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Info:
Tous les angevins sont mauvais mais les royalistes-angevins, eux, sont acceptables.

[RP] La Grande Évasion

Samsa
    "Et je cours !
    Je me raccroche à la vie.
    Je me soûle avec le bruit des corps
    Qui m'entourent."
    (Daniel Balavoine - Tous les cris les S.O.S)


-ATTRAPEZ-LA ! NE LA LAISSEZ PAS S'ÉCHAPPER !

Ils sont six derrière elle, six angevins en colère qui poursuivent ce qu'ils ignorent être la Prime Secrétaire Royale en mission d'espionnage par initiative. Entièrement vêtue de noir et sans son insigne de fleur de lys d'or brodé, Samsa s'était infiltrée en Anjou par les forêts et les marais, tout ce qui était loin des chemins quand bien même c'était parfois peu praticables et peu accueillants. Pour Samsa, ça l'était toujours plus que ces maudits angevins. Aux portes d'Angers, elle avait prit soin de se recouvrir de poussière et de boue pour paraître pauvre et sale et elle avait été jusqu'à se couper un peu au niveau de l'avant-bras gauche pour se faire des marques de sang sur le visage. Personne ne l'aurait laissé entrer -seule qui plus est- si elle n'avait pas eu l'air amochée par la douane volante, bien connue dans le Royaume. Ainsi, elle avait ravalé son égo en passant les portes sous les ricanements de ces barbares qui avaient poussé l'audace jusqu'à la bousculer. Le miracle du jour fut que Cerbère ne les avait pas mordu et avait tracé sa route.

Angers.
Putain, qu'est-ce qu'elle détestait cette ville. Comme toutes les villes angevines d'ailleurs.

Tout en marchant avec son panache habituel, surtout ici, elle ne prêtait pas attention au marché, aux gens, tous ces gens qui faisaient tant les malins et qu'elle pouvait briser d'un geste à présent. Elle prenait plaisir à ne pas se pousser dans la rue et sa carrure charpentée donnait des coups d'épaules surprenants qui renversèrent plus d'un panier mal tenu et firent lâcher des jurons dont Cerbère se moquait éperdument. Pour Samsa, chacun était un peu responsable de la mort de Zyg. Ils l'avaient humilié, insulté, et même si Samsa se sentait bien plus responsable qu'eux, il lui semblait qu'ils étaient l'amorce de tout. Depuis, ils n'avaient cessé de détruire, à leur petite mesure, le monde de la Prime Secrétaire Royale qui n'était à l'époque qu'une jeune femme absolument naïve et bourrée d'innocence. Samsa avait, qui plus est, bien trop d'ambition pour se rallier à eux; elle voyait grand, elle voulait que l'Histoire se souvienne d'elle comme quelqu'un de bien, quelqu'un de forte, quelqu'un qui aurait participé à construire un monde meilleur, pas comme une vulgaire barbare bandit qui ne pensait qu'à ses petites richesses personnelles et qui trouvait plus amusant de tout détruire, même quand il n'y avait plus rien à casser. C'était ainsi que la Bordelaise les voyait et les verrait sans doute toujours, sauf quelques exceptions. Les auberges défilèrent dans sa vision latérale mais elle ne s'arrêta à aucune; elle dormirait dehors tout le temps de son séjour.
Elle avait posé son abri dans la niche d'un mur d'une impasse sale et nauséabonde en plus d'être sombre. Grâce au papier qu'elle avait pu conserver, elle rédigeait d'une écriture volontairement presque illisible tout ce qu'elle était venue chercher ici : les fréquences des rondes, l'armement général, l'état portant des hommes d'armes et de la population, les prix de marché et les quantités autant que les qualités... Au bout de trois jours, Samsa avait récupéré pas mal d'informations utiles sans être forcément sensibles. Au quatrième matin, elle était repartie en vadrouille afin de cette fois partir en quête de l'alcool local; était-il fort ? Combien en buvait-on par jour ? Où étaient les stocks ? Comment venaient-ils ?
Elle fit ses observations dans la taverne mais fut-elle assez discrète ? Il est probable que son absence d'agitation et sa solitude ont attiré les regards et les curiosités, car quand elle ressortit le soir pour aller coucher sur papiers ces nouvelles informations, elle trouva trois hommes d'armes en train d'étudier son refuge, son quartier-général. Ils s'aperçurent presque en même temps et la Prime Secrétaire Royale ne tarda pas à s'enfuir sous les haros des gardes. Elle n'avait pas parcouru vingt mètres que la rue principale se trouva bouchée au bout par trois nouveaux hommes plus décidés à la transpercer de leur hallebarde qu'à l'enfermer. Cerbère avait emprunté la première ruelle à gauche et courrait agilement malgré sa cotte de maille sous sa chemise et l'épée à sa taille. Tout chez Samsa lui permettait ce petit exploit.

