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[RP] Quand un canard vous regarde en coin.

Arnauld
    C'était une matinée parfaite. Une clairière parfaite. Un glouglou de ruisseau boueux parfait. Des arbres tout nus parfaits. Des nuages dans le ciel parfaits. Des biscuits secs parfaits. Des moineaux congelés qui ne chantaient pas parfaits.

    Arnauld était assis avec Actyss, une couverture en laine protégeant leur délicat fessier de le morsure de l'herbe givrée, et, entre deux bécotages enthousiastes, il s'empiffrait joyeusement de biscuits à la lavande. C'était le paradis sur terre. Un voyage animé, un moment isolé avec sa bien aimée, celle-ci collée à lui, de quoi se remplir l'estomac : que demande le peuple ? Aucune ombre au tableau – même si ce n'est qu'une expression, évidemment. Étant donné qu'on était début février, dans la forêt, au milieu de la matinée, des ombres, il n'y avait que ça. Mais pour la petite tête heureuse d'Arnauld, même les ombres brillaient.

    Il était en train de littéralement roucouler de bonheur, quand, sans prévenir, une étrange sensation vint picoter sa nuque. Il n'y prit pas tellement garde, au début, songeant qu'il ne devait s'agir que d'un petit courant d'air venu mignonnement lui chatouiller le cou, et se le grattouilla en guise de réponse. Le picotement ne s'éteint pas, cependant, et Arnauld songeait donc aux différentes propriétés du vent, se demandant notamment si le fait d'avoir des fourmis dans la nuque à cause de l'air était courant, s'il ne tenait pas ici quelque chose pour expliquer l'existence des fourmis volantes, et si, avec un peu de volonté, n'importe quel animal ne pouvait pas se hisser dans les airs pour peu qu'il se donnât la peine d'agiter frénétiquement les pattes. Ne trouvant pas de réponses à toutes ces questions scientifiques, il choisit d'exploiter le vent autrement et sortit le frestel que lui avait offert Actyss quelques jours plus tôt, puis, un bras toujours passé autour de la taille de cette dernière, il essaya d'en tirer des sons à peu près écoutables.

    Il s'en sortait plutôt bien, à vrai dire, et on pouvait presque isoler une mélodie composée de cinq notes dans ses crachats aériens ; si bien que, soudain, un choriste inattendu vint se joindre à son œuvre musicale, dont il était sans nul doute un fervent admirateur.

    - Coin-coin. Coooiiin.

    Arnauld ouvrit de grands yeux et cessa de souffler dans son instrument, pour tourner la tête et regarder derrière lui. Là, dressé sur deux pattes palmées d'un orange vif, sa tête verte inclinée sur le côté, avec une expression que n'importe qui dont le discernement n'aurait pas été obstrué par un bonheur béat aurait comparée à celle d'un psychopathe.

    - Oh, regarde, Actyss ! Regarde comme il est chou !

    Tirant sur la manche de la jeune femme, Arnauld pointa du doigt le palmipède en train de les fixer, parfaitement immobile, sans remuer une seule plume.

    - Il veut peut-être que tu l'adoptes ! Dis, on l'appelle Michel ?

_________________
Actyss


Déf. : Anatidaephobie (nf) : la peur que quelque part, d’une façon ou d'une autre, un canard vous observe.





J'écoute Arnauld jouer du frestel en grignotant un biscuit. En réalité, je ne l'écoute pas réellement jouer, du moins pas de toutes mes deux oreilles. J'entends trop de bruits alentours qui me font doucement rêvasser pour être parfaitement concentrée sur les crachotements musicaux du jeune homme. Ce qui ne m'empêche pas de gazouiller qu'il s'améliore et qu'on commence nettement à reconnaître les notes les unes des autres. Les compliments n'ont jamais fait de mal, après tout.
Tout est parfait. Le ruisseau, le vent dans les branches, la pointe des herbes perlée de rosée, l'odeur du froid porté par la brise. Et la musique d'Arnauld, mal assurée, inégale, mais délicieuse à entendre. Du moins, pour moi.


