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Si tu peux marcher, tu peux danser

Eliance

      « Apprends à danser sinon les anges au ciel ne sauront quoi faire de toi. »
          Indira Gandhi


L'idée a fait son chemin, dans l'esprit ménudiérien. Si danser elle doit, pour rencontrer la sœur, alors elle dansera. Elle fera violence à ce corps qui ne répond pas. Elle le malmènera, l'exhibera, le forcera à des pirouettes insensées. Un proverbe dit que si tu peux marcher, tu peux danser. Certes. Mais quand le corps est un ennemi depuis des décennies, quand on apprend à peine à le tolérer, quand on l'adopte doucement, un peu plus chaque jour, la danse n'est pas une évidence. Est-ce remplir un vide ? Est-ce taire un cri ? Est-ce dire autrement ? Eliance n'en sait rien. Elle sait juste que Elias est là. Qu'il va lui apprendre.

Elle ne lui a peut-être pas tout dit. Pas tout raconté. Mais le jeune homme a une sensibilité qui semble lui faire comprendre tous les tourments qui trottent sous la tignasse roussi-blonde. Sous ses mains masculines et délicates, elle a accepté d'oublier le passé. D'oublier les autres mains rugueuses et mal venues. Sous ses mains masculines et délicates, elle a accepté de naître un peu à la vie. Mais le processus est long. Lent. Difficile.
Rien n'est jamais acquis. L'échelle est gravie chaque jour un peu plus. Elias est patient. Il semble être empli d'un espoir qui manquait à Eliance. Il lui transmet sa force calme, tranquille, mais indéfectible. Avec lui, elle dansera. Pour lui, elle dansera.

Ce matin-là a vu se lever un jour particulier. Eliance a ouvert sa malle, en a sorti la robe turquoise, offerte à Paris, et l'a passée avec soin. Les bottes ont gardé leur place, dans un coin de la pièce, laissant les pieds ménudiériens nus. La jeune femme a idée qu'on danse mieux si les orteils peuvent accrocher le bois du plancher. Les mèches roussi-blondes ont été domptées en arrière, tant bien que mal, à grand renfort d'eau pour lisser le tout. C'est comme ça qu'elle se pointe devant son russe aux yeux gris, apprêtée, un fin sourire aux lèvres reflétant son inquiétude, mais aussi sa décision de s'obstiner à réussir.

J'suis prête.
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Elias_romanov
Le tailleur était en pleine réflexion sur sa chaise, quand il entendit les pieds menus d'Eliance marcher sur le plancher, jusqu'à ce qu'elle arrive à lui. Il releva la tête, notant bien entendu la réapparition de la robe turquoise, ce qui fit apparaitre l'esquisse d'un sourire chez lui.

Elle lui annonça alors qu'elle était prête, et il eut un instant d'indécision, avant de se rappeler la chose. La danse. Le sujet d'inquiétude actuelle de la jeune femme.
Certes, il y en avait bien d'autres, mais il savait qu'elle angoissait de la future rencontre avec la famille d'Elias.

Il se leva, et prit la main de la jeune femme.

La première question serait facile, du moins il l'espérait. Il savait qu'elle ne savait pas danser, mais elle avait au moins du participer à des fêtes de village par le passé, des mariages ou des évènements joyeux, susceptibles d'avoir été le lieu de quelques danse.

Est-ce que tu as, au moins, déjà fait une farandole ?

C'était ce qui était le plus courant, les caroles étaient entamées au moindre pretexte généralement, dès qu'un peu de musique se faisait entendre, quand ce n'était pas les femmes elles-mêmes qui chantaient.
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Tailleur indépendant, à (re)vendre - Galerie
Eliance
Pas de farandole, pas de gigue. Rien. C'est pas à son premier mariage avec le vieux Gontrand qu'elle aurait eu envie de danser. Ni à son second mariage avec Diego où ils n'ont fait que harceler un curé sénile jusqu'à ce qu'il prononce les mots fatidiques, sans fête aucune vu la famille de l'un et de l'autre (rappelons quand même que l'inceste, chez les Corellio, est consommé à toute heure). Ni au mariage de Mike et Atro où elle était en dépression totale, après une énième connerie de Diego. Donc non. Elle n'a jamais dansé. Genre, jamais de chez jamais. Elle a souvent regarder les femmes s'adonner à cette activité, sans jamais oser franchir le pas. D'abord parce que la plupart du temps, pour danser, il faut toucher un homme. Être à proximité. Très à proximité. Ensuite parce que la timidité et la peur l'ont toujours emporté.