Les jambes plutôt courtes renfermaient des muscles à même taille et donc particulièrement puissants, explosifs, bien que l'effort prolongé ne fut en conséquence pas leur tasse de thé. Le haut du corps un peu plus grand, le dos était longiligne et s'élargissait vers les épaules, lui donnant un caractère robuste qui se prolongeait aux épaules solides. Ainsi, bien que le corps puissant de Samsa n'était pas fait pour une course de plus de cinq minutes, la cage thoracique profonde lui permettait d'avoir assez de temps pour atteindre un échappatoire. Mais à Angers, ville angevine, ville ennemie, quelle sortie y a-t-il maintenant que, à chaque coin de rue, retentissent les cris d'alarme et d'appel à la poursuite ? A chaque foulée supplémentaire, les jambes ploient un peu plus, le dos se courbe, la trachée brûle et les poumons crachent. Si elle ne trouve pas une refuge maintenant, elle devra affronter six hommes pour commencer, puis toute la garde et enfin la population entière car celle qui connait bien l'Anjou pour le combattre depuis des années n'est pas stupide; elle sait pertinemment qu'ils sont assimilables à des moutons, ils se suivent tous.
Dans un dernier appui de jambe gauche pour la faire dévier soudainement à droite à la fin d'une rue, elle débouche sur une grande place, parvis de la cathédrale qui se dresse maintenant devant elle. Ce doit être le seul lieu qui lui est ouvert, et encore. Elle se jette littéralement contre la porte de bois massif, imposante, qui s'ouvre pourtant avec une lenteur exaspérante. Sitôt entrée, Cerbère referme derrière elle comme elle le peut et, adossée à la porte qu'elle vient de sceller en faisant basculer la lourde barre de bois en travers, elle observe les lieux alors que tout son corps hurle à la mort -ou pas loin-. En y réfléchissant, ce n'était peut-être pas une bonne idée de se réfugier ici, elle qui avait des cheveux bruns aux puissants reflets roux -à moins que ce ne soit l'inverse-.

Le plan A, c'était de repartir d'Angers aussi tranquillement qu'elle y est entrée.
Le plan B, c'est de trouver comment s'en aller et réfléchir ne s'avère guère facile avec le bruit des angevins s'acharnant tant de voix que de corps contre la porte de la cathédrale.

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Aubenard
      « Résiste.
      Prouve que tu exiiiistes !
      »
      - Résiste, France Gall.