Tout aurait pu continuer ainsi. J'aurais pu manger un autre biscuit, prendre le temps de savourer chaque grain de lavande, allumer un feu et y faire infuser une tisane parfumée et fruitée. J'aurais pu ôter le frestel des mains d'Arnauld pour y placer mes hanches à la place tandis que mes lèvres se seraient jointes aux siennes. C'est même, encore pour quelques secondes, plus ou moins le plan que je prévois depuis qu'on s'est assis sur cette couverture. Et je suis presque certaine que cela a traversé l'esprit du jeune homme au moins une fois. En particulier lorsque nous nous sommes embrassés à pleine bouche, tout à l'heure. Mais l'intégralité de ces activités à venir s'évapore comme neige au soleil dès l'instant où retentit derrière nous ce « coin coin » caractéristique.

Soudainement, je me fige. Je ne respire plus, ne bouge plus, ne pense plus du tout à arracher sa chemise à Arnauld. Un frisson me parcourt l'échine. Lentement, je me retourne, pour faire face à mon ennemi naturel. Le canard. Plus précisément, le canard qui me regarde. Je n'ai rien contre les canards, en temps normal, à partir du moment où ils ne tournent pas les yeux vers moi. Je les aime de dos, moi, les canards. Ou le derrière en l'air, quand ils ont plongé la tête dans l'eau pour avaler leur repas tapi au fond de la mare. Mais dès lors qu'ils m'observent, je sens mon sang se figer, et une peur panique m'envahir. Une phobie ridicule ? Certes, mais c'est la mienne. Et moi, j'ai peur. Réellement peur.

Je déglutis avec peine, le teint plus pâle qu'une morte. Les paroles d'Arnauld mettent un moment à se frayer un chemin dans mon esprit. Chou ? Adopte ? Michel ? Est-il devenu complètement fou ? Ne voit-il donc pas que la seule intention qu'a ce canard, c'est de nous tailler en pièce et d'appeler ses amis pour se régaler de nos chairs sanguinolentes ? Est-ce qu'il ne voit donc rien ?
Je me recule sur la couverture, quittant le réconfort des bras d'Arnauld. Hors de question que je reste une seule seconde de plus dans cet endroit infernal. Je ne pense plus à rien d'autre que cela. La fuite. Je me racle la gorge, en reculant encore, sur les genoux. Je dois le prévenir, prévenir Arnauld. Il va se faire tuer par cet affreux canard colvert. Celui-ci me fixe de ses yeux bruns. Je sens toute l'antipathie qu'il éprouve à notre encontre.


« Ce truc n'a rien... De chou... Arnauld ! » balbutié-je en reculant encore, à présent les genoux dans l'herbe humide. « Il me regarde ! Il est en train de me regarder ! J'aime pas ça du tout, du tout ! »


Le canard en question avance d'un pas, et je perds tout contrôle. Non seulement il m'observe mais en plus il s'approche. Ses petits yeux perfides sont en train de sonder mon âme ! Probablement pour me la voler !
Cette pensée me fait bondir sur mes pieds. Je ne peux plus rester là. C'est impossible. Il n'y a pas assez de place pour le canard et moi, de ce côté de la vallée. Alors je détale en courant, sans rien dire d'autre qu'un « Arnnnnn jfffff ! » étranglé. Je cours, à toute allure, empoignant ma robe à pleines mains pour faciliter ma cavalcade. J'aurais voulu prendre le temps de me saisir de la main d'Arnauld pour l'entraîner avec moi, mais je n'ai pas pu. La panique est beaucoup trop grande, elle occupe mon esprit tout entier, annihilant tout le reste. J'en oublie même mon nom. Il est probablement resté sur la couverture avec Arnauld.


