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[RP] Les secrets détruisent...

Umbra
... La dépendance aussi.

L’Ombre peina à ramener Camille dans ses quartiers. Leur allure décadente - l’une drapée de cape en pieds, visage voilé et l’autre, gueule cassée à découvert, mine renfrognée – ainsi que leur déambulation hésitante leur attira les mauvais œils des passants croisés. La sombre oeillade de la Noiraude en retour à leur suspicion leur fit souvent détourner le regard. Le trajet tortueux se passa heureusement sans anicroche et plus rapidement qu’elle ne l’espéra, la lanterne rouge du bordel parisien pointa son nez. Halte de circonstance devant le portier qui jaugea désagréablement Umbra. Celui-ci devait surement être rancunier. Cependant, à la suite du pitoyable scandale de la matinée, il avait de quoi être remonté. Dégageant la capuche du faciès singulier à l’Aphrodite, les lippes s’étirèrent aussi narquoises que nerveuses.

Je vous ramène votre absente... La Droguerie est maintenant rouverte.

Ainsi les deux brunes regagnèrent leur énième prison avec un infime soulagement venant de la part d’Ombeline. A aucun moment, malgré son anxiété dû au manque, elle ne fut brusque ou froide avec la Camée. Peut-être derrière les tissus avait-elle même remarqué l’attention qui lui était portée lors de son escorte. Sans piper mot durant leur marche, la Bâtarde avait tenter de la rassurer d’une main sur le bras ou sur l’épaule afin de l’encourager dans sa démarche. La mercenaire avait imposé le silence car plus tôt, quand ses déboires survint, c’est ce qu’elle avait souhaité et choisit.

Arrivées en lieu sûr, la Corneille se fait plus distante afin de laisser la Courtisane reprendre le peu d’aise qu’on peut lui souhaiter. L’Ombre s’attable au milieu de la pièce, laissant perdurer son mutisme. Ses hématites lorgnent avidement les bocaux et flasques renfermant tous ses désirs, ses fantasmes et ses cauchemars. Elle est si près du but. L’un d’eux, et elle en est consciente, contient sa dose, son oubli, son soulagement. Il est là, tout bonnement masqué par son ignorance. Les jambes s’agitent nerveusement sous la table, rompant le silence pesant.

L’intérêt se repose sur la jeune femme, sur ce lion en cage. Sa bouche à laquelle on a cousu des fils, ses yeux qui en ont trop vu pour pouvoir à nouveau se fermer. Umbra ne voit là qu’un reflet identique au sien.


Je te comprends, Camille.

Une plaque de verre brisée qu’elle aimerait intimement recoller.
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Kit by JD Gygy
Camillle_
Le silence dur alors que l’air frais vient enfin happer les traits figés de la Vipère. La poitrine se gonfle, les pas se figent et l’animal retrouve enfin sa Liberté. L’air s’infiltre, apaisant ses sens et son inquiétude. Depuis combien de temps s’était-elle vu privée de cette fraîcheur, de cet air ambiant, de cette clarté obscure ? Une éternité. Une main posée sur celle d’Umbra, Camille reprend finalement sa marche. Elle ne connait rien de cette Camée et pourtant ne peut rompre ce contact si rassurant. Celle qui n’était venue qu’une fois à la Droguerie pour recevoir sa dose, était désormais à ses côtés, liée malgré elle par cette horreur, par ce secret qui plonge la Vipère dans un mutisme éreintant. Le sang sur son visage a été retiré, mais la tâche sur sa robe persiste et alors que les pavés sont foulés, que les regards des passants se posent, perplexes et inquisiteurs sur elles, les iris sombres de la Droguée restent quant à eux, rivés sur le tissu carmin. A chacun de ses pas, la cape s’ouvre et la clarté avoue son péché, son outrage. Une douleur, une conscience qui l’affuble d’une culpabilité corrosive. Puis, finalement, une lueur familière apparait dans la pénombre. Une lanterne rouge qui réveille en elle un sentiment de sécurité et de réconfort. Enfin, elle allait pouvoir retrouver sa prison dorée.

Le portier se dresse devant elles et instinctivement, la capuche tombe pour qu’elle puisse avouer son identité. Mais Camille n’a plus rien d’une courtisane, d’une élégante putain qui attire les clients par son minois et son élégance. Les traits sont usés, fatigués, le regard autrefois réservé se pare d’une teinte d’obscurité et de trouble et pourtant, le portier ne dit mot et les laisse pénétrer la demeure. Un pas de plus et enfin, elle sent que les murs de l’Aphrodite l’encerclent et l’étreignent. L’odeur qui émane de sa Droguerie semble s’être dissipée et dans les couloirs, les vapeurs toxiques n’habitent plus les lieux. D’un regard en coin, elle observe aussitôt le portier qui quémande une servante, quelques murmures et aussitôt Camille réalise que son retour ne restera pas impuni. Celle qui avait quitté les lieux sans un mot, allait devoir justifier son retour et certainement son état. Mais pour l’instant, elle se contente d’ouvrir la porte de sa Droguerie et de retrouver son propre animal. Aswad. Adryan l’aurait-il cru capable d’abandonner son Offrande ? S’était-il inquiété de ne point la voir revenir pour le récupérer ou l’alimenter ? Elle doute.

D’ailleurs, d’un geste maternel, elle retrouve le pelage charbonneux de son félin. Il ne semble point être amoindrit, au contraire. Les ronronnements résonnent et le silence se brise sous cet écho et la compréhension d’Umbra. Je te comprends, Camille. S’agit-il réellement de compréhension ou de compassion ? Avait-elle déjà ressenti cette culpabilité, cette angoisse qui l’habite et la ronge ? Avait-elle simplement tuée ? Merci. Concise, la Vipère retrouve ses habitudes et ses mots pesés et mesurés, ce langage privé d’artifice qui plus encore, se restreint. Doucement, l’animal retrouve ses gestes, ses habitudes, cette quiétude qui l’habitude au cœur de cette geôle. Ainsi, elle se dirige sans un mot vers cette large vasque pour humidifier son visage et rafraîchir sa nuque puis, toujours plongée dans son mutisme, elle croise son reflet dans la glace. Effroi.

Devant elle, les cernes, le teint pâle, la fatigue et l’épuisement. La pulpe de ses doigts longe sa nuque, ses épaules et les traces de morsures apparaissent. Il est encore là. Mais contre toute attente, l’esprit s’emballe et ses traits se muent en une image sanglante, en un jet de carmin qui habite et revêt les murs de cette auberge lugubre. Le souffle se coupe, le corps sursaute et finalement, le corps tremblant d’Umbra se dessine à nouveau derrière son épaule. Cauchemar. Réalité. Elle connait ce tremblement, cette attitude, ce regard qui se pose sur ses flacons et ses plantes séchées qui trônent à même les étagères. Umbra n’est pas la seule camée présente ici lieu. Compréhensible, redevable, Camille regagne ses bocaux et enfin, les lambeaux de cette horreur se dissipent sous ces gestes, autrefois quotidien. Elle pose des bocaux, écrasent quelques plantes qu’elle mélange et dans le tiroir de sa table de chevet, elle finit par sortir et fournir sa pipe. S’approchant d’une bougie, elle allume, tire et enfin crache une première bouffée.