Personne n'était derrière lui. Aux dernières nouvelles, il était seul, prostré sur un banc de prière à réciter des crédos et des pater nosters de façon ininterrompue. Il aimait bien cette sensation de vide et de confiance que lui procuraient ces mots qu'il essayait tant bien que mal à apprendre par cœur. Plus rien d'autre ne comptait plus que ce rapprochement avec son Dieu et Son enseignement. Aubenard passait ainsi volontiers des soirées entières, studieux, en proie à une Foi dévorante et bienfaisante. Il n'était pas rare que la nonne Yvette vienne lui tenir compagnie, l'observant tantôt avec un regard attendri tantôt avec un regard désapprobateur. Il était en effet fréquent que le curé fasse du yaourt de latin, racontant un imbroglio de phrases à consonance italique. Les syllabes en "oum" et en "am" se succédaient dans un flot décousu qui auraient fait se retourner dans leur tombe Polybe et Plutarque. Le pauvre Aubenard, né dans le bouge parisien, n'y connaissait rien au latin et, malgré toute sa volonté et son entrée dans le clergé, n'avait toujours aucune notion latine. Et ça désespérait la pauvre Yvette qui n'avait jamais vu un curé aussi analphabète qu'Aubenard. Mais il y mettait du cœur. Et il était mignon à fermer les yeux et à froncer les sourcils pour se concentrer. Même s'il racontait n'importe quoi.

Pour autant, ce dernier était un gai-luron. Il n'était pas rare qu'entre deux prières, il se mette à chanter un cantique se muant rapidement en chant paillard. Son côté joyeux et insouciant reprenait le dessus sur sa nature vertueuse ; il sautait alors sur Yvette pour lui faire faire une gigue endiablée entre les bancs, autour de l'autel et juste devant Christos. Ô sacrilège ! Mais qu'importe. La religion angevine était suffisamment laxiste pour permettre à leur nouvel évêque ad interim de faire quelques blasphèmes minimes. Après tout, n'avait-il pas été sacré Dieu Canard ? Un tel Dieu avait tous les droits. Et Aubenard avait décidé qu'il était trop jeune pour mourir con et malheureux. Aussi faisait-il ses messes à la waanegaine, sermonnait ses ouailles sur le bien-fondé de la ségrégation roussiale, jurait comme un charretier et donnait son absolution à toute brebis angevine qui savait l'acheter avec de la bonne bière.

Ouais. Il était comme ça, le curé d'Angers. Un peu baisé de la caisse. Très beaucoup lunatique, aussi. Un jour, il était calme et dévot. Le lendemain, complètement fêlé du bulbe et sautant partout quand il voyait une licorne.

Ce jour-là, grâce à Dieu, il n'avait pas trop bu. A dire vrai, il était même à jeun. Soeur Yvette s'était absentée quelques jours pour rendre visite à un quelconque monastère inutile plus loin vers l'ouest. Et Père Aubenard s'ennuyait littéralement. Il en avait assez de répéter des mots de son cru pour ses prières qu'il faisait au pif et assez d'admirer son Christos tounu. Il se leva de son banc de prière et fit craquer ses cervicales lentement avant de s'étirer. Levant le nez vers la rosace du vitrail, il s'aperçut que la nuit était déjà avancée. L'office de Vêpres était donc terminée et il pouvait ainsi vaquer à des occupations plus rigolotes. Comme se saouler en taverne. Tout seul dans sa cathédrale, à cette heure indue, Aubenard aurait pu avoir peur, couard comme il était. Mais il savait que le bâtiment de Dieu protégeait quiconque et que, peuplé d'angevins barbares ou pas, l'Anjou respectait la religion et les églises. Personne n'oserait venir souiller ici l'édifice avec des intentions délictueuses. Il était peinard. Même pas peur.