Mon pied nu se prend soudain dans les ronces, et je m'écroule par terre. Le souffle court, la moitié du monde entre le canard et moi, je peux de nouveau réfléchir. Même si en tombant, je me suis cognée le menton par terre et que je sens des élancements de ce côté-là. Je me rétablis en position assise, le derrière sur la terre froide et dure de la forêt. Je me frotte le front du bout des doigts. Je lève les yeux pour observer tout autour de moi. Et je comprends simultanément trois choses très importantes.
La première, c'est que je suis toute seule dans des bois inconnus, que j'ai froid et que je suis pieds nus. La seconde, c'est qu'Arnauld n'est pas là, qu'il me manque aussitôt et que j'ai envie de pleurer dans ses bras. La troisième, c'est que je suis complètement perdue et que je ne sais absolument pas par où je suis venue. Tout ça à cause de ce stupide canard qui m'a regardé. Je hais les canards, de devant comme de derrière.


Je n'ai jamais peur d'habitude dans les bois, mais là, si. Parce que je suis transie, et que j'ai mal au menton. Parce que je veux Arnauld, et je le veux tout de suite. Parce que je commence à avoir faim. Parce que je commence à être fatiguée. Et puis je veux finir mon biscuit à la lavande et boire ma tisane fruitée. Et je veux qu'Arnauld m'embrasse. Et... Et... Et... Et je hurle de toutes la forces de mes poumons un cri d'alerte destiné à guider mon amoureux jusqu'à moi.

« Aaaaarnauuuuuld ! »

Les canards ? Choux ? Mon œil ! Un tas de plumes faiseur de problèmes, oui !
Arnauld



    Bon, en réalité, Arnauld ne le trouvait pas vraiment chou, ce canard, mais il était tellement habitué à ce qu'Actyss s'extasie sur tout membre du règne animal doté de poils, de plumes ou d'écailles, qu'il s'était attendu à ce qu'elle se pâme d'amour à la vue de Michel et de ses petits pieds palmés. Il aurait rejoint leur ménagerie ambulante, aux côtés de Martin le sanglier, Charlotte la brebis, Astrid la pie, Lucien le chien, Benoît la loutre, Henri le chat et Amanda la ponette ; elle lui aurait confectionné un petit nid en chiffon, lui aurait papouillé les plumes, lui aurait noué des rubans un peu partout, et Arnauld aurait supporté, héroïquement, tous ses coin-coins satisfaits de volaille pourrie gâtée, décuplant ainsi en retour l’amour ardent que nourrissait pour lui sa tendre et blonde dulcinée.

    Alors quand celle-ci se leva et qu'elle qualifia ce presque-futur-membre de leur famille de « truc », en lui déniant toute choupitude, il ouvrit deux yeux ronds comme des soucoupes. Assurément, quelque chose clochait. Il chercha quoi répondre, dans l'espoir de comprendre ce qui se passait dans la tête de son adoptrice en série tant aimée, mais il n'avait pas encore articulé plus d'une voyelle qu'elle détala comme un lapin.

    Il fit un geste dans sa direction, complètement ahuri, et ouvrit la bouche pour crier son nom.

    - Aaact…
    - Coin-COIN.

    Lent pivotage de tête en direction de l'émetteur du caquètement. Deux billes sans âme le fixaient, au-dessus d'un bec jaune dont les narines ouvertes, grotesques, suscitaient mystérieusement une sourde angoisse chez l'observateur : était-ce par là qu'il aspirait la vie de ses victimes ? Arnauld et la créature restèrent quelques secondes face à face, à se regarder en canards de faïence, puis le jeune homme se ressaisit soudain et bondit sur ses jambes, pointant un doigt accusateur vers celui qui avait gâché sa matinée idyllique.

    - Hé quoi, Monsieur du Canard ? Que me vaut ce regard goguenard ? Crois-tu pouvoir chasser ma douce sans histoire, et te rasseoir peinard sur les palmes de tes panards ? Mais c'est moi, ami nasillard, qui roupille au poil sur le duvet de tes cannés co-palmés garnissant mon plumard ! Gare, tu ne te fendras pas longtemps la poire, espèce de crânant braillard !