Elle referme son emprise sur la main d'Elias. Le contact la rassure. Elle peut oser lui dire, non sans rougeur, que non, en secouant la tête, comme une petite fille honteuse. Mais pour ne pas paraître plus cruche qu'elle ne l'est, ou du moins, pour pas paraître trop cruche, elle se sent de rajouter un petit quelque chose.


C'pas quand tout l'monde s'tient par la main ?


C'est pas gagné...
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Elias_romanov
Elias regarda la jeune femme avec un mélange d'incrédulité et d'inquiétude. Il n'imaginait pas qu'elle ne connaissait pas les rudiments. Il eut juste un petit soupir, et l'ébauche d'un sourire un peu compatissant à la remarque d'Eliance.

Si, c'est ça.

Bon... on va reprendre les bases, dans ce cas.


Et se retrousser les manches. Par chance, la carole était quelque chose de simple, qu'on apprenait dès qu'on tenait sur ses jambes.

Généralement, la farandole c'est en rond, et le principe est de faire des pas de côté, deux à gauche, puis deux à droite. Les pas de droite sont plus petits, pour permettre à la ronde de tourner.

Elias prit la main d'Eliance, et lui montra les pas, assez simple. Deux pas à gauche, puis deux pas à droite, plus courts.

Bien entendu, il y a parfois des variations, et dans ces cas là, regarder ton voisin, c'est le mieux pour éviter de t'y perdre.

Le quadrille et la saltarelle, ce serait pour dans quelques années.



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Eliance
Voilà. La déception est là. C'est ce que Eliance croit lire sur le visage du russe, entraînant une déconfiture de la roussi-blonde et une pâleur contrastant avec ses joues rouges tantôt honteuses. Mais, sa main serrant celle d'Elias, elle l'écoute attentivement, fixe ses pieds comme si ils avaient une valeur inestimable et tente même de les imiter. Si compter les pas d'un côté puis de l'autre n'est pas sorcier, déjà, ça se complique davantage avec la notion de pas plus petits sur la droite. Et dans la pratique, ses pas sont identiques d'un côté et de l'autre, rendant impossible l'avancement de la ronde. Ne parlons même pas des variations où il ne suffit pas seulement de regarder son voisin, comme conseillé. Elle bouscule allègrement le russe quand il part justement dans ses fameuses variations, ne comprenant plus ce qu'il se passe.

Oups... pardon

De l'entraînement, c'est sûr, il en faudra. Mais Eliance sent ses capacités peu enclines à se développer, niveau danse.

Au pire, on est obligé de danser, à un bal ?

Sait-on jamais...
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Elias_romanov
Eliance lui écrasa les pieds un nombre incalculable de fois. Heureusement qu'elle n'était pas épaisse, Elias aurait fini les pieds en guise de crêpes.
Au bout d'un moment, le tailleur rendit lui aussi les armes. Décidément, il n'avait pas imaginé qu'elle manquait autant de talent dans ce domaine, mais il n'en dit rien.

Finalement, elle l'interrogea et il posa un regard bienveillant sur elle, ayant conclu que tout cela n'en valait pas la peine.


Ce n'est pas important, tu sais. Arrêtons donc là.

Rien ne disait que dans l'instant d'une musique entrainante, elle ne trouverait pas l'inspiration. De toute façon, il ne pouvait pas faire de miracles.

Tu ne seras pas obligé de danser si tu n'en as pas envie.

Ce n'était pas dans son tempérament de la forcer à quoi que ce soit. Cela n'allait pas changer à cause d'un bal.
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Eliance
Soulagée est le bon mot. Eliance est soulagée. Elle n'aura pas à danser au bal. Elle dirait bien qu'elle se fera très belle, pour compenser, mais ce serait présomptueux, vu son état capillaire. Elle se contente donc de sourire au tailleur et de l'embrasser furtivement, en guise de remerciements à ces cours dramatiques. Elle espère seulement qu'elle ne fera pas trop tâche, à un bal, sans danser. Mais si il dit que non... la Ratiboisée le croit volontiers.

Tant qu'à être dans un moment délicat, autant ne pas faire semblant... Elle n'a pas lâché la main d'Elias et la serre même un peu plus fort, ne sachant pas très bien comment il va prendre son annonce. Le sourire se fait plus crispé.