La Droguerie retrouve son utilité, les vapeurs à nouveau embaument la pièce et ses couloirs. La Vipère est revenue des Limbes plus brisées qu’à son arrivée. Tiens. Le bras se tend, la pipe est offerte et Camille quant à elle se débarrasse pudique, dos tournée, de cette tenue tâchée. Si Alphonse arrive, elle ne veut expliquer la raison de cette tâche et pire encore, expliquer la raison de son trouble. Au cœur du Lupanar, tout n’est que masque et artifices, mensonges et manigances. De son cauchemar, il n’en restera que ce qu’elle acceptera de laisser paraître, son goût poussé pour ses drogues, ses marques de coups et de griffures qui restent échouée sur sa peau ambrée et qui longent malgré elle, son échine.

Les iris clos, l’esprit ailleurs, la Vipère se défait de cette peau, abandonne son fardeau et son secret. Mais loin de cette peau morte qui tombe à ses pieds, les marques restent profondes et encrées à même sa chair. Sur ses hanches, les serres de Maximilian, sur ses épaules se nichent ses crocs, sur son échine quelques hématomes et coups de cuir. Mais tout disparait peu à peu, alors qu’elle revêt une autre robe qui lui semble moins ajustée. La famine se devine alors et c’est à l’aide d’une ceinture que Camille réalise l’ampleur du sadisme masculin.

Lorsque tu seras en manque, tu n’auras qu’à venir. La dette se paiera ainsi et le silence s’achètera à ce prix, celui de la dépendance et de l’Ivresse.
Alphonse_tabouret
L’entrée d’Hubert dans son bureau à une heure tardive amena spontanément l’animal à froncer un sourcil, peu enclin à ce qu’on le dérange lorsqu’il veillait tardivement sur les comptes, encore moins quand l’incartade n’était pas prévue, et pourtant les quelques mots de l’homme de main suffirent amplement à déraciner sa concentration aussi facilement qu’une visite attendue.

Elle est rev’nue. A la droguerie…

Un sourire sinistre se dessina aux lèvres comptables, éveillant le monstre tapi en lui en percevant les effluves d’une excitation sourde martelant ses tempes d’une musique qu’il avait patiemment dilué aux longues heures d’attente de cette annonce. A choisir, il aurait préféré que Camille ne remette jamais un pied à l’Aphrodite, non point par dégout de la Vipère, mais parce qu’il savait que la confrontation éveillerait chez lui les méandres d’un mal qu’il s’efforçait de dompter en vain depuis deux ans, gangrène germée par une autre de ces femelles insensées qui distillait la mort aux âmes anonymes et qui était sortie de son sommeil forcé aux aurores du mois de mars, dans le terreau d’une folie toute aussi destructrice. Ce que craignait Alphonse n’était pas l’herboriste mais bel et bien sa propre rage si longtemps étouffée pour les autres qu’il ignorait jusqu’où elle irait si elle devait se libérer de ses chaines pour s’estimer repue.
Un simple regard avait condamné Hubert à rester en retrait derrière lui et à trouver pour plus tard, des arguments assez convaincants pour avoir laissé le passage à la putain, avant que le fauve ne se dirige d’un pas silencieux vers la droguerie, les prunelles lourdes d’une rancune pugnace, la mâchoire serrée d’une expression aussi mauvaise qu’égayée, menaçant présage d’une revanche à prendre pour lui, pour Adryan, pour Quentin… Chat jusqu’au bout des griffes, faune jusqu’au bout des cornes, monstre jusqu’au bout de l’écumant courroux qui s’agitait au fur et à mesure qu’il avançait jusqu’au chambranle de la porte où le corps saccagé de Camille lui apparut tandis que la robe chutait au sol, l’animal ne s’étonna pas du gel apaisant que la colère essaimait à ses veines, contaminant ses tempes jusqu’à ne pas éprouver le moindre élan de clémence quand la chair témoignait d’un sadisme de tortionnaire porté à sa chair qui l’eut ému jusqu’à la grâce temporaire en temps normal. Mais rien n’était normal dans l’esprit félin à cette heure de la nuit, Camille ayant éveillé chez lui les relents d’un passé double, Amour Mort par la faute d’une de ces semblables, volonté dissoute dans les écueils du savoir qu’elle dispensait.
Le doute le rendait alarmé, la peur, brutal et la rancœur, agressif, mais la rage, elle, avait tous les aspects d’un hiver glacial, endurcissant chez lui les moindres souplesses de l’âme, dénervant la moindre once de compassion des quelques grammes d’éther en son cœur pour ne laisser plus que l’intransigeante somme des acquis paternels. S’il ne savait pas le rôle que la catin avait joué dans le viol d’Adryan, sa fuite et son silence avaient scellé sur ses traits ceux de la culpabilité jusqu’à les mêler au visage déformé de douleur de l’Anglais, bafouant les rêves les plus innocents de ce bordel en participant à ce qu’Alphonse considérait comme le pire crime qu’elle et Dacien auraient pu commettre. Lever la main sur un membre de cette famille boiteuse équivalait à une déclaration de guerre, mais le chat ne souhaitait plus la guerre ; il voulait le carnage. D’abord elle, ensuite viendrait l’heure de l’Arrogant…


Lorsque tu seras en manque, tu n’auras qu’à venir.

Les doigts rencontrèrent la porte déjà entrouverte et la poussèrent pour signifier sa présence d'un grincement joué par son mouvement, jetant un vague regard sur l’ombre qui accompagnait l’herboriste sans même s’y attarder, quantité négligeable à l’appétit de sa colérique rancune