    Ça, c'était de la menace canardesque. Dommage qu'aucune foule en liesse n'ait pu applaudir la tirade – il fallait toujours que ses moments les plus inspirés surviennent quand nul public ne pouvait s'en émouvoir. Et pourtant, il était mouché, le palmipède. Arnauld pouvait aisément déceler la chair de poule entre ses plumes frémissantes.

    - Co… ?
    - ARNAUUUUUULD !

    Celui qui répondait à ce doux prénom fit un bond d'au moins trois mètres au-dessus du sol, et, dès l'atterrissage, fit volte-face avec une prestance digne d'un superhéros encapé, tournant le dos à son ennemi caquetant. Son Actyss adorée l'appelait ! Son rayon de miel avait peur ! Sa grenouille d'amour s'était perdue !

    Ni une, ni deux, il s'élança en direction de sa voix, venant à bout de tous les obstacles qui auraient voulu lui barrer la route : enjambées, les branches mortes qui font glisser sur la boue ; évitées, les pierres dissimulées qui éclatent les orteils, sautées, les ronces qui font trébucher ! Et bientôt, parce que mine de rien, avec ses petites jambes – ravissantes comme tout – qui étaient certes véloces, mais qui ne pouvaient pas la faire aller aussi vite qu'elle l'aurait voulu, Actyss n'avait pas eu le temps d'aller bien loin, il retrouva l'objet de ses transports, assis par terre, le menton tout sale, un air désespéré sur son adorable frimousse.

    Avant de lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, il se précipita vers elle, se laissa tomber à ses côtés sur la terre dure, et la serra contre lui.

    - Ma chérie, qu'est-ce qui s'est passé ? Là, je suis là, je suis là. C'est ce poulet palmé qui t'a effrayée ? On l'a semé, mon cœur, on l'a semé, il ne t'embêtera plus.

    Mais était-ce bien certain ? Assurément. Michel le canard ne pouvait pas être assez vicelard pour les avoir suivis, n'est-ce pas ? Et le nouveau sentiment d'être observé qui picotait l'arrière du crâne d'Arnauld n'avait sans doute rien à voir avec lui : c'était le sang qui courait trop vite dans ses veines à cause de la course qui l'avait un peu essoufflé. Arnauld et Actyss étaient à nouveau tranquilles, tous les deux, en amoureux. Seuls au monde, sans personne pour les empêcher de s'embrasser fiévreusement.

    Ou bien Arnauld était-il d'une naïveté sans nom ?

_________________
Actyss


« Chassez le canard,
Il revient au point d'eau. »





Cette forêt n'est pas bien différente des autres. En toute logique, elle n'a rien qui puisse m'effrayer. Mais voilà. De l'autre côté de ces arbres, un canard est en train de braquer ses yeux noirs sur moi. D'une façon ou d'une autre, il me regarde en cet instant précis. Et si jamais il avait appelé toute sa famille ? Prise d'un frisson, j'imagine le ciel noirci de palmipèdes bruyants, tous en train de m'observer. Et cela ne me plait pas. Mais alors, pas du tout.
J'inspire profondément, en frissonnant. Ici, tout est tranquille. Toutefois une menace emplumée peut se cacher n'importe où. Mais que fait la milice ? Que fait la milice pour lutter contre ce fléau national ? Rien, comme d'ordinaire. Elle préfère courir après les voleurs.

« Faudrait vraiment qu'ils revoient l'ordre de leur priorité. » grommelé-je en resserrant autour de moi l'étreinte de mes bras.


Puis enfin, le pas d'Arnauld se fait entendre. Il bondit, saute, évite et bouscule tout ce qui lui barre la route, pour venir se jeter à mes pieds. Il me donne des surnoms, me serre contre lui. Et cela me permet enfin de m'adonner à l'une des activités que j'aime le mieux faire quand je suis contrariée. Pleurnicher. Alors je hoquète, je perds le souffle, je laisse couler les larmes sur mes joues, rougir le bout de mon nez. Et tout mon visage exprime bientôt le plus intense désespoir. Arnauld, ne pouvant lutter contre ce minois adorablement bouleversé, m'embrasse tendrement... Et puis moins tendrement. Il me serre doucement. Et puis me broie contre lui. Et nul doute que si je lui avais demandé de me construire en une heure un château en cristal, il aurait tout fait pour qu'il sorte de terre. Cet homme est décidément parfait, et Dieu merci, je suis trop honnête pour abuser de son amour. Je me contente d'abuser régulièrement de son corps, et il ne s'en plaint pas encore.