Cela ne l'empêcha pas de pousser un petit cri étranglé de fillette lorsqu'il entendit le lourd battant de la porte grincer et se refermer en un long "crouiiiiiiiic" interminable. Aubenard plongea à terre - réflexe vital acquis au fil des guerres où il s'était retrouvé mêlé - et se plaqua les mains sur les yeux, avec l'espoir irraisonné de ne pas être vu si on ne le voyait pas. Son souffle haletant se répandait sur les pavés réguliers du sol, faisant voleter la fine poussière s'y étant déposée. Des sueurs froides lui parcourraient le dos, lui glaçant l'échine et faisant perler à son front une sudation excessive coulant dans ses yeux. La sueur le gênant, il ouvrit peureusement un oeil, puis deux, lança un regard terrifié vers l'entrée, ne vit aucune menace apparente et prit le risque de s'essuyer le visage avec le haut de sa soutane. Peut-être n'était-ce qu'une illusion de son esprit ? Une petite punition du Très-Haut pour lui apprendre à faire n'importe quoi avec sa religion ? Bigot comme il l'était et ne doutant jamais du bien fondé de toutes les épreuves que Dieu lui assénait, Aubenard commença à se rassurer et se mit à genoux avant de se relever en haletant. C'est qu'à force de manger trop gras, trop salé, trop sucré et de boire trop malté, son ventre s'était fait bedonnant et ses muscles avaient migré en graisse.


- Aubie, tu chies dans la colle. Voalà que tu te fiches les boules toi-même avec des fantômes. Ça va, c'est juste le vent. Dieu qui te souffle dans les bronches pour que tu sois plus pieux. Pas de problème. On va être plus pieux, einh mon précieux ? parla t-il pour lui même, autant pour se rassurer que pour donner un peu de substance vocale à tout ce silence pesant qui régnait dans la cathédrale.

Il passa la main dans ses cheveux trempés et se dirigea vers la porte d'entrée. Aubenard avait l'esprit simple et la mémoire fragile ; il avait déjà oublié sa terreur passée. Elle avait été éphémère et sûrement avait-il rêvé. Il rêve souvent, imagine des choses inexistantes ou oublie des instants importants. Il ne s'en faisait donc plus, sa tête demeurée lui ayant déjà fait souvent le coup ; il s'avança donc hardiment vers la porte, décidé à sortir à l'air, prendre quelques verres et dormir. Dormir. Ah, si seulement il pouvait dormir à n...

Ses pas s'arrêtèrent brusquement quand il aperçut une forme, tapie dans l'ombre. Les lumières des quelques chandelles plaquées au mur ne lui permettait pas de discerner autre chose qu'une vague silhouette indistincte. Mais elle était là, il le savait. Son coeur reprit ses palpitations effrénées pendant que le curé se sentait à nouveau se liquéfier sur place. Adoptant une voix massive et la plus virile possible, Aubenard se voulut féroce et assuré mais ne parvînt qu'à bégayer :


- Q... Qui êtes-v... vous ? Vous êtes... dans la maison de Dieu. Présentez... euh... vous !

Il fixait l'ombre devant la porte et s'apprêtait à prendre ses jambes à son cou en adoptant son adage familial dont il était si fier : « Plutôt courir que périr ». Il aurait fallu pour cela que la silhouette fasse un simple geste ou amorce ne serait-ce qu'un demi pas dans sa direction, et le curé se carapaterait aussitôt derrière l'autel en tremblant.
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Samsa
    "Je suiiiiiiis en viiiiiiie !
    Ça n'a pas de prix,
    Ça n'est pas à vendre."
    (Grégory Lemarchal - Je suis en vie)


Samsa ferme les yeux alors que son visage se voit déformé par la douleur de l'effort qui vient d'être livré. A ses débuts dans les armées, elle avait été dans l'infanterie et se plaisait à charger les lignes ennemies avec le bouclier sanglé à son épaule, absent pour cette mission. La charge était la spécialité de la Prime Secrétaire Royale combattante qui emmagasinait assez de puissance sur une course de quelques mètres pour ébranler les lignes les plus soudées. Et puis un jour, elle avait goûté à la cavalerie et elle ne l'avait jamais plus quitté, ivre de la vitesse et de la puissance du destrier sous elle, jouissant de ce parfait pouvoir d'être en capacité de pourfendre l'ennemi depuis la hauteur. Se retrouver isolée au sein de la mêlée après lui importait peu tant son orgueil et sa témérité étaient grands, elle pensait d'ailleurs pouvoir défaire une armée à elle seule. C'était une croyance comme une autre, comme ceux qui pensent pouvoir voler en se jetant du haut de la falaise à Alexandrie, on ne savait pas bien pourquoi. Samsa, elle, croyait largement en elle, en ça, ainsi qu'en les carottes qui domineraient un jour le monde sous le règne de Sa Majesté la Grande Carotte Orangée, elle en était persuadée.
Elle n'entend pas l'homme d'Église arriver tant son sang bat à ses tempes et son souffle est haletant, brûlant et rauque. Elle va défaillir, c'est certain, mais qu'importe puisque personne ne la voit ? Personne ne pourra clamer partout que la solide Cerbère s'est écroulée presque morte après sept minutes de course dans une capitale aux rues en passe de se vider pour la nuit.