Je ne suis pas sûr que vous ayez encore les agréments pour tenir de telles promesses, confia-t-il dans un sourire blême de courtoisie, rencontrant pour la première fois depuis un mois, les jades de la donzelle, avançant d’un pas pour définitivement rentrer dans cette pièce qu’il évitait toujours avec un soin précautionneux tant qu’il n’y était pas forcé. En quittant l’Aphrodite il y a un mois de cela… Les mains longilignes approchèrent de la pipe tenue par la voisine pour s’en saisir, criminel volontaire privant de son paradis le supplicié en manque avec une joie cruelle dont seule la discrète fragrance égayait le sourire policé serti à ses lèvres, le regard délavé de toute indulgence quand il avait pourtant ouvert les portes de ce bordel à tous les boiteux qui s’y étaient présentés à la recherche d’un havre, esclave exilé connaissant si bien le poids au cœur d’une attache dans ce monde faits de vides et de tempêtes… et ne fournissant pas l’ombre d’une explication à votre employeur … Il renversa la pipe dans l’un des petits récipients vide et la tapota pour en déloger le contenu embrasé avec une lenteur volontaire, odieuse, sans pourtant cueillir le fruit de son geste, se contentant de le sentir peser sur lui avec une satisfaction pleine… vous comprendrez aisément que je ne m’attendais pas à vous revoir, encore moins que vous fassiez preuve d’une telle impolitesse à ne pas d’abord vous présenter à mon bureau avant de venir prendre une dose à l’herboristerie…
Enfin il lui accorda de nouveau l'attention quand l’ombre de l’homme de main engloutissait l’encadrement de la porte, embrassant la scène d’un regard inquiet quand celui d’Alphonse, à la manière d’un vendeur de bêtes, examinait celui de Camille, surplombant le minois aux traits tirés sans plus le moindre sourire. L’index fut porté à la joue, et avec une surprenante douceur, exerça la poussée pour lui faire tourner la tête, examinant le cou, puis l’aube de l’épaule où il avait vu quelques instants plus tôt les traces des violences.
Je n’ai pas l’impression que vous puissiez retrouver les charmes de la Maison Haute dans un tel état… Dois-je en conclure que vous me demandez un entretien pour retrouver vos quartiers à la Maison Basse ?, demanda-t-il en libérant la joue de son doigt.
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Umbra
Qui a dit que l’altruisme n’aide pas à servir son égoïsme ? Pipe en main, les phalanges se dénouent sereinement. Les lèvres s’entrouvrent non pour échapper un énième soupir mais pour tirer une grande bouffée d’air. La fumée emplie la gorge puis les poumons, voilà l’oxygène qui lui faisait défaut. L’Ombre revit à nouveau. Son regard mi-clos couve bienveillamment la silhouette féminine. Elle est déifiée à l’heure qui l’est. Martyre dans toute sa splendeur. Vrai que la Courtisane a perdu de ses rondeurs aguichantes, elle ne semble plus aussi appétissante qu’à leur première entrevue. Les hématites le constatent furtivement mais les lippes ne décollent pas de l’embout salvateur pour le souligner. Calice en main, les sens s’évaporent avant même que le produit agisse. La dépendance n’est pas mécanique pour le moment. Les rouages sont encore éphémères, fébriles. Peut-être que si Umbra n’avait pas retrouvé la Camée si vite, aurait-elle trouvé une autre compensation à sa frustration. La bouche recrache un filet brumeux qui se dissipe aussitôt dans l’air ambiant. Cependant, la dette proférée n’est certainement pas du vent.

La porte baille bruyamment mais l’intérêt de la Noiraude reste rivée sur son mystique bout de bois. Celui qu’elle attendait depuis trop longtemps, que même son corps criait à l’aide et la tourmentait davantage. Remuer tout Paris pour quelques lattes, quelle douce folie. Dans son dos, la voix masculine se rapproche. Le ton semble faussement poli mais qu’importe pour Ombeline. Ce sont leurs histoires, cela ne la concerne en rien...Si ce n’est quand on s’en prend au Sien. Voilà que le Précieux disparaît des serres de la Corneille, happé au vol par l’importun. Le poing se réarme instinctivement et les iris de jais vrillent dangereusement sur l’inconscient. Le Diable s’en va vider les cendres de sa renaissance. A peine le temps de reprendre gout à la vie que la Bâtarde redevient poussière. Le corps se déplie brusquement et le ton se hausse encore plus haut.


Rendez-moi la !

La distance séparant le Faune de la mercenaire est vite avalée, pour ne pas dire dévorer. La faim au ventre, la rage au bout des crocs. La dextre s’empare du bocal encore fumant pour l’éclater aux pieds de ce dernier afin d’attirer son attention.

Oh ! J’vous parle là ! Rendez-moi ma dose ou je vous tue.

L’oeillade sombre se fige sur le Chat. Félin ou non, la charognarde l’a dans sa ligne de mire. Il n’est que souris à cet instant. Vermine qu’elle se fera joie d’en ôter l’ultime soupir s’il ne lui rend pas son Souffle. L’opium n’a pas encore fait effet, ce ne sont pas quelques brefs halètements qui altérons sa perception. D’ailleurs, elle capte sans mal le portier dans son ombre. La position prise n’invite pourtant pas à la rixe. La stature s’impose stoïquement, intimant son ordre. La carcasse n’est que menace pour le moment mais les nerfs ne tarderont pas à agiter la marionnette pour lui redonner contenance.

Je vous ai ramené votre putain. J’exige ma récompense. Ai-je été claire ?

Une nouvelle drogue s’infiltre vicieusement dans ses veines alors que l’attention hostile se braque sur le minois du Comptable.

Allez, minou, joue pas au con. On sait très bien toi et moi, qu’on s’amuse pas avec la pelote des autres sans en tâter des griffes.
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Kit by JD Gygy
Camillle_
Si sa venue n’était qu’une question de temps, le corps de la Vipère se figea néanmoins de surprise, quand Sa voix résonna dans les Abysses vaporeuses. Alphonse. Au son de ses répliques, les lippes se scellent, conscientes de Ses doutes. Mais que pouvait-elle répondre quand son silence et sa raison étaient ses armes véritables ? Qu’aurait-elle pu dire cette nuit-là quand surplombant le corps inconscient de Son Mentor, elle lisait dans les iris sombres du Comptable le poids d’une haine qu’aucune vérité n’aurait pu apaiser.
Son silence et son départ qui ne furent alors qu’évidence l’enchainèrent malgré elle au délit. Alors quand le Félin pénètre dans la Droguerie pour aiguiser ses griffes et sa verbe, le sang vipérin boue de cette incompréhension, de cet étau de culpabilité qui se resserre et l’étreint sans qu’aucune paroles censées ne puissent briser cette conviction Féline. Je n’aurai jamais pu lui nuire. Voilà ce qu’il aurait été aisé de dire mais le son de sa voix aurait-il trouvé un écho favorable ? Elle doute.

Mais alors que le temps se fige pour l’esprit de la Vipère, le Comptable s’éloigne et s’anime d’une perversion mesquine. Le geste est précis et inconscient, la pipe est retirée à même la main d’une camée. Camille connait que trop bien la réaction qui découle de cette privation, de cette audace qui vicieuse se joue devant les iris sombres d’Umbra. Le Félin joue et provoque mais la Proie n’est pas elle-même, elle est en manque et sous la pulsion, le corps s’anime pour espérer une confrontation. Félin contre Volatile déplumée, le coup de sang n’est que Folie. Umbra ! Lentement, la putain se couvre alors qu’elle s’avance et pose sa main sur l’épaule de la Corneille. Si la lucidité lui manque, Camille en revanche connait le pouvoir d’Aphonse et l’agilité d’Hubert.

Ils ne te doivent rien. Je suis ton unique créancière.

