années de pratique. Nul doute qu'il n'était pas féru de câlins ou autres marques d'effusions de ce type. D'aucun dirait sans doute de lui plus tard qu'il était glacial, mais pourtant, il avait de la lave dans les veines. Son sang était moitié breton, moitié italien, mais il se connaissait suffisament pour ne pas se laisser aller à faire sortir ses colères dévastatrices.

    Se retournant vers la pièce, il revient s'asseoir et boire sa tisane, s'asseyant le dos bien droit sur le bout du fauteuil, et non vautré comme d'autres pourraient le faire détendus. Ses manières sont celles d'un soldat, même s'il n'en a pas l'âge pour le moment, et ses propos dénotent de son éducation stricte.


    En savoir plus sur ma vie ? Il n'y a pas grand chose que vous ne sachiez déjà. Dès que j'ai été en âge de marcher, j'ai été envoyé à la commanderie. Je ne me souviens guère des premières années. Vers l'âge de six ans, je sais que j'y vivais déjà. J'ai reçu une éducation, la bénédiction des enfançons, j'ai appris les prières, mais ne suis pas encore baptisé.

    Prenant sa tasse, il en boit une gorgée, et esquisse un nouveau léger sourire à sa Mère.

    Pourtant, j'ai appris à ne plus rêver, ni espérer. Les rêves et les espoirs sont pour les faibles. Désormais, je fais ce que j'ai à faire. J'ai un objectif, et je me donne les moyens pour y arriver. Chaque fois que j'ai attendu une visite lors des journées réservées aux familles, j'ai été déçu. J'avais pris l'habitude de m'échapper de la commanderie ces jours-là, pour aller nager et noyer mes peines loin des yeux de mes camarades. Ainsi, ils pouvaient profiter pleinement de leurs visites, et moi, je savourais un peu de solitude.

    Après une nouvelle gorgée, il repose la tasse sur la table.

    Je n'ai plus de haine envers vous. Vos explications sur votre situation à l'époque de ma naissance me semblent logiques. Pourtant, j'aurais le reproche de ne pas vous avoir rencontrée plus tôt. Si je peux comprendre que je ne pouvais vivre près de vous, je ne peux imaginer que le Ritter Fagnard ne vous écrivait pas pour vous informer...Il se tait soudain et l'observe.Ne vous informait-il pas des journées réservées aux familles ? Pendant une semaine, on nous faisait récurer la commanderie du sol au plafond, à en attraper mal aux mains d'user eau et brosses sur chaque surface.

    De nouveau il se relève, ne voulant pas craquer, et ne voulant surtout pas tomber dans les niaiseries de sentiments débiles qui affaiblissent.

    Cela dit... Votre absence m'a permis de progresser plus vite que mes camarades sur certaines matières. J'ai étudié avec des garçons plus âgés que moi dès mes dix ans. J'ai appris à compenser mon manque de musculature comparé à eux, par l'observation, la fluidité de mes mouvements, et des heures d'excercice. Dès que j'avais un instant de libre, on me trouvait à la salle d'entraînement. Comme je ne perdais pas de temps à regretter des choses que je ne connaissais pas et que je n'attendais plus, j'étais plus concentré.

    Il esquisse un sourire franc en ce tournant vers sa Mère.

    Mère... vous avez fait ce que vous pouviez. Comme vous me l'avez dit hier, je n'ai qu'une mère, une seule, et c'est vous. Je suis heureux des chances que vous m'avez données. Même si l'absence de famille m'a pesé, je suis conscient de la chance que j'ai d'avoir reçu cette éducation. Le Ritter Fagnard me l'a assez seriné aussi. Cela a fini par s'incrire.

    Passant une main dans ses cheveux, son regard se perd de nouveau vers les jardins, avant qu'il ne se remette en position de repos, droit et les mains dans le dos.