La voix d'Aubenard résonne soudainement, se heurte et se répercute aux murs et aux voûtes de la cathédrale, lui assurant un air caverneux qui interrompt Samsa dans son agonie, la force par réflexe à se redresser et à mettre la main sur la garde de son épée, prête à dégainer. Le prêtre aurait pu passer pour Dieu lui-même mais le bégaiement fait perdre toute crédibilité et la royaliste soupire, soulagée. Des monstres, elle en a vu d'autres et la silhouette qui se tient à l'autre bout du bâtiment ne semble ni armée ni impressionnante. A moins que ce ne soit là qu'un jeu d'ombres ? C'est un risque à prendre et Samsa a la fâcheuse tendance à toujours prendre le chemin le plus dangereux.
A son tour, elle fait entendre sa voix qui se situe dans la moyenne grave des voix féminines, accent un peu chantant du sud-ouest bordelais et ponctuée d'interjections toulousaines et d'origine inconnue, véritable tic de langage reconnaissable entre tous, unique en son genre. La phrase se trouve entrecoupée de reprises de souffle bruyantes; la course dure quelques minutes mais la récupération, elle, dure des heures entières. Ou presque.


-Par le... cul de la Vierge pardi ! Oh putain té... ...Vous avez... failli... me ficher la... ierf... trouille pardi !
Attendez pardi, je... meurs et je suis... à... bordel té... vous pardi.


Sans autre forme de réflexion, Samsa se laisse glisser contre la porte jusqu'à s'asseoir sur la pierre froide et s'y allonge finalement de tout son long. D'abord sur le dos, sa carcasse se fait secouer de quelques toux profondes qui s'apaisent lorsqu'elle se met sur le ventre, poussant un contentement audible lorsque sa joue échauffée entre en contact avec les dalles de pierre. Vision surréaliste d'une royaliste en danger mais prenant le temps de se reposer alors qu'à une dizaine de centimètres d'elle, dehors, au moins six hommes veulent sa mort et qu'un autre dont elle ignore tout pourrait venir les devancer. Autant mourir en forme, pas vrai ?
Enfin la Prime Secrétaire Royale se redresse avec un gémissement d'effort et se relève, jambes encore mal assurées mais souffle retrouvé. La partie "réflexion" venait de commencer. Que dire ? "Hé saluté pardi ! Je m'appelle Samsa, je suis la Prime Secrétaire Royale té !", "peu importe mon nom pardi, mais je venais espionner l'Anjou pour les faire se tenir tranquille té", "je suis une ancienne tueuse à gages et tortionnaire contre les religieux mais je viens quand même me réfugier ici parce que la combattante que je suis vient de fuir un combat ! Ahah ! C'est drôle pas vrai ? ... Non ? Non." Finalement, l'orgueil légendaire du Cerbère prend le relais. Que craint-elle de toute façon ? Si on l'embête, elle dégaine et elle tue, c'est aussi simple et radical que cela, Samsa ne s'embêtait pas de considérations inutiles, surtout pas en Anjou et envers des angevins.


-D'accord, c'est bon pardi !