Diego m'a écrit... pour avoir des nouvelles.
J'lui ai parlé de toi. Et il est content que tu t'occupes bien de moi. Que... j'sois heureuse...
Y dit qu'on peut divorcer quand j'veux. Et que... non, rien.


Il paraît déplacé à Eliance, à ce moment donné, de dire que l'ex-époux souhaite être invité à un éventuel mariage. L'interprétation que le russe pourrait en faire serait trop hasardeuse. Il pourrait penser que Diego veut ruiner la journée. Il pourrait penser que Eliance a émis l'hypothèse qu'une telle journée soit déjà prévue, alors que ni l'un ni l'autre ne parle d'avenir. Trop d'incertitudes et de flous. Trop de risques. La roussi-blonde ne veut pas blesser Elias. Elle lui parle de Diego, parce qu'il lui semble juste que le russe sache pour les lettres. Parce qu'ils en ont parlé, déjà. Parce qu'elle ne veut rien lui cacher.

Y va mieux. Il a été très malade.
Et y dit que les jumeaux ont beaucoup grandi !


Le sourire se décrispe un peu, alors que les yeux marron n'ont pas quitté leurs compères gris. Elle aimerait rajouter qu'il ne la juge pas égoïste, de lui avoir refusé des enfants, contrairement aux accusations cosaques. Et que ces lettres semblent signer une relation nouvelle et étrange, faite de confidences, d'inquiétudes, mais aussi d'amitié fraternelle. Eliance espère que le russe lira la sérénité, dans ses yeux. Elle espère qu'il ne sera pas jaloux des échanges. Elle espère qu'il comprendra qu'elle a pardonné, laissé derrière elle tous ses espoirs passés. Elle espèce qu'il comprendra. Tout.
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Elias_romanov
Le soulagement se peignit sur le visage d'Eliance, et cela lui suffit. Elias eut un demi-sourire, au baiser volé qu'elle lui offrit, et il allait la laisser vaquer à ses occupations quand elle aborda un autre sujet de conversation. Plus sérieux.

Le sourire s'évanouit un peu, et le regard gris du tailleur fut un peu désarçonné par tout ce qu'elle lui révélait. Le mari qui l'abandonnait, à qui elle écrivait toujours, comme une vieille attache qu'on refusait le trancher. Le mari heureux de la savoir heureuse, et qui proposait le divorce, comme pour la laisser libre.
Et que "non, rien". Cela voulait sans doute dire "oui beaucoup", mais elle ne voulait peut-être pas en parler.

Peut-être voulait-elle alors son avis, à lui qui n'exigeait rien. Mais pourtant, elle ne posa aucune question. Elle poursuivit, parlant des jumeaux. Cela lui rappelait vaguement quelque chose, mais Elias n'avait jamais vraiment voulu s'intéresser à tous ceux qui gravitaient dans cette nébuleuse éloignée de la jeune femme. Par paresse, par incompréhension aussi.

Pourtant il avait surement croisé ces fameux enfants, à son arrivée à Belley, mais sa vision des choses l'avait amené à conserver cette réserve, qui le caractérisait tout à fait, qui le rendait détaché des contingences, et peut-être, pas assez impliqué dans la réalité d'Eliance.

Il y eut ainsi un instant de silence, ou il ne sut pas quoi dire. Ou si il devait dire quelque chose à vrai dire. Il se contenta alors de simplicité.


D'accord.

C'était court, abrupt, tout à fait. Il posa son regard sur la main de la jeune femme, qui tenait la sienne. Une brève réflexion, et il reprit.

Je ne t'empêcherai pas de lui écrire, tu sais.

Qui était-il, pour formuler ce genre d'interdiction ?
Peut-être craignait-elle qu'il veuille régenter sa vie.

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Eliance
La mine se détend tout à fait quand la voix russe résonne dans la pièce en guise de réponse. Si aucune question n'a été réellement posée, Eliance attendait pourtant une réponse. Quelle qu'elle soit. Un quelque chose. Une réaction. Un regard. Peu importe. Les mots simples d'Elias la font sourire. L'attendrissent, même.

J'sais bien, ça...