    J'ai appris à aimer la vie de la commanderie, les journées rythmées par les excercices et les prières. Les instants de loisirs étaient peu nombreux... Du coup, j'avoue que les journées des familles, je les savourais. Tous étaient tellement occupés qu'hormis le chevalier Fagnard, personne ne remarquait vraiment mon absence, et j'en profitais pour être vraiment libre, pour aller nager, m'allonger sur l'herbe et regarder les nuages, ou encore me promener dans le village de Lörrach. Bien entendu, mon uniforme ne passait pas inaperçu, mais je m'en moquais. Au contraire, j'ai appris à en être fier. Il était signe que j'appartenais à une famille, celle des teutoniques, même si je n'étais pas vraiment membre de l'Ordre.

    Se tournant vers elle, il rougit légèrement.

    Navré, je m'aperçois que mes propos peuvent être blessant pour vous, Mère... Je vous ai pleuré mes premières années, mais j'ai appris à vivre sans vous depuis déjà plusieurs années...



Niwiel.de.castel.volturno


Flandres - Alost - mars 1463




Niwiel retourna à sa place quand son fils commença à parler de sa vie chez les Teutoniques. Le dos droit, elle était crispée par ce qui l'attendait. Et chaque mot la prenait à la gorge un peu plus au fur et à mesure. Tout au long de sa jeunesse, elle avait regretté ne pas connaître son père, mais jamais elle n'en avait voulu à sa mère de l'avoir écarté ayant vite compris les enjeux. Là... Erwann s'était trouvé seul, sans explication, sans raison apparente. La solitude pour seule compagne... et aujourd'hui l'Italienne ressentait toute l'amertume du garçon qu'il avait été... de son garçon. Si aucune larme ne parvint à s'échapper des yeux de l'Italienne, ce fut à son grand damne car la douleur poignante qui lui vrillait l'estomac aurait mérité de trouver son exutoire... Mais elle ne pouvait pas.

Il avait, comme de bien entendu, grandit plus vite que les garçons de son âge, ce qui faisait de lui, à presque 15 ans, un jeune homme fort, avancé pour son âge, mais à qui il manquait le sentiment le plus essentiel à une vie. L'amour. L'amour d'une mère, d'une famille... Tout ce dont elle l'avait sciemment privé.

Lorsqu'il lui parla des visites familiales, l'Italienne fronça les sourcils. Jamais elle n'avait été prévenu... mais c'était sa faute... En abandonnant son fils, elle avait laissé son nom, une lourde somme d'argent, ou plutôt toute sa fortune familiale, et quelques consignes, mais jamais un moyen de la retrouver... Serait elle allée le voir si elle avait su ? Peut être... Comment le savoir. Son regard se voila, murant l'Italienne derrière les replis secret de ses pensées. Elle avait été horrible, et s'il ne lui pardonnait pas, elle même ne se le pardonnerait jamais. Méritait elle seulement le pardon ? Pour l'heure sûrement pas.

Elle le regarda se lever et observa sa démarche. Elle aurait sûrement sourit en le voyant se remettre en poste devant la fenêtre si elle ne s'était pas sentie aussi mal en cet instant. Ils avaient effectivement les mêmes réflexes. Et elle savait par instinct qu'il s'éloignait pour cacher ses émotions.

Elle repoussa l'une de ses mèches de cheveux derrière son oreille, les yeux toujours rivés sur son fils. Et puis elle les ferma. Elle se mordit la lèvre inférieur furieusement... jusqu'à ce qu'elle sente une perle de sang rouler sur son menton. Elle sortit son mouchoir rapidement, mais il se retourna dans un même mouvement, le teint rougit. Elle acheva son geste et fit non du chef.


Ne... vous excusez pas Erwann... Tout vos propos... et vos reproches... sont justifiés. Je savais à quoi je devais m'attendre en vous posant cette question. J'avais néanmoins espéré...

Quoi ? Qu'il avait eu une vie heureuse ? Qu'il avait été choyé et bercé comme il aurait dû l'être en l'envoyant dans une commanderie. Quelle foutaise ! Bien sur que non... Elle laissa sa phrase en suspend et détourna le regard, tamponnant négligemment sa lèvre.