Samsa, dicte Cerbère pardi.
D'habitude ce sont plutôt les chiens qui chassent té, mais là ce sont des poules qui m'ont coursé té. Normalement je leur aurais coupé la tête et tout pardi, mais je trouvais ça trop bête pour la population qui serait privée de ce spectacle et de ces idiots pardi. Ils servent parfois ces machins-là té. En même temps c'est à la hauteur des gens d'ici té...

Vous êtes qui vous pardi ?


Les bras croisés, maintenant enfin redressée, Samsa se sent en toute sécurité avec l'épée à son côté et dans un tel duel s'il doit avoir lieu. Il était certain qu'un jour, son assurance la perdrait mais en attendant, ce n'était pas aujourd'hui et face à un homme qui bégaye qu'elle allait perdre ses moyens et se faire ouvrir en deux. Même si cela restait techniquement possible, ce n'était pas envisageable dans le fier esprit bordelais.
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Aubenard
    « Born, born to be alive (born to be alive)
    You see we're born, born, born
    Born to be alive*. »

    - Born to be alive, Patrick Hernandez.

    *Nés, nés pour être vivants(nés pour être vivants)
    Vous voyez que nous sommes nés, nés, nés
    Nés pour être vivants


Au fond de lui, il craignait qu'un esprit facétieux et diabolique se soit immiscée dans la maison de Dieu pour frapper de sa malice l'homme d'Eglise et se venger du Très-Haut. Aubenard savait pour autant que le Créateur protégeait l'entrée des églises et que nul esprit diabolique ne pourrait y entrer ; d'ailleurs, nul humain avec des intentions néfastes ne devrait pouvoir y entrer - c'est ainsi que tout roux voyait porte close. Aubenard leur interdisait l'entrée, ne souhaitant pas qu'ils lui fassent une combustion spontanée sur le parvis et mettent des cendres partout. Le peu de lumière accordée par les cierges dansant et la majesté écrasante de la Cathédrale excitaient sa superstition et sa peur. Pour dire vrai, il fut presque soulagé d'entendre une voix humaine. Par humaine, il définissait toute voix qui ne contenait pas de sifflements, d'accents gutturaux ou d'inflexions vocales propres aux esprits malins.

Ce n'était juste qu'un humain. Aubenard, tout en l'écoutant parler, n'arrivait pas à déterminer son sexe. Soit un eunuque soit une femme virile. P'tet un mélange des deux ? Mettant sa peur première entre parenthèses, sa curiosité légendaire prit le dessus et partit en théories fumeuses. Sa voix lui faisait étrangement penser à sa drol de mère qui peinait aussi à reprendre son souffle après avoir monté trois marches. Grosse comme l'était, elle haletait dès le moindre effort. Comparer cette personne à sa génitrice était un mauvais point déjà : il haïssait Adèle, même si ce n'était pas très aristotélicien, et haïssait ainsi de fait généralement tous les bedonnants qui lui faisaient penser à elle. C'était mal parti pour la royaliste. Le Curévêque resta donc sur ses gardes et lui répondit d'un ton méfiant.


- Prenez votre temps. Et ensuite, vous m'expliquerez ce que vous fichez là. Pardi, rajouta t-il par taquinerie. Pasque ouais, la peur ne l'avait jamais empêché d'être taquin et il adorait se moquer, gentiment, des tocs de langage d'autrui.

Voir la personne se laisser glisser au sol - ou plutôt la deviner faire puisqu'il ne voyait pas grand chose - l'attendrit légèrement et lui fit presque oublier sa défiance. Aubenard songea même à aller lui chercher un godet d'eau pour apaiser son corps visiblement exténué. Mais pour cela, il aurait fallu qu'il lui tourne le dos et l'abandonner quelques instants. Et c'était absolument hors de question. Il croisa donc les bras, tant pour calmer les spasmes d'anxiété qui lui parcourraient tout le corps que pour se donner un petit air d'assurance. Il n'eut pas à attendre longtemps pour obtenir les réponses à ses questions. Aubenard sentit un large sourire s'étendre sur ses lèvres au simple nom de la personne ; et toutes ses craintes s'évanouirent. Il se dirigea vers elle d'un pas sûr et lui tendit son bras.