Elias, c'est celui qui a embrassé une femme mariée en ne voyant que la gamine de ses souvenirs. Celui qui est venu la rejoindre. Celui qui a assisté à la volée en éclats larmoyante du couple marié, tapi dans l'ombre. Celui qui a patienté. Tellement patienté. Celui qui a aimé en silence, avant de réclamer une réaction. Celui qui ne parle jamais de lendemain. Ni de projet. Celui qui sait les tourments et les blocages de la roussi-blonde. Celui qui l'en délivre, peu à peu. Celui qui n'exige aucun divorce. Celui qui attend, encore, patiemment. Elias est tout ça, pour Eliance. Et tellement plus. Il est surtout celui qui la fait vivre, sans aucune contrainte. Celui qui respecte ses peurs, ses angoisses et entreprend toujours de les calmer, l'air de rien.

J'voulais juste que tu l'saches... pas que tu tombes dessus par hasard.

Elias, c'est cet homme qui ne montre jamais aucune jalousie. C'est cet homme qui la soutient quoiqu'elle fasse. Qui ne l'empêche jamais de parler avec un inconnu. Qui ne l'empêche jamais de boire. Ni de rire. Et Eliance le sait. Elle n'a jamais imaginé qu'il puisse la contraindre pour quoi que ce soit, comme Diego a pu le faire, comme Gontrand l'a fait davantage encore avant lui. Mais parfois, elle craint qu'il garde de mauvais sentiments en son dedans. Elle craint qu'ils soient là, les tourments, seulement tus, éteints, cachés.

Même si... y a rien d'extraordinaire, dedans, hein. Je t'les montrerai. Elles sont dans la boîte...

C'est pour ça qu'il a semblé utile à la jeune femme d'informer le russe de ces lettres. Habiter ensemble représente une proximité à toute épreuve. Les affaires de l'un traînent près des affaires de l'autre. Et même si Eliance en a peu, les a pour la plupart conservées dans sa malle, elle a sorti la petite boîte en bois, qu'elle a posé sur un coin de la table. Il n'est pas à exclure que Elias ouvre cette boîte un jour et se retrouve nez-à-nez avec une des lettres de Diego. Et comme Elias parle peu... Eliance préfère prendre les devants.


Doucement, la Meringue a lâché la main russe pour monter les deux siennes derrière le cou masculin et les y croiser. Ainsi pendue, il lui semble impossible que leurs yeux se lâchent. Ainsi pendue, elle ose une question qui lui brûle les lèvres. Ainsi pendue, elle se fait murmurante. Cherchant la réponse autant dans les gris que dans la voix grave à venir.

Dis... tu m'aimes ?

Le besoin de l'entendre, de le voir, se fait ressentir, à cet instant. L'un comme l'autre ne s'étalent guère, sur les sentiments respectifs. Elias est mystérieux. Eliance pudique.
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Elias_romanov
Elias n'enchainait pas les gens. Il avait cette vision de la vie et de l'existence très éthérée, ne se faisant pas d'illusion sur les choses ou les êtres, estimant que chacun possédait le libre-arbitre suffisant pour mener sa vie. Qu'ainsi, chaque choix de vie, qu'il soit bon ou mauvais, devait être assumé, et qu'il ne tenait qu'à soi d'être acteur ou spectateur.

Face à Eliance, qui avait été enchainée une bonne partie de sa vie, métaphoriquement parlant, il avait estimé nécessaire de la laisser accomplir ses choix, de la laisser se réaliser, dans le miroir bienveillant des iris gris du russe. Ce n'était qu'ainsi qu'elle pourrait peut-être un jour ne plus retomber dans les puits profonds de la soumission à un autre, en ayant acquis la notion qu'elle pouvait choisir son destin. Qu'il soit au côté du tailleur ou non.

Il était conscient que son attitude détachée pouvait passer comme du je-m'en-foutisme aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas. Pourtant, ce n'était pas le cas. Il savait écouter, parler avec réserve, observer et se laisser juger, avec une désinvolture désarmante, mais qui ne laissait pas préjuger de ce qu'il était véritablement.
Un être entier, avec ses failles, mais qui avait assez de mesure pour ne pas se laisser aller aux manipulations faciles de la colère.

Il sourit, doucement mais sûrement, aux paroles d'Eliance. Il admirait sa franchise, sa conception naïve des gens et des choses, bien que cela lui portait parfois préjudice. Pourtant, si cela l'agaçait quelques fois, il ne pouvait que reconnaitre que c'était l'un des traits qui lui plaisait le plus chez la jeune femme. Il lui enviait cette capacité au pardon, dont il se savait dénué. Ce fut bien pour cela qu'il put lui répondre ainsi :


Je te fais confiance. Tu l'as aimé, et j'ai accepté qu'il fasse partie de tes souvenirs, et un peu de toi maintenant.