Encore une fois je suis désolée Erwann... J'aimerai pouvoir réparer ce que j'ai fais, et je sais aujourd'hui que si je devais revivre tout ceci, je le vivrais différemment. Je ne puis... vous rendre ses années perdues... mais sachez... Sache que je suis prête à remplir mon rôle... tout du moins, le rôle que tu voudras bien me donner dans ta vie.

Elle déglutit.

Je sais n'être qu'une inconnue sur qui placer le nom de "mère", mais je voudrais... te connaître.




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Erwann.de.naueriels




        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Erwann regarde sa mère et voit sa morsure. D'abord intrigué, et surpris par ses réactions, il déglutit, et son regard se porte sur les yeux de la Vicomtesse. Le sang de sa mère. Il avait fait couler ses larmes, et maintenant il faisait couler son sang. Piètre image de lui qu'il avait en cet instant. Lui qui se voulait devenir Chevalier, défendre la veuve et l'orphelin, venait de commettre la pire des infamies : maltraiter sa propre mère. Même s'il avait souffert, cela était pour lui une honte, et le rouge de ses joues devient presque pourpre.

    Je vous en prie, Mère, ne vous mettez pas dans des états pareils. Reprenez-vous, Vicomtesse.

    Esquissant un léger sourire, il tente de radoucir son regard, et d'être un peu moins glacial en revenant vers le fauteuil où il prend place. Intrigué, le jeune homme boit une gorgée de cette tisane qui est toujours chaude, et hoche la tête.

    Vous n'avez pas à vous excuser. Je vous l'ai dit, je n'ai pas eu une enfance malheureuse.

    Réfléchissant à l'offre faite, et esquissant un léger sourire au tutoiement, il incline la tête, avant de la regarder de nouveau, de ses yeux vert clairs, un visage détendu tourné vers sa mère.

    Le passé est le passé. Nous avons commis des erreurs tous les deux. Vous en faisant ce que vous avez fait, moi en vous accusant de tous les maux de la terre.

    Après une autre gorgée, de nouveau, son regard se porte sur sa Mère.

    Je ne pense pas pouvoir rester près de vous, Mère. Nous risquerions de nous déchirer, et ma présence perturberait votre vie. La mienne, je veux la vivre comme je l'entends, à savoir devenir Chevalier, mais pour cela, trouver une place d'écuyer en premier lieu.

    Pour le pardon total, nul doute qu'il faudrait qu'elle patiente, mais déjà, elle a acquis le respect d'Erwann, ce qui ne semblait pas acquis lors de leur rencontre de la veille. A présent, ils arrivaient à parler, à raconter des souvenirs, et même à évoquer l'avenir. Si ce n'était pas un miracle, cela pouvait y ressembler à s'y méprendre. Le jeune homme n'était pas dupe. Les explications de sa mère lui semblaient logiques, mais il n'achetait pas le pack pour autant. Il restait encore des mystères, sur l'absence de son père par exemple, le fait qu'il l'ai abandonné, mais tout viendrait en temps et en heure, il le savait. Patient, il saurait quêter les indices qui lui donnerait toute l'histoire.

    J'aimerais assez... vous connaître également. Etes-vous mariée ? Avez-vous d'autres enfants ? Où demeure votre frère ?

    Faire la conversation, tenter d'en apprendre un peu plus. Il ne se faisait pas à l'idée d'avoir une famille, et n'avait pas du tout le sentiment d'y appartenir. En fait, il avait voulu des réponses, et maintenant qu'il les avait, il aurait préféré ne pas les avoir eues. Comment pourrait-il haïr cette femme ? Il avait bien saisi qu'elle s'était retrouvée grosse, esseulée, et qu'elle avait fait ce qui lui semblait le mieux sur le coup. Les éléments se mettaient en place. Elle n'avait pas non plus dit à son père qu'elle était grosse de lui. Donc, il ne pouvait pas plus en vouloir à son père qu'à sa mère. Un sentiment étrange alors lui avait donné une crampe à l'estomac, et il y porta la main par réflexe. Un sentiment de vide. Jusque là, il avait empli ce vide de haine, mais là, il n'y avait plus cette haine. Il n'y avait plus que la souffrance.