- Venez. Vous n'avez rien à craindre ici. La maison de Dieu vous protégera de toute poule, lapin et même canard - bien qu'ils soient espèce protégée ici et qu'ils soient pacifiques - qui rôdent aux alentours, té, rajouta t-il encore par réflexe. C'est qu'Aubenard était un être très malléable qui avait tendance à s'approprier inconsciemment les habitudes des autres pour gagner leur confiance afin qu'ils ne le tapent pas.

Le fait qu'il l'ait reconnue lui donna confiance et il ne comprit pas que le simple fait de s'avancer vers elle aussi rapidement pourrait être un signe de bellicisme. Mais baste, après tout, qu'aurait-elle à craindre d'un curé, bien qu'angevin ? Par précaution, il se présenta néanmoins.


- Mon nom est Aubenard Corbières, je suis le curé de la paroisse d'Angers. Bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés, je gage que mon nom ne vous est pas inconnu. Sauf si les mots que vous m'avez écrit il y a quelques mois n'étaient rien de plus que de la formalité administrative. Vous n'avez absolument rien à craindre de moi ou de cet endroit, répéta t-il histoire de la mettre en confiance et d'être sûr qu'elle ne le pourfendra pas.
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Samsa
    "Tu viens plus, même pour pécher un poisson.
    Tu ne penses plus à nous.
    On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue,
    On dirait que ça te gêne de dîner avec nous."
    (Michel Delpech - Le Loir-et-Cher)


Dans le jeu des lumières, fragiles flammèches de bougies, Cerbère observe l'homme avancer rapidement vers elle et lui tendre un bras qui lui offre en premier réflexe un petit mouvement de recul. Elle l'a vu venir avec son histoire de ménagerie pour l'amadouer et lui faire une clé de bras derrière ! Ou bien il n'a vraiment pas compris ce qu'elle vient de dire, comparant les gardes angevins à des poules ? Peut-être est-il vraiment con. Ou peut-être dit-il vrai car le té qu'elle entend la rassure. Interjection d'origine toulousaine et en voie de disparition, Samsa l'avait involontairement adopté de la même manière qu'Aubenard présentement. La représentante en cheffe de ce mot à part entière, un peu comparable au pardi, était Paquita que Cerbère avait revu il y a quelques temps en Languedoc. Les entendre parler ensemble, c'était quelque chose ! C'est comme une autre langue. Comme si des italiens entendaient des espagnols et inversement; ça donne l'impression qu'on comprend, mais en fait non.
Il s'arrêta devant elle et les petits yeux sombres de la Prime Secrétaire Royal, abrités sous des arcades sourcilières marquées, l'observèrent sans détour. Ils le toisèrent de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite et de droite à gauche, s'attardant longuement au visage sans que l'ombre d'un sourire ne vienne étirer les fines lèvres bordelaises. Elle jaugeait sa taille, banale, son poids, banal, ses yeux bruns, banals. C'était peu banal de l'être autant ! La barbe, elle, était bien taillée ce qui donnait un bon point au curé qui se démarquait de ces rustres angevins. Samsa était trapue, aussi se trouvait-elle un peu plus petite qu'Aubenard; quoi de plus normal finalement puisqu'elle était bien femme et non pas homme ? La tête semi-rousse de Cerbère s'inclina de côté avec un air à la fois intrigué et désolé et la voix un peu grave retentit de nouveau.


-Désolée mais je suis obligée pardi.

Avant qu'il ait eu le temps de lui demander de quoi elle parlait, la main droite de Samsa vola, assénant au curé une gifle qui, sans être violente, n'avait rien d'agréable. Le visage bordelais s'éclaira enfin d'un large sourire et la main bourreau vint attraper une homologue masculine pour la serrer vivement et chaleureusement.