« M-Mais j'ai eu-eu p-peur ! » sangloté-je, la voix toute hachée. « I-Il m-me r-regard-dait ave-vec ses y-yeux ! »


Et je n'ai absolument pas envie qu'on me rappelle que les canards, comme les autres, peuvent difficilement regarder avec autre chose que leurs yeux. Ce n'est franchement pas le moment.
Je sanglote encore un peu, je renifle, m'essuie le nez avec mon mouchoir, et commence doucement à me calmer. Je regarde Arnauld de mon air de chaton abandonné, pour qu'il me pardonne d'être partie, et aussi parce que je n'ai absolument pas envie qu'il me relâche. Je suis beaucoup trop bien dans ses bras pour supporter ne serait-ce qu'un centimètre de distance entre nous. Encore une fois, tout aurait pu être parfait. Ses mains sont en train de dériver sur mes hanches, mon souffle s'alourdit, mes lèvres brûlantes réclament les siennes, je le dévore des yeux, il me dévore des siens... Le sol de cette forêt peut tout à fait convenir... Mes mains s'approchent déjà de ses braies... Lorsqu'une nouvelle fois, le drame rompt tout le charme. Il n'a donc pas fini de nous enquiquiner, ce drame ?

« Arnauld... » soufflé-je, soudainement de nouveau terrorisée. « Il est là... Il nous regarde... »


Il est là. Comment nous a-t-il retrouvé, je n'en sais rien. Mais j'entends ses cancanements. Il s'approche. Il ne nous laissera pas en paix tant qu'il ne nous aura pas voler notre âme. Et qu'il ne se sera pas gavé de nos chairs. Et puis surtout, il me regarde ! Il m'épie ! Il m'espionne ! Il me traque ! Il m'en veut ! Mais pourquoi ? Qu'ai-je fait ? Il ne peut pas savoir, lui, celui-ci en particulier, qu'un jour, par inadvertance... Non, il ne peut pas savoir. C'était à Mervent. A moins que... Et s'ils possédaient des moyens de communication inconnus de nous ? Et s'ils partageaient une pensée unique ? Dans ce cas... Cela expliquerait la haine évidente de ce colvert pour moi.

Il apparait dans un rayon de lumière. Il s'arrête. Il me fixe. Il m'a trouvé. Je déglutis. Je tremble. Je ne sais pas quoi faire. Je n'ai pas ma conscience pour moi. Il sait tout ! Je me relève, jambes tremblantes, incitant Arnauld à faire de même. Je glisse une main dans la sienne. Il peut se sauver, lui, il ne risque rien. Je regarde mon amoureux, comme pour lui dire adieu. Il ne doit rien lui arriver. Je me blottis une dernière fois contre lui. Mais je ne veux pas qu'il s'en aille ! Peut-être qu'il pourrait accepter que moi aussi, j'ai du sang sur les mains ? Peut-être qu'il pourra me pardonner mon crime odieux ? Et j'ai l'image, brève mais terrible, d'un Arnauld qui me jetterait l'exact même regard que celui du canard en cet instant. Froid, sans âme. Désirant me voir gésir au sol dans une flaque de sang rouge. Parce qu'un jour, j'ai commis l'irréparable.

Brusquement, je n'en peux plus de cette odieuse tension. Je me recule, bouleversée, vaincue. Il faut que je m'explique. Ils me comprendront peut-être ? Peut-être leur cœur n'est-il pas exempt de pitié ?