    Tendant alors sa main vers la tasse, il la termine, et la repose sur la table.

    J'aimerais me rendre près du Chevalier que vous avez choisi pour moi assez rapidement. Mais peut-être, si cela vous convenait, nous pourrions correspondre ?


Mike.de.naueriels
    - Autre fois, toujours dans une cabane perdue au plein milieu des alpes sous une folle tempête de neige. -

    Après une folle nuit d'amour, les jours se succedèrent avec un programme des plus agréables car à vrai dire, la tempête ne semble pas se calmer, ce qui laisse le temps aux deux tourtereaux de s'envoyer en l'air plusieurs fois par jour.

    Un jour, après s'être endurcit après un entrainement fort agréable, les deux corps suants de l'effort avec l'effort qu'il avait fait. Le jeune écuyer s'interroge sur l'italienne avec qui il partageait ses nuits. Ainsi, il lui posa un jour comme question en réalimentant le feu d'une bûche.

    - D'où viens-tu en italie ? Qu'est ce que tu faisais ici ? quel âge as-tu ? où vas-tu ? es-tu promises à quelqu'un ?

    Tant de question, un nombre illimité de question à vrai dire alors que ses lèvres revinrent caresser le corps chaud de son amante. Il se sent bien avec elle, il apprécie sa compagnie et se verrait bien passer le reste de ces jours ici, avec elle, à fonder famille, vivre d'amour et d'eau fraîche, bref, tout les trucs chiants et rose fluo.

    Il sourit ensuite, il souriait beaucoup, le gugus est amoureux et il a encore envie d'elle. Alors, il grimpe sur elle, de nouveau prêt à remettre le couvert. C'est qu'il est devenu gourmand le jeune écuyer et à défaut de faire vraiment autre chose, autant discuter en s'envoyant en l'air, ce qu'il fait, la couvrant de baiser chaud, sensuelle, tout se faisait longtemps, il lui fait l'amour, sentant ses cheveux qui pourrait sentir l'huile d'Olive.

    Pendant ce temps-là, son chevalier l'attentait en Helvetie, il l'avait oublié celui-là comme la mission qu'il doit accomplir mais c'est encore une autre question...

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Niwiel.de.castel.volturno


Flandres - Alost - Mars 1463



Elle se sentait ridicule. Ridicule de perdre ainsi son sang froid... et de le démontrer par le sang. Elle s'essuya la lèvre, tentant tant bien que mal de faire disparaître la tâche vermeille qui brillait légèrement et y apposa la pointe de sa langue, goûtant sans y prendre goût, au liquide métallique. Il avait raison. Il fallait qu'elle se reprenne. Comme il se déplaçait pour retourner au fauteuil, elle en profita pour fermer les yeux un instant, s'efforçant de retrouver son calme. Il avait souffert par sa faute. A n'en point douter. Mais le passé ne pouvait être changé et tous les regrets du monde n'y pourraient rien. Si elle ne pouvait pas espérer se racheter auprès de son fils, elle pouvait aujourd'hui songer avec toute la maturité qu'elle avait acquise au fil du temps à s'efforcer de lui rendre la vie meilleure.

Ton enfance ne fut peut être pas malheureuse, mais elle n'a pas été ce qu'elle aurait dû être.

Sa voix vacilla un instant, pourtant peu à peu, elle se fit constat. Il fallait qu'elle arrête de se damner en tout instant. Son fils avait toutes les raisons de lui en vouloir, elle même s'en voulait profondément, mais maintenant qu'elle lui avait dit tout ce qu'elle avait sur le coeur...

Les maux dont tu m'accuses sont en partie justifiés et j'aurais probablement réagit comme toi. Si je ne puis effacer le passé... C'est au présent que je te promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour toi.