La tension est palpable, le manque également et pourtant Camille se contente de retourner à ses étagères pour réaliser un autre dosage. La main se tend pour récupérer la pipe à nouveau bourrée et allumée. Combien de ces drogués ont-ils dû renvoyer au-delà de ses portes pendant son absence ? Combien sa disparition avait-elle pu coûter à la Maison Basse ?

Mais son geste, son toupet accuse une fois encore Camille et quand le Comptable s’approche pour l’examiner, elle déglutit. La main masculine se lève et tel un instinct éphémère et brutal, la Vipère empoigne d’une main ferme le poignet d’Alphonse. Sous la simple vision de cette dextre qui se lève, de cet index qui s’approche pour effleurer son visage, c’est tout un cauchemar qui s’éveille. Lui.
Pourtant, la dextre n’est qu’une anormale douceur et sous ce regard inquisiteur, Camille avoue ses maux.
Incapable d’être courtisane pour l’heure, incapable de redevenir Herboriste, le destin de la Drogué se lie une fois encore à la bonté d’un Autre. Impassible malgré cette énième brisure d’orgueil, seul le regard sombre et tranchant de la Vipère accuse cette rage qu’elle étouffe. Sais-tu Alphonse combien il m’est difficile d’accepter et de plier une fois encore l’échine ? Sais-tu combien de fois j’ai dû user de ces faux semblants pour survivre ? Sais-tu que seule ma Raison m’intime l’ordre d’accepter ?

Laissez-moi trois jours pour récupérer et je viendrai à vous.

La main enfin se retire au rythme de cette Griffe qui s’éloigne de son visage et alors que la tension lui semble s’être apaisée, une seule question lui semble alors vitale. Depuis son départ qui n’aurait dû durer que quelques heures, elle n’avait pas eu de nouvelles d’Adryan et si l’image de son corps inconscient sur le planché de la Salle des Bains hante encore son palpitant, elle ne peut retenir plus longtemps cette crainte qui lui arrache les lippes.

Comment va-t-Il ?

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Alphonse_tabouret
Rendez-moi la !
L’attention fut attirée, sans nul doute, au fracas des bris de verre, amenant un regard à la fois surpris et calme de trouver de la vie dans le corps menu de la compagne vipérine, à la façon de ces démiurges posant sur les fourmis à leurs pieds une commisération surprise mais sans avoir le cœur pincé d’une quelconque charité. Ainsi donc, ça vivait, pouvait-on lire dans les prunelles sombres du comptable quand la nouvelle protectrice s’enhardissait d’une seconde salve de cris
Oh ! J’vous parle là ! Rendez-moi ma dose ou je vous tue.
Un rire froid s’échappa de sa gorge sans qu’il ne cherche à le retenir, car s’il ignorait les rouages de l’amusement spontané, condamné à ces sons asthmatiques la plus part du temps tant il méconnaissait la rondeur sans fard de l’amusement, il savait jauger le poids du mépris sans en tronquer l’effet par un grammage mal proportionné. La menace chuta, imperméable, aux pieds du chat quand l’œil d’Hubert, lui, rétrécissait d’une prévenance immédiate en mettant la main au poignard assujetti au matelassé de sa veste. Si elle ne le voyait que comme souris, le faune, lui, ne la considérât même pas, épave ayant depuis trop longtemps remis sa vie sur le fil d’une drogue visant à en éradiquer les aléas les plus tourmentés, esclave non pas d’elle-même, mais d’un paradis chimérique qui la noyait inlassablement dans des cieux artificiels dont la réalité finirait toujours par reprendre le dessus… Au diable les herboristes et leurs foutue clientèle assoiffé, toxicomane, dont la chasse à la fiction se soldait irrémédiablement par une chute libre jusqu’à toucher le sol et éventrer une coquille vide par leur propre volonté au déni de la Sœur Douleur. N’était-ce pas elle qui maintenait aux aguets, qui affutait les sens et rendait chaque parcelle de bonheur encore plus vive sur le bout de la langue ? N’était-ce pas elle qui, si elle abattait d’une traitrise poigne ses cartes avec le sourire sardonique de la main gagnante, pouvait se voir moucher d’une émotion aussi simple qu’un vent salé sur une falaise granitée, d’un tissu rouge claquant au vent d’une cathédrale ou d’un sourire d’enfant lové à son couffin ?...
Je vous ai ramené votre putain. J’exige ma récompense. Ai-je été claire ?

Le sourire gracieux remplaça la macabre hilarité et la donzelle se vit priver d’un ordre que le garde attendait, un pas déjà fait pour venir au secours de l’inconscient félin que l’amère colère dénervait jusqu’à distiller la morgue au nez d’une morte-vive, des quelques mots que Camille aventura à ses lèvres pâles :

Ils ne te doivent rien. Je suis ton unique créancière.


Je ne l’aurais pas mieux dit, confia le chat à la Corneille sans se départir de l’ombre mauvaise l’auréolant. Que je sache, personne dans cette maison, ne vous a rien demandé, insista-t-il en excluant de ce fait, la moindre grâce qu’aurait pu demander Camille soumise à son bourreau en ne la considérant plus comme pensionnaire de cette famille boitillante.
Au poignet enserré par la main blanche, il ne broncha pas, pas plus qu’au regard herbeux posé sur lui à la façon d’un chant, répondant d’abord par un silence météore, où la blessure d’orgueil de la femelle ne trouva en guise d’écho que la rage d’avoir assisté à un fratricide au sein même de la maison.

Sais-tu, toi, combien il m’est difficile de ne pas te jeter dehors sur l’instant ?
Sais-tu que c’est uniquement par égard pour lui que je ne te livre pas à la rue sans même avoir à supporter le venin de ta présence ?
Tu me parles de faux semblants et d’une obéissance liée à la survie, mais tu ne sais rien, emprisonnée dans les volutes de tes drogues, n’affrontant le courroux du concret qu’à tes rares instants de lucidité… Sais-tu seulement le gouffre que l’on éprouve à danser au fil du rasoir avec la conscience nette ?... Si tu l’as su, tu l’as oublié il y a bien longtemps, aux lianes de tes potions…
Ne me parle pas d’obligations Camille, ne me parle pas de Devoir… Tu as écorné chacun d’eux par ta fuite, ton silence et ton retour et aujourd’hui, tu me demandes à moi, d’autoriser ta trahison…
La voilà, la preuve de ma compassion, la preuve de ma fidélité : l’accepter.



Laissez-moi trois jours pour récupérer et je viendrai à vous.

Une respiration s’égara dans un silence fait de nœuds inextricables et de tensions sanguines.
Comment va-t-Il ?