A vrai dire, il ne tenait pas à lire les lettres écrites. Il craignait la jalousie que cela pourrait engendrer, et il n'estimait pas nécessaire d'avoir connaissance de ces mots.

Je ne souhaite pas les lire, mais tu peux m'en parler, si tu le souhaites.

Une invitation, l'offrande de la certitude qu'il l'écouterait toujours si elle en avait le besoin. Elle entoura alors son cou de ses bras, se rapprochant de lui, et Elias posa ses mains sur les hanches de la roussiblonde, alors qu'elle lui posait une question.

La question.

Elias resta silencieux un instant, réflechissant à quoi dire. Un simple "oui" sonnerait trop court. La formulation ici ne pardonnerait pas, ce n'était pas le genre de réponse qu'on donnait pour se débarrasser d'une conversation gênante, ou passer à autre chose. C'était un engagement, quelque part, qu'on ne prenait pas à la légère. Ses iris gris pétillèrent d'amusement, alors qu'il souriait. La réponse fut murmurée du même ton.


Un artiste aime forcément sa muse.
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Eliance
C'est naturellement que la légeté s'invite à nouveau dans la bouche russe. C'est avec une aisance qui semble sans pareille qu'il apporte réponse à la question ménudiérienne. Réponse franche, même si teintée de son fameux humour pince-sans-rire. Eliance, sans s'attendre à quoique ce soit de précis, ne s'attendait certainement pas à une telle réponse. Elias est de ces êtres qui détonnent, étonnent constamment, rendant gai, intriguant, piquant chaque instant. Un simple et banal « oui » aurait pu suffir. La question n'était pas censée amener déclaration de dix minutes, pour la roussi-blonde. Elle était interrogation basique, demande à peine camouflée à fine et petite confidence. Mais ce simple mot semble trop prévoyant pour le jeune homme aux mille contes qui en choisit de bien plus beaux et de moins attendus. C'est donc surprise et amusée qu'Eliance accueille son histoire de muse.

Même une mauvaise muse ?


Si muse et scribe ont été les engagements initiaux, si la couverture nocturne à partager, la maison trop grande d'Eliance ont été les excuses de départ pour donner une raison à la cohabitation des deux, les jeunes gens se sont rapidement rendu compte de leur absurdité et n'ont pas poussé le bouchon à les poursuivre davantage. Rapidement, plus aucune excuse n'a d'ailleurs été utile pour justifier l'installation de la journaliste chez le tailleur. D'abord, parce que la maison ménudiérienne était incroyablement petite, ensuite parce que de couvertures, ils en possédent bien une chacun, et enfin parce que la jeune femme s'est révélée davantage détourneuse de travail qu'inspireuse en titre sous les yeux gris de l'artiste. Il l'avait dit, elle est une mauvaise muse. Mais muse tout de même ?

Le nez pâle ménudiérien s'est rapproché doucement de son homologue russe, laissant tout loisirs aux pupilles marron et grises de se sonder sans vergogne.

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Elias_romanov
Le sourire qui se dessina sur le visage d'Eliance rassura le russe. Elle aurait pu ne pas apprécier cette déclaration, qui en était une sans vraiment l'être. Qui n'était pas forcément ce qu'attendait une femme. Les mots étaient bien souvent ritualisés, significatifs au delà de leur simple sens, mais ce n'était pas un aspect de la langue française qu'il maitrisait tout à fait.

Il fallait rajouter à cela sa réserve, sa difficulté à partager ses sentiments. A se confier, se laisser tout à fait aux confidences. Cela lui avait porté préjudice par le passé, et même parfois distendu les liens avec sa soeur. Les yeux dans ceux de la journaliste, son sourire s'affermit, et il poursuivit avec cette légèreté à raconter des choses totalement ubuesques sous couvert d'un sérieux déroutant.


Bien entendu. Et puis, on ne choisit pas sa muse, c'est elle qui nous choisit.

Un baiser léger fut déposé sur les lèvres d'Eliance, et brièvement, il redevint vraiment sérieux, ses iris gris s'assombrissant. Il n'avait pas retourné la question, et devait pourtant le faire.