Et elle observa son fils. La haine virulente qu'il avait dégagé la veille semblait au repos. Elle n'espérait pas la voir disparaître du jour au lendemain, mais définitivement, il était aujourd'hui plus à même de comprendre. Elle esquissa un sourire en retour et acquiesça.

Il est évident que ta présence ici perturberait considérablement ma vie, mais en aucun cas tu ne dois le considérer comme un mal. Ta venue seule va changer beaucoup de choses. Tu es revenu, et désormais, quoi qu'il arrive, tu auras toujours ta place en ces murs.

Elle embrassa la pièce du regard, joignant le geste à la parole, puis revint à lui.

Maintenant, je comprends que tu ne veilles pas de ça. Tu es jeune et tes ambitions n'attendent que toi pour se réaliser. Quant à moi, je n'ai pas mon mot à dire sur la question... aussi je me contenterai de prendre de tes nouvelles...

Et de m'inquiéter pour toi. L'Italienne soupira intérieurement. Et puis il fit tomber quelques questions et un léger sourire naquit sur les lèvres de la brune.

Es tu sûr de vouloir les réponses ? Toi qui me tient déjà en si basse estime... Enfin tu n'as pas manqué d'apprendre que j'ai eu deux autres enfants après toi. Arya, qui a sept ans, et Aaron, qui en six. L'un comme l'autre vivent avec leur père en Guyenne...


Elle marqua une pause un instant et esquissa un léger sourire.

Malheureusement, je ne suis pas mariée... mais ce n'est pas faute d'essayer de faire du chantage au maire de Tournai. Rien n'y fait... Il préfère la chasteté au mariage.

Une étincelle de malice passa dans les yeux de l'Italienne qui se détendait peu à peu. Pourtant, la suite n'avait rien de réjouissant et l'amusement laissa place à... une sorte de résignation.

Mon frère a disparu de ce monde il y a quelques années maintenant... Sa femme et lui ont coulé en mer. J'eut le loisir de correspondre avec son fils il y a cinq années de ça... mais il mourut également.


Elle n'avait jamais eut de vrais liens familiaux avec son frère et sa famille, et après sa mère, sa plus proche parente avait été sa soeur...

Tu as une tante ici aussi, en Flandres, nous nous sommes retrouvées par hasard. Nolaine elle s'appelle. Mais elle s'est retirée au monastère depuis si longtemps que mon presque beau-frère et filleul a fini par lui trouver remplaçante en son coeur.

Finalement, c'était à se demander si elle ne portait pas la poisse l'Italienne quand il s'agit de famille. Elle se leva à nouveau et rejoignit lentement son guet à la fenêtre.

La vie est curieuse parfois...




Relais Alpin - Décembre 1447




Ils apprenaient l'un avec l'autre, ils apprenaient l'un de l'autre. Les deux enfants qu'ils étaient se muaient peu à peu en adulte, du moins sur un certain sujet, et les leçons qui s'enchaînaient jour après jour étaient de celle que l'on ne souhaite rater pour rien au monde. La douceur côtoyait la langueur, les caresses étaient promesses, et l'amour semblait s'appeler "toujours".

Ainsi les journées se succédaient, plus passionnantes les unes que les autres, rythmées par leurs folies conjuguées. Bien sûr, ils prenaient le temps de se nourrir et de partir en quête de nourriture, car les semaines s'étirant, les vivres initiaux vinrent à manquer, mais ils retournaient rapidement à leur occupation première.

Pourtant malgré les semaines, ils ne se connaissaient guère, et n'avaient jamais pris le temps de s'interroger l'un l'autre. Ils étaient complètement coupés du monde de la réalité, alors à quoi bon y revenir ? Pourtant il y revint entre deux embrassades passionnés et l'Italienne esquissa un sourire sous le chapelet de questions qui semblaient lui brûler les lèvres.

Elle s'était assise en tailleur, nue, parce que oui, à moins de sortir, ils ne perdaient plus vraiment de temps à se rhabiller, elle l'observa ranimer le feu et avait sourit doucement.

Je suis Napolitaine, tout au Sud de l'Italie presque et j'ai eu dix-huit ans il y a quelques semaines.