Je vous laisse le loisir de le découvrir par vous-même… Le Castillon allait mal, mais le dire aurait été le reconnaitre, porter un intérêt soigné à ce parasite quand ils s’étaient tous deux jurés la guerre et cela, pour l’un comme pour l’autre, aurait été inacceptable, preuve d’une faiblesse qui ne s’accordait qu’à l’ouverture d’accalmies pudibondes, enfouies sitôt nées pour se raccrocher, maladivement, aux seules règles qui les soutenaient en cette terre aride. Je ne prendrai pas le risque de lui annoncer quoique ce soit en n’ayant pas certitude que vous soyez encore là quand lui viendrait l’envie de vous trouver… J’attends de vous que vous alliez lui annoncer vous-même votre retour.
La demande n’avait rien de l’attente, mais tout de l’ordre. Pivotant et quittant la scène des yeux, sans même plus porter un regard à l’ombre menaçante à côté de lui, il enchaina, rejoignant la silhouette massive d’Hubert.
Trois jours, pas un de plus, trancha-t-il sans se retourner, s’approchant du pas de la porte, s’y arrêtant, pour délayer les derniers mots, les choisissant avec une méticulosité esthète :
J’offre durant ce laps de temps, le gite et le couvert, cela dit, chacun de vos prélèvements au stock vous sera facturé. C’est bien, j’imagine, le moindre mal que vous ayez eu à affronter ces dernières semaines.

Un pas de plus le fit sortir de la pièce, amenant un soupir soulagé aux lèvres d’Hubert qui délaissa la prise de son arme pour porter un regard vaguement désolé sur la putain avant de tourner les talons, lui aussi, et de les laisser seules.
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Umbra
Personne ne lui a rien demandé ? Faux. Si, réellement, rien ne l’avait débusqué, aujourd’hui , pour la mener ici alors oui, personne ne lui devrait quoi que ce soit. Mais le fait est que, ce jour, l’Ombre est présente et elle exige sa récompense. Encore faut-il remonter aussi loin dans les dédales obscurs de ses songes pour comprendre ce qu’elle fout planter là à cet instant. Avoir le courage de plonger dans ses veines bouillantes, d’arpenter son cuir tané et recousue. Umbra a mille et une raisons d’être, à ce moment précis, dans cet endroit. De son engeance jusqu’à maintenant, tant de choses l’ont poussés à venir se retrancher dans ce lieu. Nombreux sont les gens l’ayant rejeté jusque là. C’est pourquoi la Noiraude demande l’hospitalité, réclame l’asile. Le Monde lui doit bien ça à l’heure qu’il est.

L’adrénaline ragaillardit la carcasse en fin de vie devant l’affront d’une vérité cinglante. L'esprit se tord devant cette insolence à l’état pur. Le sang frappe les tempes pour assourdir Celle qui n’admettra jamais être de trop. Celle qui quémande son Lot. Les hématites couvent d’un regard entre la haine et le pardon, les gestes de la Courtisane. Cette dernière ne se fait pas prier, louée soit-elle. Le Chat et son homme de main disparaisse sans qu’ Ombeline ne réagisse. Perdue dans les volutes de fumée, la Bâtarde oublie tout ce qui l’entoure. Son attention demeure vague, la posture défaite sur un siège. Au départ des deux hommes, elle laisse planer le silence, l’intérêt se posant sur ses soupirs opaques. Les pensées s'échappent de la gueule cassé pour se fondre dans les airs, les souvenirs n'étant plus que cendres d'existence. L’amertume se consume et finit par disparaître pour ne garder qu’un arrière-gout âpre en bouche.


Je vois que tu es la bienvenue chez toi, Camille.

La Paix au creux des lèvres, la compassion pour sa semblable touche de nouveau l'âme en peine.
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Kit by JD Gygy
Camillle_
Je vous laisse le loisir de le découvrir par vous-même…

La sentence s’extirpe de la bouche du comptable alors qu’il passe outre les menaces de la Corneille. Ainsi donc Adryan avait su vaincre les plantes et leurs effets néfastes. Mais qu’en était-il de sa rancœur ? Avait-il su qu’elle était là, à ses côtés alors qu’il sombrait dans des Abysses aux reflets verdâtres ? Alphonse avait-il avoué sa culpabilité ? Comment allait-il l’accueillir ? S’était-il ne serait-ce qu’inquiété de son absence ou s’en était-il réjouit ? Comment pouvait-elle Lui faire face, en sachant que son mal avait été causé par sa propre dépendance ?

D’un simple hochement de tête, elle se contente d’acquiescer à cet ordre qui lui vrille tripes et palpitant. L’accueil est froid, insipide, rongé par une haine qui revêt l’apparence d’un autre Mal. Hubert semble quant à lui plus sensible à son retour, néanmoins, il reste le bras droit d’Alphonse et en tant que tel, il se contente d’écouter et d’obéir. Lui aussi. Puis enfin, le Comptable disparait après avoir abattu une dernière carte, celle de la bonté mesurée. Trois jours, pas un de plus.

Je sens que tu es la bienvenue chez toi, Camille.

Sous la remarque féminine, Camille se mord l’intérieur de la joue. Comment pouvait-il en être autrement ? Trois jours avant d’annoncer son retour à Adryan, de quémander sa place au cœur de la Maison Haute. Trois jours, avant de se sentir enfin en sécurité et de le revoir. Mais avant, elle se contente de s’installer aux côtés d’Umbra et de délicatement récupérer la pipe pour tirer quelques bouffées. Ici lieu, elles ne manqueront de rien. Plantes, fleurs, tout dans cette pièce est dédié à ceux qui préfèrent se noyer dans un autre monde, plus doux, plus entêtant, plus enivrant. Si c’est sa dépendance qui a causé la perte du Mentor, Camille est incapable de s’en détacher. Les mots de Maximilian, son sang, le visage de Miri, ces coups et ces souffrances sadiques, tout lui rappelle ce cauchemar que son esprit tente d’oublier et de fragmenter en vulgaires lambeaux. Par cette bouffée qui s’immisce entre ses tempes, elle se soulage de cette réalité. D’une main moite, elle lui remet la pipe et abandonne la pulpe de ses doigts sur le pelage d’Aswald.

Il aurait pu m’ordonner de quitter l’établissement.

Camille le sait, malgré cet air froid et cruel, Alphonse n’en reste pas moins, pieds et poings liés. Redevable ? Peut-être que la Vipère finirait par l’être mais pour l’heure, elle se contente de fumer et d’oublier cette rage et cette inquiétude qui l’envahit. Camille ne peut se résoudre à n’être qu’une fois encore soumise à la volonté d’un autre. Pourtant, la réalité qui se joue à l’extérieur de ces murs semble plus cruelle et perverse. Un seul client à l’Aphrodite avait osé lever la main sur elle, une erreur qui jamais plus ne s’était reproduite. Alors qu’au-delà ces murs, il n’avait fallu qu’une journée à la Vipère pour devenir l’esclave d’un bourreau avide de sa chair et de ces maux. Elle ne peut quitter l’Aphrodite, ne peut retrouver cette réalité qui s’était joué d’elle et de ses limites.

Que puis-je faire pour honorer ma dette, Umbra ?