« Je n'étais qu'une enfant ! » crié-je, les larmes roulant sur mes joues. « Je n'avais que sept ans, je jouais aux ricochets... J'ai tiré trop fort ! Ce n'est qu'un accident ! Je suis désolée, tellement désolée... Je ne voulais pas tuer ce caneton, je vous le jure ! » Je les regarde tour à tour, complètement anéantie. « Je n'ai jamais voulu lui faire le moindre mal... C'était un accident... »


Je tends les bras vers Arnauld, incapable de dire quoi que ce soit. Je l'ai presque touché lorsque retentit la terrible sentence.

« Coin-coin. Coin. »


Et là, je sens que je suis complètement fichue.


Cliquez sur le canard.
Phrase inspirée du « Chassez le campeur, il revient au bungalow. »
Arnauld

Fais clic-clic sur le coin-coin.


    S'il y a bien un moyen pour obtenir absolument tout ce que vous voulez d'Arnauld, c'est de lui mettre une Actyss sanglotante devant les yeux. Ça réveille en lui quelque chose de profond qui peut lui donner la force de casser la figure d'une montagne qui passerait par là, de décrocher un morceau de nuage pour le lui offrir, de courir plus vite que le vent pour faire un aller-retour en Chine en douze secondes et quart si jamais c'était une baie exotique qui pouvait lui redonner le sourire. Alors quand elle le regarda avec son air si malheureux, en lui racontant l'histoire du petit caneton mort par accident pour avoir trempé ses plumes dans une partie de ricochets où il n'était pas invité, il fut assailli par une foule de sentiments et de désirs contradictoires.

    Mesure des envies arnauldiennes à l'instant TC sur une échelle de 1 à 10
     :

      ▪ Serrer Actyss dans ses bras jusqu'à l'étouffement : 9/10
      ▪ Engueuler le canard : 6/10
      ▪ Déshabiller Actyss : 9,5/10
      ▪ Lui faire l'amour sur le champ : 8,5/10
      ▪ Tordre le cou du canard et en faire un nœud : 7/10
      ▪ Éclater de rire, parce que franchement c'est trop mignon : 6/10
      ▪ La demander en mariage : 6,5/10
      ▪ Lui expliquer qu'il n'existe pas de grand complot canardesque pour obtenir son anéantissement : 4/10
      ▪ Poser la question au canard pour vérifier quand même : 7/10
      ▪ Appeler Actyss « mon caneton » pour voir sa réaction : 4,5/10


    Oh, ses petits yeux terrorisés… Son Actyss chérie dans une situation de désespoir si complet qu'il ne doutait pas un instant qu'elle s'attendait à mourir d'une seconde à l'autre, et que le canard n'était que l'incarnation d'une Faucheuse emplumée… Il fallait qu'il fasse quelque chose. Et si au passage il pouvait agir de manière à ce qu'elle le regarde comme un héros et qu'elle reprenne ce que la bestiole avait si déplaisamment interrompu, il n'allait pas cracher dessus. Il ne s'agissait pas de profiter de sa terreur, mais… Oh, peut-être un peu, allez. Nul n'est moralement irréprochable.

    La priorité restait en tout cas de faire disparaître l'épouvante de son regard humide. Il combla la distance qui le séparait d'Actyss, et l'embrassa doucement sur les lèvres, sans mot dire, avant de la faire passer dans son dos et de s'avancer d'un pas vers la terreur palmée. Et, d'une voix de stentor, il s'exclama :

    - Cooooiiiiiin ! Coinccident, Tyss'tyss dit coinrdon ! Coineton au canardis ! Canardis canardis, p'tit coineton ! 'Tyss coinfessée, 'Tyss coinrdonnée ! Coiiiinssez-vous, cointenant !