Il revint à ses côtés, posant ses lèvres sur elle et un frisson la parcourut tandis qu'elle tentait de répondre aux autres questions. Mais comme de bien entendu, elle avait du mal à se concentrer et elle se mit à susurrer ses réponses plus qu'autre chose.

Je recherche quelqu'un qui n'a pas laissé de traces... Alors je ne sais où je vais.

Comme il revenait sur elle, l'Italienne avait passé ses mains dans la chevelure du Breton et s'était rapprochée de son oreille, la lui mordillant sensuellement avant de donner sa dernière réponse.

Je ne suis promise à personne... mais je crois que mon coeur n'est plus à prendre...


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Erwann.de.naueriels


        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Son enfance ne fut peut-être pas celle qu'elle aurait du être, mais elle était la sienne. S'il en avait voulu à sa génitrice lorsqu'il avait découvert qu'elle était en vie, et qui plus est, dans une situation plus que confortable, il le gardait pour lui. Son regard restait neutre, même s'il ressentait pour elle un mélange d'envie de la connaître, de se blottir contre elle, comme il avait vu les autres enfants le faire dans les bras de leurs mères, et de rancoeur. C'est donc assez froid qu'il demeurait. Erwann n'avait pas vraiment de haine, mais il ne voulait pas de ses sensibleries, et son regard se ternit légèrement.

    Le jeune homme écoutait sa mère. Il l'écoutait raconter sa vie, se rendait compte qu'elle se sentait coupable et n'avais vraiment pas envie de faire quoi que ce soit pour changer cet état de fait. Oui, elle était coupable aux yeux d'Erwann. Coupable de l'avoir abandonné, ne n'avoir pas pris de nouvelles. Pourtant, ce n'était plus de la haine, mais pourtant, il ne souhaitait pas recevoir de sa mère autre chose qu'une aide pour trouver un chevalier qui le formera. C'était sa seule requête à la base, même si connaître son père aurait été un plus, il ne cherche plus cela ce jour.

    Aux prénoms des autres enfants de sa génitrice, il reçoit comme un poignard dans le coeur. Déjà qu'il n'était pas enclin à être très démonstratif, du coup, c'est un bloc de marbre qui désormais termine sa tasse de tisane. La chaleur du breuvage ne le dégèle pourtant pas. La douleur ressentie est immense, mais il n'en montre rien, esquissant un sourire. Seul son regard froid, ses émeraudes qui fuient celles de sa mère seraient un indice, si elle n'était pas tournée vers la fenêtre. Arya et Aaron. Au moins eux, ils ont un père et ils ont la chance de le connaître. Lui, n'est qu'une erreur de sa mère, et l'estime qu'il avait de lui-même, sa force en étant sorti la tête haute de la commanderie, non pas viré comme un mal-propre, mais parce qu'il était prêt à débuter sa formation et devenir Ecuyer. Seul cet objectif compte désormais.


    J'imagine que ma demie-soeur et mon demi-frère sont des bastards, eux aussi. J'ose espérer qu'ils ont le même père, et qu'ils sont heureux près de lui.

    Se relevant, dur et glacial, il la regarde, ne laissant aucune place à des sentiments, gardant au fond de lui sa douleur, et pose sur elle ses émeraudes, un regard neutre, alors qu'il s'approche d'elle, dans une attitude martiale, celle acquise par les années à la commanderie.

    Je ne souhaite qu'une chose de vous, Mère, de l'aide pour ma future carrière. Je veux devenir Chevalier, c'est là ma seule demande.


Niwiel.de.castel.volturno


Flandres - Alost - mars 1463


Le ton changeait, se nuançait. L'Italienne avait l'impression d'assister à un échange en yo-yo. Il se montrait parfois inquiet, parfois froid, même dur par moment... Et toutes ses variations apportèrent du baume au coeur de cette mère indigne. Finalement, tant qu'il ne lui servait pas une indifférence sourde, c'est que rien n'était perdu. Et l'écouta, silencieuse, lui jeter ses récriminations partiellement voilées au visage.