Dis-moi ton prix et laisse-moi.
Sauras-tu voir ce changement ? Sauras-tu lire en moi comme autrefois ? Sauras-tu me pardonner ma couardise…Ce besoin d’Ailleurs…Ce besoin de Fuir ce monde qui n’est pas le mien.

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Umbra
[Ta cellule est dans ton cerveau*]

Le cocon de fumée s’épaissit au rythmes des expirations. Chaque soupir libère un peu plus les âmes à bout de souffle. L’opiacé trouble les sens autant que la pièce et bientôt, tout disparait sous l’opacité brumeuse. Mensonge. Un voile d’illusions s’abat sur le décor : quelle triste scène se joue derrière la porte. Deux oiseaux en cage, apeurés par leur liberté. Le ciel est une prison à laquelle elles préfèrent soudainement les barreaux de leur nid. D’ailleurs, les propos de la Courtisane sonnent comme un remerciement.

Il aurait pu m’ordonner de quitter l’établissement.

Silence de la part de l’Ombre en guise de réponse. C’est vrai que le Chat avait tous les droits et les moyens de renvoyer Camille à sa misère. Cependant, les iris de jais mi-clos se rivent sur la silhouette mal en point. Étrangement, la Noiraude s’accroche superficiellement à son image pour s’assurer d’être bien présente, elle-aussi. Qu’elle n’est plus dehors, que son Enfer personnel est retenu loin par les gonds qui la séparent de l’extérieur. Quatre murs et un toit, voilà à quoi en sont réduites les jeunes femmes à l’heure actuelle. Il y a des chaines invisibles, des poids sur leur conscience qu’elles traîneront toujours où qu’elles aillent. Elles pourront essayer de fuir, elles ne seront plus jamais libre. Parce que la liberté, c’est la solitude. Parce que la solitude, c’est l’abandon. Parce que l’abandon, c’est la condamnation. Parce que la liberté est devenue une condamnation.

Que puis-je faire pour honorer ma dette, Umbra ?

Son nom l’extirpe de ses songes, le regard s’écarquille faiblement pour donner un semblant d’intérêt à l’interrogation. Ce pseudo aussi est une énième mascarade. C’est alors qu’en observant bien le corps face à elle qu’Ombeline se demande si son interlocutrice y croit vraiment. La Camée a-t-elle déjà douté de son identité ? A-t-elle cherché à vouloir la démasquer ou s’est-elle résignée d’avance en acceptant ce premier leurre de la part d’une inconnue ? Moult questions se succèdent plus existentielles les unes que les autres. L’esprit divague enfin, se perd dans des méandres absurdes qui semblent, à cet instant, fatidiques. La main fébrile repose la pipe dont l’essence est définitivement consumée.

Nous verrons cela plus tard, si tu veux bien... Je n’ai plus vraiment la tête à ça.

La Bâtarde avoue sans mal ce que le reste de sa posture avachie et son air absent prouve aisément. Elle est déjà trop haut pour atterrir tout de suite, les choses trop terre-à-terre attendront bien qu’elle finisse de voguer. L’oeillade endormie couve la brune un bon moment.

Je...

Les cils battent brièvement avant que les paupières ne se ferment. Le dos rond épousant au mieux la forme du dossier. Les jambes s’étendent sous la table tandis que les bras se croisent sous la poitrine. Un soupir mêlant lassitude et sérénité perce les lèvres légèrement entrouvertes.

Avant que tu me sois redevable, Camille, puis-je t’être utile d’une quelconque manière ? ... Sans alourdir ta dette bien entendu.

La proposition reste en suspens comme une échappatoire entrebâillée mais avant que la Droguée ne puisse répondre, la mercenaire surenchérit.

Tu sais, si vraiment, Alphonse te fout à la porte, je connais un abri...

Oui, les mots étaient pesés. La Corneille parlait bien d’un refuge et non d’une banale demeure où crécher une ou deux nuits. D’un endroit capable d’accueillir son corps martyrisé. D’une oreille apte à écouter son âme persécutée.

C’est pas grand chose mais c’est toujours mieux que rien...

Allez, parle Camille. Réponds quelque chose, j’arrive plus à meubler ton silence.

Insidieusement, les idées noires commencent à ternir la bonté de l’Ombre, à assombrir dangereusement le décor vaporeux où elle plane doucereusement.

Putain, Cam’, me laisses pas en plan, maintenant...

La gorge déglutit bruyamment, les muqueuses asséchées par l’opium inhalé et l’anxiété naissante.

T'auras pas quelque chose à boire dans tes étagères?

Les hématites se rouvrent et le corps se balance en avant pour reprendre pied. Reste à savoir si ça tangue réellement ou si c'est simplement le coeur qui flanche.

*Paroles tirées de la chanson Maniaque de 1789, les amants de la Bastille.

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Camillle_
Pourquoi ?

Cette question hante les lippes de la Droguée alors qu’Umbra, la Vaporeuse, chercher à l’aider. Elle avait été confrontée à son désarroi, complice de ce massacre qui s’est joué dans cette chambre d’auberge, et pourtant, là encore et malgré ce poids, elle propose abri et écoute. Un abri ? Une boisson ? Camille acquiesce et s’empresse de rechercher parmi ces coffrets, gourdes et bocaux ce qui pourrait étancher la soif d’Umbra. D’un geste précis elle écarte quelques bocaux imposants pour laisser entrevoir une bouteille de spiritueux qu’elle tend à la Corneille. Merci.

Merci pour ton Silence et ton Aide.

La bouteille glissée dans la main valide, Camille s’éloigne à nouveau afin d’observer son reflet dans le miroir. Les cernes, le teint usé, les bleus, l’histoire d’un tourment se lit à même sa peau mais alors qu’elle observe son minois, c’est une douleur nichée à même son échine qui éveille ses sens. Elle relâche doucement le tissu et avoue l’ambré de son dos. Incapable d’apercevoir sa plaie ainsi cachée, elle réfléchit, s’empare d’un autre miroir et le place pour apercevoir son Mal. Les plaies sont belles et bien présentes, telles des serres encrée à même ses hanches. La chair est creusée, teintée d’une couleur verdâtre et jaune, on y devine la poigne et les ongles masculin qui avides, s’agrippent et s’enfoncent pour plus d’emprise et de tourment. Comment pouvait-elle effacer ces crocs, ces ongles, ces bleus et ses maigres formes en trois jours ? Elle n’est plus digne de Lui, de son enseignement, de sa confiance. Encore une fois elle fût martyr et ce malgré sa promesse de ne plus subir lse maux des Hommes.

Peux-tu m’aider à panser ces plaies Umbra ?

Si cela n’alourdit nullement ma peine et ma dette, alors je t’en conjure aide-moi une fois encore pour soulager les maux que je ne pourrais atteindre. Aide-moi à retrouver l’image de celle que j’étais, celle qui loin de transpirer la misère et les malheurs était à même d’offrir le coït. Aide-moi à regagner ma place ici –lieu.