Et qu'en dit la muse ?
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Eliance
De la retenue, aucune précipitation, jamais, dans la voix d'Elias. Comme si tous les mots étaient mesurés, sondés, avant d'être prononcés, de sa voix grave et abrupte à l'accent gutural. Si Eliance ne devait retenir qu'une chose du tailleur, ce serait celle-là, cette façon de parler sans pareil. Elias évoque le choix. Et il a raison. Si lui a été l'amorceur, celui qui a déclenché toutes leurs rencontres, Eliance a choisi la suite. Elle a choisi de le rejoindre chez lui, à Paris. Elle a choisi de lui écrive. Elle a choisi de le faire venir en Savoie. Elle a choisi. Elle l'a choisi. Pour la première fois de sa vie, elle se sent libre de ses envies. Jour après jour, elle prend conscience de ses mouvements, des possibilités qu'offre une journée. Elias lui montre. Il écoute toujours ses désirs à elle.

La caresse de leurs lèvres nouées furtivement sont à l'image de leur relation. Tendre, pudique, sereine. Mais sitôt après, les prunelles grises prennent une teinte différente, moins légère, plus sérieuse. Eliance craint un instant qu'elle ne soit annonciatrice de malheur. Quand on l'a cotoyé autant, on s'attend à ce qu'il ressurgisse à tout moment. Mais non. C'est une simple question pareille à la sienne qui apparaît. Le juste retour du baton, en somme. Elle, aussi, prend une mine sérieuse. Elle ne se met pas en quête d'une réponse dans sa caboche. La réponse, elle l'a. Il lui manque juste les mots. Les mots justes. Et c'est bien là le plus compliqué. Elle sonde les yeux gris comme si les fines rayures avaient réponse exacte.


Une muse aime toujours son artiste. Sinon elle le choisirait pas.
Mais l'artiste, aussi, choisit, n'est-ce pas ? Y gard'rait pas une mauvaise muse, j'pense.
Surtout si elle est vraiment... vraiment nulle...


Une pointe d'amusement illumine discrètement la mine de la jeune femme.
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Elias_romanov
Il n'y avait pas vraiment de réponse dans les yeux gris d'Elias. Observant Eliance qui souriait avec amusement, il répondit toujours avec ce même sérieux. Car oui, ce qu'il disait, sous couvert d'image, l'était tout à fait.

La muse n'est pas aussi nulle qu'elle veut bien le croire. Mais l'artiste ne désespère pas qu'elle le comprenne un jour.

Mais c'était un chantier qui prendrait du temps. Fort heureusement, il en disposait, entre les voyages prévus, et le reste. Les iris gris se teintèrent d'un peu de mélancolie, avant que celle-ci ne se dissipe.

Mais c'est parce qu'elle ne sait pas se voir à travers les yeux de celui qu'elle inspire.

Et cela faisait toute la différence.
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Eliance
Chaque aspect de leur vie se transforme en conte, en image, en métaphore, inlassablement. Ainsi, la vérité peut être dite. Ainsi, la honte, la peur, la douleur peut s'en détacher. Si beaucoup sont restés circonspects devant Eliance et ses images loufoques, Elias y a tout de suite adhéré comme une manière de parler des plus naturelles. Les histoires de Meringue, de Teigne ne l'ont pas effrayé. Au contraire, il est homme de contes. Et de lui-même, comme par instinct, il a adapté son discours. Les images pleuvent à présent souvent, entre le tailleur et la journaliste, pour le plus grand amusement de la dernière. Enfin quelqu'un qui ne quémande pas d'explication quant aux choses étranges qu'elle peut débiter. Enfin quelqu'un qui débite des choses étranges en premier.

L'artiste aurait-il donc menti ?


Le sourire amusé s'agrandit au gré de leur histoire qui se tisse. Si beaucoup de choses passent à la trappe de la caboche ménudiérienne, les propos russes s'y accrochent durablement. Et c'est donc sûre d'elle qu'elle se souvient bien d'un
« Eliance, je dois te dire. Tu es une mauvaise muse. » À moins que sa mémoire se mette à inventer des souvenirs. Mais l'amusement s'amenuise devant la lueur sombre qui traverse les prunelles grises. Les mains de la jeune femme raffermissent leur prise, doucement, dans la nuque d'Elias.

La muse se voit avec ses propres yeux. Si l'artiste ne la voit pas ainsi, il peut essayer de la décrire. Il peut tenter de lui montrer ce qui l'inspire... lui.


Encore un barreau d'échelle. Encore un qui devra être franchi. Décidément, cette échelle ne prendra jamais fin.
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