    Alors là, Michel, ça lui en bouchait un coin. Il avait cessé de regarder Actyss pour fixer l'humain qu'il découvrait bilingue. Que se passait-il dans sa petite tête verte à plumes ? Était-il frappé de stupeur et d'adoration et considérait-il à présent Arnauld comme un dieu ? Était-il outré en devinant qu'il se foutait complètement de son bec ? Établissait-il un plan d'attaque pour lui arracher les yeux et assassiner Actyss ? Songeait-il à lui pardonner et à repartir ? N'avait-il rien compris, parce que c'était un canard et que seul du vent soufflait dans sa boîte crânienne ?

    Le colvert déploya brusquement les ailes et les agita frénétiquement, s'élançant droit vers Arnauld – ou Actyss, juste derrière lui ? Il passait à l'attaque ! Il voulait les tuer ! Ou bien comptait-il, tel un prêtre absolvant quelqu'un de ses péchés, bénir Actyss en lui touchant le front de ses pattes palmées ? Ou lui faire un câlin, même, un petit câlin pour lui dire « Ce n'est pas grave, jeune fille, je ne le connaissais pas, après tout, ce caneton, c'était juste mon arrière grand-oncle du côté du beau-frère du gendre de mon cousin ! Enterrons donc la palme de guerre ! »

    Dans le doute, Arnauld décida qu'il les attaquait, et obéissant à un réflexe surhumain, il tendit les mains devant lui, les refermant sur les pattes du canard qui arrivait à sa hauteur. Il y eut un bref moment de flottement, le canard écarquillant ses yeux vides sans comprendre pourquoi il n'avançait plus, et Arnauld prenant conscience de ce qu'il était en train de tenir, puis Michel se mit à brailler de terreur.

    - Coin ! Coin ! Coincoincoincoincoincoincoin !

    Sans le lâcher, Arnauld tourna sur lui-même, son canard-volant s'agitant au-dessus de sa tête, retenu par ses bras tendus. Encore un peu, et le jeune homme s'envolait. Finalement, il écarta les doigts, et le palmipède décrivit une magnifique courbe dans le ciel, à une vitesse si fulgurante qu'on pouvait se demander comment il était possible que ses plumes ne prennent pas feu, puis, abordant la descente, il retrouva l'usage de ses ailes et rétablit une sorte d'équilibre dans sa trajectoire céleste.

    Détachant les yeux de la course de son projectile ornithologique, Arnauld se retourna vers Actyss, plus décoiffé que jamais, mais avec un sourire si large qu'il occupait probablement la moitié de son visage. Persuadé qu'elle allait bondir sur lui, transportée d'admiration et de reconnaissance, pour entamer une copulation frénétique, il ouvrit les bras en grand et attendit avec délice le choc de son corps contre le sien.

_________________
Actyss

Canard musical



D'abord estomaquée en réalisant qu'Arnauld parle le canard couramment, je suis bientôt, et sans surprise, paniquée en voyant le volatile approcher. Une seconde avant, je m'apprêtais à nager dans le bonheur. Arnauld ne semblait pas être rebuté par mon crime ignoble. J'en veux pour preuve le baiser qu'il a déposé sur mes lèvres. Et puis le canard a attaqué, ses immenses ailes déployées. Et alors que je pensais ma dernière heure venue, mon amoureux a fait quelque chose d'incroyable. Il a attrapé les pattes du canard en plein vol. Alors que j'étais en train de m'apprêter à pousser un hurlement déchirant, il m'a sauvé des plumes du monstre. Je pensais qu'il allait simplement le jeter plus loin, mais non. Et ce qui a suivi me choqua tout à fait.

Je le regarde, muette, bouche bée, tourner sur place avec le canard en bout de bras. Comme un genre de lancer de marteau olympique, sauf qu'il s'agit là d'un lancer de canard. Et dès que les doigts d'Arnauld relâchent ses pattes oranges, le voilà qui file comme une météorite, à toute allure, droit vers les cieux, avant de finalement reprendre le contrôle de ses ailes. Et Arnauld écarte les bras devant moi avec un sourire triomphant. C'est un héros, l'ennemi est terrassé. Mais moi, je suis toujours choquée. Ce spectacle était tout à fait terrifiant. Je viens d'avoir sous les yeux le spectacle d'un Hercules Languedocien. Un héros antique a investi le corps d'Arnauld. Et il m'ouvre les bras.