Fallait il lui dire qu'elle avait vécu heureuse et amoureuse pendant quatre belles années ? Qu'elle avait élevé ses enfants avec amour et tendresse avant de se faire avaler par le gouffre qu'était celui de la politique Guyennoise à l'époque ? Non, aucune importance, aucun intérêt pour lui si ce n'est constater qu'elle l'avait rejeté alors qu'elle avait aimé ceux qui suivirent... C'était un calme serein qui ornait désormais ses traits. Si elle ne se le pardonnerait surement jamais, elle avait la certitude de ne pas avoir perdu son fils définitivement. Pas encore en tout cas...


S'ils sont bâtards, ils ont effectivement le même père. Une tante merveilleuse, un parrain et une marraine qui me donnent chacun leur tour des nouvelles. Ils ont eut une enfance différente.


Il n'y avait rien à en dire de plus. Elle savait déjà que là, ça risquait d'être trop pour lui, aussi se contenta t elle de l'observer, de l'écouter, puis d'acquiescer.

Alors c'est maintenant qu'il va falloir être attentif Erwann. Tu vas te rendre en Bretagne. Longue route certes, mais je ne doute pas de tes capacités pour t'y rendre sain et sauf. Là bas, tu demanderas Mike de Naueriels. C'est un Vicomte Breton, qui devrait être chevalier aujourd'hui.

Elle marqua un léger arrêt tandis que son regard errait à nouveau sur le jardin maintenant baigné de soleil.

Il saura peut être te dire où est ton père.

Et ce fut tout. Le regard resta perdu, errant sur l'extérieur. Erwann allait partir pour mener sa vie comme un homme qu'elle n'avait pas aidé à se construire...


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Erwann.de.naueriels


        FLANDRES - ALOST- mars 1463


    Ainsi, ses "demis" avaient eu le loisir de connaître leur mère. Cela le rassurait, un peu, et le rendait à la fois triste. Non pas jaloux, parce qu'en cet instant, c'est plus de la haine qu'il ressent pour sa mère, parce qu'elle ne les lui a pas fait connaître, et qu'il ne les connaitra sans doute jamais. C'est plus de la tristesse de ne rien savoir d'eux, que des prénoms, et des âges approximatifs. "Arya qui a sept ans, et Aaron qui en a six". La voix de sa mère raisonne. Il découvre qu'elle leur a donné à eux, une famille, alors que lui n'a rien eu.

    C'est beaucoup, trop sans doute. Sa mère ne l'a jamais aimé, il en est certain, et il doute même de l'amour qu'elle a pu avoir pour celui qui l'a engendré. Sa mâchoire se crispe, tandis qu'il inspire pour tenter de se reprendre. Elle lui soufflait le froid et le chaud, l'envie d'en savoir plus, et le désir de la faire taire. Mais il sait qu'il a besoin de ces réponses, et d'elle, accessoirement.

    En cet instant, elle ne représente plus rien d'autre qu'un simple ticket pour l'avenir, pour devenir Chevalier. Il sait désormais, qu'elle ne l'aime pas. D'ailleurs, qu'est-ce que l'amour ? Une basse vilenie de femme pour manipuler les hommes. Il prie le Très-Haut de lui apporter aide et protection contre ces créatures du Sans-Nom. Désormais, il le sait, ou du moins, il croit le savoir : Les femmes sont des créatures du Sans Nom destinées à piéger les hommes et les faire souffrir.

    Lorsqu'elle requiert son attention, il tourne vers elle son visage de marbre, son regard de jade glacée, plus froid que les émeraudes de sa mère.


    Le Vicomte Mike de Naueriels, en Bretagne. J'imagine que sur place, je trouverai des personnes qui m'informeront de son lieu de résidence. Je vous remercie, Mère.

    Erwann incline la tête. Tout est dit, ou presque... Il ne voit pas ce qu'il pourrait dire de plus. Avare de ses mots, il préfère aussi taire ses maux.



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