Rassurée dans son repère, par ces odeurs et ces vapeurs familières, l’herboriste s’anime pour réaliser plusieurs onguents et décoction et tel un étalage, elle pose le matériel sur la table. Il faut étaler ceci sur les plaies qui te semblent fraîches et poser une bande de tissus propre par-dessus. Reprenant la direction de sa couche, elle s’empare de la décoction qu’elle boit à pleines gorgées tandis quelle défait entièrement ses toilettes pour s’installer sur le ventre, les maigres courbes offertes à la vue d’une Corneille mal dotée.

Puis dans cette intimité, cette confiance avouée à demi-mot, laVipère craque...Je n'avais pas le choix...Une main tremblante se glisse dans la chevelure sombre, encore tacheté de carmin, tandis que les iris sombres se chargent d'une émotion qui la submerge malgré elle. Je n'ai pas su contrôler cette lame...Comment peut-on haïr à ce point..

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Umbra
Poison à bout de bras, le venin effleure les lèvres pâles, se déverse dans la gorge avant que le sang ne le distille. Le regard sombre distingue vaguement la Vipère se dénudant. Les iris de jais jusque là vides, s’emplissent vicieusement des formes exhibées. La langue glisse sur la lippe inférieure, happant une goutte d’alcool fuyante.

Peux-tu m’aider à panser ces plaies Umbra ? Il faut étaler ceci sur les plaies qui te semblent fraîches et poser une bande de tissus propre par-dessus.

A la demande, l’Ombre relâche la bouteille pour venir s’asseoir au bord de la couche. Les hématites lorgnent amèrement les ravages ancrés dans la chair de la Courtisane. Elle a conscience que ces marques physiques ne seront rien face aux cicatrices mentales que son monstre lui a infligé. Umbra connait ce sang qui l’encrasse, reconnait ses plaies qui suppurent, se rappelle ce corps crispé, redoute les propos à venir.

Les doigts plongent machinalement dans le pot d’onguent comme autrui l’a déjà fait pour elle. Leurs pulpes enduisent méthodiquement les blessures. L’amas de crème couvre chaque trace pour les faire disparaître. Apparat éphémère qui s’estompe lorsque la paume glisse sur le cuir écorché. Les chairs se chauffent sous la pression. Cependant, même en y mettant toute sa poigne, la Noiraude sait pertinemment qu’elle ne gommera pas tout cela si facilement. Cela lui remémore d’ailleurs sa propre réaction, elle avait préféré garder ce surplus de crasse, laisser l’hémoglobine coagulé sur son épiderme tel une carapace. Elle se parfumait au fumet de la déchéance plutôt que de sentir poindre bien plus âcre odeur : celle de la mort.

Un murmure retentit derrière les dents serrées, une complainte ? Un avoeu. Ombeline se penche légèrement vers la tête brune pour comprendre la teneur de son chuchotement et déglutit bruyamment. Un authentique reflet de sa personne git sous ses doigts mais à l’heure qu’il est, impossible pour la Bâtarde de ramasser les débris de cette vie. Sa propre subsistance n’est que cendres en cet instant. Grains de poussière maintenus par d’opaques bouffées de drogues, bercés par de lourds flots d’alcool. Défonce perpétuelle pour lente agonie.


Comment peut-on haïr à ce point..

La bouche se pince pour engloutir le nœud qui l’étrangle. Les doigts quittent l’épiderme bafoué pour rejoindre la chevelure maculée et se perdre dedans en un geste évocateur. L’intimité est conservée dans l’intonation usée par la Corneille.

Haïr ? Tu te trompes Camille...Ils n’haïssent pas... Ils aiment. Ils jouissent du mal qu’ils nous infligent. Ils se repaissent de notre douleur et s’extasient de nous briser...

La main se referme doucement sur quelques mèches alors que les cils se débattent pour chasser le voile qui trouble soudainement les hématites. La voix grésille d’une terrible affliction.

Ils nous aiment...

Une larme perle au coin d’un regard creux quand la langue claque pour re donner de la contenance aux confessions.

Tu es belle et tu es forte, Camille. Tu es tout ce qui le faisait vibrer, tout ce qu’il voulait posséder... mais il t’a sous-estimé. Tu es bien plus belle et plus forte que ce qu’il méritait et tu as eu raison. Raison de ne pas te retenir, raison d’être sa passion.

La dextre relâche la maigre emprise sur les cheveux de l’Herboriste pour quérir de quoi noyer les sanglots naissant. De généreuses rasades purgent le coeur gros, nettoient l’esprit en déroute.

Tu as eu raison, Camille, tu n’as pas à t’en vouloir. Nous sommes mieux qu’eux et tu le lui as prouvé. Il ne t’atteindra plus. Plus jamais... C’est fini.

La bouteille s’échappe de la paume maladroite et s’écrase à terre, se déversant sur le sol.

Putain, c’est fini.
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Camillle_
En toute intimité, Umbra s'avoue femme et oreille attentive. Bercée par ces gestes qui se perdent sur sa peau pour panser ses maux, Camille se laisse envahir par ce relâchement qui parasite l'ensemble de ces muscles. Usée, crevée, elle s'enfonce dans les étoffes, l'esprit emporté par ces flagrances interdites et enivrantes. De son unique main, Umbra étale l'onguent avant de s'interrompre. La dextre se perd dans sa chevelure sanguine et les mots, les murmures enveloppent ses tempes. Ainsi donc, la haine n'est que passion dévorante, souffrance avide de combler un égo sadique et pervers. Avait-elle eu raison de lui asséner ces coups ? Elle doute. La mort ne peut être valorisée.

A l'écoute, Camille inspire, songeuse, repassant en boucle cette scène chaotique qui étreint son palpitant jusqu'à la nausée. Le silence qui s'empare de la pièce, lui rappelle celui qui s'échappa des lippes de Miri, celui qui l'étreignait tous les soirs pour mieux la plonger dans sa folie dévastatrice, celui qui finalement la délivra de Lui et de ses coups. Tout est fini.

Soudain, la bouteille chute. Le verre se brise. Le corps flemmard sursaute aussitôt, surpris par la portée des mots d'Umbra et l'éclat de carmin qui se propage au sol. Cauchemar. Réalité. Elle se revoit allongée sur le plancher, cet amas de carmin coulant inexorablement jusqu'à elle, pour effleurer son visage. Elle retrouve l'insalubrité du sol, son goût de poussière, revoit cette vague délicate qui s'avance et s'imprime dans les veines du bois. Elle sent à nouveau, la tiédeur de cette gouache qui se pose contre la pulpe de ses doigts pour se poser, las, sur le hâle de sa joue. Au loin, sur la couche, la cascade qui longe ce bras inerte. La source est endormie, trouble. Puis ce fût, cette voie, cette forte intonation qui la sortie de sa torpeur, Umbra. Savait-elle combien, le son de sa voix lui sembla chaleureuse et riche en promesse ? Savait-elle, cette Corneille que depuis un mois, elle n'aspirait qu'à entendre un son familier ?