Je m'approche à petits pas, et enfonce un index dans le torse bien-aimé. Je répète l'opération deux ou trois fois supplémentaires. Et dès que je suis convaincue qu'il s'agit toujours de mon amoureux, je me presse contre lui sans équivoque aucune sur mes intentions à venir. Je l'embrasse fougueusement, je le pousse pour qu'il s'allonge, je me couche sur le dos, je l'attire contre moi, j'enroule les jambes autour de sa taille, robe remontée jusqu'aux hanches. Mes mains tiraillent déjà les lacets de ses braies. Je lui lance un regard brûlant, fiévreux, tellement chargé de tout ce que je veux qu'il me fasse que je m'étonne qu'il ne s'effondre pas sous le choc. Son nez plonge dans le creux de mon cou, je tourne la tête sur le côté, paupières closes, sourire béat aux lèvres. J'ai oublié le canard. Et ce fut l'erreur n°1423.

Je ne sais pas du tout pourquoi je rouvre les yeux. Peut-être parce que les lacets me résistent et que cela me rend particulièrement impatiente. Ou peut-être parce que mon instinct m'a soufflé de le faire. Toujours est-il que j'ouvre les yeux. Et la vision d'horreur qui m'assaille me tétanise sur place, me coupant en même temps toute envie de folâtrer dans les buissons d'épineux. L'action semble se passer au ralenti. Je vois le bec du canard qui s'ouvre en grand. Ses ailes sont largement déployées. Ses pattes gesticulent comme s'il était en train de courir. Et enfin...

« COIN-COIN-COIN ! »

Aussitôt suivit d'un :

« HIIIII ! » terriblement strident. Un tue-oreille à lui tout seul.

D'une poussée colossale, je repousse Arnauld, l'envoyant rouler plus loin. Et comme si j'en avais toujours eu l'idée, comme si j'avais attendu le moment parfait pour passer à l'action, je ramasse une branche. Il faut dire pour ma défense que j'en ai franchement assez. Trois fois que j'essaye de m'envoyer en l'air avec l'homme de ma vie, et trois fois que ce stupide canard vient interrompre les choses au moment plus-que-crutial. On y était presque, là ! Nous étions à deux doigts d'enfin nous unir ! Et ce crétin de fichu canard idiot s'échine à tout gâcher. Et là, ça suffit. Quand y en a marre, y en a marre. Il a retrouvé notre chemin après le lancer Arnauldien, il ne faudra pas venir me dire que cette bestiole n'a plus une dent contre moi ! C'est le Diable en personne, ce canard !

« Tu vas me laisser tranquille espèce de gros tas de plumes ? » braillé-je en levant haut ma branche.

Je place la branche derrière moi pour donner plus de puissance à mon coup. Et au moment où enfin le bras part, une série d'évènements pour le moins contrariants vient bouleverser tous mes joyeux projets.
D'abord, Arnauld se relève et la branche heurte son épaule avec force.
Ensuite, mon bras ayant vibré sous le choc, la branche se trouve largement déviée de sa course.
Après, le canard se pose au sol, ne laissant devant moi que le vide à frapper.
Enfin, je suis emportée par mon élan, et finalement, je me frappe moi-même la tête assez mystérieusement, mais j'y arrive très bien quand même.

Forcément, je suis sonnée. J'ai l’œil gauche qui regarde en l'air, et le droit qui regarde en bas. Je trouve le moyen de faire face à Arnauld. J'ai un drôle de goût de sang dans la bouche. Je tente de fixer mon regard sur mon amoureux, mais je n'y arrive pas du tout.

« Me sens pas trop bien, dis... »

Et juste avant de m'effondrer par terre, je remarque que le canard, finalement, a redécollé en riant. Je crois qu'il est satisfait et qu'il s'estime vengé. Et puis après, je ne me dis plus rien du tout. C'est-à-dire que je suis un peu évanouie, quand même.
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