-Maintenant je peux dire que je suis ravie de vous rencontrer té ! Vous comprenez pardi, je suis obligée de frapper un angevin té, même s'il m'est sympathique pardi... Rassurez-vous je ne le fais qu'une fois pardi !

Elle avait l'air presque désolée et au fond, sans doute l'était-elle vraiment. Toute la vie quotidienne de Cerbère était régie par des tics, des obligations, des devoirs à accomplir pour ne pas froisser les valeurs et les principes ô combien droits. La violence, elle, était un vecteur prisé pour le meilleur comme pour le pire, comme si Samsa ne savait pas s'exprimer autrement quand les mots devenaient superflus. N'était-ce pas finalement une preuve de sensibilité ? Dans un sens, sans doute. Le résultat ne changeait rien en tout cas.

-Oui oui pardi, je me souviens bien de vous té ! Oh n'allez pas croire que je vous écrivais par besoin administratif té, vous êtes un être à part pardi, très curieux té, ça vaut le coup de s'y intéresser pardi. Et puis vous êtes royaliste té, en vie qui plus est bien que vivant en Anjou, ça n'a pas de prix pardi.
C'est moi ou vous êtes palot pardi ? C'est parce que vous ne sortez jamais d'ici pardi ? On vous tuerait dehors té ? Je peux ranimer vos joues si vous voulez té.


La main droite est brandie avec une innocence et une naïveté déroutante, comme si Aubenard allait accepter quelques gifles en plus pour retrouver du rose aux joues qui n'en n'ont sans doute pas besoin en réalité, traîtrise de la faible lumière ciblée. Quoique. Soudainement, comme si Samsa prenait la pensée suivante -ce qu'elle fait-, elle en délaisse l'idée de gifler pour de bonnes raisons et croise les bras en soupirant, visiblement désespérée et fatiguée. Aubenard devrait s'accrocher car les sautes d'humeur de la Prime Secrétaire Royale étaient loin d'être rares, séquelles sans doute à vie d'une bipolarité lunatique aigüe proche de la schizophrénie qui fut par le passé. Une guérison plutôt bonne si on en croyait ce que Samsa était devenue depuis.

-Bon je vous explique pardi, j'étais venue à Angers anonymement pardi -des trucs à faire tout ça tout ça té- parce que j'étais peu encline à me faire tabasser la tronche vous voyez pardi. Bon et donc là, j'allais repartir de la même façon pardi et voilà que six gardes m'en veulent pardi ! C'est parce que je suis moitié rousse ça té ?! Ou parce que j'ai une épée pardi ? C'est interdit té ? Bah ! J'm'en fou pardi, je quitte pas mon épée té.

Samsa tourne la tête vers la porte d'où les cris et les coups se sont apaisés. Avec un peu de chance, ils ne l'enfumeront pas comme un vulgaire renard dans son terrier. Les angevins auraient-ils du respect pour quelque chose ? Ah les faux-angevins ! Encore pire que les vrais !
Elle revient à Aubenard et semble se détendre, délaisser un peu de son orgueil si présent et de sa fougue animée par sa présence en des terres angevines, comme un prédateur qu'on retiendrait au collier pour ne pas le laisser se jeter contre un adversaire plus gros et plus dangereux -parce que plus nombreux, c'est évident-.


-Je dois sortir d'Anjou pardi, mais à l'heure qu'il est té, j'imagine qu'on me cherche dans toute la ville pardi. Et si je sors d'Angers pardi, j'ai encore La Flèche ou Saumur à traverser té, autant dire que je pense pas arriver entière jusqu'en terres royales té.
... Vous avez un truc à boire pardi ? Déjà que la bière de la municipale était pas top té, ces idiots m'ont fait courir en plus derrière té...

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