Lentement, Camille se redresse, faisant attention aux bandages et à l'onguent qui enveloppe ses courbes. D'un geste, elle saisit le visage féminin avant d'abandonner ses lippes contre celle de sa Corneille. Le baiser est apaisant, rassurant, vivant. La réalité se pare d'une douceur saphique. Merci de faire tout cela pour moi, Umbra..Merci d'avoir transpercé cet abysse par le simple son de ta voix.

Merci de partager ce chaos avec moi.
Umbra
Qu’ai-je fait.. ?

Le trouble brouille le visage ombrageux avant que la Noiraude ne s’illumine brièvement de surprise. Ses gestes ont-ils, par mégarde, trahis sa pensée ? La tendresse offerte reflète-elle l’envie convoitée? Ce désir soudainement égoïste de recevoir de l’attention. Une réciprocité à ses actes. Automate brisé soigne poupée chiffonnée à défaut de se réparer lui-même, faut-il une compensation à son sacrifice? La grâce accordée est divine. Plus clémente que toutes les attentes que l’Ombre put espérer. Le murmure suave réchauffe son coeur là où l’embrassade échauffa ses sens.

Ils ne nous méritent définitivement pas.

L’oeillade terne s’éclaire étrangement convaincue. Les pupilles dilatées se font contemplatrice devant la Courtisane. Il y a quelque chose de magnifique en cette femme ployée : sa force admirable à ne pas se rompre. Après avoir courbé l’échine et enduré toute la cruauté d’un mâle en puissance, la voilà debout, le surplombant dans tous ses tourments. Le fort est vaincu et la faible se relève lentement. Qu’importe le carmin maculant sa chevelure ni les hématomes tachant sa peau, aucune des plaies infligées n’a réussi à l’enlaidir. Le regard sombre la détaille avec émerveillement, l’alcool et la drogue amplifiant les émotions.

Camille, tu es si désirable dans ta misère... En viendrai-je à comprendre ses actes pour une si admirable créature ? Faut-il se muer bête pour t’atteindre, la Belle ?

La dextre se glisse dans la nuque brune alors que la sombre silhouette se dresse pour faire choir la Vipère dans son nid. La mercenaire la suit dans sa chute, scellant sa bouche à la sienne sans pudeur tandis que les corps s’allongent sur la couche. Est-ce son état second qui altère ses sens ? Le baiser a une saveur bien différente de tout ceux qu’elle a pu échangé auparavant. Les relents d’amertume ? Le sel de la tristesse figé au fond de la gorge ? La Bâtarde apprécie ce nouveau gout, avivant son appétit. Peut-être ne fallait-il pas lui mettre l’eau à la bouche. Dans sa soif de découverte, la main libère les cheveux, s’en allant sillonner les courbes amaigries par le calvaire.

Comme je compatis, ma chère... Tu es d’une douceur exquise... Si enivrante...

Le regard flou dévore l’Herboriste avant de disparaître sous des paupières vibrantes. L’emprise sur la Courtisane est tout aussi fébrile. Des effleurements, de la douceur : Ce qu’il manque ici bas, ce qu’elle fouille à tâtons sur cette enveloppe charnelle. Du réconfort. De la folie et beaucoup de maladresse. Chercher à panser les blessures sous les caresses, tenter de se recoudre au bout des doigts. La bouche dévale le cou de la brune, se perd dans sa poitrine. La fragrance métallique n’est plus, il y a ce parfum féminin plus entêtant dont la Corneille voudrait s'enivrer pour oublier le reste. Échapper à la réalité sous toutes formes, avec tous les prétextes possibles. Fuir à travers cet être par tous les interdits.

Fantasmer est une forme de liberté mais comme tout rêve, il s’achève souvent brutalement. L’oeillade se rouvre. Non, les corps n’ont pas bouger. C’est à peine si l’Ombre eut la force de se lover contre sa Came. Elle est restée paralysée sous ses lèvres, incapable de réagir. Il y a des limites infranchissables, des frontières insurmontables. Une prison crânienne dont jamais elle ne se délivrera sans se la faire sauter. Les iris de jais hagards la fixent, la bouche légèrement bée. Comme une illumination, elle commence comprendre, à prendre conscience qu'elle n'en réchappera jamais vraiment, pas entièrement. Encore faut-il tenter le Diable pour vaincre ses démons?

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Kit by JD Gygy
Camillle_
Le trouble se lit dans ce regard alors que les lippes féminines rencontrent leur double. Apaisée, les sens se perdent à travers la douceur d'un baiser saphique. Délicat, léger, sensuel, il apaise à lui seul les maux éprouvés. La pulpe de Ses doigts s'abandonnent contre sa chevelure, dégageant sa nuque pour lui procurer un ultime frisson de bien être. Pour une fois, le palpitant ne se fige plus sous la crainte d'un coup, les muscles ne se raidissent plus à l'approche d'une main tendue, d'Elle, Camille ne craint ni la peine, ni la souffrance. La Corneille n'est que trouble, maladresse et envie inavouée.

Plongée dans son monde, les iris clos, l'Emplumée voyage au delà des gestes et de la Raison. A quoi pense-t-elle ? La Droguée l'ignore, pourtant, les lippes jumelles s'étirent, malicieuses et soulagées. Il semblerait que les vapeurs irradient ses appréhensions et réticences. Acculée contre la couche, l'Herboriste s'anime et vient quérir la nuque et les lippes féminines. Envieuse, elle n'aspire qu'à se gorger de cette douceur tant de fois espérée. La solitude n'est plus, elle se dissipe par sa présence, sous le goût salé de ses épaules et de sa nuque, sous la douceur de sa peau hâlée, sous le soyeux de ses galbes interdits. Si la Corneille, figée s'anime d'avantage dans son Monde, Camille quant à elle, savoure la Réalité et son goût d'audace. La Droguée s'enivre de sa Libératrice, qui enfin, s'éveille, bouche bée.

D'un geste lent, Camille l'attire à elle, simplement. Elle l'invite contre sa couche, la love contre elle. Son buste épouse son échine, son bras s'entoure autour de sa taille et les lippes quant à elles, se perdent à l'orée de sa nuque. D'un geste précis, la courtisane s'empare de l'étoffe pour recouvrir son corps fragilisée ainsi que celui de son amante. Le temps s'arrête alors, las et épuisé de tant de maux et d'envie. Les rêves restent fictifs, lovés dans l'esprit de la Corneille, tandis que la Droguée s'abandonne enfin à un sommeil réparateur et complice. Une main dans celle de l'Amante, les phalanges liées et Camille se laisse étreindre par les bras de Morphée. Essences et flagrances interdites, chat au pelage de jais niché entre ce couple atypique, lumière dansante d'une bougie maladroite, les femmes savourent cette absence masculine signe de tant de maux...

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